Évolution contrastée de l'espérance de vie en Europe (1992-2019)

 

Source : Bonnet, F., Alliger, I., Camarda, CG. et al. (2026).  «Potential and challenges for sustainable progress in human longevity» [Potentiel et défis pour un progrès durable en matière de longévité humaine]. Nature Communications, 17, 996, https://doi.org/10.1038/s41467-026-68828-z (article disponible en accès ouvert).

Le ralentissement de la progression de l'espérance de vie dans les pays à revenu élevé suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la longévité humaine. Afin de mieux comprendre ces évolutions, les auteurs ont examiné les tendances de la mortalité à l'échelle infranationale en Europe occidentale sur la période 1992-2019. Entre 1992 et 2005, les gains d'espérance de vie ont été à la fois substantiels et généralisés. Les régions en retard ont connu les progressions les plus fortes, entraînant une convergence régionale rapide. Entre 2005 et 2019, cependant, les gains dans ces régions ont ralenti, tandis qu'ils sont restés remarquablement stables dans les régions pionnières, ce qui suggère qu'il est encore possible de continuer à allonger la durée de vie. Le ralentissement observé des gains d'espérance de vie est fortement associé à la mortalité chez les 55-74 ans, qui a augmenté durant cette période dans de vastes régions d'Europe occidentale, notamment en Allemagne et en France. Dans ce travail, les auteurs montrent que le suivi des tendances de la mortalité à une échelle géographique fine est crucial pour révéler à la fois le potentiel et les défis d'un progrès durable en matière de longévité humaine.

Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)


Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)

L'article cite les différentes sources statistiques utilisées avec l'adresse des sites officiels par pays. 

Pour compléter

« Espérance de vie : une Europe à deux vitesses se dessine, avec des écarts de plusieurs années selon les régions » (Le Monde).

Une étude menée dans 13 pays européens montre que le fossé se creuse à partir de 2005 entre des régions favorisées, où l’espérance de vie continue de progresser, et d’autres qui prennent du retard, où la dynamique s’essouffle. C’est une Europe de la longévité à deux vitesses qui se dessine dans les cartes développées par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut fédéral allemand de recherche démographique (BiB). Le Monde propose une série de cartes simplifiées à partir de l'étude scientifique.

« L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes » (Insee Première).

Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes, tandis que l’écart n’est plus que de 0,3 an et 0,2 an aux alentours d’un niveau de vie de 2 000 euros par mois. Les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes (6 ans en moyenne). Elles vivent même en général plus longtemps que les hommes les plus aisés : celles dont le niveau de vie se situe parmi les 70 % les plus aisées ont une espérance de vie plus longue que les hommes parmi les 5 % les plus aisés. Les personnes les plus aisées ont plus souvent un diplôme du supérieur, mais cela n’explique qu’en partie les écarts d’espérance de vie selon le niveau de vie. Avec ou sans diplôme, plus on est aisé, plus l’espérance de vie augmente.

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Image, le générateur de cartes statistiques d'Eurostat

Géofer, une plateforme pour connaître le potentiel des gares voyageurs et des sites fret


La plateforme du Cerema Géofer a pour objectif d’être un outil d’aide à la décision permettant de visualiser le potentiel ferroviaire. Elle propose un système de couches, que l’on peut choisir d’afficher ou non. L’outil intègre également des bases de données permettant de consulter différents paramètres en cliquant sur des points d’intérêt. À ce jour, ces points regroupent environ 3 500 gares voyageurs et 3 000 ITE (Installations terminales embranchées, c’est-à-dire des sites de chargement et de déchargement de marchandises) réparties sur l’ensemble du territoire français.

Interface cartographique de la plateforme Geofer (source : Cerema)

Parmi les nouveautés de la plateforme Géofer :

  • Analyse d'implantation express : elle permet de tester n'importe quel emplacement et d'évaluer rapidement l'intérêt ou non d'ouvrir un nouveau point d'arrêt sur une ligne existante ou future.
  • Données socio-économiques clés : ces données fournissent des informations précises sur la population, les salariés et les élèves situés à proximité de ce point fictif.
  • Visualisation des aménités et services accessibles depuis le point d'arrêt simulé.
Test d'un arrêt fictif de transport en commun à Saint-Denis de la Réunion

Pour la majorité des gares, les données sont issues de l’open data SNCF. Les isochrones sont générées à partir de l’API mise à disposition par l’IGN. Pour une analyse fine de l'accessibilité multimodale, les tests sont basés sur les isochrones suivantes :

  • 15 minutes à pied
  • 10 minutes à vélo
  • 10 minutes en voiture

Le nombre d’établissements localisés dans l’isochrone, identifié à partir du code NAF, est croisé avec la capacité d’hébergement touristique des communes en 2025 (INSEE). Ainsi, chaque établissement se voit attribuer la capacité moyenne des établissements de son type dans la commune. L’objectif n’est pas d’obtenir un simple nombre d’établissements, mais une estimation du nombre de place d’hébergement touristique dans l’isochrone, afin d’évaluer l’attractivité touristique de la gare. Comme la capacité d’accueil de chaque établissement n’est pas disponible, une capacité moyenne communale est utilisée pour chaque type d’hébergement (camping, hôtel, chambre d’hôtes).

L’export des données relatives aux gares est réalisable à partir du bouton d’export intégré aux couches de données agrégées. La base de données ITE 3000 produite par le Cerema est, par ailleurs, mise à disposition sur data.gouv.fr.

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Cartes et données sur le recul du trait de côte en France


Le recul du trait de côte affecte l’ensemble des milieux littoraux et n’épargne aucune région française, outre-mer compris. L’évolution passée du trait de côte sur au moins 50 ans, montre que près de 900 km de côte sont observées en recul et que ce recul concerne majoritairement les côtes basses sableuses (680 km) sur l’emprise étudiée (hors secteurs portuaires et estuaires). La conséquence du recul du trait de côte est la disparition, souvent définitive (à l’échelle humaine), des terrains et des enjeux situés à proximité au bord de mer. Une étude du Cerema (2019) sur l’évaluation prospective des enjeux affectés par le recul du trait de côte tente de fournir les premiers ordres de grandeurs des enjeux potentiellement impactés en France. Selon plusieurs scénarios, le nombre de logements (maison et appartement) possiblement atteints par le recul du littoral en 2100 serait compris entre environ 5000 et 50000 en métropole et dans les DROM, pour une valeur immobilière estimée entre 0,8 et 8 milliards d’euros (estimation à enjeux et à valeurs constants). Bien d’autres enjeux sont aussi menacés comme les activités économiques ou les infrastructures de transport.

La loi dite « Climat et résilience » (2021) comporte un important volet sur le recul du trait du trait de côte. Elle prévoit en particulier que les communes (242 communes listées par décret en 2023 + 75 communes ajoutées dans le décret de 2024) réalisent une carte locale d’exposition de leur territoire au recul du trait de côte. Cette cartographie a pour objectif de délimiter les zones exposées au recul du trait de côte (ZERTC). Le décret distingue entre moyen et long terme. La zone exposée au recul du trait de côte à l’horizon de 30 ans est encadrée par une liste limitative des travaux, constructions et installations pouvant être autorisés dans ses espaces urbanisés, dans ses espaces non urbanisés ou dans les secteurs occupés par une urbanisation diffuse. La zone exposée au recul du trait de côte à un horizon entre 30 et 100 ans  est, quant à elle, encadrée par des obligations de démolition et de remise en état de terrains pour certaines constructions et extensions, lorsque le recul du trait de côte est tel que la sécurité des personnes ne pourra plus être assurée au delà de 3 ans. S'y ajoutent des obligations d’anticipation financière du coût de ces actions de démolition et de remise en état préalables à la mise en œuvre de projets. Son intégration dans les documents locaux d’urbanisme permet la mobilisation des outils fonciers offerts par cette loi. Sa réalisation est subventionnée jusqu’à 80 % par l’État.


Le BRGM propose une cartographie des zones exposées à l'élévation du niveau de la mer à marée haute. Le site s’appuie sur une analyse pré-calculée de la topographie pour identifier, à très haute résolution, les zones qui pourraient être soumises à la submersion marine sous l’effet de l’élévation du niveau de la mer. L'application en ligne proposée par le BRGM permet de faire des simulations des zones exposées en fonction de la montée du niveau marin (de 0,5 à 4 mètres). Les calculs et la visualisation sont disponibles à une résolution de 25 m sur de grandes emprises (échelles inférieures à 1/20 000ème) et à une résolution de 1 m ou 5 m en zoomant (échelles entre 1/20 000ème et 1/1 000ème). Les données sont téléchargeables au format image et shapefile.

Source : Zones exposées à l'élévation du niveau de la mer à marée haute (BRGM)

Article scientifique : 

Tellez-Arenas, A., Quique, R., Boulahya, F., Le Cozannet, G., Paris, F., Le Roy, S., Dupros, F. and Robida, F., 2018. « Scalable Interactive Platform for Geographic Evaluation of Sea-Level Rise Impact Combining High-Performance Computing and WebGIS Client ». In Communicating Climate Change Information for Decision-Making, p. 163-175, Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-319-74669-2_12

Le réseau national des observatoires du trait de côte fournit des chiffres-clés sur le littoral et l'érosion. D’après l’Indicateur national de l’érosion côtière (INEC), établi en 2018 par le Cerema, sous le pilotage du ministère en charge de l’écologie : 20% du trait de côte est en recul, équivalent à un linéaire d’environ 920 km ; les côtes basses sableuses évoluent plus que les autres types de côte et 37% sont en recul, équivalent à un linéaire d’environ 700 km ; une surface d’environ 30 km² a été perdue au niveau des secteurs en recul en 50 ans. Tous les départements français sont concernés par le recul du trait de côte, sur des linéaires plus ou moins importants. Ainsi 5 départements (Seine-Maritime, Charente-Maritime, Gironde, Hérault et Bouche-du-Rhône) possèdent au moins de 50 % de leurs côtes en recul, alors que les 4 départements bretons, la Loire-Atlantique, la Corse-du-Sud, la Martinique et Mayotte ont moins de 10 % de valeurs en recul. Les fascicules locaux de la « Synthèse des connaissances des côtes françaises » sont publiés gratuitement sur la plateforme documentaire du Cerema.

Évolution du trait de côte d'après les données de l'indicateur national de l’érosion côtière INEC (source : Cerema)

Pour compléter

« Qu’est-ce que le trait de côte des cartes géographiques ? » (The Conversation).

Éric Chaumillon, chercheur en géologie marine (Université de La Rochelle), montre que la définition est plus complexe qu’il n’y paraît, car il ne s’agit pas d’une référence immuable au cours du temps. Le trait de côte est situé à l’interface entre l’atmosphère, l’hydrosphère (mers et océans) et la lithosphère (les roches et les sédiments), ce qui en fait un lieu extrêmement dynamique. Le trait de côte peut reculer, quand il y a une érosion des roches ou des sédiments, ou avancer, quand les sédiments s’accumulent.
Par conséquent il est nécessaire de le mesurer fréquemment. Il existe tout un arsenal de techniques, depuis l’utilisation des cartes anciennes, l’interprétation des photographies aériennes et des images satellitaires, les mesures par laser aéroporté, les mesures topographiques sur le terrain et les mesures par drones. Les évolutions des côtes sont très variables et impliquent de nombreux mécanismes. En France, selon des estimations du CEREMA, 19 % du trait de côte est en recul. Sans rentrer dans le détail de toutes les solutions existantes, on peut noter que la communauté scientifique qui étudie les littoraux appelle à davantage recourir aux solutions fondées sur la nature (SFN). En simplifiant, on peut dire qu’il s’agit de tirer parti des propriétés des écosystèmes sains pour protéger les personnes, tout en protégeant la biodiversité.

« Projection du trait de côte et analyse des enjeux au niveau national. Échéance à 5 ans » (rapport d'étude du Cerema, février 2024).

Afin de contribuer aux réflexions engagées en 2023 au sein du Comité National Trait de Côte (CNTC), le Cerema, sous le pilotage d’une mission d’inspection et des services du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (MTECT), étudie les enjeux qui pourraient être menacés à l’avenir par le recul du trait de côte sur les littoraux de métropole et d’outre-mer. Dans le cadre de cette étude, le Cerema vient en appui de la mission d’inspection afin de contribuer à la réalisation d’un inventaire des biens exposés au recul du trait de côte d’ici les 5 prochaines années. Les tempêtes, sources potentielles de reculs événementiels du trait de côte, étant imprévisibles à court terme, l'étude se base sur des hypothèses de recul convenues avec la mission d'inspection. Une première étape de pré-identification à l'échelle nationale a permis d’identifier les bâtiments potentiellement concernés. Les services territoriaux de l'État ont ensuite été sollicités pour enrichir cet inventaire grâce à leur expertise locale. L'analyse consolidée de l'inventaire révèle qu'environ un millier de bâtiments, de toutes sortes, pourraient être touchés par le recul du trait de côte à l'échelle nationale dans les 5 prochaines années. La valeur vénale des bâtiments identifiés, principalement résidentiels et commerciaux, est estimée à environ 240 M€. Ces estimations ne concernent pas la Guyane et Mayotte où les spécificités de ces territoires ne permettent pas le déploiement complet de la méthode.

« Projection du trait de côte et analyse des enjeux au niveau national. Horizons 2050 et 2100 » (rapport d'étude du Cerema, février 2024).

L’évaluation du nombre et de la valeur des enjeux potentiellement atteints par le recul du trait de côte aux horizons 2050 et 2100 repose sur des scénarios élaborés en concertation avec des experts nationaux. Ces scénarios intègrent principalement des hypothèses sur l’évolution du littoral et sur le maintien ou non des ouvrages littoraux pour les échéances temporelles étudiées. De nouveaux jeux de données, créés à l’échelle nationale, permettent de compléter les études existantes et de mettre en œuvre ces scénarios. Le scénario envisagé pour 2050 vise à être réaliste malgré certaines contraintes dues à son échelle nationale. A cet horizon, 5 200 logements et 1 400 locaux d’activité pourraient être affectés par l'érosion côtière, représentant une valeur totale de 1,2 milliard d'euros. Le scénario pour 2100 présente quant à lui une perspective nettement différente, basée sur des hypothèses très défavorables : disparition complète des structures de défense côtière et inondation progressive de toutes les zones topographiquement basses du littoral. Le scénario 2100 illustre ainsi les possibles conséquences de l’inaction face aux effets du changement climatique. Dans ce scénario, le nombre très élevé d’enjeux identifiés invite à une réflexion globale à l’échelle de grands territoires.

« À La Réunion, le dérèglement climatique accélère l'érosion. 50% du littoral réunionnais impacté » (Imaz Press). 

Construction, montée des eaux, réchauffement climatique, pollution… tous ces facteurs sont la cause de l’érosion du littoral réunionnais. Ce phénomène naturel progressif peut être aggravé par l'activité humaine (bétonnisation du littoral, aménagements bloquant pour la dynamique sédimentaire...) et par le changement climatique (hausse du niveau de la mer, atténuation du rôle de barrière des récifs coralliens). 50% du littoral réunionnais est identifié en érosion : 38% en érosion modérée - entre 10 et 20 cm de recul par an (les falaises basaltiques) - et 12% en érosion prononcée - recul de plus de 20 cm par an (les plages et micro-falaises meubles surmontant les cordons de galets). L'État et les collectivités se préparent à l'accélération du phénomène. 

« Recul du trait de côte : pour les élus des littoraux, le compte n’y est pas » (La Tribune). 

Laurence Bottero décrit la colère des élus réunis à Bonifacio face à la stratégie nationale de gestion du trait de côte. En 50 ans, 30 km² ont été perdus par érosion et 950 communes littorales sont concernées, soit 1 Français sur 8. Le phénomène s’amplifie avec le climat. Le président de l’Anel, J.-C. Orsucci, estime que la stratégie 2025-2030 n’est pas à la hauteur. Les élus réclament un fonds dédié, car le défi se chiffre "en milliards d’euros". Les outils existants, Fonds vert ou Barnier, sont jugés inadaptés, l’érosion n’y étant pas incluse. Les élus proposent de nouvelles sources de financement : taxe sur les éoliennes en mer, affectation d’une part des droits de mutation, contribution des plateformes de location touristique. L’objectif est de créer un fonds stable pour affronter l’érosion et sécuriser les rivages. L’érosion côtière a des impacts multiples : disparition de villages menacés comme à Miquelon, fragilisation de la pêche avec l’arrivée ou disparition d’espèces, mise en danger du tourisme littoral. Ces enjeux touchent directement l’économie et l’attractivité des territoires. Le recul du trait de côte est donc un défi géographique, économique et social majeur. Les élus insistent : seule une réponse financière adaptée permettra de protéger durablement les littoraux français, de la Corse à l’outre-mer, face aux pressions climatiques. 

Gueydan, Céline. « (Re)penser les villes littorales par le prisme de l’éthique environnementale ». Droit et Ville, 2025/2 n° 100, 2025. p.67-84.

La juriste Céline Gueydan (INU Champollion) analyse les villes littorales face au recul du trait de côte. Elle montre comment l’éthique environnementale éclaire les choix juridiques et territoriaux d’adaptation à l’érosion côtière. Le recul du trait de côte est un phénomène naturel amplifié par le changement climatique et l’anthropisation. Il touche environ 20% des côtes françaises, avec un recul moyen de 50 cm par an et jusqu’à plusieurs mètres sur les côtes sableuses. Les villes littorales sont particulièrement exposées. La densité de population y est 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale. À l’horizon 2050, 5 200 logements et 1 400 locaux d’activités seraient affectés, malgré une forte attractivité résidentielle. L’auteure distingue trois éthiques environnementales. L’éthique de réaction vise à résister par des ouvrages de défense. En 2024, 16 000 digues et enrochements couvrent près de 70% du littoral, avec une efficacité souvent limitée. L’éthique d’adaptation cherche à encadrer l’urbanisation. Zonages, bande des 100 m et cartes d’exposition à 30 et 100 ans limitent les constructions futures. Ces outils gèrent le risque sans transformer profondément les villes existantes. La loi Climat et Résilience renforce cette adaptation. Elle introduit des zones d’exposition, un droit de préemption spécifique et des démolitions obligatoires lorsque la sécurité ne peut plus être assurée, mais uniquement pour les constructions récentes. Les outils juridiques demeurent inégalement mobilisés. En 2024, seules 317 communes sont inscrites sur la liste nationale, alors que près de 500 sont exposées. Cette sélection crée de fortes inégalités territoriales face au risque. Le financement constitue un frein majeur. La relocalisation n’est pas indemnisée par les assurances ni par le Fonds Barnier. Les collectivités et les ménages supportent donc des coûts élevés, comme l’a illustré le cas de l’immeuble Le Signal à Soulac. Penser les villes littorales implique un choix éthique. Passer de la réaction à la transition suppose d’accepter le recul, de transformer l’urbanisme et de repenser durablement le rapport entre sociétés urbaines et milieux côtiers. 

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Quand les bars ferment. Érosion du lien social et progression de l'extrême-droite


Source
:  Hugo Subtil (2026). « Quand les bars-tabacs ferment : l’érosion du lien social local et la progression du vote d’extrême droite en France », Observatoire du bien-être, Centre pour la Recherche Économique et ses Applications (CEPREMAP).

Cette note analyse les conséquences politiques de l’érosion des lieux de sociabilité en France. Elle s’appuie sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans. Les résultats montrent que la fermeture des bars-tabacs contribue à la progression du vote d’extrême droite, dans un contexte de transformations plus larges des conditions d’existence locales — indépendamment de l’immigration, du chômage ou d’autres indicateurs économiques. Les effets sont très faibles à court terme, mais augmentent fortement dans le temps. Symétriquement, l’ouverture de bars-tabacs est associée à une baisse du vote d’extrême droite, suggérant que ces dynamiques ne sont pas irréversibles. Aucune autre fermeture commerciale ne produit un effet comparable. La spécificité des bars-tabacs tient à leur fonction de lieu de socialisation : leur disparition est associée à une progression durable du vote RN. Les effets sont trois fois plus forts dans les communes rurales, où ces établissements constituent souvent le dernier lieu de sociabilité.

Une analyse complémentaire des discours parlementaires montre que, depuis 2012, le RN a acquis une position dominante dans le cadrage du déclin territorial. Il mobilise un langage symbolique et affectif, là où les autres partis privilégient un registre plus technique. Ces résultats révèlent un mécanisme distinct du déclin économique : l’érosion de l’infrastructure sociale qui rend la délibération possible. Lorsque les lieux de sociabilité disparaissent, la politique devient un face-à-face entre individus atomisés et récits médiatiques nationaux. Les discours offrant des réponses simples et une interprétation symbolique cohérente des transformations locales disposent alors d’un avantage structurel.

Le lien social comme infrastructure politique

La démocratie locale se construit dans les espaces où les citoyens se rencontrent et forment des opinions à partir d’interactions concrètes. Ces espaces — cafés, associations, équipements publics — constituent l’infrastructure sociale d’un territoire. Or, depuis plusieurs décennies, de nombreux territoires français connaissent une érosion continue de ces lieux de sociabilité, sous l’effet conjoint de la désertification commerciale et du retrait progressif de l’État. Cette érosion est particulièrement marquée pour les cafés et bistrots : de 200 000 établissements en 1960, la France n’en compte plus que 38 800 en 2023, soit une baisse de plus de 80 %. Entre 2013 et 2019, le nombre de petits commerces a diminué de 2 %4, tandis que de nombreux services publics — bureaux de poste, gares, Trésor Public, maternités — ont été transformés ou fortement rationalisés, en particulier dans les espaces ruraux et périurbains. Entre 2000 et 2018, le nombre de bureaux de poste de plein exercice a diminué de 30%, passant de 17 000 à 12 000.

Données et méthode

L’analyse présentée dans cette note repose sur une source de données originale : le registre administratif des terminaux de jeux de la Française des Jeux (groupe FDJ). Cette entreprise publique est implantée dans près de 12 000 communes ; ces quelque 30 000 points de vente (le nombre exact évolue en permanence), tous indépendants, forment l’un des premiers réseaux commerciaux de France métropolitaine. À titre de comparaison, le groupe La Poste comporte 12 000 points de présence postale en France, McDonald’s compte environ 1 500 restaurants. Il n’y a guère que la boulangerie qui, avec ses 39 000 points de vente en 2022, rivalise avec le maillage du réseau de détaillants partenaires FDJ.

Pour estimer le lien entre la disparition des bars-tabacs et l’évolution du vote d’extrême droite, l’analyse exploite la variation temporelle et géographique des fermetures d’établissements. La stratégie repose sur l’estimateur FEct (Liu, Wang et Xu, 2024), conçu pour les contextes d’adoption échelonnée. Plutôt que de comparer directement communes traitées et non-traitées, cette méthode construit pour chaque commune traitée un contre-factuel synthétique, à partir de sa trajectoire pré-traitement et d’une structure à facteurs latents qui capte les tendances non observées. Une commune est considérée comme « traitée » lorsqu’elle a perdu plus de 50 % de ses établissements initiaux. Des seuils alternatifs (25 %, 33 %, 75 %) produisent des effets proportionnels : plus la perte d’infrastructure sociale est importante, plus l’effet électoral est marqué.

Pour compléter

«  Municipales : une étude met en lien le vote pour l'extrême droite et la fermeture des bars-tabacs » (France Culture)

"C'est une institution typiquement française qui s'efface petit à petit, des petites comme des grandes communes, bars-tabacs ou débits de boisson. Ils étaient 200 000 en 1960, il en restait à peine 39 000 en 2023. Les Français fument moins en effet et d'autres tendances de consommation sont apparues. Les candidats en campagne à un mois et demi des municipales y vont traditionnellement rencontrer des électeurs. Reste que la disparition progressive de ces lieux emblématiques de socialisation où se croisent différentes classes sociales pose des questions éminemment politiques. C'est ce qui apparaît dans une étude publiée le 30 janvier 2026 par le CEPREMAP, le Centre pour la Recherche Économique et ses Applications. Elle établit un lien entre l'érosion du lien social local, dont les bars-tabacs sont l'émanation, et la progression du vote d'extrême droite".

«  On ne socialise pas de la même manière en ville ou à la campagne » (Slate).

Rapidement visible dans le paysage médiatique, l'ouvrage Ceux qui restent – Faire sa vie dans les campagnes en déclin du sociologue Benoît Coquard (chargé de recherche à l'INRA) a connu un succès assez rare pour une enquête au long cours, menée au sein de différents cantons de la région Grand Est. Il est vrai que l'actualité récente des « gilets jaunes » et l'omniprésence de l'expression – très contestée par les spécialistes des questions territoriales – de « France périphérique », chère à l'essayiste Christophe Guilluy, a offert un terreau favorable à l'intérêt des journalistes pour un tel sujet. Pour Benoît Coquard, « ceux qui restent » sont ceux (plutôt que celles, d'ailleurs) qui n'ont pas pu quitter leur territoire rural vers un eldorado étranger (la Suisse, notamment, aux salaires généreux) ou vers une grande ville, à la fois redoutée et admirée. Par manque de réussite scolaire, par manque de relations et de distinctions socio-économiques mais aussi, très souvent –et c'est tout l'intérêt de ce livre important– par choix et par volonté de rester soudé à un collectif amical (le plus souvent masculin) et territorial, identifié comme une fidélité aux trajectoires professionnelles (parfois survalorisées) de leurs parents, dont le statut d'ouvrier, d'agriculteur ou d'artisan constituent une fierté locale reconnue. Cette conscience politique du nécessaire repli sur un collectif marqué par un entre-soi volontaire est au cœur de la démonstration de Ceux qui restent et explique un glissement de ces classes populaires rurales vers ce que l'auteur appelle « une affinité politique et une assurance en temps de précarité» (d'ailleurs souvent mêlées de tensions amicales et de liens interclassistes), communauté caricaturée par les médias dans l'expression (choquante et insultante) de « petits Blancs ».

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Typologie communale de l'accessibilité aux soins de premier recours en France (IRDES)

Cartographier les espaces ruraux en France

L'Insee propose un nouveau gradient de la ruralité (La France et ses territoires, édition 2021)

L'accès aux services publics dans les territoires ruraux : éléments de débat à partir d'un rapport de la Cour des Comptes


Le risque d'exposition aux vagues de chaleurs à l'horizon 2050 pour les habitants âgés (ClimAtlas Vulnérabilités)


ClimAtlas Vulnérabilités est un projet de visualisation de l’augmentation du risque de fortes chaleurs pour les personnes âgées en France. Réalisé dans le cadre de l'Hackathon Météo France 2025, le projet permet de repérer les territoires à risque thermique croissant, d’observer l’évolution de l’exposition et d’identifier les quartiers prioritaires où les politiques d’adaptation doivent être renforcées. La France connaît déjà une multiplication des épisodes de fortes chaleurs à travers son territoire. De plus, les projections climatiques régionales montrent que cette tendance va s’accentuer d’ici 2030, puis 2050, avec :

  • davantage de jours à plus de 35°C, dangereux pour la santé ;
  • des nuits tropicales (>20°C), empêchant la récupération physiologique ;
  • des vagues de chaleur de plus longue durée ;
  • une intensification du phénomène d’îlots de chaleur urbains dans les villes.

Ces épisodes affectent particulièrement les personnes vulnérables, et notamment les personnes âgées, en particulier lorsqu’elles vivent seules, en milieu urbain dense ou dans des zones précaires. La population française étant vieillissante, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus sera nettement plus élevée en 2050, et leur répartition territoriale évoluera en profondeur selon les projections démographiques de l’INSEE. L’intersection entre une population plus âgée et une exposition croissante aux chaleurs extrêmes constitue donc un enjeu majeur de santé publique et d’aménagement du territoire.

Le risque d'exposition aux vagues de chaleurs à l'horizon 2050 pour les habitants âgés (source : ClimAtlas Vulnérabilités)

Accès à la carte complète ou à la carte allégée.

Voir le code source sur GitHub.

Dans le Midi, à Nîmes, Avignon ou Montpellier par exemple, cela pourrait aller jusqu'à 50 jours de vagues de chaleurs par an en 2050 (au lieu de 30 jours aujourd'hui).

Nombre de jours de vagues de chaleurs par an dans le Midi en 2050 (source : ClimAtlas Vulnérabilités)


A Lyon et dans d'autres grandes villes touchées par le phénomène d'ilot de chaleur urbain, c'est plus de 30 jours de canicule par an en moyenne à partir de 2050 selon les estimations.

Nombre de jours de vagues de chaleurs par an à Lyon en 2050 (source : ClimAtlas Vulnérabilités)

L'objectif est de fournir une plateforme simple, interactive et autoportante permettant de croiser données climatiques et données démographiques pour repérer les territoires — jusqu’à l’échelle des quartiers — où la vulnérabilité thermique des personnes âgées va le plus augmenter. L’outil vise ainsi à transmettre en quelques secondes une information précise, actionnable et territorialisée, utile aux collectivités, urbanistes, acteurs sanitaires et décideurs publics.

L'équipe qui a relevé ce défi est constituée de Pauline Allée (data/climat), Denis Vannier (cartographe), Antoine Roy (data scientist), Adrien Salem-Sermanet (data scientist), Marc Le Moing (data scientist).

La solution repose sur une application Streamlit composée d'une carte interactive permettant de naviguer dans le territoire à différentes échelles (commune / EPCI / département / région), d’afficher le croisement d’un indicateur représentatif de l’aléa de forte chaleur et de la démographie des populations âgées, à la fois pour aujourd’hui et à l’horizon 2050 (+2.7°C°), ainsi que d'une page de documentation intégrée, rendant la solution accessible et compréhensible sans expertise préalable.

Les fichiers de sortie utilisés pour la carte interactive sont disponibles au téléchargement au format geojson en version complète (200Mo) ou en version allégée (28Mo, limitée au secteurs comptant plus de 70 personnes de 65 ans et plus au km2 en 2050).

Pour compléter, le servieur web d'Eurostat fournit une carte des personnes de plus de 65 ans à l'échelle européenne (données de 2021).




Les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque face à la concurrence européenne


Source : Arnaud Serry, Ronan Kerbiriou (2025). « Les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque face à la concurrence européenne », The Conversation

Une étude menée de 2018 à 2022 sur les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque met en lumière leur performance face aux 49 principaux ports européens. À partir des données Automatic Identification System (AIS) et de la plateforme Port Performance de S&P Global, Arnaud Serry et Ronan Kerbiriou ont comparé les performances des trois principaux ports à conteneurs français – Haropa-Le Havre (Seine-Maritime), Marseille-Fos (Bouches-du-Rhône) et Dunkerque (Nord) – à celles des 49 ports européens ayant traité plus de 500 000 équivalents vingt pieds. S’ils affichent des indicateurs en deçà de leurs concurrents – taux de navires obligés de passer au mouillage, durée moyenne des escales ou taux moyen de manutention –, leur progression est bien réelle. Malgré des investissements et des atouts géographiques indéniables, les ports français présentent des performances en retrait par rapport à leurs grands concurrents européens. 

Trafic conteneurs en Europe en 2023 (source : Géodevport)


Arnaud Serry, Ronan Kerbiriou. L’arrière-pays des ports français : dynamiques et typologie en contexte européen. Flux - Cahiers scientifiques internationaux Réseaux et territoires, 2026, Pub. Anticipées (4) L21-XXIII. https://hal.science/hal-05442626v1

Cet article aborde la problématique des dynamiques et de la typologie de l’arrière-pays des ports français dans le cadre d’une concurrence européenne accrue. En examinant les transformations structurelles subies par le secteur maritime, il est souligné l’importance croissante de l’arrière-pays dans le développement économique des territoires portuaires. L’originalité de l’article réside dans la mobilisation de données douanières, qui permettent une analyse fine des flux de marchandises et dépassent les définitions traditionnelles de l’arrière-pays. En utilisant ces données, l’étude met en lumière la complexité des relations entre ports et hinterlands, révélant que les ports français, confrontés à une forte concurrence de ports européens tels qu’Anvers, peinent à maintenir leur part de marché. Les différentes analyses ont permis d’analyser les hinterlands des ports français à la fois à l’import et à l’export et également de les caractériser. Nous avons réalisé une typologie, présentée sur la carte, à l’échelle départementale, des hinterlands des ports français combinant les données en importations et en exportations.

Pour compléter

GeoDevport, un atlas des ports en Europe et dans le monde

Le projet DEVPORT s'appuie au départ sur la constitution d'un Système d'Information Géographique dédié à l'Axe Seine. La cartothèque contient de nombreuses cartes des ports en Europe et dans le monde. DEVPORT réunit un réseau de chercheurs travaillant sur les problématiques maritimes et portuaires ainsi que sur les impacts terrestres de ces activités. Géodevport est l'outil de visualisation des données

Haropa Port qui réunit Le Havre, Rouen et Paris, fournit des données SIG en open data. Les directions territoriales du Havre et de Rouen ont développé leurs plateformes d’open data. Simple d’accès, chaque portail permet de consulter et de télécharger les données mises à disposition par les deux directions territoriales. Le site du port du Havre donne également des informations sur le trafic en temps réel.

Le Havre : le port du Grand Paris, un port de la Nothern Range européenne (Geoimage)

Situé sur la rive droite de l’extrémité de l’estuaire de la Seine, la ville du Havre se confond depuis sa création par François 1er avec son port. Second port français pour le trafic global derrière Marseille, Le Havre est le premier port pour le trafic des conteneurs (3,1 millions de boites en 2024) et le 5e de la Nothern Range qui se déploie du Havre à Hambourg. Compétitivité portuaire et recomposition d’un espace essentiellement industrialo-portuaire en sont donc les défis dans le contexte d’intégration du port du Havre dans un ensemble plus vaste, HAROPA (Le Havre-Rouen-Paris), qui consacre la vallée de la Seine en corridor logistique.

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Les déterminants environnementaux de la bronchiolite du nourrisson dans la métropole de Lyon


Chaque hiver, en France, près de 500 000 enfants de moins de 2 ans sont touchés par la bronchiolite du nourrisson et 30 000 d’entre eux subissent une hospitalisation. Cette incidence varie cependant énormément d’un bébé à l’autre, avec de fortes disparités géographiques. Pour la première fois, une étude, pilotée par une équipe pluridisciplinaire lyonnaise, en collaboration notamment avec l’université de Princeton (Etats-Unis), a analysé les déterminants urbains de ces particularismes territoriaux, en cartographiant les principaux facteurs de risque, quartier par quartier, dans les 58 communes de la métropole de Lyon. Publiée le 14 octobre 2025 dans la revue internationale BMC Public Health, l’étude confirme - c’est le premier enseignement - des inégalités territoriales marquées : les communes du Sud-Est de la métropole (Vénissieux, Bron, Feyzin, Saint-Fons) présentent un taux d’hospitalisation nettement supérieur à celui des quartiers du Nord-Ouest (Écully, Caluire, Tassin).

Incidence cumulée des infections respiratoires aiguës sévères à virus respiratoire syncytial chez les
enfants de moins de 2 ans, par commune de la métropole lyonnaise (source : teamHCL)

Pour expliquer ces différences spatiales les chercheurs ont exploré différents facteurs environnementaux (humidité relative, température de l’air, pollutions par particules et à l’ozone, densité urbaine, surpeuplement, couverture végétale, revenu médian, etc.). Quinze, au total, ont été pris en compte et quatre ressortent plus nettement pour expliquer les différences d’incidence d’hospitalisation observées - c’est le second enseignement de l’étude :
  1. Le niveau socio-économique. Une corrélation linéaire forte a été observée entre le revenu médian (du code postal de résidence) et le risque d’hospitalisation. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer, même si ce n’était pas l’objet de l’étude, comme une exposition plus forte à la fumée de tabac, un nombre de contacts plus importants des nourrissons en lien avec le mode de garde, ou encore l’accès des parents au système de santé ».
  2. Le logement surpeuplé ("crowding"). Les foyers sur-occupés (comptant moins de pièces que le nombre de pièces théoriquement nécessaires) présentent un risque accru, en raison de contacts inter-enfants plus fréquents, favorisant la transmission.
  3. Les conditions climatiques. Une corrélation été observée entre la température de l’air et le risque d’hospitalisation. Le bâti urbain, la présence de parcs et d’eau modifient la température de l’air (comme dans le cas des ilots de chaleur). Les écarts de température et d’humidité, parfois importants au sein d’une métropole, pourraient influencer la susceptibilité aux infections et la transmission du VRS.
  4. La pollution atmosphérique. Une corrélation forte été observée entre le taux de PM10 (particules d’un diamètre inférieur à 10 μm) et le risque d’hospitalisation. Cette pollution atmosphérique, plus forte dans les centres-villes, les zones densément urbanisées ou industrialisées, accroît la sévérité des symptômes de la bronchiolite et le risque d’hospitalisation.
A terme, l’équipe lyonnaise espère également pouvoir dupliquer son étude dans d’autres villes françaises et européennes. Les données recueillies permettraient ainsi de développer et valider des modèles prédictifs capables d’identifier les zones à risque au sein d’un territoire urbain à partir des données de télédétection satellitaire, ouvrant la voie à une santé publique de précision, capable d’anticiper les vulnérabilités locales et d’y répondre par des actions ciblées, tant sur le plan médical qu’urbanistique.

Article scientifique

Jaakkola, K., Renard, F., Roy, A. et al. (2025). « Urban environment and RSV : a retrospective observational study of neighbourhood factors associated with the risk of severe disease in the infant population of a metropolitan area, Lyon, France » [Environnement urbain et VRS : étude observationnelle rétrospective des facteurs de voisinage associés au risque de forme grave de la maladie chez les nourrissons dans la métropole de Lyon]. BMC Public Health 25, 3481, https://doi.org/10.1186/s12889-025-24718-5

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Cartographier en dehors des lignes (Exposition de la bibliothèque Newberry)


Source :  « Mapping Outside the Lines ». Exposition de la bibliothèque Newberry de Chicago (9 octobre 2025 - 14 février 2026), https://www.newberry.org/calendar/mapping-outside-the-lines


« On peut faire une carte sans ombres ni couleurs, mais pas sans lignes. » (Erwin Raisz, Principes de cartographie, 1962)

Les lignes sont fondamentales à la communication cartographique. Elles vous guident vers un nouveau restaurant, vous indiquent la hauteur d'une montagne ou vous mettent en garde contre les risques de vous égarer. Parfois elles racontent même l'histoire de la carte. Au fil des siècles, les cartographes ont développé (et abandonné) une incroyable variété de façons d'utiliser les lignes pour donner vie à notre monde. Cette exposition, proposée par la bibliothèque Newberry de Chicago, explore l'utilisation des lignes sur les cartes, à travers des exemples allant des manuels scolaires les plus ordinaires à des oeuvres artistiques d'avant-garde. Par leurs lignes, les cartes justifient leur vision du monde, tout en révélant des perspectives ni neutres ni universelles.

« Les règles d'une carte sont faites pour être transgressées. »

Découvrez comment les lignes définissent – et parfois subvertissent – les règles qui rendent les cartes lisibles. Chaque section de l'exposition explore un type fondamental de ligne sur les cartes, tel qu'il s'est développé en Europe et en Amérique. Tout au long de cette exposition, on peut découvrir des artistes qui manipulent, déforment, voire détruisent des cartes. Pour Michael Wynne, les lignes cartographiques constituent un outil puissant lui permettant d'associer des éléments typiques des cartes, tels que les frontières et les côtes, à des insertions inattendues, comme des corps et du sang. En dessinant et en peignant sur les pages d'un atlas national, Wynne relie différents types de lignes – dessin d'un corps, lignes de sang, lignes de texte, lignes de chemin de fer – pour méditer sur l'identité, le nationalisme et la sexualité. À l'instar de nombreux artistes de cette exposition, Wynne modifie et remplace des parties de la carte pour la critiquer et la remettre en question.

La bibliothèque Newberry met ses collections à disposition pour toute utilisation légale, commerciale ou non commerciale, sans frais de licence ni d'autorisation pour la bibliothèque.

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L'exposition Mapping out : quand les artistes s'emparent de l'imaginaire des cartes


La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers des solutions fondées sur la nature


Source : « La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers la nature ». Rapport du PNUE 2026 sur l'état des finances pour la nature, https://wedocs.unep.org/items/a4a8edaa-3896-4811-b527-1583dfce7201

« Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire ».

Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) intitulé « État des finances pour la nature 2026 : la nature dans le rouge » analyse les flux financiers mondiaux vers les solutions fondées sur la nature. Il révèle que nous sommes loin d'avoir suffisamment investi dans la nature pour lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes. Cette quatrième édition s'appuie sur des méthodes éprouvées. Elle utilise des données améliorées et des méthodes plus robustes pour suivre les flux financiers liés aux solutions fondées sur la nature en 2023, les besoins et les opportunités d'investissement dans ce domaine jusqu'en 2030 et 2050, ainsi que la finance à impact environnemental négatif. 

Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire. En 2023, 7 300 milliards de dollars ont été injectés dans des activités néfastes pour l’environnement, allant des subventions aux énergies fossiles aux investissements dans des secteurs à fort impact comme les services publics et l’énergie. Parallèlement, seuls 220 milliards de dollars ont été consacrés aux solutions fondées sur la nature, dont seulement 23 milliards provenaient du financement privé. Pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de biodiversité, de climat et de restauration des terres, les investissements dans les solutions fondées sur la nature doivent être multipliés par 2,5 pour atteindre 571 milliards de dollars américains par an d’ici 2030, soit l’équivalent de seulement 0,5 % du PIB mondial. 

Ce rapport présente la courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique destiné à guider les gouvernements et les entreprises dans la suppression progressive des subventions néfastes et des investissements destructeurs, tout en généralisant les solutions fondées sur la nature (SFN) de haute qualité et dans tous les secteurs économiques. Il démontre comment la réorientation, même partielle, des flux néfastes existants pourrait combler le déficit de financement et libérer le potentiel d'une économie de transition vers la nature d'un billion de dollars. 

La courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique pour la transition vers une société respectueuse de la nature (Rapport du PNUE, 2026)

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Un monde en pénurie d'eau. Vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise (rapport de l'ONU)

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Cartographie des rejets de PFAS par les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE)

Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain


Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain


Source
: S. Colin, I. Delhomme, M. Kraszewski, Ch. Manceau (2026). Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain, Documents de travail, n° 2026-02 – Janvier 2026, https://www.insee.fr/fr/statistiques/8727452

Quatre chercheuses présentent une méthode pour mesurer l’accès aux espaces verts en ville. Leurs travaux montrent que l’accès aux aménités environnementales est un enjeu important pour des villes durables et socialement plus justes. En France, 4 habitants sur 5 vivent en ville, dont la moitié dans de grands pôles urbains denses. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les espaces verts améliorent la santé, le bien-être et la qualité de vie urbaine. La méthode développée par l’Insee et le SDES combine les données de la BD TOPO de l’IGN et d’OpenStreetMap pour cartographier précisément les espaces verts d’intérêt. L’accès est mesuré à pied en deux étapes : d'abord une zone autour de chaque espace vert, puis le comptage des habitants dans cette zone grâce à des carreaux statistiques de 200 m de côté, par intersection de surfaces. Cette approche révèle des inégalités d’accès selon les quartiers. Elle fournit aux décideurs un outil robuste pour comparer les villes, cibler les manques en aménités et orienter les politiques urbaines vers plus d’équité spatiale. 

Zones d’accès à 300, 600 et 900 mètres du grand centre urbain de Belfort (source : Colin & al., 2025)

Il est possible de définir une zone d’accès à 300 mètres et à 900 mètres des espaces verts d’un grand centre urbain, soit la zone d’accès à 5 et 15 minutes. Cependant, marcher 15 minutes pour atteindre un espace vert de petite taille est peu vraisemblable. Une distinction est donc effectuée entre les petits parcs et jardins (moins de 1 ha), les grands parcs (1 à 10 ha) et les plus grands espaces (supérieurs à 10 ha). Par hypothèse, il est considéré comme acceptable de se déplacer 5 minutes pour atteindre n’importe quel type d’espace vert, 10 minutes pour des espaces verts d’au moins 1 ha, et 15 minutes pour les grands espaces verts de plus de 10 ha. La zone d’accès à 600 mètres - un seuil de distance intermédiaire - aux espaces verts est la zone d’accès à 300 mètres autour de tous les parcs, à laquelle est rajoutée la zone d’accès à 600 mètres des parcs de plus grande taille. Autrement dit, la zone d’accès à 300 mètres est enrichie de quelques zones autour des espaces verts suffisamment grands. Itérativement, la zone d’accès à 900 mètres aux espaces verts dans une ville reprend la zone d’accès à 600 mètres, à laquelle est ajoutée la zone de 900 mètres des plus grands parcs. 

Pour compléter

S. Colin, I. Delhomme, , Ch. Manceau, M. Kraszewski, C. Jamet (2025). « Un accès inégal aux espaces verts dans les grands centres urbains »https://www.insee.fr/fr/statistiques/8558420

Les espaces verts publics, tels que les parcs, jardins et forêts, jouent un rôle essentiel dans le cadre de vie des citadins, en offrant des lieux de détente et de loisir au cœur des villes. Pourtant, au sein des grands centres urbains, un habitant sur deux n’a pas accès à un espace vert public à moins de cinq minutes de marche de son domicile. Cet accès est fortement influencé par la morphologie du territoire. En effet, la couverture et la disponibilité des espaces verts varient selon l’aménagement urbain, les spécificités géographiques et la densité de population. Ainsi, la part de forêts publiques tend à diminuer à mesure que la population et la densité augmentent, alors que les villes plus densément peuplées concentrent davantage de parcs et jardins, généralement plus accessibles à pied. Les aménités environnementales recouvrent l’ensemble des éléments du paysage ou du milieu, perçus comme naturels et exerçant une attractivité touristique ou résidentielle. Le sens peut en être étendu aux aménagements destinés à faciliter l’accès à ces éléments. La disponibilité potentielle, exprimée en m² d’espace vert par habitant, évalue l’adéquation entre la surface végétale d’un territoire et la population susceptible de bénéficier de cet espace (toutes distances confondues). Cette analyse couvre les 72 grands centres urbains de France métropolitaine, soit 770 communes et 26 millions d’habitants, classés en fonction de leur population et de leur densité (inférieure ou supérieure à 1 500 hab/km2) pour faciliter les comparaisons.

Calcul de l’accès aux espaces verts selon la distance : exemple de Besançon (source : Colin & al., 2025)

« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Ministère de l'Ecologie).

Dans un contexte où la nature devient un refuge essentiel face à l’intensité de la vie urbaine, garantir à chacun l’accès aux espaces naturels constitue un enjeu sociétal majeur. Offrir à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, la possibilité de profiter de ces lieux de détente, de sport et de découverte, tout en préservant leur richesse écologique, relève d’une démarche d’intérêt général. C’est en conciliant accessibilité, qualité d’accueil et respect des écosystèmes que nous pouvons faire des milieux naturels des espaces véritablement partagés, inclusifs et durables.

« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Fiche Sentiers nature n°2  du Cerema).
Les espaces naturels restent, pour leur grande majorité, très difficilement accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Cela s’explique par les coûts des aménagements, mais aussi par le manque de ressources  en matière d’aménagements spécifiques adaptés à ces besoins. Rendre ces milieux naturels accessibles à tous pose un défi supplémentaire : préserver leur intégrité écologique dans un contexte où ces écosystèmes sont déjà fragilisés.

Lien ajouté le 31 janvier 2026

Mihai Tivadar et Yves Schaeffer, « Segregation and environmental inequalities in French cities », Belgeo, 4 | 2025, http://journals.openedition.org/belgeo/82933

La dimension spatiale des inégalités environnementales dans les villes est étroitement liée à la répartition spatiale inégale des groupes sociaux dans l’espace. Schaeffer et Tivadar (2019) ont adapté les mesures de ségrégation résidentielle pour évaluer les inégalités environnementales urbaines. Conformément à ce cadre, cet article examine les inégalités basées sur la ségrégation dans les villes françaises, en se concentrant sur l’exposition inégale au couvert végétal (une aménité majeure) et aux sites industriels dangereux (une nuisance majeure). Il montre que les schémas de ségrégation sont tels que les groupes les plus vulnérables - les travailleurs à faibles revenus, les femmes, les personnes âgées, les familles monoparentales - sont également les plus désavantagés à cet égard.

Dans cet article, les auteurs mesurent les inégalités environnementales dans les 97 plus grandes villes de France métropolitaine (plus de 100 000 habitants, en se concentrant sur l’exposition inégale à la canopée arborée (un atout majeur) et aux installations industrielles dangereuses (une nuisance majeure). L'objectif est de vérifier si les schémas de ségrégation urbaine sont tels que les groupes les plus vulnérables ou opprimés – travailleurs à faibles revenus, femmes, familles monoparentales, personnes âgées – sont aussi les plus défavorisés sur le plan environnemental. Dans un article précédent, Schaeffer et Tivadar (2019) ont proposé deux mesures d'inégalité environnementale fondées sur la ségrégation : l'indice d'écart de dissimilarité environnementale (ΔED ) pour les données environnementales à l'échelle spatiale et l'indice de centralisation environnementale (EC) pour les données environnementales multipoints. Ils ont appliqué cette approche à l'agglomération de Grenoble, en France, et ont mis en évidence une répartition statistiquement significative et inégale des risques liés à la végétation et aux activités industrielles entre les ménages pauvres et non pauvres. En s'appuyant sur ces travaux, les auteurs élargissent considérablement le champ d'étude aux villes françaises afin de permettre des comparaisons interurbaines à l'échelle nationale, et nous prenons en compte les multiples facettes de l'injustice, au-delà des inégalités de revenus.

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Itinéraires piétons et aménités urbaines à Boston. Le projet Desirable Streets du MIT

Vers une loi universelle des mobilités urbaines ? (Senseable City Lab - MIT)

Guide visuel des bases militaires étrangères par pays (World beyond War)


World beyond War est une organisation à but non lucratif présente dans le monde entier. Elle utilise l'éducation, le militantisme et les médias pour « promouvoir la fin de toutes les guerres et l'instauration d'une paix durable ». Fondée en 2014, l'organisation publie régulièrement des rapports et conduit des actions en faveur de la paix. Parmi les ressources mises à disposition, figure un Guide visuel des bases militaires étrangères. Pour World beyond War, « mettre fin à toutes les guerres implique la fermeture de toutes les bases militaires à l'étranger ».

De nombreux pays exploitent des bases militaires à l'étranger. Les États-Unis en possèdent de loin le plus grand nombre, avec 877 bases à travers le monde. Mais au moins 18 autres nations exploitent également des bases militaires à l'étranger, chacune d'entre elles augmentant le risque de guerre. Certaines de ces installations sont situées sur des terres occupées comme butin de guerre. La plupart sont entretenues grâce à des collaborations avec des gouvernements, dont beaucoup sont des régimes brutaux et oppressifs qui tirent profit de la présence de ces bases. Dans de nombreux cas, des populations ont été déplacées pour faire place à ces installations militaires, ce qui a souvent entraîné la perte de leurs terres agricoles, une pollution massive des ressources en eau et de l'air, et une présence jugée indésirable.

Par base militaire étrangère, il convient d'entendre « toute installation, infrastructure ou site situé hors du pays d'exploitation et financé, exploité, loué ou utilisé temporairement par ce pays ». Ces bases accueillent du personnel militaire, des systèmes d'armes et/ou une infrastructure logistique, et remplissent diverses fonctions telles que l'entraînement, le recueil de renseignements, la planification opérationnelle, le commandement et le contrôle, les tâches administratives et/ou le stockage d'armements. Quelle que soit leur taille ou leur durée, ces bases contribuent intrinsèquement à des objectifs militaires pouvant inclure la préparation ou la facilitation d'interventions ou de conflits armés.


Le Guide visuel des bases militaires étrangères permet, à partir d'une carte interactive, d'explorer chaque base militaire répertoriée dans son contexte géographique. La recherche peut s'effectuer en sélectionnant par pays d'origine, pays hôte, date d'ouverture, nombre de personnes, superficie, présence d'armes nucléaires, de drones et bases de l'OTAN. Il est possible d'accéder à la carte des bases militaires par pays : 

Une liste récapitule l'ensemble des 1 257 bases actives répertoriées dans 136 pays. Cette base de données visuelle a été conçue et développée par World beyond War afin d'aider les journalistes, les militants, les chercheurs et le grand public à « appréhender l'immense problème des préparatifs de guerre excessifs, qui mènent inévitablement à l'intimidation internationale, à l'ingérence, aux menaces, à l'escalade et aux atrocités de masse. En illustrant l'ampleur de l'expansion des bases militaires à travers le monde et en soulignant l'asymétrie du nombre de bases américaines, l'organisation espère sensibiliser le public à ce problème plus vaste ». 

World beyond War a publié en 2025 un rapport selon lequel « ces bases ne reposent sur aucun fondement ». L'organisation anti-guerre et pro-paix propose en outre une cartographie du militarisme mettant en évidence :

  • toutes les bases américaines dans le monde
  • les pays avec présence de troupes américaines
  • les membres de l'OTAN et leurs partenaires
  • les interventions des États-Unis depuis 1945
  • Les sanctions appliquées par les États-Unis


Pour compléter 

« 37 organisations disposant de bases de données publiques sur le militarisme et le commerce des armes » (Everyday Peace Building).

« Bases militaires à l'étranger pour huit grandes puissances (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, Russie, Japon, Inde, Émirats arabes unis et France) jusqu'en novembre 2020 ». Base de données à télécharger avec les coordonnées géographiques (University of Hong-Kong).

« Bases militaires aux États-Unis avec leur emprise spatiale en 2022 » (Census Bureau).

« Toutes les bases militaires américaines connues à l’étranger » (Visual Capitalist).

« Carte animée de l'implantation des bases militaires américaines de 1945 à 2020 » (MapPorn).

« L’empreinte militaire américaine sur le continent européen » (Revue Conflits).

« Pays européens qui accueillent des bases militaires américaines » (Brilliant Maps).

« Pourquoi Trump n’a pas besoin de « posséder » le Groenland pour y placer des installations militaires »  (Le Monde). vidéo « Le Monde » a localisé plusieurs dizaines d’installations militaires américaines déployées depuis la seconde guerre mondiale au Groenland, pour se protéger contre d’éventuelles agressions. Les Etats-Unis ont toujours de grandes marges de manœuvre pour se déployer sur l’île. 

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Rapport 2024 sur la paix dans le monde (Institut pour l’économie et la paix)

Les dépenses militaires dans le monde à partir des données du SIPRI

Cartes et données sur les conflits et violences dans le monde (ACLED)

Cartes et données sur le terrorisme dans le monde (de 1970 à nos jours)

Cartographier les dommages subis par les populations civiles en Ukraine (Bellingcat)

Mesurer le rayonnement des grandes puissances à travers leurs réseaux diplomatiques

Les ventes d'armes des Etats-Unis et de la de la Russie (1950-2017)

Les pays bénéficiaires de l'aide américaine depuis 1945

La géographie et les cartes : des outils pour faire la guerre ? (France Culture)