Cartes et données sur la canicule et les incendies de forêt en France et en Europe

 

1) Accès aux bases de données 

Données sur les canicules et sécheresses

La canicule, ou vague de chaleur, est définie par de très fortes chaleurs le jour et la nuit durant au moins 3 jours consécutifs. Elle comprend 2 paramètres : chaleur et durée. Elle peut être détectée par Météo France 5 à 7 jours avant son déclenchement. La période propice à la canicule s’étend généralement du 15 juillet au 15 août, mais elle peut se produire exceptionnellement en dehors de cette période. Le seuil élevé de températures à partir duquel on parle de canicule varie en fonction des régions concernées et de leur habitude à la chaleur. Un phénomène de sécheresse correspond à un déficit hydrique par rapport à une situation normalement observée sur la même période dans le passé. Les données météorologiques en temps réel ne permettent pas d'estimer l'importance du phénomène. C'est avec le recul que l'on parvient à caractériser les épisodes de canicule ou de sécheresse (cette dernière n'étant pas toujours liée aux fortes chaleurs).

Météo-France fournit des données publiques par jour et par mois (voir notamment la rubrique Normales et records). L'institut de météorologie nationale émet également des cartes de vigilance par département. La carte de vigilance signale si un danger menace un ou plusieurs départements dans les vingt-quatre heures à venir à l’aide de quatre couleurs (vert, jaune, orange, rouge). Le pictogramme de la canicule apparaît dès le niveau orange. Les cartes de vigilance de Météo-France ont tendance à figer l'aléa à l'échelle des départements qui est l'échelle de gouvernance, du fait que l'alerte et la gestion du risque sont prises en charge par les préfectures. Il vaut mieux utiliser des cartes par isothermes ne dépendant pas des mailles administratives (voir cet article sur les choix des médias pour cartographier les vagues de chaleur : MapLab : How to Map Mega-Heat).

A partir de quelles températures peut-on parler de canicule dans chaque département ? (Le Monde - Les Décodeurs).

2022, une vague de chaleur exceptionnelle par sa précocité et son intensité (Météo-France). 




« Climat : en France, dépasser les 40 °C devient la norme » (Le Monde - Les Décodeurs).

« Canicule et mortalité : les départements moins habitués aux très fortes chaleurs davantage touchés cet été » (Le Parisien).

Animation des records mensuels et annuels courants de chaleur depuis 1987 d'après les données Météo-France (Cedric Rossi - 
@cedricr). De quand datent les records de température actuels ? (Suivi-climat.fr)

Depuis juin 2022, de nouvelles normales ont été fixées pour qualifier le climat en France : en termes de moyenne calculée sur 30 ans, la nouvelle normale de température calculée sur la période 1991-2020 en France s’établit pratiquement à 13 °C (12,97 °C) en hausse de +0,42 °C par rapport à 1981-2010.

Le mois de juillet 2022 a été le mois de juillet le plus sec depuis 1959. "Départements présentant un risque de sécheresse d'ici la fin de l'été 2022. Carte de vigilance pour les prochains mois : 22 départements en alerte (Ouest-France).

Sécheresse : rétrospective 2012-2020 (@ImagEau)

« L'histoire des sécheresses est plus complexe à analyser que celle d'autres aléas climatiques catastrophiques. Les grandes sécheresses ont été fréquentes dans l'histoire de l'humanité mais nous aurions tort d'en tirer des conclusions pour relativiser la gravité de ce qui nous attend. »  (un thread de Patrick Fournier).

Sur le site gouvernemental Propluvia, les départements sont classés en quatre niveaux de gravité (vigilance, alerte, alerte renforcée, crise) qui engendrent des restrictions progressives des prélèvements d'eau domestiques, industriels ou agricoles, en fonction de l'intensité du phénomène.

  • Vigilance : le niveau d'alerte le plus bas dont le but est d'inciter la population à l'économie d'eau.
  • Alerte et alerte renforcée : ces niveaux de gravité permettent notamment de prendre des décisions sur la réduction des prélèvements d'eau à des fins agricoles, pour l'arrosage des jardins et ou des espaces verts.
  • Crise: à ce stade, les préfectures peuvent prendre la décision d'interdire les prélèvements non prioritaires, mêmes ceux à des fins agricoles.


Carte des arrêtés de restriction d’eau 21/07/2022 (
Propluvia - Ministère de la Transition écologique)

Carte d'anomalie de débit des fleuves en Europe (juin- août 2022) par rapport à la moyenne 1980-2021. L'anomalie moyenne atteint -29% et même -62% à certains endroits (@dr_xeo).

« L’histoire de la photo de la Loire devenue symbole de la sécheresse cet été » (La Revue des médias).

L'Observatoire européen de la sécheresse (EDO) rassemble des données sur la sécheresse telles que des cartes d'indicateurs dérivés de différentes sources de données (mesures de précipitations, mesures par satellite, teneur en humidité du sol).


L'image satellite Copernicus Sentinel-3 enregistrée le 10 août 2022 révèle l'ampleur inédite de la  sécheresse 2022 en terme de surface (voir la comparaison par rapport à 2021). Cette vision désertique s'étend jusqu'au nord de l'Angleterre. On trouve sur Internet et les réseaux sociaux des images et des animations comparant entre années différentes : attention aux différences entre stades phénologiques (voir Serge Zaka, "Images satellites et sécheresse : attention aux comparaisons hâtives").


« La sécheresse est une crise mondiale cachée qui risque de devenir "la prochaine pandémie" si les pays ne prennent pas de mesures urgentes pour la gestion de l'eau et des terres et pour lutter contre l'urgence climatique, alerte l'ONU » (source : Novethic).


Données sur les incendies de forêt

Les statistiques diffusées par les médias sur les incendies en France proviennent de la base de données sur les incendies de forêt (BDIFF). Cette application internet permet, grâce à un réseau de contributeurs, de centraliser l'ensemble des données sur les incendies de forêt depuis 2006 (données téléchargeables en différents formats).

Prométhée est la base de données officielle pour les incendies de forêts dans la zone méditerranéenne française. Dans chaque département, ce sont les services qui concourent à la prévention et la lutte (SDIS, DDT(M), ONF, gendarmerie, police) qui alimentent la base de données. La base est renseignée en continu par les différents intervenants selon une périodicité variable. Le bilan définitif d’une année (chiffres consolidés) est arrêté au 31 janvier de l’année suivante.

GASPAR est la Base nationale de Gestion ASsistée des Procédures Administratives relatives aux Risques. Elle répertorie les données par types d'aléas, notamment les communes à risques de feux de forêts ainsi que celles dotées d'un Plan de prévention des risques incendies de forêts (PPRIF). La version disponible en téléchargement sur Data.gouv.fr et sur Georisques est assez ancienne (seulement une 50e de communes dotées d'un PPRIF en 2013).

Communes françaises soumises au risque feu de forêts (source : GASPAR)


Le portail européen Copernicus reporte les incendies en cours dans toute l'Europe. Le Système européen d'information sur les incendies de forêt (EFFIS) soutient les services chargés de la protection des forêts contre les incendies dans l'UE et les pays voisins et fournit aux services de la Commission européenne et au Parlement européen des informations actualisées et fiables sur les incendies de forêt en Europe. Un visualisateur permet de suivre la situation des feux quasiment en temps réel à partir d'images satellites Sentinel, Modis et Viirs. Les données statistiques sont téléchargeables ainsi que les rapports produits annuellement. Un comparateur permet d'estimer les feux de forêt en nombre et en superficie et de comparer la situation entre pays européens.

Système européen d'information sur les incendies de forêt (EFFIS)


22,5 ans d'incendies de forêt en Europe du Sud sur une seule carte (@VogelMaps à partir des données EFFIS).

A l'échelle mondiale, le site FIRMS (Fire Information for Resource Management System) fournit des données d'incendie par année et par pays. Certains satellites permettent de détecter et recenser les feux de forêt, grâce au système VIIRS (Visible Infrared Imaging Radiometer Suite), qui repère dans l’infrarouge les sources de chaleur intense à la surface du globe, avec une définition de 375 mètres par pixel. Deux satellites de la Nasa, Suomi-NPP et NOAA-20, repèrent ainsi les feux à la surface du globe.

Carte des incendies en temps réel dans le monde sur le site Cartovista (Real Times Fire Worldwide).

« Une carte pour visualiser la taille des feux de forêt par rapport à votre ville (Le Monde - Les Décodeurs). Depuis le début de l’année, les incendies ont ravagé plusieurs dizaines de milliers d’hectares en France. Des superficies difficiles à imaginer. »

2) Pistes d'analyse pour travailler sur la géographie des risques


Compréhension et analyse de l'aléa

Les 44 vagues de chaleur enregistrées en France depuis la création en 1947 de l'Indicateur thermique national de Météo-France (source : AFP)

« Canicule : à quel point le début de l’été 2022 a-t-il été plus chaud que les précédents ? » (France-Info).

«  La canicule 2022 a entraîné un pic de surmortalité en France  » (@SergeZaka).

Bien que les inondations soient plus fréquentes et destructrices sur le plan matériel, ce sont les vagues de chaleur qui comptent le plus de victimes sur la période 1900-2017. Les feux de forêt n'apparaissent pas au premier abord comme des risques naturels majeurs alors qu'ils en font partie et ont tendance à s'aggraver avec le changement climatique.

Comparaison entre risques naturels majeurs (source : notre-environnement.gouv.fr)


Quatre risques clés en Europe augmentent en en lien direct avec le niveau de réchauffement planétaire dû à l'influence humaine : chaleur extrême; pertes de production agricole ; pénurie d'eau ; inondations. L'été 2022 nous montre à quel point nous n'y sommes pas préparés (source : @valmasdel).


La base de données sur les incendies de forêt (BDIFF) ne donne pas encore les chiffres pour l'année 2022. Mais, d'après les estimations, les surfaces forestières incendiées sont en train de dépasser tous les records en France.


Sur le plan de la répartition spatiale des incendies de forêt, Caroline Cornu (@caroline_msgu) a fait une carte en 2021 concernant la période 2009-2019 montrant la part importante de la France du sud (voir son thread). A actualiser pour les dernières années.

Surfaces forestières totales brûlées 2010-2019 (source : Caroline Cornu - @caroline_msgu)


« Les surfaces de forêts brûlées ont fortement diminué depuis les années 1980 suite à un plan efficace. Elles sont de nouveau en en hausse avec le changement climatique. Les plans de prévention français aux feux ne sont plus adaptés. Il faut les revoir et mobiliser de nouveaux moyens »  (source : Dr. Serge Zaka @SergeZaka)

Évolution des surfaces de forêts brûlées depuis les années 1980 (source : Dr. Serge Zaka - @SergeZaka)

« Surface brûlée, nombre de feux : ces infographies montrent l’ampleur des incendies en 2022 » (Radio France). 

La carte des incendies en France depuis le début de l’été 2022 (Le Monde).

« Les dégâts des immenses incendies en Gironde en images : l’avant et l’après » (Le Monde - Les Décodeurs).

Les incendies de Gironde (juillet 2022), objets fondamentalement géographiques ! (un thread très documenté réalisé par Géographie au quotidien - @GeographieQ).

« Les grands feux de forêt qui ont marqué la France depuis le grand incendie meurtrier de 1949 » (Le Figaro).

La situation est très variable selon les années et les départements, mais la tendance à moyen terme est à la remontée des incendies vers le nord de la France. Voir la cartographie animée proposée par le Huffington Post pour la période 2006-2021.

Hectares brûlés par année et par département 2006-2021 (source : Huffingtonpost.fr)


Malgré une tendance à la diffusion des feux de forêt sur l'ensemble du territoire français, on remarque que le pourtour méditerranéen et le sud-ouest restent les zones les plus touchées.


Si on change d'échelle et qu'on regarde la situation au niveau européen, la vision est un peu différente : la France est loin d'être le seul pays concerné. La moitié de l'Europe est menacée de sécheresse à l'été 2022. En Italie par exemple, une sécheresse historique menace l’agriculture (Reporterre.net).

Hectares brûlés dans les incendies : une année déjà noire en France comme en Europe (source : Le Télégramme)


« Les incendies en Europe n’ont jamais été aussi importants qu’à l’été 2022 » (Le Monde - Les Décodeurs).

« En Europe, les incendies de 2022 ont déjà brûlé plus de surface qu'en 2021. Voici, en carte, les pays les plus touchés » (La Nouvelle République).

« Feux de forêt en Europe : vers un record annuel de destruction » (Les Echos).

« Les mégafeux, des phénomènes appelés à se multiplier sous l’effet du dérèglement climatique » (Le Monde).

Ce n'est pas seulement le continent européen qui connaît des vagues de chaleur terrestres. La mer Méditerranée est également  affectée par une vague de chaleur marine, avec des effets dévastateurs sur les écosystèmes marins et à l'origine aussi de vagues de chaleur sur terre. Les températures de l'eau sont 6,2°C au-dessus de la normale. Les canicules marines empêchent les eaux froides de remonter vers la surface. "Pour une bonne partie de la faune et de la flore (coraux, crustacés, poissons, etc.), c'est la chronique d'une mort annoncée".

Animation montrant les anomalies de températures enregistrées en Méditerranée sur la période mars à août 2022 (ESA Copernicus)

Depuis quelques jours fleurissent des figures montrant les anomalies de températures de surface de la mer (TSM, ou SST en anglais) en Méditerranée. Un petit thread pour parler de ces évènements qu'on appelle des vagues de chaleurs océaniques (Thibault Guinaldo - @TGuinaldo).

Le service d'urgence de Copernicus cartographie les zones de catastrophes naturelles, notamment les sécheresses et feux de forêt de manière à organiser les secours et planifier les réponses à apporter.

Les données du Global Forest Watch sur la perte de couvert forestier due aux incendies montrent les pertes sur la période 2001-2021 à l'échelle mondiale. La carte permet de zoomer sur les zones concernées. Un tableau de bord fournit les données par année.

Prévision et efforts de prévention pour réduire la vulnérabilité

90 % des feux de forêt ont une origine humaine. La prévention constitue donc un enjeu fort, elle commence par l’information. 

« Feux de forêt. Les contenir et s'en protéger » (brochure d'information du SDIS de La Réunion). Voir également le site de prévention des feux de forêts en France.

« L’efficacité de la stratégie française de lutte est un modèle en Europe et dans le monde. Pour autant, cet atout ne lui suffira plus à faire face à l’augmentation du risque incendie et notamment à l’émergence de feux "hors normes" : la "guerre contre le feu" ne sera gagnée qu’au prix d’un effort impliquant toutes les politiques publiques et faisant une plus large part  à la prévention » (extrait du rapport du Sénat sur la Mission de contrôle relative à la prévention et à la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie - 3 août 2022). Selon la synthèse du rapport, il faut non seulement sensibiliser les usagers, mais aussi développer une gestion durable de la forêt, reboiser avec des forêts plus résilientes après l'incendie.

En matière d'information préventive, le décret du 11 octobre 1990 impose au préfet d'établir un dossier synthétique, le Dossier Départemental sur les Risques Majeurs (DDRM) où le préfet arrête la liste des communes concernées par les risques naturels et technologiques majeurs (voir par exemple le DDRM de la Gironde). Le problème, c'est que certains départements n'incluent pas le feu de forêt comme risque majeur (la Vienne, par exemple, est en train de l'inclure dans son DDRM). Au niveau communal, le maire doit établir le Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs (DICRIM) en complétant les informations transmises par le préfet. Les communes peuvent se doter également d'un Plan de prévention des risques incendies de forêt (PPRIF). Travailler sur les PPRIF permet d'étudier la vulnérabilité mais également la défendabilité des territoires soumis au risque incendie de forêt (voir cette note technique de 2015).

Etat d'avancement des Plans de prévention des risques incendies de forêt (source : Ministère de la Transition écologique).

Dans le cas de l'incendie du Bassin d'Arcachon en juillet 2022, 7 communes sur 10 n'avaient pas de PPRIF. Il a fallu mettre en place dans l'urgence un pare-feu « pharaonique » pour empêcher les flammes de gagner les Landes. L'objectif à terme de l'Etat est de généraliser les PPRIF à tout l'hexagone dans le but notamment d'obliger les propriétaires à débroussailler sur les terrains bâtis et non bâtis (ce qui pose le problème de l'éclatement de la forêt privée aux mains d'innombrables propriétaires). La mise en place de ces PPRIF avive un certain nombre de tensions et de conflits latents

«  L’urbanisation anarchique, facteur aggravant des incendies dans les Landes » (The Conversation).

« L’urbanisation grandissante près des forêts complique le travail des pompiers » (Libération). Alors que la majorité des départs de feu sont liés à l’activité humaine, les outils d’aménagement du territoire ne sont pas toujours mobilisés pour faciliter la prévention et la lutte contre les incendies. La géographe Christine Bouisset détaille le rôle joué par l’aménagement du territoire face au risque.

Le développement de l'urbanisation en bordure de zones forestières conduit à augmenter le risque (cf forte vulnérabilité des interfaces habitat-forêt). Les communes sont susceptibles de prendre en compte ce facteur de vulnérabilité dans leur plan d'aménagement pour les constructions situées en milieu forestier ou à moins de 200 mètres des zones boisées (cf rôle du portée à connaissance dans la prise en compte du risque incendie de forêt). 


« Environ 75 % des forêts françaises sont privées, un défi pour leur adaptation au changement climatique » (Le Monde - Les décodeurs).

La répartition des surfaces forestières en France en fonction du statut de propriété (Inventaire forestier - IGN, 2021)

En France (métropole et outre mer), les feux de forêts constituent un risque important. Ce risque est en principe identifié dans le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique promulgué en 2018. Ce risque s'est accru du fait de l'extension des surfaces forestières et de l'urbanisation rapide. En 2020, 31% du territoire est couvert par la forêt, c'était seulement 13% au XVIIIe siècle.

Carte de l'évolution du couvert forestier français entre le XVIIIe siècle et aujourd'hui (source : @LegendesCarto)



Depuis 2009, Météo-France est chargé par la mission sur l'extension éventuelle des zones à risque élevé d'incendie de forêt de caractériser l'évolution passée et future du risque feu de forêt sur la France. 

Changement climatique et extension des zones sensibles aux feux de forêts. Voici le scénario prévu en terme de sensibilité au risque pour 2040, soit dans moins d'une génération ! (source : DRIAS)


Estimations à plus long terme (période 2050 à 2100) de la sensibilité aux feux de forêts. Ce travail date de 2010 avec d'anciens scénarios d'émissions qui n'ont pas été mis à jour depuis. Malgré tout, il met en évidence la nécessité de trouver des solutions pour s'adapter au changement.

Évolution du nombre de jours avec conditions météorologiques sensibles pour les feux de forêt (source : meteofrance.com)

« Réchauffement climatique : un monde à 2 degrés de plus n'est plus assurable » (Novethic.fr).

« Un habitant sur sept vit dans un territoire exposé à plus de 20 journées anormalement chaudes par été dans les décennies à venir » (INSEE).

« De nombreux pays s'inspirent du Portugal pour combattre les incendies » (Futura-sciences.com).

« Surtout après un incendie, il est le plus souvent préférable de laisser la forêt se régénérer naturellement » (Le Monde).

Prévention des feux de forêt. Le risque de feux est majoritairement d’origine humaine. Une campagne nationale de prévention est conduite par les pouvoirs publics pour avoir les bons réflexes face aux feux des espaces naturels (Ministère de la Transition écologique).

Canicules, feux, inondations : comment éviter le pire ? (Entretien de Blast avec Magali Reghezza, géographe et membre du Haut Conseil pour le climat). « Les températures battent des records, les feux de forêt se multiplient partout en France et la canicule a déjà fait des centaines de morts en Europe... la France a pris du retard, beaucoup de retard. Alors comment rattraper ce retard ? Comment s’organiser pour être moins vulnérables aux feux de forêts, aux inondations, aux vagues de chaleur ? Comment créer les conditions pour qu’un autre futur soit possible ?  »


Les arbres peuvent refroidir la température de surface jusqu'à 12°C. Une analyse des données satellitaires de 293 villes d'Europe montre que les arbres ont un effet rafraîchissant, contrairement aux autres espaces verts (un thread de 
@mirbole01).

«  À chaque crise revient le sempiternel "trop d’État, laissez faire les collectivités", "où est passé l’État qui abandonne les collectivités locales". Pour dépasser les polémiques politiciennes de circonstance, petit retour sur la gestion de crise en France. » (un thread de @MagaliReghezza)

«  Nous avons regardé 134 reportages de France2-TV sur les feux de forêts diffusés en juillet. Il y est à peine question du dérèglement climatique et de la monoculture forestière, et rien n'est dit des suppressions de postes à l'ONF ». Analyse et interviews d'Arrêt sur images.

En 1949, « l’incendie du siècle » dévastait la forêt près de Bordeaux et tuait 82 personnes. Il a suffi d’une cigarette pour déclencher le pire feu de forêt de l’histoire de France lors d’un brûlant mois d’août près de Bordeaux. Bilan effroyable : 82 morts et plus de 50 000 hectares brûlés (Le Parisien).

« Peut-on lutter contre la pyromanie ? » (Le Temps du débat d'été, France Culture).

"Une image vaut parfois mille mots pour réaliser l'ampleur de l'incendie" (BFM-TV). Certes, mais la population concernée n'est pas équivalente et le type de territoire n'est pas le même, ce qui fait que l'exposition au risque n'est pas comparable ! Une comparaison de cartes (#mapcomparison) censée donner une idée de la superficie brûlée, mais pour le moins discutable en terme de comparabilité des deux territoires.


Perception du risque et éducation aux différents types de risques

Le baromètre des risques établi chaque année par l'IRSN montre que, dans les perceptions, les risques climatiques s’installent en position élevée, sans être la plus haute. Le schéma permet de distinguer entre risque perçu pour les Français, risque perçu pour soi et niveau de confiance (source : barometre.irsn.fr/)


« Éduquer au changement climatique passe par la construction d’une culture commune chez les enseignants » (Eduveille - IFE).

Comment sensibiliser au réchauffement climatique et au changement global sans tomber dans le catastrophisme ? C'est tout le paradoxe de la médiation environnementale. (Les paradoxes de la médiation environnementale par Susan Kovacs).

Les logiques d’engagement d’enseignants face à une question socioscientifique médiatisée : le cas du réchauffement climatique (Thèse de Benoit Urgelli, 2009).

« Il faut repolitiser la notion de risque ». Magali Reghezza-Zitt s'interroge sur la prévention des catastrophes et sur les risques naturels majeurs (émission France-Inter).








La carte, objet éminemment politique : la "bataille des cartes" entre la Turquie et la Grèce


Les tensions entre la Turquie et la Grèce concernant la délimitation de leurs frontières dans la mer Égée ne datent pas d'aujourd'hui. Elles donnent à nouveau lieu à une "bataille des cartes" où chaque pays donne sa propre vision. Alors que la Turquie et la Grèce sont à couteaux tirés en Méditerranée orientale, des cartes indiquant les revendications des deux nations sont brandies comme arguments politiques et instruments de propagande. 

Une nouvelle carte dite du "Pacte national dans les mers" a été publiée le 17 juillet 2022 par Ahmet Yigit Yildirim (directeur général de la Fondation pour l’éducation et la culture Ülkü Ocakları) sur son compte Twitter. Elle témoigne des prétentions de la Turquie sur 12 îles de la mer Egée (y compris Rhodes et la Crète). La carte a été offerte en cadeau au chef du parti d'action nationaliste MHP Devlet Bahçeli lors de sa visite au siège d'Ülkü Ocakları (réputée comme une organisation ultranationaliste). Promise au rang de NFT dans le réseau blockchain par son directeur Ahmet Yigit Yildirim, cette carte est censée être envoyée à 1522 personnes qui donneront leur adresse en réponse au message posté sur Twitter. La carte est assortie du commentaire suivant  :  « La carte de défense, avec le drapeau rouge de la nation turque dans les mers, est née. Elle a été préparée sous une forme qui comprend 12 revendications territoriales, tout en montrant notre sécurité côtière, les intérêts légitimes de la nation turque et notre conscience historique de 1522 »  [allusion au siège de Rhodes par les armées ottomanes en 1522].


Carte dite du "Pacte national dans les mers" diffusée le 17 juillet 2022 (source : Twitter)


Titre de la carte : Notre mission en mer

Légende de la carte :
  • Territoire turc (en rouge)
  • Territoire grec (en vert)
  • Juridiction maritime turque (en bleu foncé) = "Blue Homeland"
  • Juridiction maritime grecque (en bleu clair)
  • Eaux internationales (en bleu plus clair)

Pour Selim Kuneralp qui donne une approche critique de cette carte dans un article au titre emblématique (Harita savaşları, "la guerre des cartes"), cette carte montre le territoire de la Turquie plus grand qu'il ne l'est en réalité. Ces revendications territoriales doivent cependant être prises au sérieux car les discours expansionnistes semblent avoir encore gagné en puissance avec la coalition depuis 2018 des mouvements de l'AKP, du MHP et des nationalistes. Et l'auteur d'ajouter : « les cartes Blue Homeland ont excité le public, le gouvernement a signé un accord de partage de la zone maritime avec l'un des gouvernements libyens sur la base de cette carte, mais cet accord n'a jamais été approuvé malgré le contexte difficile de ce pays et l'effet des pressions extérieures au fil des ans. La prospection de ressources naturelles, lancée en Méditerranée orientale conformément à la revendication de la doctrine de la "Patrie bleue", a été arrêtée en raison des réactions du monde extérieur et des sanctions de l'UE. Les cartes ne se limitent pas à la Méditerranée orientale. Les cartes du nord de la Syrie, révélatrices d'une approche expansionniste, sont fréquemment diffusées à la télévision [...] La dernière des cartes est apparue sous le nom de carte du "Pacte national dans les mers". En fait, ceux qui connaissent un peu l'histoire savent que le véritable Pacte national n'inclut pas les îles » [allusion au problème d'interprétation du Pacte national de 1920]. 

Ce renouveau du récit national turc se retrouve aujourd'hui jusque dans les manuels scolaires comme le montre cet article de Nicholas Danforth. Concernant plus généralement les étapes de la fabrication du territoire national de la République turque et les mises en récit officielles qui insistent sur le moment fondateur de la Guerre d’indépendance, on peut se reporter à l'article de Jean Pérouse La Turquie : une construction territoriale récente (Mappemonde, 2008).

De son côté, la Grèce n'a pas manqué de réagir. Le Premier ministre grec Mitsotakis, qui a effectué une visite officielle aux États-Unis en mai 2022, s'est plaint auprès du président Biden en montrant la carte de la "Patrie bleue" (Blue Homeland) de la Turquie. La Grèce fait valoir également que ses îles de la mer Égée pourraient générer leurs propres zones économiques exclusives (ZEE), ce qui lui permettrait de contrôler 200 milles marins tout autour : nostalgie d'une grande Grèce d'avant le traité de Sèvres ? (voir cette carte montrant le nombre d'années où les régions grecques ont été sous domination ottomane). La Turquie répond au contraire que les îles ne peuvent pas générer leurs propres ZEE et que la ZEE de la Grèce devrait partir du continent plutôt que de centaines d'îles étalées dans la mer Egée. Comme le met en avant cet article, la Turquie - qui a un littoral important - se verrait refuser tout droit sur les eaux à quelques kilomètres seulement du continent. C'est en tout cas l'argument avancé par le gouvernement turc qui refuse par ailleurs l'application de la loi des 12 milles marins dans la mer Égée et a menacé la Grèce de guerre dans le cas où elle essayerait de l'appliquer unilatéralement. 

"Si la Turquie n'affirmait pas sa revendication dans l'est de la Méditerranée, voici à quoi ressemblerait la ZEE de la Grèce. La Turquie considère cela comme illégitime." (source : TRTWorld)

La doctrine Blue Homeland ("Patrie bleue") a été initialement proposée en 2006, elle a été adoptée comme politique officielle en 2013 par le gouvernement turc. Alors que la ZEE est régie par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 et permet donc aux navires de commerce de passer librement, le passage des navires de la marine militaire est très contesté et la Turquie ne se sent pas stratégiquement à l'aise ou disposée à sous-traiter l'autorisation pour ce qu'elle considère comme les caprices de l'État grec à qui il faudrait demander l'autorisation de naviguer. La doctrine de la Patrie bleue vise donc à garantir que la Turquie puisse défendre ses propres frontières sans compter sur d'autres États, ce qui revient à une approche strictement nationalo-centrée. Concernant la doctrine du Blue Homeland, développée par les amiraux de la marine turque et adoptée par le président Erdogan, on peut se reporter à l'étude de l'IFRI qui fait le point sur la question ("Mavi Vatan, the "Blue Homeland": the Origins, Influences and Limits of an Ambitious Doctrine for Turkey").

Depuis que d'énormes gisements de gaz ont été découverts au large de Chypre au début des années 2010, la concurrence et les rivalités régionales alimentent le bras de fer entre la Turquie et ses voisins (voir l'exemple de l'île de Kastellorizo prise entre les appétits grecs et turcs). Si on change d'échelle et que l'on s'intéresse à tous les États qui sont aux prises en Méditerranée orientale (Turquie, Grèce, Libye, Egypte, Israël, Syrie, Liban), on se rend compte que la zone est devenue un condensé de rivalités internationales, du fait notamment du chevauchement des ZEE revendiquées. Bien que la Turquie ne soit pas à proprement parler une puissance maritime, il se pourrait qu'elle veuille renouer avec son passé de thalassocratie comme elle pouvait l'être à l'époque ottomane. A moins qu'il s'agisse simplement d'une manière pour le président Erdogan de montrer ses muscles à des fins de politique intérieure ? Comme l'explique l'Atlas de la Méditerranée et du Moyen Orient (à télécharger sur le site du FMES), l'un des objectifs stratégiques de la Turquie aujourd'hui est de flatter le nationalisme turc en regagnant de l’influence dans certaines zones de l’ancien empire Ottoman (Balkans, Chypre, Libye, Tunisie, Algérie, Soudan, Syrie, Liban, Irak), en stigmatisant certains ennemis héréditaires (Grèce, Arménie) et en développant l’influence turque en Europe, en Afrique et en Afghanistan. Cette carte "what if" montrant la Grèce divisée en plusieurs territoires si elle avait le même statut que Chypre constitue un exemple intéressant des arrières-plans idéologiques qu'on peut trouver derrière ces cartes "imaginaires. 

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L'histoire par les cartes : Mapping an Atlantic World circa 1500 (Alida C. Metcalf)

 

Alida C. Metcalf, Mapping an Atlantic World, circa 1500. Baltimore, MD: Johns Hopkins University Press, 2020. 

À partir de 1500, l'océan Atlantique s'est déplacé de la périphérie vers le centre sur les cartes européennes du monde. Ce moment marque non seulement un changement de paradigme dans la façon de cartographier le monde, mais aussi l'ouverture de ce que les historiens appellent le monde atlantique. Un site web compagnon de l'ouvrage invite les lecteurs à découvrir les plans, les cartes et les figures qui sous-tendent les arguments du livre (notamment des schémas pour montrer le glissement vers le monde atlantique).


Présentation et note critique sur l'ouvrage par Allan Greer (source : Renaissance Quarterly, Vol. 75, Issue 2, 2022, 688 - 690) :

« Dans Mapping an Atlantic World , Alida Metcalf, une universitaire connue pour son travail sur l'histoire du Brésil, examine de près les premières cartes représentant les Amériques dans les années qui ont immédiatement suivi les voyages de Christophe Colomb ; mais son objectif principal n'est pas tant les nouvelles terres que l'océan qui les séparait de l'Europe et de l'Afrique. Ainsi écrit-elle, vers 1500, "l'océan Atlantique est passé de la périphérie au centre des mappemondes européennes". Cette nouvelle vision du monde apparaît dans la Carta del Cantino, magnifiquement décorée, élaborée à Lisbonne pour le duc de Ferrare en 1502, ainsi que dans l'Universalis Cosmographia, une mappemonde gravée sur bois à grande échelle publiée en 1507 par l'atelier du cartographe et humaniste Martin Waldseemüller. Sous l'influence des écrits d'Amerigo Vespucci, Waldseemüller a été le premier à associer le nom d'Amérique aux terres d'outre-mer, mais ce n'est qu'une des nombreuses raisons pour lesquelles son travail attire l'attention soutenue de l'auteur. Cartographier un monde atlantique plonge le lecteur dans les aspects techniques de la reproduction d'images cartographiques, par le biais de techniques de gravure sur bois, à l'époque de la révolution de l'imprimerie. Alors que les cartes étaient pour la plupart des objets de prestige destinés à être affichés sur les murs ou reliés dans des atlas, les cartes étaient des documents de travail pour guider les navigateurs. L'auteur fournit un excellent compte rendu des pratiques séculaires des fabricants de cartes ibériques, qui ont créé et copié des feuilles dessinées à la main recouvertes de loxodromies rayonnantes conçues pour orienter les capitaines lorsqu'ils se dirigeaient vers des eaux libres. »

« Bien que quelque peu étrangère au monde scientifique de l'histoire de la cartographie, Metcalf fait un excellent usage de la vaste littérature émanant de ce domaine. En effet, sa monographie synthétise un large corpus spécialisé qui permet de mieux comprendre comment les Européens ont accepté le vaste espace maritime qui s'ouvrait à eux. Les recherches originales de l'auteur sont également impressionnantes, consistant, entre autres, en une lecture attentive des éléments décoratifs de plusieurs cartes et plans anciens. L'auteur attire l'attention sur les perroquets placés sur les côtes du Brésil et de l'Afrique de l'Ouest, où ils ont servi d'emblèmes pour montrer la beauté tropicale exotique. Les arbres sont partout et la couleur verte se répand abondamment à travers les Amériques pour suggérer la fertilité de la nature. Étonnamment, l'île de Terre-Neuve est apparue aux cartographes portugais de l'époque comme un lieu de grands bois verdoyants plutôt que comme une source de poissons. Ces images de beauté et de riches ressources étaient destinées, selon l'auteur, à encourager les entreprises commerciales transatlantiques. Fidèle à intérêt pour les espaces maritimes, Metcalf consacre plusieurs pages éclairantes à la façon dont les graveurs ont recouvert l'océan de lignes d'ombrage ondulées pour évoquer la surface mouvante de l'eau. Plus menaçantes, certaines cartes plaçaient des scènes de cannibalisme sur les rives occidentales de l'Atlantique, une version cartographique du mythe du cannibale qui justifierait la colonisation et l'asservissement. »

« Mapping an Atlantic World évoque un moment, lourd de conséquences, où un changement majeur s'est produit dans la façon dont les Européens se représentaient le monde. Il ne s'agissait pas simplement de la « découverte de l'Amérique », mais d'une reconceptualisation de « vastes espaces océaniques qui présentaient les premières ébauches d'un monde atlantique ». L'auteur donne des indices sur les implications de ce sens nouveau donné à l'océan et au monde au sens large, mais elle ne les énonce jamais complètement. La conclusion du livre, principalement consacrée à la question de savoir si les cartes sont éphémères - une question intéressante, mais pas vraiment traités dans les chapitres précédents - peut décevoir les lecteurs à la recherche d'un résumé de l'argument du livre. »

A propos de l'auteur Alida C. Metcalf :

Alida C. Metcalf est Harris Masterson, professeure d'histoire à l'Université Rice et auteur de Mapping an Atlantic World, circa 1500. Historienne du Brésil et du monde atlantique, elle a écrit Family and Frontier in Colonial Brazil (1992-2005), Go-betweens and the Colonization of Brazil (2005) et, avec Eve M. Duffy, The Return of Hans Staden : A Go-between in the Atlantic World (2012). Avec Farès el-Dahdah, elle a développé le projet d'humanités numériques imagineRio, qui cartographie et illustre l'évolution sociale et urbaine de Rio de Janeiro de 1500 à nos jours. Elle écrit actuellement une histoire de l'eau à Rio de Janeiro.


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Le monde en cartes (1400-1600) : une exposition de la Beinecke Library (Yale University)


Du 22 juillet 2022 au 8 janvier 2023, la bibliothèque Beinecke de l'Université de Yale organise une exposition : The World en Maps 1400-1600. L'occasion de découvrir quelques-unes de ses 20 000 cartes réparties sur plus de 24 000 feuilles, accompagnées de plus de 4 000 atlas et de quelques dizaines de globes anciens. Cette riche collection cartographique a été en partie numérisée et peut être découverte directement en ligne.


Cette exposition présente des cartes manuscrites de la bibliothèque Beinecke parmi les plus importantes sur le plan historique, de la fin du Moyen Âge et du début de l'ère moderne. Elle se concentre sur les cartes portulans - de grandes cartes colorées qui montraient le littoral de la Méditerranée et étaient utilisées par les marins pour naviguer de port en port. Ces cartes ont joué un rôle crucial dans l'expansion du commerce européen aux 15e et 16e siècles. La bibliothèque de l'Université de Yale possède l'une des collections de cartes les plus importantes de cette période. Lorsque les fonds précédemment conservés dans la salle des cartes de la Sterling Memorial Library ont été regroupés avec les collections de la bibliothèque de livres rares et de manuscrits de Beinecke en 2018, celle-ci est devenue le plus grand référentiel de cartes portulans de l'Amérique du Nord.  

Cette exposition présente des cartes de plusieurs périodes historiques et montre comment les cartes ont pu contribuer à ouvrir vers un horizon mondial. Tout en se concentrant principalement sur les cartes européennes, elle comprend également des cartes du Moyen-Orient et d'Asie pour illustrer les éléments communs et également mettre en évidence les différences significatives. De plus, l'exposition présente des cartes falsifiées et comment elles ont pu être identifiées comme des contrefaçons à l'aide d'analyses scientifiques et historiques.

Points forts de l'exposition :

  • La carte d'Aguiar de 1492, la plus ancienne carte portulan portugaise, montre de façon spectaculaire le monde tel que Christophe Colomb et son équipage ont pu le voir lors de leur premier voyage en 1492. Avec la carte du monde d'Henricus Martellus (ci-dessous), ces cartes indiquent les vrais dangers auxquels Christophe Colomb a dû faire face et répondre aux questions fondamentales sur son premier voyage. Cette carte est présentée dans le livre d'Alida C. Metcalf, Mapping an Atlantic World, c. 1500 publié en 2020 avec de nombreuses illustrations commentées (à découvrir en ligne, voir ce billet de présentation de l'ouvrage).

  • La carte du monde d'Henricus Martellus, composée vers 1490, est une étonnante survivance du monde avant l'expédition de Colomb. L'une des plus grandes cartes de la collection, elle est trop grande pour être exposée avec les portulans, c'est pourquoi un fac-similé est présenté dans l'exposition publique. L'original se trouve au niveau de la cour de la bibliothèque accessible aux chercheurs. La carte montre une perspective très différente de celle des portulans - elle est basée sur les anciennes cartes composées par Ptolémée, transmises en Europe par des scientifiques et des géographes arabes. 

  • La carte-portulan de Beccari (1403) est plus ancienne que la carte Aguiar mais contient un cartouche crucial qui décrit comment les cartographes tels que Beccari ont composé ces cartes, en particulier leur recours aux connaissances orales des marins utilisées pour mesurer avec précision les distances entre les ports. Raison pour laquelle la carte de Beccari est l'une des plus étudiées par les cartographes.

  • La carte d'Abenzara est unique pour des raisons très différentes. Judah Ben Zara (ou Abenzara) était l'un des rares cartographes juifs européens. Sa religion a eu une profonde influence sur ses cartes et sa vie. Seules trois cartes lui ont survécu. C'est le seul portulan fabriqué sur peau de chèvre dans la collection ; il semble probable qu'il s'agisse d'une forme d'adaptation car le climat ne permettait pas de fournir des peaux de grand animaux comme pour d'autres portulans. 

  • La fameuse carte du Vinland ainsi que le matériel acquis en 1965 qui prétendait étayer son authenticité. Le travail effectué en 2019 par l'Institut pour la préservation du patrimoine culturel de Yale a permis de prouver que la carte était un faux. Sont présentées également d'autres contrefaçons récentes pour permettre aux historiens et aux scientifiques d'étudier les techniques employées par les faussaires.  

Cartes accessibles via les collections numériques de la Bibliothèque Beinecke :

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Atlas du mobilier urbain de Paris (APUR)

 

L’APUR  (Atelier parisien d’urbanisme) publie un atlas original qui présente l’ensemble des mobiliers parisiens dessinés et cartographiés dans l’espace public parisien. Paris est une des capitales dont le mobilier urbain est formé d’objets familiers, parfois disparates, aux fonctions multiples, accumulés avec le temps. Étudier ce mobilier, ses évolutions, ses implantations, son dessin, ses usages est une façon de comprendre l’espace public parisien.

Cet atlas du mobilier urbain permet de révéler combien le mobilier s’est largement multiplié, diversifié et spécialisé, à travers l’histoire. Au XIXe siècle, le mobilier urbain haussmannien est conçu pour répondre à des besoins fonctionnels codifiés d’hygiène et de sécurité, mais également pour contribuer à l’embellissement et au décor de la rue. Au XXe siècle, la gestion des flux automobiles et l’augmentation des mobilités conduisent à multiplier les mobiliers de protection anti-stationnement et de signalisations conduisant à une (trop) grande prolifération. Aujourd’hui, d’autres services se développent dans l’espace public : recharge électrique, tri des déchets, mobilité partagée, végétalisation…

Les dessins dans leur précision font apparaitre l’extrême diversité et l’importante évolution des mobiliers plus imposants pour certains. Moins ornementés pour d’autres. Cela révèle en creux l’importance des caractéristiques qui font l’unité de l’espace public parisien : une simplicité soignée dans le dessin ; une sobriété des matériaux et des couleurs, quels que soient les lieux ; la régularité des implantations alignant bordures, arbres, candélabres…

9 familles de mobilier sont décrites :

  • le mobilier de confort et de services accompagnant les piétons, 
  • le mobilier lié à la végétation, 
  • le mobilier de la propreté, 
  • le mobilier de protection routière, 
  • le mobilier des services de mobilité, 
  • le mobilier d’information et de signalisation,
  • le mobilier technique,
  • le mobilier de vente, 
  • le mobilier des pratiques sportives.

L'Atlas du mobilier parisien peut être consulté à travers une cartographie interactive ou téléchargé sous forme de fichier PDF.

Depuis plus de 50 ans, l’Apur construit, enrichit et capitalise de nombreuses données géographiques sur Paris et la Métropole du Grand Paris. Ces données sont proposées sous forme de cartes téléchargeables, cartes interactives ou datavisualisations, avec des jeux de données accessibles sur sa plateforme open data.

L'Agence parisienne d'Urbanisme propose une cartographie statistique interactive de la Métropole du Grand Paris (70 indicateurs regroupés en 6 thématiques).

Le mobilier urbain des villes françaises peut par ailleurs être consulté à travers les données fournies par OpenStreetMap. Il est possible de récupérer ces données de mobilier urbain dans QGIS avec le script sous licence libre CaLiEc qui permet de générer une carte avec légende d'après les données OpenStreetMap (voir ce tutoriel et cette vidéo).


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Atlas collaboratif de la mégarégion parisienne

Cartes et données du projet Grand Paris Express

Portail des mobilités dans le Grand Paris (APUR)

Plans et rues de Paris d'hier à aujourd'hui

Les plans historiques de Paris de 1728 à nos jours (APUR - Cassini Grand Paris)

L'histoire par les cartes : les photographies de la Commission du Vieux Paris

Une cartographie historique du Paris populaire de 1830 à 1980

Le projet JADIS pour ajouter des données sur des cartes historiques géolocalisées. L'exemple des plans de Paris (1760-1949)