Source : « La montagne de déchets mondiale s'accroît à un rythme alarmant » (The Conversation).
Costas Velis (Université de Leeds) et Ed Cook (Imperial College London) analysent la croissance mondiale des déchets. Leur étude, appuyée sur 217 pays et 262 villes, montre que la production augmente plus vite que les capacités de gestion. Les volumes explosent : 2,6 milliards de tonnes de déchets municipaux en 2022 et 3,9 milliards attendus en 2050. Cette hausse reflète l’urbanisation, la croissance démographique et la consommation, qui redessinent les flux matériels à l’échelle mondiale. La part de déchets mal gérés baisse de 30% à 20%, mais les volumes restent stables autour de 760 millions de tonnes. Concrètement, brûlage, dépôts sauvages et rejets dans les milieux persistent, surtout dans les Suds où les services restent incomplets. Environ 2 milliards d’habitants n’ont pas accès à une collecte formelle. Ils gèrent eux-mêmes leurs déchets, souvent par brûlage à ciel ouvert. Ces pratiques diffusent des polluants toxiques et dégradent l’air, l’eau et les écosystèmes locaux. Le coût constitue un frein majeur. Gérer une tonne coûte 40 à 45 dollars dans les pays pauvres, plus de 200 dans les pays riches. Pourtant, la dépense publique reste inférieure à 0,15% du PIB dans de nombreux pays, bien en dessous des besoins. Le système mondial repose sur un déficit d’investissement. En 2022, la gestion des déchets coûte 250 milliards de dollars, contre 426 milliards attendus en 2050. Les pays à revenu faible et intermédiaire devront investir des centaines de milliards supplémentaires. L’absence de gestion déplace les coûts : pollution, maladies, baisse de la valeur foncière ou impacts sur le tourisme et l’agriculture. Les déchets deviennent un facteur structurant des inégalités territoriales et des vulnérabilités socio-environnementales. La crise des déchets dépasse l’environnement. Elle relève aussi du financement, de la gouvernance et du développement. Sans accélération des investissements, les volumes mal gérés resteront élevés et continueront de dégrader les territoires.
Référence scientifique :
Cook, Ed, Ionkova, Kremena, Bhada-Tata, Perinaz, Yadav, Sonakshi, Van Woerden, Frank (2026). « What a Waste 3.0. Global Snapshot of Solid Waste Management toward Circularity until 2050 » [Aperçu mondial de la gestion des déchets solides vers une économie circulaire à l’horizon 2050]. Collection Développement urbain. Washington, DC : Banque mondiale. https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/8f74a308-a490-4743-8cd4-9539fd8c3f52
Ce rapport est la troisième édition (2026) de la série « What a Waste » du Groupe de la Banque mondiale, faisant suite aux publications de 2012 et 2018. Elle actualise et enrichit ces publications précédentes et fournit un ensemble de données de référence mondial sur les déchets solides municipaux dans le contexte de la transition vers l'économie circulaire, en s'appuyant sur les données publiques les plus récentes provenant de 217 pays et économies et de 262 villes. Cette édition consolide les données relatives à la production, la composition, la collecte, le traitement et l'élimination des déchets, et présente les tendances par région et par groupe de revenu. Elle inclut également des informations sur la législation, les dispositifs institutionnels, la gestion des plastiques, la participation du secteur privé, l'emploi, les impacts environnementaux, ainsi que les coûts et le financement des services municipaux de gestion des déchets.
Génération de déchets par pays en kg par habitant et par jour (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)
Les pratiques de gestion des déchets varient considérablement selon le niveau de revenu et la région. Alors que près de 100 % des déchets solides municipaux dans les pays à revenu élevé sont gérés dans des installations contrôlées répondant ainsi à l’objectif de développement durable (ODD), seulement 3% des déchets dans les pays à faible revenu sont gérés dans des installations contrôlées, la plupart des déchets étant soit non collectés, soit éliminés dans des décharges sauvages. À l’échelle mondiale, la mise en décharge demeure la méthode de gestion des déchets la plus courante, représentant 29 % de l’ensemble des déchets, suivie par la valorisation des matériaux par le recyclage, le compostage et la méthanisation (21 %), et l’incinération avec valorisation énergétique (20 %). Les 30 % de déchets restants produits dans le monde sont soit déversés à ciel ouvert, soit ne sont pas collectés du tout, un défi particulièrement aigu dans les pays à faible revenu et dans les régions à forte croissance démographique comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.
Traitement, élimination et déchets non collectés par région (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)
Les déchets plastiques constituent un sujet de préoccupation majeur. Près de 29 % de tous les déchets plastiques, soit 93 millions de tonnes par an, sont gérés de manières inadéquates (13 % sont traités dans des installations non contrôlées telles que des dépotoirs et 16 % ne sont pas collectés). Les pays à revenu intermédiaire sont la principale source de déchets plastiques non gérés, représentant 87 % du total mondial. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Asie de l’Est et le Pacifique produisent les plus grandes quantités de déchets plastiques non gérés, respectivement 15 millions de tonnes, 14 millions de tonnes et 12 millions de tonnes.
Génération de déchets plastiques solides par pays (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)
Génération de déchets plastiques et mode de gestion par région (source : What a Waste 3.0 - Worldbank)
Télécharger le rapport complet (en anglais)
Télécharger le résumé du rapport (en français)
Les données sont fournies sous forme de tableaux à la fin du rapport en anglais. Elles permettent d'étudier la génération de déchets par pays en tonnes par an en fonction de la population, avec des estimations pour 2030, 2040 et 2050. Elles permettent en outre d'analyser la part de déchets collectés, traités, recyclés ou abandonnés. Les sources des données sont précisées pour chaque pays.
Pour compléter
« Les décharges formelles et informelles en France, de la montagne de déchets à la colline végétalisée » (Géoconfluences).
La consommation des entreprises et des ménages produit une quantité importante de déchets chaque année, dont une partie seulement est recyclée ou valorisée. Tout ce qui reste doit être stocké dans des installations dédiées, communément appelées "décharges". Cet article s’intéresse à ces espaces qui enfouissent et cachent ce dont nous ne voulons plus, entre renaturation des installations légales et gestion des décharges sauvages existantes.
« Les e-déchets augmentent cinq fois plus vite que leur recyclage » (ONU).
Seulement 20%% des déchets électriques et électroniques sont traités via des filières de recyclage officielles malgré leur valeur est estimée à 55 milliards d’euros. Moins d’un quart des 62 millions de tonnes de déchets électroniques produits en 2022 ont été recyclés, entraînant des pollutions de métaux lourds, de plastiques et de produits chimiques toxiques, alerte un rapport de l’ONU, relevant que ces « e-déchets » augmentent cinq fois plus vite que la quantité recyclée. Selon l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) et l’Union internationale des télécommunications (UIT), chaque personne génère annuellement en moyenne 7,8 kilogrammes de déchets électroniques sur la planète. Ce volume record de 62 millions de tonnes (Mt) est en hausse de 82 % par rapport à 2010. Ce chiffre est même en passe d’atteindre 82 millions de tonnes d’ici à 2030.
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