Comment interpréter la carte des gilets jaunes ?


Les gilets jaunes se présentent comme un mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants en France. Les interprétations divergent sur la nature de ce mouvement dont il est difficile pour l'instant de tracer les contours sociologiques. On peut relever quelques expressions parmi d'autres qui permettent d'interroger les représentations et aussi les stéréotypes :
  • Les gilets jaunes : une forme de jacquerie assimilable aux bonnets rouges, mais à l'échelle de la France ?
    (source : Le Monde)
  • Une revanche des "cul-terreux", de "ceux qui fument des clopes et continuent de vouloir rouler au diesel" ?
    (source : La Dépêche)
  • Un mouvement de défense de la "France de la bagnole et des ronds-points" ? (source : Slate) .
  • Une révolte de la "France périphérique" prisonnière de l'automobile contre la France des centre-villes mieux desservis en transport en commun ? (source : France Culture)
  • Une opposition entre les oubliés de "la France d'en bas" et les premiers de cordée de la "start-up nation" ?
    (source : Le Dauphiné)
  • Un mouvement général de ras-le-bol social aux coutures opaques ? (source : Libération)

Le mouvement des gilets jaunes est sans doute un peu tout cela à la fois. Il est né sur Facebook et s'est en grande partie développé sur les réseaux sociaux. Bien qu'il se veuille indépendant de tout mouvement politique ou syndical, il n'échappe pas à des formes de récupération politique. Que peut nous dire la carte des rassemblements des gilets jaunes sur les contours géographiques de ce mouvement ?

Une carte qui ne brille pas par sa sémiologie graphique

La carte des points de rassemblement est publiée et mise à jour à jour régulièrement sur Google Maps avec une API qui permet de reproduire la carte de site en site sur Internet (voir ci-dessous). Cette carte officielle compte 713 points de blocages au 13 novembre 2018. Associée au site blocage17novembre.com, elle permet de localiser les points de rassemblement dans chaque département. Le fait d'avoir choisi comme figurés des gilets jaunes est symbolique d'un accessoire automobile devenu symbole de lutte. Mais la taille disproportionnée des figurés ponctuels ne permet guère d'identifier les points précis sur la carte. Il s'agit d'une carte des points de rassemblement qui sont, semble-t-il, en même temps les points de blocage. Les gros figurés jaunes se chevauchent sur la carte (sans doute volontairement) de manière à donner l'impression que la France entière est menacée d'un blocage général. La carte utilisée pour diffuser les informations n'est d'ailleurs pas centrée sur la France métropolitaine (elle inclut aussi La Réunion), ce qui oblige à zoomer sur l'hexagone.

Carte officielle des points de blocage prévus le 17 novembre 2018

 


Une carte de localisation devenue une carte symbole

Cette carte des gilets jaunes comptait 17 millions de vues le 16 novembre 2018. Le jour du rassemblement le 17 novembre, le nombre de visiteurs dépasse les 22 millions (+ 5 millions de consultations en une journée). Cela traduit la puissance des réseaux sociaux et notamment de Facebook qui a servi de chambre d'écho et a permis de propager très rapidement les informations (lire notre billet Quand Facebook révèle nos liens de proximité). Cette carte est plus qu'un outil de localisation, elle est devenue un symbole de ralliement.  Elle a été largement relayée par les médias qui l'ont incorporée directement dans leurs pages ou l'ont plus ou moins adaptée pour diffuser des informations pratiques à l'échelle régionale ou locale.




La carte des gilets jaunes est devenue une sorte de logo pour le mouvement. Elle a fait l'objet de plusieurs déclinaisons jouant souvent sur la métaphore de l'automobile (par exemple les bouchons lors des départs en vacances assimilés aux opérations escargots et aux ralentissements à prévoir dans toute la France, voir ci-dessous). Dans un article du 15 novembre, le journal Le Monde essaie de décrypter les images mises en avant par ce mouvement. Ce qui complique la compréhension du mouvement des , c'est qu'il faut interroger le traitement de l'information à la fois par les médias et par les réseaux sociaux (cf série de fake news relevées le 18 novembre par l'AFP à propos de photos truquées sur Twitter).



Des lieux de rassemblement répartis sur tout le territoire ?

Au premier abord les lieux de rassemblement se trouvent éparpillés sur l'ensemble du territoire. Mais certains départements sont plus représentés que d'autres. Le journal Le Parisien a recensé le nombre de points par départements au 6 novembre 2018 dans une carte à la sémiologie elle aussi pour le moins approximative : le chiffre absolu est représenté en aplat de couleurs sans tenir compte de la surface du département ni de l'importance de sa population (un mapfail caractérisé et répété dans cette autre carte du nombre de personnes mobilisées sur Facebook).


Nous avons repris la base de données des 713 points de blocage (fichier kml téléchargé à partir de Google Maps) pour pouvoir faire quelques analyses dans QGIS. Voici la carte du nombre de blocages prévus par département sous forme de figurés ponctuels avec classification par seuils naturels (algorithme de Jenks) :


Les points de blocage sont plus nombreux dans les départements les plus urbanisés, ce qui tranche avec l'idée qu'il s'agirait uniquement d'une manifestation de la France rurale : une manifestation qui concerne plutôt les habitants du péri-urbain ? Certains départements tels le Nord, l'Isère, les Bouches du Rhône, la Gironde sont davantage représentés. Mais on trouve aussi d'importants appels au blocage dans l'Eure, en Charente-Maritime, en Seine-Maritime, dans le Jura ou dans les Vosges (des départements davantage "ruraux"). Cette carte n'a pas vraiment de sens tant la distinction rural - urbain est complexe et ne peut être visible à l'échelle des départements. Il convient de souligner le cas des départements hyper ruraux du Massif central qui semblent peu touchés par les appels au blocage alors que les habitants sont très concernés par le coût élevé des trajets domicile-travail qui s'effectuent souvent en automobile. Le taux de motorisation étant plus élevé dans les communes rurales et péri-urbaines, les dépenses de carburant y sont plus élevées (voir la série d'infographies proposées par Le Monde qui explique pourquoi la hausse du diesel cristallise la grogne des banlieues et des campagnes).

C'est surtout à l'échelle des aires urbaines et des grands axes de communication que la carte devient intéressante. Voici la carte des appels à blocage superposée à celles des aires urbaines (INSEE 2010). La coïncidence est presque parfaite. Cette carte peut donner lieu à différentes interprétations. Elle renvoie au fort impact des mobilités qui sont l'un des critères de définition de l'aire urbaine (lire notre billet Intérêt et limites du découpage en aires urbaines). Elle interroge les pratiques spatiales notamment les navettes domicile-travail, mais aussi nos appartenances et nos représentations territoriales entre urbanité et ruralité (les zones laissées en blanc sont-elles véritablement hors de toute influence urbaine ?)


Les points de blocage sont situés à des points stratégiques le long des principales voies de circulation, grandes routes et autoroutes (notamment à proximité des échangeurs). A la différence des transports routiers qui bloquent en général les centres d'approvisionnement en carburant et les raffineries, les gilets jaunes ont choisi de bloquer d'abord les principaux carrefours routiers :


Le mouvement des gilets jaunes a par ailleurs publié une carte des points de blocages stratégiques qui comprend des aéroports, des ports, des raffineries, des tunnels autoroutiers : autant de "points sensibles" (cf choix de figurés évoquant l'explosion sociale) qui orienteraient vers un mouvement de paralysie générale des moyens de transport et d'approvisionnement. Cette carte n'a cependant guère été reprise par les médias qui ont sans doute jugé peu probable que ce mouvement spontané puisse aboutir à un mouvement de blocage généralisé. A moins qu'il s'agisse d'une appréhension générale face à un risque de mouvement insurrectionnel. Peur de la psychose ou volonté de tempérer les élans d'un mouvement difficile à cerner ? Il y a là un sujet intéressant à creuser entre les informations et les cartes répandues par les réseaux sociaux et celles reprises et diffusées par les médias. 


Carte officielle des points de blocages stratégiques prévus le 17 novembre 2018



Cette carte des points de blocages stratégiques a elle-même changé entre le 16 et le 17 novembre. Ce ne sont plus seulement des symboles en forme d'étincelles évoquant des foyers d'insurrection, mais aussi des panneaux orange de circulation évoquant des opérations escargot sur une semaine (on est toujours dans la métaphore de l'automobile). La carte est devenue collaborative : elle s'enrichit au fur et à mesure des nouveaux points de blocage déposés par les manifestants (157 points au 22 novembre, 185 points au 27 novembre). Un signe que le mouvement pourrait perdurer dans le temps. A noter que les points indiqués sont déposés de manière très sporadique sans correspondre toujours à la réalité des blocages sur le terrain. Alors que la première carte des points de rassemblements prévus a fonctionné comme une sorte de prophétie autoréalisatrice, cette deuxième carte n'a pas rencontré le même succès et n'a pas joué le même rôle. Les gilets jaunes, désormais engagés dans un mouvement social long et multiforme, ne semblent plus éprouver le besoin de communiquer sur les lieux et les types d'actions qu'ils entendent mener. 


Carte interactive des lieux de blocages et opérations escargots après le 17 novembre 



"La révolte de la France de la bagnole et des ronds-points" ?

Une analyse à une échelle plus fine montre que ce sont les ronds-points à l'entrée des grandes villes qui sont les cibles privilégiées des gilets jaunes. Un article publié dans Slate met en avant l'idée que les ronds-points jouent le rôle de places publiques pour les habitants de cette "France étalée" : "la majorité des appels à bloquer le trafic routier mentionne comme lieu de rassemblement un équipement de voirie, un type de lieu ou une forme urbaine qui fait partie de l’écosystème de l’étalement urbain : une station-service, un parking de centre commercial, un péage, une bretelle d’accès à l’autoroute ou un rond-point. Beaucoup de ronds-points."

En reprenant l'analyse, on s'aperçoit qu'elle fonctionne globalement à l'échelle des grandes métropoles où ce sont les entrées d'autoroute et les grands ronds-points qui jouent un rôle de pôles fédérateurs. La manifestation de la "France périphérique" donnerait d'abord à s'exprimer depuis les périphériques et les autoroutes péri-urbaines, renversant les pôles habituels de la centralité. Voici par exemple la carte des appels à blocage pour la région parisienne et pour la région lyonnaise :



Il convient en revanche de nuancer pour les petites villes où les points de rassemblement sont beaucoup plus diversifiés. Ce sont aussi bien des places de marché, des parkings de supermarchés, de salles polyvalentes, de mairies ou d'établissements scolaires... Voici par exemple une carte des points de rendez-vous dans le département de l'Oise publiée par Oise Hebdo.



A partir des données fournies, nous pouvons esquisser une petite typologie permettant de classer ces points de rassemblement. Outre les ronds-points, les péages et les stations-service fonctionnent aussi comme un point de cristallisation du mécontentement. Ces cartes témoignent d'une prédilection pour les marqueurs spatiaux et paysagers de la France périurbaine comme les ronds-points, les bretelles d’accès ou les parkings de supermarchés.

  
Les appels à blocage à partir des ronds-points



 Les appels à blocage à partir des parkings
 

Les appels à blocage à partir des péages
 

 Les appels à blocage à partir des stations-service



Cet essai de typologie n'est qu'une esquisse car nombre de points de rassemblement ne sont pas renseignés dans la base de données (144 cas sur 713). Quand des précisions géographiques sont données, elles ne permettent pas toujours de distinguer entre lieux de rendez-vous et lieux de blocage.


Un débat se développe dans la société et surtout dans les médias pour savoir si le mouvement des gilets jaunes exprimerait le mécontentement de "la France d'en bas". (voir par exemple cet article de la Dépêche publié le 14 novembre 2018 : Les « gilets jaunes », un mouvement qui illustre les fractures françaises). Outre que l'expression n'a pas vraiment de sens et de définition sur le plan sociologique, cela renvoie au débat sur les fractures territoriales en France.

Hervé Le Bras a publié des cartes sur la construction sociale du territoire (voir cet article de Slate publié en 2017) où il oppose les "classes moyennes et supérieures dans les villes de commandement" aux "ouvriers et classes plus modestes rejetés en banlieue".

Les ouvriers rejetés hors des villes (carte d'Hervé Le Bras, source : Slate



Cela rejoint la thèse défendue par Christophe Guilluy sur la France périphérique comme zone d'exclusion et de relégation où les classes dirigeantes auraient abandonné les classes populaires. L'auteur de "La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires" considère que cette France périphérique composée des classes moyennes, des ouvriers, des petits salariés, des indépendants et des retraités subit depuis 20 à 30 ans une recomposition économique qui les a desservis. Pour Guilluy, "le monde d’en haut ne parle plus au monde d’en bas. Et le monde d’en bas n’écoute plus le monde d’en haut" (voir son interview pour Le Parisien). D'autres géographes ont montré que la réalité territoriale est plus complexe, que les métropoles ont aussi leurs déclassés tandis que certaines zones rurales se portent bien. Samuel Depraz remet en cause la notion de "France périphérique" et ce qu'il appelle "la paresse intellectuelle de la dichotomie", préférant étudier les territoires en marges et toutes les formes d'inégalités quels que soient les territoires où elles s'inscrivent (voir son article dans les Cahiers d'études urbaines). A l'appui de cette approche, on peut observer le cas de l'Ile de France : la carte de l'évolution de la pauvreté montre que celle-ci ne se concentre pas forcément en périphérie lointaine, mais plutôt dans Paris et dans les banlieues proches.


Evolution de la population à bas revenus en Ile de France entre 2008 et 2014 (source : INSEE)

Le mouvement des gilets jaunes serait-il une tentative de ré-ancrage local, d'affirmation identitaire face au déclassement territorial ? Eric Charmes, qui s'est opposé aux thèses de  Christophe Guilluy, montre qu'"avec leurs rues résidentielles désertes et leurs autoroutes surchargées de véhicules, les périphéries pavillonnaires mettent clairement en évidence ce que certains ont appelé « la fin des quartiers » ou la « déterritorialisation » des modes de vie". Ce qui débouche sur un paradoxe entre une vie de quartier qui paraît perdre de son importance et des ancrages locaux qui s’exacerbent.

Pour le sociologue Romain Pasquier, le mouvement des gilets jaunes semble majoritairement issu des classes populaires et des classes moyennes basses. Il est "porté par une France qui se construit autour du déplacement lié à l’éloignement d’un certain nombre de services et autour du déplacement domicile-travail, plus important que dans les grandes villes. Il s’agit de la France rurale et périurbaine, la France des villes moyennes et petites, qui travaille loin de son domicile, qui vit loin des services publics."

Il peut être intéressant de confronter cette analyse avec la carte des temps d'accès routiers de l'INSEE qui montre que l'accessibilité aux principaux services de la vie courante est effectivement très inégale. Les temps d’accès vont du simple au triple, le temps moyen (4 minutes) restant peu élevé malgré tout. Il s'agit cependant d'une moyenne qui ne tient pas compte des contraintes par exemple en zones de montagne ou dans des zones moins bien desservies par les voies de communication. Les personnes résidant dans un pôle urbain accèdent le plus rapidement aux services. C’est moins le cas dans les couronnes périurbaines de ces pôles, mais c’est au-delà de la limite périurbaine que les temps d’accès sont les plus longs. Pour autant la fable densité des campagnes ne rime pas toujours avec la faible accessibilité comme le montre cette étude de l'INSEE réalisée en 2016 sur le Languedoc-Roussillon.


Temps d'accès médian routier aux principaux services de la vie courante en minutes (source : INSEE 2015)



De fait les temps de transport entre le domicile et le lieu de travail se sont allongés comme le montre une étude conduite par l'INSEE : la moitié des personnes ayant un emploi habitent à plus de 15 km de leur lieu de travail en 2013 (c'est 2 km de plus qu'en 1999). Pour la région parisienne, cet allongement est encore plus significatif comme le montre cette animation.

Il convient de recroiser ces temps de transport avec des données sociologiques pour savoir s'il y a un lien entre le niveau de vie et la distance au centre. La revue Alternatives économiques a conduit une étude qui montre que l'éloignement du lieu de travail est proportionnel aux revenus des ménages (voir la série de graphiques proposés sur leur site). D'après cette étude, il est nécessaire d'avoir déjà un certain niveau de revenus pour pouvoir vivre loin des centres, ce qui  va à l'encontre de l'idée que les populations péri-urbaines seraient les plus modestes. Même si le coût de l'immobilier est en général moins élevé en périphérie, il faut avoir les moyens financiers d'assumer au moins une (voire deux) voitures par foyer. La comparaison entre 1994 et 2008 montre qu'au delà de 15 ou 20 km, seules les populations plus aisées peuvent encore supporter le coût de la distance domicile-travail.




Le magazine Marianne a publié le 16 novembre un article au titre accrocheur : "L'interdiction des véhicules polluant à Paris étrangle les plus pauvres". Cet article est assorti d'une carte qui a été reprise par plusieurs sites soutenant les gilets jaunes. Celle-ci représente le taux de véhicules concernés par l'interdiction de circulation selon CRIT'Air 5, en comparaison du taux de foyers sous le seuil de pauvreté (voir les données utilisées). Le discours porté par ce type de carte vise à montrer les inégalités face aux mesures prises pour lutter contre la pollution. Les voitures arborant une vignette noire qui ne pourront plus circuler à partir de juillet 2019 dans les communes du Grand Paris se trouvent principalement dans les communes les moins riches. On peut s'interroger pour savoir si les habitants des communes les plus pauvres du Nord et de l'Est parisien utilisent l'automobile ou plutôt les transports en commun (en plus de ces pourcentages, il faudrait le nombre d'automobilistes en chiffre absolu).


Taux de véhicules interdits à la circulation selon CRIT'Air 5 et taux de ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté (source : journal Marianne)



Marianne a publié une deuxième carte qui corrèle cette fois le taux de pauvreté au parc automobile (en chiffre absolu) et au taux de véhicules interdits à la circulation selon CRIT'Air 1, 2 et 3 (en pourcentage). Cette carte permet de nuancer la carte précédente montrant que les habitants de l'Ouest parisien, bien que dotés de véhicules moins polluants, en possèdent cependant un plus grand nombre. Le Paris intra muros compte lui-même un record absolu de véhicules (entre 120 000 et 1 million ?). Par ses choix de seuils et d'aplats de couleurs (double dégradé de couleurs dont l'un semble avoir été inversé), cette carte pose des problèmes d'interprétation.

Taux de pauvreté par communes et taux de véhicules interdits à la circulation selon CRIT'Air 1, 2 et 3 
(source : journal Marianne)




Les ménages des grandes villes et de leurs proches banlieues sont en réalité beaucoup moins motorisés qu’on ne l’imagine généralement. Le site DataFrance qui diffuse les statistiques rendues publiques par les services de l’État, présente une carte du taux de motorisation des foyers français, commune par commune, à une échelle fine. Alors que le taux de motorisation est de 81% en France, ce sont 33% des ménages qui sont sans voitures en Ile de France et le taux atteint près de 40% dans Paris. Les ville-centres sont beaucoup moins motorisées que les couronnes environnantes. Elles apparaissent en couleur plus claire sur la carte, laissant penser que les problèmes de mobilité ne s'y posent pas dans les mêmes termes (consulter la carte interactive en ligne).

Taux de ménages possédant au moins une voiture en région parisienne (source : DataFrance)



Une étude de l'INSEE parue en 2017 sur l'utilisation du vélo en France montre que les actifs des grandes villes sont 6 % à se déplacer à vélo, contre 0,5 % à la campagne. Adapté aux trajets de quelques kilomètres, le vélo séduit en priorité les travailleurs situés en ville ou dans de grands pôles d’emploi. La part des cyclistes parmi les actifs est directement proportionnelle à la taille de leur commune, à l’exception de Paris, où seulement 4 % des travailleurs utilisent le vélo. A Strasbourg, ce chiffre atteint 16 %, suivi de 15,2 % à Grenoble, et 11,8 % à Bordeaux. Malgré son faible coût, le vélo n’est pas réellement un moyen de transport populaire. Selon l’INSEE, il est surtout prisé des cadres et employés, alors qu’il séduit une très faible proportion d’ouvriers, artisans ou commerçants. L’éloignement des usines et centres commerciaux ainsi que les horaires décalés peuvent expliquer en partie cette désaffection (voir le décryptage fait par les Décodeurs dans Le Monde et la série de cartes publiées par l'AFP à partir de cette étude de l'INSEE).


 Part du vélo comme moyen de transport selon la taille de la commune (source :
Insee)



La question de l'exclusion sociale ou spatiale n'est pas liée seulement à la mobilité. Elle est corrélée également au niveau de revenus et à l'accessibilité aux services de proximité. C'est aussi une perception subjective et personnelle de la distance au centre. Des études très fines sur les modes d'habiter péri-urbains ont pu montrer qu'il n'y avait en réalité pas de différences notables dans la perception de l'éloignement entre les habitants du péri-urbain proche et ceux du péri-urbain plus lointain. Le sentiment d'éloignement ou d'exclusion serait davantage lié à des catégories d'individus et à des modes d'habiter. C'est ce que montre l'étude de Rodolphe Dodier dans un article de la revue Espace Temps, Modes d’habiter périurbains et intégration sociale et urbaine. En se fondant sur des méthodes qualitatives, essentiellement des entretiens, l'auteur parvient à sortir de l’idée d’un archétype unique de l’« individu périurbain » et à dégager des figures renvoyant à différents modes d’habiter : les reclus, les repliés, les captifs (des figures de la souffrance), les villageois, les navetteurs, les périphériques (des figures équilibrées), les multi-compétents, les hypermobiles (des figures métapolitaines).


Proportion des différents modes d’habiter dans les espaces périurbains selon la distance à la ville-centre
(source : enquête PERIURB)



Un autre élément du débat concerne le sort des petites villes qui auraient été abandonnées à elles-mêmes par le pouvoir central. On trouve effectivement de nombreux exemples de villes de province ayant perdu leurs infrastructures et leurs services (centre des impôts, tribunal, hôpital, maternité...) comme le montre par exemple ce témoignage concernant la ville de Montbrison. Eric Charmes montre que, face à la crise économique et démographique des centres des villes moyennes, ce sont plutôt les villages des couronnes péri-urbaines qui s'en sortent le mieux (lire son article sur "La revanche des villages").

Là encore il est difficile de généraliser car certaines études montrent que ce sont  les petit pôles urbains qui résistent le mieux au déclin des emplois industriels (voir cette étude de l'Observatoire des territoires). Malgré leurs difficultés sociales et économiques, malgré la fermeture de nombreuses lignes de transport interurbain, ces petites villes offrent un cadre de vie souvent plus agréable que celui que l'on peut trouver dans les grands centres (voir les résultats de cette étude sur le bonheur rural et le bonheur urbain par l'Observatoire du bien-être).

Ce différentiel en faveur des campagnes et des petites villes peut s'expliquer par plusieurs facteurs : la qualité du cadre de vie, du logement et des relations sociales, un moindre sentiment d'insécurité, des niveaux plus faibles d'inégalités. Le revenu jouerait en revanche un rôle limité dans ces écarts géographiques de bien-être, sauf pour les villes moyennes, qui cumuleraient les désavantages en termes de niveau de vie moyen et de relations sociales. Selon la classification de l'Observatoire du bien-être, les plus bas niveaux de sociabilité apparaissent dans les villes de 20 000 à 100 000 habitants où il semble plus difficile de créer et maintenir des relations sociales de qualité. Un tissu social moins fort, tant au niveau personnel que professionnel, constituerait donc une composante significative du moindre bien-être des villes moyennes. 





Finalement ce qui compte, c’est l’appartenance sociale, qu’on confond trop souvent avec la question territoriale (voir cet article du Monde). "Ce ne sont pas les Français les plus pauvres – ceux-là n’ont même pas de voiture et ont d’autres problèmes –, mais ceux qui ont à la fois besoin de leur voiture et de faibles moyens, et qui ne se sentent pas pris en compte par les politiques publiques."

Le qualificatif de périphérique ne peut donc suffire à connaître ni à comprendre les « gilets jaunes ». Un communiqué de presse de l'Office National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale (ONPES) publié par son directeur Jérôme Vignon le 22 novembre 2018 insiste sur le fait que "la visibilité territoriale des précarités et vulnérabilités énergétiques ne doit pas donner à penser que le phénomène n’est que la conséquence de disparités territoriales. Il comporte aussi une forte dimension sociale tenant au fait que les territoires excentrés sont habités par des catégories professionnelles qui en forment aussi d’une certaine manière une partie de l’ossature. Les agriculteurs, les artisans, les commerçants et chefs de petites entreprises et les ouvriers se distinguent du reste de la population par des risques de vulnérabilité et de précarité énergétique simultanée (pour le chauffage et pour le transport) significativement supérieurs à la moyenne... L’hétérogénéité de ces catégories sociales, leur faible part dans la population active occupée (environ 13 %) et la fragmentation des organes de leur représentation sociale ont sans doute joué un rôle dans le manque d’attention à la relative dégradation de leur situation fragile." 

La dimension socio-territoriale ne peut pour autant être évacuée. Une étude publiée par INSEE Première en 2015 montre de fortes inégalités territoriales en termes de vulnérabilité énergétique. Les cartes dressées par l’INSEE soulignent que le risque de grande vulnérabilité (probabilité de subir des dépenses supérieures au double de la médiane nationale à la fois au titre du chauffage domestique et au titre des transports quotidiens) est d’autant plus élevé que l’on demeure loin des pôles urbains, pour atteindre le maximum de 9, 5% en zone rurale hors de toute aire urbaine soit 3 ,5 fois plus que la moyenne nationale. Cette étude de l'INSEE a pour intérêt d'envisager simultanément (tout en les dissociant) la vulnérabilité liée aux déplacements et la vulnérabilité liée au logement, cette dernière étant presque plus importante même si elle ressort moins dans les revendications des manifestants.







Le mouvement des gilets jaunes est-il de nature à déboucher sur un mouvement social de grande ampleur ? Il semble difficile de le dire pour l'instant tant les dimensions sociales et territoriales de ce mouvement sont multiples et entremêlées.


Liens ajoutés le 23 novembre 2018

Gérard Noiriel a publié le 21 novembre un billet sur son blog "Les gilets jaunes et les leçons de l'histoire". Dans une perspective historique et sociologique, l'auteur compare ce mouvement avec d'autres mouvements populaires (notamment les jacqueries et autres mouvements antifiscaux) pour mieux en souligner les ressemblances et les différences. Il interroge également le traitement de l'information par les médias, cette "complémentarité entre les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue qui a donné à ce mouvement une dimension d’emblée nationale". Lire l'article.

A la Réunion, les tensions sont fortes du fait des inégalités, la grille de lecture est plus complexe pour les territoires ultramarins. Gilles Gauvin met en perspective le mouvement sur le plan historique et propose un développement endogène régional pour La Réunion. Lire la série d'articles

Hervé Le Bras a publié le 22 novembre dans le Nouvel Observateur une carte des gilets jaunes par départements. Sous le titre "La carte des gilets jaunes n'est pas celle que vous croyez", l'article a pour but de montrer que la mobilisation a été plus forte dans la "diagonale du vide". Selon l'auteur, cette diagonale des départements ruraux ne correspond ni à la France périurbaine, ni au vote frontiste. Cette analyse réalisée à l'échelle des départements s'appuie sur une étude quantitative : plus de 250 000 manifestants et 2 000 points de rassemblement ont été recensés officiellement par le Ministère de l'intérieur (contre les 700 points prévus initialement sur Facebook). Cette étude à partir du nombre "officiel" (chiffres sujets à caution) des manifestants à la journée du 17 novembre comporte certains biais liés au choix des sources,  au mode de seuillage et aux choix graphiques. Elle mérite d'être complétée par d'autres analyses à une échelle plus fine. Lire l'article.




Aurélien Delpirou a publié le 23 novembre un article "La couleur des gilets jaunes" dans la revue La vie des idées. Il s'en prend aux prénotions sociologiques qui saturent le débat public et revient sur les oppositions systématiques : villes et campagnes, centres-villes et couronnes périurbaines, bobos et classes populaires, métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique. Selon l'auteur, le mouvement ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales. Lire l'article.

Bruno Judde de la Rivière a publié le 23 novembre un billet sur son blog Géographe du Monde, "Jaunes fluo et verts de rage (du mouvement des Gilets jaunes, de ce qu’il dit de la géographie française)". Il souscrit de manière générale aux thèses d'Aurélien Delpirou mais pense qu'on ne peut pas écarter d’un revers de main l'approche de Christophe Guilluy, même si ses idées ne sont pas les siennes. Il insiste sur le poids des inégalités qui ne concernent pas que le pouvoir d'achat, mais aussi le logement, la carte scolaire, etc. Lire l'article.

Liens ajoutés le 27 novembre 2018

Jacques Lévy a donné une interview le 16 novembre pour la Revue des deux mondes où il évoque une nouvelle forme de mobilisation avec une forte composante spatiale. Pour l'auteur, il convient de distinguer deux catégories : les individus qui vivent dans les aires urbaines et les zones péri-urbaines, qui ont fait le choix d’économiser sur le foncier ce qu’ils perdent sur la mobilité et les individus qui habitent dans des zones plus reculées, souvent plus en difficulté financière. Globalement le mouvement des gilets jaunes traduit une inquiétude vis-à-vis du changement extérieur, mais aussi vis-à-vis du changement de soi. Lire l'article.

Pour Arnaud Brennetot, interrogé le 26 novembre par le journal Paris Normandie, l’originalité de cette mobilisation tient au fait qu’elle envisage l’automobile comme un acquis social. L’idée que la mobilisation des gilets jaunes traduirait une nouvelle lutte de classes, opposant les ruraux aux urbains, ne résiste cependant pas à l’analyse. La dépendance des individus à l’automobile augmente forcément avec leur éloignement des centres urbains, qu’il s’agisse de se rendre au travail ou d’accéder à des services collectifs. Aujourd’hui, ce sont dans ces communes situées entre 10 et 20 kilomètres des villes d’au moins 10 000 habitants que l’on trouve le plus de ménages en situation de vulnérabilité face à l’augmentation des prix du carburant. On a laissé le marché de l’immobilier résidentiel évoluer sans lien avec la localisation de l’emploi et des services collectifs. On a, par exemple, permis la construction de nombreux lotissements pavillonnaires dans des endroits où les prix de l’immobilier étaient abordables, sans forcément mesurer ce qu’impliquait l’éloignement des réseaux de transport collectif et des centres d’activité pour les ménages concernés. Lire l'article.

Liens ajoutés le 30 novembre 2018

Daniel Béhar, Hélène Dang-Vu et Aurélien Delpirou reprennent une partie du débat dans une tribune publiée le 29 novembre dans la revue Alternatives économiques : « France périphérique », le succès d’une illusion. Ils rappellent que "des dizaines de travaux de sciences sociales, menés par des chercheurs de toutes les générations, issus de multiples disciplines et affranchis de toute affiliation idéologique ont établi la fausseté de ce diagnostic, qui confond volontiers les registres sociaux et spatiaux, tout en documentant rigoureusement les effets de la mondialisation sur les sociétés et sur les territoires". Pour les auteurs, la rhétorique des deux France s’inscrit dans une histoire longue. Lire l'article.

Brigitte Sebbah, Natacha Souillard, Laurent Thiong-Kay et Nikos Smyrnaios ont publié le 26 novembre un rapport de recherche "Les gilets jaunes, des cadrages médiatiques aux paroles citoyennes", où ils décryptent les mots utilisés sur les réseaux sociaux du point de vue des sciences de l'information et de la communication. Selon ces chercheurs du laboratoire LERASS (Université de Toulouse), les revendications qui ne semblaient au départ concerner que l’usager automobiliste montent peu à peu en généralité pour se transformer en revendications citoyennes. Ces revendications sont étayées par des arguments, contrairement à ce que la profusion de commentaires et le cadrage médiatique laissaient penser en amont de leur étude. « La place de la politisation dans les pratiques socio-numériques doit être sérieusement mesurée car son importance est systématiquement minorée, notamment par les autorités et les figures installées du monde politique, intellectuel et médiatique.» Lire l'article.

Liens ajoutés le 5 décembre 2018

Dans un article publié le 3 décembre dans The Conversation et intitulé "La crise des gilets jaunes révèle l’histoire d’une France qui disparaît", Daniel Behar revient sur la notion de France périphérique et interprète son succès par sa capacité à décrire un monde en voie de disparition. Dans la nouvelle société mobile, tous les groupes sociaux, riches comme pauvres, pratiquent la multi appartenance territoriale, ce qui oblige à renforcer la cohésion des territoires plutôt que de vouloir aider uniquement les territoires qui se sentiraient abandonnés. Pour les quartiers les plus en difficultés, il faut maximiser la fonction de "sas" pour éviter qu'ils deviennent des "nasses". Lire l'article.

Agnès Stienne, qui avait conçu en 2012 pour Le Monde Diplomatique une carte sur les lieux de pouvoir à Paris sous le titre Il était une fois dans l'Ouest, a repris et actualisé cette carte. Celle-ci indique les nouveaux lieux de manifestations et de rassemblements des Gilets jaunes les 24 novembre et 1er décembre 2018 à Paris. Ces lieux sont complètement différents des parcours traditionnels de manifestation (Bastille - Nation - République) et concernent désormais les quartiers riches et les lieux symboliques du pouvoir. En s'élargissant, le mouvement des gilets jaunes serait-il en train de conquérir les lieux de centralité et de menacer le pouvoir politique ? Lire l'article.

Liens ajoutés le 10 décembre 2018

Le Huffington Post a publié une carte des endroits à éviter le samedi 8 décembre lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris (voir ci-dessous). Cette carte indique les lieux où tout rassemblement est officiellement interdit (en rouge), les "points chauds" correspondant aux zones potentielles de manifestations (en orange), les lieux exceptionnellement fermés et événements reportés (en noir) ainsi que le parcours de la marche pour le climat (en vert). La plupart des grands musées, des théâtres, des bibliothèques, des salles d'exposition ont été fermés à cette occasion. Lors de cet "acte IV" des gilets jaunes, Paris n'était pas loin de ressembler à une ville morte. D'autres villes ont également été concernées par les manifestations, de Brest à Strasbourg, de Lille à Marseille, de Besançon à Bordeaux. Lien pour consulter la carte sur Google Maps et télécharger le fichier km. Lire l'article.




Le Figaro a élaboré le même type de cartographie afin de mettre en évidence "les zones sensibles" au sein de la capitale. Alors qu'Eric Drouet, l'un des leaders des gilets jaunes, avait appelé à manifester sur le périphérique lors de la manifestation du 8 décembre, le mouvement semble avoir préféré investir à nouveau Paris, les Champs-Elysées et les grands boulevards de l'Ouest parisien. Comme la carte précédente qui localisait déjà les "points chauds", cette carte vient dessiner une géographie des quartiers insurrectionnels et des zones sensibles au sein même de la capitale. Lire l'article.




Samuel Hayat a publié sur son blog le 5 décembre un billet "Les Gilets jaunes, l'économie morale et le pouvoir" qui a été repris sur le site Agone. L'historien, spécialiste de la représentation politique au XIXe siècle, souligne le fait que les images rapportées par les médias ont donné à voir un Paris jamais vu, ni en 1995, ni en 2006, ni en 2016, trois moments pourtant où l’espace-temps habituel des mobilisations parisiennes s’était trouvé profondément déformé. Il montre que ces émeutes ne ressemblent pas à ce qui a pu avoir lieu durant les insurrections de 1830, 1832, 1848 ou 1871. Toutes ces insurrections avaient lieu au quartier, mettant en jeu des sociabilités locales, un tissu relationnel dense permettant aux solidarités populaires de se déployer. En dépit de son unité improbable, de ses aspects conservateurs, anti-pluralistes et excluants, il s'agit d'un mouvement émeutier avec un ancrage populaire. Pour l'auteur, rien n’est garanti, mais tout est ouvert. Lire l'article.

Le rôle joué par les réseaux sociaux et notamment Facebook dans le déclenchement et l'évolution rapide du mouvement suscite débats et interrogations. Le rôle des réseaux sociaux est controversé du fait qu'ils servent aussi bien à répandre des fake-news qu'à les dénoncer et à prendre du recul. Ce qu’Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information à l’université de Nantes, appelle l’”algorithme des pauvres gens” (au bénéfice des internautes et non plus des grands médias) est l’un des atouts maître du mouvement de contestation français. “Avec l'effondrement des corps intermédiaires (syndicats et partis politiques notamment), [...], et avec la multiplication et la prégnance des écrans et des pratiques connectées substitutives à la sociabilité physique, ‘l'algorithme des pauvres gens’ n'est pas simplement un changement technique mais il dessine en creux un changement de sociabilité”, analyse Olivier Ertzscheid. Lire l'article sur le blog Affordance #Giletsjaunes : de l'algorithme des pauvres gens à l'internet des familles modestes.

Lien ajouté le 12 décembre 2018

Pour Samuel Depraz, "La France contrainte des gilets jaunes", la notion fourre-tout de « France périphérique » a été mise à toutes les sauces depuis des années et a servi à de nombreux médias de première clé de lecture du mouvement des Gilets Jaunes. Rien pourtant de plus faux : dans les bassins de contestation on trouve à la fois des lieux de désindustrialisation et des carrefours du monde périurbain pétri par l’influence des métropoles. De là proviennent des militants hétérogènes, que rallie davantage une certaine idée de la justice fiscale plutôt qu’un ancrage territorial défini. Lire l'article.


Cette liste de liens est complétée au fur et à mesure des cartes et des publications repérées dans les médias et sur les réseaux sociaux. N'hésitez pas à nous en faire part...