Notre société est confrontée à une crise climatique immense. Tous les pays ne sont pas également responsables et, surtout, tous ne subiront pas les mêmes conséquences. En utilisant le procédé de l'« imitation cartographique », Sacha Schlumpf a créé une data visualisation représentant les pays du monde. Leurs positions sont déterminées non par leur localisation, mais par leur responsabilité et leur vulnérabilité par rapport au changement climatique. Comme le montre le code couleur, les pays riches (en foncé) ont tendance à polluer davantage et sont moins vulnérables que les pays pauvres (en clair).
Responsabilité et vunérabilité par rapport au changement climatique (crédit : Sacha Schlumpf) Contrairement à une carte classique, les pays ne sont pas placés en fonction de leur localisation réelle, mais en fonction de deux variables : les émissions de gaz à effet de serre par habitant (axe horizontal) et la vulnérabilité au changement climatique (axe vertical). Les couleurs représentent le revenu par habitant. Les pays plus riches ont tendance à contribuer beaucoup plus au changement climatique que les pays les plus pauvres, tout en étant moins vulnérables à ses conséquences. Cette « carte » a été réalisée dans le cadre d'une thèse à l'Université de technologie de Vienne, en collaboration avec HarperCollins Publishers, qui publie une version modifiée de cette visualisation dans la 16e édition du Comprehensive Times Atlas of the World.
Le procédé de l'« imitation de carte » (map imitation) a été étudié par Sacha Schlumpf et ses collègues. Voir cet article :
Schlumpf, S., Gartner, G., Engelhardt, Y., and Lennox, J. (2024). Space as a Metaphor – Design Guidelines and Evaluation of Map Imitation [L'espace comme métaphore – Lignes directrices pour la conception et l'évaluation de l'imitation de cartes], Abstr. Int. Cartogr. Assoc., 7, 146.
L'imitation de carte est un type de visualisation de données où les données sont affichées sur une visualisation ressemblant à une carte. Bien que des imitations de cartes existent depuis le XVIIe siècle, les exemples d'imitations de cartes complètes sont rares. L'inspiration de cette recherche est l'atlas d'Hermann et Leuthold (2003). Aucune imitation de carte complète n'a jamais été testée dans une étude utilisateur, bien qu'il existe des recherches sur des couches individuelles d'imitations de cartes (Hogräfer et al., 2020). Par imitation complète, on entend une visualisation avec plusieurs couches et éléments visuels d'une carte conventionnelle. Par conséquent, cette recherche contribue au domaine en fournissant une procédure pour la production d'une imitation de carte complète, ainsi qu'en testant la perception et la compréhension de l'utilisateur. En raison de l'absence d'un terme commun, une nouvelle définition de l'imitation de carte est donnée. Dans cette recherche, l'imitation de carte est définie comme une visualisation de type carte utilisant des données non géospatiales, créée à partir de données individuelles sur des coordonnées non géospatiales, mais conçue pour ressembler à une carte à l'aide d'éléments cartographiques.
Hermann, M., & Leuthold, H. (2003). Atlas der politischen Landschaften. Ein weltanschauliches Porträt der Schweiz. Vdf Hochschulverlag Ag.
L'Atlas des paysages politiques examine les mentalités politiques régionales en Suisse. Il montre le pays dans une perspective nouvelle et inhabituelle. Les villes, régions et villages sont présentés comme des paysages politiques dans un système de coordonnées idéologiques. Entre les pôles "gauche", "droite", "libéral" et "conservateur", ils se situent comme des "îles", des "montagnes" et des "fossés" et montrent quelles sont les valeurs entre la ville et la campagne, les régions industrielles et touristiques ou Zones germanophones et francophones. C'est ainsi que vous pouvez créer une carte politique de la Suisse. Une partie introductive explique comment les facteurs économiques et culturels influencent la formation des valeurs et comment, au cours de la mondialisation, de nouvelles différences de mentalité émergent tandis que d'autres disparaissent. Dans des portraits approfondis, toutes les caractéristiques des cantons sont décrites et comparées les unes aux autres. "Pourquoi les Franches-Montagnes agricoles sont-elles positionnées à gauche, alors que l'arrière-pays industrialisé de Glaris est positionné à droite ?" ou "Pourquoi l'écart entre l'Argovie et Zurich se creuse-t-il alors que le Mittelland se rapproche ?" sont des questions qui seront explorées. Voir un aperçu de l'atlas sur Google Books.
Atlas politique de la Suisse (Office fédéral de la statistique)
L'Atlas politique de la Suisse contient tous les résultats des élections au Conseil national depuis 1919 et des référendums fédéraux depuis 1866.
Lien ajouté le 2 juillet 2025
Cologna, V., Meiler, S., Kropf, C.M.
et al. (2025). « Extreme weather event attribution predicts climate policy support across the world » [L'attribution des événements météorologiques extrêmes permet de prédire le soutien aux politiques climatiques à travers le monde].
Nature Climate Change.
https://doi.org/10.1038/s41558-025-02372-4Quand les gens pensent qu’un événement climatique extrême (canicule, inondation, incendie…) est causé par le changement climatique, ils sont plus nombreux à soutenir les politiques pour le limiter. Ce n’est donc pas l’exposition seule, mais la perception qui fait la différence. Dans 68 pays, 72 000 personnes ont été interrogées : 75% soutiennent le développement des énergies renouvelables, mais seuls 22% sont favorables à une taxe sur les aliments très polluants. Le soutien varie beaucoup selon les pays et le type de politique proposé. L’étude montre que mieux informer sur le lien entre climat et événements extrêmes peut renforcer le soutien aux politiques climatiques. Comprendre ce lien est essentiel pour convaincre, surtout dans les pays les plus exposés et vulnérables.
Lien ajouté le 24 novembre 2025« Yachts, SUV, entreprises polluantes… Les ultra-riches aggravent la crise climatique à une vitesse inédite » (
Vert).
En 2023, une personne appartenant aux 0,1% les plus riches de la planète a émis en une seule journée plus de dioxyde de carbone (CO2) qu’un·e représentant·e des 50% les plus pauvres en un an. Ce constat édifiant provient du dernier rapport annuel d’Oxfam. Pour arriver à de telles conclusions, l’organisation non gouvernementale (ONG) s’est appuyée sur les données du Stockholm Environment Institute, actualisées à la même date et portant sur l’année 2023. Les travaux de ce centre consistent à estimer les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la consommation de chaque frange de la population dans tous les pays, de la plus riche à la plus pauvre. L’étude ne prend en compte que le CO2, faute de données suffisantes sur le méthane ou le protoxyde d’azote – autres principaux GES. Et les résultats sont sans appel : les ultra-riches, plus nombreux et plus fortunés qu’avant, aggravent le réchauffement climatique à une vitesse inédite.
Lien ajouté le 12 janvier 2026
« Pollucrates. En dix jours, les 1 % les plus riches ont épuisé leur budget carbone pour 2026 » (Libération).
L’ONG Oxfam alerte que dès aujourd'hui, 10 janvier 2026, les 1% les plus riches ont épuisé leur budget carbone annuel. Ils émettent en moyenne 75 t de CO2 par an, contre 2,1 t compatibles avec l’objectif climatique. Les émissions des ultra-riches sont 37 fois supérieures au seuil soutenable, en raison de modes de vie très carbonés et d’investissements dans les énergies fossiles. Pour rester sous +1,5°C, leurs émissions devraient chuter de 97% d’ici 2030. L’exemple de Bernard Arnault illustre cet écart extrême. Avec plus de 8.000 t de CO2 par an, son budget carbone est épuisé dès le 1er janvier... Oxfam appelle à taxer fortunes, super-yachts, jets privés et grandes entreprises polluantes.
Lien ajouté le 29 janvier 2026
Le « carbofascisme », un néologisme discuté pour décrire des politiques autoritaires climaticides (Le Monde).
Claire Legros analyse l’usage du néologisme carbofascisme pour qualifier des politiques autoritaires et climaticides. Elle explore ses origines ses usages militants et ses limites pour comprendre les liens entre pv, énergie fossile et trajectoires politiques. Le terme apparaît en 2018 sous la plume de l’historien Jean-Baptiste Fressoz. Il sert à désigner un axe autoritaire et climatosceptique, illustré par Trump ou Bolsonaro, où nationalisme politique et dépendance aux énergies fossiles se renforcent. Ces régimes illibéraux partagent plusieurs traits spatiaux. Priorité donnée à l’extraction, hostilité aux politiques climatiques, répression des mouvements écologistes. Le territoire est pensé comme un réservoir de ressources au service d’une souveraineté énergivore. Des politistes comme Bruno Villalba soulignent toutefois les limites du concept. Trump ou Bolsonaro ne correspondent pas aux critères historiques du fascisme. Surtout, l’expression masque le fait que les démocraties sont elles aussi profondément carbonées. L’article rappelle que les sociétés démocratiques reposent sur des infrastructures énergétiques fossiles. Mobilité, consommation et production inscrivent le carbone dans le quotidien. Les émissions ne relèvent pas seulement d’oligarchies, mais d’un modèle social partagé. Stéphane François insiste sur la dimension nationaliste de ces politiques. Défense de modes de vie énergivores, hiérarchisation des populations à protéger, marginalisation de l’écologie face à la souveraineté économique et identitaire. Le terme "carbofascisme" a une force mobilisatrice. Mais il simplifie une réalité plus structurelle. Les politiques illibérales apparaissent comme une radicalisation d’un modèle démocratique déjà fondé sur l’abondance énergétique. L’analyse invite à penser le climat comme un fait géographique systémique. Le carbone traverse tous les régimes politiques. L’ouvrage "Sans transition" de Jean-Baptiste Fressoz éclaire ces fragilités énergétiques et les menaces qu’elles font peser sur les démocraties.
Lien ajouté le 31 mars 2026
Mallick, B., van den Berg, J., Best, K. et al. « Inherited inequalities: intergenerational gender norms and the non-migration of women in a changing climate » [Inégalités héritées : normes de genre intergénérationnelles et non-migration des femmes dans un contexte de changement climatique]. Humanit Soc Sci Commun 13 , 373 (2026). https://doi.org/10.1057/s41599-026-07094-2
Des chercheurs analysent les liens entre climat, genre et mobilité. Leur travail montre que face aux risques environnementaux, la décision de rester sur place ou partir ne dépend pas seulement du danger, mais aussi des normes sociales héritées. En 2024, 45,8 millions de déplacements internes sont liés aux catastrophes. Pourtant, une partie importante des populations reste. Cette immobilité n’est pas aléatoire. Elle dépend des rôles sociaux, qui répartissent différemment les capacités à partir selon le genre. Dans plusieurs régions exposées, les femmes restent plus souvent sur place. Elles assurent les tâches domestiques, s’occupent des enfants ou des personnes âgées. Ces responsabilités quotidiennes limitent concrètement leur capacité à quitter un territoire en crise. Ces situations s’expliquent aussi par une transmission entre générations. Les normes de comportement, apprises dans la famille, façonnent durablement les choix. Les filles reprennent souvent les pratiques et les contraintes vécues par leurs mères. Les données montrent des écarts marqués face aux risques. Lors du cyclone de 1991 au Bangladesh, 90% des 140.000 morts étaient des femmes. Leur présence au domicile et leur rôle familial expliquent cette exposition plus forte au danger. Rester sur place n’est pas toujours un choix libre. Certaines personnes souhaitent partir mais ne le peuvent pas. D’autres choisissent de rester, par attachement au lieu ou par devoir familial. Les situations combinent contraintes sociales et décisions individuelles. Le cadre IGEN proposé permet de comprendre ces logiques. Il montre que mobilité et immobilité dépendent à la fois des ressources disponibles, des normes sociales et des expériences transmises dans le temps, au sein des familles et des territoires. ’étude met ainsi en évidence que face au changement climatique, tous ne disposent pas des mêmes possibilités d’adaptation. Les trajectoires de mobilité s’inscrivent dans des contextes sociaux qui structurent différemment les réponses aux risques.
Lien ajouté le 17 avril 2026
Jarillo, S., F. De Geest (2026). « Women's Well-Being and Everyday Adaptation to Heat » [Bien-être des femmes et adaptation quotidienne à la chaleur] Wiley Interdisciplinary Reviews : Climate Change, 17, n°2, https://doi.org/10.1002/wcc.70055.
Le changement climatique accroît la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur à travers le monde, affectant le bien-être des populations. Si de nombreuses recherches ont examiné les impacts de la chaleur sur la santé, les approches biomédicales quantitatives négligent souvent les dimensions socioculturelles qualitatives du bien-être, qui sont généralement spécifiques à chaque culture et à chaque genre. À travers une perspective de genre et un cadre intégré du bien-être, cette synthèse s'appuie sur des exemples africains, asiatiques et océaniens pour mettre en lumière l'influence de la chaleur sur trois dimensions clés du bien-être : le lieu de vie, les relations sociales et la sécurité. L'étude plaide pour une meilleure compréhension des impacts différenciés sur le bien-être des femmes. Elle montre ensuite comment ces dernières s'adaptent pour préserver leur bien-être à domicile, au travail et dans les espaces communs, ainsi que dans leurs relations familiales, leur participation communautaire, leur reconnaissance personnelle et leur sécurité. Les épisodes de chaleur extrême fragilisent ces dimensions du bien-être, et les initiatives d'adaptation institutionnelle nécessitent des approches du bien-être intégrant les dimensions socioculturelles et de genre afin d'éviter de perpétuer les inégalités systémiques entre les sexes.
Lien ajouté le 14 mai 2026
Bickerstaff, K.2026. « Les périls du catastrophisme climatique : un appel à situer la crise et le changement. » Revues interdisciplinaires Wiley : Changement climatique 17, n°3, https://doi.org/10.1002/wcc.70062
La géographe Karen Bickerstaff (Univ Exeter) examine les dangers du catastrophisme climatique. Elle montre qu’un récit trop apocalyptique rend la crise immense, abstraite et parfois démobilisatrice, puis appelle à la situer dans des lieux, des histoires et des inégalités. Les récits apocalyptiques associent souvent le réchauffement à la fin du monde. Avec Beck, Hulme ou Swyngedouw, Bickerstaff rappelle que ces imaginaires de peur ne viennent pas seulement de la science. Ils portent aussi des cultures politiques, des images et des rapports de pouvoir.La crise est souvent vue depuis une échelle planétaire, avec des seuils globaux comme 1,5°C et des cartes rouges de "monde brûlant". Cette vision dit l’urgence, mais elle peut effacer les responsabilités historiques, les capacités inégales d’action et les vécus locaux. L’action climatique s’est surtout construite dans de grands cadres internationaux, de la convention de Rio en 1992 à Kyoto en 1997 puis Paris en 2015. Ces compromis mondiaux avancent lentement, car ils doivent rester acceptables pour les États les moins volontaires. Le récit de catastrophe peut aussi nourrir le défaitisme ou le retard. Quand le problème paraît total, certains attendent des solutions totales, comme la capture du carbone ou la géo-ingénierie, alors que ces promesses techniques restent incertaines et repoussent les réductions directes. Les enquêtes citées montrent une inquiétude forte, mais ambivalente. Plus des deux tiers des Britanniques font de l’action climatique une priorité, 91% des Indiens se disent inquiets et 64% des Américains aussi, tandis que peur, colère, culpabilité ou impuissance peuvent paralyser. Pour Bickerstaff, la crise doit être racontée depuis des situations concrètes. Sultana, Death ou Whyte montrent que les sociétés du Sud et les peuples autochtones ne vivent pas l’avenir climatique comme une même apocalypse, car colonialisme et extraction ont déjà produit des catastrophes. Situer le climat relie justice sociale, territoires et action collective. Au lieu d’un récit uniforme de fin du monde, des imaginaires locaux rendent les solutions plus visibles, plus justes et plus habitables pour les populations concernées.
Liens ajoutés le 21 mai 2026
« Climat : l’ONU adopte une résolution visant à renforcer la responsabilité des Etats » (Le Monde).
L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté, mercredi 20 mai, une résolution consolidant les obligations climatiques des Etats. Le texte, jugé capital par les défenseurs de la planète, a souffert néanmoins de concessions arrachées par les grands émetteurs de gaz à effet de serre. Cette version de compromis a reçu un large soutien avec 141 voix pour et seulement 8 contre – dont celle des Etats-Unis, d’Israël, de l’Iran, de la Russie et le d’Arabie saoudite – et 28 abstentions. Les plus gros responsables des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle se montrent régulièrement hostiles à tout mécanisme qui pourrait les forcer à verser des réparations à ceux qui sont les premières victimes du dérèglement climatique. La résolution rappelle toutefois que, selon la Cour Internationale de Justice (CIJ), un Etat en violation de ses obligations climatiques engage sa responsabilité, avec l’éventualité de devoir octroyer « une réparation intégrale aux Etats lésés ».Les défenseurs du climat espèrent désormais que l’idée d’un registre des dommages revienne sur la table à la faveur d’un rapport du secrétaire général de l’ONU. Le projet de résolution lui demande de présenter des suggestions pour « favoriser le bon respect de toutes les obligations » mises en avant par la CIJ.
« À l’ONU, les États adoptent une résolution qui renforce leurs obligations climatiques » (RFI).
Relégué derrière les guerres et le pétrole cher, le combat pour le climat progresse sur le terrain juridique. Portée par le Vanuatu, une résolution sur le devoir climatique des États a été adoptée le 20 mai 2026 lors d’une assemblée générale de l’ONU. Les pays entérinent ainsi l’avis historique de la Cour internationale de justice de l’an dernier. Un petit exploit dans un contexte international chaotique. Le texte préparé par le Vanuatu a été négocié au forceps pour aboutir à une version « soigneusement équilibrée ». Mais ce gouvernement s’inquiétait d’amendements déposés en dernière minute par des pays producteurs de pétrole (Algérie, Nigeria, pays du Golfe…) en vue d’« affaiblir » la résolution. La palme du blocage revient aux États-Unis qui avaient demandé, dès le départ, l’abandon pur et simple de ce projet. Manuel Planelles et Luis Doncel racontent comment le Vanuatu, archipel du Pacifique de 320.000 habitants, a porté à l’ONU une résolution climatique ambitieuse. Ce petit État menacé par la mer transforme sa vulnérabilité en puissance diplomatique face à Trump et aux pétro-États.
« Le petit archipel de Vanuatu l'emporte sur Trump et obtient une résolution ambitieuse sur le climat à l'ONU » (El Païs).
Le texte, soutenu par 141 pays, s’appuie sur l’avis rendu en 2025 par le Tribunal international de justice. Ses 15 juges affirment à l’unanimité que l’inaction climatique peut violer le droit international, ce qui donne au climat une force juridique nouvelle et très politique. Vanuatu donne un visage territorial à l’injustice climatique. Le pays émet peu, mais la montée du niveau marin menace ses îles, ses villages et son avenir politique. Les petits États insulaires montrent que le réchauffement engage déjà la survie concrète de certains territoires. La résolution demande d’abandonner les combustibles fossiles et de supprimer les centaines de milliards de dollars d’aides au charbon, au gaz et au pétrole. Cette mention directe reste rare aux COP, où la règle du consensus renforce souvent le pouvoir de blocage des pétro-États. Washington a tenté d’affaiblir le texte. Le premier projet prévoyait un registre international des dommages climatiques et un mécanisme de réparation. Ces outils ont disparu, mais l’idée demeure. Les États inactifs pourraient devoir réparer les pertes subies par les pays touchés. Le vote révèle une géopolitique du climat très lisible. 141 États approuvent la résolution, 28 s’abstiennent et 8 votent contre, dont les États-Unis, la Russie, Israël, l’Arabie saoudite et l’Iran. L’Assemblée générale contourne ainsi les blocages habituels des sommets climatiques. Le texte n’est pas contraignant, mais il ajoute une pierre à l’édifice de la justice climatique. En 2027, le secrétaire général de l’ONU devra proposer des moyens de faire respecter les obligations rappelées par la Cour. Greenpeace et Amnesty saluent un signal multilatéral fort. Le Vanuatu montre qu’un petit territoire peut peser sur l’ordre mondial quand droit, science et diplomatie s’articulent. La crise climatique devient une question de responsabilité, de réparation et de survie des lieux habités.
Lien vers la résolution adoptée par l'Assemblée des Nations Unies le 13 mai 2026 : "Avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur les obligations des États en matière de changement climatique"
Lien ajouté le 24 mai 2026
« Face à la crise climatique, "il n’est pas impossible que nous ayons d’abord le chaos avant d’avoir de nouvelles normes de vie" : les extraits du livre d’entretiens "Chaleur humaine" » (Le Monde).
Cécile Cazenave et Nabil Wakim donnent la parole à Cynthia Fleury, philosophe et professeure au CNAM. Elle lit la crise climatique comme une crise de civilisation. Décarboner, c’est fragiliser un monde bâti sur la croissance, le confort, les ressources fossiles etl'État-providence. Les récits du XXe siècle promettaient progrès technique, abondance et avenir meilleur. Cet horizon se fissure avec le climat et le vivant. Fleury rappelle que les démocraties modernes restent des États carbonés, dépendants d’une énergie qui a aussi financé justice sociale et services. La question devient aussi géographique. Qui consomme, qui renonce, qui subit les risques et où se déplacent les coûts écologiques ? Le modèle ancien faisait porter une part du fardeau aux pays du Sud. Désormais, sécheresses, mégafeux et inondations rapprochent ce fardeau des sociétés occidentales. Cynthia Fleury refuse l’idée d’une action individuelle inutile. Elle défend des "climats de soin", des lieux où l’on transforme concrètement les milieux de vie. A Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, une recherche-action lie ville-forêt, écoles, Ehpad, santé communautaire et forêt funéraire. La transition demande de manier plusieurs échelles à la fois. Gestes quotidiens, communes, ONG, partis, entreprises et services publics doivent s’articuler. Fleury propose des temps citoyens financés, pour donner une réalité matérielle et durable à la fabrique du commun et de la dignité. Les 10 à 15 prochaines années pourraient durcir les tensions autour des ressources, surtout fossiles. Cynthia Fleury évoque aussi des failles systémiques, pandémies, mégafeux, inondations, cyberattaques et services publics fragilisés. Le défi est d’éviter que ces modes deviennent dégradants. La polarisation climatique révèle une fracture sociale. Les élites protégées peuvent encore s’ajuster, tandis que d’autres encaissent déjà la chaleur, les prix, les pertes et les restrictions. Cynthia Fleury craint qu’un événement traumatique impose brutalement de nouvelles normes de vie. Son espoir reste exigeant. Il ne s’agit pas de gouverner par la peur, mais d’inventer d’autres désirs, d’autres rythmes et d’autres manières d’habiter. La transition devient une innovation sociale avant d’être une contrainte subie par le chaos.
Lien ajouté le 25 mai 2026
« Qui part lorsque le changement climatique frappe ? Les enjeux politiques cachés des migrations au sein des foyers » (The Conversation).
Nitya Rao (Univ of East Anglia) montre que la migration climatique en Asie du Sud ne se résume pas aux hommes partis travailler en ville. Le Bangladesh, le Bhoutan, l'Inde et le Népal révèlent des choix familiaux négociés ss la pression des cyclones, crues et sécheresses. L’enquête s’appuie sur près de 1.200 ménages, par questionnaires et entretiens. Elle montre que les départs dépendent du climat, mais aussi de la terre, du travail, de l’argent et des normes familiales. Migrer devient une stratégie d’adaptation, jamais un simple réflexe. En Inde, au Népal et au Bangladesh, les hommes partent souvent vers les métropoles pour le bâtiment ou l’usine. Les femmes restent avec les champs, le bétail, les enfants et les anciens. La crise climatique alourdit alors un travail domestique et agricole déjà invisible. Le Bhoutan dessine une autre géographie familiale. Des femmes migrent vers Thimphu pour travailler, seules ou avec leurs proches. Dans certains foyers, les hommes reviennent au village pour soigner parents et fratrie, tandis que les pluies irrégulières fragilisent les vergers d’orangers. L’accès aux ressources reste décisif. Au Bangladesh, en Inde et au Népal, les femmes travaillent davantage, mais contrôlent peu la terre et les finances. Au Bhoutan, l’héritage matrilinéaire donne plus souvent la terre aux femmes et modifie leur place dans les décisions. La migration peut pourtant redistribuer le pouvoir dans le foyer. En Odisha, une fille partie travailler dans une usine de poisson aide sa mère veuve et quatre enfants. Ces revenus permettent de tenter une culture de cajou, plus risquée face aux prix et au climat. Les scientifiques montrent que les pressions climatiques ne produisent pas partout les mêmes effets. Elles aggravent parfois les inégalités, mais peuvent aussi renégocier les rôles conjugaux et générationnels. Au Népal, certaines familles avancent vers des décisions plus réciproques. Soutenir ces familles suppose des salaires justes, de bonnes conditions de travail, des droits fonciers pour les femmes et des institutions collectives. La migration climatique transforme qui part, qui reste et qui décide.
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