Les déchets augmentent à un rythme alarmant dans le monde (rapport de la Banque mondiale)


Source :  « La montagne de déchets mondiale s'accroît à un rythme alarmant » (The Conversation).

Costas Velis (Université de Leeds) et Ed Cook (Imperial College London) analysent la croissance mondiale des déchets. Leur étude, appuyée sur 217 pays et 262 villes, montre que la production augmente plus vite que les capacités de gestion. Les volumes explosent : 2,6 milliards de tonnes de déchets municipaux en 2022 et 3,9 milliards attendus en 2050. Cette hausse reflète l’urbanisation, la croissance démographique et la consommation, qui redessinent les flux matériels à l’échelle mondiale. La part de déchets mal gérés baisse de 30% à 20%, mais les volumes restent stables autour de 760 millions de tonnes. Concrètement, brûlage, dépôts sauvages et rejets dans les milieux persistent, surtout dans les Suds où les services restent incomplets. Environ 2 milliards d’habitants n’ont pas accès à une collecte formelle. Ils gèrent eux-mêmes leurs déchets, souvent par brûlage à ciel ouvert. Ces pratiques diffusent des polluants toxiques et dégradent l’air, l’eau et les écosystèmes locaux. Le coût constitue un frein majeur. Gérer une tonne coûte 40 à 45 dollars dans les pays pauvres, plus de 200 dans les pays riches. Pourtant, la dépense publique reste inférieure à 0,15% du PIB dans de nombreux pays, bien en dessous des besoins. Le système mondial repose sur un déficit d’investissement. En 2022, la gestion des déchets coûte 250 milliards de dollars, contre 426 milliards attendus en 2050. Les pays à revenu faible et intermédiaire devront investir des centaines de milliards supplémentaires. L’absence de gestion déplace les coûts : pollution, maladies, baisse de la valeur foncière ou impacts sur le tourisme et l’agriculture. Les déchets deviennent un facteur structurant des inégalités territoriales et des vulnérabilités socio-environnementales. La crise des déchets dépasse l’environnement. Elle relève aussi du financement, de la gouvernance et du développement. Sans accélération des investissements, les volumes mal gérés resteront élevés et continueront de dégrader les territoires. 

Référence scientifique :

Cook, Ed, Ionkova, Kremena, Bhada-Tata, Perinaz, Yadav, Sonakshi, Van Woerden, Frank (2026). « What a Waste 3.0. Global Snapshot of Solid Waste Management toward Circularity until 2050 » [Aperçu mondial de la gestion des déchets solides vers une économie circulaire à l’horizon 2050]. Collection Développement urbain. Washington, DC : Banque mondiale. https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/8f74a308-a490-4743-8cd4-9539fd8c3f52

Ce rapport est la troisième édition (2026) de la série « What a Waste » du Groupe de la Banque mondiale, faisant suite aux publications de 2012 et 2018. Elle actualise et enrichit ces publications précédentes et fournit un ensemble de données de référence mondial sur les déchets solides municipaux dans le contexte de la transition vers l'économie circulaire, en s'appuyant sur les données publiques les plus récentes provenant de 217 pays et économies et de 262 villes. Cette édition consolide les données relatives à la production, la composition, la collecte, le traitement et l'élimination des déchets, et présente les tendances par région et par groupe de revenu. Elle inclut également des informations sur la législation, les dispositifs institutionnels, la gestion des plastiques, la participation du secteur privé, l'emploi, les impacts environnementaux, ainsi que les coûts et le financement des services municipaux de gestion des déchets.

Génération de déchets par pays en kg par habitant et par jour (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)


Les pratiques de gestion des déchets varient considérablement selon le niveau de revenu et la région. Alors que près de 100 % des déchets solides municipaux dans les pays à revenu élevé sont gérés dans des installations contrôlées répondant ainsi à l’objectif de développement durable (ODD), seulement 3% des déchets dans les pays à faible revenu sont gérés dans des installations contrôlées, la plupart des déchets étant soit non collectés, soit éliminés dans des décharges sauvages. À l’échelle mondiale, la mise en décharge demeure la méthode de gestion des déchets la plus courante, représentant 29 % de l’ensemble des déchets, suivie par la valorisation des matériaux par le recyclage, le compostage et la méthanisation (21 %), et l’incinération avec valorisation énergétique (20 %). Les 30 % de déchets restants produits dans le monde sont soit déversés à ciel ouvert, soit ne sont pas collectés du tout, un défi particulièrement aigu dans les pays à faible revenu et dans les régions à forte croissance démographique comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.

Traitement, élimination et déchets non collectés par région (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)

Les déchets plastiques constituent un sujet de préoccupation majeur. Près de 29 % de tous les déchets plastiques, soit 93 millions de tonnes par an, sont gérés de manières inadéquates (13 % sont traités dans des installations non contrôlées telles que des dépotoirs et 16 % ne sont pas collectés). Les pays à revenu intermédiaire sont la principale source de déchets plastiques non gérés, représentant 87 % du total mondial. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Asie de l’Est et le Pacifique produisent les plus grandes quantités de déchets plastiques non gérés, respectivement 15 millions de tonnes, 14 millions de tonnes et 12 millions de tonnes. 

Génération de déchets plastiques solides par pays (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)



Génération de déchets plastiques et mode de gestion par région (source : 
What a Waste 3.0 - Worldbank)

Télécharger le rapport complet (en anglais)

Télécharger le résumé du rapport (en français)

Les données sont fournies sous forme de tableaux à la fin du rapport en anglais. Elles permettent d'étudier la génération de déchets par pays en tonnes par an en fonction de la population, avec des estimations pour 2030, 2040 et 2050. Elles permettent en outre d'analyser la part de déchets collectés, traités, recyclés ou abandonnés. Les sources des données sont précisées pour chaque pays. 

Pour compléter

«  Les décharges formelles et informelles en France, de la montagne de déchets à la colline végétalisée » (Géoconfluences). 

La consommation des entreprises et des ménages produit une quantité importante de déchets chaque année, dont une partie seulement est recyclée ou valorisée. Tout ce qui reste doit être stocké dans des installations dédiées, communément appelées "décharges". Cet article s’intéresse à ces espaces qui enfouissent et cachent ce dont nous ne voulons plus, entre renaturation des installations légales et gestion des décharges sauvages existantes.

« Les e-déchets  augmentent cinq fois plus vite que leur recyclage » (ONU).

Seulement 20%% des déchets électriques et électroniques sont traités via des filières de recyclage officielles malgré leur valeur est estimée à 55 milliards d’euros. Moins d’un quart des 62 millions de tonnes de déchets électroniques produits en 2022 ont été recyclés, entraînant des pollutions de métaux lourds, de plastiques et de produits chimiques toxiques, alerte un rapport de l’ONU, relevant que ces « e-déchets » augmentent cinq fois plus vite que la quantité recyclée. Selon l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) et l’Union internationale des télécommunications (UIT), chaque personne génère annuellement en moyenne 7,8 kilogrammes de déchets électroniques sur la planète. Ce volume record de 62 millions de tonnes (Mt) est en hausse de 82 % par rapport à 2010. Ce chiffre est même en passe d’atteindre 82 millions de tonnes d’ici à 2030.

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Données de limites administratives à l'échelle mondiale (Banque mondiale)


L’accès à des données cohérentes, comparables et fiables décrivant les variations à l'échelle infranationale constitue une difficulté constante. Le Groupe des données sur le développement de la Banque mondiale a lancé un nouvel ensemble de données sur les frontières mondiales dans le cadre de son programme Space2Stats. Il couvre les pays (ADM0), les provinces/États (ADM1) et les districts (ADM2).

Les jeux de données de frontières existants, tels que GADMGeoBoundaries ou Natural Earth sont largement utilisés, mais ils ne sont pas toujours conformes aux normes cartographiques de la Banque mondiale ni à son calendrier de mise à jour. Le nouveau jeu de données remédie à ce problème. Le Groupe des données de la Banque mondiale a collaboré avec l'Unité de cartographie pour produire un ensemble de données mondiales sur les frontières, normalisé, à haute résolution et régulièrement mis à jour.

Fonds de cartes SIG avec limites administratives à l'échelle infranationale (source : Banque mondiale)

Ces fichiers de limites administratives sont régulièrement mis à jour. Vous pouvez les télécharger depuis le Centre de données de la Banque mondiale, les explorer via sa plateforme geoweb ou l'intégrer dans vos applications via son API Data360. Les limites administratives sont disponibles également sur la plateforme ArcGis d'ESRI.

Chaque option de téléchargement (format shapefile, GeoPackage ou GeoJSON) inclut les zones administratives 0, 1 et 2, les zones à statut juridique indéterminé (NDLSA) ainsi qu'un masque océanique. Un fichier de lignes pour la zone administrative 0 (à des fins de visualisation, avec les instructions de dessin spécifiques à la Banque mondiale) est également disponible dans le dossier shapefile. Un dictionnaire de données et des colonnes d'informations supplémentaires, pouvant être associées aux fichiers des zones administratives 1 et 2, sont disponibles en téléchargement séparé. 

La Banque mondiale fournit par ailleurs des ensembles de données thématiques à couverture mondiale (à télécharger ou à consulter directement sur sa plateforme geoweb) :

  • Démographie. Population totale en 2025, ventilée par âge et par sexe. (WorldPop)
  • Degré d'urbanisation. Population et nombre de cellules dans différentes classes rurales/urbaines. (GHSSMOD)
  • Lumières nocturnes. Somme des valeurs de luminosité mesurées par le satellite VIIRS
  • Exposition aux inondations. Population exposée à des inondations de plus de 15 cm, période de retour de 1 sur 100. (Fathom v3 et WorldPop)
  • Surface bâtie (en m²) par périodes de 5 ans (GHSL)
  • Série chronologique climatique. Indice mesurant la gravité de la sécheresse basé sur les anomalies de précipitations (SPI)
Jeux de données thématiques accessibles sur la plateforme géoweb (source : Banque mondiale)

A noter : on peut se demander pourquoi la Banque mondiale continue à diffuser ses données en projection Mercator, alors que d'autres organisations internationales (à commencer par l'ONU) l'ont abandonnée depuis longtemps. Il est possible de reprojeter les données dans un SIG, mais cela demande un peu de temps et de formation.

Chaque année, la Banque mondiale classe les économies mondiales en quatre groupes de revenus : faible, moyen-inférieur, moyen-supérieur et élevé. Ces classifications, mises à jour chaque année le 1er juillet, sont basées sur le revenu national brut (RNB) par habitant de l’année précédente, exprimé en dollars américains. Depuis la fin des années 1980, la classification des pays en fonction de leurs revenus a évolué. Le nombre de pays à faible revenu a diminué de façon constante, tandis que celui des pays à revenu élevé a augmenté (voir les données).

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Cartographie haute résolution des sols et des paysages de Grande-Bretagne


Un nouvel ensemble de cartes haute résolution des sols et des paysages de Grande-Bretagne a été développé afin de soutenir les outils en ligne utilisés par les agriculteurs et les gestionnaires fonciers, ainsi que les futures recherches en sciences environnementales. Ces cartes, créées dans le cadre du programme AgZero+, visent à fournir des informations plus détaillées, harmonisées et facilement actualisables sur les aspects clés des sols qui sous-tendent les écosystèmes et la production alimentaire du Royaume-Uni.

Des sols sains jouent un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité, l'amélioration de la résilience climatique et la production alimentaire. Cependant, sans cartographie précise et actualisée, les pratiques de gestion des terres risquent de contribuer à l'érosion, au tassement et à la perte de matière organique des sols – autant de menaces majeures pour la santé des sols à long terme et, en fin de compte, pour la société et l'environnement en général.

Bien que le Royaume-Uni dispose déjà de vastes données sur les sols, les nouvelles cartes offrent des informations faciles à interpréter avec un niveau de détail spatial plus fin, une cohérence sur l'ensemble de la Grande-Bretagne et une plus grande capacité de mises à jour régulières à mesure que les conditions environnementales évoluent, garantissant ainsi leur pertinence à long terme.

Pour élaborer ces cartes, des ensembles de données à l'échelle nationale sur la géologie, l'hydrologie, le relief et l'occupation des sols ont été combinés. Ces facteurs, qui déterminent la formation et l'évolution des sols, ont été intégrés afin de produire une nouvelle carte haute résolution de 13 classes de sols couvrant l'ensemble de la Grande-Bretagne.

Carte des sols en Grande-Bretagne répartis selon 13 pédotypes (source : UKCEH, 2026)



Classe

Nom

Code couleur

Sol léger et bien drainé

#009292

Sol léger, moyennement à mal drainé

#004949

Sol moyennement bien drainé

#b6dbff

Sol moyennement mal drainé

#6db6ff

Sol moyennement mal drainé

#006ddb

Sol argileux lourd 

#924900

Sol calcaire peu profond

#24ff24

Sol non calcaire peu profond

#ffff6d

Sols alluviaux et côtiers 

#db6d00

10 

Sol organo-minéral bien drainé

#b66dff

11 

Sol organo-minéral moyennement à mal drainé

#490092

12 

Sol tourbeux

#920000

13 

Sols fortement perturbés ou excavés

#d9d9d9



L'ensemble de données est disponible pour une utilisation non commerciale via le Centre de données d'information environnementale du Royaume-Uni.

Cet ensemble de données contient des cartes à l'échelle nationale présentant diverses caractéristiques des sols et des paysages de Grande-Bretagne, datant d'environ 2020. Les principales catégories de matériaux parentaux des sols incluent la texture, le drainage, la profondeur, la teneur en matière organique et en carbonate de calcium. Les informations topographiques comprennent les classes de relief, l'indice topographique d'humidité et les indices de planéité des fonds de vallée et des crêtes.

L'ensemble de données complet comprend 9 cartes raster à une résolution de 50 x 50 mètres, couvrant intégralement l'Angleterre, l'Écosse et le Pays de Galles. L'Irlande du Nord a été exclue faute de données tierces accessibles permettant d'appliquer notre cadre de classification. L'ensemble de données est considéré comme représentatif des sols et des paysages en 2020, d'après les cartes de teneur en carbone organique du sol et de localisation des carrières et des décharges utilisées. Il convient toutefois de souligner que plusieurs propriétés du sol, telles que la texture, la profondeur, la teneur en carbonate de calcium et le drainage, reflètent des conditions à beaucoup plus long terme.

Référence scientifique :
Feeney, CJ; Robinson, DA; Lawley, R.; Holbrook, H.; Dhiedt, E.; Williamson, JL; Tye, AM; Redhead, JW (2026). National scale maps of parent material properties, terrain and soil natural capital units at 50 metre resolution for Great Britain, 2020. NERC EDS Environmental Information Data Centre, NERC, EDS. https://doi.org/10.5285/5bcd927d-8114-4937-af7e-258cfd137109

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Géographie mondiale du risque d’invasion végétale


Source : Omer, A., Dullinger, S., Wessely, J. et al. « The global geography of plant invasion risk under future climate and land-use changes » [La géographie mondiale du risque d'invasion végétale face aux changements climatiques et d'utilisation des terres futurs]. Nature, Ecology & Evolution (2026). https://doi.org/10.1038/s41559-026-03040-2 (article en accès libre).

Des chercheurs analysent la géographie mondiale du risque d’invasion végétale. Leur étude montre comment le climat et les usages du sol redessinent la diffusion des plantes exotiques à l’échelle planétaire. Les échanges mondialisés déplacent massivement les espèces. Plus de 16.000 plantes se sont déjà installées hors de leur région d’origine. Cette diffusion transforme les paysages et tend à uniformiser la biodiversité, en remplaçant des flores locales par des espèces communes. Les chercheurs modélisent 9.701 espèces à l’échelle du globe. Aujourd’hui, 33,9% des terres sont favorables à ces plantes. Les régions les plus exposées se situent surtout dans les zones tempérées, comme l’Europe ou l’Amérique du Nord, où les activités humaines sont intenses. L’intensité des activités humaines joue un rôle central. Les transports, l’urbanisation et les échanges facilitent l’arrivée et l’installation des espèces. Ces espaces perturbés offrent des conditions favorables, alors que les milieux plus préservés résistent davantage aux invasions. D’ici 2100, les surfaces à risque augmentent légèrement, jusqu’à environ 37% des terres. Mais l’essentiel n’est pas l’extension globale. Le changement majeur réside dans le déplacement des zones à risque, révélant une recomposition spatiale profonde des équilibres écologiques. Le réchauffement climatique déplace les invasions vers les hautes latitudes. Les régions froides, aujourd’hui peu concernées, deviennent plus vulnérables. À l’inverse, certaines zones chaudes et sèches pourraient perdre en attractivité pour ces espèces exotiques. Les transformations ne concernent pas seulement le nombre d’espèces. La composition de la flore change fortement selon les régions. Certaines zones pourraient voir disparaître leurs espèces actuelles et être remplacées par de nouvelles, modifiant profondément les écosystèmes locaux. Les invasions végétales sont à la fois un phénomène écologique et spatial. Elles résultent du croisement entre climat et mondialisation. Anticiper ces déplacements devient essentiel pour protéger la biodiversité et adapter les politiques territoriales. 

Modèles de prédiction de la richesse en espèces végétales exotiques naturalisées sur des cellules de grille de 10 × 10 km
(source : Omer et al., 2026)



Cette étude modélise la distribution de la flore exotique naturalisée à l'échelle mondiale à partir de données publiques. Les résultats des modèles par espèce, utilisés pour produire les figures, sont accessibles à l'adresse suivante : https://bioinvasion-glodi.univie.ac.at/. Le site GloNAF permet de produire des cartes monospéficiques et de télécharger les données au format tiff pour chaque espèce invasive.


Exemple : la vigne marrone (Rubus alceifolius), une espèce de la famille des Rosacées originaire du Sud-est de l'Asie et qui prolifère notamment à la Réunion et à Maurice


Base de données GloNAF sur Zenodo :
Davis, AJS, Dawson, W., Essl, F., Kreft, H., Pergl, J., Pyšek, P. et al. (2025). Flore exotique naturalisée mondiale (GloNAF). Données en libre accès pour soutenir la recherche sur la compréhension des invasions végétales à l'échelle mondiale. https://doi.org/10.5281/zenodo.14696776

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L'archipel imaginaire de San Serriffe. Retour sur un célèbre poisson d'avril du journal The Guardian


Source« Poisson d'avril - San Serriffe : ressource pédagogique du mois tirée des archives du Guardian », avril 2012.

Le 1er avril 1977, le Guardian publia un supplément de voyage de sept pages sur la minuscule république tropicale de San Serriffe, « un petit archipel dont les îles principales sont regroupées approximativement en forme de point-virgule, dans l'océan Indien », qui célébrait apparemment ses 10 ans d'indépendance. Le pays était en réalité une pure invention, un poisson d'avril. Le nom San Serriffe et la forme des îles n'étaient que les premiers indices ; tout ce qui touchait à San Serriffe était nommé d'après des termes d'imprimerie et de composition. Le nom lui-même fait référence aux caractères sans empattement ; Bodoni, la capitale, est une variété de police de caractères ; les deux îles principales s'appellent Caisse Haute et Caisse Basse ; les insulaires autochtones sont appelés flongs, un moule servant à fabriquer des caractères d'imprimerie, et toute la République est gouvernée par le dictateur, le général MJ Pica, dont le nom provient d'une unité de mesure typographique.

Si les lecteurs n'étaient pas familiers avec le jargon des imprimeurs, d'autres indices laissaient entendre que l'article était une plaisanterie, notamment dans les descriptions des différents aspects de San Serriffe. L'introduction saluait le succès « partiel » de la démocratie parlementaire, et la légende d'une photo évoquait « les nombreuses plages où le terrorisme a été quasiment éradiqué ». Une section consacrée à l'éducation expliquait qu'« en plus des matières classiques, un adolescent de San Serriffe pouvait se voir proposer la plongée aux perles comme option au baccalauréat ». L'idée de ce supplément parodique est venue de Philip Davies, un publicitaire qui travaillait sur des reportages spéciaux au sein du service publicité, produisant régulièrement ce genre de supplément financé par les annonceurs pour le Guardian.

Carte de San Serriffe, extraite du reportage spécial du Guardian de 1977 (crédit : © The Guardian)


Pages du journal The Guardian sur San Seriffe
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Identification des voies de migration marines à l'échelle mondiale pour les oiseaux migrateurs


Source : « Marine flyways are the missing map we can use to boost seabird conservation » [Les voies de migration marines sont la carte manquante qui va permettre de renforcer la conservation des oiseaux marins] (Mongabay)

En 2026, la COP15 de la Convention sur les espèces migratrices reconnaît enfin les "routes marines" des oiseaux migrateurs. Cette cartographie globale transforme la conservation des océans. Les recherches de BirdLife International identifient 6 grandes routes marines reliant 54 pays et plus de 150 espèces. Ces corridors structurent l’espace océanique. La sterne arctique, par exemple, parcourt près de 100.000 km par an entre Arctique et Antarctique. Ces trajectoires révèlent des zones clés comme les upwellings, les zones d’alimentation et les sites de reproduction. Les oiseaux marins deviennent des indicateurs visibles de la santé des océans. Leur présence localise les espaces majeurs de biodiversité mondiale. La vulnérabilité est forte puisque 42% des espèces sont menacées et plus de la moitié déclinent. Pêche industrielle, espèces invasives sur les îles, pollution et réchauffement modifient la disponibilité alimentaire et perturbent les cycles de reproduction. Les scientifiques insistent sur l’échelle de conservation pertinente. Les oiseaux franchissent les frontières, la réponse doit être transnationale. Les routes marines offrent un cadre pour coordonner aires protégées, pratiques de pêche et financements à l’échelle des bassins océaniques. Les solutions existent et sont déjà testées comme par exemple l'éradication des espèces invasives, la sécurisation des pêcheries, la restauration des habitats. Le sommet mondial des voies de migration marines en 2026 doit accélérer la coopération. 

Six voies de migration marines identifiées grâce aux données de suivi des oiseaux marins.
Infographie réalisée par © Hannah Whitman pour BirdLife International


Les voies de migration marines sont utilisées dans les deux sens et tout au long de l'année. Au sein de chaque voie, certains individus suivent l'intégralité du trajet, comme l'Albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma) dans la voie de migration de l'océan Austral. D'autres migrent par tronçons, comme l'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis) qui se déplace vers l'est au sud du 25e parallèle sud, depuis ses colonies au large des côtes d'Aotearoa Nouvelle-Zélande jusqu'au courant de Humboldt. Certains individus empruntent plusieurs voies de migration, comme la Sterne arctique (Sterna paradiasea), qui peut migrer par la voie de migration de l'océan Atlantique, puis par celle de l'océan Indien oriental, avant de rejoindre la voie de migration de l'océan Austral. Dans certains cas, une même population utilise différentes voies de migration, comme le Labbe antarctique (Catharacta maccormicki) qui se reproduit sur l'île du Roi-George, en Antarctique : certains individus migrent le long de la voie de migration de l'océan Pacifique, et d'autres le long de celle de l'océan Atlantique. Les voies de migration marines mettent en évidence la connectivité migratoire à l'échelle des bassins océaniques et incitent à des efforts coordonnés et collaboratifs de conservation des oiseaux marins. 

Ces itinéraires de migration complètent les voies de migration terrestres et côtières. Elles peuvent s'appuyer sur les succès obtenus grâce à l'application du concept de voies de migration à la conservation des oiseaux terrestres et aquatiques. Le cadre des voies de migration peut servir à : (1) identifier et protéger un réseau mondial de zones importantes ; (2) identifier et atténuer les menaces émergentes sur des sites clés et à plus grande échelle ; (3) faciliter l'identification des partenariats intergouvernementaux et des collaborations entre les parties prenantes ; et (4) identifier les besoins et les opportunités de recherche. Les voies de migration marines sont particulièrement pertinentes pour les accords multilatéraux sur l'environnement, notamment la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS). 

Référence scientifique :
Morten, JM, Carneiro, APB, Beal, M., Bonnet-Lebrun, A.-S., Dias, MP et al. (2025). « Global Marine Flyways Identified for Long-Distance Migrating Seabirds From Tracking Data [Identification des voies de migration marines mondiales pour les oiseaux marins migrateurs de longue distance à partir de données de suivi]. Global Ecology and Biogeography, 34 (2), https://doi.org/10.1111/geb.70004

Base de données de suivi des oiseaux marins : 
BirdLife International, « Seabird Tracking Database », https://data.seabirdtracking.org/

Pour compléter

« Six voies de migration marines ont été identifiées à partir de données de suivi des oiseaux marins » (BirdLife International).

Le concept de voies de migration s'est révélé un cadre utile pour faciliter la collaboration internationale en matière de conservation des oiseaux terrestres et aquatiques migrateurs. Cependant, les routes migratoires océaniques de nombreux oiseaux marins n'avaient jusqu'à présent pas été prises en compte dans ce contexte. Afin de combler cette lacune, les données de 48 espèces de migrateurs pélagiques au long cours ont été analysées, révélant ainsi six voies de migration marines. Celles-ci comprennent deux voies en forme de huit dans les océans Pacifique et Atlantique, traversant les deux hémisphères, et un anneau circumpolaire autour de l'Antarctique. Ces voies de migration marines offrent un cadre propice à une collaboration efficace pour la conservation des oiseaux marins.

La 15e Conférence des Parties à la Convention sur les espèces migratrices (CMS COP15) s'est tenue du 23 au 29 mars 2026 à Campo Grande (Brésil). Elle intervient à un moment critique pour la biodiversité mondiale : près de 50 % des espèces migratrices protégées par la CMS sont en déclin, et il reste moins de 5 ans pour atteindre les objectifs 2030 du cadre mondial de la biodiversité (Kunming-Montréal). Les espèces migratrices – oiseaux, mammifères marins, chauves-souris, poissons migrateurs et autres – dépendent d’actions coordonnées entre pays. La CMS constitue donc un levier essentiel pour traduire les engagements globaux en mesures concrètes sur les espèces, les habitats et les corridors écologiques à l’échelle des voies de migration (voir le rapport 2026 sur l'état des espèces migratrices dans le monde).

« Quarante nouvelles espèces migratrices, comme la loutre géante du Brésil ou la hyène rayée, vont bénéficier d’une protection internationale » (Le Monde). Cette liste approuvée lors de la dernière séance plénière comprend notamment le harfang des neiges (Bubo scandiacus), la chouette rendue célèbre par la saga Harry Potter, ou la barge hudsionienne (Limosa haemastica), un oiseau au long bec menacé d’extinction qui parcourt 30 000 kilomètres par an le long des Amériques. Le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) y figure également, ainsi que des mammifères terrestres, comme la hyène rayée (Hyaena hyaena) ou aquatiques, comme la loutre géante du Brésil (Pteronura brasiliensis). Parmi les 40 espèces à protéger, deux sont portées par la France : la loutre géante (Pteronura brasiliensis), présente notamment en Guyane française, et le puffin à pieds pâles (Ardenna carneipes) qui séjourne en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, un nouveau rapport sur les poissons d’eau douce montre que 81 % des populations migratrices ont disparu depuis 1970, en particulier à cause de barrages et d’aménagements humains qui entravent la circulation des poissons. Autre coup de projecteur cette année, l’exploitation des fonds marins — qui menace la moitié des espèces marines protégées par la convention — a fait l’objet d’une étude.

« Carte illustrant avec précision les routes migratoires de plusieurs espèces d’oiseaux entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie » (ESRI Allemagne)


Ces migrations illustrent l’adaptabilité des oiseaux face aux variations climatiques et aux contraintes environnementales. Ces déplacements réguliers jouent un rôle vital, permettant aux espèces de trouver des habitats propices à la reproduction, à l’alimentation et à la survie tout au long de l’année. Cette carte révèle l’ampleur et la complexité de ces phénomènes naturels. Chaque couleur correspond à une espèce spécifique, mettant en évidence leurs itinéraires distincts :
  • Cigogne blanche (Ciconia ciconia) : ces oiseaux emblématiques effectuent de longs trajets depuis l’Europe pour hiverner en Afrique, parcourant des milliers de kilomètres chaque année.
  • Martinet alpin (Tachymarptis melba) : ces experts du vol prolongé migrent entre l’Europe méridionale et les zones tropicales africaines, démontrant une endurance remarquable.
  • Oie rieuse (Anser albifrons) : elles migrent depuis leurs aires de reproduction arctiques vers l’Europe et l’Asie, couvrant de vastes distances en quête de conditions favorables.
  • Goéland brun (Larus fuscus) : ces oiseaux côtiers, bien que sédentaires pour certains, parcourent parfois de grandes distances le long des littoraux européens.
  • Rapaces : incluant des busards, des faucons et des aigles, ces prédateurs migrent selon des trajectoires variées à travers les continents, témoignant de leur adaptabilité.
Les oiseaux migrateurs sont considérés comme des espèces bio-indicatrices et peuvent être utilisés pour identifier les conséquences environnementales du changement climatique à travers le monde. Copernicus propose un outil de narration visuelle qui permet l'exploration et la visualisation géospatiales de la progression de la migration des oiseaux au printemps et des changements dans les schémas de migration au cours des 40 dernières années. 

Les cartes de migration d'oiseaux à l'échelle continentale peuvent être très esthétiques. Audubon a créé en 2022 une datavisualisation spectaculaire à partir des schémas migratoires de 450 espèces d'oiseaux en Amérique du Nord. La cartographie est interactive ; elle permet d'identifier des espèces à partir de leurs traces. Le National Geographic a également produit en 2018 de belles animations cartographiques concernant les grandes migrations d'oiseaux dans les Amériques. 

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Traces GPS et suivi des déplacements d'animaux

Une carte mondiale des types d'habitats terrestres

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La figure de la Terre. Un débat scientifique franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle)


L’Académie des sciences et la Royal Society présentent, du 1er avril au 20 juin 2026, l’exposition « La figure de la Terre. Un débat scientifique franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle) », dans les locaux de la bibliothèque Mazarine, au coeur de l’Institut de France. Conçue par l’Académie des sciences et la Royal Society, avec le concours des bibliothèques Mazarine et de l’Institut de France, l'exposition retrace plus de trois siècles de débats, d’expériences et de coopérations autour d’une question fondamentale : quelle est la forme exacte de la Terre ? 


Exposition Royal Society/Académie des sciences, Londres, 2024 :
Exhibit: Figuring the Earth - perspectives from the Académie des Sciences and the Royal Society

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Cette exposition propose une traversée historique et scientifique de plus de trois siècles de recherches consacrées à la mesure, la modélisation et la compréhension de la forme de notre planète, depuis le XVIIe siècle jusqu’à l’ère spatiale. Depuis l’Antiquité, on sait que la Terre est, dans ses grandes lignes, une sphère. Reste une question essentielle : est-elle légèrement aplatie aux pôles, ou bien allongée ? Pour répondre à cette question, savants, astronomes, mathématiciens et géodésiens ont élaboré des modèles théoriques, conçu des instruments innovants et mené de vastes campagnes d’observation à travers le monde. L’exposition met en regard des sources exceptionnelles issues essentiellement des collections de l’Académie des sciences et de la Royal Society, témoignant de l’intensité des échanges scientifiques entre Paris et Londres et du rôle décisif de la coopération internationale dans la production des savoirs.

POURQUOI S’INTÉRESSER À LA FIGURE DE LA TERRE ?

Pour les savants des Lumières, cette question répond d’abord à un puissant désir de comprendre le monde, animé par la rationalité, la curiosité et l’ambition d’universalité. Cette quête intellectuelle conduit notamment, à la fin du XVIIIe siècle, à la création d’une unité de mesure de longueur universelle et non arbitraire, le mètre, fondée sur les dimensions de la Terre. Mais cette ambition ne saurait occulter les réalités politiques et économiques de l’époque. Les grandes expéditions scientifiques s’inscrivent aussi dans un contexte de rivalités nationales, d’expansion coloniale et de stratégies militaires, où la maîtrise des mesures astronomiques et géodésiques devient un enjeu de pouvoir et de domination maritime.

UNE CONTROVERSE SCIENTIFIQUE EUROPÉENNE

Dès la fin du XVIIe siècle, la question de la figure de la Terre oppose deux conceptions : celle défendue par Isaac Newton, pour qui la Terre est aplatie aux pôles en raison de sa rotation, et celle soutenue par certains astronomes français, notamment Cassini, qui, s’appuyant sur des relevés géodésiques, privilégient une Terre allongée. Publiée en 1687, la première édition des Philosophiae naturalis principia mathematica de Newton, conservée à la Bibliothèque de l’Institut de France, constitue un tournant majeur de la science moderne. Elle introduit le concept de gravitation universelle et s’appuie sur les outils naissants du calcul différentiel et intégral. Newton y montre notamment que la rotation terrestre doit entraîner un aplatissement aux pôles, qu’il tente de quantifier à partir des mesures disponibles à son époque. 
Face à ces développements théoriques, l’Académie des sciences engage un vaste programme de vérification expérimentale. Les mémoires de Jacques Cassini, d’Alexis Clairaut ou encore de Pierre Louis Moreau de Maupertuis, présentés dans l’exposition, témoignent de la vigueur des débats scientifiques au sein des académies.Voltaire a résumé ce vaste débat en 1734 dans ses Lettres philosophiques, par une formule restée célèbre : « À Paris, vous vous figurez la Terre faite comme un melon ; à Londres, elle est aplatie des deux côtés ».
 
SAVANTS-EXPLORATEURS ET GRANDES EXPÉDITIONS 

L’exposition met en valeur la dimension exploratoire de la recherche. Ces savants, aussi explorateurs, ont quitté les observatoires et académies pour partir aux confins du monde mesurer des arcs de méridien et confronter leurs modèles théoriques à la réalité du terrain. La mission géodésique en Laponie (1736–1737), dirigée par Pierre Louis Moreau de Maupertuis, est illustrée par des manuscrits conservés à la Royal Society, dont la lettre adressée par Maupertuis à ses homologues londoniens avant même la publication officielle de ses résultats. Ces mesures confirment l’aplatissement de la Terre aux pôles et participent à la validation de la théorie de la gravitation de Newton. 
En parallèle, l’expédition menée au Pérou par Charles Marie de La Condamine, Pierre Bouguer et Louis Godin est documentée par des manuscrits, cartes et tableaux de triangulation issus des archives de l’Académie des sciences. Les Tables des triangles de la méridienne de Quito ou les épreuves annotées des schémas de terrain montrent concrètement comment les données étaient collectées, vérifiées et exploitées sur plusieurs années. 
Ces entreprises reposaient sur une collaboration entre officiers espagnols, savants français et correspondants britanniques qui participaient à la collecte et à l’analyse des données. Une collaboration internationale, illustrant son importance comme moteur du progrès scientifique.
 
INSTRUMENTS, MÉTHODES ET CIRCULATION DES SAVOIRS 

Au-delà des textes, l’exposition présente des instruments emblématiques de la géodésie et de l’astronomie. Le pied de roi (longueur d’un pied de Charlemagne) ayant appartenu à La Condamine, utilisé comme instrument de mesure proportionnelle, ou encore le cercle azimutal d’Edward Troughton, employé lors de la grande triangulation des Indes, incarnent la matérialité du travail scientifique. 
Ces instruments circulaient entre pays, tout comme les données et les publications. La traduction anglaise, par Richard Waller, de la Mesure de la Terre de Jean Picard (1688), conservée à la Royal Society, témoigne des premiers échanges savants entre les deux académies et de la diffusion rapide des résultats scientifiques à l’échelle européenne. Dans cet ouvrage, Picard présente la mesure de la longueur d’un degré de latitude du méridien de Paris qu’il a réalisée par triangulation. À partir de ses relevés, il détermine que le rayon de la Terre à l’équateur mesure 6328 km, soit une erreur relative de 0,8 % par rapport à la valeur acceptée aujourd’hui.

CALCULS, MODÈLES ET RENOUVELLEMENT THÉORIQUE 

Les observations accumulées au fil des expéditions alimentent un travail de calcul et de modélisation de plus en plus sophistiqué. Alexis Clairaut, dans ses manuscrits et traités présentés dans l’exposition, corrige par exemple l’hypothèse de Newton d’une Terre homogène en la remplaçant par un sphéroïde hétérogène, intégrant de cette façon les résultats expérimentaux aux modèles mathématiques. Au XIXe siècle, les travaux d’Henri Poincaré sur l’équilibre d’une masse fluide en rotation soumise à la gravitation, illustrés par le manuscrit de l’une des notes qu’il a publiées à ce sujet dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, proposent un cadre mathématique général pour les formes d’équilibre. Poincaré y montre qu’une masse fluide en rotation, pouvant être comparée par certains aspects à la Terre, ne se réduit pas nécessairement à un simple ellipsoïde, ouvrant la voie à des conceptions plus complexes de sa forme, comme celle d’une poire.
 
DE LA TRIANGULATION AUX SATELLITES 

Le parcours s’achève sur les développements contemporains, marqués par l’avènement des techniques spatiales. La maquette de Spoutnik 1 rappelle le rôle décisif des satellites dans l’affinement des mesures de la forme de la Terre. Les travaux d’Anny Cazenave, qui a contribué à mesurer l’élévation du niveau des océans, à mieux comprendre le phénomène El Niño et dont des portraits et publications sont présentés, montrent comment l’altimétrie satellitaire et l’étude du champ gravitationnel ont conduit à la notion moderne de géoïde.

FEMMES DE SCIENCES ET CIRCULATION DES IDÉES 

L’exposition présente conjointement des ouvrages d’Émilie du Châtelet et de Mary Somerville. Traductrices et commentatrices majeures des oeuvres de Newton et de Laplace, respectivement, elles ont joué un rôle essentiel dans la diffusion, la compréhension et l’appropriation des théories scientifiques à l’échelle européenne, contribuant pleinement à l’histoire intellectuelle de la figure de la Terre.

COOPÉRATION ET ÉMULATION SCIENTIFIQUES 

Fondées à six ans d’intervalle, la Royal Society à Londres en 1660 et l’Académie des sciences à Paris en 1666, les deux institutions incarnent, depuis plus de trois siècles et demi, une relation singulière mêlant rivalité intellectuelle, admiration mutuelle et coopération durable. Leurs devises respectives, Nullius in verba (« Ne croire personne sur parole ») et Invenit et perficit (« Découvrir et perfectionner »), résument un même idéal scientifique fondé sur l’expérience, la démonstration et l’amélioration continue des connaissances. 
Isaac Newton occupe une place centrale dans cette histoire partagée. Sa démonstration de l’aplatissement de la Terre aux pôles, exposée dans le Livre III des Principia, constitue l’un des sommets de la pensée scientifique. Traduit en français par Émilie du Châtelet, ce texte fondateur est présenté dans l’exposition. Newton, premier membre étranger de l’Académie des sciences élu en 1699, incarne à lui seul la reconnaissance mutuelle entre les deux communautés scientifiques. Depuis lors, près de 190 savants britanniques ont été élus à l’Académie, témoignant de la profondeur et de la continuité de ces échanges. 
De Newton à Poincaré, en passant par Maupertuis, Clairaut ou Maclaurin, les échanges, les débats et l'estime réciproque entre savants français et britanniques ont façonné une histoire scientifique commune, que cette exposition met en lumière. L’histoire de la figure de la Terre rappelle ainsi que la science progresse à la croisée de motivations intellectuelles, techniques et géopolitiques, une tension toujours d’actualité, que cette exposition invite à interroger.
Un événement unique, entre patrimoine, nature et savoirs scientifiques, à destination de tous les passionnés, des élèves et des enseignants.

Pour compléter

« Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume Uni » (The Conversation).

Étienne Ghys, mathématicien et directeur de recherche émérite CNRS (ENS de Lyon, Académie des sciences) revient sur l'histoire de la triangulation et montre à quel point elle a constitué une affaire de patience. A partir du XVIIe siècle, la Terre devient un objet mesurable, arpenté, calculé. Les conditions sont extrêmes, les instruments fragiles, les incertitudes nombreuses. Mais le verdict tombe : la Terre est bien légèrement aplatie aux pôles. Les savants français, par leurs propres observations, confirment la prédiction newtonienne.

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