Source : La structure urbaine belge : quelle est la place de la Région de Bruxelles-Capitale ? Cahier de l'Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse, n°17, mai 2026.
Au cours de ces deux derniers siècles, les villes ont connu une croissance sans précédent de leur population et dans l’espace. Ce phénomène est universel : cette croissance urbaine a démarré à des moments différents et s’effectue avec des rythmes différents selon les pays et les régions. En Belgique, ce double mouvement s’est amorcé dès l’industrialisation au XIXème siècle (croissance de la population) et s’est prolongé avec un étalement urbain prononcé au XXème siècle. Désormais, une ville se définit par une agglomération morphologique, un continu bâti, et par une périphérie fonctionnelle, c’est-à-dire une zone d’influence au sein de laquelle s’exerce l’attraction de la ville. La délimitation des principales villes dépasse largement les limites communales. Délimiter les villes dans l’espace permet de suivre l’évolution de ces dernières, notamment sur un plan statistique. Cela permet également d’identifier le territoire pertinent pour traiter des problématiques urbaines comme l’aménagement du territoire, la mobilité, le développement économique, les infrastructures… L’objectif de ce Cahier est de délimiter l’étendue des villes belges en général et de Bruxelles en particulier. En Belgique, la méthode de délimitation des régions urbaines permet de suivre l’évolution de cette délimitation dans le temps, car elle fait l’objet d’actualisations à la suite des recensements/Census décennaux. Cette méthode, appliquée sur le découpage communal en vigueur au 1er janvier 2025 avec les données du Census 2021, délimite 17 villes en Belgique, dont Bruxelles, au travers de trois composantes, à savoir :
- le Pôle Urbain Majeur (PUM), correspondant à l’agglomération ;
- la banlieue, qui est la périphérie fonctionnelle avec d’importantes interactions avec le PUM ;
- la Zone Résidentielle des Migrants Alternants (ZRMA), qui est la périphérie fonctionnelle où les navettes domicile-travail se font en grande partie vers le PUM.
Le PUM et la banlieue forment la région urbaine. La région urbaine et la ZRMA forment le Complexe Résidentiel Urbain (CRU) des villes. Sur la base de l’actualisation, une analyse statistique de la population et de l’emploi intérieur permet de dégager la hiérarchie urbaine belge. Bruxelles (au sens de son CRU) reste la principale ville du pays, avec 2,9 millions d’habitants et 1,3 millions d’emplois. Anvers est la seconde ville du pays (1,2 millions d’habitants et 540 000 emplois dans le CRU). Liège et Gand suivent avec 700 000 à 800 000 habitants et 300 000 emplois dans leurs CRU. Enfin, Charleroi est la 5ème grande ville du pays (450 000 habitants et 150 000 emplois dans le CRU). Douze autres villes sont suffisamment polarisantes sur leurs alentours pour qu’au moins une commune puisse être considérée comme leur banlieue et forment, ensemble, une région urbaine. À l’occasion de cette actualisation, Genk perd le statut de région urbaine.
L’analyse des dynamiques démographiques et de l’emploi permet d’identifier des évolutions contrastées au sein des CRU (Complexes Résidentielles Urbains). Ces dernières années sont marquées par le dynamisme observé à Gand et à Louvain et par le déclin relatif observé à Charleroi, à Tournai ou à Verviers. Sur le plan démographique, les CRU de Flandre et de Bruxelles ont connu des croissances démographiques plus fortes au centre des villes (les PUM ou les banlieues, selon les cas) qu’en périphérie (les banlieues ou les ZRMA, selon les cas). Quant aux CRU de Wallonie, la croissance de la population a favorisé une dispersion de la population, au profit des ZRMA plutôt que des PUM. Ce schéma se vérifie dans le cas du CRU de Bruxelles : la population s’est davantage concentrée dans le PUM et la banlieue en RBC et en Flandre qu’en Wallonie. Dans la partie wallonne du CRU de Bruxelles, la croissance de la population (et de l’emploi) est plus forte à mesure qu’on s’éloigne du centre de Bruxelles. Cela engendre des divergences de développement urbain de Bruxelles (au sens large) entre la RBC, la Flandre et la Wallonie.
Ce cahier de l'IBSA analyse la structure urbaine sous deux angles : une mise à jour des régions urbaines belges avec les données du Census 2021 et un aperçu complémentaire par la méthode de l'INSEE des aires urbaines appliquées à la Belgique. Cette publication est l'occasion de réfléchir aux différentes méthodes d'analyse (régions urbaines monocentriques versus aires urbaines multipolarisées type INSEE).
En appliquant la méthode des aires urbaines développée en France par l’INSEE, la représentation de la structure urbaine belge tient davantage compte des villes « secondaires », notamment dans l’hinterland de Bruxelles, permettant d’identifier une hiérarchie urbaine plus exhaustive ainsi que des territoires (des communes) soumis à la polarisation vers plusieurs pôles, dont Bruxelles, permettant de sortir d’une approche monocentrique avec une ville unique qui influence un hinterland.
L'étude propose plusieurs cartes qui représente l'extension des principales villes belges :
- Bruxelles, première ville du pays (un complexe résidentiel urbain de 2,9 millions d'habitants) ;
- de nombreux pôles secondaires importants autour de Bruxelles (Termonde, Alost, Malines, Ninove, Zaventem, Nivelles & Ottignies-LLN) ;
- des évolutions contrastées des villes entre la Flandre et la Wallonie ;
- la multipolarisation d'un grand nombre de communes entre Bruxelles et plusieurs autres villes ;
- des villes en croissance, d'autres en déclin...
Un glossaire très utile accompagne la publication. Les données ayant servi à cette étude seront prochainement mises à disposition en accès libre, dans la limite des règles de protection des données :
"Sur le plan des données, le Census pourrait être davantage exploité à l’occasion d’une prochaine actualisation. Par exemple, la géolocalisation des logements est une source de données qui n’a pas pu être exploitée dans le cadre de cette actualisation. Ces données permettraient de s’affranchir de sources différentes selon les régions administratives. Il s’agit d’un arbitrage à opérer entre l’accès à des données open access et l’exploitation maximale des possibilités offertes par le Census. En effet, la géolocalisation précise de la population ou des logements est soumise à la protection des données".
Pour compléter
- Accès aux données du Census 2021 par thèmes (population, ménages, marché du travail, éducation, logements)
- Cartes et géodonnées de Datastore.brussels (la plateforme régionale pour l'ouverture et le partage de données et services en Région de Bruxelles-Capitale)
- Cartes et jeux de données de Geo.be (le géoportail des institutions fédérales belges)
- Géoportail de la Wallonie (le site de l'information géographique wallonne)
- Géoportail de la Flandres (le site de l'information géographique flamande)
- Géoportail de la Grande Région (Wallonie, Luxembourg, Lorraine, Rhénanie-Palatinat et Sarre)
- Fonds de cartes SIG fournis par l'Atlas de Belgique.
Articles connexes
Bruxelles Malade. Portrait d'une ville où les inégalités fonctionnent en cercle vicieux (storymap)
L'INSEE propose une nouvelle typologie des aires urbaines en fonction de leur niveau d’attraction
Intérêt et limites du zonage en aires urbaines
Cartes et données sur le projet Grand Paris ExpressUtiliser l'Atlas statistique du canton de Genève et de la région transfrontalière
Atlas social de la France. Pour un autre récit des inégalités dans l'espace national
Atlas social de Caen et Atlas social de la métropole nantaise







