La place de la région Bruxelles-Capitale dans la structure urbaine belge


Source : La structure urbaine belge : quelle est la place de la Région de Bruxelles-Capitale ? Cahier de l'Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse, n°17, mai 2026.  

Au cours de ces deux derniers siècles, les villes ont connu une croissance sans précédent de leur population et dans l’espace. Ce phénomène est universel : cette croissance urbaine a démarré à des moments différents et s’effectue avec des rythmes différents selon les pays et les régions. En Belgique, ce double mouvement s’est amorcé dès l’industrialisation au XIXème siècle (croissance de la population) et s’est prolongé avec un étalement urbain prononcé au XXème siècle. Désormais, une ville se définit par une agglomération morphologique, un continu bâti, et par une périphérie fonctionnelle, c’est-à-dire une zone d’influence au sein de laquelle s’exerce l’attraction de la ville. La délimitation des principales villes dépasse largement les limites communales. Délimiter les villes dans l’espace permet de suivre l’évolution de ces dernières, notamment sur un plan statistique. Cela permet également d’identifier le territoire pertinent pour traiter des problématiques urbaines comme l’aménagement du territoire, la mobilité, le développement économique, les infrastructures… L’objectif de ce Cahier est de délimiter l’étendue des villes belges en général et de Bruxelles en particulier. En Belgique, la méthode de délimitation des régions urbaines permet de suivre l’évolution de cette délimitation dans le temps, car elle fait l’objet d’actualisations à la suite des recensements/Census décennaux. Cette méthode, appliquée sur le découpage communal en vigueur au 1er janvier 2025 avec les données du Census 2021, délimite 17 villes en Belgique, dont Bruxelles, au travers de trois composantes, à savoir :

  • le Pôle Urbain Majeur (PUM), correspondant à l’agglomération ;
  • la banlieue, qui est la périphérie fonctionnelle avec d’importantes interactions avec le PUM ;
  • la Zone Résidentielle des Migrants Alternants (ZRMA), qui est la périphérie fonctionnelle où les navettes domicile-travail se font en grande partie vers le PUM.


Le PUM et la banlieue forment la région urbaine. La région urbaine et la ZRMA forment le Complexe Résidentiel Urbain (CRU) des villes. Sur la base de l’actualisation, une analyse statistique de la population et de l’emploi intérieur permet de dégager la hiérarchie urbaine belge. Bruxelles (au sens de son CRU) reste la principale ville du pays, avec 2,9 millions d’habitants et 1,3 millions d’emplois. Anvers est la seconde ville du pays (1,2 millions d’habitants et 540 000 emplois dans le CRU). Liège et Gand suivent avec 700 000 à 800 000 habitants et 300 000 emplois dans leurs CRU. Enfin, Charleroi est la 5ème grande ville du pays (450 000 habitants et 150 000 emplois dans le CRU). Douze autres villes sont suffisamment polarisantes sur leurs alentours pour qu’au moins une commune puisse être considérée comme leur banlieue et forment, ensemble, une région urbaine. À l’occasion de cette actualisation, Genk perd le statut de région urbaine.

L’analyse des dynamiques démographiques et de l’emploi permet d’identifier des évolutions contrastées au sein des CRU (Complexes Résidentielles Urbains). Ces dernières années sont marquées par le dynamisme observé à Gand et à Louvain et par le déclin relatif observé à Charleroi, à Tournai ou à Verviers. Sur le plan démographique, les CRU de Flandre et de Bruxelles ont connu des croissances démographiques plus fortes au centre des villes (les PUM ou les banlieues, selon les cas) qu’en périphérie (les banlieues ou les ZRMA, selon les cas). Quant aux CRU de Wallonie, la croissance de la population a favorisé une dispersion de la population, au profit des ZRMA plutôt que des PUM. Ce schéma se vérifie dans le cas du CRU de Bruxelles : la population s’est davantage concentrée dans le PUM et la banlieue en RBC et en Flandre qu’en Wallonie. Dans la partie wallonne du CRU de Bruxelles, la croissance de la population (et de l’emploi) est plus forte à mesure qu’on s’éloigne du centre de Bruxelles. Cela engendre des divergences de développement urbain de Bruxelles (au sens large) entre la RBC, la Flandre et la Wallonie.

Ce cahier de l'IBSA analyse la structure urbaine sous deux angles : une mise à jour des régions urbaines belges avec les données du Census 2021 et un aperçu complémentaire par la méthode de l'INSEE des aires urbaines appliquées à la Belgique. Cette publication est l'occasion de réfléchir aux différentes méthodes d'analyse (régions urbaines monocentriques versus aires urbaines multipolarisées type INSEE).

En appliquant la méthode des aires urbaines développée en France par l’INSEE, la représentation de la structure urbaine belge tient davantage compte des villes « secondaires », notamment dans l’hinterland de Bruxelles, permettant d’identifier une hiérarchie urbaine plus exhaustive ainsi que des territoires (des communes) soumis à la polarisation vers plusieurs pôles, dont Bruxelles, permettant de sortir d’une approche monocentrique avec une ville unique qui influence un hinterland.

L'étude propose plusieurs cartes qui représente l'extension des principales villes belges :

  • Bruxelles, première ville du pays (un complexe résidentiel urbain de 2,9 millions d'habitants) ;
  • de nombreux pôles secondaires importants autour de Bruxelles (Termonde, Alost, Malines, Ninove, Zaventem, Nivelles & Ottignies-LLN) ;
  • des évolutions contrastées des villes entre la Flandre et la Wallonie ;
  • la multipolarisation d'un grand nombre de communes entre Bruxelles et plusieurs autres villes ;
  • des villes en croissance, d'autres en déclin...

Un glossaire très utile accompagne la publication. Les données ayant servi à cette étude seront prochainement mises à disposition en accès libre, dans la limite des règles de protection des données :  

"Sur le plan des données, le Census pourrait être davantage exploité à l’occasion d’une prochaine actualisation. Par exemple, la géolocalisation des logements est une source de données qui n’a pas pu être exploitée dans le cadre de cette actualisation. Ces données permettraient de s’affranchir de sources différentes selon les régions administratives. Il s’agit d’un arbitrage à opérer entre l’accès à des données open access et l’exploitation maximale des possibilités offertes par le Census. En effet, la géolocalisation précise de la population ou des logements est soumise à la protection des données".

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L’affaissement des sols fait plus que doubler l’élévation du niveau marin

 

Source : Oelsmann, J., Nicholls, RJ, Lincke, D. et al. « Subsidence more than doubles sea-level rise today along densely populated coasts » [L’affaissement des sols fait aujourd’hui plus que doubler l’élévation du niveau de la mer le long des côtes densément peuplées]. Nature Communications 17, 4382 (2026), https://doi.org/10.1038/s41467-026-72293-z

L'étude montre que l’affaissement des sols double la montée relative de la mer sur les côtes peuplées. Le risque littoral naît donc autant du sol qui descend que de l’océan qui monte. L’étude distingue la montée absolue de la mer et la montée relative, celle que vivent les habitants. Quand le sol s’affaisse sous les villes, les deltas ou les plaines côtières, la mer gagne plus vite sur les territoires, les infrastructures et les quartiers exposés. Les chercheurs croisent GNSS, marégraphes, altimétrie satellite, InSAR et modèles géophysiques. Ces données couvrent près de 65% de la population côtière mondiale et rendent enfin visibles les affaissements très locaux des métropoles et des deltas. Le résultat est saisissant. Entre 1995 et 2020, les populations côtières ont vécu en moyenne 6 mm/an de montée relative du niveau marin. Ce rythme dépasse d’environ deux fois la seule montée climatique absolue, car les sols s’enfoncent là où les densités sont fortes. La subsidence touche d’abord les espaces densément habités. 71% de la population côtière mondiale vit dans des régions qui s’affaissent. 55% subissent au moins 1 mm/an de subsidence et 43% au moins 2 mm/an, ce qui accélère concrètement l’exposition. Les points chauds se concentrent dans les grandes villes et les deltas d’Asie et d’Afrique. Jakarta s’affaisse en moyenne de 13,7 mm/an, Tianjin de 13,5 mm/an, Bangkok de 8,5 mm/an, Lagos de 6,7 mm/an et Alexandrie de 4 mm/an. Les deltas confirment cette géographie du risque. Le Gange-Brahmapoutre s’affaisse de 5,4 mm/an, le Nil de 7,8 mm/an, le Yangzi de 2,7 mm/an et le Mékong de 5,6 mm/an. Ces basses terres concentrent populations, cultures, ports, routes et vulnérabilités. On retiendra que le risque littoral n’est pas seulement produit par le climat, mais aussi par les usages du sous-sol, comme le pompage d’eau, de pétrole ou de gaz. Mesurer et réduire la subsidence devient donc essentiel pour adapter les côtes. 

Changement relatif du niveau de la mer et distribution de la population côtière (source : Oelsmann et al., 2026)


Données complémentaires à l'article : « La reconstruction des mouvements verticaux du sol révèle des effets non linéaires sur les variations relatives du niveau de la mer de 1900 à 2150 »
https://zenodo.org/records/8308347

Les données GNSS VLM sont disponibles à cette adresse. Les estimations InSAR du VLM pour l'Europe peuvent être téléchargées depuis l'explorateur de données EGMS. Les données InSAR VLM pour les États-Unissont fournies pour différentes régions. Les données d'affaissement urbain induit par InSAR sont disponibles à cette adresse. Les données d'affaissement deltaïque sont disponibles par ici et sur Zenodo. Les données d'affaissement pour les villes chinoises peuvent être obtenues à cette adresse. Les estimations GIA contenues dans les données VLM sont disponibles à l'adresse suivante. Les données ASLC proviennent de Copernicus. Les informations relatives aux segments côtiers du modèle DIVA (localisation, population, longueur) et les estimations VLM de NI21b sont disponibles dans les fichiers sources fournis dans cet article. Les figures sont réalisées à partir des données de Natural Earth (données cartographiques vectorielles et données rasters disponibles gratuitement) sur naturalearthdata.com. Différentes données sur l'affaissement des deltas et des villes, ainsi que les estimations VLM globales de cette étude, sont disponibles à cette adresse.

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Des précipitations plus concentrées diminuent le stockage de l'eau sur Terre


Source : Corey S. Lesk & Justin S. Mankin (2026). More concentrated precipitation decreases terrestrial water storage [Des précipitations plus concentrées diminuent le stockage de l'eau sur Terre], Nature, vol. 653 , pages 425–432 (2026) https://www.nature.com/articles/s41586-026-10487-7

La disponibilité en eau terrestre est un déterminant essentiel du bien-être humain et des écosystèmes. Outre les variations des précipitations moyennes et de l'évaporation, l'impact de la concentration des précipitations journalières en événements moins nombreux mais plus intenses sur le partage hydrologique et le bilan hydrique des terres émergées reste inconnu. Les chercheurs montrent ici, par l'observation, qu'une concentration accrue des précipitations diminue la disponibilité en eau terrestre sous tous les climats à l'échelle mondiale, un effet asséchant d'une ampleur comparable à l'effet humidifiant d'une augmentation des précipitations totales. Des modèles de surface terrestre, simples et complexes, reproduisent cet effet observé, tandis que des simulations idéalisées indiquent qu'il résulte d'une évaporation accrue due aux modifications du partage hydrologique à la surface terrestre. Les impacts projetés sur le stockage d'eau terrestre d'une concentration des précipitations induite par le réchauffement climatique (environ 2 °C) plongent la surface terrestre dans des conditions anormalement sèches pour 27 % de la population mondiale, indépendamment de toute variation des précipitations totales ou de l'irrigation. Les résultats mettent en évidence de nouveaux déterminants clés du bilan hydrique terrestre, soulignant sa sensibilité à la distribution temporelle des précipitations, avec de vastes implications pour la disponibilité future en eau.

Impacts historiques et projetés de la concentration des précipitations sur la Sensibilité du stockage total en eau ou TWS (source : Lesk & Mankin)


Le stockage des eaux est un terme large désignant à la fois le stockage de l'eau potable pour la consommation, et de l'eau non potable pour l'agriculture. Dans les pays en développement comme dans certains pays développés des climats tropicaux, il s'avère nécessaire de stocker l'eau potable pendant la saison sèche.

Toutes les données ayant servi à étayer les résultats de cette étude sont disponibles gratuitement aux adresses indiquées dans l'article. Les données dérivées sont disponibles gratuitement sur Zenodo (https://doi.org/10.5281/zenodo.19116027 et https://doi.org/10.5281/zenodo.19191145). L’ensemble des codes de traitement, d’analyse et de visualisation permettant de reproduire les résultats et les figures de cette étude sont disponibles gratuitement sur Zenodo aux mêmes adresses. Toutes les cartes ont été produites à l’aide de la bibliothèque Python Cartopy v.0.18.0 (https://scitools.org.uk/cartopy/docs/v0.18/), qui utilise les données géographiques de Natural Earth (https://www.naturalearthdata.com).

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Datavisualisations sur les villes jumelées en Europe et dans le monde (#TidyTuesday)


TidyTuesday est une communauté de pratiques organisée par la Data Science Learning Community (DSLC). Chaque semaine, un nouvel ensemble de données est mis en avant afin que les participants puissent s'exercer à l'explorer et à partager leurs résultats. Les participants peuvent suivre le hashtag #tidytuesday sur les réseaux sociaux (XBluesky ou Mastodon). Le TidyTuesday de la semaine du 11 mai 2026 était consacré aux villes jumelées (sister cities). Un jumelage est une forme d'accord entre deux localités géographiquement et politiquement distinctes, visant à promouvoir des liens culturels. L'objectif des jumelages a été élargi pour encourager le commerce et le tourisme ou pour refléter d'autres liens, tels que des villes portant le même nom ou ayant des liens migratoires. Les données utilisées sont celles fournies par Wikipedia, qui fournit une liste des villes jumelées par pays et continents. Voici une sélection de data visualisations intéressantes sur le phénomène.


1) Une datavisualisation des villes jumelées dans le monde, proposée par Georgios Karamanis

Selon Wikidata, 5 470 villes dans le monde ont signé au moins un accord de jumelage. Chaque point ici représente l'une d'entre elles. Georgios Karamais (@karaman.is) a choisi de les représenter sur un fond sombre pour les faire ressortir. Voir les autres dataviz qu'il présente sur Github.


2) Une datavisualisation des villes jumelées dans le monde, proposée par Victor Hartman

Victor Hartman (@victorhartman.bsky.social) propose une datavisualisation en N&B, illustrant l'importance des villes européennes. La carte est inspirée de la carte des "amis" sur Facebook de Paul Butler.



3) Une datavisualisation des villes jumelées dans le monde, proposée par Clinton Sears

Clinton Sears (@clintonsears.bsky.social) propose une dataviz montrant la densité des liens qui unissent les villes jumelées. Les jumelages traduisent des proximités politiques et culturelles plus que géographiques La carte fait bien ressortir les principaux noeuds et les liens qui les unissent. Aucklan, Le Caire, Mexico, Rio de Janeiro et Saint-Petersbourg occupent le top des villes jumelées pour leur continent respectif, ce qui représente 356 partenariats. C'est un réseau de plus de 10 231 liens qui donne à voir un monde connecté à l'échelle mondiale. 


4) Une datavisualisation des villes jumelées dans le monde, proposée par Roy Aulie Jacobsen

Roy Aulie Jacobsen propose une répartition des jumelages par continent (plus importants en Europe). L'histogramme à plat qui accompagne la carte et reprend le même code couleurs, montre le poids de l'Europe qui représente la grande majorité des jumelages.




5) Un graphique donnant le détail selon les pays par Steven Ponce

Steve Ponce montre le rôle de l'histoire dans le développement des jumelages. L'Europe domine le réseau mondial des villes jumelées, en particulier l'Allemagne et ses voisins d'Europe central. Après la guerre, les villes ont œuvré à la réconciliation. Le jumelage Allemagne-Pologne constitue le plus important corridor bilatéral de l'ensemble de données, avec 344 liaisons. Il s'inscrit dans une infrastructure de vaste réconciliation d'après-guerre, construite ville par ville au-delà des frontières redessinées de mémoire récente.



6) Un graphique donnant la part selon les continents proposé par Nicola Rennie

Nicola Rennie (@nrennie.bsky.social) a développé avec ggplot2 un graphique montrant, pour chaque pays sélectionné, sur quels continents se situent ses différents jumelages. A découvrir sur son site.



7) Un explorateur de villes jumelées sous forme de carte ou de graphe, proposé par Ahmad Barclay

Cet explorateur de villes jumelées permet de passer d'une représentation sous forme de graphe à une représentation sous forme de carte (et inversement). Il s'agit d'une visualisation expérimentale basée sur des données de villes jumelées extraites de Wikidata. Choisissez une ville ou cliquez sur « Ville aléatoire » pour commencer, puis cliquez sur les villes connectées pour étendre votre réseau. Cet outil a été conçu et développé par Ahmad Barclay (@bothness.bsky.social). Pour les plus technophiles, il est possible de télécharger toutes les données sous forme de nœuds (villes) et d'arêtes (connexions entre elles).  En cliquant sur chaque ville jumelée, on affiche son nom.




Pour découvrir d'autres datavisualisations issues de la série #TidyTuesday :

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Le #30DayChartChallenge, un défi communautaire pour réaliser la meilleure datavisualisation

#DuBoisChallenge : un challenge pour célébrer les cartes et diagrammes de W.E.B. Du Bois sous forme de dataviz

L'histoire par les cartes : l'histoire sociale de Londres au XVIIIe siècle à travers la répartition des crimes


Source : Tim Hitchcock, Robert Shoemaker, « The geography of Old Bailey crime prosecutions, 1720–1820 : the impact of institutional change and proactive policing » [La géographie des poursuites criminelles à Old Bailey, 1720-1820 : l'impact du changement institutionnel et du maintien de l'ordre proactif], Social History, 2026, vol. 51, n°2, 141–164, https://doi.org/10.1080/03071022.2026.2629165

Résumé

Cet article examine l'évolution de la répartition géographique des crimes poursuivis à la cour criminelle Old Bailey entre 1720 et 1820, à l'aide des outils cartographiques du site web Locating London’s Past. En évaluant l'impact de la réforme de la garde de nuit, de la création de nouveaux "bureaux de rotation" et du développement de formes de police proactive, il démontre que l'évolution des poursuites reflète davantage les transformations des pratiques policières et de l'accès à la justice que la fréquence des crimes. Les données présentées suggèrent, premièrement, que les améliorations apportées à la garde de nuit ont eu peu d'incidence sur les poursuites ; deuxièmement, que les bureaux de rotation ont eu un impact limité mais mesurable ; et troisièmement, que le développement de la police d'enquête a transformé le niveau et la répartition géographique des poursuites durant la seconde moitié de la période étudiée. Une répartition fortement concentrée dans le West End au début du XVIIIe siècle a laissé place à une répartition plus homogène (à l'exception de la City), correspondant étroitement à l'évolution des pratiques policières. 

Cet article permet d'approfondir notre compréhension de l'importance des nouvelles formes de justice et de maintien de l'ordre professionnels, et souligne leur rôle dans la perturbation des relations sociales à Londres en soustrayant les accusations criminelles à la communauté. Les chercheurs ont également cherché à démontrer les possibilités offertes par ce type de ressource cartographique pour étudier l'histoire sociale, économique, politique et culturelle de la première ville d'Europe à avoir atteint le million d'habitants. De la répartition des richesses et de la pauvreté aux comportements électoraux aux élections de Westminster, en passant par les vestiges archéologiques et la musique de rue, le site Locating London's Past ouvre la voie à une gamme quasi illimitée de sujets d'histoire sociale, couvrant un large éventail de thèmes.

La carte de Londres de John Rocque (1746)

L'article et le site web s'appuient sur la remarquable carte de Londres de John Rocque de 1746 – une vue d'ensemble de Londres, comprenant non seulement ses rues et ses ruelles, mais aussi de nombreux bâtiments individuels, ainsi que des représentations de navires et de personnages. Numérisée selon les normes les plus exigeantes, géoréférencée pour être compatible avec des SIG, puis indexée avec les contours des 173 paroisses, 98 quartiers et 5 898 rues et bâtiments de la ville, la carte devient un environnement interactif permettant d'explorer les données de localisation issues de dix-huit ensembles de données et de générer des statistiques par habitant à partir d'estimations détaillées de la population des paroisses pour les années 1690, 1740 et le début du XIXe siècle. Parmi ces ensembles de données figurent les comptes rendus d'Old Bailey, contenant des dizaines de milliers de procès pour crimes graves devant la cour criminelle centrale de Londres, annotés pour identifier les lieux géographiques, les types de crimes et d'autres aspects clés des procès.

Analyse des lieux de crimes à Londres au XVIIIe siècle

La carte montre qu'entre 1720 et 1750, les poursuites étaient concentrées dans le West End, et dans une moindre mesure dans l'East End, tandis que la City et le nord de la City étaient caractérisés par de faibles taux de poursuites (les zones situées au sud de la Tamise ne sont pas incluses car elles relevaient de la juridiction d'Old Bailey). Bien entendu, les taux de poursuites entretiennent une relation complexe – voire inexistante – avec le niveau de criminalité sous-jacent. Pour analyser les facteurs à l'origine de ces poursuites, les chercheurs ont commencé par étudier la répartition des meurtres. Mais lorsqu'ils ont examiné les vols (beaucoup plus fréquents), un tableau différent s'est dessiné. Ni la richesse ni la pauvreté n'influençaient systématiquement les taux de poursuites. C'est davantage le maintien de l'ordre et l'accès régulier à un magistrat facilitant les poursuites qui étaient à l'origine de la répartition des crimes poursuivis.

Toutes les poursuites d'Old Bailey, 1793-1819 (en bleu), avec les « bureaux de police » de 1792 et 1798 Bow Street (en rouge). Source : Hitchcock & Shoemaker, 2026.


« En définitive, l'exploration des ensembles de données à l'aide de Locating London's Past peut soulever plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, mais nous pensons que la cartographie de ces données historiques permet de mieux comprendre la vie londonienne au XVIIIe siècle."

Tim Hitchcock est professeur émérite d'histoire numérique à l'université du Sussex. Bob Shoemaker est professeur émérite d'histoire britannique à l'université de Sheffield. Ils codirigent les projets numériques Old Bailey Proceedings Online, Locating London's Past, London Lives, et d'autres projets connexes.

Articles connexes

Medieval Murder Maps. Un site de cartographie interactive sur les meurtres en Angleterre à la fin du Moyen Âge

Layers of London, un site de cartographie numérique sur l'histoire de Londres


Replay Météo, une machine à remonter le temps pour connaître les conditions météo de 1940 à nos jours


Source : «  Weather Replay : your time machine to revisit past weather » (Copernicus)

Weather Replay est une application du service Copernicus sur le changement climatique (C3S). Véritable machine à remonter le temps, l'application Weather Replay permet de consulter l'évolution de la météo partout dans le monde, heure par heure, de janvier 1940 jusqu'à aujourd'hui (avec un délai de quelques jours). Weather Replay illustre la puissance des données de réanalyse ERA5 et des archives météorologiques du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT). 

1) Accès à la rediffusion météo

Vous êtes-vous déjà demandé quel temps il faisait le jour de votre naissance ? Ou à une date historique ? Ou lors d’un événement météorologique marquant ? La nouvelle application Weather Replay du C3S et du CEPMMT permet de reproduire les conditions météorologiques de n’importe quel moment historique depuis 1940. Les simulations sont disponibles en quelques secondes grâce à la réanalyse ERA5, au système d’archivage ARCO compatible avec le cloud et à la puissante architecture des bases de données du CEPMMT. Les simulations sont en réalité produites avec les mêmes outils que ceux utilisés pour les prévisions météorologiques du CEPMMT.

Les données peuvent être explorées librement en sélectionnant une date dans le calendrier en haut à gauche, et un lieu avec la géolocalisation ou manuellement en cliquant sur la carte ou en utilisant la zone de recherche, et également via une sélection d'événements météorologiques importants comme les tempêtes, les vagues de chaleur et les inondations.

L'application recrée par exemple la trajectoire lente et dévastatrice du cyclone Katrina le 28 août 2005, qui a provoqué des précipitations impressionnantes, la canicule européenne de 2003 ou le cyclone Nargis qui a touché terre au Myanmar le 1er mai 2008. Pour les vagues de chaleur, l'application inclut un lien direct vers son application sœur Thermal Trace, permettant aux utilisateurs d'explorer plus de 80 ans de données sur le confort thermique.

Carte reconstituant la trajectoire du cyclone Katrina en 2005 (source : Replay Meteo - Copernicus)

Les événements sélectionnés ne sont que quelques exemples significatifs en termes de météo, mais on peut  sélectionner une date personnelle ou d'autres événements historiques. Weather Replay permet aussi de comparer deux événements. Par exemple, la vague de chaleur qui a frappé la Scandinavie en juillet 2018 avec la vague de chaleur sans précédent qui a touché la Fennoscandie en 2025, un événement mis en avant dans le rapport « État du climat en Europe 2025 ». L'application Thermal Trace propose des données complémentaires pour les épisodes de chaleur ou de froid.

L'application Thermal Trace propose des données complémentaires pour les épisodes de chaleur ou de froid.


2) Principales données mises à disposition

On peut sélectionner différentes variables à l'aide du bouton "Calques" situé en haut à droite de l'écran. Celles-ci incluent :

  • Température à 2 mètres — également appelée température de l'air en surface, la mesure la plus couramment utilisée pour représenter la température que nous ressentons.
  • Rafales de vent — rafales de vent maximales à 10 mètres, l'une des hauteurs les plus courantes pour représenter les vents, dépassant généralement les vitesses moyennes du vent en surface.
  • Pression moyenne au niveau de la mer — représentée par des courbes de niveau en hectopascals (hPa). Lorsque les isobares sont rapprochées, cela indique généralement un fort gradient de pression et des conditions instables.
  • Vent à 10 mètres — une variable standard pour le vent près de la surface.
  • Précipitations — précipitations totales, en millimètres.

Les variables de température, de vent et de précipitations peuvent être affichées à une résolution plus élevée grâce aux boutons du menu des paramètres. L'application comprend également un ensemble de variables atmosphériques en altitude, qui peuvent aider à expliquer les conditions atmosphériques à l'origine de ce que l'on observe en surface :

  • Température à 850 hPa — températures à environ 1,5 km au-dessus du niveau de la mer.
  • Hauteur géopotentielle à 500 hPa — Elle indique approximativement l'altitude à atteindre dans l'atmosphère avant que la pression ne descende à 500 hPa. En moyenne, ce niveau se situe autour de 5,5 km au-dessus du niveau de la mer. On le qualifie souvent de niveau directeur, car les systèmes météorologiques ont tendance à se déplacer dans la même direction que les vents à cette altitude.
  • Vent à 850 hPa — vents à environ 1,5 km au-dessus du niveau de la mer.
  • Vent à 250 hPa — vents à environ 10 km d'altitude, généralement utilisés pour identifier les courants-jets et le mouvement des systèmes météorologiques à grande échelle.

Couches avancées (peuvent affecter les performances)

  • Précipitations cumulées — précipitations accumulées depuis le début de la période sélectionnée, en millimètres. La première case est donc souvent vide ou presque vide.
  • Rafales de vent maximales pendant la période — affichant la rafale la plus forte enregistrée pendant la période sélectionnée.
  • Étiquettes MSL — ajoute des valeurs numériques hPa aux contours de pression au niveau moyen de la mer.

Les conditions jour/nuit locales sont activées par défaut. La couche « Étoiles » , bien qu'elle ne représente pas l'état réel du cosmos à ce moment précis, offre un rendu magnifique. Sa désactivation réduit légèrement les ressources nécessaires au fonctionnement de l'application.

Fenêtres de contrôle et d'information

Au-delà de la carte et des outils de sélection de l'heure et des couches, le tableau de bord permettant de naviguer dans Weather Replay est constitué des panneaux d'information. La petite fenêtre en bas à gauche affiche des informations sur les variables sélectionnées à n'importe quel point de la carte lorsqu'on la survole. On peut également utiliser cette fenêtre pour modifier la palette de couleurs et l'échelle des variables actives.

L'application avec son tableau de bord et ses options de comparaison (source : Weather Replay)

La fenêtre principale, accessible via la double flèche vers le haut, affiche des données détaillées pour les variables sélectionnées à l'emplacement choisi, sur une période de 48 heures. Les données de séries temporelles présentent toujours la résolution spatiale (0,25 degré, soit environ 30 km) et temporelle (1 heure) la plus élevée possible. Il est également possible de télécharger les données au format CSV.

Le panneau inférieur résume l'évolution des principales variables sur la période de 48 heures sélectionnée. Les utilisateurs peuvent télécharger directement les fichiers CSV ou accéder aux notebooks de séries temporelles pour récupérer les données par programmation et apprendre à créer leurs propres graphiques. Un tutoriel interactif contenant des conseils de base guide les utilisateurs à travers les principales fonctions, et des informations complémentaires sont disponibles via le bouton « Informations ».


Toutes les données visualisées par Replay Météo proviennent du jeu de données de réanalyse ERA5 (fichiers grib) disponibles au téléchargement et à l'utilisation sous licence CC-BY 4.0 sur le Climate Data Store. ERA5 est une réanalyse atmosphérique globale couvrant la période de 1940 à nos jours, développée et maintenue par le CEPMMT. Elle combine des observations directes et un modèle numérique pour produire une estimation globale de diverses variables climatiques. Cette application utilise la réanalyse horaire à haute résolution (31 km), interpolée sur une grille régulière de 0,25° × 0,25°. Vous trouverez plus d'informations dans les entrées du guide d'utilisation des prévisions concernant les vents de surface, les précipitations à grande échelle et les températures à 2 mètres.

Découvrir toutes les applications d'entrepôts de données de Copernicus

Pour en savoir plus sur les nouvelles archives de données ARCO

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Points saillants du climat mondial en 2025 (Copernicus)

Premières images radar du satellite Sentinel-1C (Copernicus)

Le satellite Sentinel-2C livre ses premières images (ESA - Copernicus)

Cartographie de la pollution atmosphérique NO₂ à l'échelle mondiale (à partir des images Copernicus Sentinel-5P)

Données météorologiques sur la France disponibles en open data

Agroclimat2050, un outil pour prévoir l'impact des événements météorologiques sur la production agricole

Tchernobyl : la météo nationale a-t-elle truqué des cartes en 1986 ? Retour sur une polémique sur fond de complotisme


Carte d'Europe des « villes en 15 minutes »


Transform Transport, une fondation de recherche sur l'innovation dans la planification de la mobilité et des transports, met à disposition une cartographie des « villes en 15 minutes » en Europe. Cette carte interactive permet des analyses détaillées sur un grand nombre de villes et à partir des différents critères définissant la ville du quart d'heure. Comprendre l'accessibilité urbaine exige de dépasser les représentations statiques et basées sur la distance pour adopter une approche « flexible » de l'analyse urbaine, qui reconnaît que l'expérience d'une ville change fondamentalement selon l'heure et le mode de transport utilisé : « une ville piétonne n'est pas seulement une ville où la marche est possible, mais une ville qui se veut pratique et qui représente un choix viable au quotidien ». On peut avoir des réserves critiques sur la "ville du quart d'heure". Les analyses conduites dans cette étude sont malgré tout riches d'enseignements en ce qui concerne les mobilités urbaines et l'accessibilité aux différents types de services, permettant des comparaisons entre aires urbaines.

1) Une cartographie détaillée des « villes en 15 minutes » en Europe

L’indice « 15 Minute City Score » (15minCS) est un indicateur urbain qui quantifie la facilité d’accès à pied en mesurant l’accessibilité aux services essentiels à moins de 15 minutes de marche. Cette carte interactive visualise les scores d’accessibilité dans les zones urbaines fonctionnelles (FUA) européennes grâce à des méthodes d’analyse spatiale uniformes.

L'analyse repose sur l'outil 15minCS et utilise le système de grille hexagonale H3 (niveau 9) pour assurer la cohérence spatiale. Elle calcule les isochrones à partir des réseaux piétonniers d'OSM et identifie l'accessibilité aux services grâce à huit catégories de services essentiels extraites des données d'aménagement d'OpenStreetMap. L'analyse intègre les données de l'Atlas urbain Copernicus (2018) pour l'identification des zones urbaines et la répartition de la population. Plus d'informations sur la réalisation de la carte sont disponibles ici .

On peut commencer par explorer la carte générale pour comparer l'accessibilité entre les villes, puis sélectionner une zone urbaine pour examiner en détail les modèles d'accessibilité et la répartition des services par rapport à la population résidente. 

Carte d'Europe des « villes en 15 minutes » (source : Transform Transport)

Cette carte met en évidence d'importantes variations en ce qui concerne la facilité d'accès à pied dans les zones urbaines européennes : des scores généralement plus élevés dans les villes d'Europe du Sud et d'Europe centrale, où la densité urbaine et la mixité des usages du sol favorisent traditionnellement les modes de vie axés sur la proximité ; et des schémas plus dispersés dans certaines régions d'Europe du Nord et de l'Est. La facilité d'accès à pied ne dépend cependant pas uniquement de la taille de la ville : plusieurs aires urbaines moyennes affichent des scores supérieurs à ceux des grandes métropoles, et la couche hexagonale transfrontalière révèle des mégapoles offrant un territoire accessible en continu, s'étendant au-delà des frontières nationales. 

Le graphique ci-dessus présente le score Citywide 15minCS pour les zones urbaines européennes de chaque pays. Ce score correspond à la moyenne pondérée par la population des scores au niveau des hexagones. Si on compare la France par rapport à l'Allemagne ou à l'Espagne (à part Paris et Montpellier et dans une moindre mesure Rennes, Nantes ou Lyon), les scores en terme d'accessibilité sont beaucoup plus bas.

Chaque carré coloré représente une ville ; les couleurs chaudes indiquent les scores les plus élevés. Le graphique se met à jour automatiquement lorsque vous naviguez sur la carte. Cliquez sur une ville pour afficher son analyse détaillée (ici en l'occurrence Barcelone qui fait partie des villes assez accessibles en 15 minutes)


En zoomant sur une ville, on accède au détail des données d'accessibilité. Une fenêtre contextuelle sur chaque hexagone détaille le délai d'accès précis, le nombre d'habitants et la disponibilité de chacune des huit catégories de services (services de proximité, commerces de quartier, installations sportives, loisirs ouverts, soins de santé, éducation, culture, mobilité).


2) Des outils libres et des données ouvertes s'inscrivant dans une démarche participative

Transform Transport est une fondation de recherche à but non lucratif axée sur l'innovation dans la planification de la mobilité et des transports. Les données utilisées pour créer cette carte sont disponibles sur le dépôt Zenodo de Transform Transport, conformément aux principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable). Les citoyens, les chercheurs, les urbanistes et les acteurs du développement urbain sont invités à les explorer, les analyser et les enrichir :

Messa, F., Presicce, D., Pedrazzoli, A., Albashir, A. et Gorrini, A. (2026). Score de la ville en 15 minutes – Carte de l’Europe [Ensemble de données]. Sur Zénodo "Collecte de données ouvertes Transform Transport". https://doi.org/10.5281/zenodo.19610329

La carte européenne du score des villes en 15 minutes constitue une étape importante d'un projet de recherche de longue durée. Les prochaines versions de l'outil et de la carte sont déjà en cours d'élaboration. S'appuyant sur les enseignements tirés jusqu'à présent et sur les  nombreux retours d'information reçus des  communautés de données ouvertes et scientifiques,  les travaux à venir exploreront une approche plus nuancée des mesures d'accès de proximité, approfondiront l'analyse de l'équité entre les groupes de population, exploreront d'autres définitions et modèles de proximité et élargiront la portée géographique. 

Le kit d'outils 15min City Score a été développé comme une solution complète qui simplifie le processus analytique tout en préservant la rigueur méthodologique. Cet outil utilise OpenStreetMap comme source de données ouvertes disponible dans le monde entier, adopte l'indice spatial hiérarchique hexagonal d'Uber pour une discrétisation spatiale cohérente et met en œuvre des algorithmes standardisés pour la génération d'isochrones et le calcul de l'accessibilité. Disponible à la fois sous forme de  notebook Python autonome et d'extension QGIS, il a été testé sur plus de 112 villes européennes, démontrant son efficacité dans des contextes urbains de tailles, de localisations géographiques et de conditions de disponibilité des données variées. Les premières visualisations réalisées via la galerie 15min City Score ont permis d'obtenir une première vue comparative de l'accessibilité des services dans les villes européennes. Toutefois, une limite importante est apparue : le recours aux frontières administratives des villes, qui ne rendent souvent pas compte de la réalité fonctionnelle du fonctionnement des régions urbaines. Ce constat a motivé l’élaboration d’un cadre d’analyse et de visualisation élargi qui prend en compte la dimension territoriale de l’accessibilité urbaine, dépassant ainsi les limites administratives arbitraires pour mieux représenter l’expérience vécue dans les zones métropolitaines.

Pour compléter

La fondation Transform Transport, dont le siège est à Milan, met à disposition plusieurs articles de rechercle sur les mobilités et les transformations urbaines, à partir de jeux de données et d'analyses appliquées à l'agglomération milanaise ou à d'autres grandes villes.

Articles connexes

La ville du quart d'heure en cartes et en schémas





Les cartes d'assurance-incendie, une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines


Si l’utilisation d'outils et de données SIG est assez récente pour les compagnies d’assurance, cela fait déjà longtemps que celles-ci utilisent la cartographie pour être en mesure de fixer les zones à risques et déterminer le montant des primes d'assurance immobilière. Les cartes produites constituent à leur tour une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines. Nous présentons ici quelques exemples d'Atlas d'assurance-incendie de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

1) Les cartes d'assurance-incendie d'Istanbul par Goad et Pervititch sur Gallica 

Isabelle Gilles, « Les plans d’assurance incendie comme source d’histoire urbaine », Dipnot.

Les plans d’assurances incendie ont fait l’objet d’un investissement précoce et ont donné lieu à une recherche originale dans le champ des études urbaines pour Istanbul.  La cartographie pour l’assurance des biens immobiliers et mobiliers se diffuse dans les grands centres urbains à la fin du XIXe siècle, témoignant d’une gestion plus élaborée du risque incendie ; la richesse de ses index, de sa légende chromatique, l’image précise, quasi-instantanée, des centres villes ou zones portuaires représentés, font du plan incendie une source très sollicitée, un « trésor » documentaire, et ce, alors qu’il est rarement considéré comme un objet de recherche autonome. 

Jean-François Pérouse, « Les cartes d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch », BNF Bibliothèques d'Orient.

La collection cartographique de l'Institut Français d'Études Anatoliennes (IFEA) d'Istanbul comprend deux séries de cartes d'assurance incendie du plus grand intérêt pour l'histoire sociale et économique de la Méditerranée orientale. L'une date du début du 20ème siècle et l'autre de la période 1920-1945. Leur objectif était de cartographier le risque incendie pour les compagnies d'assurances qui les avaient mandatés, en fournissant un maximum de données sur les caractéristiques des bâtiments et les sources de vulnérabilité. Ainsi, l'échelle des plans Goad est de 1/600e (et 1/3600e pour les plans globaux) ; les cartes de Pervititch sont encore plus fines, variant du 1/250e au 1/1000e (à l'exception de quelques plaques de la rive anatolienne et des plaques index et globale). La production de ces cartes est directement liée à l'émergence d'une économie d'assurance à la fin de l'Empire ottoman, elle-même expression du poids des intérêts occidentaux et européens dans la région. C'est la raison pour laquelle les zones représentées par Goad et Pervititch (dans une moindre mesure) sont très ciblées et soigneusement sélectionnées en fonction d'une demande provenant uniquement de milieux particuliers. L'image des espaces urbains qui est suggérée par ces documents est donc assez partielle. Mais c'est quand même précieux.

Le site Gallica de la BNF donne accès à 202 plans d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch. Ce fonds cartographique exceptionnel permet d'explorer toute la richesse et la diversité de ces plans. Une page spéciale « Bibliothèques d’Orient : cartographier les villes turques au XIXe siècle » restitue la beauté, la rareté et la minutie de ces plans qui sont "un vibrant témoignage du dynamisme des villes turques". On y découvre que ce marché émergent de l’assurance dans l’Empire ottoman est à l'époque très largement contrôlé par des compagnies européennes. Ils privilégient les zones où se concentrent les intérêts étrangers, c’est-à-dire des assurés effectifs ou prospects, faisant l’impasse sur les "quartiers turcs" (sic).

Un extrait de l'Atlas de l'assurance incendie de 1905 de Smyrne (İzmir, Turquie) en français
(source : Gallica)

Niels van Manen, Les plans d'assurance incendie de Goad : cartographie des risques d'incendie et normalisation des risques industriels (1885-1903)Le Mouvement Social 2014/4 (n° 249), pages 163 à 185. 

Cet article conteste l’idée selon laquelle une évaluation scientifique du risque d’incendie et une ingénierie rationnelle de la sécurité incendie étaient unanimement acceptées à partir de la fin du XIXe siècle en Angleterre et en Amérique du Nord. Il démontre que des convictions rationalistes coexistaient avec des positions plus sceptiques en désaccord avec les stratégies empiriques systématiques. L’auteur se penche sur les origines des plans d’assurance incendie (cartes représentant la localisation des risques dans les centres urbains et industriels) et sur leur prépondérance dans les débats des années 1880 à 1900 entre rationalistes et sceptiques sur la sécurité industrielle au Royaume-Uni. Il s’appuie sur les archives de Goad Ltd, qui joua un grand rôle dans la diffusion des plans d’assurance incendie en Grande-Bretagne dans les années 1880 et qui continua de dominer le marché durant la première moitié du XXe siècle. Ces archives comprennent une vaste collection de cartes des risques et des sinistres, une correspondance avec des assureurs, des industriels et des ingénieurs, des rapports d’inspections, des croquis et des plans. Ont également été utilisés les documents et archives du British Fire Prevention Committee (Comité britannique de prévention des incendies), afin de reconstituer cet épisode fascinant et déterminant de l’histoire des risques urbains et industriels. Cet article fait état de la coexistence d’une multitude de comportements et de pratiques face aux risques industriels et urbains. Le point de vue historique adopté s’inscrit plutôt dans le cadre du « régime du risque industriel » défini par Melling et Sellers que dans la perspective sociologique évolutionniste de la « société du risque » de Beck.


2)
Les cartes d'assurance-incendie de la Sanborn Map Company à la Bibliothèque du Congrès (LOC)

À la fin du XVIIIe siècle, les compagnies d'assurance londoniennes commencèrent à élaborer des cartes détaillées afin de fournir aux assureurs les informations nécessaires à l'évaluation des risques d'incendie. Cette pratique fut adoptée par les compagnies d'assurance américaines au milieu du XIXe siècle. Daniel Alfred Sanborn, ingénieur civil et géomètre, commença à travailler sur des cartes d'assurance incendie en 1866. Pressentant un marché lucratif pour ce type de carte, il fonda à New York le DA Sanborn National Insurance Diagram Bureau afin de publier l'atlas de Boston et de développer et vendre des cartes d'autres régions. En quelques décennies, l'entreprise devint la plus grande et la plus prospère société cartographique américaine. Cette croissance fut le fruit d'une gestion avisée et du rachat d'entreprises concurrentes (source : Wikipedia). 

Contenant des informations détaillées sur les propriétés et les bâtiments d'environ 12 000 villes américaines, ces cartes lithographiques sont précieuses pour documenter l'évolution du paysage urbain américain sur plusieurs décennies. Sanborn a détenu le monopole des cartes d'assurance incendie pendant la majeure partie du XXe siècle, mais son activité a décliné lorsque les compagnies d'assurance américaines ont cessé d'utiliser ces cartes dans les années 1960. Les dernières cartes d'incendie de Sanborn ont été publiées sur microfilm en 1977, mais les anciennes cartes Sanborn restent utiles pour la recherche historique en géographie urbaine. Aux débuts de l' assurance incendie, les assureurs visitaient chaque propriété susceptible d'être assurée. Avec l'expansion de leurs zones de couverture, il devint impossible d'envoyer des représentants sur place pour évaluer les risques. Les cartes Sanborn leur permirent d'assurer les propriétés depuis leurs bureaux, en mutualisant les coûts avec d'autres compagnies d'assurance abonnées à ces cartes. On disait qu'à une époque, les compagnies d'assurance et leurs agents leur faisaient une confiance quasi aveugle.

La Bibliothèque du Congrès fournit un guide de ressources sur les cartes d'assurance-incendie de Sanborn. La recherche avancée de la collection de cartes Sanborn offre une base de données interrogeable des cartes d'assurance incendie publiées par la Sanborn Map Company entre 1890 et 1953 pour les volumes conservés dans les collections de la Division de la géographie et des cartes de la LOC. La liste en ligne est basée sur la publication de 1981 de la Bibliothèque du Congrès intitulée « Fire Insurance Maps in the Library of Congress ». Une interface cartographique permet d'accéder directement à la ville que l'on cherche. Des collections de cartes d'assurance Sanborn se trouvent dans d'autres bibliothèques nord-américaines

Les plans d'assurance-incendie se distinguent par leur système de symboles sophistiqué qui permet de représenter clairement des informations complexes. Lors de leur utilisation, il est important de se rappeler qu'ils ont été conçus pour un usage très spécifique et que, même s'ils sont aujourd'hui utiles à diverses fins, le secteur des assurances a dicté le choix des informations à cartographier et leur mode de représentation. La connaissance des légendes et des couleurs est essentielle à la bonne interprétation des informations figurant sur ces plans. Un code couleurs permettait de distinguer les briques et les tuiles (en rose-rouge), les structures à ossature bois (en jaune), les constructions résistantes au feu (en vert olive). 

Clé d'interprétation des plans d'assurance-incendie Sanborn (source : © Library of Congress)

Les pages préliminaires des atlas et de la première page des éditions de petit format comportaient généralement une légende ou un glossaire des symboles. La grande majorité des cartes d'assurance incendie étaient établies à l'échelle de 1 pouce pour 50 pieds (1/600). Une échelle plus petite ou moins détaillée était employée pour les zones suburbaines et les grands sites industriels. Pour ces zones, on utilisait des échelles de 1 pouce pour 100 pieds (1/1 200) ou de 1 pouce pour 200 pieds (1/2 400). Dans de rares cas, des échelles encore plus petites étaient utilisées. La plupart des cartes comportent une échelle graphique facilitant la mesure des éléments ou des distances, et cette échelle est généralement indiquée dans le titre de la carte. 

Pour illustrer l'intérêt des cartes d'assurance incendie pour la recherche historique, des cartes de plusieurs localités des Etats-Unis sont reproduites sur la page Echantillons Sanborn. On y retrouve des bâtiments caractéristiques (mines, abattoirs, instituts, auditoriums...) et des entreprises, qui sont très bien documentés sur les cartes d'assurance-incendie. La collection de cartes David Rumsey a numérisé et mis en ligne l'atlas d'assurance Sanborn de 1905 pour San Francisco (quelques mois seulement avant le séisme et l'incendie dévastateurs de San Francisco en avril 1906). 

S’appuyant sur des travaux de recherche récents, cet article examine la division genrée du travail dans la production des cartes d’assurance incendie pour la Sanborn Map Company. Principal producteur de cartes aux États-Unis au XXe siècle, Sanborn employait l’un des plus importants groupes de cartographes féminines (entre 200 et 350). L’article se concentre sur trois aspects de la vie des femmes chez Sanborn : leur travail quotidien, leur rôle au sein de l’entreprise et la manière dont la discrimination s’y reproduisait (ou non). À travers ces analyses, l’article réfute l’idée que la contribution des femmes chez Sanborn se limitait à des tâches cartographiques administratives et démontre qu’elle a été essentielle au succès de l’ensemble des activités de l’entreprise. Ce faisant, cet article vise à montrer comment une approche processuelle de l’histoire de la cartographie permet de mettre en lumière les acteurs marginalisés.


3) Cartes et plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies sur Hagley

Les archives numériques de la bibliothèque d'Hagley proposent une collection de cartes et de plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies, qui comprend soixante-dix plans et cartes, représentant principalement des usines textiles, des usines de papeterie et des fonderies en Nouvelle-Angleterre et à New York. Les Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies regroupaient vingt-huit mutuelles d'assurance spécialisées dans l'assurance incendie industrielle. L'association disposait d'un laboratoire central d'essais pour tester et homologuer les appareils de lutte contre l'incendie et les équipements électriques, de services d'ingénierie et d'évaluation, ainsi que d'un service de planification chargé de produire et de diffuser des cartes et des plans d'assurance incendie des biens assurés. 

Certains plans comportaient des vues isométriques de bâtiments destinés à servir de preuves visuelles en cas de catastrophe. Ces documents très détaillés pouvaient comprendre un plan des bâtiments (avec leurs dimensions), des vues en élévation (avec la fonction des étages et des pièces), une vue isométrique des bâtiments et des environs. A Boston, l'Associated Factory Mutual fournissait même une description de la propriété, de l'énergie et du combustible, des stocks et des produits, ainsi que des sources d'eau et des moyens de protection existants contre les incendies. 

Compagnies d'assurance-incendie Associated Factory Mutual. Winthrop Mills Company (tissu de coton et de laine), Winthrop, Maine. Boston, (source : © Digital Commonwealth - Massachusetts collection online) 


Liens ajoutés le 16 mai 2026

La fabrication de la Schlitz, la bière qui a fait la renommée de la ville de Milwaukee, est arrêtée après 175 ans d'existence. En 1870, Schlitz avait construit une brasserie gigantesque à Milwaukee. On retrouve la trace du complexe brassicole de Joseph Schlitz sur le plan de la Sanborn Insurance Company avec la description détaillée des bâtiments et des moyens de lutte contre l'incendie à l'époque. Une mine d'informations pour l'histoire et l'archéologie urbaines ainsi que pour la protection du patrimoine industriel.

Plan détaillé des bâtiments de la Joseph Schlitz Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)


La marque Schlitz a été rachetée par Pabst en 1999 qui devait la relancer avec une nouvelle recette censée s'inspirer des années 1960. On retrouve aussi les bâtiments de la Pabst Brewing Company, autre grande brasserie de Milwaukee.

Plan détaillé des bâtiments de la Pabst Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)



Cartographie et mémoire industrielle. Une publicité imprimée de 1942 montrant que la Schlitz avait fait connaître la ville de Milwaukee dans le monde entier (source : Milwaukee Journal Sentinel)


Articles connexes


L'histoire par les cartes : les cartes de la Société de documentation industrielle, un inventaire du patrimoine industriel de la France de l'entre-deux-guerres