Géographie des bibliothèques en France


L'Atlas des bibliothèques territoriales, publié en 2024 par le Ministère de la Culture, fournit des cartes et des données très utiles pour dessiner une géographie des bibliothèques et des points d'accès aux livres en France. 

Les 15 500 bibliothèques et points d’accès au livre permettent à 85 % des Français d’accéder à ce service culturel dans leur commune de résidence. La France compte en moyenne 23 établissements de lecture pour 100 000 habitants. Les collectivités urbaines sont plus équipées en lieux de lecture (neuf communes urbaines sur 10). Cependant, un tiers des communes rurales disposent d’un établissement de lecture publique, desservant ainsi près de 22 % des Français. La distribution dans l’espace métropolitain et ultramarin des bibliothèques publiques offre une remarquable couverture du territoire et un accès de grande proximité à la population. L’implantation des équipements est très liée à la densité de la population sur le territoire : les établissements majeurs (points en rouge) et les établissements de taille moyenne (points en orangé) se localisent généralement dans les zones les plus peuplées et urbanisées de la Métropole et de l’Outre-mer ; les espaces moins denses en population (zones très rurales, zones montagneuses, ou encore l’intérieur des terres en Outre-mer par opposition aux littoraux) accueillent moins d’établissements métropolitaine, ces zones peu peuplées disposent plutôt de points d’accès au livre (points en bleu), alors que dans les Outre-mer l’offre en bibliothèques se resserre autour d’établissements majeurs ou de taille moyenne. 

Implantation et types de bibliothèques en France (source : Atlas des bibliothèques territoriales)

Les régions Île-de-France, Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Pays de la Loire, et en Outre-mer, La Réunion et la Guadeloupe, sont les mieux desservies : plus de 93 % des habitants résident dans une commune équipée d’au moins une bibliothèque, contre 85 % en moyenne en France. La qualité du service proposé peut cependant différer au sein d’une région selon leur lieu d’implantation. L’écosystème propre aux villes, permettant de concentrer et de polariser les acteurs économiques, culturels, éducatifs et institutionnels, favorise des partenariats plus nombreux et les bibliothèques desservent des populations plus importantes. A l’inverse, les populations habitant en milieu rural sont moins bien desservies, même si les bibliothèques offrent ce service culturel en France à 66 % des ruraux dans leur commune de résidence. Il y a cependant des différences : moins de quatre ruraux sur 10 à Mayotte ont accès à une bibliothèque dans leur commune et seulement cinq ruraux sur 10 en Corse, dans le Grand Est, en Normandie et dans les Hauts-de-France. 

Concentration des bibliothèques selon le type d'établissement (source : Atlas des bibliothèques territoriales)

L'Atlas comporte de nombreuses cartes assorties de chiffres et de graphiques concernant les périodes de création des bibliothèques, leur accessibilité, leur amplitude horaire, leur type de publics, la diversité et la qualité de leur offre documentaire, leurs moyens humains et financiers, leur patrimoine, leurs équipements informatiques et numériques, leurs actions culturelles et leurs partenariats. 

Source : Françoise Lucchini, Lola Jordan (dir.). Atlas des bibliothèques territoriales. Direction de l'information légale et administrative (DILA), 2024, https://shs.hal.science/halshs-04444109v1

L’Atlas des bibliothèques territoriales est une publication du Ministère de la Culture (Service du Livre et de la Lecture). Trois parties composent cet Atlas. La première présente un panorama national des bibliothèques en France : premier service culturel de proximité, la bibliothèque se déploie sur tout le territoire et propose de multiples services et activités à ses publics. La deuxième partie dessine des portraits régionaux de l’état de la lecture publique dans les territoires. Enfin, la dernière partie met en avant, d’une part, les mises en réseau des bibliothèques à différentes échelles (départementale, intercommunale, métropolitaine et municipale), et, d’autre part, illustre avec une photothèque les récentes évolutions en matière d’offres de services, d’aménagements et de constructions architecturales. Cet Atlas est issu d’un partenariat de recherche entre le Ministère de la Culture et le laboratoire IDEES UMR 6266-CNRS Université de Rouen Normandie qui a élaboré et rédigé les cartes et textes. Les données utilisées proviennent de l’enquête annuelle statistique du Ministère de la Culture auprès des bibliothèques territoriales qui s’appuie sur un partenariat avec les conseils départementaux.

Les données ayant servi à constituer l'Atlas des bibliothèques des collectivités territoriales sont disponibles sur le site data.culture.gouv.fr. Les fichiers à plat sont au format CSV, JSON, Excel et Parquet. Toutefois ils ne comportent pas de données de géolocalisation. Il est possible de se reporter au site data.gouv.fr qui comporte les mêmes données mais avec géolocalisation.


Il est possible de croiser ces données avec celle de la BXN. Victor Gayed propose en effet une carte de recensement des bibliothèques (BXN - Bibliothèque eXpansion Numérique) via Gogocarto. En zoomant sur la carte en ligne, on accède aux différentes informations. Les points sont partiellement renseignés car importés depuis l'enquête de l'Observatoire de la Lecture Publique (OLP).  Vous pouvez les modifier en cliquant sur [Proposer des modifications] après avoir sélectionné un point. 


Les données géolocalisées de la BXN sont téléchargeables au format ods, csv ou xls à partir de cette page.  Les données des établissements correspondent à l’ensemble des informations contenues dans les fiches des établissements renseignés grace au formulaire. Pour chaque établissement cela regroupe le nom, l'adresse, son type ainsi qu'une description éventuelle, la tranche de population desservie, le fonctionnement ou non en réseau, la présence ou non d'un portail internet, la possession ou non de labels liés au numérique, l'accès au ressources numériques via un tiers ou non, et enfin toutes les ressources numériques proposées par l'établissement. Ces données sont ouvertes, accessibles et réutilisables par tous. 

La jointure des deux bases de données (Data.culture.gouv.fr et BXN) permet de réaliser des cartes à partir d'un SIG (tye QGIS) ou d'un logiciel de cartographie thématique (type Magrit ou autre). Sinon il est possible d'utiliser directement les données géolocalisées du site data.gouv.fr. On peut par exemple réaliser une carte des bibliothèques en fonction de leur nombre d'entrées. La base de données permet de réaliser beaucoup d'autres cartes en utilisant les nombreuses variables proposées.

Importance des bibliothèques en fonction de leur nombre d'entrées en 2023
Pour compléter  

« Cartographier les ressources numériques en bibliothèques » (BPI). Face au défi de la valorisation des offres de ressources numériques en bibliothèques, la cartographie se développe comme une solution visuelle efficace et attractive.

Emmanuel AZIZA et Xavier SENÉ, « Éditorial : audiovisuel et multimédia en bibliothèque », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2025-1. Entre 2018 et 2023, le prêt de DVD chute de 27 % alors que celui des livres augmente de 14 points. La vidéo à la demande (VàD) est présente dans 446 bibliothèques. Deux cartes présentent l’offre des ressources numériques onéreuses (sous droit) proposée par les bibliothèques municipales (BM) et départementales (BD) en 2023. Les BM moyennes et grandes, les réseaux de BM, achètent et proposent des ressources directement ; les petites BM proposent généralement des ressources acquises par la BD de leur territoire.

Carte des bibliothèques de France dotées d'un accès aux ressources numériques en IIIF (Chronoscope World).

« Les Français et la lecture en 2025 » (CNIL). Mis en œuvre depuis 2015 par le Centre national du livre (CNL) et confié à Ipsos, ce baromètre bisannuel porte sur un échantillon de 1 000 personnes, représentatives de la population française (dès 15 ans et plus) et interrogées par téléphone. Il a pour objectifs de mesurer, sur la durée, les pratiques et les perceptions des Français vis-à-vis du livre et de la lecture, mais aussi de mieux comprendre ce qui favorise ou au contraire freine la lecture.

Articles connexes

Atlas et cartes numériques conservés par des bibliothèques

La contre-cartographie et les contre-données comme pratiques communicationnelles de résistance


La revue en sciences de l'information et de la communication Media and Communication consacre son numéro spécial de février 2026 à la cartographie des données, abordée du point de vue de la contre-cartographie et des pratiques de communication à l'ère d'Internet et des réseaux sociaux. Dirigé par Sandra Jeppesen (Lakehead University) et Paola Sartoretto (Jönköping University), ce numéro thématique, disponible en libre accès, comporte des articles de recherche très intéressants sur une question qui croise pratiques cartographiques, approches sociotechniques et enjeux politiques et sociaux.

Sandra Jeppesen, Paola Sartoretto (2026). « Counter Data Mapping as Communicative Practices of Resistance », Media and Communication, vol 24, Cogitatio Press, https://doi.org/10.17645/mac.i502

Télécharger le numéro complet en pdf

Ce numéro thématique présente des recherches analysant de manière critique la contre-cartographie conduite par des groupes communautaires qui s’approprient, collectent et utilisent des contre-données pour révéler ou remodeler des réalités spatiales. Les articles abordent un éventail de pratiques cartographiques dans le cadre d'approches sociotechniques multidimensionnelles, intégrant notamment les enjeux politiques liés aux différents usages de la représentation, de la visualisation, de l’interactivité et des imaginaires cartographiques. La contre-cartographie est ici envisagée comme une pratique communicative de résistance. Il s'agit de comprendre la manière dont la contre-cartographie peut être appréhendée comme une pratique communicative sociotechnique par laquelle des communautés marginalisées et vulnérables mobilisent collectivement les potentialités des technologies cartographiques pour rendre visibles et contester les causes profondes et les conséquences de la marginalisation. Les chercheurs étudient comment la contre-cartographie s’inscrit dans les notions de spatialité et de relationnalité, en explorant des dimensions d’analyse telles que la collecte des données, les objectifs, les capacités, les processus, les collaborations, l’appropriation, l’invisibilité stratégique, et en démontrant l’importance croissante de la multidimensionnalité sociotechnique dans la production et la cartopolitique des contre-cartes communautaires. 

Plusieurs articles traitent des formes de résistance face à la cartographie officielle et aux données à vocation de communication diffusées au moment de la crise de la Covid19. En réponse, les militants se sont efforcés de créer de nouveaux récits sur la pandémie grâce aux plateformes numériques. Le concept de « cartographies de la négociation » est mis en avant pour saisir comment les cartes en ligne servent de lieux de friction et de construction de sens, reflétant des perspectives, des valeurs et des dynamiques de pouvoir concurrentes au sein de l'activisme des données.

Visions technocentriques et visions en termes de justice sociale dans la contre-cartographie
(source : © Calvo & Treré, 2026)


D'autres articles abordent la cartographie participative comme outil de justice sociale et de mobilisation, ou encore comme lieu d'affirmation d'imaginaires alternatifs. On peut prendre l'exemple de la carte renversée du monde proposée par le site Iconoclasistas (2019). Des recherches mettent en lumière le travail des femmes rurales et paysannes qui produisent 70 % des aliments que nous consommons, et dont seulement 13 % sont propriétaires de leurs terres. « La carte est basée sur la projection de Gall-Peters (avec ici les pôles inversés)... Nous l'avons choisie car elle nous permet, tant spatialement que symboliquement, de visualiser plus clairement les territoires et les pays à majorité paysanne et rurale, la diversité bioculturelle, les grands projets extractifs et les conflits armés résultant de l'exploitation de la nature et des tentatives de normalisation occidentale ».

Mapamundi 2019 (source : © Iconoclasistas)


Il est difficile de rendre compte de toute la richesse et de la diversité des thématiques tant les articles traitent de nombreuses dimensions de la contre-cartographie et des contre-données pour rendre visibles les invisibles (expériences de cartographie autochtone) ou encore pour montrer les nouveaux liens de proximité via les réseaux sociaux (exemple de l'Observatoire du réseau Tiktok qui donne à voir des réseaux d'utilisateurs reliés par des centres d'intérêt communs, mais qui a été supprimé depuis). Sont abordées également les pratiques urbaines qui sont renouvelées par les plateformes numériques, qu'il s'agisse des promenades urbaines en Chine, de la cartographie de l'économie de la résistance à Hong Kong ou encore des lieux de rencontre gay qui redéfinissent toute une géographie affective dans les espaces urbains.

Sommaire des articles :

Articles connexes

La carte, objet éminemment politique. Cartographie radicale par Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz

La carte, objet éminemment politique. Vous avez dit « géoactivisme » ?


Scénarios d’extrêmes hydrologiques en France. Quelles projections pour l'avenir ?


Le projet Explore2 (« Explorer les futurs possibles de l’eau selon les scénarios climatiques du GIEC ») a produit un ensemble de projections hydrologiques suivant plusieurs scénarios climatiques pour la France hexagonale. L’objet de ce rapport est de présenter les scénarios d’évolution des extrêmes hydrologiques, concernant les épisodes de pluies intenses, crues, sécheresses météorologiques, agronomiques, hydrologiques, hydrogéologiques et assecs des cours d’eau. Ces différents types de sécheresses sont analysés soit directement via les sorties de modèles de climat, soit en utilisant différents types de modèles, hydrologiques, hydrogéologiques, ou dédiés aux assecs, afin de montrer à la fois l’accord entre les différentes simulations pour différentes régions françaises mais aussi des indicateurs quantifiant les évolutions futures. Les scénarios sont présentés pour différentes périodes de projections dans le futur, en utilisant les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre RCP4.5 et RCP8.5.

Source : Tramblay, Y., Sauquet, É., Arnaud, P., Rousset, F., Soubeyroux, J-M., Hingray, B., Jaouen, T., Jeantet, A., Munier, S., Vergnes, J-P. (2024) Scénarios d’extrêmes hydrologiques, Recherche Data Gouv V3, https://doi.org/10.57745/2XDJ5H


Changements sur les pluies intenses 2041-2100 par rapport à 1976-2005 (source : Tramblay et al., 2024)


Changements sur les crues 2041-2071 (source : Tramblay et al., 2024)


Les principales conclusions sur l’évolution probable des extrêmes hydrologiques au cours du XXIe siècle sont :
  • Une augmentation généralisée des pluies intenses journalières dans les différents scénarios (signal médian de l’ordre de +20 %) avec une bonne convergence des différents modèles sur le territoire en particulier dans la moitié nord de la France.
  • Un signal à la hausse des crues, surtout pour le nord de la France (signal médian de l’ordre de +40 % à +50 %) mais qui masque en réalité une faible convergence entre les modèles, donc les scénarios sur les crues sont peu robustes et soumis à des fortes incertitudes, liées à la fois aux modèles climatiques et hydrologiques utilisés.
  • Peu d’évolution des sécheresses météorologiques, avec seulement un signal assez robuste vers une augmentation de ces épisodes de déficits de précipitations en été dans le sud de la France pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5). En revanche, les projections pour les sécheresses agronomiques sont bien plus pessimistes, avec une nette augmentation des surfaces touchées par ces épisodes qui deviennent plus nombreux et plus intenses, avec notamment des sécheresses du sol en été de 2 à 6 fois plus fréquentes, selon le scénario considéré.
  • Une augmentation de la sévérité des sécheresses hydrologiques - qui désignent des niveaux anormalement bas des cours d’eau - avec un maximum de convergence entre les modèles pour le sud de la France avec un signal médian de l’ordre de -40 % en fin de siècle pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5), tandis que dans le nord de la France les signaux divergent dans les différents modèles hydrologiques. En outre, la moitié sud de la France verra le phénomène d’intermittence des cours d’eau s’amplifier dans la partie amont des bassins.

On parle beaucoup de crues et d'inondations dans les médias lors d'épisodes de pluies hivernales comme c'est le cas en février 2026, qui 
enregistre sa plus longue série de jours de précipitations (37 jours de pluie ininterrompue) depuis le début des mesures de Météo France (1959), battant même le record de 2023. Explore2 constitue la plus grosse synthèse sur le sujet en France, sur près de 3000 cours d'eau avec des dizaines de simulations climatiques. Le rapport ne montre pas de clair signal vers une augmentation des crues fluviales (débordement des cours d'eau), sinon dans le nord de la France et encore pas dans tous les modèlesCe que l'on voit surtout, c'est une modification des types de crues dans plusieurs régions, notamment avec une hausse probable des épisodes liés aux pluies intenses, ce qui est confirmé par des modèles de climat à plus haute résolution. En somme, peu de signal sur les crues fluviales, mais potentiellement une augmentation de la sévérité des crues pluviales, liées aux phénomènes de ruissellement, surtout en milieu urbain. Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut pas lier directement la hausse de l'intensité des pluies et celles des crues, d'autres facteurs rentrent en jeu, par exemple la modification des conditions d'humidité des sols (en contexte d'aridité croissante), l'occupation des sols, les pratiques agricoles et les aménagements hydrauliques de type barrages. En bref, les modifications du climat peuvent se traduire très différemment selon les territoires sur le risque de crue, d'où l'importance d'avoir des études qui prennent en compte les spécificités locales, même si les études de grande échelle donnent un signal d'ensemble lié au climat. On peut ajouter que le changement climatique augmente la probabilité d'avoir des crues hivernales type pluie-sur-neige. Dans les Pyrénées, c'est ce qui semble se passer : en 2022, il y a eu d'importantes crues en hiver, ce qui n'a pas empêché d'avoir un printemps très sec suivi de tensions sur les ressources en eau en été.

Références scientifiques

Yves Tramblay, Guillaume Thirel, Laurent Strohmenger, Guillaume Evin, Lola Corre, Louis Heraut & Eric Sauquet (2025). « Evolution of flood generating processes under climate change in France » [Évolution des processus de génération des crues sous l'effet du changement climatique en France]. Hydrology and Earth System Sciences, vol.29, issue 23, https://hess.copernicus.org/articles/29/7023/2025/

Toutes les données de cette étude sont librement accessibles. Les simulations du modèle climatique corrigées des biais sont disponibles à l'adresse https://www.drias-climat.fr/. Les simulations du modèle hydrologique sont disponibles à l'adresse https://www.drias-eau.fr/. Les mesures de débit sur la France sont disponibles à l'adresse https://www.hydro.eaufrance.fr/. La base de données SAFRAN est disponible à l' adresse https://meteo.data.gouv.fr/datasets/donnees-changement-climatique-sim-quotidienne/. Tous les rapports techniques du projet Explore2 sont disponibles à l'adresse https://entrepot.recherche.data.gouv.fr/dataverse/explore2.

Nils Poncet, Yves Tramblay, Philippe Lucas-Picher, Guillaume Thirel & Cécile Caillaud (2025). « Projections of extreme rainfall and floods in Mediterranean basins from an ensemble of convection-permitting models » [Projections des précipitations extrêmes et des inondations dans les bassins méditerranéens à partir d'un ensemble de modèles à résolution spatiale permettant la convection]. Climatic Change, vol. 178 , n°141 (2025), https://link.springer.com/article/10.1007/s10584-025-03983-8

Josep Bonsoms, Juan I. López-Moreno, Esteban Alonso-González, César Deschamps-Berger & Marc Oliva (2024). « Rain-on-snow responses to warmer Pyrenees: a sensitivity analysis using a physically based snow hydrological model » [Réponses des précipitations sur neige au réchauffement des Pyrénées : une analyse de sensibilité à l'aide d'un modèle hydrologique de la neige basé sur des principes physiques]. Hydrology and Earth System Sciences, vol. 24, issue 1, https://nhess.copernicus.org/articles/24/245/2024/

Pour compléter

« Le long de la Garonne, les images satellite révèlent l'ampleur des crues » (France-Info). 
Les vues depuis le ciel montrent comment la Garonne est sortie de son lit, alors qu'une partie du fleuve est toujours placée en vigilance rouge aux crues en février 2026. A Marmande par exemple, la crue de la Garonne est importante. Le site 
Remonter le temps de l'IGN permet de comparer le lit de la Garonne aujourd'hui par rapport au XIXe siècle (en particulier l'extension des zones artificialisées au cours du XXe siècle). Le site Vigicrues donne les crues records sur cette station. Une comparaison des images satellites Sentinel1 permet de se rendre compte de la situation avant/après la crue de février 2026. La zone inondable identifiée par le PPRN correspond à une zone de crue centennale comme il s'en est produit en 1875, 1930 et 1952. La Garonne a simplement repris son lit majeur (comme à Angers).

Episeine est un jeu sur les occurrences des crues de la Seine à Paris. Le jeu permet de faire des tirages aléatoires réalistes de ce que pourraient être les crues lors du siècle prochain. Cela permet de percevoir visuellement la notion d'occurrence de crue (vingtennale, cinquetennale, centennale...). Le site donne également des conseils aux habitants à suivre en cas de crue.


Lien ajouté le 22 février 2026

Le DRIAS propose une projection des pluies intenses à +4°C. L'application cartographique permet de faire des recherches par commune. Elle affiche les résultats par cumuls annuel et saisonniers et donne pour chaque commune l'intensité et la fréquence des pluies intenses prévues. 

Projection des pluies intenses à +4°C (source : DRIAS, les futurs du climat)


Articles connexes

Utiliser les données DRIAS sur les futurs du climat

Le changement climatique par les données (La graphothèque - BonPote)

Données météorologiques sur la France disponibles en open data

Rapport annuel 2023 du Haut conseil pour le climat « Acter l’urgence, engager les moyens »




La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale


Cette carte marine du XVe siècle, anonyme et non précisément datée, a été attribuée en 1924 à Christophe Colomb par Charles de La Roncière, attribution toujours débattue aujourd’hui. Dessinée sur parchemin à l'encre rouge et noire, elle se divise en deux parties, séparées par un trait rehaussé d’or, représentant deux espaces distincts. A droite, figure une carte marine de la Méditerranée, qui inclut les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée comme des terres hypothétiques dans l’océan Atlantique Nord. Sur la gauche est représentée une petite mappemonde, qui synthétise les connaissances géographiques européennes à la veille de la découverte de l’Amérique ; elle est inscrite dans neuf cercles célestes, selon la conception géocentrique de l’univers qui prévalait encore à l’époque.

La carte dite de « Christophe Colomb » (source : © Bibliothèque Nationale de France)


La carte est conservée au département des Cartes et plans de la BNF sous la cote Rés. Ge AA 562. On peut la retrouver sur Gallica. Elle fait l'objet d'une présentation vidéo de la BNF accessible sur Youtube dans le cadre de sa série « Au coeur des cartes ».

La carte dite de « Christophe Colomb » (1488-1492) | Au cœur des cartes (source : BNF)


« Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard  » (The National Geographic).

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures. Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage. La carte, établie à l’origine par le cartographe allemand Henricus Martellus, était recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, notamment le planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom d'« Amérique ».


Chet Van Duzer (2018). Henricus Martellus’s World Map at Yale (c. 1491). Multispectral Imaging, Sources, and Influence [Carte du monde d'Henricus Martellus à Yale (vers 1491). Imagerie multispectrale, sources et influence], Springer International Publishing.


Cet ouvrage présente des recherches inédites sur la carte du monde réalisée par Henricus Martellus vers 1491 et conservée à la bibliothèque de l'université de Yale (à découvrir en haute résolution). L'importance de cette carte était pressentie depuis longtemps, mais son étude restait impossible en raison de l'illisibilité des textes. L'imagerie multispectrale, réalisée avec le soutien du National Endowment for the Humanities en 2014, a permis de rendre les textes lisibles pour la première fois, incitant Chet Van Duzer à en reprendre l'étude. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus. L'ouvrage propose des transcriptions, des traductions et des commentaires sur les textes latins de la carte, notamment leurs sources, ainsi que sur la toponymie de plusieurs régions. Il en ressort une relation étroite entre la carte de Martellus et la célèbre carte de Martin Waldseemüller de 1507. L'une des découvertes les plus passionnantes concerne l'arrière-pays de l'Afrique australe. Les informations qu'elle contient proviennent de sources africaines ; la carte constitue ainsi un document unique et d'une importance capitale pour la cartographie africaine du XVe siècle. Henricus Martellus a rempli les océans d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il détestait vraisemblablement lui aussi les espaces laissés vides sur la carte. Cet ouvrage constitue une lecture essentielle pour les spécialistes des humanités numériques et les historiens de la cartographie.

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. Outre son ouvrage sur la carte d'Henricus Martellus publié en 2018, il est l'auteur d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. Il a publié en 2023 Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past (disponible en accès libre), qui fait l'objet d'une présentation dans ce billet.

Articles connexes

L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BNF)

Le monde en sphères. Une exposition virtuelle de la BnF

Histoire de la cartographie de l'Antiquité à aujourd'hui (cycle de conférences de la BNF - 2023)

Terres cultivées et évaluation mondiale des émissions de gaz à effet de serre


Source : Pei Yu Cao, Franco Bilotto, Carlos Gonzalez Fischer et al (2026). « Spatially explicit global assessment of cropland greenhouse gas emissions circa 2020 » [Évaluation mondiale spatialement explicite des émissions de gaz à effet de serre des terres cultivées vers 2020]. Nature Climate Change, https://www.nature.com/articles/s41558-026-02558-4 (article en open access).

Des chercheurs de l’Université Cornell publient dans la revue Nature Climate Change une carte très précise des émissions agricoles mondiales. Ils cartographient en 2020 les émissions de GES des cultures à 10 km de résolution pour cibler les points de fortes ou faibles émissions. Les terres cultivées occupent 12% des surfaces mondiales, soit 1 570 Mha, et génèrent 25% des émissions du secteur agricole et usages des terres. En 2020, elles émettent 2,5 GtCO2e par an. Les auteurs intègrent dans leurs calculs les engrais azotés, le fumier, les résidus, les brûlis, les rizières et tourbières drainées. Entre 2000 et 2020, l’usage d’azote passe de 81 à 111 TgN. Les rizières s’étendent de 154 à 165 Mha. Les tourbières cultivées atteignent 17 Mha. Quatre cultures concentrent 67% des émissions : riz, maïs, palmier à huile et blé. Le riz représente 43% à lui seul. Les principales sources sont les tourbières drainées (35%), les rizières inondées (35%) et les engrais synthétiques (23%). Les intensités moyennes atteignent 2 MgCO2e par hectare. Les plus fortes se situent en Asie et en Europe, où la productivité calorique est élevée. Les régions qui produisent beaucoup émettent aussi beaucoup. Un lien spatial apparaît entre rendement et émissions. Les chercheurs comparent émissions par surface et par calorie produite. Ils révèlent des arbitrages géographiques entre efficacité productive et potentiel de réduction. Cibler une région sans considérer sa production peut être socialement et économiquement injuste. Les cartes à 5 minutes d’arc (environ 10 km à l'Equateur) permettent une analyse infranationale. Elles identifient des marges d’action locales. Réhumidifier les tourbières, modifier la gestion de l’eau du riz ou optimiser les engrais sont des leviers différenciés selon les contextes. Cette base harmonisée crée un cadre mondial pour planifier la réduction des émissions agricoles. Elle relie systèmes de culture, productivité et climat, et hiérarchise les priorités là où les fonds sont rares et les impacts potentiellement élevés. 

Toutes les données utilisées dans cette étude sont répertoriées et mises à disposition avec les figures. Les données mondiales sur la gestion des cultures et les estimations d'émissions de GES correspondantes sont disponibles sur Figshare. Les données sources sont fournies dans l'article.

 Répartition mondiale de l'intensité surfacique des émissions des terres cultivées, de l'intensité calorique des terres et de l'intensité calorique des émissions (source : Cao, Bilotto, Fischer et al, 2026)

Articles connexes

Cartes et données sur l'évolution des terres cultivées dans le monde (2000-2019)

Estimation du PIB agricole à l'échelle mondiale sur une trame de 10x10km²

Climate Trace, une plateforme pour visualiser et télécharger des données sur les émissions de gaz à effet de serre (GES)

Attribution systématique des vagues de chaleur aux émissions des grandes compagnies de carbone

Émissions CO₂ de la consommation électrique en temps réel (Electricity Maps)

Quand la lutte contre les émissions de CO₂ passe par la dénonciation des entreprises les plus concernées

Le tourisme international et son impact sur les émissions de CO₂

Cartographie et racisme environnemental. L'exemple de « Cancer Alley » en Louisiane


L'allée du cancer (« Cancer Alley ») est le surnom donné à un corridor de 135 km le long du fleuve Mississippi, entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans en Louisiane. Ce couloir industriel abrite plus de 200 raffineries et usines pétrochimiques. En 2012, cette zone représentait 25 % de la production pétrochimique des États-Unis. Dès les années 1970, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a documenté une grave pollution de l’eau et de l’air. Les écologistes considèrent cette région comme une zone sacrifiée où les taux de cancer dus à la pollution atmosphérique dépassent les seuils de risque acceptables fixés par le gouvernement fédéral. L' « allée du cancer », au sens large, s'étend plus à l'ouest le long de la côte du Golfe du Mexique, dans la région de Freeport, au Texas.

Des leaders communautaires comme Sharon Lavigne ont mené la charge en protestant contre l'expansion de l'industrie pétrochimique dans le corridor industriel de Cancer Alley et en s'attaquant aux disparités raciales et économiques associées. De nombreux chercheurs et habitants de cette région ont qualifié cette zone d' exemple flagrant de racisme environnemental. Le racisme environnemental peut se définir comme un « ensemble des règles, réglementations, politiques ou décisions institutionnelles (de la part des gouvernements ou d'entreprises), qui ciblent délibérément certaines communautés en leur imposant localement des usages du sol jugés indésirables et en appliquant de manière laxiste les réglementations en matière d'urbanisme et d'environnement, ce qui a pour conséquence une exposition disproportionnée de ces communautés aux déchets toxiques et dangereux en raison de leur appartenance ethnique » (source : Wikipédia). Ce billet vient documenter les cartes et les données disponibles sur le sujet.

  • « Cancer Alley Louisiana  ». Une story map proposée par Aydrien Souris.

Destinée à sensibiliser le grand public, cette story map montre la réalité dévastatrice de Cancer Alley. Les résidents noirs sont clairement plus exposés aux produits chimiques que les résidents blancs de Louisiane. Cette injustice nécessite des mesures selon l'auteur. « Pour faire changer les choses, les habitants ont tenté de convaincre les législateurs d'instaurer des limites concernant les émissions de produits chimiques. Cela reste difficile car les données sont très difficiles à collecter. Il est donc facile pour les entreprises de sous-estimer leurs émissions ou de les mettre complètement sous le tapis. Que pouvez-vous faire pour aider ? À l'heure actuelle, la meilleure mesure à prendre face à cette injustice est de faire part de vos préoccupations aux législateurs de Louisiane en exigeant la mise en œuvre légale de la loi sur la qualité de l'air et de l'eau »

  • « Dans une zone notoirement polluée du pays, de nouvelles usines chimiques massives continuent de s'installer » (ProPublica).

ProPublica, un site à but non lucratif qui enquête sur les abus de pouvoir, a utilisé un modèle scientifique développé par l’Agence de protection de l’environnement (EPA). L'analyse montre que certains des quartiers où de nouvelles usines sont construites présentent déjà de très fortes concentrations de produits chimiques toxiques. Pourtant la Louisiane continue d’autoriser la construction de ces nouvelles usines et l’agrandissement de celles existantes. Le modèle de l'EPA utilisé par ProPublica, connu sous le nom d'indicateurs environnementaux de dépistage des risques (RSEI), calcule les concentrations chimiques estimées des émissions toxiques des installations industrielles à travers le pays, jusqu'à des blocs de 810 x 810 mètres (voir rapport de l'EPA de 2019). ProPublica a utilisé ce modèle pour trouver où les niveaux toxiques de produits chimiques cancérigènes étaient les plus élevés au sein de sept paroisses, alors même que les normes en matière de pollution de l'air sont beaucoup moins strictes en Louisiane que dans d'autres États. L'analyse réalisée par ProPublica sur cinq années de données modélisées de l'EPA a permis d'identifier plus de 1 000 zones à forte concentration de substances toxiques et a révélé qu'environ 250 000 personnes vivant dans ces zones pourraient être exposées à des niveaux de risque excessif de cancer que l'EPA juge inacceptables.

En 2015, deux cimetières ont été découverts lors d’une étude sur un projet d’agrandissement d’une raffinerie appartenant à la compagnie pétrolière Shell. Quatre ans plus tard, quatre autres cimetières ont été découverts lors des premières étapes de la construction d’une nouvelle installation par la société Formosa Plastics. En collaboration avec le groupe d'activistes de la communauté de la clôture RISE St James, Forensic Architecture a développé une méthode pour aider à localiser ces cimetières, en soutien aux efforts locaux de longue date pour protéger les sites ancestraux et aux demandes de moratoire sur l'expansion future du corridor pétrochimique. Toutes les recherches sont mises à la disposition du public en open source. Forensic Architecture propose par ailleurs une plateforme cartographique qui géolocalise et mosaïque des images aériennes et des cartes provenant de sources multiples couvrant trois siècles de transformation de la région. En utilisant un processus de régression cartographique, elle a pu examiner les changements d'utilisation du sol sur une période de soixante-dix ans le long de la « Death Alley » en se référant à des images aériennes historiques. L'utilisation de cartes et d'autres données a étendu cette portée sur trois siècles, en permettant de remonter aux plantations de canne à sucre implantées avant l'industrialisation. La communauté noire réclame depuis longtemps des comptes aux entreprises pétrochimiques qui occupent leurs terres. Aujourd’hui, cette demande se transforme en une vision plus large de la justice : demande de réparations pour des siècles de violence raciste, demande de réparation de l’environnement, demande d'emplois qui soutiennent leurs communautés et leur santé, demande de moratoire sur le développement industriel et le pouvoir de gérer leurs terres. En outre, ils réclament une révision fondamentale du concept de préservation historique en vue d’une reconnaissance des communautés noires, des sites ancestraux et de nos écosystèmes au sens large comme étant intrinsèquement précieux, indivisibles et dignes de protection.

La plateforme cartographique sur la Louisiane et Cancer Alley proposée par Forensic Architecture

  • « Des résidents noirs remportent une décision clé dans une affaire de racisme environnemental dans la  Cancer Alley » (CapitalB).

Le 9 février 2026, un juge de la Nouvelle-Orléans a statué que les groupes représentant les résidents de la « Cancer Alley » en Louisiane pouvaient poursuivre leur action en justice historique visant à obtenir un moratoire sur les usines industrielles toxiques dans deux districts à majorité noire de la paroisse de St. James. Le tribunal a rejeté la tentative du gouvernement paroissial de faire classer l'affaire sans suite et a autorisé la poursuite de toutes les demandes. Celles-ci reposent sur deux arguments principaux : les pratiques d'aménagement du territoire de la paroisse, en vigueur depuis des décennies, violent le 13e amendement, qui a aboli l'esclavage, et le 14e amendement, qui garantit à tous les Américains l'égalité devant la loi. Ce procès obligera un jury à déterminer si l'implantation disproportionnée d'installations, dont la pollution est liée à des cas de cancer, d'asthme, de maladies cardiaques et pulmonaires et de troubles neurologiques, constitue un vestige de l'esclavage. On estime que dans ces communautés à forte population noire, le nombre de cas de cancer diagnostiqués est sept fois supérieur à la moyenne nationale.

Les États-Unis sont à la fois marqués par la prédation environnementale et l'extractivisme, par une culture des grands espaces et de la nature sauvage, et par une tradition précoce d'écologie appliquée. Celle-ci oscille entre deux tendances contradictoires, la préservation et la conservation, témoignant de l'ambivalence du rapport à la "nature". La notion d'espace (p)réservé incarne cette tension : la préservation peut viser aussi bien à protéger la nature qu'à mettre des ressources en réserve pour les exploiter plus tard, d'où une renégociation récurrente des périmètres protégés et du degré de protection. Aux États-Unis, les années 1980 voient se développer des mobilisations locales au nom de la justice environnementale autour de problèmes liés à la pollution. Les cas de Love Canal (banlieue de Niagara Falls) dans l’État de New York (une décharge de produits toxiques enfouie sous une école), du comté de Warren en Caroline du Nord (stockage de mort-terrains contaminés aux PCB dans une zone à forte majorité africaine-américaine défavorisée) et de la « Cancer Alley », le corridor pétrochimique entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans en Louisiane qui connaît les taux de cancer les plus élevés du pays, sont emblématiques des luttes pour la justice environnementale. Cette notion, née du militantisme, vise à dénoncer le fait que le risque d’habiter à proximité des sources de pollutions (de l’air, de l’eau et des sols) est inversement proportionnel au revenu des ménages. Les communautés les plus vulnérables sont considérées comme des « voies de moindre résistance ». De ce fait, les inégalités environnementales peuvent prendre plusieurs formes : les degrés différents d’exposition à un risque environnemental selon les groupes (sociaux et ethniques), l’accaparement des ressources environnementales, l’impossibilité à influencer les décisions concernant l’environnement, la non-reconnaissance des relations particulières que les différents groupes (sociaux et ethniques) peuvent entretenir avec leur environnement. Aux États-Unis, la justice environnementale englobe le principe selon lequel toutes les personnes et les communautés ont droit à une protection égale et à une application égale des lois et des règlements en matière d'environnement (Paddeu, 2012 ; 2016). Ainsi, les revendications de justice environnementale sont souvent portées devant les tribunaux, faisant valoir les lois fédérales de protection de l’environnement (NEPA, Clean Air Act et Clean Water Act entre autres,) ou plus spécifiquement la loi sur les droits civiques de 1964 ou encore la clause du quatrième amendement de la Constitution qui concerne la protection égale de tous les citoyens étatsuniens. Depuis 1994, aux États-Unis, la promotion de la justice environnementale fait partie des missions de l’Environmental Protection Agency (les moyens de cette agence ont été sérieusement réduits depuis lors par Donald Trump).

« Cancer Alley », le corridor pétrochimique en Louisiane (Géoconfluences, 2024)

Source : d’après Terrell Kimberly & St Julien Gianna, “Air pollution is linked to higher cancer rates among black or impoverished communities in Louisiana”, 13 January 2022. Environmental Research Letters, volume 17, number 1. Traduit par Géoconfluences.

Articles connexes

Visualiser les niveaux de ségrégation à l'échelle de chaque quartier des États-Unis

Mesurer la ségrégation scolaire aux États-Unis sur les 30 dernières années (1991-2022)

Le « redlining » : retour sur une pratique cartographique discriminatoire qui a laissé des traces aux Etats-Unis

La suppression de la Racial Dot Map et la question sensible de la cartographie des données ethniques aux Etats-Unis

Quand l'Administration Trump fait disparaître des données sur les sites gouvernementaux



Atlas archéologique de la Grèce


La Grèce antique a laissé de nombreux sites archéologiques. Les trouver impliquait autrefois de consulter des guides touristiques et des sites web souvent disparates ou obsolètes. Cet Atlas archéologique de la Grèce recense tous les sites archéologiques et musées importants : 424 sites avec leurs coordonnées géographiques, leurs descriptions et leurs catégories. Que vous planifiez un voyage en Crète, fassiez des recherches sur les forteresses mycéniennes ou souhaitiez simplement découvrir les environs d’Athènes, vous trouverez toutes les informations nécessaires.

Atlas archéologique de la Grèce (source : archaeological-greece.vercel.app)

La carte présente un design épuré, évoquant la forme d'un parchemin. Elle recense 424 sites répartis selon quatre catégories distinctes, chacune représentée par un marqueur de couleur :

  • Musées archéologiques (en rouge)
  • Sites archaïques, classiques et hellénistiques (en bleu)
  • Sites mycéniens (en brun)
  • Sites minoens (en orange)

Ce projet réorganise les données de L'AnticoPédie de René Kauffmann qui avait déjà réalisé un gros travail de recensement. Les données sont ainsi beaucoup plus accessibles. En exportant les données KML à partir de la carte de Kauffmann (en français), en traduisant les entrées en anglais et en créant une interface personnalisée, le développeur John Kappa a transformé un ensemble de données essentiellement statique en un outil de recherche plus performant.

L'une des fonctionnalités les plus utiles est la possibilité de filtrer selon quatre catégories. Si vous prévoyez un voyage en Crète, vous pouvez masquer tous les sites sauf les sites minoens pour visualiser d'un coup d'œil l'empreinte de cette civilisation. À l'inverse, si vous effectuez des recherches sur les forteresses mycéniennes, la carte vous permet d'isoler ces ruines spécifiques sur le continent. En  cliquant sur un marqueur, on ouvre une barre latérale où s'affiche le nom du site, ses coordonnées géographiques et sa description.

Si vous souhaitez explorer plus en détail les merveilles archéologiques de la Grèce, il est possible de consulter Virtual Tours, un projet de l'Université technique nationale d'Athènes (NKUA). Cette université a créé des visites immersives de certains des sites historiques les plus importants tels qu'Athènes, Olympie, Mycènes et Marathon. Chaque visite inclut une carte personnalisée du site archéologique mettant en évidence les principaux édifices et monuments. La carte d'Athènes, par exemple, présente le Parthénon, l'Acropole, l'Agora antique et le temple de Zeus Olympien. 

Pour compléter

Cartes et données sur la Grèce ancienne
Ces données et fonds de carte de l'American School of Classical Studies à Athènes sont disponibles sous licence Creative Commons.
http://www.ascsa.edu.gr/excavations/ancient-corinth/digital-corinth/maps-gis-data-and-archaeological-data-for-corinth-and-greece

Cartographie de l'ancienne Athènes
Cette plateforme SIG montre l'extension des vestiges archéologiques dans le tissu urbain contemporain et permet de parcourir les fouilles dans et autour de la ville d'Athènes sur un temps long.
http://map.mappingancientathens.org/

Données du Centre de cartographie du monde antique (AWMC)
L'un des objectifs du Centre de cartographie du monde antique (AWMC) est de fournir des données géospatiales gratuites très précises sur le monde antique. Les données culturelles contiennent des informations sur les aqueducs, les routes, les noms de régions. Les données physiques contiennent des informations sur les côtes, les eaux intérieures, les cours d'eau et autres caractéristiques physiques.
https://github.com/AWMC/geodata

Articles connexes


ArchéOdyssée, une carte interactive de plus de 800 musées et sites archéologiques en France

Des images Lidar pour rendre visible l'invisible. L'exemple de l'archéologie

L'histoire par les cartes : la carte archéologique de Paris



Forest Navigator, un outil pour explorer les données forestières à l'échelle européenne


L'outil cartographique Forest Navigator permet d'explorer des données sur les forêts de l'Union européenne. Ces données en haute résolution abordent des thèmes tels que la santé des forêts, l'atténuation du changement climatique ou l'adaptation à celui-ci. Les cartes et les données sont mises à disposition en haute résolution.

Interface de la plateforme de données forestières à l'échelle de l'UE (source : Forest Navigator)


Le portail Forest Navigator est un outil d'aide à la décision en ligne développé dans le cadre du projet européen Horizon Europe ForestNavigator (2022-2026). Il rassemble des connaissances, des outils et des analyses pour une gestion durable des forêts et l'élaboration de politiques en matière de gestion durable des forêts au sein de l'UE. 

Les forêts de l'UE jouent un rôle essentiel dans la réalisation de l'objectif de neutralité climatique de l'Union : elles couvrent 44 % du territoire et absorbent près de 10 % de ses émissions de gaz à effet de serre chaque année. Cette contribution devrait augmenter à l'avenir. Toutefois, en raison de la demande croissante de bois, de la multiplication des perturbations naturelles et de la maturité des forêts, le taux d'absorption de carbone par les forêts européennes a diminué au cours de la dernière décennie. Le projet ForestNavigator évalue le potentiel d'atténuation du changement climatique des forêts et des secteurs forestiers en modélisant des trajectoires politiques robustes, alignées sur les objectifs climatiques à moyen (2030) et long terme (2050), et en apportant un soutien aux décideurs européens et nationaux.

Aperçu et méthodologie

Le couvert forestier désigne les terres dont le couvert arboré est supérieur à 10 %, avec des arbres atteignant au moins 5 m de haut et ayant une superficie supérieure à 0,5 ha. La résolution spatiale est de 100 m et les données datent de 2020 (source : ESA WorldCover 10 m 2020 v1.0). Les données ESA WorldCover à 10 mètres ont été utilisées pour identifier les zones où le couvert arboré dépasse 10 %. Conformément à la définition de la FAO pour les forêts, les informations sur le couvert arboré ont été combinées aux estimations de la hauteur de la canopée. Les données mondiales de hauteur de canopée proviennent des observations LiDAR GEDI et des archives satellitaires Landsat. Afin d'harmoniser la résolution, les données ESA WorldCover à 10 mètres ont d'abord été suréchantillonnées à 30 points de grille. Un rééchantillonnage basé sur le mode a permis de préserver la classe d'occupation du sol dominante lors des processus d'agrégation spatiale. La couche de couvert arboré suréchantillonnée a été croisée avec les données de hauteur de canopée à l'aide d'un seuil de 5 mètres. Les pixels dont la hauteur d'arbre est inférieure à 5 mètres ont été exclus afin de maintenir la cohérence avec la définition de la FAO pour les forêts. Les petites parcelles forestières isolées de moins de 0,5 hectare ont été supprimées (en fonction de la connectivité). Le masque forestier résultant a été agrégé à une résolution de 100 mètres à l'aide de méthodes de rééchantillonnage basées sur le mode. Enfin, l'ensemble de données a été reprojeté en coordonnées géographiques à l'aide du système de référence spatiale WGS84. Le résultat représente une couche binaire de couvert forestier indiquant la présence ou l'absence de forêt en 2020.

Un double visualisateur pour faire des comparaisons

Un double visualisateur permet de conduire des comparaisons, à différentes échelles et selon différents indicateurs. On peut par exemple comparer la perturbation forestière et les types d'agent perturbateur. Si les données ne s'affichent pas immédiatement, patientez un peu.

Comparaison entre perturbation forestière et types d'agent perturbateur à l'échelle de la forêt des Landes
(source : Forest Navigator)

Accès aux données

Les cartes sont téléchargeables en haute résolution au format tif. Les données sont mises à disposition au format csv pour l'ensemble des pays européens (niveau Nuts 2 pour les pays de l'UE).

L'explorateur de données permet de visualiser des ensembles de données harmonisés et spatialisés, notamment l'état des forêts, leurs changements et les perturbations qu'elles subissent. D'autres données, telles que des données sur la biodiversité, seront mises à disposition par la suite.

Affichage de la couverture forestière et de sa répartition au niveau Nuts 2 dans QGIS

Liste des indicateurs disponibles (au 11/02/26) :

  • Biomasse aérienne forestière
  • Type de forêt
  • Couverture forestière
  • Changement de la couverture forestière entre 2000 et 2020
  • Volume estimé de bois en mètres cubes par hectare (m3/ha)
  • Fragmentation des forêts sur la base d'un indice synthétique de fragmentation forestière 
  • Forêts naturelles
  • Agent perturbateur
  • Perturbation forestière
  • Fraction de perturbation à partir des observations de perturbations, agrégée pour la période 1985-2023
  • Hauteur de la canopée forestière en mètres
  • Fraction de couverture forestière d'une résolution spatiale de 30 m (entrée originale) à une résolution spatiale de 100 m
  • Changement dans la fragmentation des forêts

Références

Zanaga, D., Van De Kerchove, R., De Keersmaecker, W., Souverijns, N., Brockmann, C., Quast, R., Wevers, J., Grosu, A., Paccini, A., Vergnaud, S., Cartus, O. (2021). ESA WorldCover 10 m 2020 v100 [Ensemble de données ESA WorldCover 10 m 2020 v100]. Zénodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.5571936

Potapov, P., Hansen, MC, Pickens, A., Hernandez-Serna, A., Tyukavina, A., Turubanova, S., Zalles, V., Li, X., Khan, A., Stolle, F., Harris, N. (2022). The Global 2000-2020 Land Cover and Land Use Change Dataset Derived From the Landsat Archive: First Results [Jeu de données mondial sur les changements de couverture et d'utilisation des terres de 2000 à 2020 dérivé des archives Landsat]. Frontiers in Remote Sensing, 3, 856903. https://www.frontiersin.org/journals/remote-sensing/articles/10.3389/frsen.2022.856903/full

Alexandra Runge, Martin Herold, Fulvio Di Fulvio, Simon Besnard, Claudine Egger, Karl-Heinz Erb, Andrey Lessa-Derci-Augustynczik, Sarah Matej, Florian Weidinger. (2024). Géodatabase forestière multicouche au service du suivi et de la modélisation du carbone et de la biodiversité (Livrable D2.1). ForestNavigator, Convention de subvention Horizon Europe n° 101056875. Union européenne. https://www.forestnavigator.eu/wp-content/uploads/FN_D2.1_Multilayered-forest-geodatabase_v2.pdf

Yao, Y., Sieber, P., Hauser, M. et al. (2025). Conversion from coniferous to broadleaved trees can make European forests more climate-effective [La conversion des conifères en feuillus peut rendre les forêts européennes plus efficaces face au changement climatique]. Nature Communication 16 , 9536 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-64580-y

Articles connexes

Cartes et données sur les forêts en France et dans le monde

La carte de la hauteur de la canopée dans le monde (NASA Earth Observatory)

Cartes et données sur la canicule et les incendies de forêt en France et en Europe

Global Forest Watch, une plateforme en ligne pour la surveillance des forêts à l'échelle mondiale

Mégafeux. Le changement climatique augmente les risques d’incendies de forêt extrêmes à l’échelle mondiale

Le rôle des arbres urbains dans la réduction de la température de surface des villes européennes

Quelles sont les surfaces qui pourraient être reboisées dans le monde ? (Reforestation Hub)