Analyser et discuter les cartes de risques : exemple à partir de l'Indice mondial des risques climatiques


Les événements météorologiques extrêmes entraînent des décès et des pertes financières importantes selon le rapport annuel de l'ONG German Watch qui publie un indice d'exposition aux risques climatiques basé sur les données du réassureur Munich-Re (une des plus grosses entreprises de réassurance au monde).

Le rapport complet du Global Climate Risk Index (2019) est à télécharger avec les données sur le site German Watch. Le rapport est disponible également en français en version abrégée avec une carte.

Le Global Climate Risk Index (CRI) est calculé à l'échelle des pays et comprend 4 indicateurs :
  • Nombre de décès, 
  • Nombre de décès pour 100 000 habitants, 
  • Montant des pertes en dollars américains en Parité de pouvoir d’achat (PPA),
  • Montant des pertes par rapport au Produit intérieur brut (PIB).
Sont pris en compte uniquement les risques liés à la météorologie et au climat : les tempêtes, les cyclones et ouragans, les inondations, les températures extrêmes et les déplacements de population. Sont exclus : les risques liés au volcanisme et aux séismes, les feux de forêt, les mouvements de terrain et les avalanches. A noter qu'il n'y a pas de pondération qui permettrait de prendre en compte les niveaux de prévention et de vulnérabilité à l'échelle de chaque pays ou de chaque région.

Malgré ces limites, l'Indice des risques climatiques (CRI)  permet de conduire des analyses et de remettre en question l'idée que les pays les plus pauvres seraient les seuls pays concernés par les bouleversements climatiques. Les 10 pays les plus affectés en 2017 sont  Porto Rico, le Honduras, Myanmar, Haïti, les Philippines, le Nicaragua, le Bangladesh, le Pakistan, le Vietnam et la République Dominicaine. Mais la France est par exemple en première position des dommages climatiques en Europe. La confrontation des cartes ci-dessous permet de voir que les pertes financières sont plus importantes dans les pays développés qui ont davantage de biens et d'infrastructures exposés aux risques (cf vulnérabilité plus forte sur le plan matériel). Une atténuation efficace du changement climatique est donc dans l’intérêt de tous les pays.

Le rapport 2019 est basé sur les données concernant la période 1998-2017 et donne lieu à la publication de cartes consultables en ligne : http://app.23degrees.io/embed/atlas-2424


 Rang de classement des pays en fonction du Global Climate Risk Index (2019)



 Montant des pertes en dollars américains en Parité de pouvoir d’achat (PPA)



Carte de synthèse sur le risque climatique par pays (source : German Watch)


La Lloyd's, qui est une très grande compagnie spécialisée à l'origine dans l'assurance maritime et qui constitue aujourd'hui un réassureur important, a mis en place son propre indice de risques en lien avec le Cambridge Center for Risk Studies :

Le Lloyd’s City Risk Index est établi à partir de 22 risques naturels ou causés par l’homme. Il concerne 279 villes dont la production économique est menacée, ce qui représente près de la moitié (41%) du PIB mondial. Il est fondé sur le GDP@Risk qui représente la perte annuelle moyenne (également appelée « perte attendue ») en termes de production économique pour chaque menace ou catégorie de menaces. En gros, il s'agit du montant qu'une ville devrait économiser chaque année pour faire face aux événements perturbateurs à long terme, calculés sur une durée moyenne.

  La vulnérabilité des villes face aux risques (source : Lloyd’s City Risk Index)





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La France est-elle préparée aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 ?

Tempête Alex et inondations dans les Alpes maritimes : accès aux cartes et aux images satellitaires

La carte publiée dans le tableau physique de Humboldt en 1807 : un problème de mise à jour


Signalé par Science News (27 mai 2019) : This iconic Humboldt map may need crucial updates

Des erreurs dans la fameuse carte publiée par Humboldt en 1807 jettent le doute sur l'étude des changements écologiques à long terme dans les Andes.

Géographie des plantes dans les Andes et les pays voisins (A. de Humboldt, 1807)



Elaboré il y a 212 ans par l'explorateur allemand Alexander von Humboldt, le Tableau Physique est encore utilisé aujourd'hui pour étudier l'évolution des familles de plantes en lien avec le changement climatique.

Cependant, le tableau originel contient de grosses erreurs, notamment en ce qui concerne certaines plantes décrites comme poussant sur un volcan alors qu'elles ont été découvertes sur un autre, ont rapporté des chercheurs le 27 mai 2019 dans des Actes publiés par la National Academy of Sciences. Humboldt révisait et précisait continuellement son tableau, mais ses mises à jour sont peu connues. Les chercheurs d'aujourd'hui n’utilisent donc peut-être pas les données les plus précises, selon cette équipe de chercheurs.

Humboldt, géographe, géologue et cartographe, a produit 23 volumes d'observations lors de ses voyages à travers les Amériques de 1799 à 1804. L'année 2019 marque le 250e anniversaire de la naissance du scientifique qui est mort à l'âge de 90 ans (1769-1859). Le Tableau Physique de 1807 représente pour l'époque un nouveau type de visualisation scientifique, combinant des données physiques et écologiques à partir de l'étude de deux volcans équatoriens, le Chimborazo et le Cotopaxi.

Des chercheurs, dirigés par l'historien de la géographie Pierre Moret de l'Université de Toulouse, ont étudié de près les travaux ultérieurs de Humboldt et de ses collègues. Ces documents comprennent des mises à jour concernant l'estimation des altitudes et le catalogage des plantes. Les chercheurs ont notamment découvert qu'une grande partie des données sur les plantes d'altitude situées sur le Chimborazo avaient en fait été recueillies sur un autre volcan, le mont Antisana. Cela modifie les résultats de certaines recherches, comme une étude de 2015 qui a déterminé que les plantes s'étaient déplacé d'au moins 500 mètres d'altitude sur les flancs du Chimborazo au cours des 200 dernières années.

Cela souligne la nécessité de faire preuve de prudence dans l’utilisation des données historiques pour documenter les changements à long terme, a déclaré l’équipe du professeur Moret. C’est particulièrement vrai dans le cas d’ouvrages ayant exercé une grande influence, tel le Tableau Physique de Humboldt.

Essai sur la géographie des plantes, accompagné d'un tableau physique des régions équinoxiales (Gallica) :

Alexandre de Humboldt (Hypergéo) :
http://www.hypergeo.eu/spip.php?article589

Portail officiel de la bibliothèque Alexandre de Humboldt à Berlin :
http://humboldt.staatsbibliothek-berlin.de/life/?lang=en

Le monde sous l’œil d’Alexander von Humboldt (Visions Carto)
http://visionscarto.net/le-monde-de-humboldt

Jean-Christophe Bailly, Jean-Marc Besse, Gilles Palsky (2014). Les comparatifs de montagnes et de fleuves dans les atlas du XIXème siècle, Fage Eds.
Les cartes pionnières d'Alexandre de Humboldt servaient à générer et tester ses hypothèses scientifiques (Smithsonian)






 
 
La carte emblématique des montagnes et des rivières de Colton (1849) compare la longueur des fleuves et la hauteur des montagnes par région et par continent. Cette carte comprend des détails sur la végétation et l'activité volcanique, des illustrations des principales villes et des lacs avec leurs altitudes.
https://www.davidrumsey.com/luna/servlet/s/pa4lyb

 









Articles connexes
 


Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 en cartes et en graphiques


Un taux de participation en hausse par rapport aux élections européennes de 2014 :



Les partis et familles politiques en tête dans chaque pays (Le Monde en cartes) :

La carte de résultats par familles politiques et par pays (Les décodeurs - Le Monde) :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/05/26/elections-europeennes-les-resultats-dans-l-ue-pays-par-pays_5467557_4355770.html



La composition du nouveau Parlement européen 2019-2024 (source : Parlement européen) :
http://resultats-elections.eu/


Une comparaison entre la composition du Parlement européen de 2014 et celui prévu en 2019 :
http://www.letelegramme.fr/monde/europeennes-a-quoi-va-ressembler-le-nouveau-parlement-26-05-2019-12294951.php

Une répartition des votes en France si l'on inclut les abstentionnistes et les non inscrits :
http://seenthis.net/messages/783545#&gid=1&pid=2



Les résultats en France par parti politique (Les Echos) :


Les résultats par commune en France sous forme de carte interactive (Les décodeurs - Le Monde)
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/05/26/elections-europeennes-les-resultats-en-france_5467599_4355770.html


Les résultats par bureau de vote à Paris :

Les résultats dans les territoires d'outre-mer : 
https://la1ere.francetvinfo.fr/europeennes-2019-resultats-outre-mer-marques-forte-abstention-montee-du-rassemblement-national-714761.html

Les résultats rapportés à la population de chaque département :

Typologie en fonction des votes sur-représentés ou sous-représentés dans chaque département :

 Les évolutions entre 2014 et 2019 :

Les recompositions du Parlement européen depuis 40 ans :


La répartition des votes pour le Rassemblement National en France :

Des cartes thématiques par indicateurs sur Géoclip :

Sociologie de l'électorat : sondage Ipsos et rapport d'enquête de l'IFOP.

Les données concernant les résultats de vote par canton, commune et bureau de vote sont disponibles en open data sur le site Data.gouv.fr : http://www.data.gouv.fr/fr/datasets/resultats-des-elections-europeennes-2019/

Certaines villes fournissent des résultats et des analyses en open data :




Les résultats en Allemagne et au Royaume-Uni :

Compléter par le site Géoconfluences pour avoir le détail des résultats par pays.





Arnold Platon a élaboré une carte représentant le degré de diversité des groupes parlementaires élus aux élections européennes de 2019. En bleu apparaissent les NUTS de grande diversité (tous les groupes sont représentés, chacun disposant d'une part plus ou moins égale du vote) ; en jaune-orangé les NUTS de faible diversité (un groupe parlementaire domine). La carte fait apparaître des formes de gradient Ouest --> Est et Nord --> Sud)





Articles connexes

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center


America Transformed : Mapping the 19th Century (Leventhal Map & Education Center)
https://collections.leventhalmap.org/exhibits/25



Cette exposition visible sous forme interactive est organisée par le centre cartographique et pédagogique Norman B. Leventhal (@bplmaps) de la bibliothèque publique de Boston. Créé en 2004, le centre Leventhal est un organisme à but non lucratif mis en place dans le cadre d'un partenariat public-privé entre la bibliothèque et le philanthrope Norman Leventhal (1917-2015). La mission de ce centre est de valoriser le fonds cartographique (une collection de 200 000 cartes et 5 000 atlas) sous la forme d'expositions, de programmes éducatifs et d'un site web comprenant plus de 11 000 cartes numérisées :
http://collections.leventhalmap.org/collections

La collection de cartes et d'atlas couvre le monde entier du XVe siècle à nos jours, avec des collections portant plus particulièrement sur la Nouvelle-Angleterre, la période de la guerre d'indépendance américaine, les cartes marines, les grandes villes dans le monde. Une grande partie de ces cartes ont été géoréférencées et sont disponibles en téléchargement.

"L’Amérique transformée : Cartographie du XIXe siècle" raconte l’épopée d’un siècle de bouleversements brutaux aux Etats-Unis. Trois années de recherche, d’écriture et de conception ont été nécessaires pour concevoir cette exposition qui souhaite, à travers des programmes éducatifs, atteindre 400 000 étudiants de manière à mieux les sensibiliser aux déplacements forcés des populations autochtones. Cette exposition vise à dépasser les mythes traditionnels du « Far West » et à utiliser plus de 120 cartes, photographies, livres, objets et expositions interactives pour explorer la dynamique complexe qui a façonné les États-Unis.

L’exposition comprend deux parties : 
  • La poussée des États-Unis vers l’ouest de 1800 à 1862
    Cette première expo part de 1800, au moment où les colons anglo-américains ainsi que les colons français et espagnols explorent et arpentent des terres peuplées par les Amérindiens. Il s'agit de "rendre hommage à ces populations autochtones qui ont été dépossédées de leurs terres afin de faire progresser l’éducation concernant le colonialisme et les déplacements".
  • D'Homestead aux villes modernes : de 1862 à 1900
    Cette deuxième expo se concentre sur le développement moderne, notamment l'essor des villes en accordant une attention particulière aux moyens de transport (bateaux à vapeur, chemins de fer) et à la main-d'œuvre immigrée. Par la même occasion sont abordés l'expansion des terres agricoles et la découverte de métaux tels que le fer, l'or et l'argent.  



A cette occasion, le centre Leventhal met à disposition une application cartographique en ligne qui permet d'avoir accès à une série de cartes anciennes concernant :
- l'implantation des 13 colonies anglaises d'origine
- l'expansion vers l'ouest et l'acquisition de nouveaux territoires
- la question des états libres et des états esclavagistes
- les déplacements des populations autochtones et la création de réserves

http://apps.bpl.org/nblmc/at-1/

Cette exposition est également l'occasion de découvrir une carte très originale mise au point par James T.B. Ives (1839-1915). Cette carte ancienne montre les acquisitions territoriales successives au profit des États-Unis. Il s'agit d'une carte mécanique fabriquée en 1896 dont le but était de permettre à des étudiants de visualiser les acquisitions territoriales et les changements de frontières. La carte indique les tribus qui occupaient les différentes régions, tandis que les couches inférieures représentent la croissance territoriale des États-Unis. Les pièces mécanisées de ce "puzzle cartographique" comprennent les colonies de 1776, les achats de la Louisiane en 1803 et de Gadsden en 1853. La carte raconte "l'histoire d'un processus d'expansion inévitable et met l'accent sur l'édification de la nation par des traités plutôt que par la violence".

Le cartographe James Ives a eu l'idée de créer une carte mécanique pour aider les gens, en particulier ses étudiants, à visualiser les changements aux Etats-Unis : Ives, James T.B. Historical Map Showing the Successive Acquisitions of Territory by the United States of America. New York, 1896.

La coupure entre états esclavagistes et états libres aux Etats-Unis est très nette sur cette carte de 1856 établie juste après le Kansas-Nebraska Act de 1854, avec la question de savoir si les états devaient être esclavagistes ou non.



L'expédition de John Wesley Powell qui a exploré le fleuve Colorado en 1869 est l'occasion de s'interroger sur le mythe de la découverte de "terres inconnues" et les limites morales et environnementales à l'exploitation des terres des populations autochtones.




 
 

L'imaginaire des "pays chauds" à travers leurs maladies : un exemple des cartes produites par Boris Artzybasheff pour le magazine Life


Une carte publiée en 1944 dans le magazine Life permet d'appréhender l'imaginaire des "pays chauds" à travers leurs maladies. Cette carte était censée informer sur les maladies tropicales et leur répartition dans le monde. Avec ses symboles d'animaux aussi terrifiants que grotesques, elle était surtout destinée à stimuler l'imaginaire des lecteurs du magazine Life. La carte est disponible en haute résolution dans la collection David Rumsey et sur Map Porn.


 Carte mondiale des principales maladies tropicales par Boris Artzybasheff
(Life Magazine, 1er mai 1944)



 La répartition des maladies tropicales (source : Wikipédia)



L'auteur de cette carte est Boris Artzybasheff, qui est né en 1899 dans la ville ukrainienne de Kharkov et a émigré aux États-Unis en 1919 (son père était écrivain). Artzybasheff est l'auteur de 219 couvertures pour Time Magazine entre 1942 et 1966. Il était graphiste et travaillait également pour le Département d’État américain. Il est connu pour son travail qui aime utiliser le grotesque et le surréaliste. Il suffit de chercher son nom sur Google ou de voir une galerie de ses travaux ici.

Sa carte des maladies tropicales est relativement classique, à l’exception des 14 symboles de la maladie qui occupent quasiment toute la carte et produisent un effet saisissant sur le lecteur. C'est un excellent exemple du style d’Artzybasheff, de son néoréalisme grotesque mêlé à un soupçon de macabre. Artzybasheff a commencé à la fin des années 1930 par illustrer des articles pour Fortune et d'autres magazines populaires.

Artzybasheff avait noué des liens d'amitié avec S.W. Boggs, géographe officiel du département d’État américain (1927-1954). Au sein de ce département d’État, il a élaboré un atlas qui sera utilisé par le US Army Training Command, fournissant ainsi des informations visuelles importantes aux commandements militaires en Europe.

Une autre carte (devenue célèbre) d'Artzybasheff réalisée pour le Time Magazine (15 mai1950) :


Pour en savoir plus : DIY Cartography sur le site Making Maps



Hors du monde : la carte et l'imaginaire - Exposition cartographique (Strasbourg, du 18 mai au 20 octobre 2019)


Lorsqu'on dresse une carte, on puise forcément dans l'imaginaire ; et lorsque délibérément on invente un monde, pour une fiction, on l'appuie toujours sur une géographie. C'est ce dialogue entre représentation du monde et imaginaire que l'exposition événement de l'été 2019 à la BNU de Strasbourg vous propose d'explorer.




À travers cartes anciennes, récits de voyages imaginaires, illustrations et planches d'artistes, cette exposition vous met dans la position des grands explorateurs : remontez aux sources de l'imaginaire, vous y trouverez une carte.

BNU de Strasbourg - Exposition ouverte du 18 mai au 20 octobre
Du lundi au samedi 11h-19h
le dimanche 14h-19h
Fermé les jours fériés et le dimanche en été
Accéder au site






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Le voyage d'Ulysse. Comment cartographier un mythe ?

Fake Britain, un atlas de lieux fictionnels

Consulter la rubrique Cartes et atlas imaginaires




La carte, objet éminemment politique : la répression du mouvement des Gilets jaunes


Philippe Rivière qui est journaliste-programmeur-cartographe, co-anime avec Philippe Rekacewicz le site Visionscarto. Leurs travaux et leurs productions cartographiques s'inscrivent dans une cartographie critique et engagée. Face aux mécanismes de domination, de ségrégation, de violence physique ou symbolique, ils déconstruisent les discours et explorent les voies d'une cartographie capable d'exercer un contre-pouvoir et de penser un autre monde (voir à propos de la "crise" des migrants leur cartographie d'un monde sans visa).

Le mouvement des Gilets jaunes, qui a donné lieu à des affrontements entre la police et les manifestants, a largement été relayé par les réseaux sociaux. Si la violence s'est exercée des deux côtés, certains sites ont voulu pouvoir montrer et dénoncer plus spécifiquement la violence policière qui s'est exercée contre les manifestants.

Philippe Rivière a retranscrit ces violences sur une grande carte-poster téléchargeable : Cartographie de la répression


La série de cartes qu'il donne à voir sur ce poster s'appuie sur le décompte réalisé par le journaliste indépendant David Dufresne, qui compile sur son fil Twitter les violences policières depuis le début du mouvement des Gilets jaunes (lire son témoignage). Des centaines de faits ont été ainsi répertoriés et recoupés, d’abord sur Twitter, puis regroupés et contextualisés dans une base de données associée à une visualisation publiée sur le site de Médiapart.


Les chiffres, établis de manière indépendante, ne correspondent pas souvent à ceux donnés par le ministère. Philippe Rivière accompagne son poster qui a valeur d'affiche politique d'un long texte qui vient expliquer sa démarche :

"L’ampleur des chiffres décrit cette mobilisation inédite d’un mouvement social qui s’étend, de samedi en samedi, sur plus d’une vingtaine d’« Actes ». Le choix fait de recourir à une « collection de cartes » (small multiples) permet à la visualisation de tenir dans la durée. La méthode (qui n’est certes pas inédite), offre une vue à la fois synthétique et chronologique, qui ne s’englue pas dans l’accumulation de points dans les villes de Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Montpellier...On y remarque en particulier l’Acte IV, le 8 décembre 2018, qui a transformé les Champs-Élysées en champ de bataille. L’épisode a ébranlé le pouvoir, mais aussi provoqué une rupture traumatique pour nombre de participant·es dont c’était souvent la première manifestation. La carte correspondante indique bien l’augmentation impressionnante des signalements à Paris et alentours pour cette date. Mais on remarque sans peine que des dérives similaires ont eu lieu, ce même samedi, sur l’ensemble du territoire."

Pour réaliser la collection de cartes de la répression policière, Philippe Rivière a voulu une représentation "minimaliste, voire brutaliste par le choix du jaune sur fond noir (les couleurs les plus contrastées qui soient)". Il rappelle toutefois "le rôle d’outil" de cette carte. Sur le site, chaque petite carte conduit en effet à une page consacrée à l’Acte en question, avec une carte de plus grand format qui permet à chacun·e d’aller visualiser précisément ce qui s’est passé dans telle ou telle ville, à chaque stade. L’ensemble cartographique, tout comme les autres visualisations du projet, se met à jour de façon automatique au fur et à mesure que de nouveaux signalements sont ajoutés à la base de données".

Dans le cadre d'une réflexion plus large sur les formes de pouvoir et de contre-pouvoir que peuvent constituer les cartes, il peut être intéressant d'utiliser cette affiche-poster pour étudier le mouvement politique et social des Gilets jaunes. La carte assume ici un double rôle : rendre compte le plus précisément possible du nombre de victimes et délivrer en même temps un message politique que l'on peut analyser et discuter. Comme nous le défendons sur ce blog, l'éducation à la citoyenneté passe aujourd'hui plus que jamais, dans la société de l'information et de la communication qui est la nôtre, par une "éducation à l'image et à l'information numériques". Ce type de carte a vocation à être analysée, déconstruite et confrontée à d'autres documents, d'autres sources pour la mettre en perspective.


Pour compléter :

Documentaire de Street Press : Gilets Jaunes, une répression d’État.
http://www.streetpress.com/sujet/1558444107-documentaire-gilets-jaunes-une-repression-etat

Lancé le 9 décembre 2009, Street Press est un site qui propose des enquêtes et des reportages à l'instar de Mediapart ou Rue89. Dans ce documentaire, il décrypte le tournant opéré dans la stratégie de maintien de l’ordre grâce aux témoignages de blessés, de militants, de sociologues, de journalistes, d’un avocat, d’un policier et d’un ancien ministre de l’Intérieur. 


Prolongements

Consulter le site de Philippe Rivière sur Illisible.net

Voir les projections cartographiques qu'il réalise avec D3.js pour décentrer notre regard sur le monde.

"Sous un gilet jaune, il y a... : pour une radioscopie de cette France qui se réveille".
Une série de portraits de Gilets jaunes publiée sur le site Visionscarto.

Interview de Philippe Rekacewicz sur la cartographie et le métier de cartographe pour des élèves du lycée international Marguerite Duras d’Ho Chi Minh Ville.

Outre Visionscarto, d'autres sites explorent les voies d'une cartographie engagée, militante, contestataire, que l'on désigne parfois sous le terme de "contre-cartographie" (mais le terme est discuté) :

The decolonial atlas  :
L'atlas décolonial vise à donner une autre vision du monde, moins européo-centrée. Réalisé par des bénévoles, ce site a pour objectif d'interroger les relations entre la Terre, les hommes et l'Etat. L'Atlas decolonial défend des positions engagées, notamment en ce qui concerne la défense des minorités et la décolonisation des savoirs.
http://decolonialatlas.files.wordpress.com/

This Is Not An Atlas. A Global Collection Of Counter-Cartographies :
« Ceci n’est pas un atlas, une collection globale de contre-cartographies » (voir CR sur Visionscarto). Un atlas original, contestataire et critique sur de nombreux thèmes  : conflits environnementaux, propriété de la terre, gouvernance mondiale...
http://www.transcript-verlag.de/media/pdf/ee/cd/a6/oa9783839445198rdm6WYzYrGYBe.pdf

Cartographie autochtone, activités extractives et représentations alternatives :
Le réseau MappingBack a pour objectif de fournir du soutien cartographique aux membres des communautés autochtones luttant contre les industries extractives sur leur territoire. MappingBack cherche à utiliser la cartographie comme un outil de résistance.

Atlas critique d'Internet :
L’objectif de cet atlas est d’utiliser l’analyse spatiale comme clé de compréhension des enjeux sociaux, politiques et économiques présents sur Internet.
http://www.internet-atlas.net/

The "colonial cartography" par Apoorva Tadepalli. Un article sur la manière dont la cartographie hier comme aujourd'hui "colonise" nos représentations :
http://reallifemag.com/colonial-cartography/

"Counter-mapping : cartography that lets the powerless speak". Comment la contre-cartographie donne la parole à ceux qui n'ont pas de pouvoir :
http://www.theguardian.com/science/blog/2018/mar/06/counter-mapping-cartography-that-lets-the-powerless-speak

"Power and Responsibility : Maps and Journalism". Comment la cartographie et le journalisme ont le pouvoir d’informer et en même temps de façonner notre perception du monde : http://www.directionsmag.com/article/8799

"Researcher explores what causes maps to go viral on the web". Anthony Robinson, géographe à l'Université de Pennsylvanie, s'intéresse aux raisons pour lesquelles certaines cartes deviennent virales sur Internet :
https://phys.org/news/2018-08-explores-viral-web.html

Cartographie des violences policières aux Etats-Unis :
http://mappingpoliceviolence.org/


Lien ajouté le 4 avril 2022

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La France est-elle préparée aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 ?


Vagues de chaleur, sécheresses, submersions : la France doit anticiper les effets du réchauffement, en s'adaptant dès aujourd'hui à un "proche avenir climatique qui est pour l’essentiel déjà écrit".

Tel est le bilan d'un rapport publié le 16 mai 2019 par les sénateurs Ronan Dantec (écologiste, Loire-Atlantique) et Jean-Yves Roux (divers gauche, Alpes-de-Haute-Provence) sur l’adaptation de la France aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050.

Dans un document de 150 pages, commandé et adopté par la délégation à la prospective du Sénat et rédigé à l’issue de l’audition de 36 experts, les sénateurs avancent des propositions pour « enclencher une véritable mutation de la société », telles que la mise en place d’un plan national d’adaptation de l’agriculture, le développement de normes de construction anti-inondations ou l'accès en open source aux données climatiques.
 

Ce rapport contient un grand nombre de cartes et de graphiques issus de travaux scientifiques sur le sujet. Ces documents permettent d'une part d'étudier les conséquences prévisibles de ces dérèglements climatiques et d'autre part de discuter des propositions avancées pour s'adapter au changement. En voici une sélection. Les sources citées permettent de rechercher ces documents sur différents sites (Météofrance, BRGM,...) car certains documents ne sont pas d'une grande qualité graphique (il s'agit de la version provisoire du rapport). Les deux derniers documents constituent une synthèse des conséquences sur les différents territoires de l'Hexagone : bien qu'il s'agisse de simplifier le message auprès du grand public, on pourra en discuter la signification car les limites des dérèglements semblent s'arrêter aux régions administratives (sans parler de l'infographie qui ne gagne pas en lisibilité).












Ce rapport insiste sur le fait que "pour faire face à ces impacts sanitaires, économiques ou écologiques, il est nécessaire de changer d’échelle et d’ambition dans les politiques d’adaptation au changement climatique, notamment en diffusant plus largement la culture de l’adaptation dans les territoires et dans le tissu économique". 

Surtout le rapport montre clairement que l'on est déjà dans un scénario pessimiste et que la réduction des dérèglements ne peut s'envisager que sur un temps long :

"Qu’on réduise fortement les émissions globales de gaz à effet de serre ou que celles-ci se poursuivent au rythme actuel, il faudra faire face à une aggravation significative des divers impacts du réchauffement déjà observables. À plus long terme, pour la seconde partie du siècle, le scénario des évolutions climatiques dépendra de la capacité de la communauté internationale à se mobiliser enfin pour réduire les émissions. Dans le scénario optimiste, mais de moins en moins probable, de leur réduction forte et rapide, nous pourrions nous maintenir dans une situation climatique maîtrisée. En revanche, dans le scénario de leur poursuite au rythme actuel, la France serait conduite dans une situation alarmante vers 2080."

Le rapport fait une liste de 18 propositions résumées dans une infographie. Ces propositions concernent la gestion de l'eau, de l'agriculture, du tourisme,... mais aussi l'éducation et la formation, la recherche scientifique. L'idée est de développer "une culture de l'adaptation" et de construire une "culture climatique citoyenne". Les visées pédagogiques et éducatives sont donc fortes :

1. S’appuyer davantage sur les institutions ayant vocation à structurer le débat sociétal pour créer une mobilisation et un large accord national sur la stratégie d’adaptation
- renforcer le rôle du Parlement dans la définition et le suivi des politiques d’adaptation, en votant une loi-cadre sur l’adaptation ou en créant les outils d’un suivi budgétaire transversal des politiques climatiques ; 
- conforter le rôle du Conseil économique social et environnemental et du Conseil national de la transition écologique dans l’animation du débat national sur la transition climatique et dans l’orientation des politiques d’atténuation et d’adaptation.

2. Mettre fortement l’accent sur les enjeux climatiques dans l’éducation et la formation pour construire une culture climatique citoyenne et intégrer les compétences nécessaires à la transition climatique dans les cursus de formation ;

3. Ne plus opposer politiques d’atténuation et politiques d’adaptation, mais assurer leur synergie et utiliser la lisibilité et l’impact concret des politiques d’adaptation pour dynamiser les efforts d’atténuation ;

4. Porter la nécessité d’une implication européenne forte sur ces sujets (PAC, législations sur le droit des assurances...). Renforcer l’accompagnement par l’État des collectivités et des acteurs économiques en prolongeant les avancées du 1er Plan national d’adaptation au changement climatique ;

5. Accentuer le soutien financier à la recherche et à l’expertise scientifique dans les domaines liés à l’impact du dérèglement climatique, que ce soit sur les activités humaines ou la biodiversité ; 

6. Accorder un accès gratuit aux données nécessaires à l’élaboration des politiques d’adaptation, notamment aux scénarios climatiques régionalisés de Météo-France ; 

7. Sortir de l’état de carence de l’outil statistique de suivi du secteur du tourisme, afin de construire des analyses prospectives et une stratégie d’adaptation pour ce secteur ; 

8. Renforcer le centre de ressources prévu dans le PNACC-2 et créer un portail national de l’adaptation associant l’ensemble des services et opérateurs compétents de l’État, pour en faire le guichet unique d’un service public de l’adaptation ;

9. Instaurer un pilotage plus interministériel des politiques d’adaptation et faire émerger une culture de l’adaptation commune à tous les services de l’État ; 

10. Procéder à l’estimation des besoins financiers nécessaires aux politiques d’adaptation et créer les outils nécessaires en respectant 4 principes : affectation, contractualisation, solidarité et cohérence. Accélérer la déclinaison des politiques d’adaptation dans les collectivités et les filières économiques

11. Conforter la fonction d’orientation stratégique des Régions par la généralisation de prospectives régionales sur le modèle aquitain AcclimaTerra, par des projets de démonstrateurs régionaux et par la contractualisation d’objectifs d’adaptation dans les financements régionaux ; 

12. Faciliter l’appropriation par les intercommunalités de leurs compétences en matière d’adaptation par un meilleur accompagnement des collectivités portant les projets de Plan Climat Air Énergie Territoriaux, par la formation des élus et par la montée en gamme de l’ingénierie du volet « adaptation » des PCAET ; 

13. Assurer une coopération large et souple autour des Régions et des intercommunalités, incluant notamment les agences de l’eau, les comités de massif, les départements et les communes

14. Multiplier sur tous les périmètres géographiques pertinents les travaux de prospective inclusifs pour créer une culture commune de l’adaptation et construire des projets de territoires. Accentuer l’effort national dans quatre chantiers d’adaptation complexes et sensibles

15. Renforcer le soutien aux territoires les plus vulnérables au changement climatique : 
- décliner le PNACC dans chaque territoire ultramarin et y accélérer la mise en œuvre de normes de construction anticycloniques ; 
- accompagner les territoires de montagne, notamment sur l’enjeu du pastoralisme et de la diversification vers un tourisme « quatre-saisons » des stations de moyenne montagne ; 
- répondre aux besoins des territoires littoraux, en levant les blocages juridiques et financiers aux politiques de repli, en précisant le régime applicable aux zones d’occupation temporaire ou encore en fixant les cotes de montée des eaux pour les travaux d’aménagement littoral.

16. Mettre en place une politique ambitieuse d’adaptation du bâti :
- fixer clairement les paramètres climatiques que les professionnels de la construction devront prendre en compte et leur faciliter l’accès aux données climatiques ;
- développer des normes de construction anti-inondations de type AFNOR applicables en zones inondables ; - intégrer l’enjeu de la canicule dans la culture urbanistique et architecturale, notamment en la plaçant au centre des réflexions sur la norme RT 2020 ; 
- évaluer scientifiquement les effets des programmes de végétalisation des villes et leurs apports en matière de lutte contre les îlots de chaleur urbains ;
- encourager les techniques de production de froid durable, notamment par géothermie, pour éviter une prolifération anarchique des climatiseurs air/air.

17. Mettre en place des politiques de l’eau adaptées au changement climatique
- donner la priorité à une utilisation plus économe (amélioration du rendement des réseaux, développement des équipements hydro-économes ou de récupération des eaux de pluie) et aux solutions fondées sur la nature (désartificialisation des sols ; préservation des zones humides) ; 
- développer des incitations financières cohérentes avec ces priorités par des mécanismes de tarification de l’eau adéquats ; 
- préserver les moyens des agences de l’eau ; 
- faire émerger des visions communes et des projets de territoire sur la question de l’eau, en s’appuyant notamment sur des exercices de prospective de type Garonne 2050 ; 
- aller vers une gestion intégrée de la ressource des grands fleuves sur le modèle du Rhône et de la Compagnie nationale du Rhône.

18. Mettre en place un plan national d’adaptation de l’agriculture pour en faire un atout dans la transition climatique et préserver la souveraineté alimentaire de la France : 
- mieux rémunérer les services agro-environnementaux afin d’accélérer la mutation vers l’agroécologie, notamment en mobilisant des fonds sur le pilier 2 de la PAC ; 
- intégrer l’enjeu de l’irrigation de manière responsable en développant le stockage de surface là où il est nécessaire mais en le conditionnant à la mise en œuvre de pratiques agricoles plus économes de l’eau et respectueuses de la biodiversité.


Lien ajouté le 20 janvier 2020

Lien ajouté le 13 juin 2021

Lien ajouté le 30 juin 2021

Lien ajouté le 3 août 2021

Lien ajouté le 14 septembre 2021

Lien ajouté le 3 février 2022

Articles connexes

Renforcer l'atténuation, engager l'adaptation (3e rapport du Haut Conseil pour le climat - 2021)