Dessous les cartes : l'histoire (Rendez-vous de l'Histoire, 2021)


Les interventions enregistrées au festival Les Rendez-vous de l'histoire 2021 sont désormais en ligne :
https://rdv-histoire.com/programme/edition-2021-le-travail/dessous-les-cartes-l-histoire

L’image fixe qu’est la carte peut sembler l’opposé du récit. Pourtant, sans carte, l’histoire risque la cécité, ne serait-ce qu’en montrant ses lacunes par les « blancs » de la carte. Ce mode d’écriture est loin d’être sans piège, surtout pour qui n’est pas familier des éléments de cette mise en scène (cadrage, échelle, choix graphiques, rapports aux temporalités…). L’usage de la carte historique sera discuté à partir de cartes projetées issues des deux bases de L’Histoire (dont l’Atlas historique de la France) et du Dessous des Cartes.

Modérateurs 

  • Héloïse KOLEBKA, rédactrice en chef, Revue L'Histoire

Intervenants

  • Christian GRATALOUP, professeur émérite, Université Paris Diderot
  • Émilie AUBRY, journaliste, rédactrice en chef de l’émission hebdomadaire Le Dessous des cartes, ARTE



Autres conférences des RDV de l'Histoire à Blois (2021) rediffusées en ligne :

Articles connexes 





L'histoire par les cartes : une carte-caricature sur les débuts de la guerre en 1914

 

Cette carte se nomme "L'Attaque et la Riposte". On sait peu de choses sur cette carte humoristique. Son auteur est anonyme. Elle a été publiée par l'éditeur Ehrmann en 1914 (à Paris ?).

L'Attaque et la Riposte (1914) - auteur anonyme

La carte fait référence à la première bataille de la Marne, qui marque une stabilisation du front après l'avancée allemande d'août-septembre 1914. Elle se décompose en 6 vignettes qui racontent une histoire un peu comme le ferait une bande dessinée.

Pour déchiffrer les 6 vignettes : 

1) 24 août 1914 : l'avancée allemande en France 
2) 2 septembre : la marche allemande sur Paris 
3) 8 septembre : la contre-offensive française 
4) 11 septembre : la victoire française à la bataille de la Marne 
5) 21 - 26 septembre : la « Course à la mer » 
6) 10 novembre : la victoire française à la bataille de l'Yser

A découvrir en grand format sur le site de vente AbeBooks :
http://www.abebooks.com/maps/LAttaque-Riposte-Anonymous-Ehrmann-1914-Paris/30793854328/bd

A télécharger sous forme de vignettes (en Licence Ouverte) sur le site de la Bibliothèque numérique de Lyon :
http://numelyo.bm-lyon.fr/collection/BML:BML_04CPS01400101?rows=12&pager_row=69
http://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_0401400101Res454734_000_0106

Articles connexes

L'histoire par les cartes : la guerre de 1870-1871

L'histoire par les cartes

Rubrique Cartes et atlas historiques


La carte, objet éminemment politique : la publication de l'ouvrage "Cartographie radicale" par Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz


Cartographie radicale. Explorations. Par Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz. La Découverte, 2021.
https://www.editionsladecouverte.fr/cartographie_radicale-9782373680539

L'ouvrage montre qu'il existe une place légitime pour la cartographie alternative. A travers des exemples bien choisis, les deux auteurs cherchent à explorer les voies possibles de cette "cartographie critique, radicale ou expérimentale", en marge du pouvoir et destinée à (re)donner du sens critique et du pouvoir d'agir aux simples citoyen.nes.


Présentation de l'ouvrage

Il est des cartes qui disent non. Des cartes radicales, qui dévoilent et dénoncent, qui protestent. Pour comprendre ces cartes rebelles, leur fonctionnement, leurs forces, leurs possibilités, ce livre entreprend un voyage d’exploration au cœur de la création cartographique. Que se passe-t-il exactement quand nous élaborons une carte, qu’elle soit radicale, expérimentale (on parle aussi de cartographie critique ou de contre-cartographie) ou conventionnelle ­? Quelles intentions président à sa fabrication et à sa mise en oeuvre­ ?

La première fonction des cartes est de nous aider à nous repérer dans l’espace et à nous déplacer d’un point à un autre. Elles permettent aux bateaux de naviguer et aux avions de voler. Avec des cartes, on fait la guerre, puis éventuellement la paix. Elles sont aussi de formidables machines à rêves, qui façonnent notre image du monde, en fixent la mémoire et finissent par fabriquer notre réalité. Qu’est-ce qui motive cet acte très particulier de mise en forme symbolique du monde, de Strabon à l’anarchiste Élisée Reclus, de la bénédictine Hildegard von Bingen à l’explorateur Alexander von Humboldt, des portulans à la carte d’état-major­ ? Quelle part de fantaisie créatrice, quelle part de fantasme faustien d’une possible maîtrise de notre environnement, quelle part de sincérité scientifique sont-elles à l’oeuvre­ ?

Entre l’émergence de la cartographie thématique audacieuse de l’ingénieur Charles-Joseph Minard, ou celle des designers d’information Otto et Marie Neurath, et l’approche sémiologique conceptuelle de Jacques Bertin, se situe un point de rupture avec les conventions de la représentation cartographique. Un point libérateur qui a ouvert le champ de l’expérimentation et rendu possible la démocratisation des cartes. Autour des années 1900, le sociologue W.­E.­B.­ du Bois et son équipe inventaient de nouvelles façons graphiques de représenter des données statistiques sur la situation des personnes noires aux États-Unis. Quelque soixante ans plus tard, c’était pour dénoncer le même racisme culturel et économique qu’un petit institut de géographie de Détroit, animé par William Bunge et Gwendolyn Warren, donnait ses contours à ce qui deviendra la géographie radicale­ : une géographie engagée.

Alors, le rapport à l’objet carte change. S’opère une prise de conscience quant à son usage et à ses possibilités. La cartographie radicale va spatialiser les données économiques et sociales, produire des cartes délibérément politiques qui montrent et dénoncent les situations d’inégalités de vie et de droits, les compromissions politico-économiques, les accaparements de terres, la destruction des milieux par l’agro-industrie, la pollution de la planète et tout ce qui hypothèque, d’une façon ou d’une autre, le bonheur et l’avenir de l’humanité. Les cartes, qui jouent traditionnellement le jeu du pouvoir, se font outils de la contestation et instruments d’émancipation politique et sociale quand la société civile se les approprie. Politique, art et science entrent alors en dialogue permanent pour proposer une image non convenue et libre du monde. 

Cartographie radicale ou cartographie alternative ?

La réflexion conduite dans cet ouvrage se veut une approche plutôt qu'une définition de cette cartographie critique, radicale ou expérimentale. Cette nouvelle façon de concevoir les cartes constitue, même si elle la bouscule un peu, un prolongement de la cartographie conventionnelle. Cette dernière revendique un statut de science exacte, s'appuyant sur des données réputées fiables, et croit produire des images neutres et fidèles de la réalité. Au mieux, ces cartes s'approchent le plus près de la réalité du terrain, en le représentant le plus fidèlement possible, ce qui les rend absolument nécessaires : il faut pouvoir se déplacer, se repérer d'un point à un autre, il faut que les avions puissent voler, que les bateaux puissent naviguer. La cartographie alternative se veut plus modeste, car elle questionne en permanence les données et les informations dont elle se nourrit, et surtout assume - et revendique même - sa nature subjective : les images cartographiques ne sont que des visions, des interprétations du réel.

C'est bien en imaginant ces nouvelles approches, en se hasardant à inventer de nouvelles formes, en bravant les contraintes techniques et surtout en osant défier, voire pervertir les conventions, que la cartographie fait émerger une réflexion alternative riche. Non seulement elle produit un savoir nouveau sur le monde, mais elle instaure aussi un autre rapport à la connaissance. Car, le savoir "politique" des simples citoyennes et citoyens subissant diverses formes d'aliénations sociale, économique et politique, devient un outil d'émancipation sociale quand il prend la forme d'une carte. Même si elle semble de prime abord moins engagée, la carte sensible qu'une personne produit sur sa propre vie ou ses propres émotions, actionne les mêmes ressorts de la prise de conscience et d'une confiance en soi.

Table des matières

Prologue

1. Quel monde !

Dess(e)ins

Le spectacle du monde

Trois concepts

Distorsions

2. La face du monde

Un monde systémique

Circulations

Cartographier la complexité

3. La carte comme volonté

Le geste cartographique

La plume et le pouvoir

Transformer l’espace

Les cartes « si »

4. Sous la carte

La liberté des cartographes

Science, com’ ou propagande ?

5. La fabrique du monde

La réalité par les cartes

Où sont les femmes ?

6. L’autre regard

Pourquoi faire autrement ?

Contre-cartographier

Une affaire de polis

7. Géométries. Le laboratoire

Une science des formes

Élaborations

8. De l’art

Le musée aime les cartes radicales

L’objet du débat

L’art de la carte

Épilogue

Annexes 

Lire un extrait (le prologue)

Pour en savoir plus

 



Articles connexes

La carte, objet éminemment politique : la cartographie du Moyen-Orient entre représentation et manipulation

La carte, objet éminemment politique. Vous avez dit « géoactivisme » ?

La carte, objet éminemment politique : les cartes de manifestations à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux

La carte, objet éminemment politique : La Pachamana en base de données

Les nouvelles façons de « faire mentir les cartes » à l'ère numérique

Interview de Philippe Rekacewicz sur la cartographie et le métier de cartographe

Du métier de cartographe et de ses évolutions


Le peintre hollandais Vermeer et les cartes


Quiconque connaît l'œuvre du peintre Johannes Vermeer (1632-1675) a pu remarquer les cartes figurant au mur de ses représentations de scènes d'intérieur. Comme le souligne Christophe Tufféry (Les cartes dans la peinture de Vermeer, 2017) : « Simples objets de décor ou symboles à la signification plus ou moins évidente, les cartes de Vermeer méritent d’être évoquées. Elles furent peintes d’une façon réfléchie et avec une grande précision. Ces éléments rentrent en écho avec les personnages des tableaux, pour montrer le quotidien d’une Hollande mise en scène et fantasmée ».

Pour situer le contexte, il convient de rappeler que la cartographie et les arts visuels étaient des activités très liées au XVIIe siècle. Les cartes étaient réalisées à des fins pratiques, de prestige, mais aussi plus banalement de décoration intérieure. Frans Hals (1580-1666), Gerrit ter Borch (1617-1681), Pieter de Hooch (1629-1684), Jan Steen (1626-1679), Jacob Ochtervelt (1634-1682), Nicolaes Maes (1634-1693) ont tous introduit des représentations de cartes dans leurs tableaux qui peuvent avoir une signification symbolique ou allégorique (lire l'article Vermeer's Maps assez complet sur ce sujet). Dans plus d'une demi-douzaine de peintures de Vermeer (sur les 37 oeuvres conservées ou attribuées à ce peintre), on peut voir des cartes accrochées aux murs blanchis à la chaux. Cinq d'entre elles montrent les Pays-Bas et ses provinces, deux autres le continent européen. 

Les cartes sont censées ouvrir sur un monde plus vaste que celui de l'environnement domestique. Les significations que l'on peut attribuer aux cartes de Vermeer ainsi qu'à celles d'autres peintres hollandais de son époque, font l'objet de débats parmi les spécialistes de l'art et les historiens. Pour Pierre Sterckx (Les mondes de Vermeer, 2009), « la présence de la cartographie dans la peinture de Vermeer ne se limite pas aux cartes accrochées aux murs de ses scènes d’intérieur. Toute sa peinture est cartographique dans le sens où elle ne cesse d’activer des connexions, des ouvertures, des axes de circulation. »

De toutes les cartes représentées dans les tableaux de Vermeer, celle que l'on peut admirer dans le tableau L'Art de la peinture constitue l'une des plus ambitieuses à la fois par la technique picturale et par la diversité des significations qu'on a pu lui attribuer. Elle représente la carte des dix-sept Provinces des Pays-Bas, publiée par le cartographe hollandais Nicolas Visscher en 1636. 

L'Art de la peinture (1666-1668) par Johannes Vermeer (source : Wikimedia Commons)


Références

Les cartes dans la peinture de Vermeer. Par Christophe Tufféry. (E)space & fictions.
http://spacefiction.fr/2017/09/04/les-cartes-dans-la-peinture-de-vermeer/)

Vermeer's Maps.
http://www.essentialvermeer.com/maps/vermeers-maps.html

Johannes Vermeer et son obsession pour la cartographie. James A. Welu nous expose la "manie des cartes géographiques" de l'artiste. Une story map conçue par Google Arts et culture.
http://artsandculture.google.com/story/JgKCOBoqo-TBKQ?hl=fr

Johannes Vermeer. Le Géographe. Une autre story map de Google Arts et culture permettant une analyse très détaillée.
http://artsandculture.google.com/story/le-g%C3%A9ographe/bALyBhB2iA5cIA?hl=fr

Vermeer et le tableau dans le tableau. Par Pierre Sterckx dans Les mondes de Vermeer (2009), p. 47-60.
http://www.cairn.info/les-mondes-de-vermeer--9782130573999-page-47.htm

Vermeer et les cartes de géographie. Par J. Martinon. Mappemonde 87/3.
http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M387/p24-26.pdf

Jan Vermeer au Louvre : les cartes et le territoire. Par Gilles Fumey (Blog Géographies en mouvement).
http://www.liberation.fr/debats/2017/03/05/jan-vermeer-au-louvre-les-cartes-et-le-territoire_1816568/

Vermeer, peintre géographe (Société de Géographie).
http://socgeo.com/2017/03/16/vermeer-peintre-geographe/

L'Art de la peinture, tableau de Johannes Vermeer peint vers 1666.
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Art_de_la_peinture

Carte des dix-sept Provinces des Pays-Bas publiée par le cartographe hollandais Nicolas Visscher en 1636.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53042427m?rk=2081555;2



Combien de châteaux en Espagne, 10 000 voire plus ? Une story map proposée par le journal El-Confidencial


Combien peut-on compter de châteaux en Espagne ? On ne sait pas vraiment car aucun inventaire sérieux n'a été réalisé. Tout dépend aussi de ce qu'on appelle "château" comme le montre cette story map proposée par le journal en ligne El-Confidencial.com


El Confidencial est un journal numérique espagnol d'information générale, spécialisé dans l'actualité économique, financière et politique. L'objectif de cette story map est de montrer la richesse de ce patrimoine tout en attirant l'attention du public sur l'état de délabrement de certains châteaux, « un joyau de la Couronne espagnole dont personne ne veut s'occuper ».

Une carte interactive permet de localiser les 8 000 châteaux géolocalisés à partir de Google Maps (avec une marge possible d'erreur). On atteint même plus de 10 000 châteaux si on inclut tous les bâtiments d'architecture défensive pour lesquels on ne dispose cependant pas de catalogue exhaustif. La carte permet de faire des sélections par types de constructions et par époques. Les châteaux les plus nombreux (environ 6 000) datent du Moyen-Age et de la Renaissance, du XIe au XVIe siècle. La grande majorité d'entre eux sont chrétiens. 

La story map répond à des questions très concrètes que l'on peut se poser sur un tel sujet :

  • Qu'est-ce qu'on appelle "château" même si le terme peut sembler évident  ?
  • Comment est-il possible qu'on ne sache pas combien il y a de châteaux en Espagne ? 
  • Est-il étonnant que la Castille ne soit pas la région qui compte le plus de châteaux ?
  • Où y a-t-il le moins de châteaux en Espagne ?
  • Est-ce très cher de restaurer un château ?
  • Quel est leur état de conservation aujourd'hui ?
  • Quels sont les exemples de châteaux bien conservés ?
  • Quels sont les exemples de châteaux mal conservés ?
  • Et les plus vieux ? A quoi ressemblaient les premiers châteaux en Espagne ?
  • Ont-ils un style d'architecture bien défini ?
  • Y a-t-il un autre moyen pour les classer ?
  • Exemples de restauration de châteaux au XXe siècle 
Pour avoir des réponses à ces questions, vous pouvez consulter l'article sur le site de El-Confidencial :


Pour compléter

Pourquoi dit-on « bâtir des châteaux en Espagne » ? (Wikipedia et BFM-TV). On parle de construire ou acheter un château en Espagne dans l'idée de créer des plans ou des projets qui n'aboutiront jamais. L'expression remonterait au XIIIe siècle.

Carte du nombre de châteaux par provinces espagnoles (HeliosMaps). Cette carte thématique est construite à partir des données du site Wikipedia (données non exhaustives).

La carte de tous les châteaux en Europe : la France loin devant ses voisins ? (MapPorn). Avec la difficulté de s'entendre sur ce qu'on appelle "château" et la question de la source utilisée (OSM). Voir l'approche critique de cette carte par Mateusz Fafinski.


Articles connexes





La cartographie russe et soviétique d'hier à aujourd'hui


La cartographie russe s'inscrit dans une solide tradition qui remonte au moins à la fin du XVIIIe siècle et qui s'est traduite par une importante production, notamment à l'époque soviétique où l'Etat contrôlait la production et la diffusion des cartes. Les cartes militaires soviétiques longtemps tenues secrètes ont progressivement été rendues publiques à partir des années 1990-2000. Ce billet recense les ressources disponibles par périodes et donne des liens vers des articles de présentation ou d'analyse. La dernière partie est consacrée à l'étude de la Russie à travers des cartes historiques et géographiques.




1) La naissance et l'essor de la cartographie russe

Camena d'Almeida Pierre (1892). La géographie de la Russie, en 1891. Annales de Géographie, t. 1, n°2, p. 149-160.

« L'activité géographique en Russie n'est pas de date récente. Ce pays, qu'on se figure trop volontiers dépourvu de toute civilisation et de toute préoccupation scientifique avant Pierre le Grand, n'avait pas attendu le règne de ce prince pour sentir le besoin de cartes géographiques, et apprécier les services qu'elles peuvent rendre. Les premières cartes de la Russie que l'on possède sont, il est vrai, l'œuvre d'étrangers, mais dès le XVIe siècle, les marchands, les chasseurs, les hetmans de Cosaques, qui parcouraient en tous sens la Russie et ses dépendances, notaient soigneusement leurs impressions et décrivaient leurs itinéraires... A Pierre le Grand revient le mérite d'avoir créé une cartographie officielle, et fait de ce qui n'était dû qu'à l'initiative individuelle un service d'État, régulièrement organisé... Aux créations déjà faites s'ajoutèrent successivement le Corps d'état-major institué par Catherine II en 1763, l'Institut Constantin, sorte d'école d'application pour les topographes (1765), et le Corps impérial des dessinateurs (1796), bientôt converti en Dépôt impérial des cartes... Ces créations multiples et rapprochées témoignent de l'intérêt que les souverains russes prenaient aux progrès de la cartographie, cet intérêt s'accrut encore par la suite. » 

Pierre Gonneau (1986). La géographie historique de la Russie (Moyen Âge, XVIe, XVIIe siècles) dans les fonds des bibliothèques parisiennes. Revue des Études Slaves,  58-4,  p. 693-711.
http://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1986_num_58_4_5599


2) Cartes russes du XIXe et début XXe siècle

Retromaps. Cartes anciennes, atlas et plans historiques de la Russie (site en russe).

Cartes et affiches de la collection David Rumsey concernant la Russie.
https://www.davidrumsey.com/

Atlas des statistiques forestières de la Russie européenne (1873). L'un des premiers rapport statistique sur les espaces boisés de la Russie.
https://imperiia.omeka.fas.harvard.edu/collections/show/107

Atlas de la Russie d'Asie par Grigorii Glinka (1914).
http://www.davidrumsey.com/

Ours terrifiant ou pieuvre géante : la Russie représentée sur les cartes satiriques d'Europe (Russia  Beyond).

Olivier Orain. La géographie russe (1845-1917) à l’ombre et à la lumière de l’historiographie soviétique. Espace Géographique, Belin, 1996, XXV (3), p.217-232.
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00082222/document
« La géographie russe a toujours été plus "naturaliste" que la géographie française. Sa vocation exploratrice n'est sans doute pas étrangère à cet état de fait : commanditée par un État omniprésent, indissociable d'une pratique cartographique, faite de nomenclatures et d'inventaires, tournée vers des espaces sauvages et faiblement anthropisés, la géographie russe réclamait des géodésistes, des naturalistes, voire des ethnologues pour satisfaire la demande socio-politique dont elle était tributaire. » 

Marina Frolova, « Le paysage des géographes russes : l’évolution du regard géographique entre le XIXe et le XXe siècle », Cybergeo : European Journal of Geography, Epistémologie, Histoire de la Géographie, Didactique.
http://journals.openedition.org/cybergeo/1808
« Le seuil du XXème siècle marque une grande rupture dans la vision du paysage par les géographes et naturalistes russes. Cette rupture est précédée par les changements importants à l'intérieur de la géographie elle-même. Au cours du XIXème siècle la géographie, apparue à la croisée de diverses pratiques - les explorations militaires, les expériences de voyage et descriptions statistiques - s'affirme comme discipline universitaire. Fruit de la recherche de moyens efficaces de gestion de l'espace immense et création rapide de cartes des vastes territoires, la géographie russe, comme en Allemagne, tente de substituer l'étude des relations fonctionnelles à celle des données physionomiques (Rougerie, Béroutchachvili 1991)... En continuant cette démarche, un autre géographe soviétique, D. L. Armand, affirme en 1949 que la carte ne peut plus être un but principal de la recherche géographique. Elle doit être complétée par un graphique ou un tableau, qui représente le dynamisme temporel du facteur géographique étudié. Armand continue : Les résultats d'observations ne sont que des «matières primaires» de la recherche géographique. Ils sont généralisés sur une carte, sur les diagrammes de balance et sur les courbes qui montrent le déroulement des processus dans le temps. Ainsi les cartes figurant la distribution spatiale des phénomènes géographiques ne sont qu'un demi-produit de la recherche. Pour achever la recherche et pouvoir expliquer scientifiquement les processus ayant lieu dans la géosphère il faut traiter mathématiquement les données obtenues (1949, p. 93-94). » 


3) Cartes soviétiques de l'Entre-deux-guerres et de la Deuxième Guerre mondiale

Collection de 4 000 cartes militaires russes de l'Université de l'Indiana. Ces cartes ont été élaborées entre 1883 et 1947 et n'ont jamais été destinées à être vues par des étrangers. Une carte de synthèse permet d'accéder à la collection par zones géographiques.
http://webapp1.dlib.indiana.edu/images/splash.htm?scope=images/VAC9619

Cartes soviétiques sur la Guerre civile (1917-22).
Affiches révolutionnaires célébrant la victoire du bolchevisme sur ses ennemis internes et externes.

Carte du relief de l'URSS par Gorkin (1927).

Atlas soviétique célébrant le Gosplan (1936).
Cet atlas réalisé par Berezin et Arkadʹev montre, à travers données, cartes, images et graphiques, les réalisations du régime soviétique dans l'entre-deux guerres. Il s'agit de célébrer l'oeuvre du Gosplan.

Frédéric Bertrand (2006). Les enjeux de l'image dans l'anthropologie soviétique des années 1920 et 1930. Annales. Histoire, Sciences Sociales 2006/1, pages 275 à 292. L'article traite notamment des catégories ethniques utilisées par la cartographie ethnique de l’URSS.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des cartes russes sont tombées entre les mains de leurs ennemis (National Geographic). Les cartographes russes ont cartographié leur patrie avec un niveau de détail inégalé, ce qui conférait à ces cartes classées secret défense une valeur inestimable pour les nazis, l'armée américaine et la CIA.

Si on veut dominer le monde, encore faut-il le connaître. L'URSS se lance tout au long du XXe siècle dans un chantier presque impossible (un fil Twitter proposé par Jules Grandin).
http://twitter.com/julesgrandin/status/1080828048772075520


4) Cartes soviétiques de l'époque de la Guerre Froide

Soviet maps
Les cartes militaires soviétiques longtemps tenues secrètes ont été rendues publiques et étudiées par Russell Guy ainsi que dans le cadre du projet The Red Atlas (cf présentation de cet atlas sur Wired). Voir par exemple cette carte des villes d'Europe centrale qui auraient été détruites en cas de Troisième Guerre mondiale.
http://www.sovietmaps.com/

La cartographie militaire russe (Le Cartographe). Se procurer une topographie cartographique de classe mondiale a été pour la Russie une préoccupation constante tout au long de son histoire afin d'assurer, d'une part la protection de son territoire, et d'autre part l'expansion de son empire. Ainsi, en tant que super-puissance militaire, l'armée soviétique, à l'instar de l'armée américaine, s'est lancée dans un vaste programme de réalisation cartographique à l'échelle du globe. Suite à l'éclatement de l'Union soviétique cette cartographie de grande qualité a rapidement été disponible.
http://www.le-cartographe.net/dossiers-carto-91/asie/69-cartomilirusse

Une collection de cartes topographiques numérisées à différentes échelles de l'État soviétique, de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie. Certaines d'entre elle sont géoréférencées.
http://maps.vlasenko.net/

Cartes et affiches de la collection David Rumsey concernant l'URSS.
https://www.davidrumsey.com/

Posters des années 1960 détaillant les symboles à employer sur les cartes soviétiques.
http://www.nationalgeographic.com/culture/article/maps-soviet-symbols-spy-cartography-posters

Cartes d'InTourist
Cartes et affiches d'InTourist, l'agence officielle de tourisme de l'URSS fondée en 1929 (présentée également sur Medium).
http://www.alamy.com/stock-photo/intourist.html

Carte des jeunes pionniers soviétiques (1972)
http://www.reddit.com/r/russia/comments/99h9zo/soviet_young_pioneers_map_1972/

Cartes de propagande (Persuasive maps)
La Cornell University Library consacre une collection complète aux cartes de propagande. Voir notamment les cartes de propagande portant sur la Russie et sur l'URSS.

Jean-Paul Bord (2003). Cartographie, géographie et propagande. De quelques cas dans l'Europe de l'après-guerre. Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2003/4 (no 80), pages 15 à 24.

5) Étudier la Russie à travers des cartes historiques et géographiques

Cartothèque de la revue L'Histoire 

Atlas historique de la Russie : d’Ivan III à Vladimir Poutine (Autrement)
http://www.autrement.com/atlas-historique-de-la-russie/9782746753808

Carte physique et administrative de la Russie (Universalis)

La Russie et son environnement stratégique (Diploweb)

Russie : un pays contrasté - Le dessous des cartes | ARTE

Russie : les limites de la puissance

Atlas géopolitique de la Russie (Autrement)
http://www.autrement.com/atlas-geopolitique-de-la-russie/9782746751217

Le Goulag : un système concentrationnaire au coeur du totalitarisme soviétique
http://www.cartolycee.net/spip.php?article199

Des cartes pour comprendre la Russie (académie de Strasbourg)
http://www.ac-strasbourg.fr/pedagogie/histoiregeographie/

Fonds de cartes vierges sur la Russie, ses régions et villes (D-maps)





Les enjeux du projet de gazoduc Nord Stream 2 à partir de ressources cartographiques disponibles sur Internet



Atlas démographique des communes de la Nouvelle-Calédonie


L'Institut de la statistique et des études économiques (Isee) publie un Atlas démographique des communes de la Nouvelle-Calédonie à partir des données de recensement de 2019.


Ces données sont très utiles pour étudier les caractéristiques sociodémographiques de la population calédonienne ainsi que ses conditions de logement. Quel que soit son profil, décideur, gestionnaire de politiques publiques, acteur économique, journaliste, enseignant, étudiant, partenaire social, responsable associatif ou tout simplement citoyen et observateur de la société calédonienne, chacun trouvera de l’intérêt dans la multitude de résultats statistiques présentés dans cet atlas. L’objectif poursuivi par l’Isee est de fournir à chacun une information fiable, rigoureusement construite, servant de référence et alimentant le débat social.


Explorez les chapitres de l'Atlas de la Nouvelle-Calédonie
 20192014
Évolution et structure de la population
Activité
Diplômes - Langues - Communauté
Ménages - Équipement
Logement
Intégralité du document

Outre cet atlas, l'Isee propose d'autres outils et données cartographiques sur la Nouvelle-Calédonie : 

  • PopGIS3 Nouvelle-Calédonie : un outil de cartographie en ligne qui permet aux utilisateurs sans expérience en SIG de réaliser et de partager des cartes, à différents niveaux géographiques. 

  • Des données locales : les "chiffres clés" pour chaque commune de la Nouvelle-Calédonie, avec un portrait synthétique basé sur les recensements de la population et l'état-civil. Sous forme de tableaux, de graphiques ou de cartes, chaque fiche communale aborde plusieurs thèmes : 

    • la géographie : la superficie et la densité de la population
    • la population municipale : la population des principaux lieux-dits ou tribus, les communautés et les locuteurs de langue kanak
    • la démographie : l'évolution de la population sur 60 ans, la pyramide des âges, les naissances et les décès, les migrations communales
    • les diplômes : le niveau d'études 
    • l'emploi : la population active par âge, catégorie socioprofessionnelle, secteur et statut professionnel ; le taux de chômage ; les migrations domicile-travail ; le taux de féminisation des emplois, par âge, statut professionnel et secteur d'activité
    • les ménages : selon leur taille et la structure familiale
    • les logements : selon la catégorie, le type de construction, la superficie, le statut d'occupation et la période d'achèvement des résidences principales, l'équipement
    • les transports : le mode de déplacement principal

  • Des portraits par tribus : La société kanak est structurée autour d'une organisation coutumière propre dont le clan est la base. Les clans se réunissent en tribus, au sein de districts coutumiers, eux-mêmes regroupés en aires coutumières. La tribu est, depuis 1867, la reconnaissance administrative de l'organisation kanak. Le panorama des tribus, réalisé en 1996 avec le partenariat du sénat coutumier, dresse un portrait statistique des 341 tribus et des 57 districts coutumiers que compte la Nouvelle-Calédonie. Il aborde plusieurs thèmes au niveau provincial, communal et tribal : la situation géographique, la démographie, l'activité, le niveau d'études, le logement, l'équipement, l'appartenance ou la résidence.

  • Des études et synthèses : ces dossiers traitent de sujets d'études socio-économiques à grands enjeux pour la Nouvelle-Calédonie et présentent les résultats d'études ou d'enquêtes menées par l'Isee : les salaires, les comptes économiques, le Recensement de la population, les résultats économiques des entreprises, etc. Ces publications de quatre à huit pages offrent une analyse économique et statistique experte et accessible au grand public.

Articles connexes

Atlas critique de la Guyane (par Matthieu Noucher et Laurent Polidori)

Une carte réactive de toutes les ZEE et des zones maritimes disputées dans le monde

Atlas collaboratif de la mégarégion parisienne

Atlas social de Caen et Atlas social de la métropole nantaise


Un atlas interactif de la population de New York fin XIXe et début XXe siècle


Cet atlas des transformations de Manhattan et Brooklyn fin XIXe et début XXe montre comment les schémas migratoires, résidentiels et professionnels ont façonné la ville de New York.




L'originalité de cet atlas en ligne est de localiser chaque personne à partir de l'adresse enregistrée lors du recensement, parfois avant même que le quadrillage des rues ne soit établi. Pour faire ce travail, les auteurs ont utilisé des cartes de l'époque ainsi que des répertoires de rues. Ils ont pu également retracer les opérations des recenseurs conduites sur le terrain. L'Atlas concerne Manhattan et Brooklyn pour les recensements de 1850, 1880 et 1910 (plus de 6,5 millions d'enregistrements uniques si on totalise les données de ces trois recensements). A terme, l'Atlas inclura tous les arrondissements de New York et s'étendra jusqu'au recensement de 1940. Les données démographiques enregistrées dans le cadre de ces recensements sont très précises. Elles concernent la race, le sexe, le lieu de naissance et la profession (pour cette dernière, les données ont été extraites d'annuaires urbains). 

On peut effectuer des zooms avant ou arrière pour afficher des bâtiments, des quartiers ou la ville entière. Il est possible de faire des comparaisons en juxtaposant deux dates différente. Les cartes mettent en évidence des distributions et des dynamiques qu'il serait impossible de saisir en examinant uniquement les dossiers de recensement. L'Atlas propose quelques études de cas pour montrer comment les données sélectionnées peuvent être visualisées pour raconter une histoire. On peut aussi créer sa propre histoire. 

Entre 1850 et 1910, d'énormes changements ont affecté la ville. L'agriculture a cédé la place à l'industrie, de nouveaux modèles de logements et de zonage urbain ont réorganisé la ville, l'immigration de masse en provenance d'Europe a diversifié la population. Brooklyn qui formait une ville distincte est intégrée à New York en 1898. Les cartes contiennent également des traces d'histoires plus anciennes. Broadway a été construit sur le Wickquasgeck Trail utilisé par le peuple autochtone Lenape jusqu'au XVIIème siècle pour relier Manahatta à la partie correspondant aujourd'hui au nord de l'État de New York. À Brooklyn, les anciens sentiers créés par les Amérindiens sont devenus des rues principales. On peut retracer le mouvement des Noirs après l'abolition de l'esclavage à New York en 1827. Jusqu'en 1910, la grille des rues de Brooklyn débouchait encore sur des terres agricoles.

Pour compléter





Articles connexes