La carte, objet éminemment politique. Vers un choix « imposé » des parcours de manifestation ?


A la faveur des mobilisations du mouvement lycéen et du mouvement social de l'automne 2026, on voit circuler de nombreuses cartes de parcours de manifestion sur Internet et dans les médias. A Paris, dans le cadre des défilés traditionnels Bastille-Nation, mais aussi dans d'autres centres-villes en France, les cortèges ont l'habitude d'emprunter des itinéraires symboliques à proximité des lieux de pouvoir. Suite aux violences urbaines qui ont émaillé l'Acte I de mobilisation le samedi 17 octobre 2026, des tensions assez fortes sont apparues concernant la question du tracé autorisé. Afin de protéger les commerces, le Ministère de l'Intérieur et la Préfecture de police de Paris ont demandé à ce que les cortèges soient déplacés sur de nouveaux itinéraires plus extérieurs, de la porte d'Italie à la porte de Vincennes ou encore de la porte de Bagnolet à celle de Charenton. Sous prétexte d'éviter les débordements, les manifestants ont commencé à soupçonner les autorités de vouloir reléguer les cortèges hors des centres-villes en périphérie. Les oppositions se sont cristallisé lors de l'Acte II et de l'Acte III du mouvement de mobilisation les 24 et 31 octobre, jusqu'à donner lieu à des recours au Tribunal administratif, suivis même d'un appel auprès du Conseil d'État. 

Entre itinéraires choisis par les manifestants et parcours autorisés voire « imposés » par les autorités, les cartes viennent mettre en évidence et exprimer les lieux et territoires de la contestation. À Paris ainsi que dans la plupart des grandes villes françaises, les parcours de manifestations sont le fruit d’âpres négociations entre les organisations et les autorités. Comme l'explique le géographe Aurélien Delpirou, « choisir un parcours de mobilisation, c’est toujours un compromis entre visibilité recherchée par les organisateurs, charge symbolique des lieux traversés et impératifs de sécurité posés par la préfecture » (source : Le Parisien). Les cartes produites pour organiser, orienter, canaliser ou contôler les mobilisations traduisent ces tensions. Ce billet se propose d'aborder les enjeux autour de ces choix de parcours de manifestation à l'échelle de Paris, puis plus largement à l'échelle des autres villes françaises.

I) Quel choix de parcours de manifestation pour la capitale ?

La comparaison entre le parcours proposé le 24 octobre et le parcours finalement autorisé par les autorités, montre l'ampleur du désacccord entre pouvoir politique et manifestants. Après avoir validé un parcours Bastille-Nation, la Préfecture de police de Paris a fait volte-face la veille de la manifestation et balayé l’accord conclu avec les étudiants et les organisations syndicales.

Comparaison du parcours prévu et celui imposé par la Préfecture de Paris le 24 octobre 2026 (source : Le Parisien)



Lieu historique et emblématique des rassemblements citoyens, syndicats et mouvements sociaux en France, la place de la République constitue le point de départ ou d'arrivée de nombreux cortèges (notamment lors de journées de grève, contre la vie chère ou pour les droits sociaux et des femmes), s'accompagnant parfois de heurts avec les forces de l'ordre lors de rassemblements tendus ou non déclarés. La récurrence de ces événements suscite régulièrement des débats et des réactions parmi les riverains et associations locales face aux nuisances sonores et aux occupations fréquentes de l'espace. Suite au pillage de nombreux commerces lors de la journée du 17 octobre et des affrontements qui se sont poursuivis le lendemain, le quartier des Halles et la place de la République sont mis sous couvre-feu nocturne et déclarés interdits à toute manifestation à partir du 20 octobre. 

Secteurs concernés par le couvre-feu à Paris à partir du 20 octobre (source : Le Parisien)

Il peut être intéressant de mettre en comparaison ces deux périmètres d'interdiction avec la carte des commerces pillés à Paris lors de la journée du 17 octobre. On s'aperçoit que les dégradations se sont étendues sur un périmètre beaucoup plus large, bien au delà de la place de la République. 

« 451 commerces vandalisés : la carte des établissements parisiens pillés et dégradés les 17 et 18 octobre » (source : Le Parisien)


Le trajet proposé par les Gilets jaunes, qui comptaient rallier la place de l’Opéra depuis Bastille en passant par République, a également été interdit par arrêté. La préfecture justifie ce choix par « les exactions constatées le week-end dernier, comme à la fin des dernières manifestations, en particulier le 17 octobre », qui « incitent à la plus grande prudence dans le choix des itinéraires afin de faire respecter l’ordre public ». La multiplication des propositions ajoute à la confusion, les manifestants risquant de ne plus savoir où se rassembler pour défiler.

L'opposition entre manifestants et autorités concernant le choix du parcours de manifestation s'est encore durci lors de la journée de mobilisation du 31 octobre. « C'est de nouveau un point de tension entre les organisateurs et la préfecture de police de Paris. Cette dernière a refusé de valider vendredi les parcours de cortège dans le centre déposés par la CGT et des Gilets jaunes, les invitant à défiler en périphérie » (source : TF1). « La préfecture nous balade de parcours en parcours...Ils considèrent que tout Paris est un centre-ville » (source : BFM-TV).

Comparaison des parcours proposés par la CGT, les Gilets jaunes et la Préfecture de police le 31 octobre (source : BFM-TV)


Décider des lieux choisis pour manifester devient un enjeu majeur de pouvoir et de contre-pouvoir, l'occasion également de tester et mettre en évidence le rapport de force. Alors que les organisateurs des manifestations déplorent le parcours imposé par la préfecture le samedi 31 octobre, le préfet de police de Paris met en avant le droit de manifester en sécurité et celui des commerçants de travailler. 

« Les manifestations République-Bastille-Nation, c’est terminé pour un temps : le plan du préfet de police de Paris pour ramener le calme » (source : Le Parisien)


La fermeté des mesures mises en place est évidente au point d'être dénoncée comme une remise en cause de la liberté de manifester. Sur le site de la préfecture, on dénombre plus d’une 30e d’arrêtés préfectoraux juste pour définir les mesures applicables face aux mobilisations du 30 octobre au 2 novembre (source : Préfecture de police de Paris). Les cartes qui assortissent plusieurs de ces arrêtés préfectoraux dessinent toute une géographie des zones interdites aux rassemblements dans la capitale.

« Mesures interdisant tout rassemblement non déclaré dans certains secteurs de Paris »
(Arrêté n° 2026-01478 portant mesures applicables à Paris du 31 octobre au 2 novembre 2026)


La cristallisation du débat autour de ces parcours « imposés » aux manifestants, ainsi que les mesures de couvre-feux et de surveillance policière qui les assortissent, finissent par déboucher sur la revendication d'un droit à manifester librement. Pour défendre ce droit constitutionnel, l'intersyndicale Île-de-France indique avoir déposé un recours, comme d'autres organisations étudiantes, devant le Tribunal administratif. Cette fois, la défense du droit de manifester s’ajoute aux revendications sociales, sur fond de tensions avec les autorités. « Notre République n’est pas capable de lutter contre les troubles à l’ordre public sans sacrifier le droit de manifester » (source : Libération). Le juriste en droit public Nicolas Hervieu estime qu’une « accumulation d’erreurs et de techniques inappropriées de maintien de l’ordre » a entravé l’exercice du droit « pacifique et fondamental » de manifester. « Peut-on encore manifester en France ? » : le débat s'oriente sur l'équilibre à trouver entre droit à la sécurité et droit à manifester en France (source : France Culture). Pour l'historien Patrick Boucheron, « notre situation historique n'est pas révolutionnaire, mais pré-autoritaire » (source : Libération). L’avocat et académicien François Sureau dénonce des cortèges relégués loin des lieux visibles et un usage « massif » de la garde à vue « comme un instrument de maintien de l’ordre ». Pour lui, c’est confondre « la liberté constitutionnelle de manifester avec la répression pénale » (source : France Inter).

Le parcours du défilé parisien, objet d'un bras de fer entre les syndicats et les autorités (source : France-Info)

Le 30 octobre 2026, la veille même de la manifestation, le Tribunal administratif a suspendu l'arrêté de la Préfecture de police de Paris qui exigeait un défilé entre les portes de Bagnolet et celle de Charenton. La justice autorisait donc le parcours de la manifestation parisienne tel que prévu par les organisateurs entre les places de la Bastille et de la Nation le samedi 31 octobre. En référé, l'interdiction de la manifestation à Paris entre Bastille et Nation est suspendue car la préfecture n'établit pas le risque pour l'ordre public [TA Paris, 30 oct. 2026, n°2633497]. Ce sont, selon cet arrêté, les autorités qui doivent en principe agir pour prévenir ces troubles « autrement » que par l'interdiction. Mais renversement de la situation :  après appel du Ministre de l'intérieur et audience nocturne, le Conseil d'État a rétabli dans la nuit du 30 au 31 octobre l'interdiction de manifester entre Bastille et Nation en jugeant que les risques pour l'ordre public étaient bien établis. L'itinéraire alternatif proposé aux marges de Paris de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton serait admissible selon le Conseil d'État.

« Manifestations du 31 octobre à Paris : quel parcours ?  » (source : La Croix - Visactu)

Ces parcours interdits sont assortis de mesures de contrôle et de surveillance de l'espace public. Les manifestants se voient également interdire de nombreux autres secteurs de la capitale pour organiser leur défilé. La carte du journal Le Monde fait bien apparaître ces restrictions en superposant les parcours (autorisé ou interdits) aux secteurs géographiques où les rassemblements non déclarés sont interdits et où des mesures de couvre-feu ont également été mises en place pour les mineurs non accompagnés la nuit.

Les parcours de la manifestation du 31 octobre à Paris avec les zones interdites de rassemblements non déclarés et les secteurs de couvre-feu (source : Le Monde)

En outre, la préfecture de police a ordonné la fermeture administrative de nombreuses stations de métro et de RER. Cela revient à « une sorte de confinement rampant » : plus moyen pour les manifestants de se déplacer aisément en métro, dès avant les premières manifestations. La liberté de commerce devrait-elle l'emporter sur la liberté d'expression ? « C'est pour protéger le commerce mais certainement pas pour protéger la liberté de circulation, au même titre que celle de manifestation ». Ce type de fermeture préventive par la RATP et la préfecture de police est régulièrement mis en place lors de journées de mobilisation sociale pour éviter les débordements ou sécuriser le périmètre des cortèges. Mais comme le montre le visuel ci-dessous,  les manifestants y voient une entrave à la liberté de circuler ou une réaction disproportionnée du pouvoir face aux mouvements sociaux et aux rassemblements prévus ce jour-là (qualifiée ironiquement d'« avoir peur d'Halloween »). 

« 31 stations de métro et de RER fermées le 31 octobre  » (source : Cerveaux non disponibles)

Ces interdictions multiples et répétitives d'un samedi à l'autre ne manquent pas de déclencher l'ire des manifestants. « Le droit de manifester, c'est le jour où on veut, là où on veut » déclare Manon Moret (secrétaire de l'UNEF) qui dénonce les « manœuvres déloyales de la préfecture » pour restreindre les manifestations. « Il y a un enjeu de pouvoir manifester en centre-ville, là où il y a des lieux de pouvoir ». Le samedi 31 octobre, 350 actions susceptibles de fédérer 350 000 à 450 000 personnes au total ont été recensées, a indiqué une source policière, et certains dépeignent un « climat pré-insurrectionnel ». Les autorités n’ont voulu autoriser que les manifestations loin des centres-villes. Un nouveau couvre-feu a été décrété dans certains secteurs de Paris pour les nuits du 30 octobre et du 1er novembre, une mesure qui se multiplie dans plusieurs villes de France.

II) Une situation également tendue et confuse dans les grandes villes françaises

Le problème se pose également dans d'autres villes en France où les centres-villes font l'objet d'interdictions ou de déplacements de parcours de manifestation. Si la question est moins sensible que dans la capitale qui concentre les lieux de pouvoir et de commandement et si l'on ne relève pas d'imbroglio judiciaire de même nature, les tensions sont malgré tout palpables. Dans les Bouches-du-Rhône, toutes les manifestations sont interdites. À Lyon, toute manifestation est interdite dans la ville. À Lille, à Nice, à Rouen, au Havre et à Toulon, les centres-villes sont fermés aux manifestants. Des couvre-feux sont imposés à Marseille, à Lyon et à Perpignan.

Le cortège déclaré à Bordeaux a été finalement autorisé, contrairement à la semaine précédente, après des « garanties » de sécurisation offertes par l’intersyndicale CGT-FSU-FO, a annoncé la préfecture le 30 octobre. Elle anticipe néanmoins une journée « difficile » et « des actions violentes ». Un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés a été ordonné samedi soir à partir de 20 heures dans le centre-ville de Bordeaux, de même qu’une interdiction de regroupement.

À Lyon, la préfecture a donné aussi son feu vert à un défilé hors de l’hypercentre. La semaine précédente, 10 000 manifestants ont défilé dans les rues de Lyon, malgré l’absence de manifestation autorisée et un périmètre d’interdiction de rassemblement élargi dans le centre. À Marseille et dans les Bouches-du-Rhône la préfecture à pris jeudi 29 octobre des arrêtés pour autoriser les manifestations, à condition d’être déclarées préalablement. Le préfet du Nord a autorisé un cortège à Lille mais en a strictement délimité son organisation. La préfecture a validé un tracé de 5km contournant le centre, au départ de la place de la République, et en direction de Wazemmes.

Exemple de cartes dénonçant l'interdiction des manifestations en centre-ville (source : L'Echiquier social)


De manière générale, les autorités tentent de tenir les manifestations du 31 octobre à l'écart des centres-villes en raisons des « risques de troubles à l'ordre public ». Le gouvernement explique vouloir éviter le retour de scènes de violences et de pillages observées le 17 octobre, mais assure autoriser les manifestations « en dehors des centres-villes », dans les « zones périphériques ». Pour Adèle Tellez, co-secrétaire générale de la CGT Paris, « en plus des revendications des lycéens pour leurs études, des revendications sociales contre la vie chère, l’objectif est de sauver nos libertés démocratiques, notamment notre liberté de manifester. Ce parcours en périphérie est symbolique. C'est symbolique du macronisme, qui a mis de côté les revendications sociales depuis le début de son premier mandat. Ce mandat se termine en mettant physiquement les manifestants en périphérie des villes » (source : BFM-TV). Plusieurs manifestations ont cependant été déclarées sans rencontrer de difficultés sur l'itinéraire, comme à Lyon ou à Nice.

Le ressenti de la répression du côté des manifestants est à mettre au regard du grand nombre de villes qui ont pris des mesures visant à interdire partiellement ou complètement les cortèges de manifestation, suite aux violences urbaines du 17 octobre. 

Carte des mesures d'encadrement, d'interdiction et de couvre-feu appliquées dans les grandes villes françaises (plus de 100 000 habitants) pour les manifestations du samedi 24 octobre 2026 (source : AFP)

Au delà des cartes et des messages diffusés, les manifestants dénoncent un « journalisme de préfecture » qui relaie sans distance critique les éléments de langage, les chiffres et la version des autorités (préfectures, police, ministère de l'Intérieur, de la Justice) lors d'événements comme des mouvements sociaux ou des opérations de maintien de l'ordre. Le débat est régulièrement déplacé sur la question des violences, des dégradations ou des « hordes » de manifestants, au détriment des revendications de fond comme lors des mobilisations lycéennes ou syndicales (source : BonPote).

La mobilisation du 31 octobre s'est pourtant bien passée comme le soulignent les syndicats, malgré les nombreuses contraintes mises à leur déroulement. Y a-t-il lieu de croire que ces parcours excentrés vont devenir une nouvelle norme ou au contraire que les manifestants vont refuser de se les laisser imposer ? À Nantes, depuis 1955, les syndicats ne déclarent plus leurs manifestations. Cette tradition fait suite à la mort d'un manifestant lors d'une mobilisation cette année-là. La non-déclaration est alors devenue un symbole de défiance envers le pouvoir préfectoral et une manière de préserver l'autonomie des organisations dans la conduite des mobilisations. Ce qui ne manque pas de susciter des demandes renouvelées à l'Assemblée nationale pour revenir sur ce droit accordé de fait. 

Une partie des organisations étudiantes et syndicales revendiquent de pouvoir défiler sans déclaration préalable et à partir d'un lieu différent de celui imposé par les autorités. C'est le cas notamment de celles qui ont maintenu le point de départ à Bastille ou même à Hôtel-de-Ville le 31 octobre. Un débat apparaît pour savoir s'il faut refuser ces parcours imposés pour éviter d'affaiblir le mouvement ou au contraire les accepter, afin de lui donner une légitimité en limitant les risques de débordements. La journée de grève générale annoncée le 5 novembre permettra de tester la détermination des manifestants.

Plus largement, ces cartes et contre-cartes de parcours de manifestation s'inscrivent dans une réflexion sur l'étendue des libertés publiques et de leur garantie. Les moyens déployés pour encadrer ces mouvements de contestation doivent être proportionnés, sans quoi il n'y a pas de garantie démocratique.

Cette liste de liens et de ressources sera complétée au fur et à mesure des cartes et des publications repérées dans les médias et sur les réseaux sociaux. 

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Systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne


Source : Fahl, F., van der Velde, M., Claverie, M. et al. « Europe wide agricultural land use systems by harmonizing the Copernicus High Resolution Layers on grassland and croplands » [Systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne : harmonisation des couches haute résolution Copernicus sur les prairies et les terres cultivées]. Scientific Data 13, 1055 (2026). Article en accès libre. URL : https://doi.org/10.1038/s41597-026-07374-1

Résumé

Cet article présente une carte des systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne, obtenue par l'intégration et l'harmonisation des couches de prairies et de cultures issues du service de surveillance des terres Copernicus. En utilisant les données spatiales haute résolution (HRL) des missions Copernicus Sentinel, l'étude applique un ensemble prédéfini de règles logiques pour identifier les alternances cultures-prairies en combinant les produits HRL. Les cartes résultantes fournissent des classifications détaillées des prairies permanentes, des cultures permanentes, des systèmes de cultures arables et des changements d'utilisation des terres dans 38 pays du réseau de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) entre 2017 et 2021. L'agriculture européenne est dominée par les prairies permanentes (45,5 %), suivies des systèmes de cultures arables, incluant les prairies temporaires (33,5 %), des cultures permanentes (3,8 %) et des changements d'utilisation des terres (1,6 %). Bien que l'étude repose sur des produits HRL d'une grande précision, certaines divergences (moins de 3 % des surfaces classées), telles que des divergences dans les classifications d'utilisation des terres d'une année à l'autre et des lacunes dans les données, offrent des pistes d'amélioration. Les données harmonisées sur les systèmes d'utilisation des terres agricoles qui en découlent constituent un pas en avant pour les évaluations en matière de gestion des terres et des sols, de restauration de la nature et d'objectifs d'atténuation du changement climatique.

Les systèmes de cultures arables et les prairies permanentes sont répartis dans l'ensemble des 38 pays de l'EEE (Fig. 1A et 1B). En revanche, les cultures permanentes sont principalement concentrées dans la région méditerranéenne (Fig. 1C). Une classification ternaire basée sur ces trois types d'occupation des sols (Fig.  2) indique que les systèmes de cultures arables se trouvent majoritairement dans les zones planes, tandis que les prairies permanentes sont plus fréquentes dans les régions vallonnées ou montagneuses.

Fig 1 : Répartition des systèmes arables (A), des prairies permanentes (B), des cultures permanentes (C) et des changements d'utilisation des terres (D) agrégées sur une grille de 1 km (source : Fahl et al., 2026)


Fig 2. Classification ternaire des cultures permanentes, des systèmes arables et des prairies permanentes agrégées sur une grille de 1 km (source : Fahl et al., 2026)


Code et données

Les couches relatives aux séquences cultures-prairie et aux systèmes d'utilisation des terres agricoles sont disponibles sur le portail de données ESDAC/JRC. Du fait de leur haute résolution et de leur vaste couverture spatiale, les couches raster sont fournies par tuiles de 1 000 km × 1 000 km, alignées sur la grille de référence de l'AEE. Chaque tuile est nommée d'après ses coordonnées en bas à gauche (par exemple, E30N10, qui correspondent ici aux coordonnées 3 000 000 et 1 000 000 du système de coordonnées ETRS89-extended/LAEA Europe). Une couche de grille au format GeoJSON est également disponible pour faciliter la localisation des noms de tuiles. Des fichiers de style de couche sont disponibles pour chaque tuile relative aux systèmes d'utilisation des terres agricoles ; ils contiennent les symboles (couleurs et étiquettes) des classes de niveau 2. Ces fichiers portent le même nom que les fichiers de tuiles et ne diffèrent que par leur extension (.qml et .sld). La légende et les styles de couleur sont automatiquement chargés à l'ouverture des fichiers GeoTIFF dans le logiciel QGIS.

Le code utilisé pour générer la couche des systèmes d'utilisation des terres peut être téléchargé depuis le portail de données ESDAC/JRC. Les instructions d'exécution du code se trouvent dans le fichier README.md. L'analyse présentée dans cette étude a utilisé des logiciels libres, notamment GDAL et des bibliothèques Python, dont rasterio , xarray et GeoPandas pour le traitement des données géospatiales, ainsi que NumPy et Pandas pour l'analyse des données.

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Rapport 2026 sur la paix positive dans le monde (Institut pour l’économie et la paix)

 

L'Institut pour l’économie et la paix (IEP) a publié son Rapport sur la paix positive et la résilience dans le monde pour l'année 2026. L’Indice mondial de la paix (GPI) 2026 révèle un monde aux prises avec les conséquences économiques d’un nombre record de conflits, de plus en plus interconnectés et difficiles à résoudre. Cette détérioration est alimentée par un profond bouleversement géopolitique, caractérisé par l'essor des puissances moyennes et l’affaiblissement des puissances européennes traditionnelles, phénomène connu sous le nom de « Grande Fragmentation ». À cela s’ajoute une révolution technologique rapide dans le domaine de la guerre, qui relègue le droit international et la diplomatie au second plan.

I) Qu'est ce que la paix positive ?

Contrairement à la "paix négative" (qui se limite à l'absence de guerre ou de violence directe), la "paix positive" décrit un environnement optimal permettant le plein épanouissement du potentiel humain. Elle repose sur une approche systémique où la paix n'est pas un sous-produit d'une société qui fonctionne bien, mais la fondation même de sa régénération. La paix positive définit les attitudes, institutions et structures qui créent et soutiennent des sociétés pacifiques. Loin d'être un simple sous-produit du développement, elle en constitue le fondement, favorisant la résilience sur le plan économique, sociétal et environnemental. 

Pour mesurer la paix positive, l'IEP s'appuie sur une taxonomie empirique composée de huit piliers interconnectés :

  1. Un bon fonctionnement du gouvernement : des institutions publiques efficaces, transparentes, qui garantissent l'état de droit et gèrent équitablement les services.
  2. Un environnement commercial sain : la solidité des conditions économiques et institutionnelles qui soutiennent l'activité des entreprises et la productivité.
  3. Une distribution équitable des ressources : un accès juste à l'éducation, à la santé et aux opportunités économiques pour limiter les inégalités flagrantes.
  4. Une libre circulation de l'information : des médias indépendants et des infrastructures qui permettent aux citoyens d'accéder facilement à des informations de qualité.
  5. De bonnes relations avec les voisins : l'ouverture à l'échange international combinée à une coexistence pacifique entre les différents groupes culturels ou régionaux.
  6. Des niveaux élevés de capital humain : une population éduquée, en bonne santé et capable de répondre aux besoins économiques et scientifiques de la société.
  7. L'acceptation des droits d'autrui : l'existence de lois et de normes sociales qui garantissent l'égalité des genres et l'absence de discriminations sociales ou ethniques.
  8. De faibles niveaux de corruption : des structures qui limitent le détournement des fonds publics et maintiennent la confiance des citoyens envers leurs institutions.
La paix positive dans le monde en 2026 (source : IEP)


II) Principaux enseignements du rapport 2026

Les principales conclusions du rapport 2026 sont les suivantes :

  • La paix mondiale est à son plus bas niveau depuis la création de l'Indice en 2007, tandis que les conditions qui précèdent les conflits sont les pires depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • 99 pays ont connu une détérioration de la paix au cours de l'année écoulée, soit le nombre le plus élevé depuis la création de l'indice il y a 20 ans.
  • 119 pays, soit 73 %, sont aujourd’hui moins pacifiques qu’au moment de la première publication de l’IPG en 2007.
  •  Le nombre de pays impliqués dans des conflits extérieurs a presque doublé, passant de 59 en 2008 à 103 dans l’Indice mondial de la population (GPI) de 2026.
  • L’impact économique mondial de la violence a augmenté de 3,2 % pour atteindre 21,81 billions de dollars américains en 2025, soit l’équivalent de 10,5 % du PIB mondial.
  • Les attaques de drones ont augmenté de plus de 11 500 % entre 2018 et 2025, tandis que l’IA a réduit les délais de ciblage d’une journée à quelques secondes.
  • Le nombre de morts dues aux conflits mondiaux reste à des niveaux historiques, avec plus de 181000 personnes tuées en 2025, soit une augmentation de six fois depuis 2008.
  • Sous l’impulsion de l’Europe, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record de 2900 milliards de dollars américains en 2025. Si l’on exclut les États-Unis, les dépenses militaires ont augmenté de 9,2 %.
  • Une diplomatie réussie qui empêcherait la reprise de la guerre en Iran représenterait une valeur d'environ 2 200 milliards de dollars américains pour l'économie mondiale.

Tendances globales de la décennie 2015-2024
  • Une amélioration de façade : l'Indice de paix positive (PPI) mondial s'est amélioré de 1,7 % sur dix ans, avec une progression dans 112 pays sur 163.
  • La fracture sous-jacente : ce résultat positif cache une réalité très contrastée. L'amélioration repose uniquement sur l'indicateur des infrastructures de télécommunication (+36,8 %). Sans lui, l'indice mondial aurait reculé de 0,1 %, plombé par 84 pays en déclin.
  • Structures versus Institutions : les conditions matérielles et structurelles (connectivité, capital humain, santé) se sont renforcées partout. À l'inverse, les piliers institutionnels et informationnels (liberté de la presse, gouvernance, confiance) se sont fortement dégradés.

Évolution des 8 piliers de la paix positive
  • La libre circulation de l'information : c'est le pilier qui progresse le plus (+8,4 %) grâce au boom technologique. Pourtant, son indicateur lié à la liberté de la presse s’est effondré de 22,1 % (141 pays en déclin), une détérioration majeure exacerbée après la pandémie de COVID-19.
  • Le recul de la gouvernance : le pilier "Bon fonctionnement du gouvernement" enregistre la pire baisse (-3 %). L'ouverture et la transparence gouvernementales ont reculé dans près de trois fois plus de pays qu'elles n'ont progressé. Le niveau de corruption s'est également aggravé dans 60 % des pays.

Dynamiques des puissances et des régions
  • Le déclin des leaders occidentaux : les États-Unis enregistrent la deuxième plus forte détérioration mondiale (-8,8 %), marqués par une chute de 26,4 % de leur indicateur de lutte contre la corruption. En Europe de l'Ouest, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Autriche reculent en raison de l'effritement de la cohésion sociale et de la confiance envers l'État.
  • La progression des géants asiatiques : la Chine et l'Inde progressent d'environ 6 %, stimulées par leur croissance économique et leur capital humain, bien que l'Inde subisse une baisse brutale de sa liberté de la presse (-45,4 %).
  • Analyse régionale : toutes les régions progressent légèrement. L'Europe de l'Est et l'Asie centrale affichent la plus forte hausse (+3 %), tandis que l'Amérique du Nord et l'Amérique centrale ferment la marche (+0,6 %).

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L'inégal côut d'abonnement à Netflix selon les pays


Source : Colin von Negenborn (2026). « Implicit Price Discrimination : The Netflix Index » [Discrimination implicite par les prix : l'indice Netflix], Nightingale, Journal of the Data Vizualisation Society, 24 septembre 2026. URL : https://nightingaledvs.com/implicit-price-discrimination/

Netflix est moins cher dans les pays les plus pauvres, mais est-ce suffisamment bon marché ? Les prix de Netflix varient considérablement d'un pays à l'autre. Un abonnement standard coûte environ 29 dollars en Suisse, environ 7 dollars en Inde et seulement 2,84 dollars au Pakistan. À première vue, cela semble presque équitable : les pays les plus riches paient plus cher que les pays les plus pauvres. Mais est-ce vraiment le cas si l'on tient compte du pouvoir d'achat local ? Ce projet crée un indice Netflix, une mesure relative des prix qui établit les coûts d'abonnement en fonction du PIB par habitant de chaque pays. Le résultat bouleverse en partie la situation initiale et met en lumière ce que les économistes appellent la discrimination par les prix au troisième degré : la segmentation des marchés par les entreprises et la pratique de prix différents selon les segments.

Prix ​​absolu (à gauche) et indice Netflix (à droite). Sources : Netflix, Banque centrale européenne, XE.com et Banque mondiale. Cartes réalisées par l'auteur.


Le contraste est frappant entre les deux cartes : les pays qui paient le plus cher par mois ne sont pas ceux pour qui Netflix est le plus onéreux par rapport à leurs revenus. Le fardeau pèse de manière disproportionnée sur les pays à faible revenu.

Ouvrir la carte interactive dans un nouvel onglet.

Tout le code est disponible sur GitHub.

Le processus est entièrement reproductible : le notebook récupère automatiquement toutes les données actualisées auprès de Netflix, de la Banque mondiale, de la BCE et de XE. Les données géographiques, les prix Netflix et l’indice calculé sont également stockés dans le dépôt, ce qui garantit la reproductibilité de l’analyse même en cas de modification des sources en amont.

L'auteur de l'étude, Colin von Negenborn, est économiste quantitatif et chercheur postdoctoral spécialisé en théorie des jeux et modélisation informatique. Il s'intéresse particulièrement aux questions d'équité, d'efficacité et autres problématiques de distribution.

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Cartographier les inégalités en France à partir des données carroyées de l'INSEE


La beauté cachée des cartes. Par Jean-Luc Arnaud

 

A l'heure de la génération automatique de cartes produites par intelligence artificielle, il n'est pas inutile de revenir à l'essentiel : le geste du cartographe qui emplissait de symboles la page papier et organisait l'espace à sa manière. Avant même de l'envoyer à l'imprimeur, il prenait conscience que son geste, reproduisant voire dépassant sa pensée, était susceptible d'ouvrir tout un univers de sens que les lecteurs pouvaient alors explorer à leur guise. Mais cela n'est-il pas le cas encore aujourd'hui, où la cartographie 2.0 n'hésite pas à explorer les conditions de production et de partage des cartes ?

L'ouvrage de Jean-Luc Arnaud est magnifique, presque une oeuvre d'art en soi qui vient célébrer « la beauté cachée des cartes ». Il vient rappeler, si besoin est, que la carte est un art autant qu'une technique, qu'elle s'inscrit dans une poïésis qu'il convient de retrouver à travers l'acte même de sa conception. Il ne faut pas se fier aux apparences : Jean-Luc Arnaud ne fait pas que de partager sa passion pour les cartes, il nous en révèle la profonde ambivalence. Que vaut en effet une carte, lorsqu'on lui enlève son auteur, son titre, sa légende ou son orientation ? C'est à ce jeu qu'il nous invite et dans ce chemin que l'on a pris beaucoup de plaisir à le suivre.

Jean-Luc Arnaud, La Beauté cachée des cartes, Atlas Autrement, collection « Atlas pour tous », 2025.


La carte, entre art visuel et art poétique

« De toute évidence, les cartes n’ont pas été produites pour cet usage. Ce sont des détournements dont les résultats témoignent du fort potentiel de la cartographie à être divertie de son objectif initial ».

L'ouvrage La beauté cachée des cartes est une invitation à « porter un autre regard sur les cartes ». L'entreprise peut paraître au départ étrange, voire déroutante. Jean-Luc Arnaud a sélectionné plus de 200 morceaux choisis de cartes du monde entier. Extraits de la planche d’origine et de leur contexte, ces fragments deviennent, une fois agrandis, de véritables oeuvres d’art. Surgissent ainsi des paysages, des fleurs, des animaux ou des motifs géométriques, accompagnés de textes poétiques. Les cartes géologiques, météorologiques ou statistiques révèlent des détails insoupçonnés et créent une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

Ce livre, de très belle facture, mérite d'être mis entre toutes les mains. Il se destine aussi bien aux experts qu'aux amateurs. Les fragments de carte se donnent à voir comme des images aussi belles qu'énigmatiques. C'est la raison pour laquelle l'auteur a pris le soin de les accompagner de textes. Mis en regard de chaque image, ces textes - souvent poétiques - viennent en montrer le mode de construction et en dévoiler en partie le sens. Il faut ici le rappeler : la cartographie est d'abord un acte de création (au sens même de poïésis). Le mot est censé dire la chose. Enfin pas vraiment ou pas complètement car la carte va au delà de l'image, elle a ses propres codes et symboles. Entre l'émetteur et le récepteur ou, pour le dire autrement, entre la boîte à dessiner (à dire et à penser) du cartographe et la boîte à déchiffrer (à voyager et à rêver) du lecteur, le message passe-t-il aussi bien qu'on le croit ?

Du symbole à la carte, et inversement

« Les cartes comportent rarement des indications quant à la manière d’en conduire l’investigation. Ce sont des représentations synoptiques susceptibles d’être l’objet de multiples formes de consultation mais on ne lit jamais une carte comme on lirait un livre... Agrandir impose un resserrement du cadre. Il est souvent nécessaire de tailler dans le vif, en particulier dans les mots et dans les signes conventionnels ».

Du symbole à la carte et inversement, ce n'est pas seulement une affaire de conventions sémiologiques. Se dégage en creux toute une réflexion sur la sémiotique de l'image cartographique. Le cartographe a des raisons que la raison du lecteur parfois ignore. Entre l'image dessinée par l'un et la capacité d'observation et de compréhension de l'autre, il peut y avoir de la marge. Ce qui est bien normal et ne doit pas conduire à dire que les cartes nous mentent, mais plutôt qu'elles ne nous disent pas tout et dérobent parfois l'essentiel à notre regard, alors qu'en apparence elles nous mettent tout sous les yeux. C'est dans ce jeu entremélé de l'image et du texte, du symbole cartographique et de son interprétation que l'auteur nous entraîne. Ce que montre très bien Jean-Luc Arnaud, c'est que nous sommes trop prisonniers de l'idée que les cartes devraient se lire et se comprendre d'emblée, pouvoir être embrassées d'un seul regard. Rompre avec cette approche synoptique et cette vision monolithique est d'une impérieuse nécessité. Il convient d'aller y voir de plus près, de les examiner « à la loupe » pour voir ce qu'elles ont à nous dire dans le détail. Du concret à l'abstrait et inversement, il faut sans arrêt parcourir le chemin visuel sur la carte. Un seul détail peut parfois amener à jeter un autre regard sur la carte.

La carte comme moyen d'interroger nos certitudes

« Placés en vis-à-vis, textes et extraits de cartes entretiennent des correspondances diverses mais toujours en tension tant leurs interprétations peuvent être plurielles. En invitant le lecteur à faire un pas de côté, ce livre se propose de troubler quelques certitudes ».

La beauté cachée des cartes est sans conteste un livre d'émerveillement, au sens propre et figuré. Il suscite l'admiration et contient des merveilles (des perles cartographiques ?) de nature à créer la surprise et à susciter la curiosité. On ne manquera pas tout d'abord de s'émerveiller des belles formules poétiques qui accompagnent les fragments de carte qui, tel un jeu de correspondances, nous permettent d'accéder à ces images abstraites. Ainsi le sifflement des trains à vapeur et le craquement des wagons sur une carte du réseau de chemin de fer dans le nord-ouest de la France en 1894. Au détour d'une image, la carte peut se faire sonore. Ou encore ce quadrillage de bâtiments au sol qui, vu verticalement, pourrait devenir une façade d'immeuble sur un plan de la ville de Hungnam en Corée du Nord en 1945. De quoi brouiller nos perspectives visuelles.

C'est aussi et surtout l'occasion de retrouver le pouvoir d'interroger nos certitudes. Et l'auteur de jouer avec nos représentations : « Une carte représente un espace donné par une combinaison de points, de lignes, de surfaces et d'écritures. Un point, c'est tout ». N'est ce pas ce que l'on répète souvent et - il faut le reconnaître - bien naïvement quand on enseigne la cartographie ? Que devient le point lorsqu'on l'agrandit, une surface n'est-ce pas ? Ainsi sur une carte des deltas de l'Annam au 1:25 000 de 1909 où, à force de zoomer, le point finit par devenir une grosse tâche colorée bavant sur le papier. Inversement, que devient le cercle lorsqu'on le diminue ? Un point noir minuscule presque imperceptible à l'oeil nu. Un conseil : ouvrez l'oeil, mais surtout n'allez pas prendre au pied de la lettre ce que vous dit l'auteur, quand bien même celui-ci aime à jouer avec le tracé des lettres sur la carte à plusieurs endroits de l'ouvrage, parfois jusqu'aux limites de l'absurde. L'art du double jeu, Jean-Luc Arnaud s'en délecte et le lecteur avec lui. 

La surface, le point, la ligne peuvent cacher bien des significations insoupçonnées. Ainsi ces cercles et ces lignes mystérieuses sur les cartes aéronautiques si difficiles à déchiffrer, a fortiori lorsque la carte est dans une autre langue que la sienne. La carte peut garder son mystère indéchiffrable, en dépit de tous les efforts minutieux de son concepteur pour se faire comprendre. Au delà des limites de notre entendement, la carte ne cesse jamais d'exercer son pouvoir d'étonnement, quitte parfois à nous bouleverser. Quel sens donner à ces tâches de couleur sur une carte ethnique de la Hongrie de 1941 qui distingue les Israélites en noir des autres peuples et minorités indiqués en polychromie ? Ou encore ces camps de prisonniers en Lituanie représentés par des petits cercles colorés sur des aplats de rose sur une carte allemande de 1942 ? Tout n'est pas rose, loin s'en faut quand on observe de près. La carte peut devenir tragique, lorsque le lecteur entrevoit la réalité voire la cruauté qui peut se cacher derrière des signes en apparence anodins.

Et quand bien même le rouge-rose-orangé domine sur beaucoup de cartes pour mieux trancher dans le vif, c'est loin d'être aussi simple qu'on pourrait le croire. La carte peut dégager des émotions. Telle frontière surlignée de rouge peut être un moyen d'indiquer des limites nationales ou, si l'on est migrant, d'éprouver la douleur du franchissement. Le rouge vif n'est pas le seul moyen à disposition. Le noir et le blanc peuvent, tour à tour, venir mettre en valeur ou invisibiliser. Les lignes entremêlées d'un réseau peuvent d'un coup prendre sens lorsqu'on les relie entre elles ou au contraire restées à jamais insaisissables faute d'arriver à en démêler l'écheveau. C'est notre regard porté sur la carte qui oriente nos représentations et, dans un mouvement inverse, nous permet de relever tel détail imperceptible pour autrui. Tout est affaire de codes de perception et de capacité à ressentir en fonction de sa propre sensibilité, de l'époque où l'on vit ou celle dans laquelle la carte nous projette. 

L'envie de remonter aux sources

« La beauté cachée des cartes est désorganisée comme la promenade d’un flâneur qui privilégie les incertitudes et les tensions. Un flâneur toujours prêt à emprunter un chemin de traverse au risque de s’égarer, toujours prêt à faire une pause ou bien un pas de côté pour examiner quelques brins d’herbe dans une fissure, au risque d’oublier le monument qui les porte ».

La carte, détachée de son contexte de production, finit par nous faire douter de l'intention même du cartographe qui l'a produite. Enseigner, apprendre, de et par la carte, c'est aussi une affaire de contextualisation. La tentation est grande de vouloir en savoir plus et de pouvoir appréhender ces cartes dans leur globalité. Comprendre la carte, c'est être capable à un moment donné de rassembler toutes nos perceptions éparses afin de leur donner sens. Après avoir décontextualisé et déconstruit, il convient alors de recontextualiser le document cartographique. Du symbole particulier à la carte générale, on peut volontiers se prêter au mouvement inverse et chercher à remonter aux sources, car l'auteur ne manque pas d'indiquer toutes ses références en annexe de l'ouvrage. Voici quelques exemples où l'on s'est attaché à retrouver les traces des cartes citées en référence dans l'ouvrage. L'occasion de s'émerveiller et de s'étonner en passant du micro- au macroscopique : à petite échelle et à grands traits, la carte peut encore avoir des choses à nous dire.

Il ne s'agit là que de quelques exemples. L'ouvrage comporte beaucoup d'autres cartes (géomorphologiques, géologiques, climatiques, météorologiques, démographiques ou économiques), dont le but n’était pas au départ d’être des œuvres d’art mais qui, sorties de leur contexte de production, forment comme une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

 « Ouvrir les yeux, se laisser surprendre, parfois perdre pied  » : il y a dans cet ouvrage un bel effort de dévoilement de la carte qui, par nature mais sans prétention, se cherche, s'essaie et s'expérimente comme une tentative de dévoilement du monde.

Présentation de l'auteur

Jean-Luc Arnaud, architecte et historien de la période contemporaine, est directeur de recherche au CNRS et rattaché au laboratoire TELEMM de l’Université d’Aix-Marseille. Après avoir dirigé les observatoires urbains du Caire et de Beyrouth, il a consacré ses premières recherches aux questions d’urbanisation et de politiques urbaines dans les grandes villes du Proche-Orient (Le Caire, Istanbul, Damas, Sanaa…). Il s’est ensuite orienté vers l’histoire de la cartographie, fondant au début des années 2000 le site web CartoMundi consacré à la valorisation du patrimoine cartographique. Auteur de plusieurs ouvrages dont La Carte de France. Histoire et techniques (Parenthèses, 2022) et d’une centaine d’articles scientifiques, il préside l’association Le Monde à la Carte. 

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GeoWhisperer, une application en ligne pour comparer deux images satellites (OSINT)


GeoWhisperer est un outil en ligne qui permet de comparer des images satellites à deux dates différentes. L'outil peut s'avérer utile pour comparer des transformations liées à un projet d'aménagement ou des changements brutaux liés à une guerre ou une catastrophe ("chaque endroit a un avant"). L'outil peut servir aussi à conduire des analyses dans le domaine de l'OSINT (Open source Intelligence). GeoWhisperer, que l'on pourrait traduire par "Géo-chuchoteur" (aiu sens de révélateur), est présenté sur le site comme l'outil d'observation "pour ceux qui ne peuvent pas se permettre de se tromper" (sic). L'outil présente des avantages et des inconvénients que l'on présente dans ce billet.

Quelques exemples d'utilisation à partir de l'actualité : 

Les destructions dans le quartier de l'Hôpital Al-Shifa à Gaza (source : © GeoWhisperer)

L'utilisation est simple. Il suffit de saisir un nom de lieu, puis de choisir parmi les fournisseurs d'images proposés (Images Esri, Maxar et Earthstar Geographics). Les images proviennent d'Esri World Imagery Wayback : toutes les versions de la carte de base satellite d'Esri depuis février 2014 sont archivées et conservées sous forme de publications datées. En fonction du lieu choisi, l'outil interroge les archives afin de trouver les publications contenant une photo différente, compare les images pour supprimer les doublons et récupère la date de prise de vue, la résolution et le fournisseur de chaque photo dans les archives d'Esri. La plupart des images proviennent de Maxar et ont une résolution de 30 à 50 cm par pixel. En cliquant sur le bouton "Quest-ce qui a changé ?", on obtient au bout de quelques secondes une analyse des parties de l'image qui ont changé, en distinguant ce qui relève de changements mineurs ou majeurs. L'appli donne des pistes d'interprétation par cellules.

Une image que vous déposez est géolocalisée par votre navigateur, mais n'est jamais téléchargée. Chaque modification est enregistrée dans une case de la grille et accompagnée d'une brève description des deux photos, ce qui permet de vérifier visuellement avant de rédiger un commentaire.

Avantages :

  • Possibilité de choisir un ou plusieurs lieux et de faire des comparaisons ;
  • L'appli segmente automatiquement l'image en 8 cellules et met en évidence les zones les plus concernées par les changements ;
  • Un rapport est proposé, avec un indice de confiance pour chaque cellule analysée ;
  • Une vidéo est fournie en animation ;
  • Un lien vers l'image analysée est également proposé (possibilité de partage).

Inconvénients :

  • Pas de possibilité de visualiser et sauvegarder les zones de changement sous format SIG ;
  • L'appli ne connaît que les photos publiées par Esri. Un lieu peut changer plusieurs fois entre deux photos ;
  • La lecture peut ne pas tenir compte des changements et mal interpréter les ombres, la saison et l'angle de vue ;
  • Rien ici n'indique qui a fait quoi ni pourquoi ;
  • Il s'agit d'un outil d'IA avec analyse automatisée des images. Il peut y avoir des erreurs. 
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Réévaluation de l'importance mondiale des îles et atolls coralliens de l'Indo-Pacifique


Source : Wegmann, A, Long, G, Abraham, C, et al. (2026). « The atoll gap : area, governance, and the under-recognition of a major coral reef system » [Le déficit d'atolls : superficie, gouvernance et sous-reconnaissance d'un système récifal corallien majeur]. Frontiers in Marine Science, 13., doi : 10.3389/fmars.2026.1911248

Des chercheurs réévaluent l'importance mondiale des atolls. Leur étude montre que ces îles coralliennes dispersées dans l'Indo-Pacifique forment un vaste ensemble récifal encore trop peu reconnu. Un atoll naît autour d'une ancienne île volcanique qui s'érode et s'enfonce. Il forme un anneau récifal autour d'un lagon, parfois surmonté d'îlots très bas. Récifs, terres émergées et océan y fonctionnent ensemble. Leur avenir dépend donc aussi des échanges de sédiments et de nutriments. Grâce aux cartes satellites de l'Allen Coral Atlas, les chercheurs étudient 309 atolls de l'Indo-Pacifique. Ils y recensent 27.211 km² de milieux récifaux peu profonds, soit 7,8% de la surface mondiale cartographiée. Il s'agit d'écosystèmes récifaux, pas uniquement de coraux vivants. Dans les bassins océaniques de l'Indo-Pacifique, les atolls représentent 41,5% des surfaces récifales peu profondes associées aux îles. Pourtant, ils sont souvent étudiés séparément, comme de petits espaces isolés. Réunis, ils constituent un ensemble écologique d'importance mondiale. Les atolls de l'Indo-Pacifique couvrent presque autant de milieux récifaux peu profonds que la Grande Barrière australienne, soit 27.211 km² contre 28.261 km². Mais leur organisation diffère. D'un côté, une grande barrière continue ; de l'autre, des centaines de récifs épars en pleine mer. Leur répartition est très inégale. Le Pacifique rassemble 255 atolls et 19.264 km² de milieux récifaux, contre 54 atolls et 7.947 km² dans l'océan Indien. La Polynésie française arrive en tête avec 5.176 km², suivie des Maldives (4.851 km²) et des îles Marshall (3.234 km²). Les dimensions des atolls sont très contrastées. La moitié possède moins de 43,8 km² de milieux récifaux cartographiés, tandis que les 50 plus grands concentrent 57,4% de la surface totale. La conservation doit donc tenir compte à la fois de grands ensembles et de petites îles dispersées. Ces récifs relèvent de 23 juridictions réparties dans 19 États souverains. Cette fragmentation complique la coordination des recherches, des financements et de la protection. Contrairement à la Grande Barrière australienne, les atolls ne bénéficient pas d'une gouvernance unie à leur échelle. Loin d'être condamnés à disparaître, les atolls sont des milieux mobiles. Les vagues déplacent les sédiments produits par les récifs et peuvent rehausser certaines îles. Leur capacité à suivre la montée des eaux dépend toutefois de récifs fonctionnels et d'écosystèmes préservés. Les oiseaux marins jouent un rôle écologique majeur. Les atolls de l'Indo-Pacifique abritent environ un quart des oiseaux marins tropicaux restants. Leurs déjections apportent des nutriments aux sols et aux récifs, favorisant la croissance des coraux, les poissons et la productivité marine. Certains récifs d'atolls pourraient mieux supporter la chaleur. À Palmyra, dans le Pacifique, l'épisode El Niño de 2015-2016 a provoqué un fort blanchissement, mais relativement peu de mortalité corallienne. Ce résultat suggère des capacités de résistance, sans les garantir partout. L'étude invite à intégrer les atolls aux politiques de conservation. Protéger les oiseaux marins, limiter la surpêche et la pollution, préserver les récifs et les sédiments peut renforcer leur résistance. Mais le manque de moyens consacrés à ces îles reste à mesurer précisément. 

Répartition et taille des 309 atolls de l'Indo-Pacifique (source : Wegmann, Long, Abraham et al. , 2026)
La surface représentée par les symboles est proportionnelle à l'étendue du paysage récifal cartographié 

Pour compléter

« Cartes de l'Atlas des coraux d'Allen montrant la couverture benthique et les zones géomorphologiques des récifs coralliens de la Micronésie occidentale ». URL : https://zenodo.org/records/3953053

Ce jeu de données comprend des fichiers de formes (shapefiles) de classification de la couverture benthique et des zones géomorphologiques des récifs coralliens peu profonds de la région de Micronésie occidentale. Les limites de la zone cartographiée sont incluses.

Il s'agit d'un sous-ensemble du jeu de données cartographiques mondial des récifs coralliens de l'Atlas des coraux d'Allen. L'Atlas des coraux d'Allen, développé par l'Université d'État de l'Arizona, cartographie les récifs coralliens du monde entier et surveille les menaces qui pèsent sur eux afin de fournir des données exploitables et une compréhension partagée des écosystèmes côtiers. Avec des cartes mondiales des habitats, un système de surveillance du blanchissement, la détection de la turbidité et l'ensemble des fonctionnalités de données de l'Atlas des coraux d'Allen, conçues pour faciliter une gestion éclairée des récifs coralliens. Des informations complémentaires sur les licences et les citations sont disponibles sur Github.

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Qui est le plus exposé aux risques climatiques dans le monde ? (Banque mondiale)


Source : « Who is at high risk from climate hazards ? A new map to explore exposure and vulnerability » [Qui est le plus exposé aux risques climatiques ? Une nouvelle carte pour explorer l’exposition et la vulnérabilité]. (Blog de la Banque mondiale)

En juin 2026, le Groupe de la Banque mondiale a introduit un nouvel indicateur dans son tableau de bord recensant les personnes les plus exposées aux risques climatiques. Les recherches récentes montrent que, dans les conditions climatiques actuelles, plus de la moitié de la population mondiale – soit plus de 4,5 milliards de personnes – risque de subir au moins une inondation, une sécheresse, une vague de chaleur ou un cyclone majeur au cours de sa vie. En combinant ces estimations d'exposition avec les données sur la vulnérabilité des ménages, la Banque mondiale estime qu'environ 1,2 milliard de personnes dans les pays disposant de données sont fortement exposées. Un chiffre qui atteint 1,5 milliard – soit près d'une personne sur cinq – si l'on extrapole ces données à l'échelle mondiale. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ces personnes vivent en situation de vulnérabilité et auront du mal à s'en remettre car elles sont pauvres, n'ont pas accès aux services essentiels ou ne disposent d'aucun filet de sécurité.

La carte actualisée des personnes exposées aux risques liés au climat (PARCH), disponible sur le portail géospatial de la pauvreté du Groupe de la Banque mondiale (Plateforme sur la pauvreté et les inégalités), illustre les deux aspects de cette problématique : les zones où les populations sont exposées aux aléas climatiques et celles où elles manquent de ressources et de services pour y faire face. Les utilisateurs peuvent explorer séparément l’exposition aux aléas climatiques et la vulnérabilité socio-économique, ou observer leurs points de convergence.

La carte des personnes exposées aux risques liés au climat montre les zones où l'exposition aux inondations, aux sécheresses, aux vagues de chaleur et aux cyclones coïncide avec une vulnérabilité socio-économique. 

Personnes à haut risque face aux aléas climatiques (source : PARCH, Banque mondiale)

Que peut-on faire avec cette carte ?

Cette carte interactive permet d'explorer les points de convergence entre les risques climatiques et les vulnérabilités socio-économiques. Elle aide à identifier les zones où les populations sont à la fois exposées aux risques et confrontées à des difficultés telles que la pauvreté ou un accès limité aux services essentiels, mettant ainsi en évidence les lieux où des interventions comme les transferts monétaires, les infrastructures résilientes ou les systèmes d'alerte précoce sont les plus nécessaires. Les utilisateurs peuvent explorer différents indicateurs de risques et de vulnérabilité, comparer les tendances entre les lieux et examiner l'évolution des résultats en fonction de leurs choix. La carte illustre également pourquoi l'exposition à un risque ne signifie pas nécessairement être en danger. Elle fournit des estimations du nombre de personnes exposées à des risques spécifiques et du nombre d'entre elles qui vivent également dans la pauvreté ou qui souffrent de carences en services essentiels.

Deux questions : qui est exposé et qui est vulnérable ?

La carte permet de distinguer deux questions. La première concerne les personnes exposées : celles qui vivent dans des zones où une inondation, une sécheresse, une vague de chaleur ou un cyclone tropical grave est suffisamment probable et intense pour causer des dommages importants. Par exemple, la population vivant dans des zones où il y a au moins 1 % de chances que les inondations dépassent 0,5 mètre chaque année, ou qu’un cyclone tropical d’au moins catégorie 2 soit touché. Ainsi, les utilisateurs de données peuvent se concentrer sur les zones où les risques sont plus fréquents en ajustant le seuil de fréquence.

Le second critère concerne la vulnérabilité : les personnes qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour faire face aux aléas climatiques ou s’en remettre. La carte analyse sept domaines, en s’interrogeant par exemple sur le revenu des ménages (sous le seuil international de pauvreté de 3 dollars américains par jour), sur le niveau d’instruction primaire de leurs membres et sur leur accès à un compte bancaire ou de paiement mobile, à l’électricité et à l’eau potable. Ces seuils sont délibérément fixés à des niveaux minimaux, à l’instar du seuil d’extrême pauvreté, afin d’identifier les personnes les moins à même de se remettre d’un choc.

Les personnes à la fois exposées et vulnérables sont considérées comme à risque. Les utilisateurs peuvent sélectionner « dangers uniquement » pour afficher la part de personnes exposées ; sélectionner « zones difficiles » pour afficher la part de personnes vulnérables ; ou sélectionner les deux pour afficher la part de personnes à risque.

Interroger les données en fonction de ce qui compte pour vous

Les utilisateurs peuvent choisir les dangers et les domaines difficiles sur lesquels se concentrer, ainsi que la manière de les combiner.

L'opérateur OU comptabilise les personnes touchées par au moins une des catégories sélectionnées (par exemple, l'exposition aux inondations ou aux vagues de chaleur), tandis que l'opérateur ET comptabilise uniquement les personnes touchées par toutes les catégories sélectionnées (par exemple, l'exposition aux inondations, aux sécheresses et aux vagues de chaleur). Au fur et à mesure que les utilisateurs effectuent leur sélection, la page explique clairement qui est pris en compte.

L'indicateur Vision du tableau de bord du Groupe de la Banque mondiale utilise le cadre le plus large : il comptabilise les personnes exposées à TOUT danger ET vulnérables dans N'IMPORTE QUELLE zone.

Ce que révèle la carte

Le risque varie considérablement d'une région à l'autre. L'exposition est la plus forte en Asie du Sud et de l'Est, mais la vulnérabilité y est moindre, notamment grâce à un meilleur accès à la protection sociale et aux services financiers. En Afrique subsaharienne, la situation est inverse : 90 % de la population est très vulnérable sur au moins un point, ce qui signifie que presque toutes les personnes exposées sont également à risque.

Les risques varient également. À l'échelle mondiale, les vagues de chaleur sont le risque le plus répandu, tandis que la plupart des populations rurales sont confrontées à la sécheresse agricole, souvent dans un contexte de vulnérabilité accrue. La carte permet aux utilisateurs de consulter ces tendances pour chaque pays et d'identifier les risques et les difficultés qui expliquent ces chiffres.

En regardant en arrière

En comparant les années précédentes et suivantes, on constate l'évolution de la situation. Les progrès réalisés depuis 2010 sont mitigés. La part de la population à haut risque a diminué, passant d'environ une personne sur trois à une personne sur cinq, principalement grâce à une baisse de la vulnérabilité socio-économique, tandis que l'exposition aux aléas climatiques est restée globalement stable au sein de la population. Cependant, le nombre de personnes exposées a augmenté de 461 millions, ce qui reflète en partie la croissance démographique.

Il est important de noter que cette carte comptabilise les personnes vivant directement sur la trajectoire d'un danger, et non celles qui sont affectées indirectement. Les pays ne disposant pas de données récentes d'enquêtes auprès des ménages ne sont pas inclus, et les chiffres les plus récents accusent un retard de quelques années.

Ces conclusions ne représentent qu'une partie du tableau. Le prochain rapport « Pauvreté, prospérité et planète » (3PR) analysera plus en détail l'ampleur et la répartition des risques climatiques, ainsi que la manière dont l'exposition et la vulnérabilité interagissent pour façonner les défis auxquels sont confrontées les populations du monde entier.

Plus d'informations

• Consultez le document « Qui est le plus à risque ? Un indicateur de vision mondiale pour mesurer la vulnérabilité climatique » pour découvrir les conclusions mondiales et leurs implications politiques.

• Voir l’indicateur sur le tableau de bord du Groupe de la Banque mondiale.

• La note méthodologique du tableau de bord du Groupe de la Banque mondiale explique étape par étape comment les personnes à haut risque sont comptabilisées.

• Le document de travail de la Banque mondiale sur la recherche en matière de politiques publiques expose les recherches qui sous-tendent la méthode.

• Un article précédent du blog de données examine quelles régions sont les plus à risque et comment cela se compare à leurs émissions de gaz à effet de serre.

Comment citer la carte PARCH : 

Banque mondiale. (2026). Personnes exposées aux risques liés au changement climatique (PARCH) [Données ou carte interactive]. Plateforme Pauvreté et Inégalités, Banque mondiale. Consulté le [Jour Mois Année] sur https://pip.worldbank.org/map/climate-risk

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Atlas des Objectifs de développement durable (Banque mondiale)