Un jeu de données SIG sur les fleuves qui servent de frontières dans le monde

 

Source : Sarah J. Popelka, Laurence C. Smith,  Rivers as political borders : a new subnational geospatial dataset, Water Policy (2020), 22 (3) p. 293–312 https://doi.org/10.2166/wp.2020.041

Les fleuves ont souvent été utilisés pour établir des frontières politiques. Les barrières naturelles créées par la présence de cours d'eau sont « dues à leur linéarité même, à leur impassibilité perçue et au fait qu'ils incisent et divisent physiquement les paysages ». Pourtant aucune étude mondiale n'avait jusque-là permis d'évaluer leur importance pour fixer des limites territoriales à des échelles infranationales. L'article de Poplka et Smith, paru en mai 2020 dans la revue Water Policy, présente un ensemble complet de données géospatiales sur les frontières politiques fixées par les grands fleuves.

Le jeu de données Global Subnational River-Borders (GSRB) incorpore trois jeux de données vectorielles :

  • Global Administrative Unit Layers (GAUL)
  • Global Rivers Widths from Landsat Plus Plus (GRWL + +) 
  • CIA World Databank II (WDBII)

Ce jeu de données permet de cartographier et quantifier l'utilisation des grands fleuves comme frontières politiques aux échelles locale, régionale et nationale. Au moins 58 588 km (23%) des frontières nationales au monde (en dehors de côtes), 199 922 km (17%) des frontières intérieures des États et provinces et 459 459 km (12%) des frontières locales sont fixées par de grands fleuves. Alors que les précédentes études mettaient l'accent sur les fleuves transfrontaliers séparant des pays, le GSRB montre l'importance des frontières fluviales à l'échelle infranationale, où de nombreux acteurs partagent la compétence de la gestion des ressources en eau. Ces acteurs ne doivent pas être laissés de côté dans l'élaboration de la politique de l'eau et la mise en place de systèmes de gestion de l'eau à l'échelle des bassins fluviaux. Le GSRB devrait fournir un outil utile pour les analyses géospatiales des parties prenantes à toutes les échelles administratives. 


Laurence C. Smith est par ailleurs l'auteur de l'ouvrage Rivers of Power : How a Natural Force Raised Kingdoms, Destroyed Civilizations, and Shapes Our World,  New York : Little, Brown Spark, 2020. 

Dans cet ouvrage, elle montre que les fleuves sont facteurs d'union et de division pour les peuples. « Nous, Américains, sommes tous bien conscients des tensions que ces frontières fluviales peuvent entraîner ; le Rio Grande marque près des deux tiers de notre frontière avec le Mexique et nous l’avons transformé en une bande de béton et d’acier ». Le partage des rivières peut conduire à des guerres de l’eau. Les conflits sur la construction de barrages en amont des rivières sont courants - même Nelson Mandela s'est senti obligé de lancer une attaque meurtrière contre le Lesotho à cause de la construction d'un barrage. Des conflits potentiels similaires sont en train de se développer en Éthiopie (le Nil bleu) et en Chine (le Mékong). Pour éviter les guerres, des centaines d’accords de partage des fleuves transfrontiers ont été négociés et l’ONU a élaboré une Convention sur les cours d’eau.

Accès aux données GSRB :
http://zenodo.org/record/3906567#.XvN-GGhKjIU

La carte fait l'objet de discussions sur Map Porn :
http://www.reddit.com/r/MapPorn/comments/iunfqc/when_rivers_are_borders/

Carte des grands bassins fluviaux dans le monde :
http://www.reddit.com/r/oldmaps/comments/d0ilnn/world_drainage_basins_1943_by_the_american/

Autres jeux de données sur les fleuves dans le monde :

Global Self-consistent, Hierarchical, High-resolution Geography Database (GSHHG) :
http://www.ngdc.noaa.gov/mgg/shorelines/

Global River Database : les fleuves et réseaux hydrographiques par continent, à télécharger au format shp :
http://gaia.geosci.unc.edu/rivers/

MERIT Hydro est un ensemble de données hydrographiques à l'échelle mondiale, disponible au format GeoTIFF :
http://hydro.iis.u-tokyo.ac.jp/~yamadai/MERIT_Hydro/

Global River Widths from Landsat (GRWL) : base de données vectorielles sur la largeur des rivières à partir d'une combinaison d'images Landsat à l'échelle mondiale.
http://zenodo.org/record/1297434#.XBm-Wc0yW1t

Mékong : le fleuve de la discorde en Asie
http://lescartesdumonde.wordpress.com/2018/10/08/mekong-le-fleuve-de-la-discorde-en-asie/

Lien ajouté le 22 octobre 2020

Lien ajouté le 24 mai 2021

Liens ajoutés le 20 août 2021



Lien ajouté le 8 décembre 2021
Lien ajouté le 14 mars 2022
Lien ajouté le 12 décembre 2024

Carte mondiale des rivières réalisée en regroupant les cours d'eau à partir des données OSM. L'interface permet d'afficher les cous d'eau en fonction de leur nom, de leur topologie, de la direction, de leur naigabilité, ce qui permet différents types de visualisation.

Lien ajouté le 11 novembre 2025

« Cartographie : les 15 plus longs fleuves du monde » (Visual Capitalist).

Du cœur des premières civilisations à l'énergie hydroélectrique moderne, les grands fleuves du monde ont longtemps façonné les économies et les cultures. Les experts divergent quant à la longueur de l' Amazone - certaines mesures l'estiment à 6 992 km, dépassant de peu le Nil . Le Yangtsé, en Chine, est le plus long fleuve (6 300 km) à couler entièrement dans un seul pays. L'Asie abrite la moitié des plus longs fleuves du monde.L'infographie présente les dimensions des 15 plus longs fleuves du monde, montrant la distance parcourue par chacun et le nombre de pays qu'il traverse. Les données de cette visualisation proviennent de l'Encyclopædia Britannica, qui répertorie les longueurs des rivières en miles et en kilomètres.

Lien ajouté le 15 décembre 2025

« La Chine veut contrôler le Brahmapoutre » (Revue Conflits).

Le Brahmapoutre, fleuve masculin dans la tradition indienne, est pensé comme puissant, indomptable et féroce, à la fois source de vie et force destructrice en Assam, où ses crues sont interprétées comme une correction cosmique face à l’orgueil humain. La Chine poursuit pourtant le contrôle du Yarlung Tsangpo avec le mégaprojet hydroélectrique de Motuo, introduisant une manipulation en amont qui transforme un enjeu environnemental en question de sécurité nationale pour l’Inde, exposée sans réservoir tampon et dépendante de débits déjà imprévisibles. L’expérience des Trois Gorges et du Mékong montre que le contrôle chinois de l’eau modifie les régimes fluviaux, accentuant l'érosion, les inondations et les sécheresses en aval, ce qui impose à l’Inde de considérer digues, gestion des sédiments et zones humides comme des mesures défensives face à un risque stratégique majeur pour l’Assam.

Lien ajouté le 12 mars 2026

« Les promesses et les périls de l'Accord du Mékong de 1995 » (Mongabay).

Pham Phan Long, spécialiste de la protection du Mekong, analyse l’accord fluvial signé en 1995 par le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam. Ce traité devait garantir une gestion équitable du fleuve via la Commission du Mékong, mais ses effets restent très limités. Trente ans après, le fleuve subit une dégradation cumulative. Barrages, extraction de sable et modification des débits fragmentent l’écosystème. Le Laos a construit les barrages de Xayaburi (2019) et Don Sahong (2020). Au total, la capacité hydroélectrique prévue dans le bassin atteint 23 GW. L’amont chinois accentue ces déséquilibres. Sur le Lancang (haut Mékong), la Chine exploite 12 barrages totalisant 32 GW. En contrôlant l’eau stockée ou relâchée, Pékin modifie les cycles hydrologiques naturels, provoquant parfois crues en saison sèche et sécheresses en saison humide. Les recherches économiques citées par Oxfam montrent un bilan négatif. Les pertes liées aux pêcheries et aux sédiments dépassent 17 milliards $. Les services écologiques menacés pourraient coûter jusqu’à 7 milliards $ par an, bien au-delà des 3 à 4 milliards de dollars générés par l’hydroélectricité. Les scientifiques observent aussi un bouleversement du système Tonle Sap–Mékong. Une étude publiée en 2025 dans Nature Sustainability indique que le flux inversé alimentant le lac Tonle Sap a chuté de 40 à 50% entre 1998 et 2018. Les captures de poissons ont parfois chuté de 70%. Les experts dénoncent une gouvernance inefficace. Les consultations de la Commission du Mekong n’empêchent ni barrages ni projets comme le canal cambodgien Funan Techo. Pour Pham Phan Long, la survie du delta et des pêcheries exige règles contraignantes et coopération réelle. 

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