Géographie du moustique Aedes (aegypti et albopictus) en France et dans le monde


Historiquement, les moustiques se sont toujours déplacés au gré des migrations humaines, de leurs habitats d'origine en Afrique et en Asie au reste du monde. Au cours des prochaines années, le changement climatique leur permettra de se déplacer encore davantage, y compris dans des zones qu'ils n'avaient pas encore colonisées. C’est ce qui ressort d’une étude de Nature Microbiology parue en 2019, dans laquelle une équipe internationale de chercheurs a montré comment le réchauffement climatique allait devenir le principal moteur de l’expansion des moustiques Aedes.

Moritz U. G. Kraemer, Robert C. Reiner Jr, Nick Golding, Past and future spread of the arbovirus vectors Aedes aegypti and Aedes albopictusNature Microbiology, volume 4, pages 854–863 (2019).



Ces chercheurs ont spécifiquement étudié la propagation du moustique Aedes aegypti et du moustique tigre asiatique (ou Aedes albopictus), deux espèces tropicales devenues les principaux transmetteurs de maladies comme le chikungunya, la dengue ou zika. Ils ont intégré dans leur étude 17 scénarios de changement climatique. Leur modèle prédictif combine plus de 33 000 points de données sur les endroits où les moustiques ont été détectés à travers le monde, ainsi que des données historiques sur leur propagation en Europe et aux États-Unis à partir des années 1970 et 80, ainsi que des projections sur les changements climatiques, les migrations humaines et les zones de croissance urbaine. 

Voir également cette étude parue dans PLOS (avec des cartes et des données intéressantes) :

Ryan SJ, Carlson CJ, Mordecai EA, Johnson LR (2019) Global expansion and redistribution of Aedes-borne virus transmission risk with climate change. PLoS Negl Trop Dis 13(3): e0007213. https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0007213


Dans un contexte de changement climatique et de mondialisation des échanges, les maladies vectorielles ont tendance à apparaître dans des secteurs géographiques épargnés jusqu’alors. Le commerce des pneus usagés, qui comptent parmi les principaux gîtes larvaires artificiels, a joué un rôle important. Ajoutons que le moustique tigre est essentiellement urbain. Son caractère anthropophile (qui aime les lieux habités par l’homme) explique qu’une fois installé dans une commune ou un département, il est pratiquement impossible de s’en débarrasser. 

Le moustique tigre (Aedes albopictus) a été repéré dans le sud de la France à partir de 2004. En 2021, il concerne pas moins de 64 départements selon la Direction générale de la santé.  Il est également présent à La Réunion et à Mayotte. Dans les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane), le vecteur à l’origine des principales épidémies de dengue, de fièvre jaune, de chikungunya et, depuis fin 2015, de Zika est le moustique Aedes aegypti.

Les cartes indiquant les départements en rouge sur la période 2004-2020 sont des cartes de vigilance et ne signifient pas que l'ensemble des communes soient touchées Le moustique tigre ne s'arrête d'ailleurs pas à la limite des départements qui représentent, rappelons-le, les territoires administratifs à l'échelle desquels sont recueillis les signalements.



C'est dans la France du sud que la situation est  la plus préoccupante avec 10 départements où l'on compte plus de 40% de communes concernées. Le moustique tigre est désormais classé parmi les 100 premières espèces envahissantes selon le Groupe de spécialistes des espèces envahissantes (ISSG).



Dans chaque département l’implantation du moustique Aedes albopictus n’est pas homogène, les citoyens contribuent à la connaissance de l’implantation de ce moustique vecteur en signalant sa présence sur le site Internet : http://www.signalement-moustique.fr/.

En 2019, en France métropolitaine, 674 cas importés de dengue, 57 cas importés de chikungunya et 6 cas de Zika ont été déclarés. En outre, ont été recensés 12 cas autochtones, 9 cas de dengue et 3 cas de Zika. Depuis 2018, La Réunion connaît une importante épidémie de dengue, particulièrement virulente lors de l’été austral 2019-2020. La dernière épidémie majeure de chikungunya remonte à 2005-2006 où 165 000 Réunionnais avaient été infectés (environ 1/5e de la population). 

En juillet 2021, un rapport parlementaire s'alarme de la propagation de plusieurs espèces du moustique tigre sur l'ensemble du territoire métropolitain et plus seulement ultramarin. Cette progression est présentée comme un « risque sanitaire majeur » pour la France. La lutte chimique fait l’objet d’oppositions de la part des populations, souvent sensibles à l’impact environnemental et sanitaire des produits pulvérisés. Des lâchers massifs de moustiques stérilisés ont débuté à La Réunion. Porté par l'Institut pour la recherche et le développement (IRD), le projet vise à réduire les populations d'insectes pour limiter la circulation des maladies qu'ils propagent, dont la dengue. Les autorités sanitaires de l’île de La Réunion s’appuient également sur un outil de modélisation spatiale, AlboRun, pour essayer de limiter l’épidémie de dengue et de mieux combattre les moustiques tigres.


Sources des données 

Données à l'échelle mondiale (DRYAD) :
http://datadryad.org/resource/doi:10.5061/dryad.47v3c

Données à l'échelle européenne (European Centre for Disease Prevention and Control) :

Données à l'échelle française (Ministère de la Santé et de la Solidarité)


Pour compléter
  • Rapport de la Commission d'enquête chargée d’évaluer les recherches, la prévention et les politiques publiques à mener contre la propagation des moustiques Aedes et des maladies vectorielles (Assemblée nationale, 29 juillet 2021)
  • Climat : les moustiques attaquent (Courrier international, 11 septembre 2021)
  • Le moustique tigre progresse en France : géographie d’une espèce invasive (Géoconfluences, 2014)
  • Géopolitique du moustique. Petit précis de mondialisation. Par Erik Orsena (Editions Fayard, 2017)
  • Géopolitique du moustique. Avec Erik Orsenna et Isabelle de Saint Aubin (France Culture, 2017)
  • Chronique d’une crise sanitaire, économique et sociale. L’île de La Réunion face au chikungunya (François Taglioni, 2006)
  • François Taglioni et Jean-Sébastien Dehecq, « L'environnement socio-spatial comme facteur d'émergence des maladies infectieuses », EchoGéo, 9 | 2009.
  • Carte de 1943 distribuée par l'armée américaine pour sensibiliser au risque de paludisme. "C'est Ann... il boit ton sang. Son nom complet est Anopheles Mosquito"




L'histoire par les cartes : comment la cartographie s'est développée à travers les époques (Le "Cours de l'Histoire" sur France Culture)


Imaginer le monde et se représenter la Terre n'est pas une évidence. Les cartes, atlas ou autres mappemondes n’ont pas toujours existé. Comment la cartographie s'est-elle développée à travers les temps et les espaces ? Dans Le Cours de l'histoire sur France Culture, Xavier Mauduit propose une série en 4 épisodes L'histoire à la carte pour interroger les cartes anciennes et donner à voir le monde tel qu'on l'imaginait à l'époque...

Épisode 1 : Quand les Anciens abattent leurs cartes ! (Le Cours de l'Histoire, 6 septembre 2021)

Invités

  • Christian Jacob, historien, agrégé de lettres classiques, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, membre de l’UMR Anhima (Anthropologie et histoire des Mondes antiques), co-directeur de la mention de master "Histoire des sciences, des savoirs et des techniques" de l’EHESS.

  • Nathalie Bouloux, historienne, maîtresse de conférences à l’université de Tours, rattachée au Centre d’études supérieures de la Renaissance.

« La première carte, la trouvera-t-on jamais ? La cartographie remonte à la fin de la préhistoire. On a des découvertes continuelles dans ce domaine. On a retrouvé récemment une carte sur pierre de la région du cours de l'Odet en Bretagne, qui est tout à fait stupéfiante par ses qualités topographiques. Je me garderai bien de fixer une date. La cartographie est repérée à Babylone, dans le monde égyptien, dans le monde grec. C'est une vaste tradition qui continue ensuite jusqu'à nos jours.» (Christian Jacob)

« Les cartes anciennes ne sont pas des cartes d'utilité. Ce sont des objets spéculatifs, intellectuels, théoriques qui vont peu à peu servir à construire et représenter le monde terrestre. Au début, c'est vraiment la projection d'un concept, d'une hypothèse théorique forte sur la matérialité du monde, sa finitude. C'est le fait qu'on puisse circonscrire le monde par un contour et qu'on puisse le tenir sous la forme d'une tablette en disant : "c'est le monde où je suis", avec le paradoxe d'être à la fois partie de ce monde et d'être dans une distance de contemplation, de réflexion et de théorie par rapport à ce dessin sur un support matériel.» (Christian Jacob)

« Il y a un très beau récit chez Hérodote où un ambassadeur essaie de convaincre les Spartiates de partir en guerre contre les Perses avec une mappemonde et en leur disant regardez entre la côte de l'Ionie et la capitale perse il y a une toute petite distance, vous faites ça comme de rien et vous allez conquérir l'empire perse. Mais le roi spartiate ne se laisse pas prendre parce qu'il a déjà une idée du fonctionnement de l'échelle cartographique. Voilà, ça c'est le piège de la carte» (Christian Jacob)

« Lorsque quelqu'un qui n'a jamais vu une carte médiévale regarde, par exemple, la mappemonde de Hereford, une des rares cartes que nous avons conservée, il ne se repère pas (...). Et pourtant, ce sont des représentations de l'espace, une mise en forme graphique de notions et d'idées géographiques. Le réel y est représenté, mais d'une manière assez différente de notre époque. Ces cartes-là ont longtemps été jugées comme symboliques, non-exactes, etc. alors qu'elles sont un produit culturel de réflexions sur les cartes et de mise en forme graphique de ce que l'on savait.» (Nathalie Bouloux). 

« Il ne faut pas envisager l'histoire de la cartographie comme une conquête de l'exactitude et de la précision. »

Compléments 

  • Voir l'extrait d'Hérodote évoquant le piège de la carte
  • Voir la Mappa Mundi de Hereford, évoquée dans l'émission, sur le site de l'Unesco.
  • La plateforme Savoirs, bibliothèque numérique en libre accès consacrée à l’histoire et à l’anthropologie des savoirs au sens large, mise en place par l’EHESS et un consortium de partenaires (EPFL de Lausanne, Enssib, BNU de Strasbourg, OpenEdition….)

Scénographie de la cosmographie de Ptolémée selon l'astronome Andreas Cellarius (1708) Source : Gallica



Épisode 2Hissez haut, les cartographes prennent le large (Le Cours de l'Histoire, 7 septembre 2021)

Vastes étendues porteuses de promesses et de dangers, les mers sont à la fois des espaces commerciaux et la voie vers un monde à explorer. À partir du XIIIe siècle, les navigateurs tracent des cartes marines et racontent leur monde. Cap sur le Moyen Âge et la Renaissance !

Invités

  • Emmanuelle Vagnon-Chureau, historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP) depuis 2013 et chercheuse associée à la Bibliothèque nationale de France. Elle a participé au projet ANR Median (Sociétés méditerranéennes et Océan Indien). 

  • Frank Lestringant, professeur de littérature française à l'université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Renaissance.

« Les cartes marines sont dessinées sur une peau de parchemin entière, une peau d'animal dont on conserve à peu près la forme. On voit souvent le cou, les pattes de l'animal. Elles mesurent à peu près un mètre de long et sont parfois assemblées en plusieurs feuilles de parchemin. Ce sont des cartes de différentes dimensions, dont la matrice représente la Méditerranée, ses côtes et quelques espaces autour.» (Emmanuelle Vagnon)

« Les cartes actuelles ne sont pas non plus forcément exactes ni réelles. Il y a des cartes fictives. Dans l'atlas de Guillaume Le Testu, constitué de cinquante-six cartes et terminé en 1556, il y a des cartes qui ont été faites par imagination. Le Testu le dit dans la légende sur la page opposée à la carte. Le terme imagination revient trois ou quatre fois. Il y a donc une dizaine de cartes qui représentent la terre australe, qui n'est pas l'Australie actuelle, mais une terre beaucoup plus grande qui joindrait la terre de Feu à Java (...). Pourquoi cette terre australe ? Parce que la France rêve de construire un empire et qu'il faut de la place pour faire un empire.» (Frank Lestringant)
 
« Du point de vue artistique, on distingue des styles - mais qui sont quand même très perméables, car on peut avoir une carte de Majorque très sobre et une carte vénitienne, au contraire, très ornée. Globalement, les cartes majorquines sont des cartes de prestige, avec des éléments à l'intérieur des terres, tandis que les cartes vénitiennes sont souvent des atlas sobres. Ce sont deux grandes familles avec des circulations de personnes et de styles qui dépendent de la commande.» (Emmanuelle Vagnon)

Compléments
  • Débat historiographique : la cartographie médiévale (France Culture)
  • L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BNF)


Épisode 3
 : 
La Société de Géographie, deux cents ans d’aventures (Le Cours de l'Histoire, 8 septembre 2021)


Élisée Reclus, Jules Verne, Anatole France... ces illustres personnages ont appartenu à la Société de Géographie, savante organisation fondée en 1821 pour porter les progrès de la géographie et encourager les découvertes. Retour sur deux cents ans d'histoire et d'aventures.

Invités
  • Christian Grataloup, agrégé et docteur en géographie, géohistorien, professeur émérite à l’Université de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui mêlent géographie et histoire, parmi lesquels L’Atlas historique mondial (Les Arènes, L’Histoire, 2019), L'invention des continents et des océans (Larousse, 2020) ou encore L’Atlas historique de la France (Les Arènes, L’Histoire, 2020). Il participe aux nombreux débats et tables-rondes organisés à l’occasion du bicentenaire de la Société de Géographie en décembre 2021.

  • Jean-Robert Pitte, professeur émérite de géographie et d’aménagement à l’Université Paris-Sorbonne, dont il a été président de 2003 à 2008. Il crée en 2006 l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques depuis 2008, il devient secrétaire perpétuel en 2017. Il est président de la Société de Géographie depuis 2009 et membre de l’Académie du Vin de France. Il a co-écrit avec Benoist Simmat L'Incroyable histoire de la géographie, une bande-dessinée qui retrace l’histoire de la Société de Géographie. Illustrée par Philippe Bercovici, elle paraît aux Arènes le 21 octobre 2021. 
« Le 15 décembre 1821 à l'Hôtel de ville de Paris est fondée la Société de Géographie. Lisons son acte de naissance : « La Société est instituée pour concourir aux progrès de la Géographie ; elle fait entreprendre des Voyages dans les contrées inconnues ; elle propose et décerne des prix ; établit une correspondance avec les Sociétés savantes, les Voyageurs et les Géographes ; publie des relations inédites ainsi que des ouvrages, et fait graver des cartes ». Quel beau programme pour la Société de Géographie, et non la Société française de Géographie, car cette institution se veut universelle » (Xavier Mauduit)
 
« Au XIXe siècle, la cartographie, le récit de voyage, la maîtrise des territoires en Europe et ailleurs, la réflexion sur la façon dont on peut penser le monde, le découper et l'organiser, vont petit à petit former une discipline, au sens scolaire et universitaire du terme, qu'on va appeler la géographie. Au XVIIIe siècle, au contraire, les mots qui recouvraient la géographie étaient assez différents, essentiellement cartographiques. Les Sociétés de Géographie, qui se constituent sur le modèle de la société fondée à Paris, accompagnent cette mutation auprès du grand public, dans une vision libérale.» (Christian Grataloup)

« Après la guerre de 1870-1871, on a considéré que la défaite était en partie due au déficit de connaissances géographiques des Français sur leur propre territoire et la lecture des cartes. On a alors mis beaucoup de géographie à l'école avec l'intention d'en faire une géographie très environnementale, de connaissance du milieu, d'excursion, etc... » (Christian Grataloup) 

« On s'intéresse de plus en plus à la gestion de la planète, c'est une évidence... et surtout on n'est plus dans un moment où on pense en terme de progrès d'une évolution qui serait la même pour tous... On parle de développement puis de sous-développement. On parle d'une diversité du monde. On dit Nord-Sud pour dire pays riches et pays pauvres au lieu de dire pays développés et sous-développés comme on disait il y a 40 ans. Ce n'est plus le même processus pour tout le monde. C'est au contraire un processus différencié. Ca c'est de la géographie, la diversité et la variation de ce que nous et l'autre, on fait. Or dialoguer, c'est au coeur de la géographie... » (Christian Grataloup) 

« Nous tous géographes, on est convaincu que la géographie ça sert à faire la paix. Dit à l'envers, l'ignorance géographique est une arme de destruction massive... Quand on entre en profondeur dans la connaissance de l'autre et de l'ailleurs, on a moins envie de faire la guerre parce qu'on comprend les différences... » (Jean-Robert Pitte)

Compléments

Épisode 4 : Cartographier l’imaginaire (Le Cours de l'Histoire, 9 septembre 2021)


En parallèle des cartes scientifiques, les cartographes développent une autre manière de représenter les espaces géographiques. Continent-visage, île-jambe, mer-chevelure... Quelle histoire racontent ces terres aux formes humaines et animales, du Moyen Âge à nos jours ?

Invité

Laurent Baridon, professeur d’histoire de l’art à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheur au sein de l’équipe « Art, imaginaire, société » du laboratoire CNRS LARHRA. Après avoir consacré ses premières recherches à l’imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc, il s’est notamment intéressé aux représentations du corps et du visage, aux confins de la science, de la croyance et de l’art. Ses recherches actuelles portent sur la représentation des concepts et sur leurs modes d’incarnation visuelle.
 
« Les cartes imaginaires sont souvent liées à un texte. Ce sont des illustrations, des planches, dans des ouvrages. La "Cosmographie" de Sébastian Münster, par exemple, renferme une carte célèbre d'une allégorie de l'Europe en vierge ou en reine, selon l'interprétation qu'on peut en donner. Cette image a eu un tel succès qu'elle a été diffusée en feuilles volantes séparées du livre (...). Bien souvent, il y a besoin d'un texte pour décoder la représentation et lui donner un sens, puisque les images sont polysémiques. » (Laurent Baridon)

« Représenter l'Europe avec l'Espagne pour tête n'est pas un hasard. Il s'agit de montrer le pouvoir de Charles Quint sur l'Europe et la cohérence d'un continent que l'on veut, selon le concepteur de cette carte, placée sous l'autorité du Saint-Empire romain germanique (...). On voit apparaître des contrepropositions à cette carte, d'autres interprétations, dont une visiblement protestante qui montre le Saint-Empire romain germanique démembré. La reine Isabelle est représentée avec une robe, qui constitue le continent européen. La robe se fragmente, laissant apparaître sa poitrine nue, ce qui n'est pas respectueux. » (Laurent Baridon)

Compléments

Le nord en haut de la carte : une convention qu'il faut parfois savoir dépasser

 

Le nord en haut de la carte constitue une convention. Il n'en a pas toujours été ainsi. La première boussole magnétique inventée en Chine pointait vers le sud.  Au Moyen Age, orienter la carte c'est indiquer la direction de Jérusalem (à l'est par rapport à l'Europe). Il faut attendre le XVe siècle pour que le nord devienne progressivement une convention sur les cartes, le plus souvent dressées par des Européens. Aujourd'hui, à l'ère numérique, se pourrait-il que nous commencions à prendre un peu plus de liberté par rapport à cette convention ? 

Nous utilisons des cartes non seulement pour naviguer (et dans ce cas il est indispensable de pouvoir s'orienter) mais aussi pour informer et raconter des histoires. Des cartographes et infographistes du Washington Post montrent dans la vidéo ci-dessous des cas où il peut s'avérer plus efficace de ne pas chercher à placer le nord en haut. Qu'il s'agisse de suivre un événement naturel comme l'éclipse de 2017, de cartographier un bassin versant, de suivre le tracé d'une frontière, etc. il peut être utile de ne pas respecter cette convention. Pourquoi cela vaut-il le coup par moments de s'écarter des normes ? La présentation a été faite lors de la réunion 2018 de la North American Cartographic Information Society (NACIS) à Norfolk. 

North is a societal construct : when to break the rules with your map ? (source : NACIS)


La navigation en immersion dans des globes virtuels peut être source de désorientation. Par ailleurs, nous sommes tellement habitués à voir le Nord en haut qu'il peut être très perturbant d'utiliser des projections inverses (avec l'hémisphère sud en haut). Nous avons besoin de repères. Rien de tel tout de même que le nord et le sud !  Petite expérience amusante avec cette carte réelle qui trouble nos repères (voir ici la solution si vous ne trouvez pas).

Pour rappel, le pôle nord magnétique ne correspond pas au pôle nord géographique. Les fortes perturbations actuelles dans le champ magnétique de la Terre conduisent à un déplacement accéléré du pôle magnétiques. Celles-ci ont tendance à perturber l'aide à la navigation et a nécessité des mises à jour régulières de cartes. Un extraterrestre arrivant sur Terre serait certainement capable de mesurer le champ géomagnétique, mais il ne pourrait jamais deviner dans quelle direction nous avons conventionnellement décidé de pointer la flèche sur nos boussoles.


Pour compléter

Mick Ashworth (2021). Pourquoi le Nord est-il en haut ? Petite histoire des conventions cartographiques. Éditions Autrement, 2021, 224 pages (compte-rendu sur le site des Clionautes)

Une sélection de cartes et de projections où le Nord n'est pas en haut :
http://www.pinterest.co.uk/martinstabe/north-not-up/

Le travail de Ricard Edes Harrison pour le magazine Fortune comprenait de nombreuses cartes avec des orientations non conventionnelles : http://fulltable.com/vts/f/fortune/menubc.htm

Les scientifiques ont percé le mystère du déplacement du pôle nord magnétique :
http://www.youtube.com/watch?v=nFBQsXyV-jU

Pourquoi la lumière du soleil vient-elle du nord sur les cartes en relief ombré ?
http://twitter.com/mattparrilla/status/1422919289733107718


Articles connexes 

Délimiter le Nord et le Sud en France : une affaire de représentations ? 

Jouer avec les stéréotypes en géographie, est-ce les renforcer ou aider à comprendre le monde ?

Pouvez-vous localiser ces pays sur une carte ?



La carte, objet éminemment politique : la cartographie des inégalités urbaines à Marseille


Nous avons abordé dans plusieurs billets les usages politiques des cartes. L'exemple qui est présenté ici concerne plus spécifiquement leur usage et détournement médiatique en vue d'essayer de trancher une polémique. Le débat porte sur les politiques urbaines et les réponses à apporter aux violences et aux inégalités à Marseille. La carte qui est utilisée par le journaliste de BFM-TV est celle des revenus médians dans la cité phocéenne. La source scientifique est présentée en reprenant le titre du rapport du Haut Comité au Logement des Personnes Défavorisées (2019) sur la "crise humanitaire" qui se joue. La carte n'est pas vraiment expliquée. Elle est montrée rapidement à l'écran comme une image furtive pour mettre en évidence les écarts sociaux et comme argument pour essayer de trancher un débat politique. L'absence de mixité sociale montrée par la carte peut-elle justifier en soi une politique de "rénovation-bulldozer" ?


Pour Manuel Valls, « l’un des problèmes de Marseille, ce n’est pas de rénover, mais de reconstruire pour repeupler la ville ». Revenant sur cette formule choc, l'analyste de BFM-TV critique dans un premier temps le point de vue de l'ancien premier ministre :

« Tout raser, repeupler autrement : le moins qu’on puisse dire c’est que c’est radical. La dernière fois qu’on a rasé tout un quartier à Marseille, c’était en 1943 pendant la guerre [...] Vous me direz, Manuel Valls est habitué des déclarations chocs [...] Mais c’est un ancien premier ministre, à ce titre il a une responsabilité politique, sa parole est particulière, il a une responsabilité [...]  Cela laisse penser que les gens sont quantité négligeable. Cela rappelle une autre formule "on va nettoyer au kärcher la cité". La petite phrase de Manuel Valls occulte l’essentiel de ce qu’il a voulu dire... »

Puis dans un second temps, le journaliste s'emploie à développer des arguments contraires, carte à l'appui :

« Sur le diagnostic, cela veut dire que Manuel Valls a raison ? Oui cela veut dire que la rénovation ne suffira pas. Il n’est pas le seul à le penser [...] A Marseille, les quartiers nord concentrent tous les maux : la pauvreté, le mal logement, la délinquance, les trafics. La situation y est catastrophique. Il y a un rapport qui a été publié l’an dernier par le Haut Comité au Logement des personnes défavorisées. Il titrait «  A Marseille, c’est une crise humanitaire » Vous vous souvenez de la rue d’Aubagne ou de ces immeubles délabrés. Là où Manuel Valls n’a pas tout-à-fait tort, c’est sur l’idée de mixité sociale. Je vous montre une carte, celle du revenu médian dans la cité phocéenne. Vous voyez tous les quartiers en bleu au cœur de la ville. Dans ces quartiers-là, un foyer sur deux gagne entre 3000 et 8000 euros par an. L’écart  entre les quartiers les plus pauvres et les quartiers les plus riches, c’est de un à quinze [répété deux fois]. Donc on n’est plus dans ce qu’on appelle des poches de pauvreté. On est dans des ghettos de très grande misère. »

Et la deuxième journaliste, un peu circonspecte, de demander : "Mais concrètement on peut raser un quartier tout entier ?"

« Non, mais on démolit des tours, on démolit des immeubles. C’est ce qui se passe depuis 20 ans. Manuel Valls l’a fait à Evry. L’hiver dernier, il y en a eu à Bondy. C’est parfois inévitable parce que tous les logements ne sont plus occupés ou parce que cela coûte plus cher à rénover. Mais il n’y a que dans les pays totalitaires où l’on efface tout et on recommence. A Marseille, il faudra démolir sans doute, rénover, reconstruire, désenclaver, mais tout cela prendra du temps, beaucoup de temps.

Utilisée à un moment-clé dans le débat d'opinion, la carte en question est censée venir administrer la preuve. Il semble indispensable de revenir à sa source pour savoir dans quel contexte elle a été produite et ce qu'elle nous dit. La carte est extraite de tout un dossier cartographique élaboré en 2020 par Élisabeth Dorier et Jean Dario, Marseille 2018-2019 : De la crise du logement à la crise humanitaire (à télécharger sur le site du Haut Comité au Logement des Personnes Défavorisées). 


Source : « Marseille, fragmentation et enjeux du mal-logement (2018-2020)  » Urbanicités, 2020.


L'ensemble cartographique d'où est extrait le document comporte beaucoup de cartes et de données sur le mal-logement où l'on voit que le problème posé est complexe, qu'il faut tenir compte des processus de ségrégation à l'origine de ces inégalités et qu'il ne se résume pas à raser les quartiers pauvres. Comme on le sait, en montrant de fortes disparités, les cartes sont susceptibles de venir réifier des réalités sociales et alimenter des discours extrêmes. Il est bien spécifié dès le début du dossier :

« Cet ensemble de cartes et graphiques a été conçu et réalisé dans le cadre d'une démarche universitaire indépendante et de long terme. Cette sélection de cartes est mise à la disposition du Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées (HCPLD), pour accompagner son rapport 2019 sur le mal-logement. [...] Étant donné le caractère technique et complexe de certaines données et cartes, des précautions d'interprétation s'imposent. [...]   

« Le présent dossier de cartes, et plus largement ce travail en commun entre universitaires et institutionnels permet d’avoir une approche factuelle et rigoureuse sur les inégalités, les ségrégations urbaines et les carences en logements très sociaux. Il souligne que les effondrements rue d’Aubagne ne relèvent pas de faits divers accidentels, et imprévisibles, mais d’une continuité de défaillances systémiques des dispositifs et des acteurs face à une accentuation de la fragmentation urbaine : recompositions sociales, concentration de la pauvreté dans le centre et les quartiers nord, implantation des logements sociaux aggravant une ségrégation géographique, production insuffisante de logements “très” sociaux adaptés aux revenus des demandeur.se.s, absence de traitement de l’habitat dégradé dans les quartiers populaires, et jusqu’aux difficultés de relogement provisoire des ménages évacués, malgré la mise en place d'un dispositif exceptionnel, du fait du manque de logement social dans le centre ancien. [...] »


Loin de n'aborder que les disparités et la fragmentation socio-spatiale, le dossier cartographique proposé par Élisabeth Dorier et Jean Dario permet de contextualiser le cas de Marseille et d'envisager les inégalités au prisme des politiques urbaines, notamment le déficit de production en matière de logements "très sociaux" depuis 1995. 


Source : « Marseille, fragmentation et enjeux du mal-logement (2018-2020) » Urbanicités, 2020.


Si le rapport du HCLPD de 2019 parle de « crise humanitaire », c'est d'abord pour souligner la gravité de cette crise du logement social. Pour y remédier, il émet un certain nombre de préconisations qui vont de la construction de logements sociaux au maintien de logements privés abordables, en passant par la mise en place de programmes de réhabilitation de fond. Dans le cas d'opérations de rénovation, le rapport évoque la règle dite du "un pour un" (un logement social détruit = un logement construit) et surtout le principe selon lequel « un logement réhabilité ou construit doit être à niveau de loyer correspondant aux revenus des ménages délogés » (ce que permettent rarement les opérations de destruction-reconstruction de grande envergure). Le rapport évoque aussi les traumatismes liés aux opérations de délogement-relogement et le risque d'aboutir à une « ville malade ».

Les fractures urbaines concernent également l'école comme le montre l'article de Gwenaëlle Audren et Virginie Baby-Collin "Ségrégation socio-spatiale et ethnicisation des territoires scolaires à Marseille". Les deux autrices montrent comment « la carte scolaire française tend à reporter les formes de la ségrégation sur les établissements scolaires des quartiers, en reproduisant les inégalités sociales ». 

Autrement dit, les questions de mixité sociale et de lutte contre les ségrégations urbaines ne se cantonnent pas à la question du logement, aussi importante soit-elle dans la production des inégalités. Elles s'inscrivent dans des processus plus complexes que les discours politiques sur la ville ne le laissent souvent entendre. La cartographie des inégalités urbaines vient documenter ces processus et nourrir la réflexion, mais ne saurait être brandie comme un argument d'autorité pour emporter la conviction de l'opinion publique. 

Références

Dorier, É. et Dario, J. (2020). « Marseille 2018-2019 : de la crise du logement à la crise humanitaire ». Dossier de cartes commentées en appui au rapport 2019 du Haut Comité au Logement pour les Personnes Défavorisées. Aix Marseille Université. Laboratoire Population Environnement Développement, UMR 151, 20 février 2020.    

Dorier, É. (2020) « Marseille, fragmentation et enjeux du mal-logement (2018-2020) », Urbanicités.

Marseille : de la crise du logement à une crise humanitaire - 22e rapport  du  Haut Comité au Logement des Personnes Défavorisées - Novembre 2019.

A Marseille, une cartographie citoyenne contre le mal logement (VeilleCarto 2.0)
http://veillecarto2-0.fr/2020/01/20/a-marseille-une-cartographie-citoyenne-contre-le-mal-logement/

Audren G. et Baby-Collin, V. (2017). « Ségrégation socio-spatiale et ethnicisation des territoires scolaires à Marseille », Belgeo, 2-3 | 2017.
https://journals.openedition.org/belgeo/18726?lang=nl

Audren G. (2015). Géographie de la fragmentation urbaine et territoires scolaires à Marseille. Thèse de Géographie. AMU - Aix Marseille Université
http://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01244911


Lien ajouté le 9 septembre 2021

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Étudier les établissements scolaires en lien avec la politique de la ville : intérêt et limites




L'histoire par les cartes : plus de deux siècles d'aménagements fluviaux sur le Rhin


La projection sur la chaîne Arte-Tv du documentaire-fiction Tulla, l’homme qui dompta le Rhin est l'occasion d'aborder la question de l'aménagement des grands fleuves et des problèmes écologiques qu'ils posent aujourd'hui. Ce documentaire revient sur le destin exceptionnel de l'ingénieur Johann Gottfried Tulla qui a consacré sa vie à un grand projet d’aménagement du Rhin. 

Tulla, l’homme qui dompta le Rhin (Arte-Tv)


« Son idée était  de donner un tracé rectiligne au Rhin supérieur, en supprimant ses méandres naturels afin de le rendre plus navigable, et de délimiter une frontière claire entre la France et le grand-duché de Bade. Le Rhin est sans doute le fleuve d’Europe qui a le plus été aménagé et façonné. Au XIXe siècle, en pleines guerres napoléoniennes, l’ingénieur hydraulicien Johann Gottfried Tulla (1770-1828) conçoit pour lui un projet décisif. Formé en Allemagne et à l'École polytechnique, il propose de donner un tracé rectiligne au Rhin supérieur, en supprimant ses méandres naturels afin de le rendre plus navigable, et de délimiter une frontière claire entre la France et le grand-duché de Bade. Si, pour certains, sa vision relève de la pure folie, elle donne lieu néanmoins à ce qui constitue alors le plus vaste projet de construction du continent. Mort avant l'achèvement du chantier, Tulla ne verra jamais les avancées apportées par les immenses travaux qu'il a initiés : intensification des échanges fluviaux européens, naissance de villes et de ports… Au-delà d’une biographie de ce grand bâtisseur, ce documentaire-fiction porte cependant un regard critique sur les aménagements colossaux accomplis alors, insistant notamment, grâce au recul apporté par le temps, sur les dégâts écologiques qu’ils ont causés. » 

En 1810, Tulla réalise une première cartographie « pour redresser le Rhin d'une manière innuisible aux deux rives ». Le plan est élaboré en français et en allemand. Il utilise le système métrique mis en place par la France. 

En 1812, il  dresse une Carte complète du Grand Duché de Bade. On y voit très bien les nombreuses boucles du Rhin que Tulla veut rectifier en un tracé rectiligne, notamment dans le secteur de Karlsruhe (sa ville natale). On est dans un contexte de foi inébranlable dans les voies du progrès.

Extrait de la "Carte complète du Grand Duché de Bade"  (source : Gallica)


Au printemps 1817, c'est le début du grand chantier de correction du Rhin supérieur. Il n'est plus question de laisser divaguer le fleuve. L'heure est au développement économique. Des zones forestières sont défrichées et le percement du passage de Knielingen peut commencer. Le chantier ne se déroule pas sans incident. Les habitants de Knielingen craignent pour leurs lieux de pêche et tentent de s’opposer aux travaux. L’armée doit intervenir pour mettre fin à leur résistance. On peut considérer qu'il s'agit de la première manifestation civique contre des travaux d’Etat. Les communautés riveraines sont astreintes à contribuer aux travaux. La terre excavée est déversée en bordure du nouveau cours du fleuve. Après trois ou quatre ans où le fleuve travaille lui-même à son approfondissement et à son élargissement, le Rhin commence à prendre place dans son cours définitif. Grâce à ce nouveau chenal, les habitants de six villages sont épargnés par la crue de 1824.

Le 23 mars 1821, Tulla adresse une Lettre au Lieutenant Georg Heinrich Krieg von Hochfelden au sujet de la rectification du cours du Rhin. Cette lettre expose ses prises de position programmatiques.

En 1822, il publie une Carte hydrographique du cours du Rhin entre Neuburg et Sondernheim, indiquant la rectification du Rhin débutée en 1817.

En 1827, Tulla rédige un Mémoire sur la rectification du cours du Rhin, depuis son débouché de la Suisse jusqu’à son entrée dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt (Journal de la Société des Sciences, Agriculture et Arts de Strasbourg, p. 5–69)

Cartes comparant la situation en 1828 et en 1838 par rapport à aujourd'hui.

Cartes de rectification du Rhin (1828) à télécharger sur le site Chart Room


Les travaux du secteur entre Strasbourg et Bâle sont principalement réalisés pendant la période entre 1842 et 1876. Les aménagements consistent à contenir les eaux du Rhin dans un « lit mineur » avec des rives fixes distantes de 200 à 250 m. Cet élargissement du Rhin favorisera l'essor économique et industriel de l'Allemagne au cours des  XIXe et XXe siècles. 

Ce qui représente à l'époque une victoire de l'homme sur la nature sera remis en cause seulement à la fin du XXe siècle. En 1986, le Rhin est déclaré « mort » après le déversement de 20 tonnes de produits agrochimiques de l'usine Sandoz de Schweizerhalle, près de Bâle, qui a anéanti les poissons sur une distance de 400 km, provoquant colère et prise de conscience.

De nombreux écologistes souhaitent redonner aujourd'hui plus d'espace au Rhin, non seulement dans les bassins de rétention, mais dans les forêts alluviales. Cependant, les mesures de renaturation sur le Rhin sont pratiquement impossibles, explique le directeur du musée Baumgärtner. « Vous pouvez le faire sur des affluents comme la Murg et l'Alb, mais plus sur le Rhin. La construction a été réalisée jusqu'au rivage, il y a des barrages. Un changement aurait également des conséquences pour la navigation. » 


Accès aux sources 

Cartes anciennes du Rhin supérieur (archives de Karlsruhe)

Voir notamment les cartes d'archives donnant le détail des transformations sur chaque secteur du Rhin.

Le projet commun des bibliothèques du consortium EUCOR et des Archives générales du Land à Karlsruhe ont procédé à la numérisation de fonds cartographiques anciens concernant la région du cours moyen du Rhin, le fleuve étant le trait d’union qui relie tous les partenaires. Le point fort thématique retenue est la rectification du cours du Rhin, réalisée tout au long du XIXème siècle. L’ingénieur et Directeur des ponts et chaussées Johann Gottfried Tulla (1770–1828) en est la figure centrale. De 1800 à 1890, de nombreuses cartes et atlas ont paru, qui permettent de suivre pas à pas la genèse et l’histoire de cette rectification. La mise en ligne de ces ensembles cartographiques permet de prendre connaissance de la richesse du travail des cartographes de cette époque et de son évolution : orientation à l’ouest, à l’est puis au nord des cartes, interprétations différenciées des frontières entre les états, les appellations divergentes des noms de lieux en allemand et en français. Cet ensemble de cartes est enrichi par l’ajout de textes contemporains numérisés ainsi que par des documents d’archives manuscrits, qui permettent d’en savoir plus sur les phases successives de ces travaux.

Pour compléter

L’artificialisation du Rhin. La rectification. Comment le sauvageon fut corrigé

Carte à la une : reconstituer le Rhin disparu (Géoconfluences)
Comment les cartes anciennes peuvent-elles aider à gérer les hydrosystèmes fluviaux ? Les archives cartographiques fournissent de précieuses indications sur la trajectoire d'évolution de grands cours d’eau très anthropisés.

GeoRhena, système d'information géographique du Rhin supérieur

Aménagement du Rhin. Atlas des paysages d'Alsace

Les aménagements hydroélectriques du Rhin franco-allemand (EDF)

L'aménagement des trois plus grands fleuves européens : Rhin, Rhône et Danube. Problèmes et méfaits (Tricart & Bravard, 1991) 


Lien ajouté le 2 septembre 2021


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ExtendNY, une application qui permet d'étendre le plan orthogonal de New York à l'échelle de la planète


Et si la grille des rues et avenues de Manhattan s'étendait à toute la planète ? Telle est l'idée originale qui a présidé à la conception du mashup ExtendNY (pour « Extend New York  »).

Aperçu de l'interface de l'application en ligne ExtendNY 


ExtendNY est une carte interactive qui étend le plan orthogonal de New York à toute la planète. Se donner rendez-vous à l'angle de la 12 779e avenue et de la 64 910e rue est plus original que de donner la latitude et longitude de Paris. En même temps, cela revient un peu au même puisque le plan de Manhattan est conçu sur un modèle de grille comme les coordonnées géographiques : les avenues vont du nord au sud et les rues vont d'est en ouest. Avec un système aussi simple, comment ne pas vouloir le généraliser au monde entier !

Cette application développée par Harold Cooper s'inspire de la célèbre affiche View of the World from 9th Avenue, qui montre les Etats-Unis vus de New York (vision subjective). Sauf qu'il s'agit ici d'une carte et non d'un paysage. Comme la Terre est ronde, les rues tracent des lignes courbes à la surface du globe (ce serait en fait des lignes droites si on les parcourait à pied).


Si l'on va voir ce qui se passe du côté de l'Ouzbékistan, le plan orthogonal de New York ne fonctionne plus. On comprend que la grille adaptée à une surface plane est difficile à représenter sur un globe. La grille se divise alors en plusieurs cônes tout autour du point central de la projection.



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Étudier la répartition géographique des noms de famille en France et en Europe


Source : Where Does Your Name Come From ? (Maps Mania, 24 août 2021)

Le peintre impressionniste Claude Monet est né à Paris. Le fait qu'il soit né à Paris n'est pas si surprenant. Une carte montrant la répartition des noms en France avec le patronyme "Monet" révèle que Paris est le deuxième département (après le Nord) à compter le plus grand nombre de Monet. 


Quentin Nahelou a développé Geneamap, une application en ligne qui interroge la répartition des noms de familles à partir de la base Geneanet. Entrez votre nom dans Geneamap et il vous montrera sous forme de heatmap la répartition de votre nom de famille à travers la France. Cette application est  particulièrement utile pour les personnes intéressées par la généalogie, car elle permet de mettre en évidence les territoires où un nom de famille est le plus implanté, voir de remonter à sa région d'origine. 

Vous pouvez utiliser des applications interactives pour découvrir la répartition géographique et les origines de noms de famille dans d'autres pays d'Europe :

Vous pouvez également explorer la distribution mondiale des noms de famille en utilisant Forebears. Le site vous indiquera la signification de votre nom et sa répartition géographique avec le nombre d'occurrences par pays. « Smith » n'est pas seulement le nom de famille le plus courant dans de nombreux pays anglophones. C'est aussi le nom de famille professionnel le plus courant dans une grande partie de l'Europe (How the Smiths took over Europe). Smith signifie forgeron. Les noms de famille peuvent renvoyer à des noms de métier, mais aussi à des lieux géographiques, à des objets naturels, à des surnoms, etc...  

Pour compléter

Europe. Les noms de famille les plus courants par pays

Afrique. Les noms les plus courants par pays

États-Unis. Les noms les plus courants par états.

Monde. Les noms de famille les plus courants par continents et pays

Sources 

Fichier des noms de l'État civil en France (INSEE). Le fichier des noms contient des données sur les noms par décennie de naissance de 1891 à 2000. Ces données sont disponibles au niveau France et par département.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/3536630


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A qui appartient la mer du Nord ? Une cartographie des entreprises pétrolières et gazières au Royaume-Uni


Source : Who Owns the North Sea ? (Maps Mania, 21 août 2021)

« Construire un avenir démocratique et durable nous oblige à réinventer la propriété ». Le site common-wealth.co.uk vise à sensibiliser le public aux inégalités dans la répartition de la propriété au Royaume-Uni. Dans Who Owns England, ce think tank avait déjà proposé une cartographie destinée à  montrer les inégalités foncières en Angleterre (et aussi en Écosse et au Pays de Galles). Une autre question très importante, compte tenu notamment de la crise climatique, est « À qui appartient la mer ? » 

Who Owns the North Sea est une carte interactive et une base de données documentant les entreprises détentrices de licences pétrolières et gazières en mer du Nord. Les réserves de pétrole de la mer du Nord font du Royaume-Uni le deuxième plus grand producteur de pétrole et de gaz en Europe. Le gouvernement britannique vend des licences pour ces actifs de combustibles fossiles au secteur privé. Ces licences accordent aux entreprises les droits exclusifs d'extraire du pétrole et du gaz dans une zone définie. 

Une licence correspond à une zone géographique définie pour la prospection, l'exploration ou l'extraction de ressources pétrolières. Le système de licence de l'Oil and Gas Authority (OGA) couvre le pétrole et le gaz au sein de la Grande-Bretagne, sa mer territoriale et sur le plateau continental britannique. Le Petroleum Act de 1998 confère tous les droits sur les ressources pétrolières de la nation à la Couronne, mais l'OGA peut accorder des licences qui confèrent des droits exclusifs de « rechercher, forer et obtenir » du pétrole. Les licences se répartissent en plusieurs catégories. Les principales distinctions se font entre les licences onshore et offshore, et entre les licences d'exploration (qui couvrent uniquement l'exploration) et les licences de production (qui couvrent à la fois l'exploration et la production). L'OGA a le pouvoir discrétionnaire d'octroyer des licences pour aider à maximiser la reprise économique des ressources pétrolières et gazières du Royaume-Uni.


En cliquant sur la carte interactive, on peut afficher en détail tous les détenteurs de ces licences. Si on clique sur le nom d'une société mère dans le tableau, toutes les licences détenues par cette société en mer du Nord s'affichent sur la carte. Ces dernières années, les grandes sociétés pétrolières et gazières (telles Exxon Mobil, BP et Shell) ont cédé leurs participations dans la mer du Nord. Des sociétés financées par des capitaux privés et appartenant à l'État ont commencé à s'implanter et à contrôler de plus en plus de licences de combustibles fossiles dans la mer du Nord.

Alors qu'il s'agit d'envisager un avenir sans carbone, la capacité de contrôler et de réglementer les titulaires de permis en mer du Nord va constituer un enjeu important. Les grandes sociétés pétrolières et gazières ont des antécédents inquiétants en termes de protection de l'environnement et de lutte contre le changement climatique. Les nouvelles sociétés de capital-investissement et d'État pourraient s'avérer encore pires. De nombreux écologistes craignent que ces sociétés de capital-investissement et sociétés contrôlées par des pays non démocratiques ne s'avèrent encore plus difficiles à responsabiliser et à réglementer.

Page de présentation du projet :
Who owns the North Sea ? Mapping ownership of the UK’s oil and gas licenses  

Accès direct à la carte interactive :
Map of Equity Holders in North Sea Licenses

Les zones de licence gérées par l'Oil and Gas Authority (OGA) :
Licence boundaries covering both onshore and offshore UK taken directly from OGA's Petroleum E-business

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Quand la lutte contre les émissions de CO2 passe par la dénonciation des entreprises les plus concernées


Manga Map, une application qui transforme vos vues aériennes en images de type bande dessinée


Manga Map est une application 3D en ligne qui permet de faire des images type dessin animé à partir de vues ariennes réelles. Il suffit de saisir un nom de lieu à la surface du globe et aussitôt l'application affiche la vue en oblique du lieu choisi. 


L'effet est assez spectaculaire, particulièrement dans les zones en relief. 


Manga Map a été développé par Steve Attewell avec les outils de Mapbox Studio. L'effet d'ombrage confère à l'image un aspect très esthétique, proche du manga. Sur le plan technique, l'effet de cel-shading n'est pas lié à Mapbbox, mais à un filtre SVG mis dans le conteneur DIV de la carte et à une image d'arrière-plan qui crée un effet d'impression en demi-teinte (voir cette démo en vidéo avec le code).

Steve Attewell s'intéresse depuis de nombreuses années aux effets visuels appliqués aux cartes interactives. En voici quelques exemples : effet d'objectif caméra, effet d'anaglyphe stéréoscopique 3D, effet Stippler Art ou encore coupe topographique redessinée en fonction du terrain.

Pour accéder à Manga Map :
http://steveattewell.com/manga-map/


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Cartes : des plans sur la planète (émission Eurêka sur France Culture)


Source : Cartes : des plans sur la planète (émission Eurêka à écouter sur France Culture, 16 août 2021, 59 mn).

« Je lis les cartes comme je lis le livre »  disait Jean Giono. Les cartes géographiques sont bel et bien un livre ouvert sur le monde depuis les temps les plus anciens, une projection de l’humanité sur son environnement, partant d’une abstraction. Comment est-on parvenu à cartographier les mers et les océans ? Et que nous dit l'évolution de ces représentations sur notre façon d'habiter le monde ? "Cartes : des plans sur la planète", c’est l'itinéraire légendé qu'a cherché à suivre Antoine Beauchamp, à la frontière entre carte et territoire, avec pour invités : 

  • Geoffrey Phelippot, doctorant au Centre Alexandre Koyré et à l’EHESS et chercheur associé à la Bibliothèque Nationale de France au département Cartes et Plans

  • Jean-Marc Besse, directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, directeur d’études à l’EHESS et président de la Commission du Comité français de la Cartographie, retraceront le chemin de cette invention. 

Une émission à écouter en direct sur France Culture. Nous en avons extrait et transcrit quelques échanges et citations intéressantes :

Maximilien Sorre (1954, à propos de l'importance des cartes ) :

« Le premier stade de toutes nos enquêtes, à nous géographes, est l'établissement d'une carte. Et l'on n'exagère guère en disant que tout effort d'analyse dépend de la richesse et de l'exactitude de la représentation cartographique. Nous sommes là en présence d'un mode d'expression fort ancien. Et nous restons encore étonnés de l'ingéniosité avec laquelle des navigateurs incultes ou des nomades ont su figurer les contours des terres et des mers, c'est-à-dire transmettre la connaissance des lieux et de leurs positions respectives [...] La cartographie est un langage dont les titres d'ancienneté sont, on le voit, respectables. C'est grâce à elle que les hommes ont exprimé d'abord leur conception de l'espace terrestre. » 

Jean-Marc Besse

« La carte est un langage qui permet à des sociétés d'exprimer leur conception de l'espace et du monde. C'est aussi l'expression, parfois extrêmement élaborée, de conceptions culturelles, de croyances sociales, évidemment bien entendu de concepts scientifiques. [...] L'autre chose que je retiens dans le propos de Maximilien Sorre, il ne réduit pas la création cartographique à l'univers européen et occidental et encore moins à l'univers moderne et contemporain. » 

Geoffrey Phelippot

« La carte n'est pas forcément sur une feuille de papier, elle peut prendre diverses formes. Ca pose justement la question : qu'est-ce qu'une carte ? Est-ce que c'est forcément une représentation plane sur un papier ? Ou au contraire, peut-elle prendre différentes formes sur des tablettes d'argile ou du papyrus ? » 

Jean-Marc Besse

« Si l'on prend l'exemple de la dalle ornée de Saint-Bélec dans le Finistère [...], on affaire là un graphisme d'une certaine manière, avec des motifs géométriques qui se répètent et qui forment un ensemble cohérent et qui représentent un territoire de 30km, avec les différents accidents du relief. On peut considérer qu'un des éléments caractéristiques de la carte, c'est ce détour, si je puis dire, par l'élaboration d'une représentation graphique, quel qu'en soit le support, un langage graphique qui n'est pas forcément un langage géométrique. Cela suppose un détour qui n'est pas forcément une représentation abstraite. Pour se rapporter à un espace où l'on vit ou même où l'on ne vit pas - cet espace peut être lointain, on a éprouvé le besoin de fabriquer une représentation. »  

Geoffrey Phelippot

« C'est d'abord le besoin de pouvoir s'orienter, se déplacer, imaginer cet espace où l'on peut aller ou ne pas aller [...] » 

Jean-Marc Besse

« Pourquoi a-t-on besoin de cartes alors que la plupart du temps on pourrait s'en passer ? Ce n'est pas simplement pour l'orientation, on peut très bien s'orienter sans cartes. Si on a besoin de cartes, c'est qu'on a besoin aussi d'autres choses. Qu'est-ce qu'elles apportent de plus pour l'orientation, la situation, pour la compréhension des espaces où l'on vit ? [...] La carte nous permet de voir ce que nous ne voyons pas, elle nous rend accessible une dimension d'invisibilité [...] La carte n'est pas seulement un objet graphique, c'est aussi un objet mental, dans lequel peuvent s'insérer énormément de croyances, de conceptions, d'imaginaires. La carte véhicule cela. On a inventé la cartographie, mais la cartographie a permis aussi d'inventer autre chose, c'est un point de départ. » 

Geoffrey Phelippot

« Les premières cartes étaient souvent des cadastres chez les Egyptiens, mais aussi déjà chez les Babyloniens [...] » 

Jean-Marc Besse

« Les premières cartes ne cherchaient pas à représenter le monde, mais plutôt le territoire proche où l'on pouvait se déplacer. Cela dit, il y a une cartographie scientifique qui s'est développée dans le monde grec qui avait aussi pour ambition de représenter scientifiquement et philosophiquement le monde connu [...] » 

« Une carte est à la fois un objet dans lequel il y a de la connaissance et un objet dans lequel on inscrit des imaginaires, des intentions et des conceptions. Dans les mappemondes, on peut voir la figuration du Paradis ; mais en même temps, on a énormément d'informations sur la localisation d'un certain nombre de pays, leur histoire… On ne peut pas opposer de manière totalement absolue, la dimension cognitive et la dimension religieuse. Ce sont des conceptions du monde [...] »  

« A partir de la Renaissance, la cartographie va à la fois relayer, accompagner et accueillir le travail des géographes. Dans ces cartes et ces atlas, les géographes vont d'une certaine manière mettre au point cette nouvelle image du monde. Effectivement l'imprimerie va jouer un rôle important en permettant la multiplication du nombre de cartes. On compte dans la 2e moitié du XVIe, mais on n'en est pas vraiment sûr, plus de 1000 plaques de cuivre représentant des cartes, avec des centres de production importants comme Rome, Venise, Cologne, etc. qui vont dessiner cette nouvelle image du monde qui va être globalement dans un langage de type ptoléméen [...] »    

 Geoffrey Phelippot

« Jusqu'au XIXe siècle, on a finalement une discipline [la cartographie] qui est très entremêlée à d'autres savoirs astronomiques, mathématiques, etc... Est-ce que cela devient une discipline scientifique ? Possiblement. »

 Jean-Marc Besse

« Au XIXe siècle, la lithographie permet la diffusion de la cartographie. Cela devient aussi une affaire d'Etat. Elle sert pour le contrôle des territoires, pour leur aménagement. [...] On ne peut pas négliger la puissance de la carte dans les entreprises impériales et coloniales. Dans le domaine du relevé, il y a aussi le développement de la photographie aérienne, surtout au XXe siècle. [...] La carte n'est plus simplement topographique. On se pose la question de savoir ce que contiennent les espaces ? Quel volume et quelle diversité des activités ? [...] La carte des productions économiques et industrielles, de leur localisation, cela a été un des grands développements propre au XIXe siècle, comme l'a montré Gilles Palski [...] ».

 « Il y a une grande différence entre la carte papier et la carte numérique, sur écran. La carte sur écran, qui est liée à un système d'information géographique, est-elle encore une carte ? [...] Ce que nous voyons à l'écran, c'est l'interrogation d'un système d'information, une représentation graphique d'informations qui sont sélectionnées et qui peuvent être variées. Quoique... en même temps on peut se demander si ce n'est pas cela la permanence de l'ontologie de la carte. La carte, au fond c'est cet outil graphique qui recueille une information et qui permet de la rendre lisible de manière ordonnée de façon à ce que les usagers, scientifiques ou non, puissent avoir une meilleure compréhension du monde ».


A lire ou écouter

Interview de Gilles A. Tiberghien et Jean-Marc Besse : « Les cartes représentent aussi ce qui n’existe pas, elles donnent accès à l’imaginaire de l’autre » (Libération)

La carte avant les cartographes : l'avènement du régime cartographique en France au XVIIIe siècle (France Culture)

Les Cassini, carte sur table (France Culture)