Source : Fidan, S. et al. (2026). « Wealth and land-cover change govern landslide fatalities on world’s mountains » [Le niveau de richesse et les changements de couverture terrestre déterminent les décès dus aux glissements de terrain dans les montagnes du monde]. Science Advances, volume 12, issue 15, https://doi.org/10.1126/sciadv.aec2739 (article en accès libre).
Contrairement à une idée répandue, la plupart des glissements de terrain mortels surviennent dans des environnements transformés par l'homme. Même sur des terrains escarpés, les perturbations anthropiques peuvent profondément influencer les glissements de terrain. Les connaissances sur l'interaction entre les glissements de terrain et les activités humaines se limitent généralement à des modèles locaux ou à des évaluations heuristiques régionales fondées sur des données empiriques. Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé les changements d'occupation et d'utilisation des sols comme indicateur pour déterminer le rôle de la pression humaine comme facteur favorisant les glissements de terrain mortels et ainsi dresser un panorama global. Ils ont pris en compte le niveau de revenu, la population, l'exposition et un ensemble de données portant sur environ 60 ans de changements d'occupation et d'utilisation des sols dans les zones montagneuses afin de comparer les glissements de terrain et les décès dans 46 pays. Leurs analyses statistiques montrent que les changements d'occupation et d'utilisation des sols ont une influence nettement plus importante sur la densité des glissements de terrain mortels et le nombre de décès liés à ces glissements que les facteurs physiques tels que la topographie ou les précipitations, en particulier dans les pays à faible revenu. Ils observent un impact marginal sur les glissements de terrain lorsque les changements d'occupation et d'utilisation des sols sont faibles, quel que soit le niveau de revenu. Les résultats soulignent que la planification efficace de l’utilisation et de la couverture des sols est essentielle pour réduire le nombre de décès dus aux glissements de terrain, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur.
Répartition mondiale des glissements de terrain mortels dans les zones montagneuses K1.
Le panneau (A) illustre la répartition des glissements de terrain mortels dans les zones montagneuses K1 des différents pays. La couche K1 définit les terrains montagneux en fonction de l'altitude, de la pente et du relief topographique, avec une résolution de 1 km. Les panneaux (B) à (D) présentent des vues rapprochées des glissements de terrain mortels survenus respectivement en Amérique centrale et dans le nord des Andes, en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Est. Les pays ayant enregistré au moins six glissements de terrain mortels sont mis en évidence en gris. La taille des points représentant chaque glissement de terrain est proportionnelle au nombre de victimes.
La base de données mondiale sur les glissements de terrain mortels (GFLD) est disponible gratuitement sur le blog consacré aux glissements de terrain. La couche sur les chaînes de montagnes K1 est accessible à cette adresse. La couche mondiale sur les établissements humains (GHSL) est accessible par ici. Le jeu de données HILDA+ (HIstoric Land Dynamics Assessment+) est disponible à cette adresse. Les codes d'analyse utilisés sont librement accessibles. Toutes les données et tous les codes nécessaires à l'évaluation et à la reproduction des résultats présentés dans l'article sont disponibles dans l'article et/ou dans les documents complémentaires.
Pour compléter
Les glissements de terrain se réfèrent à une gamme de dangers qui impliquent un mouvement du sol, des coulées de boue ou des éboulements. Ils se produisent souvent en même temps que d'autres dangers, tels que les inondations, et sont plus fréquents dans les zones montagneuses. Les glissements de terrain peuvent avoir diverses répercussions sur la santé, y compris des décès, des blessures et un stress mental grave en cas de destruction et de décès. La gravité de l’impact dépend au moins en partie de la vitesse du glissement de terrain, ce qui prend les gens par surprise et laisse peu de temps pour l’alerte et l’activation des procédures d’urgence. Au cours de la période 1995-2014, 27 pays de la région européenne ont enregistré 1 370 décès et 784 blessés dans 476 glissements de terrain mortels. Lorsque la cause du glissement de terrain a été identifiée, elle était le plus souvent due à des événements météorologiques extrêmes, tels que de fortes pluies et des inondations. Dans certains autres cas, des glissements de terrain ont été déclenchés par des activités minières, industrielles ou des tremblements de terre. En général, les personnes vivant dans des zones montagneuses, telles que les Alpes ou dans des zones montagneuses en Turquie, sont les plus touchées par les glissements de terrain, mais d’autres facteurs, tels que la propriété du sol, la couverture terrestre et le débit d’eau, influencent également la probabilité de glissements de terrain (source : Climate Adapt).
Depuis 2009, la susceptibilité des versants aux mouvements de terrain a été cartographiée à l’échelle du territoire métropolitain à l’initiative d’un groupe d’experts européens, piloté par la Commission européenne. La méthode combine trois facteurs : la pente et la topographie, la lithologie et l’occupation du sol. Plus de 40 % du territoire national présenterait une susceptibilité forte et 30 % une susceptibilité modérée. Ces valeurs sont élevées car elles ne représentent que la probabilité d’occurrence spatiale sans intégrer la probabilité d’occurrence temporelle ou l’intensité des phénomènes. Les cartes d’aléa identifient les terrains susceptibles aux mouvements de terrain, tandis que l’estimation du risque doit intégrer une évaluation économique des dommages directs (destructions) et indirects sur les activités. De plus, si les enjeux justifient des actions préventives à l’égard des voies de communication ou des zones urbanisées par exemple, l’analyse de leur vulnérabilité peut constituer des références utiles pour une prise de décisions adaptées (source : Gis Sol).
Une carte de sensibilité aux glissements de terrain a pu être élaborée en 2018 au niveau européen en combinant la topographie, la nature des roches et l'occupation du sol : Wilde, M. et al., Pan-European landslide susceptibility mapping: ELSUS Version 2, Journal of Maps, vol 14, 2018. La carte ELSUS V2 illustre la zonation de la susceptibilité aux glissements de terrain pour chaque zone climatique et physiographique d'Europe (données SIG à télécharger par ici). Elle couvre une superficie plus étendue que l'ELSUS 1000 et offre une résolution spatiale plus fine (200 × 200 m). Cette carte actualisée a été élaborée selon la même méthode semi-quantitative que l'ELSUS 1000, combinant les ratios de fréquence des glissements de terrain avec un modèle d'évaluation multicritères spatial basé sur trois prédicteurs thématiques : la pente, la lithologie du sous-sol superficiel et l'occupation du sol.
Sensibilité aux glissements de terrain en France (source : Ministère de la transition écologique)
En France métropolitaine, environ 20 % du territoire a une sensibilité élevée ou très élevée aux glissements de terrain. La sensibilité est estimée faible ou très faible pour deux tiers du territoire et moyenne pour environ 14 %. Les zones de montagne (Alpes, Corse, Massif central, Pyrénées, Vosges) sont particulièrement sensibles. En Corse, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, la sensibilité élevée aux glissements de terrain concerne plus de 45 % du territoire (source :
Chiffres clés des risques naturels).
La base de données
Mouvements de terrain (BD-Mvt) recense les mouvements de terrain répertoriés en France métropolitaine et dans les départements des Antilles, de la Guyane et de La Réunion. Cette base nationale, qui regroupe environ 6000 références, est gérée depuis 1994 par le BRGM, avec le soutien du Ministère en charge de l'écologie, du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la recherche. Les données sont téléchargeables au format csv par département.
Glissements de terrain et écoulements majeurs historiques en France (liste non exhaustive)
(source : Gis Sol.
L’état des sols de France, 2011)
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Année
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Localisation
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Phénomène
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Victimes
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1962
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St-Jean-de-Maurienne
(Savoie)
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Lave
torrentielle
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75
victimes
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1970
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Plateau
d’Assy (Haute-Savoie)
|
Coulée
de boue
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70
morts, destruction d’un sanatorium
|
|
1980
|
Grand-Ilet,
Cirque de Salazie (Réunion)
|
Glissement
|
10
morts
|
|
1981
|
La
Ravoire (Savoie)
|
Lave
torrentielle
|
Dégâts
estimés à 2 millions d’euros
|
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1987
|
Le Grand-Bornand (Savoie)
|
Coulée de boue
|
29 victimes
|
|
1987
|
St-Antoine,Modane (Savoie)
|
Coulée de boue
|
Dégâts estimés à 3
millions d’euros
|
|
1994
|
La Salle-en-Beaumont
(Isère)
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Glissement
|
4 morts, plusieurs
bâtiments détruits
|
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2000
|
Cabassou, Remire-Montjoly
(Guyane)
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Glissement
|
10 morts
|
|
2000
|
Petit
Bourg (Guadeloupe)
|
Glissement
|
20
bâtiments endommagés ou détruits
|
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2001
|
Féterne
(Haute-Savoie)
|
Glissement
|
50
bâtiments endommagés ou détruits
|
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2003
|
Faucon
(Alpes-de-Haute-Provence)
|
Lave
torrentielle
|
Dégâts
estimés à 3 millions d’euros
|
|
2004
|
Le
Villard (Alpes-de-Haute-Provence)
|
Glissement
|
20
bâtiments endommagés ou détruits
|
Aux Antilles et à La Réunion, les terrains argileux sur fortes pentes et les pluies tropicales abondantes favorisent l'évolution des glissements de terrain en coulées de boue ou en laves torrentielles. Lors du cyclone Hyacinthe à La Réunion en 1980, pas moins de 3 mètres de précipitations sont tombées dans le cirque de Salazie. Un glissement de terrain de grande ampleur a eu lieu à Grand Ilet faisant 10 victimes. Du fait de sa taille exceptionnelle (plus de 350 Mm3) et du nombre d'habitants exposés (plus de 1000), le glissement de terrain de Salazie est l'un des plus grands glissements de terrain habités dans le monde. À la Réunion, le BRGM surveille ce glissement depuis 20 ans. En l’espace de 10 ans (2003-2013), le BRGM a pu mesurer sur certaines maisons des déplacements de l’ordre de 10 mètres (voir cette vidéo).
À La Réunion, le croisement entre l’aléa et les enjeux indique que près de 100 000 personnes sont exposées à des mouvements de terrain. Ces études d’aléa, sous la maîtrise d’ouvrage de l’État, peuvent notamment conduire à la prescription de Plans de Prévention du Risque Mouvement de Terrain (PPR-MT) dans les secteurs les plus sensibles.
Carte de l’aléa mouvement de terrain à La Réunion (source : DDRM - Préfet de la Réunion)
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