Le voyage d'Ulysse. Comment cartographier un mythe ?


Ce billet est inspiré de l'article d'Elizabeth Della Zazzera, The Geography of the Odyssey. Or how to map a myth. 27 février 2019 : http://www.laphamsquarterly.org/roundtable/geography-odyssey

Créée pour un cours sur la mythologie grecque et romaine, cette carte interactive propose de découvrir la géographie des lieux décrits dans l'Odyssée. Elle est l'oeuvre de Peter T. Struck qui souhaitait donner un aperçu général du voyage d'Ulysse à ses étudiants, malgré les incertitudes qui accompagnent nécessairement toute tentative de cartographie exhaustive de l'Odyssée d'Homère.

La carte interactive (story map) du voyage d'Ulysse et ses différentes reconstitutions (source : Lapham's Quarterly).
Cliquer au bas de la carte sur diapositives 1 à 6 pour comparer les différentes hypothèses.



La carte restitue les hypothèses faites par différents auteurs, depuis Ortélius au XVIIe siècle jusqu'au voyage réalisé par les anciens étudiants de l'Université de Columbia en 2009. Struck a fourni sa propre interprétation et a demandé à ses étudiants de lire l’Odyssée pour trouver des indices géographiques et développer les leurs. Les localisations proposées reprennent celles qui font l'objet d'un large consensus, notamment pour Troie ou Ismare. En revanche, Struck situe une bonne partie de l’action de l'Odyssée en Méditerranée occidentale. La carte de Struck propose également un autre chemin pour le retour d’Ulysse à Ithaque. Contrairement à Victor Bérard ou à Gabriel Germain, il estime qu'Ulysse n'est pas allé jusqu'aux colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) et qu'il a suivi un itinéraire beaucoup plus sinueux pour revenir à Ithaque, en raison de vents contraires dans ce sens de navigation.

Nombreux sont les auteurs qui, dès l'Antiquité, ont essayé de mettre en carte le voyage d'Ulysse. Pour Polybe et Strabon, il ne fait aucun doute qu'Ulysse a bel et bien existé et que son voyage a emprunté des lieux réels. Pour Eratosthène, vouloir cartographier un mythe est peine perdue. En 1597, le cartographe Abraham Ortelius est le premier à essayer de proposer une carte du voyage d’Ulysse.

Ulyssis Errores par Abraham Ortelius, dans le Theatrum Orbis Terrarum, vers 1608
(source : Wikimedia)



Pour William E. Gladstone, le monde d’Homère est une combinaison de géographie réelle et imaginaire. Si certains lieux décrits par Homère sont facilement reconnaissables (surtout les îles), de nombreux autres territoires géographiques (côte sud de l'Italie, mer Caspienne, golfe Persique) sont fragmentaires ou transposés, souvent les deux à la fois. Dans sa carte publiée en 1858, Gladstone identifie les parties du monde d'Homère qui ne pourront jamais être cartographiées : le transcendant (le monde souterrain) ainsi que le purement mythique (voyage d'Ulysse au pays des Lotophages ou dans l'archipel des Phéaciens, la Schérie).

Au XIXe siècle, le romancier et traducteur Samuel Butler s’appuie principalement sur la topographie pour cartographier le monde de l'Odyssée, en identifiant des lieux spécifiques à partir de descriptions de forêts, de montagnes et de côtes (voir sa carte). Sur la base de ces découvertes, il affirme que la majeure partie du voyage d'Ulysse a eu lieu en Sicile et dans les environs.

Victor Bérard a également utilisé la topographie comme éléments d'interprétation pour tracer une géographie homérique. Diplomate et homme politique français, Bérard entreprit un voyage autour de la Méditerranée en 1912, suivant les traces d’Ulysse, prenant des photos et rassemblant des informations. En 1933, son livre de photographies de voyage publié à titre posthume, Dans le sillage d’Ulysse, établissait des parallèles directs entre le monde de l’Odyssée et celui du XXe siècle. Sa carte des voyages d'Ulysse, publiée dans un ouvrage en quatre volumes Les navigations d'Ulysse (1927-1929) place la grotte de Calypso sur une île proche de Gibraltar (Ogygie), ce qui constitue une nouveauté dans la géographie de l'Odyssée. Le travail de Bérard a été largement diffusé en France jusqu'à aujourd'hui, notamment dans les manuels scolaires. Son travail a lontemps fait autorité y compris à l'étranger ; il constitue la base de la carte publiée dans l'Atlas du monde classique, édité en 1959 par Van Der Heyden et Scullard. Depuis lors, la cartographie de Bérard a fait l'objet de nombreuses réserves, notamment du fait que ses observations reposaient sur sa propre navigation à bord d'un navire du XXe siècle et qu'il tenait absolument à faire de l'Odyssée un récit réaliste (Lévy, 2013 ; Sohier, 2016).

 Itinéraire d'Ulysse, extrait de Victor Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, Paris A Colin, 1903


Carte des voyages d'Ulysse publiée dans Les navigations d'Ulysse de Victor Bérard (1927-1929) 

La localisation géographique d'Ithaque a suscité et suscite encore beaucoup d'interrogations. En 1920, Frank Brewster identifie Ithaque comme appartenant aux îles Ioniennes et place Ithaque sur l'île du même nom, parce que c'est, selon Homère, la moins appropriée des quatre îles pour la course de chars. Brewster signale que beaucoup d'auteurs sont en désaccord avec cette conclusion, certains soutenant qu’une autre de ces 4 îles ressemble davantage à la description d’Ithaque. Pour d’autres auteurs, les îles Ioniennes ne correspondent pas du tout aux îles décrites par Homère. 

La localisation géographique d'Ithaque reste un sujet de débat. En voici les différentes hypothèses sur cette carte interactive.

Différentes hypothèses sur la localisation d'Ithaque (source : Lapham's Quarterly). 
Cliquer en bas de l'écran sur diapositives 1 à 5.



Pour consulter la story map du voyage d'Ulysse en version multimédia (avec des images associées aux lieux) : http://esripm.maps.arcgis.com/apps/MapTour/index.html?appid=4fc9153f4d9248b9bab7011e3950b552&webmap=962ca9da38bf4c5e9439a6acf3dd1b3e#

Dans Heureux Ulysse... (1946), l’écrivain suédois Eyvind Johnson propose une réécriture romanesque du périple d'Ulysse. Il suit un itinéraire identique à celui décrit par Homère, mais la Méditerranée est devenue un territoire de flânerie. La Méditerranée qui dessine les contours du monde civilisé pour les Grecs est un territoire maritime immense dans lequel le héros se perd. La flânerie d’Ulysse dessine un itinéraire complexe qui ne prend pas le chemin le plus court entre Troie et Ithaque. Comme le montre Sylvain Briens dans sa lecture géographique d'Heureux comme Ulysse (Briens, 2014), ce sont justement la non-linéarité et l’ensemble des détours qu’Ulysse entreprend à son insu qui créent les conditions du récit. L’itinéraire semble suivre la structure du labyrinthe et exprime ainsi une territorialité faite de relations avec l’altérité et l'extériorité (Raffestin,1998).

Le voyage d'Ulysse a donné lieu à beaucoup de représentations cartographiques dans les manuels scolaires, en général sous forme de cartes simplifiées qui puissent être accessibles à des élèves de collège. Il s'agit de repérer les lieux à l'échelle du bassin méditerranéen. Après avoir fait colorier la mer en bleu (une vieille habitude scolaire !), on invite l'élève à réfléchir aux itinéraires d'Ulysse d'abord en Méditerranée orientale (à partir de Troie), puis en Méditerranée occidentale (jusqu'à l'île de Calypso et retour vers Ithaque) :
https://www.editions-hatier.fr/telecharger-ressource/14206/recherche.../aucun

L'activité sur la carte est parfois scénarisée : "Vous organisez une croisière en Méditerranée sur les traces d'Ulysse pour une agence de voyage" :
http://www.lelivrescolaire.fr/manuel/1163154/histoire-geographie-6e-2016/chapitre/1163229/le-monde-des-cites-grecques/page/1163233/l-iliade-et-l-odyssee/lecon/document/1232978

Certaines séances pédagogiques proposent de présenter la carte de Victor Bérard comme une hypothèse en partant de la carte où l'auteur cherche à restituer le tracé du périple d’Ulysse, puis de confronter cette carte à celle de Gabriel Germain qui considère ce récit davantage comme une épopée relevant de l’imaginaire et de la fiction. Aucune des deux cartes n'a vocation à dire le vrai, toutes les deux constituent des hypothèses ouvrant sur des géographies différentes à partir d'un même récit.
  

Le périple d'Ulysse selon Victor Bérard 1903 (source : religion.mrugala.net)



Le périple d'Ulysse selon  Gabriel Germain 1954 (source : religion.mrugala.net)



Pour prolonger ce "voyage", si vous vous intéressez aux liens entre cartographie et littérature, vous trouverez un jeu sur le blog SIG974. Le principe du jeu est simple, il s'agit de trouver l’oeuvre littéraire en rapport avec la carte présentée :
http://sig974.free.fr/?p=1304
 

Références :

Homère. Sur les traces d'Ulysse (exposition de la BNF) :
http://expositions.bnf.fr/homere/

Le voyage d’Ulysse et ses interprétations (Classes BNF) :
http://classes.bnf.fr/rendezvous/pdf/Homere4.pdf

Les voyages imaginaires d'Ulysse (L'Histoire) :
http://www.lhistoire.fr/carte/les-voyages-imaginaires-dulysse

Sohier, E. (2016). Ré-imaginer la Méditerranée avec l'Odyssée, la carte et la photographie. Victor Bérard, un géographe sur les traces d'Ulysse. Annales de géographie, 709-710(3), 333-359
http://www-cairn-info.fr/revue-annales-de-geographie-2016-3-page-333.htm

Lévy, C. (2013). Dans le sillage d’Ulysse : une géocritique homérique à l’insu de Victor Bérard. In Christine Reynier, Marie-Eve Thérenty. Les Médiateurs de la Méditerranée, Geuthner-MSH Montpellier, p.67-82 : http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00957022/document

Victor Bérard et Frédéric Boissonnas sur les traces d'Ulysse : du mythe à la photographie
http://www.grecehebdo.gr/index.php/actualites/culture/2359-le-voyage-de-victor-b%C3%A9rard-et-fr%C3%A9d%C3%A9ric-boissonnas-sur-les-traces-d-ulysse-du-mythe-%C3%A0-la-photographie

Briens, S. (2014). Les flâneries d'Ulysse : nouvelles géographies du mythe dans l'oeuvre de l'écrivain Eyvind Johnson. Le Globe. Revue genevoise de géographie, 154, p. 19-37. http://www.persee.fr/doc/globe_0398-3412_2014_num_154_1_7355#globe_0398-3412_2014_num_154_1_T2_0025_0000

L'Odyssée. Volume 4 / Homère ; traduction de Victor Bérard ; illustrations et décors de François-Louis Schmied avec une carte décorative. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15205294/f210.item.zoom

Carte reconstituant le périple d'Ulysse avec les références correspondantes dans l'Odyssée :
http://www.classics.upenn.edu/myth/content/homer/media/odybig.jpg

Carte reconstituant l'itinéraire d'Enée et des Troyens dans l'Iliade :
http://www.reddit.com/comments/akc252

Carte des voyages de Télémaque et d'Ulysse dressée par Pierre Lapie, capitaine ingénieur géographe (1779-1850) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8444400s


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Les story maps : un outil de narration cartographique innovant ?

Du Tour du monde en 80 jours au Trophée Jules Verne : l'évolution de la cartographie des tours du monde



Des différents modes de visualisation pour comparer des images aériennes ou satellitaires


Ce billet a pour but de recenser des exemples et d'entamer une réflexion sur les choix de visualisation pour comparer des images aériennes ou satellitaires. La double visualisation est de plus en plus courante sur Internet : il s'agit de pouvoir faire des comparaisons à partir de deux images prises à deux dates différentes (image comparison). Souvent très spectaculaires, ces images mettent en évidence des changements visibles à l'oeil nu. Elles posent la question de l'intérêt et des limites de ces "visions stéréoscopiques" qui gomment les étapes intermédiaires et débouchent sur des formes de pensée ou d'analyse purement visuelle.




1) Etude des risques : comparer les images avant et après une catastrophe pour en mesurer l'impact

C'est certainement l'un des usages les plus courants et les plus spectaculaires. Après chaque catastrophe naturelle ou technologique, les médias proposent ce type de comparaison (avant / après) pour donner à voir les dégâts matériels. L'impact sur les bâtiments, les routes, les parcelles ressort davantage que les pertes humaines.

Rupture du barrage minier de Brumadhino au Brésil (janvier 2019) :

Cyclone Idai au Mozambique (mars 2019). Images avant / après en juxtaposition
http://www.theguardian.com/world/2019/mar/21/cyclone-idai-satellite-images-show-extent-of-flooding-around-beira

Quand le littoral de l'Australie occidentale tourne au rouge après le passage du cyclone Veronica (mars 2019) :
http://nationalmap.gov.au/#share=s-9WjOid425ytRDtuHXp1qaa0SY1W

La site de la NASA Images of change référence beaucoup d'images satellitaires enregistrées suite à des catastrophes. Les images sont classées par thème et localisées sur un planisphère. L'avantage du site est de laisser le choix à l'utilisateur qui peut visualiser les images en mode rideau (curtain), en mode alterné (toggle) ou en mode deux images à la fois (2-up)
http://climate.nasa.gov/images-of-change?id=674#674-flooding-along-mississippi-river


Ces images de changements prises par la NASA dans le cadre du programme Earth Observatory sont disponibles également sous forme de vidéos :
http://earthobservatory.nasa.gov/world-of-change/Deforestation

La beauté de ces images n'a d'égal que la terreur qu'elles nous inspirent comme le souligne Alberto Cairo. Le data journaliste Maarten Lambrechts s'interroge sur le fait que le soleil brille toujours sur les images prises après la catastrophe, ce qui signifie qu'il a fallu attendre plus ou moins longtemps pour que les nuages se dissipent ou que les images ont été retouchées par des algorithmes. Ces images peuvent conserver des traces de nuages ou indiquer des couleurs plus ou moins faciles à interpréter.

La vague de sécheresse fait virer l'Europe au brun :
http://climate.nasa.gov/images-of-change?id=657#657-heat-wave-turns-europe-brown


2) Changement global : pour mesurer des évolutions ou anticiper des changements futurs

15 images avant / après qui montrent à quel point nous changeons notre planète à l'Anthropocène :
http://www.vox.com/2015/4/7/8352381/anthropocene-NASA-images

Neuf régions du monde menacées en cas de montée du niveau de la mer (France-Info) :
http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/cop21/cartes-neuf-regions-du-monde-menacees-en-cas-de-montee-du-niveau-de-la-mer_1078159.html

Un exemple classique souvent cité en géographie : l'évolution de la mer d'Aral qui s'est considérablement asséchée : http://climate.nasa.gov/images-of-change?id=531#531-shrinking-aral-sea-central-asia

Le gif animé restitue différentes étapes dans le processus, ce que l'on ne peut faire avec deux images en opposition.



La fonte des glaciers au Tibet :


3) Urbanisation et métropolisation : pour mesurer l'emprise des villes et l'expansion urbaine

L'expansion des villes et l'étalement urbain en Chine à travers 30 ans d'observation par satellite :
http://www.theguardian.com/cities/2017/mar/21/timelapse-satellite-images-china-fastest-growing-cities

Expansion urbaine de New Delhi :
http://climate.nasa.gov/images-of-change?id=579#579-urban-expansion-in-new-delhi-india

Consulter le site Images of change de la NASA qui propose beaucoup d'autres exemples de villes en forte croissance (menu Cities)
http://climate.nasa.gov/images-of-change


Ile-de-France : comparaison des photographies aériennes en 1949 et en 2018 :
 

4)  Occupation des sols : pour appréhender l'artificialisation des sols ou l'extension du couvert forestier

L'évolution de l'occupation du sol en Europe (1900-2010)
http://maptitude1.tumblr.com/post/143550889723/land-use-in-europe-1900-2010


 
Le printemps très ensoleillé qu'a connu la France en 2019 a permis au satellite Sentinel-2 de prendre de très belles images sur l'ensemble du territoire (résolution 10 m). L'application permet de comparer le couvert végétal par rapport à l'année 2018.
http://osr-cesbio.ups-tlse.fr/echangeswww/majadata/spot_differences.html

Comparaison de l'usage du sol et du futur plan d'occupation du sol de la ville de Waxahachie :
http://www.arcgis.com/apps/StorytellingSwipe/index.html?appid=ec82351263144a6a8eb92321d20c3247#

La déforestation en Amazonie sur la période 1975-2009 (dans l'état du Rondonia, une mise en valeur en "arrêtes de poisson"). Voir l'article sur la déforestation en Amazonie :
http://www.youtube.com/watch?v=JsIB81sLe2w



5) Utilisation de ces procédés pour comparer des cartes

L'utilisation de ce type de visualisation avec un rideau coulissant peut être appliqué à des cartes que l'on souhaite comparer. 

Comparaison de la répartition ethnique par blocs de recensement dans les villes américaines entre 2000 et 2010.

Autre exemple pour comparer l'obésité et le diabète aux Etats-Unis (dans l'idée d'établir des corrélations possibles) : http://links.esri.com/storymaps/story_map_swipe_overview_1

Autre application dans le domaine de la cartographie historique : le plan de Washington de 1851 comparé à l'image aérienne de la ville aujourd'hui pour voir les permanences et les changements dans la morphologie urbaine :
https://story.maps.arcgis.com/apps/StorytellingSwipe/index.html?appid=5c851a0bd60d42f0b2955966ee933465#


Le même exemple sur Washington avec un effet de loupe permettant de voir en transparence :
http://story.maps.arcgis.com/apps/StorytellingSwipe/index.html?appid=3e9a2e96c3e14fd793ec640ee39a20ab


Le même effet de loupe est repris par la London Time Machine qui permet d'explorer Londres en 1652.

Les archéologues ont utilisé des images déclassifiées capturées par les avions-espions U2 dans les années 1950 pour localiser et étudier des sites d’intérêt historique qui ont été depuis oubliés ou détruits. Exemple pour les villes d'Alep en Syrie et de Mossoul en Irak :
http://fas.org/blogs/secrecy/2019/04/declass-u2-photos/





Utilisation d'images satellites pour mettre en évidence la destruction de mosquées et de lieux de culte musulmans par la Chine au Xinjiang : http://www.theguardian.com/world/2019/may/07/revealed-new-evidence-of-chinas-mission-to-raze-the-mosques-of-xinjiang





Comparaison de transit maps pour montrer l'évolution (et parfois la régression) des réseaux de transports en commun en Amérique du Nord : http://www.dailymail.co.uk/travel/travel_news/article-6898165/Artist-Jake-Bermans-maps-Americas-old-public-transit-systems-versus-modern-day-versions.html

L'artiste Jake Berman présente d'anciens plans de métro et de transports en commun dans un style d'époque. De Los Angeles à Toronto, de San Francisco à Buffalo, il a également recréé des plans actuels à partir du style d'époque, ce qui permet de les comparer aux anciens plans. A voir sur le site du journal The Guardian.
http://www.theguardian.com/cities/2019/apr/03/mapped-historic-public-transit-systems-v-their-modern-equivalents

Ces procédés de rideau coulissant ou de loupe transparente peuvent être utilisés pour élaborer des story maps. Ils peuvent s'avérer plus ou moins efficaces par rapport à d'autres procédés plus classiques : superposition avec jeu sur la transparence, animation sous forme de gifs animés... ou simplement juxtaposition des deux images permettant une vraie stéréoscopie.


6) Utilisation de ces procédés pour comparer des paysages

Le même type de procédés peut être appliqué à des paysages que l'on souhaite comparer.

Exemple avec la rapide transformation des paysages urbains à Détroit (shrinking city) perceptible à travers les images de Street View : http://www.lostateminor.com/2014/12/29/google-street-views-photos-detroit-simply-depressing/



En complément, trois décennies de changements à la surface de la Terre à travers une série d'images satellitaires (1984-2016) proposée par The Time : http://www.youtube.com/watch?v=2n8XX5NwYyI



La fracture urbaine gris-vert : comment la richesse et la pauvreté sont visibles depuis l'espace :

http://www.geolounge.com/gray-green-urban-divide-wealth-poverty-visible-space/



Le site Medium propose, dans le cadre de sa rubrique Planet stories, une série d'images animées montrant les transformations liées à l'activité humaine vues depuis l'espace :
http://medium.com/planet-stories/popular-news-as-seen-from-space-472419b72349



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La mode serait-elle au multiviewer cartographique ?

Que valent toutes ces cartes sur Internet qui comparent des pays par leur taille ?

 

Des cartes pour alerter sur la pollution de l'air autour des écoles à Paris et à Marseille


Deux associations environnementales, Respire et Greenpeace, ont réalisé des cartes scolaires de la pollution de l'air à Paris et à Marseille. Grâce à ces dispositifs, il est désormais possible de savoir si l'air que les enfants respirent dans leur école est pollué.

A Paris, malgré une réduction relative, 85% des établissements dépassent encore les seuils de l'OMS

Accès à la carte interactive :
http://carte-des-ecoles.de-l-air-pour-nos-enfants.fr/

L'association environnementale Respire a publié mercredi 27 mars 2019 une carte scolaire de la pollution de l'air à Paris. Elle permet pour la première fois de connaître avec précision, établissement par établissement, les niveaux de pollution auxquels sont exposés les enfants aux abords des lieux qui les accueillent : crèches, écoles (maternelles et élémentaires), collèges et lycée. La carte mesure trois polluants : le dioxyde d'azote, les particules PM₁₀ et les particules PM₂,₅.

Le dioxyde d'azote (NO₂) irrite les voies respiratoires et s'avère particulièrement nocif pour les publics fragiles (asthmatiques, malades...). Il est émis pour moitié par le trafic routier et pour un cinquième par le chauffage. Les microparticules de moins de 10 micromètres, surtout les plus fines en dessous de 2,5 micromètres, pénètrent l'appareil respiratoire et peuvent provoquer des inflammations, notamment chez les personnes fragiles ou malades. Elles proviennent principalement des activités industrielles (1/3), du chauffage et du trafic routier (1/4 chacun).

L'étude porte sur 12 520 établissements scolaires d’Île-de-France. Entre 2012 et 2017, le nombre d’établissements dépassant les seuils de pollution au NO2 a été divisé par deux à Paris, passant de 66% des écoles secondaires à 30% d’entre elles. Mais 85% des établissements dépassent les seuils de particules PM₂,₅. La plus grande partie (548) des établissements en dépassement se situe à Paris. Mais près de 125 établissements de proche couronne et 9 de grande couronne sont également concernés",

Fermer le panneau de bienvenue pour accéder à la carte. Utiliser le menu en haut à gauche pour sélectionner un type d'établissement, un type de polluant et une année de référence entre 2012 et 2017.



La précision de la carte est de 12,5 mètres dans Paris et 50 mètres en banlieue. Pour produire cette cartographie, Respire a superposé les adresses des établissements scolaires publics et privés sur la carte de mesure de la qualité de l’air moyenne annuelle d’Airparif entre 2012 et 2017. Cette modélisation a été faite à partir des données de ses 70 capteurs fixes qui donnent une précision relative des mesures. L'estimation de la pollution se fait à partir de l'adresse de l'établissement, mais celui-ci peut donner sur plusieurs rues, ce qui peut générer des approximations. La situation est inquiétante surtout pour la ville-centre de Paris, malgré les efforts déployés depuis plusieurs années par la Mairie.

L'association Respire émet une liste de recommandations pour réduire la pollution de l'air à Paris :
- étendre et intensifier des zones à faibles émissions (ZFE).
- créer une voie «verte» sur les autoroutes urbaines.
- mener des mesures locales à proximité immédiate des établissements.
- renforcer la mesure de la qualité de l’air à l’intérieur des écoles. 
- redéfinir les seuils de pollution en fonction des recommandations de l’OMS.
Télécharger le rapport complet de la pollution de l'air dans les écoles d'Ile de France.


A Marseille, 58% des écoles sont concernées par la pollution de l'air selon Greenpeace

Accès à la carte interactive : 
http://www.greenpeace.fr/pollution-ecole/marseille/

A Marseille, avec sa carte publiée jeudi 28 mars 2019, l'ONG Greenpeace s'est intéressée aux écoles maternelles, élémentaires et primaires, aux crèches et aux halte-garderies de l'agglomération. Elle y a scruté la pollution au dioxyde d'azote, un gaz nocif pour la santé principalement issu des moteurs diesel en ville. 22% des écoles et crèches sont à moins de 50 mètres d’une concentration illégale de dioxyde d’azote, et 58% à moins de 200 mètres. L'ONG appelle les citoyens à interpeller leurs élus sur cette situation.




Si la cartographie de la pollution de l'air existe depuis de nombreuses années, c'est assez inédit de la voir croiser avec les données sur l'implantation des établissements scolaires. Ces cartes sont instructives voir alarmantes, de part le choix de la symbologie et le contenu des explications qui accompagnent la carte. La cartographie par densité de points a tendance à renforcer le sentiment de concentration et de diffusion de la pollution sur l'ensemble des territoires urbains concernés. Surtout pour la carte de Marseille qui a fait l'objet d'un traitement par interpolation (aplats de couleurs), tandis que la carte de Paris en cercles proportionnels se veut davantage informative. Dans les deux cas, la cartographie met en évidence une pollution accrue des écoles à proximité du réseau routier.

Ces cartes ont été élaborées dans un but à la fois de sensibilisation et d'alerte de l'opinion publique. Les parents sont invités à prendre conscience de l'environnement nocif où vivent leurs enfants et donc à faire pression sur les élus et les responsables ou au moins à les inciter à renforcer les mesures déjà prises. Mais la prise de conscience peut venir des élèves eux-mêmes comme l'a montré la récente mobilisation pour le climat qui a rassemblé un grand nombre de jeunes. Il peut être intéressant de reprendre ces cartes et de les analyser pour conduire des activités en éducation au développement durable ou en éducation à la santé. Cela constitue de bons supports pour des séances pédagogiques en Histoire-Géographie, en SVT ou en EMC. Elles peuvent aussi donner lieu à des recherches d'information en EMI pour analyser la manière dont les médias et les réseaux sociaux ont relayé leur message (souvent en le déformant et en l'amplifiant) avec des images évoquant le smog urbain.

Il resterait à mesurer la pollution de l'air dans les classes qui est souvent assez irrespirable, comme le fait remarquer Gilles Fumey dans un article de Libération (Géographie en mouvement, 24 mars 2019) :
"Métro, rues, appartements : on mesure la qualité de l’air partout, sauf dans les classes des établissements scolaires. Où – passons sur les odeurs – l’air est souvent irrespirable. Les Suisses nous donnent un outil pour mesurer le désastre dans cet espace de vie scolaire. Et étoffer la géographie de la pollution." 
http://geographiesenmouvement.blogs.liberation.fr/2019/03/24/pollutions-en-classe/

Entre 2013 et 2017, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a effectué des prélèvements dans 301 écoles maternelles et élémentaires réparties dans 31 départements, dont 38 en Ile-de-France. Publiés en 2018, les premiers résultats de cette étude concluent que la qualité de l’air est « globalement assez satisfaisante » dans les écoles françaises. Elle relève cependant quatre « points de vigilance ». Dans un peu plus de 40 % des établissements, au moins une salle est jugée très confinée, c’est-à-dire avec une forte concentration en dioxyde de carbone (CO2).
http://www.cstb.fr/assets/documents/oqai-bulletin-11-qualite-air-ecoles-france.pdf






Prolongement

Carte des crèches et écoles implantées sur un site pollué (site Chroniques cartographiques) :

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Les villes les plus polluées dans le monde en 2018

Calculer le bilan carbone de nos déplacements aériens

Le tourisme international et son impact sur les émissions de C0₂




Cartographier les espaces ruraux en France


Dans l'esprit de l'atelier cartographique proposé sur ce blog, il s'agit de proposer des scénarios pédagogiques permettant non seulement d'utiliser des productions cartographiques existantes, mais également de pouvoir élaborer ses propres cartes en fonction du thème d'étude et de l'outil cartographique que l'on souhaite mobiliser. L'étude des espaces ruraux en France entre dans les programmes de géographie scolaire et dans le cadre de la question de géographie au CAPES et à l'Agrégation (2019-2020). C'est un thème sur lequel on trouve beaucoup de cartes et de données statistiques, mais les débats autour de la définition du rural ne facilitent pas la tâche et révèlent des visions différentes de l'organisation spatiale et sociale de la France.


Nous donnons ci-dessous des ressources pour aider les étudiants et les enseignants à "avoir les cartes en main", pour être à même de comprendre les grands enjeux sur une question qui a fait l'objet de profonds renouvellements épistémologiques. L'approche nécessite d'être conduite à différentes échelles et en lien avec des notions importantes de la géographie actuelle : mobilités, dynamiques territoriales, déprise, renaissance rurale, ruralité, hyper ruralité, néo ruralité, désertification, gentrification rurale...

Nous avons classé les ressources selon deux entrées : d'une part  les "cartes à voir" à travers une banque de productions cartographiques déjà disponibles et d'autre part les "cartes à faire" à travers des jeux de données à utiliser et à adapter selon vos propres besoins.


1) BANQUE DE CARTES SUR LES ESPACES RURAUX

2) OUTILS ET JEUX DE DONNÉES À UTILISER ET À ADAPTER SELON VOS BESOINS


En complément :

Les espaces ruraux en France : indications bibliographiques (site Géoconfluences)

Si vous voyez d'autres ressources cartographiques à ajouter, merci de nous les signaler...


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Cartographier les espaces du tourisme et des loisirs

Cartographier l'Afrique (du Sahel et du Sahara à la Méditerranée)



La carte, objet éminemment politique : l’Etat islamique, de la proclamation du « califat » à la fin de l’emprise territoriale


Le « califat » a été proclamé en juin 2014 à Mossoul, en Irak. L’emprise territoriale de l’Etat islamique s’est terminée 58 mois plus tard à Baghouz, en Syrie.

Pierre Breteau revient en 58 cartes sur l'essor et le déclin de l'Etat islamique entre 2014 et 2019, en expliquant aussi les choix qui ont présidé à l'élaboration de ces cartes. De la cartographie des forces en présence à l'analyse des zones qu’elles contrôlent, toutes ces cartes n'ont pour but que de refléter un rapport de force, un équilibre provisoire à un instant T.

Consulter l'animation cartographique sur le site du Monde - Les décodeurs.
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/26/l-ei-en-58-cartes-de-la-proclamation-du-califat-a-la-fin-de-l-emprise-territoriale_5441495_4355770.html


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La carte, objet éminemment politique : la pétition contre le Brexit gagne en popularité au Royaume-Uni


Une pétition en ligne, demandant au gouvernement et au Parlement britanniques de « révoquer l'article 50 et de rester dans l'Union européenne (UE) » a récolté plus de 5 millions de signatures au 24 mars 2019. "Le gouvernement affirme de façon répétée que quitter l’UE est la volonté du peuple. Nous devons mettre fin à cette affirmation en prouvant la force du soutien public actuel pour rester dans l’UE", indique le texte accompagnant la pétition en ligne. Un second référendum "pourrait ne jamais être organisé, donc votez maintenant", est-il aussi écrit.
http://petition.parliament.uk/petitions/241584

Cette pétition a obtenu le nombre de signatures le plus élevé jamais enregistré sur le site du Parlement britannique, entraînant des dysfonctionnements sur ses serveurs. La pétition en question a été publiée à la fin du mois de février par une Britannique, Margaret Anne Georgiadou, qui se décrit elle-même comme « une personne contrariée qui a voté pour le maintien » du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Elle demande la révocation pure et simple de l'article 50 du traité de Lisbonne (qui régit la sortie d'un pays de l'Union). Le succès de la pétition s'inscrit dans le contexte de la grande manifestation contre le Brexit qui a rassemblé un million de manifestants à Londres le 23 mars 2019.



Cette pétition a fait l'objet de quelques réserves, n'importe quel internaute, britannique ou non, pouvant la signer avec une adresse e-mail. En ce qui concerne les signatures extérieures au Royaume-Uni, le Parlement a confirmé avoir vérifié qu'il s'agissait uniquement de citoyens britanniques à l'étranger.

Cette carte est mise à jour régulièrement sur le site du Parlement britannique. Elle indique le nombre de signatures par circonscriptions en valeurs brutes et en pourcentages. Les données sont téléchargeables au format JSON.  :
http://petitionmap.unboxedconsulting.com/?petition=241584


Il est intéressant de comparer cette pétition aux résultats  du référendum sur le Brexit de 2016 qui met en évidence les mêmes régions en faveur du "Remain" (essentiellement le Grand Londres, l'Ecosse et l'Ulster).

 La carte des résultats au référendum sur le Brexit en 2016 (source : Le Monde)


Certains médias ont produit une carte pour mesurer les écarts entre les deux. On observe des déplacements sensibles de l'opinion publique dans des circonscriptions éloignées de Londres qui commencent à douter du Brexit : http://326politics.files.wordpress.com/2019/03/revoke-article-50-2.jpg






Sur les médias sociaux, les discussions sont assez vives pour attirer de nouveaux soutiens à cette pétition ou au contraire pour en critiquer l'initiative et en montrer les limites. Sur son compte Twitter, Stefano De Sabbata (@maps4thought) reproduit des cartes intéressantes montrant les évolutions sur la question du Brexit qui divise l'opinion publique britannique.

Alasdair Rae (@undertheraedar) a cartographié les circonscriptions qui ont signé cette pétition (en pourcentage des électeurs) de manière à en dégager des analyses. Ce sont en général les régions les plus touchées par la crise et le chômage (notamment les Midlands) et qui ont voté pour le Brexit qui signent le moins la pétition.

Ces cartes peuvent elles-mêmes être comparées avec celle du référendum de 1975 concernant (déjà à l'époque) le maintien du Royaume-Uni dans la Communauté européenne  (source : Wikipedia)



Pour rappel, cette pétition de mars 2019 intervient dans une situation politique très confuse. Le Parlement britannique a refusé pour la seconde fois le projet de Brexit présenté par la Première Ministre Theresa May. De son côté, l'Union européenne hésite à repousser la date du Brexit prévue initialement pour le 31 mars 2019 (cf demande britannique pour la reporter au 30 juin). La pétition a largement dépassé les cent mille signatures, seuil nécessaire pour provoquer un débat au Parlement. Etant donné que les élections européennes ont lieu en mai 2019, le Brexit va être un sujet très débattu au sein des pays membres de l'UE.

En contrepoint, voici une carte de 1885 montrant la répartition des sièges et les différentes sensibilités politiques aux élections du Parlement britannique. On peut observer des différences et des similitudes : http://www.reddit.com/comments/azazqw



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