Incertitudes cartographiques (revue Mappemonde)


La revue Mappemonde consacre son numéro 141 | 2026 aux « Incertitudes cartographiques ». Dirigé par Christine Plumejeaud-Perreau, Claire Portal et Marion Picker, ce numéro thématique aborde la question de l'incertitude du point de vue de la géographie critique et montre qu'elle peut être analysée au prisme d’enjeux éthiques, d’enjeux d’aménagement territoriaux et de pouvoir. 

  • Christine Plumejeaud-Perreau, Claire Portal et Marion Picker. Introduction au numéro « Incertitudes cartographiques ».

    Ce numéro, qui s’intitule « Incertitudes cartographiques », est le fruit de réflexions menées au cours d’un projet poitevin éponyme entre octobre 2022 et mars 2024. Le projet ICAR s’inscrit dans une dimension transversale et interdisciplinaire pour croiser les approches et les pratiques relevant des études culturelles et du champ de la géographie critique autour de l’objet cartographique et des questions d’incertitudes qui s’y attachent. Ce thème fertile a permis d’engager des collaborations fructueuses et durables entre ces disciplines. Ainsi, faisant suite à un atelier de travail international avec dix-sept communications, le collectif ICAR a édité un numéro spécial pour la revue International Journal of Cartography, (Portal et al., 2025) intitulé « Uncertainty in Cartography » dans lequel trois publications du collectif ont été acceptées. Mais ICAR a aussi permis de monter et diffuser une exposition faisant état de quatorze cartes choisies et commentées sur le fil directeur de l’incertitude. L’incertitude naît de l’imperfection (lacunes de l’information, informations imprécises, voire erronées) des données réunies pour répondre à une question à un instant donné. Souvent représentée par une « zone blanche » ou une tache monochrome, cette indécision spatiale influence les représentations que les lecteurs construisent. Mais d’autres enjeux sont à analyser, puisque la carte est souvent mobilisée comme artefact communiquant, et comme outil de pouvoir suivant une perspective de géographie critique. L'incertitude inclut également les doutes des cartographes par rapport à leur propre légitimité et leur propre production.

Les cartes servaient à gérer l’incertitude géographique tout en affirmant le pouvoir politique des empires. Dans l’expansion européenne vers les Amériques, la carte devient un instrument central de domination. Elle permet d’explorer, décrire et partager des territoires lointains tout en revendiquant la souveraineté face aux puissances rivales comme le Portugal ou la France. Les cartes ne sont pas seulement scientifiques. Elles servent aussi de propagande. Par exemple la carte de l’Amérique réalisée en 1562 par Diego Gutiérrez pour Philippe II met en scène armoiries, mythes et toponymes afin d’affirmer les prétentions territoriales espagnoles. La production cartographique combine savoir savant et observations empiriques. Les cosmographes travaillent depuis l’Europe tandis que marins, arpenteurs et populations locales collectent les informations sur le terrain lors des explorations coloniales. Les cartes servent aussi à planifier la colonisation. La carte de la Chesapeake réalisée par Augustine Herrman en 1670 localise villages, ressources et zones inhabitables afin d’orienter le peuplement et les activités commerciales. Les cartes administratives permettent également de gouverner à distance. Elles circulent entre colonies et métropoles pour informer les autorités, comme le Conseil des Indes espagnol ou le Board of Trade anglais chargé des colonies. Dans ces représentations, l’incertitude est souvent masquée. Les cartographes remplissent les espaces vides par des symboles, des récits ou des ornements afin de montrer une maîtrise du territoire et de légitimer la domination impériale. La cartographie fut un outil majeur de construction des empires modernes. Elle permettait simultanément de produire du savoir géographique, d’organiser la colonisation et de mettre en scène l’autorité politique sur les territoires lointains. 

  • Christine Plumejeaud-Perreau et Bernard Pradines. « Vérifier des routes maritimes passées via une cartographie interactive »

    À partir d’une base de données sur le commerce maritime de la fin du XVIIIe siècle (projet ANR Portic), une proposition pour la lecture interactive de trajectoires incertaines (de navires ou de capitaines) est déployée. Elle tend à valoriser la nécessité de connaître et de modéliser finement cette incertitude, multi-dimensionnelle par nature et, ensuite, à concevoir un outil d’exploration adapté aux questionnements de l’utilisateur. Il s’agit ici de coupler intelligemment cartographie et graphiques interactifs pour faciliter l’analyse et la critique de l’interprétation des sources inscrites dans la base de données. L’outil libre et disponible sur le web (shiproutes.portic.fr/) offre notamment une perspective originale sur l’usage des chronogrammes interactifs dans le domaine des représentations spatio-temporelles.

  • Octavian Groza et Alexandru Rusu. « La carte, c’est d’abord un dialogue in absentia »

    À l’aide d’exemples pertinents tirés de l’expertise géographique roumaine et européenne en matière de planification spatiale et de formation de spécialistes, l’article explore la relation ambiguë entre les fabricants et les utilisateurs de cartes, une relation marquée de plus en plus par la méfiance mutuelle. En s’appuyant sur une réflexion historique et épistémologique sur le sujet, l’article étudie les fondements et les dynamiques de la cartographie contemporaine, utilisant comme exemple le cas particulier de la Roumanie. Se gardant de proposer des solutions, le texte préfère lancer des questions et des pistes de réflexion, y compris sur les efforts qui restent à faire en termes d’efficacité de la communication cartographique et d’harmonisation des discours cartographiques.

  • Brenda Le Bigot. « Cartographier les mobilisations : Incertitudes d’échelle, de légitimité et d’utilité »

    La représentation des mobilisations est explorée dans cet article au regard d’une production cartographique (la Mapmob') réalisée lors d’une mobilisation en France contre une réforme des retraites. Les incertitudes suscitées par cette production sensible et individuelle invitent à considérer dans une posture réflexive des enjeux méthodologiques, théoriques et éthiques autour de la cartographie des mobilisations. Le choix de l’échelle de la représentation est interrogé au regard de l’échelle des revendications. La légitimité du discours apparaît très liée au terrain. L’utilité de la production cartographique est reliée à l’enjeu de transmission et de connaissance des luttes, qui constitue aussi un risque.

Crédit : Brenda Bigot, Carte de la Mapmob'

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Sur les traces des cartes. Littérature américaine et cartographie


« Sur les traces des cartes. Littérature américaine et cartographie ». Exposition du 19 mars au 26 mai 2026. Bibliothèque Diderot de Lyon.

L’exposition « Sur les traces des cartes » explore la manière dont les cartes issues de la tradition cartographique occidentale ont façonné la littérature américaine anglophone, du XVIᵉ siècle à nos jours. Des cartes coloniales aux expérimentations contemporaines, en passant par des auteurs et autrices comme Susan Fenimore Cooper ou Herman Melville, le parcours montre comment la carte peut servir à mesurer, quadriller, posséder, mais aussi à déplacer le regard et contester les récits dominants. À travers des ouvrages issus des collections patrimoniales de la Bibliothèque Diderot, des reproductions de cartes anciennes et des dispositifs invitant à observer les documents de près, l’exposition explore l’expansion territoriale, le motif de la ligne droite, les cartographies maritimes et les récits afro-américains et féministes.

Visuel : création Marion GAIGEOT (IHRIM) ; illustration G. Mercator et J. Hondius, Atlas, ou représentation du monde universel, 1633, collections de la Bibliothèque Diderot de Lyon.

Commissariat de l’exposition : Julien NÈGRE (ENS de Lyon – IHRIM / IUF), avec le concours de la Bibliothèque Diderot de Lyon.

Organisation : Aurore CLAVIER (u. Paris Cité), Monica MANOLESCU (u. Strasbourg – USIAS), Julien NÈGRE (ENS de Lyon – IHRIM / IUF) et Pauline PILOTE (u. Bretagne Sud).

Cette exposition a lieu dans le cadre d'un symposium international : 

The “Maps in American Literature” international symposium will take place at ENS de Lyon, France, on April 1-3, 2026. The symposium explores how maps have shaped American literature from the era of exploration to the present day.

Pour compléter

« Quand l’Amérique apparaît sur les cartes » (Les Essentiels - BnF)

Après la découverte du continent américain, l’Amérique se dessine progressivement sur les cartes occidentales. Un processus complexe sur lequel revient Julie Garel-Grislin, conservatrice au département des Cartes et plans de la BnF.

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L'histoire par les cartes : comment le continent européen s'est pensé et construit du 16e au 20e siècle (BnF - Gallica)

La langue française dans le monde (rapport 2026 de l'OIF)


Source : « La langue française dans le monde », Organisation internationale de la francophonie (OIF), rapport 2026.

Forte de son statut de quatrième langue la plus parlée au monde avec 396 millions de Francophones, de deuxième langue la plus apprise sur les cinq continents, de quatrième langue présente sur Internet, de troisième langue de l’économie et des affaires, la langue française est bien une langue mondiale. L’OIF a missionné son Observatoire de la langue française (OLF) pour en comprendre les pratiques et les usages pluriels, les formes vivantes, les mutations éducatives ainsi que les imaginaires partagés et les recompositions identitaires. Dans cette vision, le français devient une langue de médiation entre univers linguistiques et culturels particuliers, une langue d’intersection entre générations différentes, une langue de rencontre entre disciplines et champs de connaissance éloignés, une langue de fusion entre expressions artistiques et culturelles. Cette édition 2026 s’inscrit dans la continuité d’un long travail d’observation qui consiste à affiner la connaissance des usages diversifiés du français dans le monde, mais aussi dans une nouvelle exigence : penser la mondialité de la langue tout en préservant sa diversité. Pluri/polycentrique, la francophonie y est considérée comme un réseau de cercles linguistiques ancrés à Dakar, Montréal, Port-au-Prince, Bruxelles, Beyrouth, Genève, Casablanca, Hanoï et dans des milliers d’autres espaces où se tissent au quotidien des pratiques et des créations en français. Elle revendique la vitalité d’un « français mondialisé » qui, loin d’être une simple juxtaposition de variétés locales, représente une manière de faire société à travers la langue. D’Abidjan à Paris, de Lomé à Djibouti, de Kinshasa à Fort-de-France, de Tunis à Antananarivo, les jeunes locuteurs réinventent les rythmes, les images et les registres du français, à travers les réseaux sociaux, les musiques urbaines, la recherche scientifique ou la littérature numérique. 

La densité francophone dans le monde en 2025 (source : rapport 2026 de l'OIF)

Cette édition souligne la complémentarité entre langues autochtones et langue française dans la construction identitaire, l’innovation scientifique et économique et la création artistique. Au cœur de la vitalité de la langue française, cette pluralité participe à un renouvellement éthique, fondé sur la reconnaissance et la circulation des patrimoines culturels. Cet ouvrage tend ainsi à saisir ces transformations multiples qui posent un double défi : préserver cette langue en partage sans figer sa plasticité créatrice, et concilier unité et diversité du français, qui s’enrichit principalement par sa circulation planétaire. Avec un centre de gravité de la francophonie se déplaçant irréversiblement vers l’Afrique dont la population est majoritairement jeune, le français sera une langue de l’avenir s’il sait devenir vecteur de mobilité, de réussite et d’émancipation sociales et économiques. Mais cette jeunesse pose à la Francophonie des exigences nouvelles, celle d’une éducation de qualité et inclusive, d’une formation solide des enseignants, d’un accès généralisé au numérique, d’une promotion juste et équilibrée du français et des langues et cultures autochtones. Ces enjeux nécessitent d’investir massivement dans la formation, la littératie numérique et la Francophonie scientifique et économique, afin de faire du français non plus un simple héritage, mais un outil d’accès à la connaissance, à l’emploi, à l’innovation et à l’épanouissement individuel et collectif. Cette édition de La Langue française dans le monde présente une cartographie complète de l’enseignement du et en français dans l’espace francophone, croisée avec des indicateurs démographiques et économiques. Cette approche renouvelée met en lumière les corrélations entre la politique linguistique des États, la formation des enseignants et la vitalité du plurilinguisme dans les systèmes éducatifs. Cette cartographie illustre les progrès considérables accomplis par les pays francophones du Sud, mais aussi les défis persistants liés à la qualité et à la formation éducatives. Elle constitue un outil stratégique pour orienter les politiques publiques et les coopérations.

Nombre d'apprenants de franççais dans le réseau des Alliances françaises (source : rapport 2026 de l'OIF)

Pour compléter

« Le français devient la quatrième langue la plus parlée au monde » (France-Info).

La langue de Voltaire occupe la deuxième place au niveau de l'apprentissage, avec plus de 170 millions de francophiles répartis sur les cinq continents. Le monde compte 396 millions francophones, dont "près de 65%" sur le continent africain, souligne le dernier rapport sur la langue française dévoilé lundi 16 mars 2026 à Québec par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), à quelques jours de la Journée internationale de la francophonie célébrée le 20 mars. Le français est désormais la quatrième langue la plus parlée au monde. Il gagne une place dans le classement mondial en arrivant derrière l'anglais (qui réunit plus d'1,5 milliard de personnes), le mandarin (plus d'un milliard de locuteurs) ou encore l'espagnol (plus de 600 millions d'hispanophones) mais devance l'arabe standard. Au nombre des atouts de cette langue mondiale, "une forte légitimité dans la diplomatie, le droit international, les relations culturelles et dans certains espaces scientifiques et académiques". Elle puise également sa force "dans la littérature, la philosophie, les arts, la gastronomie, la mode et le cinéma d’auteur". Le français peut également se targuer d'être "la deuxième langue la plus apprise sur les cinq continents". En 2024, plus de 170 millions d’élèves dans 36 pays "ont reçu un enseignement en français ou ont appris le français en milieu institutionnel". Elle est également "la troisième langue de l’économie et des affaires".
Cependant, "sa position se fragilise dans les sciences exactes, les nouvelles technologies et l’enseignement supérieur à cause de l’hégémonie de l’anglais". Cette dernière reste la langue dominante sur la toile, avec "environ 20%" des contenus contre quelque 3,5% pour le français. C'est autant pour l'arabe, le hindi, le portugais et le russe avec lesquels la langue de Molière partage la quatrième place dans le classement des contenus sur Internet. Ainsi, "si l’on établit un palmarès complet des langues dans Wikimédia", l’anglais est "en première position, avec en moyenne 23% des entrées, l’allemand en deuxième position avec 10%, et le français en troisième place avec 8%, devant l’italien (5 %), l’hébreu (4%), le polonais et le russe (3 %)". Plus globalement, pointe le rapport de la Francophonie, si la langue de Shakespeare continue de damer le pion au français, cela tient d'abord au fait que "les débats sur l’usage des connaissances fiables dans l’élaboration des politiques publiques se déroulent principalement en anglais", notamment dans des revues comme Evidence & Policy ou Science Communication.
En 2050, le français devrait être utilisé "par 590 millions de personnes, dont 9 sur 10 vivront en Afrique", rappelle la secrétaire générale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo. À cet horizon, prédit la dernière édition de La Langue française dans le monde (2023-2026), le destin de la langue de Voltaire "ne se lira plus depuis Paris, mais se concevra plutôt à Abidjan, Beyrouth, Bruxelles, Dakar, Kinshasa, Montréal, Port-au-Prince, Tunis ou Yaoundé". Le français sera alors "une langue plurielle dont l’avenir se jouera dans sa capacité d’adaptation aux nouvelles réalités numériques et géopolitiques".

« Ciel ! Le français n’existe pas : il vit ! » (Le Café pédagogique).

Et si on se décentrait un peu ? Et si on considérait enfin que le français, langue de l’Ecole, discipline à part entière, est en réalité une langue d’autant plus vivante qu’elle se déploie, se transforme, se questionne à l’échelle du monde ? A l’occasion de la Journée internationale de la francophonie célébrée le 20 mars, l’Organisation Internationale de la Francophonie publie en ce sens son rapport 2026, éclairant et passionnant. Une ressource essentielle pour combattre le déclinisme, linguistique et culturel... D’une belle facture visuelle et pédagogique, le rapport de l’OIF livre de vigoureuses invitations : refuser « le mythe de la pureté et de l’homogénéité », « contribuer à la promotion et à la valorisation des langues locales et savoirs autochtones », promouvoir « le poly/pluricentrisme du français » et son « hybridité joyeuse, linguistique (lexicale, syntaxique, phonologique, prosodique) et culturelle. » Ces invitations, assurément, méritent de résonner aussi dans l’hexagonale Education nationale. Pour que s’y déploie une approche des langues qui se fasse plus vivante que normative. Pour que la pluralité des langues, des usages et des cultures y trouve mieux sa place. Pour que nous allions avec nos élèves nourrir internet de riches et créatifs contenus. Pour que nous saisissions enfin la chance, exaltante, de l’humilité : « Il faut que les Français acceptent l’idée d’être des francophones comme les autres » (Leila Slimani, France-Inter, 19 mars 2026). 

Taux d'encadrement dans l'enseignement primaire (source : rapport 2026 de l'OIF)


Taux d'encadrement dans l'enseignement secondaire (source : rapport 2026 de l'OIF)

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EduPixSat, une application pour initier les élèves à l'analyse d'images satellitaires


Gwenaël Régnier propose EduPixSat, une application pour initier les élèves de collège et de lycée à l’analyse et au traitement des images satellitaires. L'objectif est de proposer un outil en ligne simple et accessible, pour un usage pédagogique en classe de géographie. Pensée pour être prise en main par des enseignants d’histoire-géographie et leurs élèves, sans expertise technique préalable, l'application s’inspire de l’expérience Titus tout en se limitant volontairement à des fonctions essentielles. L’objectif n’est pas de reproduire un SIG professionnel, mais de faire découvrir l’imagerie satellitaire sans recourir à des compétences techniques avancées.

EduPixSat permet notamment :

  • d’explorer ce qu’est une image satellite multispectrale (combinaison de bandes spectrales, géolocalisation de l’image) ;
  • de lire les valeurs numériques des pixels et comprendre la notion de signature spectrale ;
  • de s’initier à la cartographie numérique par classification semi-supervisée.

L’enjeu est de proposer une première approche du traitement et de l’interprétation des images satellites, en mobilisant le raisonnement spatial des élèves et leur capacité à formuler des hypothèses à partir de données géospatiales.

EduPixSat est actuellement proposé en version expérimentale (bêta), mais il est d’ores et déjà exploitable en classe. L’application accepte des images satellites au format GeoTIFF (.tif). Voici le lien pour découvrir et tester l’application en ligne : https://edupixsat.grweb.fr/

Gwenaël Régnier est professeur d’histoire-géographie-EMC dans l'académie de Guyane. Docteur en histoire des sciences, il a soutenu en janvier 2026 une thèse sous la direction d'Isabelle Sourbès-Verger « L’image satellite et l’enseignement de la géographie dans le secondaire : enquête sur un rendez-vous manqué ». Il administre par ailleurs le site IMGSat, consacré à l'enseignement de la géographie avec des images satellite. Le site fournit de nombreuses ressources ainsi que des tutoriels pour s'initier à l’analyse et au traitement d'images satellitaires.

Accès au site IMGSat, Enseigner la géographie avec des images satellite

Accès aux images Copernicus

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Animer des images satellites Landsat avec Google Earth Engine et l'application Geemap

Cartes imaginaires. Inventer des mondes (exposition de la BnF)


Du 24 mars au 19 juillet 2026, la Bibliothèque nationale de France (BnF) présente une exposition exceptionnelle intitulée « Cartes imaginaires. Inventer des mondes ». Ce projet explore les liens étroits qui unissent depuis toujours la géographie à l’imaginaire et au fantasme humains. Accueillie dans la galerie 2 du siège de François-Mitterrand, l'exposition rassemble environ 200 pièces exceptionnelles, allant de parchemins médiévaux et d'atlas rares à des installations d'art contemporain et à des éléments de l'univers du jeu vidéo. Il s'agit d'une exploration immersive de la cartographie de l'invisible, conçue par deux expertes : Julie Garel-Grislin et Cristina Ion, directrice adjointe du Département des cartes et des plans de la BnF.

Le parcours de l'exposition est structuré en quatre étapes distinctes, destinées à guider le visiteur de l'exploration de l'inconnu à la déconstruction artistique moderne.

La première partie plonge le spectateur au cœur de l'iconographie médiévale, où les cartes n'étaient pas de simples itinéraires géographiques, mais de véritables encyclopédies visuelles peuplées de figures fabuleuses et de créatures chimériques puisées dans des sources antiques et religieuses. Ces cartes, dominées par des apparences fantastiques, témoignent de la manière dont l'esprit humain projetait le mystère sur les territoires encore à découvrir sur les cinq continents.

La seconde section est consacrée aux mondes légendaires, ces lieux imaginaires que l'humanité a crus réels pendant des siècles et auxquels les cartographes ont attribué des coordonnées précises sur le globe. Les visiteurs peuvent y découvrir comment des royaumes mythiques tels que l'Atlantide, l'Eldorado, le pays du Prêtre Jean ou encore le Paradis terrestre ont pris forme, à la frontière entre le monde terrestre et le monde céleste. Une attention particulière est portée aux cartes non européennes, comme celles représentant le mont Meru dans le bouddhisme.

La troisième étape de l'exposition explore les univers littéraires, où la fiction affranchit totalement la géographie des contraintes du réel. Des cartes confèrent une densité presque palpable aux récits, le parcours traverse les paysages de « L'Île au trésor » et des « Chroniques de Narnia », pour atteindre la cartographie complexe de la Terre du Milieu de Tolkien ou les univers modernes de « Game of Thrones », « Final Fantasy » et autres jeux vidéo qui utilisent des codes cartographiques pour gagner en crédibilité.

La scénographie de l'exposition, signée Marion Golmard, utilise des projections à grande échelle et des décors immersifs qui alternent entre l'atmosphère marine et celle de la forêt, le tout sublimé par un univers sonore poétique. La technologie y joue un rôle essentiel, notamment grâce au dispositif tactile développé en collaboration avec Ubisoft, qui permet aux visiteurs de naviguer de manière interactive au sein des cartes de la section dédiée aux mondes légendaires. 

Dans la dernière partie de l'exposition, l'art contemporain entre en dialogue avec des œuvres anciennes, déconstruisant le dispositif cartographique pour montrer que toute représentation du monde, aussi scientifique qu'elle puisse paraître, repose sur un acte d'imagination.

La Bibliothèque nationale de France a mis à disposition pour ce projet des trésors rarement exposés au public provenant du Département des cartes et des plans, une institution qui gère environ un million de cartes et 10 000 atlas. Fondé en 1828 par Edme François Jomard, ce département représente un pôle d’excellence international, collectant par dépôt légal tout document cartographique diffusé sur le territoire français. 

Pour l'exposition « Cartes imaginaires », l'institution française a été rejointe par d'importants prêts d'institutions renommées telles que la British Library, la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, le musée Guimet et la Bibliothèque apostolique vaticane. Le jeune public bénéficie d'un parcours pédagogique dédié, avec à l'entrée une carte à gratter regorgeant d'indices et d'énigmes à résoudre au cours de la visite. Dix œuvres majeures sont présentées sur des fiches illustrées de créatures marines, offrant des clés de lecture simplifiées et imaginaires pour faciliter la compréhension de la cartographie. L'événement est complété par un programme culturel dense, comprenant une conférence inaugurale le 24 mars 2026, à laquelle participeront Cristina Ion et d'autres chercheurs prestigieux, ainsi qu'une journée d'étude consacrée à la « Popcartographie » et au lien entre les cartes et la culture populaire en avril et juin.

La BnF met à disposition une banque de 98 cartes imaginaires, une sélection de vues des collections exposées à cette occasion.

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Mission d'information sur l'état des cours d'eau en France


Source : « Rapport d'information par la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire, en conclusion des travaux d'une mission d'information sur l'état des cours d'eau » (Mme Julie Ozenne et M. Freddy Sertin), n° 2070, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion-dvp/l17b2070_rapport-information

Les cours d’eau français sont en mauvais état. En 2019, date du dernier état des lieux, seuls 43 % des cours d’eau français avaient un bon état écologique et 44 % un bon état chimique. Cette situation, qui a peu fluctué au cours des années 2010, est variable selon les territoires. Elle révèle la persistance de pressions multiples sur les milieux aquatiques, qui compromettent l’atteinte des objectifs fixés par la directive-cadre européenne sur l’eau. En quinze ans, la ressource en eau renouvelable a baissé de 14 % en France, sous l’effet combiné du changement climatique, des prélèvements excessifs et de l’évolution des usages des sols. Cette ressource, pourtant essentielle, aussi bien pour la consommation d’eau potable que pour le maintien des écosystèmes et de l’agriculture, se raréfie. L'état des cours d’eau constitue un enjeu environnemental majeur, au croisement de nombreuses politiques publiques : santé publique, biodiversité, agriculture, aménagement du territoire, etc. La richesse biologique des cours d’eau demeure fragile. Sur les 80 espèces de poissons d’eau douce recensées en France métropolitaine, 15 sont aujourd’hui menacées de disparition, soit près d’une sur cinq. Parmi elles figurent des espèces emblématiques telles que l’anguille européenne, le saumon atlantique ou encore le brochet. Face à ces constats implacables et alarmants, la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale a créé la présente mission d’information. Celle-ci a eu pour but d’examiner l’état des cours d’eau en France et dans l’Union européenne, de recenser les principales pressions qui s’exercent sur eux, d’analyser les défaillances des politiques publiques censées les protéger et de formuler des propositions opérationnelles pour préserver et restaurer les rivières et fleuves de France.

L’artificialisation des milieux demeure la première cause d’altération du fonctionnement et de la qualité des cours d’eau, devant les pollutions diffuses d’origine agricole et les pollutions ponctuelles issues d’activités industrielles, y compris les polluants dits émergents (PFAS, microplastiques) et devant les prélèvements excessifs. Ces pressions sont amplifiées par les effets du changement climatique, qui intensifie les épisodes de sécheresse ou de précipitations mais aussi réchauffe les cours d’eau, favorisant la prolifération d’espèces exotiques envahissantes et menaçant les espèces historiques de poissons. Il apparaît dès lors nécessaire de repenser et de renforcer les moyens consacrés à la protection et à la restauration des cours d’eau. La mission évalue le besoin de financement annuel pour restaurer les cours d’eau à 500 millions d’euros, ce qui reste faible par rapport aux bienfaits qu’apportent les cours d’eau. L’enjeu n’est plus seulement de préserver les milieux aquatiques, mais bien de leur redonner la capacité de résilience nécessaire pour faire face aux pressions multiples qu’ils subissent et pour répondre aux besoins essentiels des territoires. Ce financement peut notamment passer par une réforme des redevances des agences de l’eau, dont le déséquilibre actuel entraîne une hausse du coût de l’eau du robinet et donc perte de pouvoir d’achat pour les Français, le principe de pollueur-payeur étant insuffisamment mis en œuvre. Dans un contexte de finances publiques tendues et de recherche de simplification normative, les rapporteurs n’ont pas souhaité ajouter de nouvelles normes ni formuler de recommandations au coût excessif pour l’État, les collectivités territoriales ou les entreprises. Accélérer la restauration écologique des cours d’eau suppose, en premier lieu, de lever les nombreux obstacles qui freinent aujourd’hui les initiatives locales, qu’ils soient d’ordre foncier, financier, ou qu’ils tiennent à l’acceptabilité des projets et à la nécessité d’un portage politique affirmé. Cela implique la mise en place d’un cadre juridique à la fois lisible et opérationnel, ainsi que la simplification des procédures administratives. Il convient également de veiller au maintien et à la restauration de la continuité écologique des cours d’eau, condition essentielle à la reconquête de leur bon état et au bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques.

Part des cours d’eau en mauvais état écologique en 2021 par bassin (source : L’état de l’eau en Europe en 2024)

La réussite de cette ambition passe avant tout par une sensibilisation de l’ensemble des acteurs (collectivités territoriales, agriculteurs, associations de protection de l’environnement, riverains de cours d’eau, entreprises et industriels) à l’importance de préserver et de restaurer les cours d’eau. Les rapporteurs soulignent que les réussites locales qu’ils ont pu observer lors de leurs déplacements sur le terrain ont toutes un point commun : la population avait été embarquée. La clef de la restauration des cours d’eau réside donc dans un travail de pédagogie et une amélioration de la démocratie de l’eau. Les rapporteurs recommandent donc de donner une visibilité nationale aux projets de restauration des cours d’eau et aux personnes qui s’investissent dans cette restauration. Ils recommandent aussi de couvrir l’entièreté du territoire métropolitain par des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), documents issus d’une concertation locale fixant un cadre d’usage de l’eau à l’échelle d’une rivière. Aujourd’hui, seuls 56 % du territoire sont en effet couverts par un Sage. Au-delà d’enjeux de gouvernance, la solution pour massifier la restauration des cours d’eau passe par une réflexion approfondie sur le foncier. L’accès aux cours d’eau et aux espaces nécessaires à leur bon fonctionnement (rives, zones humides, forêts) demeure en effet un enjeu central pour permettre de redonner aux cours d’eau leur forme naturelle, notamment par le biais de « reméandrage ». La politique foncière en matière de restauration des cours d’eau doit ainsi faire l’objet d’une stratégie nationale et déclinée à l’échelle des bassins-versants, afin de favoriser la maîtrise et la gestion des espaces nécessaires au bon fonctionnement des milieux aquatiques. Afin de permettre l’acquisition du foncier nécessaire, les rapporteurs recommandent d’étendre les missions du conservatoire du littoral aux cours d’eau et aux espaces rivulaires, c’est-à-dire liés à ces cours d’eau. Ce nouveau conservatoire du littoral, des cours d’eau et des milieux aquatiques et humides (Clemah) pourrait donc protéger acquérir, dans les zones de forte pression, les terres riveraines des cours d’eau, pour les protéger de leur source – y compris en montagne – à leur estuaire. Enfin, l’encouragement et la généralisation de pratiques vertueuses constituent un levier déterminant pour garantir, de manière durable, la qualité et la résilience des cours d’eau. La transition vers des modèles agroécologiques autour des cours d’eau offre des perspectives concrètes de réduction de la pollution diffuse, préservant les écosystèmes aquatiques. Parallèlement, l’instauration d’une politique de sobriété hydrique et d’une gestion raisonnée de la ressource en eau apparaît comme une condition indispensable pour assurer un partage équitable face à sa raréfaction croissante. Comme en témoignent les nombreuses auditions et déplacements menés par les rapporteurs, la réussite de cette démarche exige une mobilisation de l’ensemble des acteurs – collectivités territoriales, agriculteurs, industriels, associations et citoyens – autour d’un objectif commun : redonner vie à nos cours d’eau et préserver durablement la ressource en eau. 

Enfin, les rapporteurs ont souhaité traiter en profondeur des cours d’eau de Guyane. Cette région, qui abrite un quart du linéaire national de cours d’eau et la moitié de la biodiversité d’eau douce de France, fait face à d’immenses enjeux liés principalement à l’orpaillage – c’est-à-dire la recherche et l’exploitation de l’or – qui détruit 100 kilomètres de cours d’eau par an et en pollue près de 10 000 kilomètres. Les pratiques d’orpaillage, qu’elles soient légales ou illégales, reposent en effet sur la destruction du cours d’eau pour le faire dériver dans la mine et sur le rejet dans les cours d’eau d’immenses quantités de matières en suspension et de mercure, qui empoisonnent les poissons et les populations locales, notamment amérindiennes, provoquant une hausse très forte des cas de troubles neurologiques ou d’infertilité. Protéger les cours d’eau de l’orpaillage illégal n’est pas qu’un enjeu environnemental, il s’agit aussi d’un enjeu de souveraineté face à la prédation des richesses des sols français par des réseaux brésiliens soutenus par la Chine. Les rapporteurs tiennent à rendre hommage aux militaires engagés dans la lutte contre l’orpaillage illégal après le décès en opération d’un caporal du septième bataillon de chasseurs alpins le 2 novembre 2025. Les rapporteurs soulignent l’urgence de protéger les cours d’eau partout en France, dans l’hexagone et dans les outre-mer, et de massifier leur restauration. C’est un impératif pour la santé publique, pour la biodiversité, pour l’avenir de l’agriculture, de la production d’énergie et pour de nombreux secteurs économiques. Protéger nos cours d’eau, c’est donc avant tout protéger notre avenir.

La coexistence de multiples cartes des cours d’eau nuit à la lisibilité des dispositifs de protection des cours d’eau. En plus des limites précitées de la cartographie réglementaire, celle-ci se heurte à des cartes des cours d’eau concurrentes qui ne se superposent pas toujours exactement. En effet, une carte des cours d’eau est nécessaire à plusieurs réglementations notamment agricoles, en plus de la police de l’eau comme, par exemple : 

– les zones de non traitement (ZNT), bandes à proximité des masses d’eau où l’application directe de produits phytosanitaire est interdite. Elles font entre cinq et cinquantaine mètres ;

– les bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE), c’est‑à‑dire les règles environnementales à respecter pour obtenir le versement des aides de la politique agricole commune (PAC), notamment le respect d’une zone tampon de cinq mètres autour des cours d’eau ;

– l’application de la directive nitrates, qui limite la pollution des cours d’eau par les nitrates d’origine agricole.

En pratique, les cours d’eau concernés par ces politiques sont cartographiés par l’agrégation, par le ministère de l’agriculture, de données fournies par l’IGN et par les DDTM. L’IGN, dans ses réponses au questionnaire, souligne que le tracé des cours d’eau retenus pour les BCAE a une origine variable dans chaque département et que ce tracé n’est pas toujours superposable à l’inventaire police de l’eau, comme le montre l’exemple de superposition des différents référentiels cartographiques.

Pour compléter

« Cours d'eau en Guyane : la biodiversité aquatique menacée par l'orpaillage et la déforestation, pointe un rapport » (France-Info).

Les cours d’eau français sont en mauvais état. Et la situation en Guyane est plus que préoccupante. L’écosystème guyanais est dégradé par les activités humaines. C’est ce que révèle le rapport d'information sur l'état des cours d'eau présenté par la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire en novembre 2025. Les cours d’eau de la Guyane  représentent ¼ du littoral national et abritent 50 % de la biodiversité d’eau douce française : notamment 500 espèces de poissons, dont 25% sont spécifiques à la Guyane. Quand l’état de l’eau se dégrade, la biodiversité va mal. Parmi les 19 propositions faites à l’échelle nationale pour pallier les problèmes liés aux cours d’eau, 5 sont consacrées spécialement à la Guyane. 

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Une cartographie réglementaire incohérente menace silencieusement les rivières et les ruisseaux



Base de données mondiale sur les aires protégées et conservées (WDPCA)


Protected Planet constitue une source de référence pour les données sur les aires protégées et les autres mesures efficaces de conservation par zone marine (MECO). Son existence est le fruit d'efforts considérables déployés par les gouvernements et d'autres acteurs pour cartographier, suivre et diffuser les données relatives aux aires protégées. Sur le site web de Protected Planet, les utilisateurs peuvent explorer la Base de données mondiale sur les aires protégées (WDPA), la Base de données mondiale sur les MECO, la Base de données mondiale sur l'efficacité de la gestion des aires protégées (GD-PAME) et une multitude d'informations connexes.

Protected Planet évolue

Des changements importants ont été effectués en novembre 2025 par Protected Planet, à savoir la fusion et la refonte des principales bases de données en une Base de données mondiale sur les aires protégées et conservées (WDPCA). Ces changements sont destinés à simplifier le processus de déclaration pour les fournisseurs de données, à élargir les options d'analyse des données et à améliorer la transparence quant à l'impact des aires protégées et conservées (APC) sur la biodiversité mondiale. Ces changements sont de nature à renforcer la capacité à suivre les progrès accomplis par rapport à l'objectif 3 du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité (CMMBB), qui vise à ce que 30 % des terres et des eaux de la planète soient effectivement conservées d'ici 2030.

Présentation de la base de données mondiale sur les aires protégées et conservées (WDPCA)

La WDPCA (World Database on Protected and Conserved Areas) représente une évolution majeure dans la manière dont Protected Planet rassemble et met à disposition des données à l'échelle mondiale. Son lancement témoigne de la diversification croissante des stratégies de conservation dans de nombreux pays, qui considèrent de plus en plus les aires protégées et les OECMOther Effective Conservation Measures ») comme deux approches complémentaires. Outre la simplification des processus de déclaration, la fusion des bases de données permettra une analyse des données et une prise de décision plus éclairées. 

Carte des aires protégées et des OECM, mars 2026 (source : Protected planet)

Téléchargement du jeu de données WDPCA au format shp (attention : 3,9 Go)

Parmi les points importants, citons l’ajout des champs suivants aux données tabulaires :

  • OECM_ASMT : ce champ contiendra des données sur le type d’évaluation utilisé pour identifier un site comme répondant à la définition d’OECM. Cela permettra d’améliorer la transparence quant aux critères de catégorisation des sites en tant qu’OECM.
  • INLND_WTRS : ce champ contiendra des données sur la mise en place de mesures de conservation pour les écosystèmes d’eaux intérieures présents dans une zone de conservation principale (ACP). Il permettra de préciser si la gestion des zones terrestres et côtières prend spécifiquement en compte les eaux intérieures.
  • GOVSUBTYPE : en plus du champ de type de gouvernance existant (GOV_TYPE), ce champ fournira une transparence supplémentaire sur les acteurs impliqués dans la gouvernance partagée des PCA.
  • OWNSUBTYPE : en plus du champ de type de propriété existant (OWN_TYPE), ce champ fournira une transparence supplémentaire sur les acteurs impliqués dans la propriété partagée des PCA.

Ces nouveaux champs sont destinés à améliorer la capacité à suivre les progrès accomplis dans la réalisation de tous les éléments de l'objectif 3 du KMGBF, ainsi que la capacité des utilisateurs à interroger les données de Protected Planet, sans alourdir significativement la charge de déclaration des fournisseurs de données. Le site web de Protected Planet sera mis à jour afin de mieux refléter les changements.

La base de données mondiale sur les aires protégées et conservées (WDPCA), mise à jour en mars 2026, recense 319 995 aires protégées et OECM : 312 510 aires protégées couvrant 245 pays et territoires et 7 485 OECM couvrant 17 pays et territoires. Parmi les enregistrements de la WDPCA, 314 045 sont des polygones et 7 809 sont des points (certaines aires protégées et OECM comprennent plusieurs parcelles, ce qui explique le nombre d’enregistrements supérieur au nombre d’aires protégées et d’OECM). Huit enregistrements d'évaluation ont été ajoutés pour le Sri Lanka dans la version de mars 2026 de la Base de données mondiale sur l'efficacité de la gestion des aires protégées (GD-PAME).

La base de données mondiale sur l'efficacité de la gestion des aires protégées (GD-PAME) a également été transformée. La création de nouvelles APC est nécessaire, mais insuffisante pour enrayer et inverser le déclin de la biodiversité et atteindre l'objectif 3 du KMGBF. Ces APC doivent également bénéficier d'une bonne gouvernance, d'une gestion efficace et de résultats durables en matière de conservation. Le GD-PAME a été repensé afin de fournir des données plus pertinentes sur chacun de ces éléments de l'efficacité des APC, en passant d'un simple enregistrement des lieux où des évaluations d'efficacité ont été réalisées à la collecte des principales données relatives aux résultats de ces évaluations. A terme, le GD-PAME sera intégré au WDPCA, ce qui permettra de rationaliser davantage la communication et la transmission des données.

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L'histoire par les cartes : la création de la Nouvelle-Angleterre vue du côté anglais et du côté algonquien


Nathan Braccio (2026). Creating New England, Defending the Northeast: Contested Algonquian and English Spatial Worlds, 1500–1700 (Native Americans of the Northeast) [Créer la Nouvelle-Angleterre, défendre le Nord-Est : mondes spatiaux algonquiens et anglais contestés, 1500-1700 (Amérindiens du Nord-Est)], Massachusetts Press

L’étude des cartes et de la construction du territoire lors des négociations entre les peuples autochtones et les colons révèle qu’entre 1500 et 1700, les cartographes autochtones et anglais de l’Atlantique Nord ont représenté très différemment la Nouvelle-Angleterre, soulignant ainsi les divergences de perception du territoire entre les deux. Tandis que les cartographes anglais s’appuyaient sur les nouvelles connaissances mathématiques et autres connaissances scientifiques émergentes venues d’Europe, ainsi que sur une vision aérienne du monde, les cartographes algonquiens puisaient dans une connaissance approfondie du territoire, héritée de la longue histoire de leurs communautés. Nathan Braccio qualifie ce phénomène de « paysages parallèles ». Dans son ouvrage, Creating New England, Defending the Northeast, il affirme que la connaissance algonquienne du territoire constituait une alternative puissante et persistante aux méthodes d’arpentage et de cartographie anglaises dans le Nord-Est. Lorsque les colons et explorateurs anglais prirent conscience de l’inadéquation de leurs techniques à la compréhension du territoire inconnu de la Nouvelle-Angleterre, ils tentèrent de s’approprier les connaissances et les cartes autochtones. Les sachems (chefs de tribus) algonquiens saisirent cette opportunité pour contrôler leurs nouveaux voisins anglais et en tirer profit. Plus tard, alors que les Anglais se sentaient menacés dans leur dépendance envers les peuples autochtones, ils entreprirent de remodeler et de marquer le paysage. Les Algonquiens s'adaptèrent, conservant un savoir spatial essentiel, même dans un lieu qui n'était plus entièrement de leur création. L'ouvrage vient ainsi nuancer les récits de conquête et mettre en lumière le savoir spatial autochtone, trop souvent négligé.

Extrait de l'introduction

« Les registres fonciers antérieurs à 1640 contenaient des allusions régulières à des guides autochtones, tandis que les cartes et les relevés effectués entre 1640 et 1665 les mentionnaient rarement. Cependant, à la fin des années 1660, alors que les Anglais se sentaient militairement en sécurité et de plus en plus préoccupés par des conflits fonciers entre eux, les Algonquiens réaffirmaient l'importance de leurs connaissances. Les arpenteurs anglais commencèrent à se référer régulièrement à des informateurs algonquiens pour légitimer les découpages fonciers. Les Algonquiens transformèrent les conflits de délimitation en un moyen de poursuivre leurs propres objectifs dans un paysage que les Anglais prétendaient dominer. Malgré les tentatives des colons d'imposer leur propre culture spatiale, les sachems [ancien faisant fonction de chef, de conseiller, chez les Indiens d'Amérique du Nord] présentèrent leurs droits à la terre et à son utilisation comme légitimes  [...].

Pendant un certain temps, les colons ont utilisé une épistémologie spatiale hybride qui s'appuyait sur l'expertise algonquienne tout en employant les conventions de l'arpentage de style européen chaque fois que cela était possible. Certains arpentages intégraient également les connaissances scientifiques anglaises les plus récentes. L'arpentage et la cartographie, ainsi que les techniques connexes, reposaient sur de nouvelles connaissances mathématiques, de nouveaux outils et une perspective aérienne du monde. Cependant, les connaissances algonquiennes, qui comprenaient leur propre forme de cartographie, représentaient une alternative à la suprématie supposée des connaissances européennes. Les colons anglais ont utilisé sporadiquement des cartes algonquiennes au milieu des années 1500, et les Algonquiens ont intégré des techniques anglaises à leurs cartes. Plusieurs cartographes autochtones ont utilisé de nouvelles compétences en écriture pour transférer leurs cartes de supports que les Anglais n'avaient pas réussi à conserver dans leurs archives, tels que l'écorce et le sable, sur du papier. Les cartes autochtones ont également servi de nouveaux objectifs à cette époque. Elles ont fourni une preuve de propriété foncière compréhensible par le système juridique anglais tout en intégrant les épistémologies spatiales algonquiennes aux archives anglaises. Cette hybridation de la culture cartographique représentait un nouveau défi aux présomptions anglaises concernant leur propre suprématie. Si les colons et les Algonquiens qui avaient accès aux techniques de cartographie anglaises ont choisi de les modifier, ces techniques ne représentaient pas le summum de la cartographie  [...].

Même si les Anglais ont intégré les connaissances amérindiennes, les reconnaissant parfois supérieures aux leurs, ils ont impitoyablement traité les Algonquiens comme des instruments au service de leurs propres fins. Ces mêmes Anglais qui reconnaissaient l'importance des connaissances algonquiennes pour la survie des colonies kidnappaient des Algonquiens, les transformant en outils de repérage. Les colons qui consignaient les témoignages d'informateurs et les actes de propriété algonquiens dans leurs titres de propriété le faisaient pour transformer la possession antérieure des terres par les Algonquiens en un outil juridique applicable aux litiges fonciers anglais. Les coloristes ont même transformé les pétitions et les supplications des Algonquiens aux gouvernements coloniaux pour obtenir une protection en arguments pour une autorité coloniale accrue. Cela a obligé les Algonquiens à lutter continuellement pour le pouvoir et l'influence au sein d'un système que les Anglais essayaient de contrôler  [...].

Les paysages parallèles qui se sont développés dans le Nord-Est/Nouvelle-Angleterre pendant la période coloniale se sont manifestés non seulement dans les connaissances et les cartes des Algonquiens et des Anglais, mais aussi dans leurs différentes pratiques d'utilisation et de propriété des terres. Alors que les Anglais mettaient l'accent sur la propriété individuelle absolue parallèlement à l'autorité politique du gouvernement sur la terre, les Algonquiens décrivaient souvent la propriété et la gouvernance en termes de droits. Bien que la terre puisse être gouvernée d'une manière généralement comparable au concept anglais d'autorité, en particulier par les sachems, les droits du sachem et de ses sujets d'accéder aux ressources telles que le bois ou le cerf sur la terre étaient plus importants. Différentes communautés algonquiennes privilégiaient différents droits, les sachems côtiers accordant une valeur particulière au droit sur les baleines échouées. En fin de compte, le paysage était défini par des limites de propriété pour devenir des terres agricoles dans les communautés chrétiennes, tandis que pour les Algonquiens, la terre était inscrite de leur propre signification historique et religieuse et définie par un ensemble de droits qui recouvraient en partie ses ressources [...].

En étudiant les cultures autochtones et anglaises en dialogue, l'ouvrage Creating New England, Defending the Northeast cherche à contrer les récits qui décrivent une montée en puissance apparemment inévitable du savoir anglais. Au cours des dernières décennies, des chercheurs, dont Karen Kupperman, ont étudié le rôle important joué par les peuples autochtones dans la compréhension du paysage par les Anglais. Tandis que Kupperman explore comment les Anglais ont interprété les corps et les comportements des Algonquiens, d'autres ont mis en lumière comment les guides et messagers autochtones contrôlaient un savoir crucial pour la survie des colons. Poursuivant cette ligne d'étude, cet ouvrage souligne comment les Algonquiens ont utilisé leur savoir supérieur pour enseigner aux Anglais le territoire et affirmer leur expertise, même lorsque les colons cherchaient à les objectiver. Cette expertise pouvait prendre des formes subtiles, notamment la cartographie, les témoignages juridiques et les interventions dans les actes anglais. Cela a non seulement eu un impact matériel sur les Anglais, mais a également contribué à façonner leur culture spatiale ».

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Cartographie des initiatives mondiales en faveur des droits de la nature


Alex Putzer, John Cook & Ben Pollock (2025). « Putting the rights of nature on the map. A quantitative analysis of rights of nature initiatives across the world – Second Edition » [Mettre en carte les droits de la nature. Une analyse quantitative des initiatives relatives aux droits de la nature dans le monde – Deuxième édition], Journal of Maps, volume 21, 2025, https://doi.org/10.1080/17445647.2024.2440376

Cet article actualise une cartographie antérieure des initiatives mondiales en faveur des droits de la nature. Cette édition l'enrichit, non seulement en intégrant davantage d'initiatives, mais aussi en actualisant les moyens de documentation et d'illustration de ce mouvement en constante évolution. Ces ajustements sont le fruit de discussions avec des experts et des militants du monde entier. L'article montre que, malgré l'émergence continue de nouvelles organisations et initiatives, on observe des signes révélateurs de coalescence et de bureaucratisation conformément à la théorie des quatre étapes des mouvements sociaux de Blumer. De ce fait, des organisations majeures comme l’Alliance mondiale pour les droits de la nature (GARN) ou l’Earth Law Center (ELC) ont vu leur influence et leur rayonnement s’accroître. L’influence durable des premières initiatives pionnières se manifeste par l’utilisation récurrente d’expressions juridiques spécifiques, telles que le « droit au débit » des rivières ou le « droit à l’existence » plus général des écosystèmes. En analysant, interprétant et affinant les catégories, tout en présentant des informations plus détaillées et en préservant la concision et la clarté du texte original, les auteurs ont cherché à mieux représenter ce mouvement.

Les droits de la nature. Un mouvement en expansion (source : Putzer et al., 2025)

La collecte de données pour la carte initiale s'est achevée en juillet 2021. Depuis, le mouvement n'a cessé de prendre de l'ampleur. En mai 2024, 94 initiatives supplémentaires avaient été recensées, portant le total à 495, réparties dans 40 pays et territoires. Les Amériques restent en tête avec plus des deux tiers des initiatives (la répartition étant presque égale entre l'Amérique du Nord à 33,7 % et l'Amérique latine à 33,4 %, cette dernière étant susceptible de prendre la tête dans un avenir proche). 12,1 % des initiatives sont internationales. L'Europe représente 9,9 %, l'Océanie 6,3 %, l'Asie 3,4 % et l'Afrique 1,2 %. Sachant que plus de 80 % de la population mondiale vit en Asie et en Afrique, ces pourcentages particulièrement faibles révèlent un manque de recherche persistant concernant la documentation des alternatives non occidentales à la conception des droits de la nature.

Le jeu de données « Droits de la nature » est à télécharger au format CSV depuis le site de l’Eco Jurisprudence Monitor. EJM est une plateforme en ligne et en accès libre qui recense les initiatives relatives aux droits de la nature ainsi que des ressources connexes destinées aux militants, juristes, décideurs politiques et chercheurs.

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Visualisation des trajets domicile-école maternelle. L'exemple des kindergarten en Slovaquie


Šveda, M., Križan, F. et Výbošťok, J. (2026). « Visualising excess commuting to kindergartens »  [Visualisation des déplacements excessifs vers les écoles maternelles]. Journal of Maps, 22 (1). https://doi.org/10.1080/17445647.2026.2638044 (article en accès libre).

La répartition spatiale des services, notamment des crèches en tant qu'établissements essentiels, est très inégale et engendre des variations spatiales dans les déplacements. L'offre de garde d'enfants diffère considérablement selon les contextes géographiques, et la configuration spatiale de l'offre influence les schémas de mobilité observés chez les utilisateurs. Ces dernières années, une attention croissante a été portée à la compréhension de la manière dont l'agencement spatial des activités et des infrastructures se traduit en distances et flux de déplacement réels, plutôt qu'aux seules mesures d'accessibilité potentielle. Un cadre analytique qui aborde explicitement cette relation est le concept de déplacements domicile-travail en excès, initialement introduit comme déplacements domicile-travail inutiles et défini comme la différence entre les déplacements domicile-travail observés et une configuration de déplacements domicile-travail théoriquement minimale dans des conditions d'adéquation spatiale optimale. Des niveaux plus faibles de déplacements domicile-travail excessifs indiquent une plus grande efficacité spatiale, tandis que des valeurs plus élevées signalent un décalage entre la localisation de l'offre et de la demande ou les choix comportementaux des usagers. Le terme de déplacements domicile-travail en excès (excess commuting) est désormais largement utilisé dans la littérature.

Déplacements excessifs vers les écoles maternelles en Slovaquie (source : Šveda et al., 2026)

Cette étude analyse et visualise les déplacements excédentaires des enfants d'âge préscolaire vers les crèches en Slovaquie à l'aide d'un cadre d'optimisation spatiale. Dans le contexte des récentes réformes législatives visant à accroître la participation à l'enseignement préscolaire, la recherche évalue l'écart entre les schémas de déplacement observés et les allocations théoriques de distance minimale. Ces déplacements excédentaires sont estimés en comparant les flux intercommunaux observés à des configurations optimales sous contrainte de capacité. Les résultats révèlent des variations régionales de l'efficacité des déplacements. Bien que la plupart des enfants fréquentent les crèches de leur commune, les déplacements intercommunaux demeurent importants et dépassent souvent les distances minimales attendues, notamment dans les zones périurbaines et les zones ethnolinguistiquement différenciées. Ces schémas reflètent la structure de l'habitat, les contraintes institutionnelles et le choix des parents quant à l'adéquation entre le domicile et l'établissement. Une typologie des pôles de déplacement et des schémas de déplacements excédentaires est élaborée et visualisée cartographiquement, permettant une identification multi-échelle des mécanismes sous-jacents à cette inefficacité. L'étude contribue à la géographie de l'éducation et à la recherche sur l'interaction spatiale en étendant l'analyse des déplacements excédentaires aux systèmes non liés au travail et en démontrant l'intérêt de l'optimisation et de l'intégration.

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Étudier les mobilités résidentielles des élèves à partir des statistiques de la DEPP

Étude des mobilités étudiantes à partir des données INSEE et Parcoursup

Étudier les mobilités en France à partir de données récentes (Statistiques locales de l'INSEE)

CAPAMOB, un guide du Cerema pour réaliser des diagnostics de mobilités en territoire rural ou péri-urbain

Étudier les mobilités résidentielles des jeunes Américains à partir du site Migration Patterns


Nouvelle cartographie électorale de la France


Youssef Souidi et Thomas Vonderscher (2026). Nouvelle cartographie électorale de la France, éditions Textuel.

Cet ouvrage présente une radiographie électorale inédite de la France contemporaine, à partir de l'analyse minutieuse des résultats de plus de 70 000 bureaux de vote sur l'ensemble des scrutins majeurs entre 2017 et 2024. Ses auteurs s'appuient sur une méthode unique en son genre, plus fine que celles utilisées jusque-là, à l'échelle communale : on descend ici au niveau infra-communal, celui du bureau de vote, pour croiser les résultats électoraux avec les données sociales des quartiers fournies par l'INSEE. Une révélation nuancée et surprenante des comportements électoraux, loin des clichés sur une « France périphérique » uniforme ou sur des quartiers populaires massivement gagnés à l'abstention. À rebours des discours simplificateurs, cet ouvrage livre une radiographie électorale d’une finesse sans précédent.

En analysant les résultats de près de 70 000 bureaux de vote croisés avec les données sociales de l’Insee, Youssef Souidi et Thomas Vonderscher révèlent ce que les sondages ne montrent jamais : les contrastes politiques quartier par quartier. Cette granularité exceptionnelle bouscule de nombreuses idées reçues. Non, le RN n’est pas le premier choix des plus précaires, davantage tournés vers l’abstention ou la gauche. Quant à la fracture entre métropoles « progressistes » et campagnes « frontistes », elle apparaît largement exagérée. Les auteurs mettent ainsi en lumière une tripolarisation politique installée : une coalition présidentielle portée par les plus aisés ; un RN enraciné dans le périurbain et les classes moyennes ; des partis de gauche forts dans les grandes villes, mais qui mobilisent des électorats distincts. Leur analyse inédite des dynamiques de second tour complète ce panorama. Alliant rigueur statistique et clarté pédagogique, cette cartographie renouvelle notre compréhension de la France contemporaine, libérée des caricatures et attentive aux lignes de fracture qui dessinent l’avenir politique du pays.

Lire un extrait du livre

Pour compléter

« Municipales 2026 : cartographier la fragmentation électorale française à partir de la richesse » (Le Grand Continent).

À l’approche des municipales, comment analyser l’électorat français après « la mort du fait majoritaire » ? Pour Youssef Souidi et Thomas Vonderscher qui signent une Nouvelle cartographie électorale de la France , il faut partir de l’échelle la plus grande : l’urne. « Notre travail renouvelle la cartographie électorale en grande partie grâce à cette plongée jusque dans les urnes. Il repose en effet sur l’analyse des résultats collectés par le ministère de l’Intérieur dans les près de 70 000 bureaux de vote qui maillent la France. Pour chacun de ces bureaux de vote, il est possible de savoir combien de personnes se sont rendues à l’isoloir et comment se sont répartis leurs suffrages. Grâce à l’Insee, on connaît également les quartiers associés à chacun des bureaux de vote — une publication qui a été permise par des sollicitations répétées d’acteurs de la société civile, et notamment de chercheurs, auxquels nous sommes largement redevables 1. Ce même institut met en ligne des données permettant de calculer le niveau de vie qui correspond à chacun de ces quartiers. En associant ces trois informations, il nous a été possible d’établir une nouvelle cartographie électorale à l’échelle nationale, d’une finesse inédite, revenant à faire du bureau de vote un localisateur du niveau de vie du quartier environnant.»

« Pourquoi l’image d’une "France périphérique" peuplée d’électeurs en colère ne résiste pas à l’examen »  (The Conversation).

Le géographe Aurélien Delpirou (Université de Paris-Est Créteil) analyse la notion de "France périphérique". Il montre que cette grille opposant métropoles riches et territoires relégués simplifie excessivement les réalités sociales et spatiales françaises. Popularisée dans les années 2010 (Christophe Guilluy), cette notion oppose métropoles mondialisées et territoires ruraux ou petites villes supposés en déclin. Pourtant, de nombreuses recherches en sciences sociales montrent que cette opposition binaire rend mal compte des dynamiques territoriales. Les inégalités territoriales sont en réalité multiples et imbriquées. Elles apparaissent souvent à des échelles fines. Dans une même ville ou un même bassin de vie, on observe simultanément richesse et précarité, ce qui contredit l’idée de blocs territoriaux homogènes. Les données de l’Insee illustrent cette complexité. Certaines villes moyennes comme Aurillac ou Annecy présentent des niveaux de pauvreté plus faibles que certaines métropoles attractives comme Montpellier ou Lille. Les dynamiques économiques contredisent également la thèse de territoires « perdants ». Des zones industrielles non métropolitaines figurent parmi les plus dynamiques du pays, comme le Choletais, la Vendée ou les vallées industrielles de l’Arve et de la Bresle. Les difficultés d’accès aux services essentiels ne concernent pas seulement les campagnes. Les déserts médicaux existent aussi dans certains quartiers populaires des grandes villes. Les inégalités sociales traversent donc tous les types de territoires. Les recherches en géographie électorale confirment cette complexité. Les comportements politiques dépendent davantage de facteurs sociaux comme l’âge, le diplôme ou la trajectoire professionnelle que du lieu de résidence. La notion de "France périphérique" fonctionne surtout comme un récit médiatique simplificateur. Comprendre les inégalités territoriales suppose d’analyser finement les mobilités, les services et les trajectoires sociales à différentes échelles. Pour complément, les données de l'INSEE montrent que la pauvreté est beaucoup plus marquée dans les zones densément peuplées. Le taux de pauvreté est plus élevé dans les villes-centres des grandes agglomérations, en particulier au sein des quartiers prioritaires de la politique de la ville.

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