Atlas des zones importantes pour les requins et les raies dans le monde (ISRA)


Source : « New Ocean Map Pinpoints 800+ High-Priority Areas Crucial for Shark and Rays Protection » [Une nouvelle carte des océans identifie plus de 800 zones prioritaires essentielles à la protection des requins et des raies], ISRA, 2026.

Une équipe d'experts a identifié des zones océaniques prioritaires pour la protection des populations de requins et de raies. Ils ont recensé 816 zones dans 9 des 13 régions océaniques selon un rapport publié par l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Ce rapport, intitulé « Voyageurs des océans », les désigne sous le nom de « Zones importantes pour les requins et les raies » (ISRA). Chacune de ces zones abrite des activités essentielles pour au moins une espèce de requin ou de raie menacée. Cette découverte est cruciale, car les populations de requins et de raies sont en difficulté à l'échelle mondiale en raison de la surpêche et d'autres menaces. Ces ISRA sont accessibles au public dans un atlas en ligne. Les autorités ont mené cette évaluation afin d'orienter les futures décisions politiques. 

Atlas des zones importantes pour les requins et les raies (Source : ISRA)


Actuellement, ces animaux ne constituent pas une priorité en matière de conservation. Cependant, les responsables de l'UICN estiment que ce statu quo doit évoluer. « Nous voulons changer la perception des choses, mais pour cela, nous avons besoin de données, et c'est le cœur de ce projet », a déclaré Rima Jabado, présidente du Groupe de spécialistes des requins de l'UICN, selon Mongabay . « Nous effectuons ce travail pour le gouvernement, afin qu'il n'ait pas à le faire lui-même. » Les chercheurs estiment que les sites identifiés dans le rapport constituent les habitats les plus importants pour les requins et les raies au monde. Ce rapport offre un tableau détaillé des lieux de vie, d'alimentation et de migration de ces espèces menacées. Il met en évidence plusieurs zones de regroupement, d'alimentation, de reproduction et de migration. La cartographie révèle que les requins et les raies parcourent de vastes distances, des monts sous-marins isolés aux eaux côtières, tout au long de leur vie. Cependant, au fil des ans, ce voyage est devenu de plus en plus difficile. Plus de 1 330 scientifiques de 100 pays ont apporté leurs contributions à l'élaboration de ce rapport.

L'enquête révèle également l'interconnexion profonde des océans. Requins et raies se rassemblent sur des sites culturels importants des îles du Pacifique, tout en présentant des comportements uniques dans des archipels éloignés, comme la Polynésie française. Des couloirs de migration s'étendent de l'Afrique du Sud au Mozambique, côtoyant des systèmes d'upwelling riches en ressources dans le Pacifique tropical oriental. De nombreux habitats mentionnés dans le rapport figurent parmi les régions les plus fréquentées et les plus surexploitées de l'océan, telles que les zones de développement offshore, les voies de navigation et les zones de pêche industrielle. Ce constat souligne l'urgence d'agir pour concilier les besoins de la biodiversité océanique et les activités humaines. Le changement climatique et la destruction des habitats, conjugués à des pratiques d'exploitation telles que la surpêche, font des requins et des raies le deuxième groupe de vertébrés le plus menacé de la planète. Un tiers de ces espèces sont actuellement en danger d'extinction. Nombre d'entre elles ont été contraintes de migrer vers de nouvelles zones, leurs habitats d'origine étant devenus toxiques. Ce rapport met en lumière ces futurs refuges et ces zones clés de résilience qui nécessitent une protection.

Les chercheurs estiment que cet Atlas constituera un outil essentiel pour les autorités, leur permettant de protéger les requins et les raies grâce à des stratégies de conservation adaptées au climat. Les requins et les raies migrateurs dépendent d'habitats océaniques sains et connectés. La délimitation des ISRA (aires de conservation des espèces menacées) repose sur un ensemble de critères élaborés spécifiquement pour représenter la vulnérabilité, l'aire de répartition géographique, le cycle de vie, le caractère distinctif et la diversité des chondrichtyens (Hyde et al.,  2022 ). Bien que non contraignantes juridiquement, les ISRA constituent « un outil précieux pour appuyer la gestion par zone et faciliter les actions de conservation adaptées aux besoins des espèces : une carte claire des habitats importants, dont la conservation nécessite une collaboration internationale ». Les données SIG de l'Atlas sont mises à disposition à partir d'un formulaire.

Pour compléter 

« L’ISRA, un nouveau cadre pour protéger requins, raies et chimères » (Longitude 181).

Parmi les mesures de protection adoptées dans le milieu marin, les ISRA se démarquent par une approche empirique, parfois bien éloignée de celles des AMP. Dans le cadre de la planification et de la conception des aires marines protégées (AMP), l’UICN a estimé que les Chondrichtyens n’ont pas été suffisamment pris en compte au niveau mondial pour que ces dispositifs de préservation puissent également assurer la protection des populations de requins, raies et chimères (constituant la classe des Chondrichtyens, communément appelés poissons cartilagineux). Un travail de recherche mené par des experts des ces espèces, intitulé Important Shark & Rays Area (ISRA), est en cours d’élaboration afin de fournir un cadre permettant d’identifier les zones d’importance pour ces animaux marins, cruciales pour leur épanouissement et le rétablissement des populations. A l’inverse des AMP, les ISRA ne sont pas des espaces définis, dans lesquels des restrictions d’usage et des règlementations s’appliquent pour atténuer les atteintes portées à la conservation d’espèces cibles. Les ISRA sont par essence définies par les espaces naturellement importants pour certaines espèces de Chondrichtyens, selon des critères scientifiques, et dans lesquels il convient de mettre en place des mesures de protection renforcées (pouvant aboutir parmi d’autres mesures, à la création d’une AMP). Cette approche de conservation basée sur des critères géographiques est déjà utilisée pour les mammifères marins (IMMA), les oiseaux (IBA) et la biodiversité (KBA) et les scientifiques pensent qu’elle peut jouer un rôle essentiel dans la préservation des Chondrichtyens, en protégeant notamment de la pêche et des modifications d’habitat les sites identifiés comme essentiels.

« Élaboration d'un plan pour la protection des requins et des raies menacés dans le monde - Identification des zones importantes pour les requins et les raies dans les eaux australiennes » (ISRA).

L'Australie joue un rôle de refuge pour certaines des espèces de requins et de raies les plus menacées au monde. 158 zones importantes pour les requins et les raies (ISRA) ont été identifiées en Australie et dans le sud-est de l'océan Indien, dont 143 dans les juridictions des États et des territoires.  Parmi les zones sensibles à la biodiversité (ISRA) nécessitant une attention immédiate figurent le port de Macquarie, en Tasmanie, où l'élevage de saumon pousse la raie de Maugean vers l'extinction, et les systèmes fluviaux du Territoire du Nord où les poissons-scies sont menacés par la pêche commerciale au filet maillant du barramundi, qui n'a pas encore été progressivement éliminée par le gouvernement du Territoire du Nord. Les ISRA offrent aux gouvernements fédéral et étatiques une voie claire pour renforcer la protection du milieu marin et favoriser le rétablissement des populations de requins et de raies menacées.

Cochran, JE, Charles, R., Temple, AJ, Kyne et al. (2026). « Only One Percent of Important Shark and Ray Areas in the Western Indian Ocean Are Fully Protected From Fishing Pressure » [Seul un pour cent des zones importantes pour les requins et les raies dans l'océan Indien occidental sont entièrement protégées de la pression de pêche]. Ecology and Evolution, vol 16, n° 1,  https://doi.org/10.1002/ece3.72690

Les zones de conservation spécifiques (ZCS) abritent plus d'un tiers (n =104, 39 %) des 270 espèces de chondrichtyens recensées dans l'ouest de l'océan Indien, dont 76 % sont menacées d'extinction selon la Liste rouge des espèces menacées de l'UICN. Seules 7,1 % des ZCS se situent à l'intérieur d'aires marines protégées (AMP) désignées, et seulement 1,2 % dans des zones de non-prélèvement intégralement protégées. Le chevauchement le plus important entre les zones de non-prélèvement et les aires de pêche intégrales se rencontre aux Seychelles et dans l'archipel des Chagos. Ces résultats mettent en évidence les lacunes de la protection spatiale des habitats des chondrichtyens, mais offrent également une opportunité stratégique aux décideurs politiques et aux gestionnaires des ressources d'améliorer la couverture actuelle des AMP et de respecter leurs engagements en vertu d'accords internationaux, tels que le Cadre mondial pour la biodiversité.

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Cartographie du nationalisme chrétien aux États-Unis


Source : « Mapping Christian Nationalism Across the 50 States : Insights from PRRI’s 2025 American Values Atlas » [Cartographie du nationalisme chrétien dans 50 États : enseignements de l’Atlas des valeurs américaines du PRRI paru en 2025], Public Religion Research Institute.

Pour mesurer le nationalisme chrétien, le Public Religion Research Institute a utilisé un questionnaire portant sur les liens entre le christianisme, l'identité américaine et le gouvernement des États-Unis. D'après des entretiens menés auprès de plus de 22 000 adultes tout au long de l'année 2025, environ 11 % des personnes interrogées se sont déclarées nationalistes chrétiens, 21 % sympathisants, 37 % sceptiques et 27 % réfractaires. La proportion d'Américains se déclarant partisans ou sympathisants du nationalisme chrétien est restée stable depuis fin 2022. Une majorité des Républicains se qualifient d'adeptes du nationalisme chrétien (21 %) ou  sympathisants (35 %), contre un quart des indépendants (7 % d'adeptes et 18 % de sympathisants) pour  moins de 2 Démocrates sur 10 (5 % d'adeptes et 12 % de sympathisants). L'enquête 2025 du PRRI sur les valeurs américaines s'est intéressée aussi aux sources d'information auxquelles les Américains font le plus confiance pour obtenir des informations fiables sur la politique et l'actualité. Près des deux tiers des Américains qui font le plus confiance aux médias d'extrême droite se déclarent nationalistes chrétiens (34 %) ou sympathisants (31 %), tout comme une majorité de ceux qui font le plus confiance à Fox News (18 % des nationalistes et 37 % des sympathisants) et environ la moitié de ceux qui font le plus confiance aux sources d'information radio. 

Part du soutien au nationalisme chrétien en fonction des appartenance politiques (source : © PRRI)

L'Atlas des valeurs américaines 2025 du PRRI révèle également une corrélation positive entre le nationalisme chrétien et un faible niveau d'éducation, ainsi qu'un âge plus avancé. Les Américains ayant un niveau d'études secondaires ou inférieur (37 %) ou ayant suivi des études supérieures partielles (35 %) sont plus susceptibles d'adhérer au nationalisme chrétien, comparativement à 27 % des Américains titulaires d'un diplôme universitaire et à 21 % de ceux qui possèdent un diplôme de troisième cycle. De même, les Américains âgés de 50 ans et plus sont plus enclins à partager des opinions nationalistes chrétiennes que ceux de moins de 50 ans.

La proportion d’Américains qui se déclarent adhérents et sympathisants varie considérablement d’un État à l’autre, allant d’un minimum de 15 % dans le Massachusetts à un maximum de 54 % dans l’Arkansas. La carte montre que les États où le nationalisme chrétien est le plus soutenu sont des États républicains, principalement situés dans le Sud et le Midwest : l’Arkansas (54 %), le Mississippi (52 %), la Virginie-Occidentale (51 %), l’Oklahoma (49 %) et le Wyoming (46 %). À l’inverse, les États où la proportion d’adeptes et de sympathisants du nationalisme chrétien est la plus faible sont des États démocrates, situés principalement sur les côtes : la Californie (22 %), le New Jersey (22 %), New York (21 %), l’État de Washington (18 %) et le Massachusetts (15 %). Les États indécis se situent entre les deux, avec environ un tiers de leurs habitants se déclarant adeptes ou sympathisants : la Caroline du Nord (36 %), la Pennsylvanie (34 %), le Michigan (33 %), le Wisconsin (32 %) et l’Arizona (30 %). Les habitants de la Géorgie (42 %) sont nettement plus susceptibles d’adhérer aux convictions du nationalisme chrétien que ceux du Nevada (25 %). L'Atlas permet également de faire des comparaisons sur la période 2014-2024.

Soutien au nationalisme chrétien parmi les Blancs Américains et par État en 2024 (source : © PRRI)

Les opinions favorables au président Donald Trump sont fortement corrélées aux opinions nationalistes chrétiennes au niveau des États. La carte des 50 États montre que les idéologies nationalistes chrétiennes prédominent dans le Sud et le Midwest, notamment dans les États où les élus républicains sont majoritaires. 

En 2025, seulement un Américain sur trois (32 %) adhérait à la théorie du grand remplacement, selon laquelle « les immigrants envahissent notre pays et remplacent notre patrimoine culturel et ethnique ». Toutefois, cette croyance est beaucoup plus répandue parmi les partisans (67 %) et les sympathisants (53 %) du nationalisme chrétien que parmi les sceptiques (32 %) et les réfractaires (8 %).

Télécharger le rapport complet (les données figurent dans les annexes).

Le PRRI (Public Religion Research Institute) est une organisation à but non lucratif et non partisane qui se consacre à la réalisation de recherches à l'intersection de la religion, de la culture et des politiques publiques. En 2014, le PRRI a lancé l'American Values Atlas, un atlas en ligne très utile pour comprendre les transformations démographiques, religieuses et culturelles qui affectent les États-Unis aujourd'hui (données téléchargeables en CSV au niveau des métropoles, états et régions). L'Atlas des valeurs américaines s'appuie sur un échantillon d'au moins 40 000 entretiens annuels menés auprès d'un échantillon aléatoire d'Américains afin de fournir un niveau de détail sans précédent sur le paysage culturel et religieux des États-Unis. 

Appartenance religieuse : part des protestants évangéliques blancs par État (source : © American Values Atlas)

Pour compléter 


Comme l’a théorisé le chercheur Robert Wuthnow, l’électorat religieux américain s’est reconfiguré sur de nouvelles lignes politiques depuis les années 1980. Désormais, chaque confession se divise entre conservateurs pratiquants, qui votent républicain ; et progressistes peu ou pas pratiquants, qui votent démocrate. Michele Margolis apporte une précision quant au comportement des chrétiens issus des minorités : ce sont les protestants et catholiques pratiquants blancs qui votent républicain ; la majorité des électeurs non blancs et/ou non chrétiens et moins ou non pratiquants vote démocrate. Cette réalité semble avantager Donald Trump en 2024 : il séduit bien entendu la « droite religieuse », qui représente encore 35 % de l’électorat, lui proposant au surplus les thèses du nationalisme chrétien. Mais d’autres groupes issus des minorités rejoignent le vote Trump, tels que les Latinos évangéliques et les pentecôtistes noirs. Enfin, l’affaire de Gaza vient renforcer le vote républicain chez les évangéliques sionistes et les juifs orthodoxes, tandis qu’elle pourrait provoquer une abstention punitive pour le camp démocrate chez les électeurs propalestiniens d’origine arabe ou musulmane. De son côté, le Parti démocrate compte sur le vote des « nones » (athées, agnostiques et sans église particulière) devenu dominant et privilégie des thèmes sociétaux qui leur conviennent, tels que la posture pro-choice et la défense des causes LGBTQ+. Ce faisant, il ignore trop souvent le reste de ses électeurs religieusement affiliés. Kamala Harris attire pourtant un électorat religieux renouvelé et en expansion démographique, grâce à sa vision plus positive, mélioriste de la religion et de la situation des États-Unis. 

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OSINT, conflit et impact sur l'environnement. L'épandage d'herbicide par les forces de défense israélienne


Source :  « Israel should stop spraying of controversial herbicide in Syria and Lebanon » [Israël devrait cesser d'épandre cet herbicide controversé en Syrie et au Liban] (PAX).

L'organisation PAX (basée aux Pays-Bas), qui entend "protéger les civils des violences de la guerre et mettre fin aux conflits armés", publie un article sur l'épandage d'herbicide en Syrie et au Liban. En janvier 2026, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont survolé les zones frontalières de la Syrie et du Liban à l'aide d'avions épandeurs d'herbicides, pulvérisant des champs et des zones frontalières. L'utilisation de cette substance chimique au-dessus des zones occupées ou de part et d'autre des frontières internationales soulève de graves inquiétudes quant à l'exposition potentielle des civils, aux conséquences sur les moyens de subsistance des agriculteurs en raison de la dégradation des terres agricoles, et aux dommages environnementaux plus généraux. L'organisation exige l'arrêt immédiat de l'épandage d'herbicides et une indemnisation pour les agriculteurs ayant subi des pertes de revenus suite aux dégâts causés aux cultures.

Utilisation d'herbicide par Israël en Syrie et au Liban (source : PAX)

Pour identifier les zones touchées et évaluer l'ampleur de l'utilisation d'herbicides, l'organisation a utilisé les données de géolocalisation de vidéos publiées en ligne et les a comparées à des images satellites. Les recherches montrent qu'une bande de terre d'au moins 55 kilomètres de long, située dans les zones frontalières de la Syrie, a été affectée. Elles révèlent également des dommages environnementaux plus importants liés à l'occupation israélienne du Sud-Liban et à ses activités militaires en Syrie. L'impact de ces épandages est visible sur les images satellites Sentinel-2 du 8 février et Planet du 7 février 2026. L'impact observé semble se limiter à une bande d'épandage d'environ 7 à 10 mètres de large le long de la frontière à l'intérieur de la Syrie, ou s'étendant sur plusieurs mètres au-delà de la ligne de démarcation. Ces épandages transfrontaliers semblent avoir pour but de maintenir une végétation dégagée afin d'empêcher les personnes et le bétail de s'approcher de la frontière. 

Pour identifier les zones affectées, une interprétation visuelle et une analyse de l'indice de végétation (NDVI) par différence normalisée ont été utilisées. Cette analyse, réalisée par le Dr He Yin de l'Université d'État de Kent, a évalué l'état de la végétation en détectant les changements par comparaison des images Copernicus Sentinel-2 disponibles, à l'aide de compositions en fausses couleurs, avant et après le début des opérations de pulvérisation. Une comparaison d'images avant et après, datées du 19 janvier et du 8 février, a été effectuée, en utilisant ce type de décoloration et la largeur similaire de cette bande en bordure comme indicateur de traitement de la zone. Une autre approche a également été développée par l'expert SIG Sergio « Maps », qui a créé un script spécifique pour Copernicus EO Browser afin de distinguer les trajectoires d'épandage. L'indice Sentinel-2 créé par Sergio a été intégré à un script Google Earth Engine par Brian Perlman, spécialiste en télédétection. Son application propose une nouvelle option permettant de sélectionner un emplacement précis afin de vérifier la baisse rapide des valeurs NDVI, qui constituent ici un bon indicateur de l'utilisation du glyphosate. Il convient de noter que les outils et méthodes utilisés ne sont généralement pas applicables à la détection de l'utilisation du glyphosate, mais se sont révélés essentiels dans ce cas particulier, car ils ont corroboré d'autres éléments de preuve tels que la géolocalisation et l'imagerie au sol.

Décoloration de deux longues bandes de végétation de part et d'autre de la frontière indiquant une pulvérisation probable de glyphosate (source : Copernicus Browser)

L'histoire des dommages environnementaux transfrontaliers liés à l'épandage d'herbicides par Israël sur les terres agricoles palestiniennes à Gaza est bien documentée. Des organisations telles que Forensic Architecture ont montré comment les épandages aériens sur les terres agricoles de Gaza, ainsi que les épandages effectués du côté israélien de la frontière, pouvaient se propager de l'autre côté en raison des conditions de vent. Depuis 2014, de nombreux incidents ont été documentés par des organisations internationales et israéliennes de défense des droits humains, au cours desquels des avions israéliens ont épandu des mélanges d'herbicides qui ont endommagé les cultures à Gaza, entraînant des pertes de récoltes et de revenus pour les agriculteurs. Ces opérations se sont poursuivies de manière intermittente au cours des années suivantes. 

L'un des exemples les plus graves d'utilisation d'herbicides s'est produit pendant la guerre du Vietnam, lorsque les États-Unis ont répandu d'importantes quantités de défoliants au Vietnam, au Laos et au Cambodge dans le cadre de l'opération Ranch Hand. L'utilisation d'herbicides dans les conflits est antérieure à cette période ; les forces britanniques ont déployé des défoliants similaires pendant l'insurrection malaise afin de réduire le couvert forestier utilisé par les insurgés. Cependant, la guerre du Vietnam a marqué un tournant en raison de l'ampleur des conséquences environnementales et sanitaires et de son impact sur le personnel américain

Ces résultats de recherche ont été obtenus grâce à un travail de collaboration entre experts OSINT et SIG, ce qui montre l'utilité de la télédétection pour surveiller et suivre les dommages causés par les conflits et leurs impacts sur la santé et l'environnement.

Pour compléter

« Dark OSINT : quand les sources ouvertes deviennent des armes » (L'ADN). L’enquête en sources ouvertes, ou OSINT, est devenue un outil brillant au service des grandes enquêtes journalistiques. Mais l'OSINT est aussi détourné pour produire du doute, du ciblage et de la désinformation. Comment fait-on pour que l’OSINT reste un bon outil pour contrer l’ère de la post-vérité ? « Il faudrait enseigner l’OSINT et le fonctionnement des infrastructures d’Internet dès le collège. C’est, à mes yeux, un choix politique à assumer. Plutôt que d’interdire les réseaux sociaux aux jeunes ou de se contenter d’initiations très superficielles au numérique, il faudrait leur apprendre concrètement comment on enquête à partir de sources ouvertes » 

Allan Deneuville (2025). OSINT : enquêtes et démocratie, éditions INA.
Dans cet ouvrage publié en novembre 2025, Allan Deneuville, maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l’Université Bordeaux-Montaigne, s’intéresse à l’influence de l’OSINT sur notre société. Son ouvrage Copier-coller : le tournant photographique de l’écriture numérique est consultable en libre-accès (« Permettre une pédagogie du copier-coller comme geste de recherche, c’est concourir à refaire de la recherche un geste passionnel : réussir à savoir ce qui compte »). 

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OSINT, enquêtes et terrains numériques (revue Hérodote)

Des images satellites déclassifiées révèlent les impacts de la guerre du Vietnam

Des images aériennes déclassifiées prises par des avions-espions U2 dans les années 1950




Géographie des bibliothèques en France


L'Atlas des bibliothèques territoriales, publié en 2024 par le Ministère de la Culture, fournit des cartes et des données très utiles pour dessiner une géographie des bibliothèques et des points d'accès aux livres en France. 

Les 15 500 bibliothèques et points d’accès au livre permettent à 85 % des Français d’accéder à ce service culturel dans leur commune de résidence. La France compte en moyenne 23 établissements de lecture pour 100 000 habitants. Les collectivités urbaines sont plus équipées en lieux de lecture (neuf communes urbaines sur 10). Cependant, un tiers des communes rurales disposent d’un établissement de lecture publique, desservant ainsi près de 22 % des Français. La distribution dans l’espace métropolitain et ultramarin des bibliothèques publiques offre une remarquable couverture du territoire et un accès de grande proximité à la population. L’implantation des équipements est très liée à la densité de la population sur le territoire : les établissements majeurs (points en rouge) et les établissements de taille moyenne (points en orangé) se localisent généralement dans les zones les plus peuplées et urbanisées de la Métropole et de l’Outre-mer ; les espaces moins denses en population (zones très rurales, zones montagneuses, ou encore l’intérieur des terres en Outre-mer par opposition aux littoraux) accueillent moins d’établissements métropolitaine, ces zones peu peuplées disposent plutôt de points d’accès au livre (points en bleu), alors que dans les Outre-mer l’offre en bibliothèques se resserre autour d’établissements majeurs ou de taille moyenne. 

Implantation et types de bibliothèques en France (source : Atlas des bibliothèques territoriales)

Les régions Île-de-France, Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Pays de la Loire, et en Outre-mer, La Réunion et la Guadeloupe, sont les mieux desservies : plus de 93 % des habitants résident dans une commune équipée d’au moins une bibliothèque, contre 85 % en moyenne en France. La qualité du service proposé peut cependant différer au sein d’une région selon leur lieu d’implantation. L’écosystème propre aux villes, permettant de concentrer et de polariser les acteurs économiques, culturels, éducatifs et institutionnels, favorise des partenariats plus nombreux et les bibliothèques desservent des populations plus importantes. A l’inverse, les populations habitant en milieu rural sont moins bien desservies, même si les bibliothèques offrent ce service culturel en France à 66 % des ruraux dans leur commune de résidence. Il y a cependant des différences : moins de quatre ruraux sur 10 à Mayotte ont accès à une bibliothèque dans leur commune et seulement cinq ruraux sur 10 en Corse, dans le Grand Est, en Normandie et dans les Hauts-de-France. 

Concentration des bibliothèques selon le type d'établissement (source : Atlas des bibliothèques territoriales)

L'Atlas comporte de nombreuses cartes assorties de chiffres et de graphiques concernant les périodes de création des bibliothèques, leur accessibilité, leur amplitude horaire, leur type de publics, la diversité et la qualité de leur offre documentaire, leurs moyens humains et financiers, leur patrimoine, leurs équipements informatiques et numériques, leurs actions culturelles et leurs partenariats. 

Source : Françoise Lucchini, Lola Jordan (dir.). Atlas des bibliothèques territoriales. Direction de l'information légale et administrative (DILA), 2024, https://shs.hal.science/halshs-04444109v1

L’Atlas des bibliothèques territoriales est une publication du Ministère de la Culture (Service du Livre et de la Lecture). Trois parties composent cet Atlas. La première présente un panorama national des bibliothèques en France : premier service culturel de proximité, la bibliothèque se déploie sur tout le territoire et propose de multiples services et activités à ses publics. La deuxième partie dessine des portraits régionaux de l’état de la lecture publique dans les territoires. Enfin, la dernière partie met en avant, d’une part, les mises en réseau des bibliothèques à différentes échelles (départementale, intercommunale, métropolitaine et municipale), et, d’autre part, illustre avec une photothèque les récentes évolutions en matière d’offres de services, d’aménagements et de constructions architecturales. Cet Atlas est issu d’un partenariat de recherche entre le Ministère de la Culture et le laboratoire IDEES UMR 6266-CNRS Université de Rouen Normandie qui a élaboré et rédigé les cartes et textes. Les données utilisées proviennent de l’enquête annuelle statistique du Ministère de la Culture auprès des bibliothèques territoriales qui s’appuie sur un partenariat avec les conseils départementaux.

Les données ayant servi à constituer l'Atlas des bibliothèques des collectivités territoriales sont disponibles sur le site data.culture.gouv.fr. Les fichiers à plat sont au format CSV, JSON, Excel et Parquet. Toutefois ils ne comportent pas de données de géolocalisation. Il est possible de se reporter au site data.gouv.fr qui comporte les mêmes données, mais avec géolocalisation.


Par ailleurs Victor Gayed propose une carte de recensement des bibliothèques (BXN - Bibliothèque eXpansion Numérique) via l'application Gogocarto. En zoomant sur la carte en ligne, on accède aux différentes informations. Les points sont partiellement renseignés.  Vous pouvez les modifier en cliquant sur [Proposer des modifications] après avoir sélectionné un point. 


Les données géolocalisées de la BXN sont téléchargeables au format ods, csv ou xls à partir de cette page.  Les données des établissements correspondent à l’ensemble des informations contenues dans les fiches des établissements renseignés grace au formulaire. Pour chaque établissement cela regroupe le nom, l'adresse, son type ainsi qu'une description éventuelle, la tranche de population desservie, le fonctionnement ou non en réseau, la présence ou non d'un portail internet, la possession ou non de labels liés au numérique, l'accès au ressources numériques via un tiers ou non, et enfin toutes les ressources numériques proposées par l'établissement.

Les données géolocalisées du site Data.gouv.fr permettent de réaliser des cartes à partir d'un SIG (type QGIS) ou d'un logiciel de cartographie thématique (type Magrit ou autre). On peut par exemple représenter les bibliothèques en fonction de leur nombre d'entrées. 

Importance des bibliothèques d'après leur nombre d'entrées en 2023 (source : Data.gouv.fr)

La base de données permet de réaliser beaucoup d'autres cartes en utilisant les nombreuses variables proposées.

Pour compléter  

« Cartographier les ressources numériques en bibliothèques » (BPI). Face au défi de la valorisation des offres de ressources numériques en bibliothèques, la cartographie se développe comme une solution visuelle efficace et attractive.

Emmanuel AZIZA et Xavier SENÉ, « Éditorial : audiovisuel et multimédia en bibliothèque », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2025-1. Entre 2018 et 2023, le prêt de DVD chute de 27 % alors que celui des livres augmente de 14 points. La vidéo à la demande (VàD) est présente dans 446 bibliothèques. Deux cartes présentent l’offre des ressources numériques onéreuses (sous droit) proposée par les bibliothèques municipales (BM) et départementales (BD) en 2023. Les BM moyennes et grandes, les réseaux de BM, achètent et proposent des ressources directement ; les petites BM proposent généralement des ressources acquises par la BD de leur territoire.

Carte des bibliothèques de France dotées d'un accès aux ressources numériques en IIIF (Chronoscope World). L'IIIF (International Image Interoperability Framework) est un ensemble de normes ouvertes permettant de manipuler en ligne des objets numériques en haute résolution. 

« Les Français et la lecture en 2025 » (CNIL). Mis en œuvre depuis 2015 par le Centre national du livre (CNL) et confié à Ipsos, ce baromètre bisannuel porte sur un échantillon de 1 000 personnes, représentatives de la population française (dès 15 ans et plus) et interrogées par téléphone. Il a pour objectifs de mesurer, sur la durée, les pratiques et les perceptions des Français vis-à-vis du livre et de la lecture, mais aussi de mieux comprendre ce qui favorise ou au contraire freine la lecture.

Articles connexes

Atlas et cartes numériques conservés par des bibliothèques

La contre-cartographie et les contre-données comme pratiques communicationnelles de résistance


La revue en sciences de l'information et de la communication Media and Communication consacre son numéro spécial de février 2026 à la cartographie des données, abordée du point de vue de la contre-cartographie et des pratiques de communication à l'ère d'Internet et des réseaux sociaux. Dirigé par Sandra Jeppesen (Lakehead University) et Paola Sartoretto (Jönköping University), ce numéro thématique, disponible en libre accès, comporte des articles de recherche très intéressants sur une question qui croise pratiques cartographiques, approches sociotechniques et enjeux politiques et sociaux.

Sandra Jeppesen, Paola Sartoretto (2026). « Counter Data Mapping as Communicative Practices of Resistance », Media and Communication, vol 24, Cogitatio Press, https://doi.org/10.17645/mac.i502

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Ce numéro thématique présente des recherches analysant de manière critique la contre-cartographie conduite par des groupes communautaires qui s’approprient, collectent et utilisent des contre-données pour révéler ou remodeler des réalités spatiales. Les articles abordent un éventail de pratiques cartographiques dans le cadre d'approches sociotechniques multidimensionnelles, intégrant notamment les enjeux politiques liés aux différents usages de la représentation, de la visualisation, de l’interactivité et des imaginaires cartographiques. La contre-cartographie est ici envisagée comme une pratique communicative de résistance. Il s'agit de comprendre la manière dont la contre-cartographie peut être appréhendée comme une pratique communicative sociotechnique par laquelle des communautés marginalisées et vulnérables mobilisent collectivement les potentialités des technologies cartographiques pour rendre visibles et contester les causes profondes et les conséquences de la marginalisation. Les chercheurs étudient comment la contre-cartographie s’inscrit dans les notions de spatialité et de relationnalité, en explorant des dimensions d’analyse telles que la collecte des données, les objectifs, les capacités, les processus, les collaborations, l’appropriation, l’invisibilité stratégique, et en démontrant l’importance croissante de la multidimensionnalité sociotechnique dans la production et la cartopolitique des contre-cartes communautaires. 

Plusieurs articles traitent des formes de résistance face à la cartographie officielle et aux données à vocation de communication diffusées au moment de la crise de la Covid19. En réponse, les militants se sont efforcés de créer de nouveaux récits sur la pandémie grâce aux plateformes numériques. Le concept de « cartographies de la négociation » est mis en avant pour saisir comment les cartes en ligne servent de lieux de friction et de construction de sens, reflétant des perspectives, des valeurs et des dynamiques de pouvoir concurrentes au sein de l'activisme des données.

Visions technocentriques et visions en termes de justice sociale dans la contre-cartographie
(source : © Calvo & Treré, 2026)


D'autres articles abordent la cartographie participative comme outil de justice sociale et de mobilisation, ou encore comme lieu d'affirmation d'imaginaires alternatifs. On peut prendre l'exemple de la carte renversée du monde proposée par le site Iconoclasistas (2019). Des recherches mettent en lumière le travail des femmes rurales et paysannes qui produisent 70 % des aliments que nous consommons, et dont seulement 13 % sont propriétaires de leurs terres. « La carte est basée sur la projection de Gall-Peters (avec ici les pôles inversés)... Nous l'avons choisie car elle nous permet, tant spatialement que symboliquement, de visualiser plus clairement les territoires et les pays à majorité paysanne et rurale, la diversité bioculturelle, les grands projets extractifs et les conflits armés résultant de l'exploitation de la nature et des tentatives de normalisation occidentale ».

Mapamundi 2019 (source : © Iconoclasistas)


Il est difficile de rendre compte de toute la richesse et de la diversité des thématiques tant les articles traitent de nombreuses dimensions de la contre-cartographie et des contre-données pour rendre visibles les invisibles (expériences de cartographie autochtone) ou encore pour montrer les nouveaux liens de proximité via les réseaux sociaux (exemple de l'Observatoire du réseau Tiktok qui donne à voir des réseaux d'utilisateurs reliés par des centres d'intérêt communs, mais qui a été supprimé depuis). Sont abordées également les pratiques urbaines qui sont renouvelées par les plateformes numériques, qu'il s'agisse des promenades urbaines en Chine, de la cartographie de l'économie de la résistance à Hong Kong ou encore des lieux de rencontre gay qui redéfinissent toute une géographie affective dans les espaces urbains.

Sommaire des articles :


Lien ajouté le 24 février 2026

« The Power of Power Structure Research » [Le pouvoir de la recherche sur les structures de pouvoir] (Jacobin). Apparue dans les années 1960, la recherche sur les structures de pouvoir — qui consiste à cartographier qui détient le pouvoir dans la société, comment ces entités sont liées et comment elles utilisent leurs ressources pour influencer les décisions majeures — a été une arme importante dans les luttes pour les droits civiques, contre la guerre et pour les travailleurs.

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La carte, objet éminemment politique. Vous avez dit « géoactivisme » ?


Scénarios d’extrêmes hydrologiques en France. Quelles projections pour l'avenir ?


Le projet Explore2 (« Explorer les futurs possibles de l’eau selon les scénarios climatiques du GIEC ») a produit un ensemble de projections hydrologiques suivant plusieurs scénarios climatiques pour la France hexagonale. L’objet de ce rapport est de présenter les scénarios d’évolution des extrêmes hydrologiques, concernant les épisodes de pluies intenses, crues, sécheresses météorologiques, agronomiques, hydrologiques, hydrogéologiques et assecs des cours d’eau. Ces différents types de sécheresses sont analysés soit directement via les sorties de modèles de climat, soit en utilisant différents types de modèles, hydrologiques, hydrogéologiques, ou dédiés aux assecs, afin de montrer à la fois l’accord entre les différentes simulations pour différentes régions françaises mais aussi des indicateurs quantifiant les évolutions futures. Les scénarios sont présentés pour différentes périodes de projections dans le futur, en utilisant les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre RCP4.5 et RCP8.5.

Source : Tramblay, Y., Sauquet, É., Arnaud, P., Rousset, F., Soubeyroux, J-M., Hingray, B., Jaouen, T., Jeantet, A., Munier, S., Vergnes, J-P. (2024) Scénarios d’extrêmes hydrologiques, Recherche Data Gouv V3, https://doi.org/10.57745/2XDJ5H


Changements sur les pluies intenses 2041-2100 par rapport à 1976-2005 (source : Tramblay et al., 2024)


Changements sur les crues 2041-2071 (source : Tramblay et al., 2024)


Les principales conclusions sur l’évolution probable des extrêmes hydrologiques au cours du XXIe siècle sont :
  • Une augmentation généralisée des pluies intenses journalières dans les différents scénarios (signal médian de l’ordre de +20 %) avec une bonne convergence des différents modèles sur le territoire en particulier dans la moitié nord de la France.
  • Un signal à la hausse des crues, surtout pour le nord de la France (signal médian de l’ordre de +40 % à +50 %) mais qui masque en réalité une faible convergence entre les modèles, donc les scénarios sur les crues sont peu robustes et soumis à des fortes incertitudes, liées à la fois aux modèles climatiques et hydrologiques utilisés.
  • Peu d’évolution des sécheresses météorologiques, avec seulement un signal assez robuste vers une augmentation de ces épisodes de déficits de précipitations en été dans le sud de la France pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5). En revanche, les projections pour les sécheresses agronomiques sont bien plus pessimistes, avec une nette augmentation des surfaces touchées par ces épisodes qui deviennent plus nombreux et plus intenses, avec notamment des sécheresses du sol en été de 2 à 6 fois plus fréquentes, selon le scénario considéré.
  • Une augmentation de la sévérité des sécheresses hydrologiques - qui désignent des niveaux anormalement bas des cours d’eau - avec un maximum de convergence entre les modèles pour le sud de la France avec un signal médian de l’ordre de -40 % en fin de siècle pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5), tandis que dans le nord de la France les signaux divergent dans les différents modèles hydrologiques. En outre, la moitié sud de la France verra le phénomène d’intermittence des cours d’eau s’amplifier dans la partie amont des bassins.

On parle beaucoup de crues et d'inondations dans les médias lors d'épisodes de pluies hivernales comme c'est le cas en février 2026, qui 
enregistre sa plus longue série de jours de précipitations (37 jours de pluie ininterrompue) depuis le début des mesures de Météo France (1959), battant même le record de 2023. Explore2 constitue la plus grosse synthèse sur le sujet en France, sur près de 3000 cours d'eau avec des dizaines de simulations climatiques. Le rapport ne montre pas de clair signal vers une augmentation des crues fluviales (débordement des cours d'eau), sinon dans le nord de la France et encore pas dans tous les modèlesCe que l'on voit surtout, c'est une modification des types de crues dans plusieurs régions, notamment avec une hausse probable des épisodes liés aux pluies intenses, ce qui est confirmé par des modèles de climat à plus haute résolution. En somme, peu de signal sur les crues fluviales, mais potentiellement une augmentation de la sévérité des crues pluviales, liées aux phénomènes de ruissellement, surtout en milieu urbain. Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut pas lier directement la hausse de l'intensité des pluies et celles des crues, d'autres facteurs rentrent en jeu, par exemple la modification des conditions d'humidité des sols (en contexte d'aridité croissante), l'occupation des sols, les pratiques agricoles et les aménagements hydrauliques de type barrages. En bref, les modifications du climat peuvent se traduire très différemment selon les territoires sur le risque de crue, d'où l'importance d'avoir des études qui prennent en compte les spécificités locales, même si les études de grande échelle donnent un signal d'ensemble lié au climat. On peut ajouter que le changement climatique augmente la probabilité d'avoir des crues hivernales type pluie-sur-neige. Dans les Pyrénées, c'est ce qui semble se passer : en 2022, il y a eu d'importantes crues en hiver, ce qui n'a pas empêché d'avoir un printemps très sec suivi de tensions sur les ressources en eau en été.

Références scientifiques

Yves Tramblay, Guillaume Thirel, Laurent Strohmenger, Guillaume Evin, Lola Corre, Louis Heraut & Eric Sauquet (2025). « Evolution of flood generating processes under climate change in France » [Évolution des processus de génération des crues sous l'effet du changement climatique en France]. Hydrology and Earth System Sciences, vol.29, issue 23, https://hess.copernicus.org/articles/29/7023/2025/

Toutes les données de cette étude sont librement accessibles. Les simulations du modèle climatique corrigées des biais sont disponibles à l'adresse https://www.drias-climat.fr/. Les simulations du modèle hydrologique sont disponibles à l'adresse https://www.drias-eau.fr/. Les mesures de débit sur la France sont disponibles à l'adresse https://www.hydro.eaufrance.fr/. La base de données SAFRAN est disponible à l' adresse https://meteo.data.gouv.fr/datasets/donnees-changement-climatique-sim-quotidienne/. Tous les rapports techniques du projet Explore2 sont disponibles à l'adresse https://entrepot.recherche.data.gouv.fr/dataverse/explore2.

Nils Poncet, Yves Tramblay, Philippe Lucas-Picher, Guillaume Thirel & Cécile Caillaud (2025). « Projections of extreme rainfall and floods in Mediterranean basins from an ensemble of convection-permitting models » [Projections des précipitations extrêmes et des inondations dans les bassins méditerranéens à partir d'un ensemble de modèles à résolution spatiale permettant la convection]. Climatic Change, vol. 178 , n°141 (2025), https://link.springer.com/article/10.1007/s10584-025-03983-8

Josep Bonsoms, Juan I. López-Moreno, Esteban Alonso-González, César Deschamps-Berger & Marc Oliva (2024). « Rain-on-snow responses to warmer Pyrenees: a sensitivity analysis using a physically based snow hydrological model » [Réponses des précipitations sur neige au réchauffement des Pyrénées : une analyse de sensibilité à l'aide d'un modèle hydrologique de la neige basé sur des principes physiques]. Hydrology and Earth System Sciences, vol. 24, issue 1, https://nhess.copernicus.org/articles/24/245/2024/

Pour compléter

« La France face à des crues exceptionnelles, amplifiées par le dérèglement climatique et les choix d’aménagement » (Géoconfluences). Les inondations qui ont touché l'Ouest de la France en février 2026 s'expliquent par la conjonction d'un aléa naturel particulièrement intense et d'une vulnérabilité accentuée par les aménagements humains. Quelles peuvent être les réponses à ce type d'évènement pour réduire l'ampleur de leur occurrence ?

« Le long de la Garonne, les images satellite révèlent l'ampleur des crues » (France-Info). 
Les vues depuis le ciel montrent comment la Garonne est sortie de son lit, alors qu'une partie du fleuve est toujours placée en vigilance rouge aux crues en février 2026. A Marmande par exemple, la crue de la Garonne est importante. Le site 
Remonter le temps de l'IGN permet de comparer le lit de la Garonne aujourd'hui par rapport au XIXe siècle (en particulier l'extension des zones artificialisées au cours du XXe siècle). Le site Vigicrues donne les crues records sur cette station. Une comparaison des images satellites Sentinel1 permet de se rendre compte de la situation avant/après la crue de février 2026. La zone inondable identifiée par le PPRN correspond à une zone de crue centennale comme il s'en est produit en 1875, 1930 et 1952. La Garonne a simplement repris son lit majeur (comme à Angers). Voici une webmap, associée à un tableau de bord, qui permet de visualiser sur une partie du tronçon de la Garonne marmandaise (entre Langon et le nord d'Agen), l'impact des crues.

Episeine est un jeu sur les occurrences des crues de la Seine à Paris. Le jeu permet de faire des tirages aléatoires réalistes de ce que pourraient être les crues lors du siècle prochain. Cela permet de percevoir visuellement la notion d'occurrence de crue (vingtennale, cinquetennale, centennale...). Le site donne également des conseils aux habitants à suivre en cas de crue.


Lien ajouté le 22 février 2026

Le DRIAS propose une projection des pluies intenses à +4°C. L'application cartographique permet de faire des recherches par commune. Elle affiche les résultats par cumuls annuel et saisonniers et donne pour chaque commune l'intensité et la fréquence des pluies intenses prévues. 

Projection des pluies intenses à +4°C (source : DRIAS, les futurs du climat)


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Le changement climatique par les données (La graphothèque - BonPote)

Données météorologiques sur la France disponibles en open data

Rapport annuel 2023 du Haut conseil pour le climat « Acter l’urgence, engager les moyens »




La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale

https://www.academia.edu/108778146/URBANO_MONTES_WORLD_MAPS_SOURCES_AND_DEVELOPMENT?email_work_card=title

Cette carte marine du XVe siècle, anonyme et non précisément datée, a été attribuée en 1924 à Christophe Colomb par Charles de La Roncière, attribution toujours débattue aujourd’hui. Dessinée sur parchemin à l'encre rouge et noire, elle se divise en deux parties, séparées par un trait rehaussé d’or, représentant deux espaces distincts. A droite, figure une carte marine de la Méditerranée, qui inclut les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée comme des terres hypothétiques dans l’océan Atlantique Nord. Sur la gauche est représentée une petite mappemonde, qui synthétise les connaissances géographiques européennes à la veille de la découverte de l’Amérique ; elle est inscrite dans neuf cercles célestes, selon la conception géocentrique de l’univers qui prévalait encore à l’époque.

La carte dite de « Christophe Colomb » (source : © Bibliothèque Nationale de France)


La carte est conservée au département des Cartes et plans de la BNF sous la cote Rés. Ge AA 562. On peut la retrouver sur Gallica. Elle fait l'objet d'une présentation vidéo de la BNF accessible sur Youtube dans le cadre de sa série « Au coeur des cartes ».

La carte dite de « Christophe Colomb » (1488-1492) | Au cœur des cartes (source : BNF)


« Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard  » (The National Geographic).

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures. Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage. La carte, établie à l’origine par le cartographe allemand Henricus Martellus, était recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, notamment le planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom d'« Amérique ».


Chet Van Duzer (2018). Henricus Martellus’s World Map at Yale (c. 1491). Multispectral Imaging, Sources, and Influence [Carte du monde d'Henricus Martellus à Yale (vers 1491). Imagerie multispectrale, sources et influence], Springer International Publishing.


Cet ouvrage présente des recherches inédites sur la carte du monde réalisée par Henricus Martellus vers 1491 et conservée à la bibliothèque de l'université de Yale (à découvrir en haute résolution). L'importance de cette carte était pressentie depuis longtemps, mais son étude restait impossible en raison de l'illisibilité des textes. L'imagerie multispectrale, réalisée avec le soutien du National Endowment for the Humanities en 2014, a permis de rendre les textes lisibles pour la première fois, incitant Chet Van Duzer à en reprendre l'étude. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus. L'ouvrage propose des transcriptions, des traductions et des commentaires sur les textes latins de la carte, notamment leurs sources, ainsi que sur la toponymie de plusieurs régions. Il en ressort une relation étroite entre la carte de Martellus et la célèbre carte de Martin Waldseemüller de 1507. L'une des découvertes les plus passionnantes concerne l'arrière-pays de l'Afrique australe. Les informations qu'elle contient proviennent de sources africaines ; la carte constitue ainsi un document unique et d'une importance capitale pour la cartographie africaine du XVe siècle. Henricus Martellus a rempli les océans d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il détestait vraisemblablement lui aussi les espaces laissés vides sur la carte. Cet ouvrage constitue une lecture essentielle pour les spécialistes des humanités numériques et les historiens de la cartographie.

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. Outre son ouvrage sur la carte d'Henricus Martellus publié en 2018, il est l'auteur d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. Il a publié en 2023 Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past (disponible en accès libre), qui fait l'objet d'une présentation dans ce billet.

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