Cartes et données sur l'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM)


Contrairement à la pauvreté monétaire, l'Indice de Pauvreté Multidimensionnelle (IPM) mesure les privations que subissent directement les individus au quotidien dans des domaines aussi essentiels que la santé (sous-alimentation, mortalité infantile), l'éducation (fréquentation scolaire, nombre d'années de scolarité) ou encore le niveau de vie (accès à l'eau potable, à l'électricité, à l'assainissement, à un logement convenable). Pour rappel, la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde constitue le premier Objectif de développement durable (ODD). L'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) est l'une des mesures reconnues par l'ONU pour rendre compte des progrès accomplis dans ce sens. À mi-parcours du Programme 2030, en septembre 2023, l'Assemblée générale des Nations Unies a réaffirmé l'importance de l'ODD 1 en déclarant que « l'éradication de la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, y compris l'extrême pauvreté, constitue le plus grand défi mondial et une condition indispensable au développement durable ».   

La mise à jour de l'Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle 2026 a été réalisée en partenariat avec l’OPHI (Oxford Poverty and Human Development Initiative) et le Bureau du Rapport sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Cette mise à jour décrit l’ampleur et la profondeur de la pauvreté multidimensionnelle dans 108 pays en développement.

I) L'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) : un indicateur composite à comprendre

L'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) est un indicateur de pauvreté multidimensionnelle qui couvre plus de 100 pays dans le monde. Il est calculé à partir des données des enquêtes démographiques et de santé (EDS), des enquêtes en grappes à indicateurs multiples (MICS), du Projet panarabe pour la santé familiale (PAPFAM) et des dernières enquêtes nationales. L'IPM comporte trois dimensions et dix indicateurs (voir le détail des indicateurs). Chaque dimension a le même poids, de même que chaque indicateur au sein d'une même dimension. Toute personne dont le score est inférieur au seuil de privation est considérée comme privée pour l'indicateur concerné. L'IPM mondial est élaboré selon la méthode d'Alkire et Foster. Ainsi, l'information essentielle utilisée par l'IPM est le profil des privations subies par chaque personne. 

Les 10 indicateurs pris en compte dans le calcul de l'Indice de pauvreté multidimensionnelle (source : © OPHY 2018)

L’Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) mondial 2026 utilise les données comparables les plus récentes disponibles pour 108 pays : 21 pays à faible revenu, 45 pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, 39 pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et 4 pays à revenu élevé. Ces pays abritent 6,3 milliards d’habitants, soit environ 92 % de la population des régions en développement, dont 1,2 milliard (18,9 %) vivent dans la pauvreté. Les valeurs de l’IPM mondial, l’incidence et l’intensité de la pauvreté, ainsi que les indicateurs qui le composent, sont ventilés pour 1360 régions infranationales dans 100 pays, ainsi que par groupe d’âge, zone rurale ou urbaine et sexe du chef de ménage.

Dans l'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM), une personne est considérée comme multidimensionnellement pauvre (ou pauvre selon l'IPM) si elle est privée de ressources dans au moins un tiers des indicateurs pondérés de l'IPM. Autrement dit, une personne est considérée comme pauvre selon l'IPM si son score de privation pondéré est égal ou supérieur au seuil de pauvreté de 33,33 %. 

L'IPM est calculé en multipliant l'incidence de la pauvreté (H) par l'intensité moyenne de la pauvreté (A). Plus précisément, H représente la proportion de la population multidimensionnellement pauvre, tandis que A représente la proportion moyenne des dimensions dans lesquelles les personnes pauvres sont privées de ressources. Ainsi IPM = H × A reflète à la fois la part de la population vivant dans la pauvreté et le degré de privation dont elle souffre. 

Un ratio de pauvreté est également estimé à partir de deux autres seuils de pauvreté. Une personne est considérée comme vulnérable à la pauvreté si elle est privée de ressources dans 20 à 33,32 % des indicateurs pondérés. Une personne est considérée comme vivant dans l'extrême pauvreté si elle est privée de ressources dans au moins 50 % des indicateurs pondérés. 

Part de la population soumise à la pauvreté multimensionnelle et à moins de 3 dollars par jour (source : © OPHI)

La déprivation peut être observée par indicateur et par région à l'intérieur d'un même pays, ce qui permet de conduire des comparaisons entre régions rurales et urbaines.

Part de la population en état de déprivation en Inde par indicateur et par région rurale/urbaine (source : © OPHI)

Rapport 2026 :

OPHI et PNUD (2026). « Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle 2026 : Mise à jour statistique » , Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHI) et Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). A télécharger en version PDF.

II) Analyse des données IPM

Les données sont téléchargeables par année et par pays. En 2026, la pauvreté multidimensionnelle dans le monde a augmenté pour la première fois depuis 2010 (date de la première étude). Sur 1,2 milliard, plus de la moitié des personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle (616 millions) sont issues de l'Afrique subsaharienne. La pauvreté est un fléau qui sévit dans toute la région. Dans 21 pays, où vivent 362 millions de personnes, plus de la moitié de la population est touchée par la pauvreté. 

L'Afrique subsaharienne a le plus fort pourcentage de pauvreté multidimensionnelle (51,4 %, soit environ 616 millions de personnes) - Source : OPHI - PNUD


Le rapport 2026 montre toutefois que de nombreux pays continuent de progresser, certains parvenant même à réduire la pauvreté rapidement et à grande échelle. Pris dans leur ensemble, ces résultats soulignent à la fois l’urgence de renouveler les efforts et la possibilité de réussir. L’Administrateur du PNUD, Alexander De Croo, a déclaré : « La hausse de la pauvreté devrait être un signal d’alarme pour le monde entier. Derrière ces chiffres se trouvent 1,2 milliard de personnes confrontées à des difficultés qui se renforcent mutuellement : la faim, la non-scolarisation et le manque d’accès à l’eau potable ou à l’électricité. Cette situation est inacceptable. Mais elle n’est pas une fatalité. Nous savons que des progrès sont possibles. Les pays qui ont relevé ces défis ensemble, plutôt que séparément, ont montré ce qu’une action déterminée peut accomplir. »

Dans les 13 pays dont les estimations de l’IPM ont été actualisées en 2026, le bilan est contrasté. Cinq pays ont enregistré une baisse significative de la proportion de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle. En Égypte, au Népal et au Tadjikistan, le taux de pauvreté et le nombre de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle ont tous deux diminué de manière significative. En Angola et en Zambie, la proportion de personnes vivant dans la pauvreté a également reculé, mais la croissance démographique a été plus rapide que la réduction de la pauvreté, si bien que le nombre total de personnes concernées a tout de même augmenté. Le Nigéria illustre à quel point le progrès peut être fragile. Après un recul significatif de la pauvreté multidimensionnelle au cours des années 2010, la tendance s’est inversée dans les années 2020 : le taux de pauvreté et le nombre de personnes vivant dans la pauvreté ont tous deux augmenté.

Parmi les 89 pays disposant de données permettant de suivre l’évolution de l’IPM, 33 ont réduit de moitié la valeur de leur indice en moins de 15 ans, dont six en Afrique subsaharienne. L’Eswatini a enregistré une avancée particulièrement importante en 15 ans : la proportion de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle y est passée de 38,7 % à 8,0 %. Parmi les pays pour lesquels des données sont disponibles, la Chine a enregistré la baisse la plus rapide, réduisant de moitié la valeur de son IPM en seulement quatre ans. La proportion de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle y est passée de 9,5 % à 4,2 % entre 2010 et 2014. Le Vietnam a lui aussi progressé rapidement, réduisant de moitié la valeur de son IPM en sept ans.

III) Un outil interactif pour consulter les données en ligne

La Banque de données de l'OPHI permet de consulter les données IPM et de faire des comparaisons (au niveau national, infra-national et urbain/rural). L'outil interactif propose trois modes de représentation des données : sous forme de carte, de graphique ou de tableau statistique. Il distingue l'IPM (indice brut) de la vulnérabilité (part de population en état de privation de ressources pour 20 à 33,32 % des indicateurs pondérés) ainsi que de la pauvreté extrême (part de population en état de privation de ressources pour au moins 50 % des indicateurs pondérés). L'indice IPM va de 0 à 1. La vulnérabilité, elle, est exprimée en pourcentage de la population.

Indice de pauvreté multidimensionnelle par pays (source : © OPHI)



Part de la population en situation de vulnérabilité face à la pauvreté (source : © OPHI)


Pour compléter

À partir des données fournies par l'OPHI, Jean-Christophe Fichet a proposé une carte de la pauvreté multidimensionnelle sur la période 2011-2022, qui superpose la part de population concernée en pourcentage et le nombre d'individus que cela représente en effectifs. La superposition des deux données permet de voir par exemple que l'Inde a un IPM inférieur à beaucoup de pays d'Afrique, mais qu'on y trouve le plus grand nombre de personnes confrontées à la pauvreté, du fait du poids de sa population et des problèmes socio-économiques, sanitaires, environnementaux auxquels elle est confrontée. Il est possible de refaire la carte avec des données plus récentes fournies par l'OPHI.

La population affectée par une situation de pauvreté multimendionnelle (source : Carto-Lycée)

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La carte, objet éminemment politique. Vers un choix « imposé » des parcours de manifestation ?


A la faveur des mobilisations du mouvement lycéen et du mouvement social de l'automne 2026, on voit circuler de nombreuses cartes de parcours de manifestion sur Internet et dans les médias. A Paris, dans le cadre des défilés traditionnels Bastille-Nation, mais aussi dans d'autres centres-villes en France, les cortèges ont l'habitude d'emprunter des itinéraires symboliques à proximité des lieux de pouvoir. Suite aux violences urbaines qui ont émaillé l'Acte I de mobilisation le samedi 17 octobre 2026, des tensions assez fortes sont apparues concernant la question du tracé autorisé. Afin de protéger les commerces, le Ministère de l'Intérieur et la Préfecture de police de Paris ont demandé à ce que les cortèges soient déplacés sur de nouveaux itinéraires plus extérieurs, de la porte d'Italie à la porte de Vincennes ou encore de la porte de Bagnolet à celle de Charenton. Sous prétexte d'éviter les débordements, les manifestants ont commencé à soupçonner les autorités de vouloir reléguer les cortèges hors des centres-villes en périphérie. Les oppositions se sont cristallisé lors de l'Acte II et de l'Acte III du mouvement de mobilisation les 24 et 31 octobre, jusqu'à donner lieu à des recours au Tribunal administratif, suivis même d'un appel auprès du Conseil d'État. 

Entre itinéraires choisis par les manifestants et parcours autorisés voire « imposés » par les autorités, les cartes viennent mettre en évidence et exprimer les lieux et territoires de la contestation. À Paris ainsi que dans la plupart des grandes villes françaises, les parcours de manifestations sont le fruit d’âpres négociations entre les organisations et les autorités. Comme l'explique le géographe Aurélien Delpirou, « choisir un parcours de mobilisation, c’est toujours un compromis entre visibilité recherchée par les organisateurs, charge symbolique des lieux traversés et impératifs de sécurité posés par la préfecture » (source : Le Parisien). Les cartes produites pour organiser, orienter, canaliser ou contôler les mobilisations traduisent ces tensions. Ce billet se propose d'aborder les enjeux autour de ces choix de parcours de manifestation à l'échelle de Paris, puis plus largement à l'échelle des autres villes françaises.

I) Quel choix de parcours de manifestation pour la capitale ?

La comparaison entre le parcours proposé le 24 octobre et le parcours finalement autorisé par les autorités, montre l'ampleur du désacccord entre pouvoir politique et manifestants. Après avoir validé un parcours Bastille-Nation, la Préfecture de police de Paris a fait volte-face la veille de la manifestation et balayé l’accord conclu avec les étudiants et les organisations syndicales.

Comparaison du parcours prévu et celui imposé par la Préfecture de Paris le 24 octobre 2026 (source : Le Parisien)



Lieu historique et emblématique des rassemblements citoyens, syndicats et mouvements sociaux en France, la place de la République constitue le point de départ ou d'arrivée de nombreux cortèges (notamment lors de journées de grève, contre la vie chère ou pour les droits sociaux et des femmes), s'accompagnant parfois de heurts avec les forces de l'ordre lors de rassemblements tendus ou non déclarés. La récurrence de ces événements suscite régulièrement des débats et des réactions parmi les riverains et associations locales face aux nuisances sonores et aux occupations fréquentes de l'espace. Suite au pillage de nombreux commerces lors de la journée du 17 octobre et des affrontements qui se sont poursuivis le lendemain, le quartier des Halles et la place de la République sont mis sous couvre-feu nocturne et déclarés interdits à toute manifestation à partir du 20 octobre. 

Secteurs concernés par le couvre-feu à Paris à partir du 20 octobre (source : Le Parisien)

Il peut être intéressant de mettre en comparaison ces deux périmètres d'interdiction avec la carte des commerces pillés à Paris lors de la journée du 17 octobre. On s'aperçoit que les dégradations se sont étendues sur un périmètre beaucoup plus large, bien au delà de la place de la République. 

« 451 commerces vandalisés : la carte des établissements parisiens pillés et dégradés les 17 et 18 octobre » (source : Le Parisien)


Le trajet proposé par les Gilets jaunes, qui comptaient rallier la place de l’Opéra depuis Bastille en passant par République, a également été interdit par arrêté. La préfecture justifie ce choix par « les exactions constatées le week-end dernier, comme à la fin des dernières manifestations, en particulier le 17 octobre », qui « incitent à la plus grande prudence dans le choix des itinéraires afin de faire respecter l’ordre public ». La multiplication des propositions ajoute à la confusion, les manifestants risquant de ne plus savoir où se rassembler pour défiler.

L'opposition entre manifestants et autorités concernant le choix du parcours de manifestation s'est encore durci lors de la journée de mobilisation du 31 octobre. « C'est de nouveau un point de tension entre les organisateurs et la préfecture de police de Paris. Cette dernière a refusé de valider vendredi les parcours de cortège dans le centre déposés par la CGT et des Gilets jaunes, les invitant à défiler en périphérie » (source : TF1). « La préfecture nous balade de parcours en parcours...Ils considèrent que tout Paris est un centre-ville » (source : BFM-TV).

Comparaison des parcours proposés par la CGT, les Gilets jaunes et la Préfecture de police le 31 octobre (source : BFM-TV)


Décider des lieux choisis pour manifester devient un enjeu majeur de pouvoir et de contre-pouvoir, l'occasion également de tester et mettre en évidence le rapport de force. Alors que les organisateurs des manifestations déplorent le parcours imposé par la préfecture le samedi 31 octobre, le préfet de police de Paris met en avant le droit de manifester en sécurité et celui des commerçants de travailler. 

« Les manifestations République-Bastille-Nation, c’est terminé pour un temps : le plan du préfet de police de Paris pour ramener le calme » (source : Le Parisien)


La fermeté des mesures mises en place est évidente au point d'être dénoncée comme une remise en cause de la liberté de manifester. Sur le site de la préfecture, on dénombre plus d’une 30e d’arrêtés préfectoraux juste pour définir les mesures applicables face aux mobilisations du 30 octobre au 2 novembre (source : Préfecture de police de Paris). Les cartes qui assortissent plusieurs de ces arrêtés préfectoraux dessinent toute une géographie des zones interdites aux rassemblements dans la capitale.

« Mesures interdisant tout rassemblement non déclaré dans certains secteurs de Paris »
(Arrêté n° 2026-01478 portant mesures applicables à Paris du 31 octobre au 2 novembre 2026)


La cristallisation du débat autour de ces parcours « imposés » aux manifestants, ainsi que les mesures de couvre-feux et de surveillance policière qui les assortissent, finissent par déboucher sur la revendication d'un droit à manifester librement. Pour défendre ce droit constitutionnel, l'intersyndicale Île-de-France indique avoir déposé un recours, comme d'autres organisations étudiantes, devant le Tribunal administratif. Cette fois, la défense du droit de manifester s’ajoute aux revendications sociales, sur fond de tensions avec les autorités. « Notre République n’est pas capable de lutter contre les troubles à l’ordre public sans sacrifier le droit de manifester » (source : Libération). Le juriste en droit public Nicolas Hervieu estime qu’une « accumulation d’erreurs et de techniques inappropriées de maintien de l’ordre » a entravé l’exercice du droit « pacifique et fondamental » de manifester. « Peut-on encore manifester en France ? » : le débat s'oriente sur l'équilibre à trouver entre droit à la sécurité et droit à manifester en France (source : France Culture). Pour l'historien Patrick Boucheron, « notre situation historique n'est pas révolutionnaire, mais pré-autoritaire » (source : Libération). L’avocat et académicien François Sureau dénonce des cortèges relégués loin des lieux visibles et un usage « massif » de la garde à vue « comme un instrument de maintien de l’ordre ». Pour lui, c’est confondre « la liberté constitutionnelle de manifester avec la répression pénale » (source : France Inter).

Le parcours du défilé parisien, objet d'un bras de fer entre les syndicats et les autorités (source : France-Info)

Le 30 octobre 2026, la veille même de la manifestation, le Tribunal administratif a suspendu l'arrêté de la Préfecture de police de Paris qui exigeait un défilé entre les portes de Bagnolet et celle de Charenton. La justice autorisait donc le parcours de la manifestation parisienne tel que prévu par les organisateurs entre les places de la Bastille et de la Nation le samedi 31 octobre. En référé, l'interdiction de la manifestation à Paris entre Bastille et Nation est suspendue car la préfecture n'établit pas le risque pour l'ordre public [TA Paris, 30 oct. 2026, n°2633497]. Ce sont, selon cet arrêté, les autorités qui doivent en principe agir pour prévenir ces troubles « autrement » que par l'interdiction. Mais renversement de la situation :  après appel du Ministre de l'intérieur et audience nocturne, le Conseil d'État a rétabli dans la nuit du 30 au 31 octobre l'interdiction de manifester entre Bastille et Nation en jugeant que les risques pour l'ordre public étaient bien établis. L'itinéraire alternatif proposé aux marges de Paris de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton serait admissible selon le Conseil d'État.

« Manifestations du 31 octobre à Paris : quel parcours ?  » (source : La Croix - Visactu)

Ces parcours interdits sont assortis de mesures de contrôle et de surveillance de l'espace public. Les manifestants se voient également interdire de nombreux autres secteurs de la capitale pour organiser leur défilé. La carte du journal Le Monde fait bien apparaître ces restrictions en superposant les parcours (autorisé ou interdits) aux secteurs géographiques où les rassemblements non déclarés sont interdits et où des mesures de couvre-feu ont également été mises en place pour les mineurs non accompagnés la nuit.

Les parcours de la manifestation du 31 octobre à Paris avec les zones interdites de rassemblements non déclarés et les secteurs de couvre-feu (source : Le Monde)

En outre, la préfecture de police a ordonné la fermeture administrative de nombreuses stations de métro et de RER. Cela revient à « une sorte de confinement rampant » : plus moyen pour les manifestants de se déplacer aisément en métro, dès avant les premières manifestations. « C'est pour protéger le commerce mais certainement pas pour protéger la liberté de circulation, au même titre que celle de manifestation ». Ce type de fermeture préventive par la RATP et la préfecture de police est régulièrement mis en place lors de journées de mobilisation sociale pour éviter les débordements ou sécuriser le périmètre des cortèges. Mais La liberté de commerce devrait-elle l'emporter sur la liberté d'expression ? Comme le montre le visuel ci-dessous,  les manifestants y voient une entrave à la liberté de circuler et une réaction disproportionnée du pouvoir face aux mouvements sociaux et aux rassemblements prévus. Cette peur de la rue est qualifiée ironiquement d'« avoir peur d'Halloween » vu que la manifestation s'est déroulée le jour de la fête d'Halloween et que les masques étaient également interdits ce jour-là. « Il est interdit de dissimuler son visage sur la voie publique même à des fins festives ». 

« 31 stations de métro et de RER fermées le 31 octobre  » (source : Cerveaux non disponibles)

Ces interdictions multiples et répétitives d'un samedi à l'autre ne manquent pas de déclencher la colère et l'exaspération des manifestants. « Le droit de manifester, c'est le jour où on veut, là où on veut » déclare Manon Moret (secrétaire de l'UNEF) qui dénonce les « manœuvres déloyales de la préfecture » pour restreindre les manifestations. « Il y a un enjeu de pouvoir manifester en centre-ville, là où il y a des lieux de pouvoir ». Le samedi 31 octobre, 350 actions susceptibles de fédérer 350 000 à 450 000 personnes au total ont été recensées, a indiqué une source policière, et certains dépeignent un « climat pré-insurrectionnel ». Les autorités n’ont voulu autoriser que les manifestations loin des centres-villes. Un nouveau couvre-feu a été décrété dans certains secteurs de Paris pour les nuits du 30 octobre et du 1er novembre, une mesure qui se multiplie dans plusieurs villes de France.

II) Une situation également tendue et confuse dans les grandes villes françaises

Le problème se pose également dans d'autres villes en France où les centres-villes font l'objet d'interdictions ou de déplacements de parcours de manifestation. Si la question est moins sensible que dans la capitale qui concentre les lieux de pouvoir et de commandement et si l'on ne relève pas d'imbroglio judiciaire de même nature, les tensions sont malgré tout palpables. Dans les Bouches-du-Rhône, toutes les manifestations sont interdites. À Lyon, toute manifestation est interdite dans la ville. À Lille, à Nice, à Rouen, au Havre et à Toulon, les centres-villes sont fermés aux manifestants. Des couvre-feux sont imposés à Marseille, à Lyon et à Perpignan.

Le cortège déclaré à Bordeaux a été finalement autorisé, contrairement à la semaine précédente, après des « garanties » de sécurisation offertes par l’intersyndicale CGT-FSU-FO, a annoncé la préfecture le 30 octobre. Elle anticipe néanmoins une journée « difficile » et « des actions violentes ». Un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés a été ordonné samedi soir à partir de 20 heures dans le centre-ville de Bordeaux, de même qu’une interdiction de regroupement.

À Lyon, la préfecture a donné aussi son feu vert à un défilé hors de l’hypercentre. La semaine précédente, 10 000 manifestants ont défilé dans les rues de Lyon, malgré l’absence de manifestation autorisée et un périmètre d’interdiction de rassemblement élargi dans le centre. À Marseille et dans les Bouches-du-Rhône la préfecture à pris jeudi 29 octobre des arrêtés pour autoriser les manifestations, à condition d’être déclarées préalablement. Le préfet du Nord a autorisé un cortège à Lille mais en a strictement délimité son organisation. La préfecture a validé un tracé de 5km contournant le centre, au départ de la place de la République, et en direction de Wazemmes.

Exemple de cartes dénonçant l'interdiction des manifestations en centre-ville (source : L'Echiquier social)


De manière générale, les autorités tentent de tenir les manifestations du 31 octobre à l'écart des centres-villes en raisons des « risques de troubles à l'ordre public ». Le gouvernement explique vouloir éviter le retour de scènes de violences et de pillages observées le 17 octobre, mais assure autoriser les manifestations « en dehors des centres-villes », dans les « zones périphériques ». Pour Adèle Tellez, co-secrétaire générale de la CGT Paris, « en plus des revendications des lycéens pour leurs études, des revendications sociales contre la vie chère, l’objectif est de sauver nos libertés démocratiques, notamment notre liberté de manifester. Ce parcours en périphérie est symbolique. C'est symbolique du macronisme, qui a mis de côté les revendications sociales depuis le début de son premier mandat. Ce mandat se termine en mettant physiquement les manifestants en périphérie des villes » (source : BFM-TV). Plusieurs manifestations ont cependant été déclarées sans rencontrer de difficultés sur l'itinéraire, comme à Lyon ou à Nice.

Le ressenti de la répression du côté des manifestants est à mettre au regard du grand nombre de villes qui ont pris des mesures visant à interdire partiellement ou complètement les cortèges de manifestation, suite aux violences urbaines du 17 octobre. 

Carte des mesures d'encadrement, d'interdiction et de couvre-feu appliquées dans les grandes villes françaises (plus de 100 000 habitants) pour les manifestations du samedi 24 octobre 2026 (source : AFP)

Au delà des cartes et des messages diffusés, les manifestants dénoncent un « journalisme de préfecture » qui relaie sans distance critique les éléments de langage, les chiffres et la version des autorités (préfectures, police, ministère de l'Intérieur, de la Justice) lors d'événements comme des mouvements sociaux ou des opérations de maintien de l'ordre. Le débat est régulièrement déplacé sur la question des violences, des dégradations ou des « hordes » de manifestants, au détriment des revendications de fond comme lors des mobilisations lycéennes ou syndicales (source : BonPote).

La mobilisation du 31 octobre s'est pourtant bien passée comme le soulignent les syndicats, malgré les nombreuses contraintes mises à leur déroulement. Y a-t-il lieu de croire que ces parcours excentrés vont devenir une nouvelle norme ou au contraire que les manifestants vont refuser de se les laisser imposer ? À Nantes, depuis 1955, les syndicats ne déclarent plus leurs manifestations. Cette tradition fait suite à la mort d'un manifestant lors d'une mobilisation cette année-là. La non-déclaration est alors devenue un symbole de défiance envers le pouvoir préfectoral et une manière de préserver l'autonomie des organisations dans la conduite des mobilisations. Ce qui ne manque pas de susciter des demandes renouvelées à l'Assemblée nationale pour revenir sur ce droit accordé de fait. 

Une partie des organisations étudiantes et syndicales revendiquent de pouvoir défiler sans déclaration préalable et à partir d'un lieu différent de celui imposé par les autorités. C'est le cas notamment de celles qui ont maintenu le point de départ à Bastille ou même à Hôtel-de-Ville le 31 octobre. Un débat apparaît pour savoir s'il faut refuser ces parcours imposés pour éviter d'affaiblir le mouvement ou au contraire les accepter, afin de lui donner une légitimité en limitant les risques de débordements. « « C’est inédit qu’on interdise les manifestations dans les centres-villes. On doit pouvoir être vu. On ne va pas se cacher en allant manifester sur le périphérique quand même » : pour la manifestation du 5 novembre à Paris, les syndicats veulent défiler entre Bastille et Concorde. La demande de parcours a été faite depuis la semaine dernière mais la préfecture de police n’a pas encore répondu, déplore la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet (Le Parisien).

Plus largement, ces cartes et contre-cartes de parcours de manifestation s'inscrivent dans une réflexion sur l'étendue des libertés publiques et de leur garantie. Les moyens déployés pour encadrer ces mouvements de contestation doivent être proportionnés, sans quoi il n'y a pas de garantie démocratique.

Cette liste de liens et de ressources sera complétée au fur et à mesure des cartes et des publications repérées dans les médias et sur les réseaux sociaux. 

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La carte, objet éminemment politique : les cartes de manifestations à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux



Systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne


Source : Fahl, F., van der Velde, M., Claverie, M. et al. « Europe wide agricultural land use systems by harmonizing the Copernicus High Resolution Layers on grassland and croplands » [Systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne : harmonisation des couches haute résolution Copernicus sur les prairies et les terres cultivées]. Scientific Data 13, 1055 (2026). Article en accès libre. URL : https://doi.org/10.1038/s41597-026-07374-1

Résumé

Cet article présente une carte des systèmes d'utilisation des terres agricoles à l'échelle européenne, obtenue par l'intégration et l'harmonisation des couches de prairies et de cultures issues du service de surveillance des terres Copernicus. En utilisant les données spatiales haute résolution (HRL) des missions Copernicus Sentinel, l'étude applique un ensemble prédéfini de règles logiques pour identifier les alternances cultures-prairies en combinant les produits HRL. Les cartes résultantes fournissent des classifications détaillées des prairies permanentes, des cultures permanentes, des systèmes de cultures arables et des changements d'utilisation des terres dans 38 pays du réseau de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) entre 2017 et 2021. L'agriculture européenne est dominée par les prairies permanentes (45,5 %), suivies des systèmes de cultures arables, incluant les prairies temporaires (33,5 %), des cultures permanentes (3,8 %) et des changements d'utilisation des terres (1,6 %). Bien que l'étude repose sur des produits HRL d'une grande précision, certaines divergences (moins de 3 % des surfaces classées), telles que des divergences dans les classifications d'utilisation des terres d'une année à l'autre et des lacunes dans les données, offrent des pistes d'amélioration. Les données harmonisées sur les systèmes d'utilisation des terres agricoles qui en découlent constituent un pas en avant pour les évaluations en matière de gestion des terres et des sols, de restauration de la nature et d'objectifs d'atténuation du changement climatique.

Les systèmes de cultures arables et les prairies permanentes sont répartis dans l'ensemble des 38 pays de l'EEE (Fig. 1A et 1B). En revanche, les cultures permanentes sont principalement concentrées dans la région méditerranéenne (Fig. 1C). Une classification ternaire basée sur ces trois types d'occupation des sols (Fig.  2) indique que les systèmes de cultures arables se trouvent majoritairement dans les zones planes, tandis que les prairies permanentes sont plus fréquentes dans les régions vallonnées ou montagneuses.

Fig 1 : Répartition des systèmes arables (A), des prairies permanentes (B), des cultures permanentes (C) et des changements d'utilisation des terres (D) agrégées sur une grille de 1 km (source : Fahl et al., 2026)


Fig 2. Classification ternaire des cultures permanentes, des systèmes arables et des prairies permanentes agrégées sur une grille de 1 km (source : Fahl et al., 2026)


Code et données

Les couches relatives aux séquences cultures-prairie et aux systèmes d'utilisation des terres agricoles sont disponibles sur le portail de données ESDAC/JRC. Du fait de leur haute résolution et de leur vaste couverture spatiale, les couches raster sont fournies par tuiles de 1 000 km × 1 000 km, alignées sur la grille de référence de l'AEE. Chaque tuile est nommée d'après ses coordonnées en bas à gauche (par exemple, E30N10, qui correspondent ici aux coordonnées 3 000 000 et 1 000 000 du système de coordonnées ETRS89-extended/LAEA Europe). Une couche de grille au format GeoJSON est également disponible pour faciliter la localisation des noms de tuiles. Des fichiers de style de couche sont disponibles pour chaque tuile relative aux systèmes d'utilisation des terres agricoles ; ils contiennent les symboles (couleurs et étiquettes) des classes de niveau 2. Ces fichiers portent le même nom que les fichiers de tuiles et ne diffèrent que par leur extension (.qml et .sld). La légende et les styles de couleur sont automatiquement chargés à l'ouverture des fichiers GeoTIFF dans le logiciel QGIS.

Le code utilisé pour générer la couche des systèmes d'utilisation des terres peut être téléchargé depuis le portail de données ESDAC/JRC. Les instructions d'exécution du code se trouvent dans le fichier README.md. L'analyse présentée dans cette étude a utilisé des logiciels libres, notamment GDAL et des bibliothèques Python, dont rasterio , xarray et GeoPandas pour le traitement des données géospatiales, ainsi que NumPy et Pandas pour l'analyse des données.

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Rapport 2026 sur la paix positive dans le monde (Institut pour l’économie et la paix)

 

L'Institut pour l’économie et la paix (IEP) a publié son Rapport sur la paix positive et la résilience dans le monde pour l'année 2026. L’Indice mondial de la paix (GPI) 2026 révèle un monde aux prises avec les conséquences économiques d’un nombre record de conflits, de plus en plus interconnectés et difficiles à résoudre. Cette détérioration est alimentée par un profond bouleversement géopolitique, caractérisé par l'essor des puissances moyennes et l’affaiblissement des puissances européennes traditionnelles, phénomène connu sous le nom de « Grande Fragmentation ». À cela s’ajoute une révolution technologique rapide dans le domaine de la guerre, qui relègue le droit international et la diplomatie au second plan.

I) Qu'est ce que la paix positive ?

Contrairement à la "paix négative" (qui se limite à l'absence de guerre ou de violence directe), la "paix positive" décrit un environnement optimal permettant le plein épanouissement du potentiel humain. Elle repose sur une approche systémique où la paix n'est pas un sous-produit d'une société qui fonctionne bien, mais la fondation même de sa régénération. La paix positive définit les attitudes, institutions et structures qui créent et soutiennent des sociétés pacifiques. Loin d'être un simple sous-produit du développement, elle en constitue le fondement, favorisant la résilience sur le plan économique, sociétal et environnemental. 

Pour mesurer la paix positive, l'IEP s'appuie sur une taxonomie empirique composée de huit piliers interconnectés :

  1. Un bon fonctionnement du gouvernement : des institutions publiques efficaces, transparentes, qui garantissent l'état de droit et gèrent équitablement les services.
  2. Un environnement commercial sain : la solidité des conditions économiques et institutionnelles qui soutiennent l'activité des entreprises et la productivité.
  3. Une distribution équitable des ressources : un accès juste à l'éducation, à la santé et aux opportunités économiques pour limiter les inégalités flagrantes.
  4. Une libre circulation de l'information : des médias indépendants et des infrastructures qui permettent aux citoyens d'accéder facilement à des informations de qualité.
  5. De bonnes relations avec les voisins : l'ouverture à l'échange international combinée à une coexistence pacifique entre les différents groupes culturels ou régionaux.
  6. Des niveaux élevés de capital humain : une population éduquée, en bonne santé et capable de répondre aux besoins économiques et scientifiques de la société.
  7. L'acceptation des droits d'autrui : l'existence de lois et de normes sociales qui garantissent l'égalité des genres et l'absence de discriminations sociales ou ethniques.
  8. De faibles niveaux de corruption : des structures qui limitent le détournement des fonds publics et maintiennent la confiance des citoyens envers leurs institutions.
La paix positive dans le monde en 2026 (source : IEP)


II) Principaux enseignements du rapport 2026

Les principales conclusions du rapport 2026 sont les suivantes :

  • La paix mondiale est à son plus bas niveau depuis la création de l'Indice en 2007, tandis que les conditions qui précèdent les conflits sont les pires depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • 99 pays ont connu une détérioration de la paix au cours de l'année écoulée, soit le nombre le plus élevé depuis la création de l'indice il y a 20 ans.
  • 119 pays, soit 73 %, sont aujourd’hui moins pacifiques qu’au moment de la première publication de l’IPG en 2007.
  •  Le nombre de pays impliqués dans des conflits extérieurs a presque doublé, passant de 59 en 2008 à 103 dans l’Indice mondial de la population (GPI) de 2026.
  • L’impact économique mondial de la violence a augmenté de 3,2 % pour atteindre 21,81 billions de dollars américains en 2025, soit l’équivalent de 10,5 % du PIB mondial.
  • Les attaques de drones ont augmenté de plus de 11 500 % entre 2018 et 2025, tandis que l’IA a réduit les délais de ciblage d’une journée à quelques secondes.
  • Le nombre de morts dues aux conflits mondiaux reste à des niveaux historiques, avec plus de 181000 personnes tuées en 2025, soit une augmentation de six fois depuis 2008.
  • Sous l’impulsion de l’Europe, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record de 2900 milliards de dollars américains en 2025. Si l’on exclut les États-Unis, les dépenses militaires ont augmenté de 9,2 %.
  • Une diplomatie réussie qui empêcherait la reprise de la guerre en Iran représenterait une valeur d'environ 2 200 milliards de dollars américains pour l'économie mondiale.

Tendances globales de la décennie 2015-2024
  • Une amélioration de façade : l'Indice de paix positive (PPI) mondial s'est amélioré de 1,7 % sur dix ans, avec une progression dans 112 pays sur 163.
  • La fracture sous-jacente : ce résultat positif cache une réalité très contrastée. L'amélioration repose uniquement sur l'indicateur des infrastructures de télécommunication (+36,8 %). Sans lui, l'indice mondial aurait reculé de 0,1 %, plombé par 84 pays en déclin.
  • Structures versus Institutions : les conditions matérielles et structurelles (connectivité, capital humain, santé) se sont renforcées partout. À l'inverse, les piliers institutionnels et informationnels (liberté de la presse, gouvernance, confiance) se sont fortement dégradés.

Évolution des 8 piliers de la paix positive
  • La libre circulation de l'information : c'est le pilier qui progresse le plus (+8,4 %) grâce au boom technologique. Pourtant, son indicateur lié à la liberté de la presse s’est effondré de 22,1 % (141 pays en déclin), une détérioration majeure exacerbée après la pandémie de COVID-19.
  • Le recul de la gouvernance : le pilier "Bon fonctionnement du gouvernement" enregistre la pire baisse (-3 %). L'ouverture et la transparence gouvernementales ont reculé dans près de trois fois plus de pays qu'elles n'ont progressé. Le niveau de corruption s'est également aggravé dans 60 % des pays.

Dynamiques des puissances et des régions
  • Le déclin des leaders occidentaux : les États-Unis enregistrent la deuxième plus forte détérioration mondiale (-8,8 %), marqués par une chute de 26,4 % de leur indicateur de lutte contre la corruption. En Europe de l'Ouest, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Autriche reculent en raison de l'effritement de la cohésion sociale et de la confiance envers l'État.
  • La progression des géants asiatiques : la Chine et l'Inde progressent d'environ 6 %, stimulées par leur croissance économique et leur capital humain, bien que l'Inde subisse une baisse brutale de sa liberté de la presse (-45,4 %).
  • Analyse régionale : toutes les régions progressent légèrement. L'Europe de l'Est et l'Asie centrale affichent la plus forte hausse (+3 %), tandis que l'Amérique du Nord et l'Amérique centrale ferment la marche (+0,6 %).

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L'inégal côut d'abonnement à Netflix selon les pays


Source : Colin von Negenborn (2026). « Implicit Price Discrimination : The Netflix Index » [Discrimination implicite par les prix : l'indice Netflix], Nightingale, Journal of the Data Vizualisation Society, 24 septembre 2026. URL : https://nightingaledvs.com/implicit-price-discrimination/

Netflix est moins cher dans les pays les plus pauvres, mais est-ce suffisamment bon marché ? Les prix de Netflix varient considérablement d'un pays à l'autre. Un abonnement standard coûte environ 29 dollars en Suisse, environ 7 dollars en Inde et seulement 2,84 dollars au Pakistan. À première vue, cela semble presque équitable : les pays les plus riches paient plus cher que les pays les plus pauvres. Mais est-ce vraiment le cas si l'on tient compte du pouvoir d'achat local ? Ce projet crée un indice Netflix, une mesure relative des prix qui établit les coûts d'abonnement en fonction du PIB par habitant de chaque pays. Le résultat bouleverse en partie la situation initiale et met en lumière ce que les économistes appellent la discrimination par les prix au troisième degré : la segmentation des marchés par les entreprises et la pratique de prix différents selon les segments.

Prix ​​absolu (à gauche) et indice Netflix (à droite). Sources : Netflix, Banque centrale européenne, XE.com et Banque mondiale. Cartes réalisées par l'auteur.


Le contraste est frappant entre les deux cartes : les pays qui paient le plus cher par mois ne sont pas ceux pour qui Netflix est le plus onéreux par rapport à leurs revenus. Le fardeau pèse de manière disproportionnée sur les pays à faible revenu.

Ouvrir la carte interactive dans un nouvel onglet.

Tout le code est disponible sur GitHub.

Le processus est entièrement reproductible : le notebook récupère automatiquement toutes les données actualisées auprès de Netflix, de la Banque mondiale, de la BCE et de XE. Les données géographiques, les prix Netflix et l’indice calculé sont également stockés dans le dépôt, ce qui garantit la reproductibilité de l’analyse même en cas de modification des sources en amont.

L'auteur de l'étude, Colin von Negenborn, est économiste quantitatif et chercheur postdoctoral spécialisé en théorie des jeux et modélisation informatique. Il s'intéresse particulièrement aux questions d'équité, d'efficacité et autres problématiques de distribution.

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La beauté cachée des cartes. Par Jean-Luc Arnaud

 

A l'heure de la génération automatique de cartes produites par intelligence artificielle, il n'est pas inutile de revenir à l'essentiel : le geste du cartographe qui emplissait de symboles la page papier et organisait l'espace à sa manière. Avant même de l'envoyer à l'imprimeur, il prenait conscience que son geste, reproduisant voire dépassant sa pensée, était susceptible d'ouvrir tout un univers de sens que les lecteurs pouvaient alors explorer à leur guise. Mais cela n'est-il pas le cas encore aujourd'hui, où la cartographie 2.0 n'hésite pas à explorer les conditions de production et de partage des cartes ?

L'ouvrage de Jean-Luc Arnaud est magnifique, presque une oeuvre d'art en soi qui vient célébrer « la beauté cachée des cartes ». Il vient rappeler, si besoin est, que la carte est un art autant qu'une technique, qu'elle s'inscrit dans une poïésis qu'il convient de retrouver à travers l'acte même de sa conception. Il ne faut pas se fier aux apparences : Jean-Luc Arnaud ne fait pas que de partager sa passion pour les cartes, il nous en révèle la profonde ambivalence. Que vaut en effet une carte, lorsqu'on lui enlève son auteur, son titre, sa légende ou son orientation ? C'est à ce jeu qu'il nous invite et dans ce chemin que l'on a pris beaucoup de plaisir à le suivre.

Jean-Luc Arnaud, La Beauté cachée des cartes, Atlas Autrement, collection « Atlas pour tous », 2025.


La carte, entre art visuel et art poétique

« De toute évidence, les cartes n’ont pas été produites pour cet usage. Ce sont des détournements dont les résultats témoignent du fort potentiel de la cartographie à être divertie de son objectif initial ».

L'ouvrage La beauté cachée des cartes est une invitation à « porter un autre regard sur les cartes ». L'entreprise peut paraître au départ étrange, voire déroutante. Jean-Luc Arnaud a sélectionné plus de 200 morceaux choisis de cartes du monde entier. Extraits de la planche d’origine et de leur contexte, ces fragments deviennent, une fois agrandis, de véritables oeuvres d’art. Surgissent ainsi des paysages, des fleurs, des animaux ou des motifs géométriques, accompagnés de textes poétiques. Les cartes géologiques, météorologiques ou statistiques révèlent des détails insoupçonnés et créent une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

Ce livre, de très belle facture, mérite d'être mis entre toutes les mains. Il se destine aussi bien aux experts qu'aux amateurs. Les fragments de carte se donnent à voir comme des images aussi belles qu'énigmatiques. C'est la raison pour laquelle l'auteur a pris le soin de les accompagner de textes. Mis en regard de chaque image, ces textes - souvent poétiques - viennent en montrer le mode de construction et en dévoiler en partie le sens. Il faut ici le rappeler : la cartographie est d'abord un acte de création (au sens même de poïésis). Le mot est censé dire la chose. Enfin pas vraiment ou pas complètement car la carte va au delà de l'image, elle a ses propres codes et symboles. Entre l'émetteur et le récepteur ou, pour le dire autrement, entre la boîte à dessiner (à dire et à penser) du cartographe et la boîte à déchiffrer (à voyager et à rêver) du lecteur, le message passe-t-il aussi bien qu'on le croit ?

Du symbole à la carte, et inversement

« Les cartes comportent rarement des indications quant à la manière d’en conduire l’investigation. Ce sont des représentations synoptiques susceptibles d’être l’objet de multiples formes de consultation mais on ne lit jamais une carte comme on lirait un livre... Agrandir impose un resserrement du cadre. Il est souvent nécessaire de tailler dans le vif, en particulier dans les mots et dans les signes conventionnels ».

Du symbole à la carte et inversement, ce n'est pas seulement une affaire de conventions sémiologiques. Se dégage en creux toute une réflexion sur la sémiotique de l'image cartographique. Le cartographe a des raisons que la raison du lecteur parfois ignore. Entre l'image dessinée par l'un et la capacité d'observation et de compréhension de l'autre, il peut y avoir de la marge. Ce qui est bien normal et ne doit pas conduire à dire que les cartes nous mentent, mais plutôt qu'elles ne nous disent pas tout et dérobent parfois l'essentiel à notre regard, alors qu'en apparence elles nous mettent tout sous les yeux. C'est dans ce jeu entremélé de l'image et du texte, du symbole cartographique et de son interprétation que l'auteur nous entraîne. Ce que montre très bien Jean-Luc Arnaud, c'est que nous sommes trop prisonniers de l'idée que les cartes devraient se lire et se comprendre d'emblée, pouvoir être embrassées d'un seul regard. Rompre avec cette approche synoptique et cette vision monolithique est d'une impérieuse nécessité. Il convient d'aller y voir de plus près, de les examiner « à la loupe » pour voir ce qu'elles ont à nous dire dans le détail. Du concret à l'abstrait et inversement, il faut sans arrêt parcourir le chemin visuel sur la carte. Un seul détail peut parfois amener à jeter un autre regard sur la carte.

La carte comme moyen d'interroger nos certitudes

« Placés en vis-à-vis, textes et extraits de cartes entretiennent des correspondances diverses mais toujours en tension tant leurs interprétations peuvent être plurielles. En invitant le lecteur à faire un pas de côté, ce livre se propose de troubler quelques certitudes ».

La beauté cachée des cartes est sans conteste un livre d'émerveillement, au sens propre et figuré. Il suscite l'admiration et contient des merveilles (des perles cartographiques ?) de nature à créer la surprise et à susciter la curiosité. On ne manquera pas tout d'abord de s'émerveiller des belles formules poétiques qui accompagnent les fragments de carte qui, tel un jeu de correspondances, nous permettent d'accéder à ces images abstraites. Ainsi le sifflement des trains à vapeur et le craquement des wagons sur une carte du réseau de chemin de fer dans le nord-ouest de la France en 1894. Au détour d'une image, la carte peut se faire sonore. Ou encore ce quadrillage de bâtiments au sol qui, vu verticalement, pourrait devenir une façade d'immeuble sur un plan de la ville de Hungnam en Corée du Nord en 1945. De quoi brouiller nos perspectives visuelles.

C'est aussi et surtout l'occasion de retrouver le pouvoir d'interroger nos certitudes. Et l'auteur de jouer avec nos représentations : « Une carte représente un espace donné par une combinaison de points, de lignes, de surfaces et d'écritures. Un point, c'est tout ». N'est ce pas ce que l'on répète souvent et - il faut le reconnaître - bien naïvement quand on enseigne la cartographie ? Que devient le point lorsqu'on l'agrandit, une surface n'est-ce pas ? Ainsi sur une carte des deltas de l'Annam au 1:25 000 de 1909 où, à force de zoomer, le point finit par devenir une grosse tâche colorée bavant sur le papier. Inversement, que devient le cercle lorsqu'on le diminue ? Un point noir minuscule presque imperceptible à l'oeil nu. Un conseil : ouvrez l'oeil, mais surtout n'allez pas prendre au pied de la lettre ce que vous dit l'auteur, quand bien même celui-ci aime à jouer avec le tracé des lettres sur la carte à plusieurs endroits de l'ouvrage, parfois jusqu'aux limites de l'absurde. L'art du double jeu, Jean-Luc Arnaud s'en délecte et le lecteur avec lui. 

La surface, le point, la ligne peuvent cacher bien des significations insoupçonnées. Ainsi ces cercles et ces lignes mystérieuses sur les cartes aéronautiques si difficiles à déchiffrer, a fortiori lorsque la carte est dans une autre langue que la sienne. La carte peut garder son mystère indéchiffrable, en dépit de tous les efforts minutieux de son concepteur pour se faire comprendre. Au delà des limites de notre entendement, la carte ne cesse jamais d'exercer son pouvoir d'étonnement, quitte parfois à nous bouleverser. Quel sens donner à ces tâches de couleur sur une carte ethnique de la Hongrie de 1941 qui distingue les Israélites en noir des autres peuples et minorités indiqués en polychromie ? Ou encore ces camps de prisonniers en Lituanie représentés par des petits cercles colorés sur des aplats de rose sur une carte allemande de 1942 ? Tout n'est pas rose, loin s'en faut quand on observe de près. La carte peut devenir tragique, lorsque le lecteur entrevoit la réalité voire la cruauté qui peut se cacher derrière des signes en apparence anodins.

Et quand bien même le rouge-rose-orangé domine sur beaucoup de cartes pour mieux trancher dans le vif, c'est loin d'être aussi simple qu'on pourrait le croire. La carte peut dégager des émotions. Telle frontière surlignée de rouge peut être un moyen d'indiquer des limites nationales ou, si l'on est migrant, d'éprouver la douleur du franchissement. Le rouge vif n'est pas le seul moyen à disposition. Le noir et le blanc peuvent, tour à tour, venir mettre en valeur ou invisibiliser. Les lignes entremêlées d'un réseau peuvent d'un coup prendre sens lorsqu'on les relie entre elles ou au contraire restées à jamais insaisissables faute d'arriver à en démêler l'écheveau. C'est notre regard porté sur la carte qui oriente nos représentations et, dans un mouvement inverse, nous permet de relever tel détail imperceptible pour autrui. Tout est affaire de codes de perception et de capacité à ressentir en fonction de sa propre sensibilité, de l'époque où l'on vit ou celle dans laquelle la carte nous projette. 

L'envie de remonter aux sources

« La beauté cachée des cartes est désorganisée comme la promenade d’un flâneur qui privilégie les incertitudes et les tensions. Un flâneur toujours prêt à emprunter un chemin de traverse au risque de s’égarer, toujours prêt à faire une pause ou bien un pas de côté pour examiner quelques brins d’herbe dans une fissure, au risque d’oublier le monument qui les porte ».

La carte, détachée de son contexte de production, finit par nous faire douter de l'intention même du cartographe qui l'a produite. Enseigner, apprendre, de et par la carte, c'est aussi une affaire de contextualisation. La tentation est grande de vouloir en savoir plus et de pouvoir appréhender ces cartes dans leur globalité. Comprendre la carte, c'est être capable à un moment donné de rassembler toutes nos perceptions éparses afin de leur donner sens. Après avoir décontextualisé et déconstruit, il convient alors de recontextualiser le document cartographique. Du symbole particulier à la carte générale, on peut volontiers se prêter au mouvement inverse et chercher à remonter aux sources, car l'auteur ne manque pas d'indiquer toutes ses références en annexe de l'ouvrage. Voici quelques exemples où l'on s'est attaché à retrouver les traces des cartes citées en référence dans l'ouvrage. L'occasion de s'émerveiller et de s'étonner en passant du micro- au macroscopique : à petite échelle et à grands traits, la carte peut encore avoir des choses à nous dire.

Il ne s'agit là que de quelques exemples. L'ouvrage comporte beaucoup d'autres cartes (géomorphologiques, géologiques, climatiques, météorologiques, démographiques ou économiques), dont le but n’était pas au départ d’être des œuvres d’art mais qui, sorties de leur contexte de production, forment comme une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

 « Ouvrir les yeux, se laisser surprendre, parfois perdre pied  » : il y a dans cet ouvrage un bel effort de dévoilement de la carte qui, par nature mais sans prétention, se cherche, s'essaie et s'expérimente comme une tentative de dévoilement du monde.

Présentation de l'auteur

Jean-Luc Arnaud, architecte et historien de la période contemporaine, est directeur de recherche au CNRS et rattaché au laboratoire TELEMM de l’Université d’Aix-Marseille. Après avoir dirigé les observatoires urbains du Caire et de Beyrouth, il a consacré ses premières recherches aux questions d’urbanisation et de politiques urbaines dans les grandes villes du Proche-Orient (Le Caire, Istanbul, Damas, Sanaa…). Il s’est ensuite orienté vers l’histoire de la cartographie, fondant au début des années 2000 le site web CartoMundi consacré à la valorisation du patrimoine cartographique. Auteur de plusieurs ouvrages dont La Carte de France. Histoire et techniques (Parenthèses, 2022) et d’une centaine d’articles scientifiques, il préside l’association Le Monde à la Carte. 

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