Typologie des forêts à l'échelle mondiale à une résolution de 10 mètres


Source : M. Neumann, A. Raichuk et al. « Global forest typology at 10-meter resolution for forest and land-use monitoring » [Typologie forestière mondiale à une résolution de 10 mètres pour la surveillance des forêts et de l'utilisation des terres], EarthArXivhttps://doi.org/10.31223/X58R27

Pour comptabiliser le carbone, évaluer la biodiversité, planifier  la conservation et la réglementation des chaînes d'approvisionnement, il est essentiel de pouvoir distinguer les différents types de forêts des cultures arboricoles agricoles et autres utilisations de terres. Or, aucune base de données mondiale existante n'offre cette typologie avec une haute résolution spatiale. Les chercheurs présentent ici la version 1 de la typologie forestière (ForTy), une carte mondiale d'une résolution de 10 mètres qui classe les terres en six catégories, conformément aux définitions de la FAO et du règlement européen sur la déforestation (EUDR) : forêt primaire, forêt à régénération naturelle, forêt plantée, forêt de plantation, cultures arboricoles et agroforesterie, autres terres. Ce travail vise à soutenir les efforts de durabilité et de conservation en fournissant des informations spatiales cruciales sur le type de forêts, les objectifs de conservation 30×30, le TFFF et une comptabilité crédible du carbone. Le jeu de données a été élaboré en collaboration avec Google DeepMind/Google Research, le World Resources Institute et International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA). Il a été construit à l'aide d'un pipeline d’apprentissage profond à partir de données des satellites, entraîné sur 1,7 million d’échantillons répartis mondialement.

Typologie forestière (ForTy v1, 2020) en projection Equal Earth montrant la classe majoritaire
sur chaque cellule d'1 km² (source : Neumann et al., 2026)

La carte peut être explorée librement sur Google Earth Engine avec les scores de probabilité pour chaque type de forêts.

Les données au format raster GeoTIFF sont disponibles sur Figshare. Le jeu de données Forest Typology (ForTy) v1 fournit des cartes probabilistes multiclasses à résolution spatiale mondiale de 10 mètres pour l'année de référence 2020. Ce dépôt contient les principales couches de probabilité multibandes distribuées sous forme de GeoTIFF optimisés pour le cloud (COG), segmentées en archives géographiques localisées sur la grille mondiale Universal Transverse Mercator (UTM).

Les groupes sont classés comme suit :

  • Bande 1 (PrimaryForest) : pseudo-probabilité quantifiée (0-250) pour la forêt primaire.
  • Bande 2 (Forêt à régénération naturelle) : Pseudo-probabilité quantifiée (0-250) pour la forêt à régénération naturelle.
  • Bande 3 (PlantedForest) : pseudo-probabilité quantifiée (0-250) pour la forêt plantée.
  • Bande 4 (PlantationForest) : pseudo-probabilité quantifiée (0-250) pour la forêt de plantation.
  • Bande 5 (Cultures arboricoles et agroforesterie) : pseudo-probabilité quantifiée (0-250) pour les cultures arboricoles et les systèmes agroforestiers mixtes.
  • Dérivation programmatique de la classe 6 (autres terrains)

La probabilité de la 6e classe thématique (autres terres) n'est pas stockée explicitement sous forme de bande. Elle doit être calculée par programme comme le complément des cinq premières bandes à l'aide de la formule suivante (en texte brut) :

Autres terres = 250 - (Bande 1 + Bande 2 + Bande 3 + Bande 4 + Bande 5)

Une carte catégorielle stricte peut être obtenue en appliquant une opération argmax standard sur les six classes. Pour obtenir les pseudo-probabilités dans la plage de 0 à 1, divisez les valeurs de la bande par 250.

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Data Feminism et visualisation de données


Source : « Féminisme des données pour la visualisation de données » (Data Feminism for Data Visualization) par Lauren Klein et Catherine D'Ignazio.


Lauren Klein et Catherine D'Ignazio lancent un nouveau cours qui développe leur ouvrage « Data Feminism » paru en 2020 aux presses du MIT (consultable sur le site). Ce cours invite à réfléchir à la manière dont l'examen des questions de genre, de pouvoir et de justice peut transformer notre façon de visualiser les données. En puisant dans la riche histoire de l'activisme féministe et de la pensée critique, les auteurs nous apprennent à identifier et à contrer les biais inhérents aux pratiques de visualisation conventionnelles, tout en développant les compétences nécessaires à la création de visualisations plus éthiques, inclusives et socialement responsables. Le cours met en dialogue des exemples concrets de visualisation de données avec des cadres théoriques qui interrogent les perspectives incluses (ou non) en science des données et en communication des données, illustrant ainsi la nécessité d'approches qui utilisent la visualisation pour amplifier les perspectives minoritaires et attirer l'attention sur les enjeux d'équité et de justice.  



Catherine D'Ignazio est par ailleurs l'autrice de « Counting Feminicide » ("Comptage des féminicides : le féminisme des données en action") disponible en téléchargement sur le site du MIT. L'ouvrage met en lumière le travail de militant·e·s des données à travers les Amériques qui documentent ces meurtres et remettent en question la logique dominante de la science des données en plaçant la prise en charge, la mémoire et la justice au cœur de leurs recherches. S'appuyant sur « Data Against Feminicide », un vaste projet de recherche collaboratif, Catherine D'Ignazio décrit le travail créatif, intellectuel et émotionnel de ces militant·e·s des données sur les féminicides, à l'avant-garde d'une éthique des données qui prend en compte avec rigueur et constance les rapports de pouvoir et les personnes. 



Lauren Klein a publié « Data by Design » ("Données dès la conception. Visualisation et pouvoir : de l’abolition à l’aube de la science des données"). L'ouvrage explore les continents et les siècles pour révéler la puissance de la visualisation et montrer comment elle peut être utilisée à des fins de transformation. Une série de nouvelles images, créées par Lauren Klein et son équipe de recherche – également visibles sur un site web interactif – élargit notre compréhension de ce que la visualisation, utilisée avec intention et rigueur, peut accomplir.


Le site « Data by Design » vise un large public. Il s'adresse notamment aux concepteurs et chercheurs en visualisation, aux journalistes et scientifiques des données, ainsi qu'aux militants, organisateurs et autres personnes qui utilisent les données et la visualisation dans le cadre de leur travail. Il concerne également les étudiants et les chercheurs de divers domaines universitaires, tels que les humanités numériques, les études littéraires et culturelles, les études féministes et de genre, les études critiques de la race, les études autochtones, les études médiatiques, les sciences et études de l'information, les études sociales des sciences et des technologies (STS) et l'interaction homme-machine (IHM). 

Plan du site Data by Design (code sur Github) :

Commencer par un mélange
Deux histoires de visualisation de données
Présentation du projet
Note aux lecteurs 
Intuition et abstraction
L'autorité graphique et le tour de passe-passe divin
Visualiser la résistance
Les flux alternatifs de visualisation des données
La valeur de la visualisation
La politique des graphiques de William Playfair
L'argument de Playfair dans le présent
Ce que la visualisation ne révèle pas 
3. La puissance dans le cadre. Cartes thématiques de Shanawdithite
La visualisation comme extraction de connaissances
La cartographie autochtone dans le cadre colonial
Cartes et production du pouvoir colonial
La carte en écorce de bouleau et l'arbre de guet
La valeur des perspectives multiples
Les enjeux épistémologiques de l'interaction
Les archives genrées de la visualisation des données
Le travail de visualisation à venir 
L'argument de la visualisation, réinventé
Graphiques, photographies et faits
Du Bois, la vérité et la visualisation aujourd'hui
Le travail que la visualisation peut faire 
6. De l'idée à la perspicacité. La conception de données
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Technologie d'empilement
Comptabilité et responsabilité
Le lecteur en tant que participant

Références bibliographiques

L. Klein,  C. D'Ignazio (2020). Data feminism, The MIT Press, https://data-feminism.mitpress.mit.edu/.

L. Klein,  C. D'Ignazio (2020). Data by Design. Visualization and Power from Abolition to the Dawn of Data Science, The MIT Presse, https://mitpress.mit.edu/9780262056182/data-by-design/.

L. Klein,  Catherine D'Ignazio (2026). Data Feminism for Data Visualization, Open Visualization Academy by Alberto Cairo, https://openvisualizationacademy.org/courses/data-feminism-for-data-visualization/applying-the-principles/.

L. Klein, T. Sharma, J. Varner, S. Li, M. Adams, N. Yang, D. Jutan, J. Fu, A. Mola, Z. Fang, Y. Li et S. Munro. L. (2024). Data by Design. Public beta, https://dataxdesign.io/.

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Infoclimat et DataClimat, deux sites utiles pour accéder à des données météorologiques et climatiques


Infoclimat est une association fondée par des passionnés de météorologie. En plus d’accumuler une montagne de données, elle a pour objectif la mise en commun des informations, l’installation de stations météo supplémentaires, la vulgarisation scientifique et les échanges entre les différents acteurs de la météo. En mai 2026, elle a lancé, en partenariat avec Data for good, DataClimat, un portail citoyen destiné à « rendre le changement climatique visible, compréhensible et vérifiable par tous ».

1) Infoclimat.fr : un site très pédagogique

Fondée en 2002 par des passionnés de météorologie, Infoclimat est aujourd'hui l'un des plus grands réseaux météorologiques amateurs de France. L'association fédère plusieurs milliers de stations météo bénévoles réparties sur l'ensemble du territoire, des plaines aux sommets alpins, en passant par les territoires ultramarins. Grâce à cet engagement bénévole, Infoclimat collecte, contrôle et diffuse en open data des observations météorologiques continues, constituant une base de données d'une richesse exceptionnelle.nAu-delà du réseau de mesure, l'association porte des valeurs fortes : partage de la connaissance, accessibilité des données scientifiques et indépendance vis-à-vis des intérêts commerciaux. Rejoindre l'association, c'est contribuer à la pérennité de cette mission d'intérêt général.

Infoclimat fournit des données de prévisions météorologiques issues de MétéoFrance, mais aussi des données et bilans climatiques à l'échelle nationale et à l'échelle régionale. Une rubrique spéciale "Météo à l'Ecole" propose des mises au point scientifiques et pédagogiques avec des ressources par niveau de classe. On y trouve des fonctions simples comme l’envoi d’observations et de photos, des forums de discussions, des analyses des conditions météo et autres. Mais le site propose également des outils beaucoup plus techniques à l’attention des personnes en ayant besoin et sachant les exploiter. Le tout forme un parfait exemple, selon l’association, de science participative.

Données de température sur Infoclimat en mai 2026 (crédit : Infoclimat.fr)

Infoclimat collecte des données issues d’environ 1 100 stations installées par des passionnés sur tout le territoire, regroupées dans le réseau StatIC (STATions InfoClimat). Températures, précipitations et vent sont mesurés. Les données sont ensuite envoyées sur les serveurs de l’association toutes les 10, 15 ou 30 minutes selon le matériel. Infoclimat lutte pour l’ouverture des données météorologiques (ce que MétéoFrance commence seulement à faire).

Créée en 2014, Data For Good à pour but de « bâtir un contre-pouvoir tech citoyen ». L'association qui mobilise plus de 8000 bénévoles avec des compétences liées à l'analyse de données — data scientists, ingénieurs, designers, développeurs — pour les mettre au service de projets d'intérêt général portés par des associations, ONG ou organismes publics. Les projets Data For Good réunissent des dizaines de bénévoles autour de causes variées - santé, environnement, éducation, solidarité ... - dans le but de créer et livrer un outil, un plaidoyer ou un site web à l'association afin qu'elle puisse l'utiliser et le faire évoluer si besoin. Data For Good croit que la technologie et les données peuvent être des leviers puissants pour le bien commun, tout en luttant contre une vision hégémonique de la Tech : DataClimat est l'un des projets nés de cette conviction.

2) Dataclimat.fr : le nouvel outil de datavisualisation d'Infoclimat

En mai 2026, l’association Infoclimat, en partenariat avec Data for good, a lancé DataClimat, un portail inédit qui risque de faire bouger les lignes de l’accessibilité aux données climatiques en France. DataClimat propose trois rubriques (indicateur thermique national, écart aux normales, records), exportables en différents formats (png, csv et html), afin d'être repris par les médias et sur les réseaux sociaux. L’objectif est clair : rendre le changement climatique visible, compréhensible et vérifiable par tous. En mettant à disposition des données fiables et faciles à explorer, le but est de donner aux citoyens, aux décideurs et aux journalistes des outils concrets et gratuits pour répondre aux discours climatosceptiques qui circulent sur internet et jusque dans le débat politique. 

Les records de température correspondent aux valeurs extrêmes — maximales ou minimales — mesurées depuis la création d'une station disposant d'au moins 50 ans de données.

Tableau de bord national avec températures et anomalies (source : DataClimat.fr)

L'écart de température à la normale est défini comme la différence de la température moyenne sur une période donnée et la température moyenne de référence calculée sur la période 1991–2020 pour une durée équivalente. En 2025, en France, un jour sur deux, la température a été supérieure aux normales de saison.

Ecart à la normale en France métropolitaine depuis 1980 (crédits : Infoclimat, DataforGood)



L'Indicateur Thermique National (ITN) est la température moyenne mesurée à l'échelle du pays (moyenne des températures minimales et maximales sur 30 stations météorologiques réparties de manière équilibrée en France). L’ITN est disponible en libre accès sur le site Infoclimat.

Indicateur Thermique National (ITN) pour l'année 2025 (source : Infoclimat)


Ces indicateurs montrent que les évolutions climatiques ne relèvent plus uniquement de projections futures, mais de phénomènes déjà observables sur notre territoire. 

Présentation du site DataClimat par Serge Zaka (Youtube)

Les données sont issues de mesures open source de Météo-France. 

Informations sur les normales climatiques par Météo-France :
https://donneespubliques.meteofrance.fr/client/document/normales-methode_299.pdf https://meteofrance.com/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Normale_climatique

Jeu de données sur les stations météorologiques de Météo-France :
https://www.data.gouv.fr/datasets/fiches-dinformations-sur-les-stations

66 vagues de chaleur observées en France entre 1900 et 2026 (source : @sergezaka.bsky.social)



Les écarts à la normale entre juin 2025 et juin 2026 (source : @sergezaka.bsky.social)

Pour compléter

« Dôme de chaleur, épisode de chaleur : huit départements placés en vigilance orange canicule par Météo-France à partir du 26 mai 2026 » (Libération). Au total, 28 départements sont concernés par la vigilance, orange comme jaune. 

Lorsque le phénomène "Canicule" a intégré la vigilance de Météo-France en 2004, elle avait été pensée pour une période de "veille saisonnière" du 1er juin au 31 août, depuis allongée au 15 septembre. Une alerte orange Canicule est déclenchée pour la première fois au mois de mai en France. Les climatologues ont montré que les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion des énergies fossiles. Ces vagues de chaleur sont appelées à se multiplier, s’allonger et s’intensifier.

« Vague de chaleur : c’est historique, la France n’a jamais connu un jour de mai aussi chaud » (Le Parisien). Jour de mai le plus chaud à l'échelle du pays, des centaines de records mensuels battus (parfois très largement)... Et l'épisode va continuer, des modèles envisagent des températures totalement dingues pour un mois de mai. La France n’est pas isolée en Europe de l’Ouest. Le dôme de chaleur qui la recouvre touche aussi certains pays voisins, comme l’Angleterre. Les écarts aux « normales » de saison vont devenir gigantesques, jusqu’à + 17 °C en Bretagne mercredi. À nouveau, une palanquée de records mensuels - parfois ceux atteints ce lundi - devrait « tomber », surtout sur la moitié ouest du pays.

« Un record de plus de 70 ans déjà battu : pourquoi Rennes connaît une vague de chaleur inédite » (Ouest-France). Le 23 mai 2026, la ville bat le record de mai de 1953 avec 31,1°C. La Bretagne glisse vers un climat plus chaud, en plein printemps. Ce week-end ou dans les jours à venir, les températures pourraient dépasser les 31-32 degrés à Rennes (Ille-et-Vilaine). Une première pour un mois de mai. 

Vincent Dubreuil, géographe climatologue à l’Université Rennes 2, décrypte les enjeux d'une vague de chaleur précoce à Rennes. Il rappelle que Rennes pourrait dépasser 31-32°C fin mai, une situation jamais observée à cette période. La chaleur arrive plus tôt dans l’année, dure davantage et s’intensifie. Le changement climatique modifie déjà le calendrier des extrêmes, jusqu’en Bretagne. Rennes a gagné un peu moins de 2°C depuis deux siècles. Pour Vincent Dubreuil, son climat actuel ressemble à celui de Bordeaux il y a 50 ans. Certaines années, comme 2022, avec plus de 40°C, la ville connaît déjà des traits du climat toulousain dans l’Ouest français. Les projections donnent une mesure concrète du basculement. À la fin du siècle, Rennes pourrait approcher la température moyenne du centre du Portugal. La moyenne annuelle passerait de 11 à 15°C, et les 45°C pourraient être dépassés vers le milieu du siècle, loin du Midi. La chaleur est plus dure à vivre en ville. Les bâtiments et les matériaux stockent l’énergie le jour, puis la restituent la nuit. Cet îlot de chaleur urbain transforme Rennes en île chaude, quand la campagne voisine reste un peu plus fraîche et respirable, surtout la nuit. Les nuits tropicales, au-dessus de 20°C, empêchent le corps de récupérer. Rennes en connaît 4 à 6 par an, avec un record de 12 en 2023, alors qu’elles n’existaient pas il y a 50 ans. La chaleur devient un risque sanitaire nocturne, pas seulement diurne.

« Cet épisode de chaleur est un événement sans précédent », prévient le climatologue Christophe Cassou (Le Monde).

Audrey Garric s'entretient avec Christophe Cassou, climatologue (CNRS, ENS). Il éclaire une chaleur précoce dans l'ouest de la France et montre comment le réchauffement transforme déjà les lieux, les saisons, les seuils et les risques. Le 25 mai 2026, la France connaît une chaleur très inhabituelle pour la saison. Les températures atteignent 32°C à 35°C sur la majorité du pays, avec 36°C dans l'Ouest. Météo-France place 8 départements en vigilance orange, un seuil jamais activé si tôt. Christophe Cassou insiste sur une anomalie intense, précoce, longue et très étendue. Pendant près de dix jours, l'Europe de l'Ouest bascule dans une chaleur de début d'été extrême. Le Royaume-Uni et l'Irlande sont touchés, preuve que l'événement déborde largement le Sud. Les températures dépassent les normales de 10°C à 15°C et effacent d'anciens records de 2°C ou 3°C. Cassou parle d'un événement millénaire, avec environ une chance sur 1.000 d'apparaître dans le climat 1979-2025, et quasi impossible avant l'ère industrielle. Le phénomène naît d'une configuration météorologique redoutablement efficace. Une goutte froide fait remonter l'air chaud du Maghreb et d'Espagne, puis un anticyclone le bloque sur l'Europe de l'Ouest. Des sols humides évitent encore 1°C à 2°C de chaleur en plus. L'épisode surprend aussi par sa géographie. La chaleur n'est pas centrée sur la Méditerranée, mais sur l'Ouest. Cassou parle d'ovni climatique, car l'événement déborde les repères habituels. Une nuit tropicale à Rennes, en mai, rend ce basculement très concret. Les effets ne touchent pas seulement les corps. Ils traversent les milieux et les activités. Les personnes vulnérables sont exposées, les grains agricoles peuvent moins bien se remplir, et les côtes de l'Ouest voient moules et huîtres menacées par chaleur et virus. Christophe Cassou rappelle que réduire les émissions reste décisif pour limiter ces extrêmes. Il juge l'adaptation trop lente et trop réactive. Il faut cartographier les vulnérabilités alors que la France pourrait recevoir 20% de pluie en moins. 

« Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique » (RFI).

"On prend conscience que lutter contre le changement climatique n’est pas seulement un problème physique, ni un problème technique. C’est un problème politique, au sens de « faire société », de définir notre relation au vivant, notre relation au commun. Viser un monde durable et résilient implique des changements fondamentaux dans le fonctionnement de la société, dans les modes de vie, dans les valeurs, dans les visions du monde, dans les systèmes politiques et économiques, dans les relations de pouvoir. C’est donc aussi un enjeu démocratique. Lutter contre le changement climatique questionne les inégalités, l’accès aux ressources, la justice, l’équité, la solidarité. Peut-être que nous, climatologues, n’avons pas assez porté ce message : lutter contre le changement climatique, ce n’est pas seulement des degrés de réchauffement, de millimètres de pluie en plus ou de sécheresses. C’est toucher au fonctionnement même de la société. Aujourd’hui, il y a une dissonance entre les valeurs nécessaires pour lutter contre le changement climatique et les valeurs défendues au niveau politique".

« Comment le changement climatique favorise ces vagues de chaleur » (Climate Shift Index Map).

L’indice de dérèglement climatique (IDC) révèle dans quelle mesure le changement climatique influence la température d’une journée donnée. Cet indice varie de -5 à +5, les valeurs positives indiquant des températures de plus en plus probables en raison du changement climatique. Concernant la vague de chaleur sur l'Europe observée fin mai 2026, l'indice est à son maxi (+5) pour une bonne partie de la France, de l'Espagne, du Royaume-Uni, de la Suisse et de l'Autriche.

« Climat : fait-il chaud ou froid pour la saison ? Comparez la météo du jour à l'historique des températures des dernières décennies". Un tableau de bord mis à jour quotidiennement » (France-Info).

Articles connexes


Le changement climatique par les données (La graphothèque - Bon Pote)


Utiliser les données DRIAS sur les futurs du climat



Rapports annuels sur l'Indice mondial du terrorisme (Institut pour l'économie et la paix)


L'Institut pour l'économie et la paix publie chaque année un rapport sur l'Indice mondial du terrorisme. Ces rapports offrent un aperçu complet des principales tendances et caractéristiques du terrorisme à l'échelle mondiale au cours des deux dernières décennies. Ce billet aborde le mode de calcul de cet indice ainsi que ses principaux enseignements. L'Institut pour l'économie et la paix (IEP) publie également d'autres rapports annuels sur l’Indice mondial de la paix ou sur  les menaces écologiques.

1) Mode de calcul de l'Indice mondial du terrorisme (GTI)

Le calcul du score GTI prend en compte non seulement les décès, mais aussi les incidents, les prises d'otages et les blessés liés au terrorisme, pondérés sur une période de cinq ans. Ce rapport est établi à partir des données relatives aux attentats terroristes recensés depuis le 1er janvier 2007. La base de données actuelle comprend plus de 66 000 incidents terroristes pour la période allant de 2007 à nos jours. L'indice GTI classe 163 pays selon quatre indicateurs pondérés sur cinq ans. Le score annuel GTI d'un pays repose sur un système de notation unique qui tient compte de l'impact relatif des incidents survenus au cours de l'année. Les quatre facteurs pris en compte pour le score annuel de chaque pays sont :

  • le nombre total d'incidents terroristes au cours d'une année donnée
  • le nombre total de décès causés par des actes terroristes au cours d'une année donnée
  • le nombre total de blessés causés par des actes terroristes au cours d'une année donnée
  • le nombre total de prises d'otages causées par des actes terroristes au cours d'une année donnée

Chacun des facteurs est pondéré entre zéro et trois, et une moyenne pondérée sur cinq ans est appliquée afin de refléter l'effet psychologique latent des actes terroristes au fil du temps.

2) Le rapport 2026 sur l'Indice mondial du terrorisme

L'édition 2026 enregistre une baisse significative du terrorisme dans le monde. Le nombre de décès dus au terrorisme a diminué de 28 % pour s'établir à 5 582, tandis que le nombre d'attentats a baissé de près de 22 % pour atteindre 2 944. L'amélioration a été généralisée, 81 pays enregistrant des progrès. Seuls 19 pays ont connu une détérioration, soit le plus faible nombre de détériorations jamais enregistré dans l'histoire de l'Indice. Cependant, on constate une augmentation significative du terrorisme dans les pays occidentaux, qui représentent 7 des 19 détériorations.

Indice mondial du terrorisme 2026 (source : Institute for Economics and Peace)

Le terrorisme demeure très concentré. Près de 70 % des décès liés au terrorisme ont eu lieu dans seulement cinq pays : le Pakistan, le Burkina Faso, le Nigéria, le Niger et la République démocratique du Congo (RDC). Six des dix pays les plus touchés par le terrorisme se situent en Afrique subsaharienne, désormais épicentre mondial du terrorisme. En Afrique subsaharienne, le nombre de morts a diminué dans dix pays, tandis qu'il a augmenté dans seulement quatre. Les décès dans la région du Sahel représentent plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Pour la première fois, le Pakistan obtient le score le plus élevé de l’Indice et est le pays le plus touché par le terrorisme. Cette situation fait suite à une forte recrudescence des activités terroristes, en partie due au retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021. En Amérique latine, la Colombie figure parmi les dix pays les plus touchés pour la première fois depuis 2013. Le nombre de morts du terrorisme en Colombie a augmenté de 70 % et les attaques de près de 47 %, principalement du fait de factions dissidentes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l'Armée de libération nationale (ELN). Ces deux groupes ont adopté la guerre par drones, s'inspirant directement des innovations observées sur le champ de bataille en Ukraine ; 77 attaques de drones ont été recensées entre 2024 et 2025.

Répartition des attaques terroristes les plus mortelles en 2025 (source : Institute for Economics and Peace)


Évolution du nombre de morts par groupes terroristes entre 2007 et 2025 (source : Institute for Economics and Peace)

En Occident, le nombre de décès dus au terrorisme a fortement augmenté, de 280 %, pour atteindre 57 morts. Cette hausse est principalement due à plusieurs attentats ayant fait de nombreuses victimes, notamment l'attentat au camion-bélier de La Nouvelle-Orléans aux États-Unis en janvier et la fusillade de Bondi Beach en Australie en décembre. La radicalisation des jeunes est devenue l'une des préoccupations sécuritaires les plus pressantes en Occident. Les jeunes et les mineurs représentaient 42 % de toutes les enquêtes liées au terrorisme en Europe et en Amérique du Nord en 2025, soit trois fois plus qu'en 2021. Le délai moyen de radicalisation s'est considérablement raccourci, la radicalisation pouvant désormais se produire en quelques semaines seulement, alimentée par la propagande en ligne de courte durée, l'amplification algorithmique et l'exploitation des vulnérabilités liées au développement des jeunes. Les motivations de la radicalisation des jeunes varient selon les régions. En Occident, l'aliénation et l'isolement social sont les principaux facteurs. Cependant, en Afrique subsaharienne, 71 % des recrues ont cité le point culminant de leur engagement dans un groupe extrémiste violent, tandis qu'un quart a évoqué l'absence totale d'opportunités d'emploi.

La proximité des frontières est une caractéristique déterminante du terrorisme moderne. Plus de 41 % des attentats terroristes ont eu lieu à moins de 50 km d'une frontière internationale, et 64 % à moins de 100 km. Le terrorisme dans les zones frontalières s'est intensifié ces 15 dernières années, la part des attaques perpétrées à plus de 100 km d'une frontière ayant diminué, passant de 38 % en 2011 à 23 % en 2025. Les zones frontalières constituent des zones de faiblesse en matière d'autorité, et l'incapacité des États à gérer efficacement la contre-insurrection transfrontalière a joué un rôle déterminant dans la propagation du terrorisme dans de nombreuses régions. Plusieurs des foyers terroristes les plus persistants au monde sont concentrés le long des frontières, notamment la frontière entre la Colombie et le Venezuela, la zone frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan, la zone trifrontalière du Sahel central et le bassin du lac Tchad. L'activité militante transfrontalière dans la zone frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan a été le principal facteur de l'escalade du conflit ouvert entre les deux pays en février 2026.

Attaques terroristes en fonction de la distance à une frontière internationale (source : Institute for Economics and Peace)


Attaques aux frontières en fonction des groupes terroristes (source : Institute for Economics and Peace)

Bien que le niveau global de terrorisme soit en baisse, la concentration croissante des attaques, les attaques terroristes dans les régions frontalières, la montée de la radicalisation des jeunes et la propagation des activités terroristes en Afrique subsaharienne soulignent la nature persistante et adaptable de la menace. Au moment de la rédaction de ce document, le contexte géopolitique s'est fortement détérioré et les perspectives terroristes pour 2026 sont préoccupantes. En Afrique subsaharienne, les améliorations constatées au cours de l'année écoulée masquent les gains territoriaux des djihadistes. En Asie du Sud, les tensions persistantes entre le Pakistan et l'Afghanistan ont dégénéré en conflit ouvert en février 2026, le Pakistan déclarant l'état de guerre et lançant des frappes aériennes sur Kaboul et Kandahar. En Syrie, l'État islamique a annoncé une nouvelle phase de ses opérations fin février 2026. L'opération militaire conjointe américano-israélienne contre l'Iran, lancée le 28 février 2026, accroît considérablement le risque de futurs attentats terroristes. Les frappes de missiles de représailles menées par l'Iran contre Israël et les alliés des États-Unis dans le Golfe, conjuguées à ses relations de longue date avec des réseaux par procuration tels que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis, signifient que les conséquences de cette escalade se feront sentir dans toute la région et au-delà. Le risque d'attentats terroristes inspirés par des groupes armés contre les intérêts américains, israéliens et alliés, tant au Moyen-Orient que dans les pays occidentaux, a considérablement augmenté.

Le réseau de proxis de l'Iran et l'Axe de résistance (source : Institute for Economics and Peace)

La guerre en Iran et la menace terroriste mondiale (rapport 2026 à télécharger)

La menace terroriste que représentent les acteurs liés à l'Iran pour les pays occidentaux est importante et multiforme, s'exerçant simultanément selon quatre axes : les agents directs du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les groupes criminels interposés, les réseaux dormants du Hezbollah et les individus isolés radicalisés. La fusillade d'Austin (Texas) le 1er mars 2026, l'attaque ciblée contre la salle de sport d'un dissident irano-canadien en Ontario et l'attentat à la voiture bélier contre une synagogue dans le Michigan illustrent la concrétisation de ces menaces. La disparition des hauts dirigeants théocratiques et militaires iraniens a créé un vide du pouvoir. Les forces du CGRI, notamment les forces de missiles agissant de manière autonome, réduisent les chances d'une résolution rapide. Les réseaux interposés, dont le Hezbollah, les milices chiites irakiennes et les Houthis, agissent également de façon semi-autonome. Leurs opérations sont moins prévisibles et plus difficiles à dissuader. L'Iran a le potentiel de déstabiliser la région. Le pays partage des frontières avec l'Afghanistan et le Pakistan et compte des groupes séparatistes actifs le long de ces frontières. Le Hezbollah est susceptible de s'engager dans une guerre terrestre majeure contre Israël, ce qui mobilisera toute son attention. L'Iran a de facto fermé le détroit d'Ormuz, et des attaques limitées contre des pétroliers provoquent de fortes fluctuations du prix du pétrole. Les changements de régime survenus par le passé dans la région ont engendré des guerres civiles, accompagnées d'une forte augmentation du terrorisme, de flux massifs de réfugiés et de pertes humaines sur les champs de bataille. 

3) Les autres rapports publiés par Institut pour l'économie et la paix (IEP)

Créé en 2007, l’Institut pour l’économie et la paix (IEP) vise à influencer les discours mondiaux sur les questions de sécurité, de défense, de terrorisme et de développement. Son objectif est d'utiliser la recherche pour montrer que la paix est une mesure positive et réalisable en faveur du bien-être et du développement. Les recherches de l'IEP sont utilisées par des gouvernements, des institutions universitaires, des groupes de réflexion, des organisations non gouvernementales et des institutions intergouvernementales telles que l'OCDE, le Secrétariat du Commonwealth, la Banque mondiale et les Nations Unies.

Ses rapports, notamment sur l’Indice mondial de la paix, l’Indice mondial du terrorisme ou sur les menaces écologiques, sont essentiels pour les parties prenantes du monde entier. Au cœur de cette approche se trouve l'idée que la paix va au-delà de la simple absence de conflit. Le cadre des Piliers de la paix identifie huit facteurs essentiels pour établir une paix durable, sur la base d’une analyse approfondie des données.

« Mesurer la paix. Nous croyons que la recherche fondée sur des données et des faits est la première étape vers un avenir plus pacifique ». Chaque année, l'Institut pour l'économie et la paix publie l'Indice mondial de la paix (GPI), principal indicateur mondial de la paix qui classe 163 pays selon leur niveau de paix. Le GPI présente une analyse complète et fondée sur des données concernant les tendances en matière de paix, sa valeur économique et les moyens de bâtir des sociétés pacifiques. Une série d'indices nationaux de paix ont également été élaborés afin d'étudier la situation de la paix au niveau infranational. Il s'agit notamment de l'indice de paix du Mexique, de l'indice de paix des États-Unis,  de l' indice de paix du Royaume-Uni  et de l' indice de paix de l'Allemagne.

Articles connexes

Cartes et données sur le terrorisme dans le monde (de 1970 à nos jours)



Étudier les zones transfrontalières en Europe (Atlas CROSSGOV)


L'Atlas CROSSGOV (« Vivre, travailler et voyager par-delà les frontières en Europe ») constitue un recueil de 21 indicateurs territoriaux destiné aux utilisateurs souhaitant explorer les résultats du projet. Plutôt que de proposer des interprétations prédéfinies ou des analyses statiques, l'atlas est conçu pour permettre aux utilisateurs d'explorer les données de manière autonome et d'adapter leurs observations à leurs propres besoins. Chaque entrée thématique repose sur une série de cartes avec des commentaires.

Les fiches thématiques CROSSGOV proposent des analyses thématiques approfondies à l'échelle paneuropéenne. Elles sont organisées selon cinq dimensions thématiques qui correspondent aux sept dimensions principales du projet CROSSGOV. Notamment, les trois dimensions liées à la gouvernance sont traitées de manière intégrée afin d'obtenir des résultats analytiques plus clairs. Ces fiches thématiques visent à guider les utilisateurs dans une démarche analytique structurée, combinant données territoriales et évaluations des potentiels et opportunités de développement.

Si on prend par exemple l'accessibilité et la mobilité, ce sont des enjeux clés pour la fonctionnalité transfrontalière, qui influencent directement le potentiel d'interaction entre les régions et leurs habitants, voire la nature même de cette interaction. Aujourd'hui encore, en Europe, les frontières constituent souvent des barrières physiques et fonctionnelles, allongeant les temps de trajet, interrompant (ou ralentissant) les réseaux de transport et réduisant la portée effective des services et des marchés du travail. Par conséquent, la compréhension de l'accessibilité et de la mobilité transfrontalières est essentielle pour évaluer le potentiel d'intégration en matière de marchés du travail, de disponibilité des services et des infrastructures, et d'interactions sociales.

Dans le cadre du projet ESPON CROSSGOV, le contexte d'accessibilité et de mobilité des régions transfrontalières a été analysé à l'aide de 6 indicateurs spécifiques : 

  • franchissement des frontières par les infrastructures de transport, 
  • accessibilité du temps de trajet transfrontalier, 
  • qualité des liaisons transfrontalières sélectionnées, 
  • zones de chalandise transfrontalières basées sur les flux de mobilité, 
  • les navetteurs sortants 
  • les services publics transfrontaliers dans le domaine des transports

Part de travailleurs effectuant des trajets domicile-travail transfrontaliers (source : Atlas CROSSGOV)

L'analyse des infrastructures de transport aux frontières offre une vue d'ensemble de la disponibilité des points de passage physiques, mettant en évidence les zones où ces infrastructures sont concentrées ou, au contraire, inégalement réparties. Cet indicateur est analysé conjointement avec la qualité comparative de liaisons transfrontalières sélectionnées, soulignant les schémas d'accessibilité et les temps de trajet liés aux transports routier et ferroviaire pour certaines villes. Enfin, l'accessibilité en termes de temps de trajet transfrontalier illustre la dimension spatiale de l'accessibilité sur l'ensemble de la zone frontalière. Ces indicateurs permettent d'identifier les points de congestion et les tronçons de frontière où l'accessibilité est structurellement limitée par les infrastructures, les services et la topographie.

Comparaison de la rapidité des connexions par le train versus l'automobile (source : Atlas CROSSGOV)

Une seconde perspective est offerte par les flux transfrontaliers réels, illustrés par la zone de chalandise transfrontalière basée sur les flux de mobilité. Cet indicateur montre comment le potentiel d'accessibilité théorique est exploité en pratique et comment les flux transfrontaliers s'étendent au-delà de la frontière. Conjugué à l'indicateur relatif aux déplacements domicile-travail, il permet de dresser un tableau clair des interconnexions, pour le travail et d'autres raisons, de part et d'autre des frontières. Enfin, l'existence de services publics transfrontaliers dans le secteur des transports est présentée afin de souligner un aspect essentiel du potentiel de mobilité non automobile dans les régions frontalières. Il convient de noter que plusieurs aspects liés à l'accessibilité et à la mobilité dans les zones transfrontalières sont analysés dans d'autres fiches thématiques, notamment celles consacrées aux interconnexions sociales et culturelles.

La plateforme CROSSGOV rassemble tous les produits numériques et interactifs développés dans le cadre du projet CROSSGOV (2024-26) qui porte sur les mécanismes de gouvernance pour les domaines fonctionnels transfrontaliers. Elle comprend tout d'abord l'Atlas pan-européen, qui visualise les indicateurs collectés accompagnés de brèves descriptions textuelles. Ensuite, la plateforme propose 5 fiches thématiques offrant des analyses thématiques approfondies et des interprétations détaillées. Enfin, 40 zooms régionaux complètent la plateforme, illustrant les domaines fonctionnels transfrontaliers identifiés dans l'espace ESPON .

Descriptif du projet CROSSGOV-ESPON

Rapport final publié en mars 2026

Pour compléter

Hippe, S., Chilla, T., Günther, E., Paul, H., Wein, T., Gaugitsch, R. et Järv, O. (2026). « Cross-border functional areas (CBFA) : a multi-indicator definition at the European level » [Zones fonctionnelles transfrontalières (ZFT) : une définition multi-indicateurs à l’échelle européenne]. European Planning Studies, 1–24. https://doi.org/10.1080/09654313.2026.2661064

L'intégration transfrontalière fonctionnelle en Europe s'est intensifiée ces dernières décennies, les processus de libéralisation ayant accru la perméabilité des frontières. Compte tenu de son importance politique, ses mécanismes sous-jacents ont fait l'objet de nombreuses études. Cependant, les approches existantes pour mesurer la fonctionnalité transfrontalière et identifier les zones fonctionnelles transfrontalières (ZFT) restent fragmentées et méthodologiquement diverses. Le manque de données paneuropéennes à une échelle fine a également limité les analyses quantitatives exhaustives. S'appuyant sur une analyse exploratoire de l'intégration transfrontalière fonctionnelle, cet article examine comment mesurer la fonctionnalité transfrontalière. Afin de combler les lacunes de la littérature, l'étude mesure la fonctionnalité transfrontalière à travers l'Europe à l'aide de données municipales et d'un ensemble d'indicateurs multisectoriels conçus pour saisir les interactions transfrontalières avec la plus grande précision possible. Elle présente également la première approche systématique de délimitation des ZFT dans les pays de l'UE et de l'AELE. En fournissant une base empirique solide, l'étude soutient les politiques frontalières et régionales ciblées grâce à une meilleure compréhension des schémas fonctionnels transfrontaliers.

Valeurs de fonctionnalité transfrontalière pour les municipalités frontalières dans les pays
de l'UE et de l'AELE (source : Hippe et al, 2026 © ESPON)

Articles connexes

Atlas cartographique de l'Arc jurassien

Utiliser l'Atlas statistique du canton de Genève et de la région transfrontalière

La place de la région Bruxelles-Capitale dans la structure urbaine belge


Source : La structure urbaine belge : quelle est la place de la Région de Bruxelles-Capitale ? Cahier de l'Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse, n°17, mai 2026.  

Au cours de ces deux derniers siècles, les villes ont connu une croissance sans précédent de leur population et dans l’espace. Ce phénomène est universel : cette croissance urbaine a démarré à des moments différents et s’effectue avec des rythmes différents selon les pays et les régions. En Belgique, ce double mouvement s’est amorcé dès l’industrialisation au XIXème siècle (croissance de la population) et s’est prolongé avec un étalement urbain prononcé au XXème siècle. Désormais, une ville se définit par une agglomération morphologique, un continu bâti, et par une périphérie fonctionnelle, c’est-à-dire une zone d’influence au sein de laquelle s’exerce l’attraction de la ville. La délimitation des principales villes dépasse largement les limites communales. Délimiter les villes dans l’espace permet de suivre l’évolution de ces dernières, notamment sur un plan statistique. Cela permet également d’identifier le territoire pertinent pour traiter des problématiques urbaines comme l’aménagement du territoire, la mobilité, le développement économique, les infrastructures… L’objectif de ce Cahier est de délimiter l’étendue des villes belges en général et de Bruxelles en particulier. En Belgique, la méthode de délimitation des régions urbaines permet de suivre l’évolution de cette délimitation dans le temps, car elle fait l’objet d’actualisations à la suite des recensements/Census décennaux. Cette méthode, appliquée sur le découpage communal en vigueur au 1er janvier 2025 avec les données du Census 2021, délimite 17 villes en Belgique, dont Bruxelles, au travers de trois composantes, à savoir :

  • le Pôle Urbain Majeur (PUM), correspondant à l’agglomération ;
  • la banlieue, qui est la périphérie fonctionnelle avec d’importantes interactions avec le PUM ;
  • la Zone Résidentielle des Migrants Alternants (ZRMA), qui est la périphérie fonctionnelle où les navettes domicile-travail se font en grande partie vers le PUM.


Le PUM et la banlieue forment la région urbaine. La région urbaine et la ZRMA forment le Complexe Résidentiel Urbain (CRU) des villes. Sur la base de l’actualisation, une analyse statistique de la population et de l’emploi intérieur permet de dégager la hiérarchie urbaine belge. Bruxelles (au sens de son CRU) reste la principale ville du pays, avec 2,9 millions d’habitants et 1,3 millions d’emplois. Anvers est la seconde ville du pays (1,2 millions d’habitants et 540 000 emplois dans le CRU). Liège et Gand suivent avec 700 000 à 800 000 habitants et 300 000 emplois dans leurs CRU. Enfin, Charleroi est la 5ème grande ville du pays (450 000 habitants et 150 000 emplois dans le CRU). Douze autres villes sont suffisamment polarisantes sur leurs alentours pour qu’au moins une commune puisse être considérée comme leur banlieue et forment, ensemble, une région urbaine. À l’occasion de cette actualisation, Genk perd le statut de région urbaine.

L’analyse des dynamiques démographiques et de l’emploi permet d’identifier des évolutions contrastées au sein des CRU (Complexes Résidentielles Urbains). Ces dernières années sont marquées par le dynamisme observé à Gand et à Louvain et par le déclin relatif observé à Charleroi, à Tournai ou à Verviers. Sur le plan démographique, les CRU de Flandre et de Bruxelles ont connu des croissances démographiques plus fortes au centre des villes (les PUM ou les banlieues, selon les cas) qu’en périphérie (les banlieues ou les ZRMA, selon les cas). Quant aux CRU de Wallonie, la croissance de la population a favorisé une dispersion de la population, au profit des ZRMA plutôt que des PUM. Ce schéma se vérifie dans le cas du CRU de Bruxelles : la population s’est davantage concentrée dans le PUM et la banlieue en RBC et en Flandre qu’en Wallonie. Dans la partie wallonne du CRU de Bruxelles, la croissance de la population (et de l’emploi) est plus forte à mesure qu’on s’éloigne du centre de Bruxelles. Cela engendre des divergences de développement urbain de Bruxelles (au sens large) entre la RBC, la Flandre et la Wallonie.

Ce cahier de l'IBSA analyse la structure urbaine sous deux angles : une mise à jour des régions urbaines belges avec les données du Census 2021 et un aperçu complémentaire par la méthode de l'INSEE des aires urbaines appliquées à la Belgique. Cette publication est l'occasion de réfléchir aux différentes méthodes d'analyse (régions urbaines monocentriques versus aires urbaines multipolarisées type INSEE).

En appliquant la méthode des aires urbaines développée en France par l’INSEE, la représentation de la structure urbaine belge tient davantage compte des villes « secondaires », notamment dans l’hinterland de Bruxelles, permettant d’identifier une hiérarchie urbaine plus exhaustive ainsi que des territoires (des communes) soumis à la polarisation vers plusieurs pôles, dont Bruxelles, permettant de sortir d’une approche monocentrique avec une ville unique qui influence un hinterland.

L'étude propose plusieurs cartes qui représente l'extension des principales villes belges :

  • Bruxelles, première ville du pays (un complexe résidentiel urbain de 2,9 millions d'habitants) ;
  • de nombreux pôles secondaires importants autour de Bruxelles (Termonde, Alost, Malines, Ninove, Zaventem, Nivelles & Ottignies-LLN) ;
  • des évolutions contrastées des villes entre la Flandre et la Wallonie ;
  • la multipolarisation d'un grand nombre de communes entre Bruxelles et plusieurs autres villes ;
  • des villes en croissance, d'autres en déclin...

Un glossaire très utile accompagne la publication. Les données ayant servi à cette étude seront prochainement mises à disposition en accès libre, dans la limite des règles de protection des données :  

"Sur le plan des données, le Census pourrait être davantage exploité à l’occasion d’une prochaine actualisation. Par exemple, la géolocalisation des logements est une source de données qui n’a pas pu être exploitée dans le cadre de cette actualisation. Ces données permettraient de s’affranchir de sources différentes selon les régions administratives. Il s’agit d’un arbitrage à opérer entre l’accès à des données open access et l’exploitation maximale des possibilités offertes par le Census. En effet, la géolocalisation précise de la population ou des logements est soumise à la protection des données".

Pour compléter

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