Travailler sur le marketing territorial en géographie dans une perspective d'éducation aux médias et à l'information


« Le marketing territorial désigne la manière dont les pouvoirs publics utilisent les techniques de la publicité et de la communication, issues du monde de l'entreprise, pour promouvoir leurs territoires » (définition du site Géoconfluences). Bien qu'il ne s'agisse pas d'un phénomène nouveau, le marketing territorial se développe aujourd'hui dans un contexte de concurrence accrue entre les territoires.

Le territoire n'est pas un "produit" commercial comme les autres, il comporte de multiples facettes et ses représentations diffèrent beaucoup d'un acteur à l'autre. Il fait l'objet de formes de "marketing" de manière à développer son image de marque ("brand"), de la part d'acteurs publics ou privés qui visent à en faire ressortir les avantages comparatifs.

Carte des marques territoriales en 2019 (Blog Marketing territorial)



Les collectivités rivalisent d'imagination pour attirer de nouvelles populations. Qualité de vie, gastronomie, patrimoine : les régions françaises mettent en avant leurs atouts avec des stratégies de marketing territorial ciblées. C'est le cas également des vieilles villes industrielles qui souhaitent se construire une nouvelle image, soit en rompant complètement avec leur passé, soit en se réinventant à partir de leur ancien patrimoine industriel (lire l'article d'Aurore Caignet, "Une analyse des images touristiques de Bradford et Manchester").

L’identité territoriale ne se décrète pas car elle émane des individus qui consomment et s’approprient le territoire. Le territoire est alors entendu comme un espace vécu du fait de sa dimension symbolique et idéelle (Di Méo, 1998 ; 2009). L'identité territoriale se construit à partir d'un tissu de relations souvent antérieures (Alaux & al. 2015). Ces techniques marketing se traduisent concrètement par l’usage d'images, de labels, d’affiches publicitaires, de logos, de slogans (Vignau et Grondeau, 2018). Ces politiques de l’image, en visant un public externe au territoire (leaders d’opinion, entreprises, touristes...) essaient de séduire un secteur économique et touristique de plus en plus mobile. Mais les résultats escomptés restent parfois limités faute de distinguer les différentes sources et les idéologies territoriales sous-jacentes et d'identifier les publics ciblés qui reçoivent ces images différemment selon qu'ils sont extérieurs ou non au territoire concerné (Houllier-Guibert, 2011).

Mais les logos et les symboles sont souvent pauvres. Face au BRAND territorial est un ouvrage réalisé par un collectif d’étudiant.e.s de l’EnsadLab (laboratoire de recherche de l’École nationale des arts supérieurs décoratifs) de Paris qui dénonce la pauvreté des images de territoires qui serait en lien avec une misère politique (lire le CR de Françoise Bahoken sur le site Néocarto). L’informatisation de la société a en effet conduit au succès de nouveaux modes de représentation de l’espace géographique. Leur diffusion avant tout en ligne a indéniablement contribué à populariser une image cartographique numérique, proposée sur différents supports.



Travailler sur le marketing territorial permet d'aborder les acteurs et leurs représentations en géographie. C'est également l'occasion de mettre en oeuvre une démarche critique dans le cadre de  l'Education aux médias et à l'information (EMI). La plupart des territoires ont en effet une existence institutionnelle sur Internet ainsi que divers groupes sur Facebook, Twitter et d'autres réseaux sociaux. L'ensemble contribue à leur donner une dimension à la fois géographique et symbolique. Voici quelques pistes pédagogiques pour mettre en oeuvre cette démarche critique.

Pistes pédagogiques :

Exercer son esprit critique face au marketing territorial. S'informer dans le monde numérique. TRAAM Histoire-Géographie 2017 (Académie de Lyon).

Etudier les caractéristiques des espaces ruraux à travers le marketing territorial (Académie de Toulouse).

Le branding territorial : de la marque de territoire au territoire de marque (Académie de Versailles).


Références :

Proulx, M. & Tremblay, D. (2006). Marketing territorial et positionnement mondial : Global positioning of the peripheries with territorial marketing. Géographie, économie, société, vol. 8(2), 239-256. http://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2006-2-page-239.htm

Alaux, C., Serval, S. & Zeller, C. (2015). Le marketing territorial des Petits et Moyens Territoires : identité, image et relations. Gestion et management public, volume 4 / 2(4), 61-78. 

Baur R. et Thiéry S. (dir.), 2013, Face au BRAND territorial. Sur la misère symbolique des systèmes de représentation des collectivités locales, Lars Muller Publishers. Lire le CR de Françoise Bahoken sur le site Néocarto.

Vignau M., Grondeau A. (2018). Marketing territorial et politique de labélisation culturelle : entre transformations socio-urbaines et contestations, l’exemple de Marseille-Provence 2013 “capitale européenne de la culture”. CIST2018 - Représenter les territoires.
http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01854362/document

Houllier-Guibert, C. (2011). La fabrication de l'image officielle de la ville pour un rayonnement européen : gouvernance, idéologies, coopération territoriale et rayonnement. Cahiers de géographie du Québec, 55 (154), 7–35.
http://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2011-v55-n154-cgq5004070/1006321ar/

Barabel, M., Mayol, S. & Meier, O. (2010). Les médias sociaux au service du marketing territorial : une approche exploratoire. Management & Avenir, 32(2), 233-253. http://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2010-2-page-233.htm

Bernadou D. (2017). « Construire l’image touristique d’une région à travers les réseaux sociaux : le cas de l’Émilie-Romagne en Italie », Cybergeo : European Journal of Geography http://journals.openedition.org/cybergeo/28481

Marketing territorial, revue en ligne visant la transdisciplinarité (fondée en 2018) :
http://publis-shs.univ-rouen.fr/rmt/index.php?id=128

Le Brand territorial, conférence au centre Pompidou, en présence de Michel Pastoureau (2014) :
http://www.centrepompidou.fr/


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Une cartographie du niveau de pollution de l'air à Paris


A la veille de la journée mondiale de la qualité de l'air, la maire de Paris Anne Hidalgo a présenté mardi 17 septembre 2019 un nouvel outil, qui va permettre aux Parisiens de connaître de façon plus précise et plus simple la qualité de l’air qu’ils respirent au quotidien.

État de la qualité de l'air à Paris :
http://capgeo.sig.paris.fr/Apps/QualiteAirParis/

Les données sont issues d'Airparif, l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, et du système Pollutrack : un dispositif lancé il y a près de deux ans par Airparif, PlanetWatch24, Enedis et la Fondation du Souffle, qui s'appuie sur quelque 400 véhicules – munis de capteurs – en circulation dans les rues de la capitale. A terme, les mesures recueillies grâce aux mini-stations Bloomberg, installés dans 50 établissements scolaires parisiens, pourront de la même manière être utilisées pour confectionner la cartographie en ligne de la Ville. Ces données récoltées permettent de connaître les niveaux des différents polluants réglementés : les particules fines PM 10 (de diamètre inférieur à 10 micromètres, µm) et PM 2,5 (inférieures à 2,5 µm), dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone (O3).



La carte offre une photographie quasi en temps de l’état de la pollution à travers un code couleur assez simple : vert (très faible), jaune (moyen), rouge (très élevé). Les données sont actualisées chaque heure avec une précision de 12,5 mètres. L’interface permet de zoomer au niveau de chaque rue et de constater que les niveaux de pollution oscillent d’un point à un autre et virent au orange ou au rouge plus on se rapproche des grands axes routiers, en particulier du périphérique.

En complément, le site officiel de la Mairie de Paris publie des ressources qui montrent que la qualité de l'air s'est améliorée à Paris depuis 1990, notamment en ce qui concerne le dioxyde d'azote (NO2). Mais "la mobilisation doit continuer".


Les "hotspots" représentent les zones de 100m * 100m pour lesquelles les relevés signalent un niveau de PM2,5 au-dessus de la moyenne de la Ville. Du orange clair, plus de 60% du temps, au rouge, en permanence.


La Mairie de Paris a voulu élaborer un outil cartographique simple et accessible au grand public, destinéssurtout pour connaître le niveau de particules fines. Paris n'est pas la seule grande capitale européenne touchée par des problèmes de pollution (voir par exemple le cas de Bruxelles qui suscite l'inquiétude).

L'association Airparif publie beaucoup de données et de cartes sur l'état de l'air à Paris.

Voir la page de téléchargement d'Airparif :
http://www.airparif.asso.fr/telechargement/telechargement-station

Voir également le système de prévisions Esmeralda :
http://www.esmeralda-web.fr/?rubrique=esmeralda&article=index





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Carte des événements des Journées européennes du patrimoine en France (2019)


La société Koumoul propose une carte pour localiser plus facilement les événements organisés dans le cadre des Journées européennes du patrimoine en France les 21 et 22 septembre 2019 (JEP 2019).

Recherchez ou zoomez sur votre région pour découvrir les événements disponibles proches de chez vous. Les icônes et leur couleur permettent de savoir plus rapidement si les événements sont gratuits ou payants, ou si il nécessitent une inscription préalable. Il peut y avoir plusieurs événements sur une même icône, il est alors possible de les consulter dans les différents onglets proposés en popup.

Les événements dans les DOM-TOM sont également présents, on peut les consulter en dézoomant puis en repositionnant la carte.
 


Les données sont disponibles en opendata sur la plateforme Koumoul ainsi que sur le site du Ministère de la Culture et sur celui de Data.gouv.fr (utiliser ce dernier pour télécharger les données au format csv, geojson ou shp.


Une cartographie de l'absentéisme dans les écoles aux Etats-Unis : pour qui ? pour quoi ?


Signalé par Maps Mania, The Hooky Map of America (14 septembre 2019)

La Brookings Institution, qui est un think tank américain spécialisé dans la recherche et la formation dans le domaine des sciences sociales, a élaboré une carte de l'absentéisme scolaire à l'échelle de l'ensemble des Etats-Unis. Si l'absentéisme est l'un des facteurs susceptibles de nuire aux apprentissages à l'école, on peut s'interroger sur le sens véritable et les finalités d'une telle cartographie.

What are the factors that affect learning at your school ?
http://www.brookings.edu/blog/up-front/2019/09/10/what-are-the-factors-that-affect-learning-at-your-school/

L'absentéisme chronique dans les écoles aux Etats-Unis  (projet Hamilton de Brookings)


L'absentéisme chronique survient lorsqu'un élève manque au moins 15 jours par an. Sur la carte figurent en rouge les écoles présentant le pourcentage le plus élevé d'absentéisme chronique et en jaune celles qui en ont le moins. Les chiffres datent de 2015-16, mais les seuils utilisés ne sont pas indiqués dans la légende. En cliquant sur chaque école individuellement, on peut afficher d'autres indicateurs tels le niveau en mathématiques et en anglais, le ratio élèves / enseignant ou encore le taux de présence des enseignants (part des enseignants équivalents temps plein absents plus de 10 jours par an), ces différents indicateurs étant censés entretenir des corrélations avec la réussite des élèves. Le dégradé de bleus indique "les facteurs communautaires" au sens large. Les zones en bleu clair correspondent aux codes postaux des zones ayant des conditions communautaires plus favorables, les zones en bleu foncé à des conditions moins favorables. Le niveau de "soutien communautaire" est défini par des facteurs tels que la proportion d'enfants vivant dans la pauvreté, le revenu moyen des ménages ou encore le taux d'emploi. 

Un telle cartographie est justifiée de la part de l'institut Brookings par la "volonté d'améliorer l'assiduité et les conditions d'apprentissage". La carte interactive vient à l'appui d'un rapport qui vise à identifier les conditions d’apprentissage susceptibles d’améliorer les expériences scolaires des élèves et du personnel, de réduire l’absentéisme et d’améliorer les résultats scolaires. Ce rapport a été rédigé conjointement par des membres de l'American Institutes for Research et d'Attendance Works, une initiative nationale pour aider les écoles et les communautés à travailler ensemble pour améliorer la réussite des élèves et aider à combler les écarts d'équité en réduisant l'absentéisme chronique.

Using Chronic Absence Data to Improve Conditions for Learning par Hedy N. Chang, David Osher, Mara Schanfield, Jane Sundius et Lauren Bauer (septembre 2019).http://www.attendanceworks.org/using-chronic-absence-data-to-improve-conditions-for-learning/

On peut s'interroger si ce type de cartographie ne contribue pas à ségréger et à stigmatiser les écoles, en fonction de leur contexte socio-économique  ou socio-culturel. La carte reflète surtout le financement local des écoles par le biais des taxes foncières locales qui peuvent varier énormément d'un district scolaire à l'autre : les écoles des zones riches ont plus de chance d'être mieux financées que celles des zones pauvres. Aux États-Unis, le financement des écoles provient en effet d’une combinaison entre trois sources qui se répartissent en moyenne de la manière suivante :  45% de financement d'origine locale, 45% en provenance de l'État et 10% au niveau fédéral.

Pour avoir une idée des inégalités entre les districts scolaires, on peut se référer à une autre carte qui montre combien dépense chaque district scolaire par élève (les chiffres datent de 2013).

Why America's Schools Have A Money Problem ?


 

Dans un système scolaire très libéral et très concurrentiel comme celui des Etats-Unis, ce sont les écoles elles-mêmes qui sont tenues responsables de la réduction de l'absentéisme et qui doivent mettre en place des mesures pour améliorer la fréquentation scolaire. Le projet Hamilton s'inscrit dans le cadre de la loi Every Student Succeeds Act et la décision de 36 États ainsi que de la capitale Washington DC de développer la responsabilisation scolaire. Dans le courant de l'evidence based solutions, il s'agit de demander à chaque école des preuves de l'efficacité de son enseignement-apprentissage, notamment en ce qui concerne la manière dont elle lutte contre l'absentéisme. L'idée de payer les élèves assidus et ponctuels, a d'ailleurs été expérimentée aux États-Unis, deux ans après avoir fait un flop en France en 2009.

Au delà de leur contexte spécifique de production, ces cartes peuvent être utilisées pour l'étude des fractures scolaires aux Etats-Unis.


Pour compléter :

CNESCO, Rapport sur le décrochage scolaire. Focus sur l'absentéisme scolaire en France et à l'étranger.
http://www.cnesco.fr/fr/decrochage-scolaire/facteurs/absenteisme/

Aux Etats-Unis, les dérives de la criminalisation de l'absentéisme scolaire (Slate)
http://www.slate.fr/story/98795/etats-unis-derives-criminalisation-absenteisme-scolaire

États-Unis : une cagnotte contre l'absentéisme scolaire (Le Figaro)
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/02/16/01016-20120216ARTFIG00403-etats-unis-une-cagnotte-contre-l-absenteisme-scolaire.php

Lutte contre le décrochage scolaire : faut-il s'inspirer des Etats-Unis ? (La Tribune)
http://www.latribune.fr/blogs/la-tribune-des-expats/20130614trib000770362/lutte-contre-le-decrochage-scolaire-faut-il-s-inspirer-des-etats-unis-.html

How the nation’s growing racial diversity is changing our schools 
http://www.washingtonpost.com/graphics/2019/local/school-diversity-data/

A l'heure où la composition raciale est en train de changer dans les districts scolaires des Etats-Unis, le Washington Post a cherché à mesurer la diversité et l’intégration scolaire à l’aide de données de 1995 et de 2017. Les données sont issues du National Center for Education Statistics.


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Une série de cartogrammes sur l'évolution des jeunes par départements en France (2000-2019) par WeDoData


Comme chaque année, l'Insee estime la population des régions et des départements (France métropolitaine et DOM) à la date du 1ᵉʳ janvier. Ces estimations annuelles de population sont déclinées par sexe et par âge (quinquennal, classes d'âge). La dernière parution permet d'étudier l'évolution démographique sur la période 1975-2019. 

Estimation de la population au 1ᵉʳ janvier 2019 - Séries par région, département, sexe et âge de 1975 à 2019 (Insse) : http://www.insee.fr/fr/statistiques/1893198

L'équipe de cartographes et de data visualiseurs de WeDoData a eu l'idée de reprendre une partie de ces données (celles concernant les jeunes de 2000 à 2019) et d'élaborer une cartographie originale  : http://wedodata.fr/made-cartograme-demographie.php



La série de cartogrammes s'appuie sur un découpage de la France en carrés et permet de montrer l’évolution des 96 départements de métropole en un seul coup d’œil.


L’avantage de cette visualisation est de permettre au lecteur de se replacer simultanément dans le temps et dans l’espace. Elle permet également de rendre visible une tendance générale (l’évolution du nombre de jeunes en France) sans sacrifier un niveau de détail supplémentaire (l’évolution du nombre de jeunes par département en France). Le résultat est sûrement perfectible, mais a le mérite d'ouvrir la voie à un mélange entre cartographie thématique et data visualisation.

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La carte, objet éminemment politique : Nétanyahou menace d'annexer un tiers de la Cisjordanie s'il est réélu


Le 10 septembre 2019, Benjamin Nétanyahou a exhibé une carte de la vallée du Jourdain pour annoncer qu'il promettait d'annexer un tiers de la Cisjordanie s'il était réélu (zone en bleu sur la carte).  A une semaine des élections législatives, cette annonce est surtout motivée pour des raisons électorales et destinée à s'assurer les voix des colons. Sur la carte, on voit que la ville palestinienne de Jéricho (en marron) serait ainsi réduite à une enclave coupée des territoires palestiniens. Cette perspective mettrait fin à la cohabitation entre les deux Etats, un État palestinien viable et indépendant n'étant de fait plus possible si les Israéliens devaient récupérer ces territoires de la vallée du Jourdain.



Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est coutumier de cet usage très politique des cartes. En mai 2019, il avait déjà présenté une carte d'Israël avec l'annexion du plateau du Golan officiellement reconnue par les États-Unis, avec la signature de Donald Trump et le commentaire "Nice"  ajoutés sur la carte. Concernant la possible annexion de la vallée du Jourdain, il a laissé entendre qu'il avait à nouveau l'accord de Washington, mais pour l'instant Donald Trump ne s'est pas manifesté.


La réaction palestinienne ne s’est pas fait attendre. Du côté de Ramallah, Saeb Erekat, vétéran des négociations de paix, a averti qu’un tel développement « enterrerait » tout espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens et prolongerait le conflit d’un siècle.

La Société académique palestinienne pour l'étude des affaires internationales (PASSIA), qui regroupe des universitaires et des intellectuels palestiniens et se déclare affiliée à aucun parti ni gouvernement, a élaboré une carte détaillée qui montre les enjeux de la vallée du Jourdain.

L’annexion israélienne de la vallée du Jourdain (PASSIA) :
http://www.passia.org/maps/view/74


La vallée du Jourdain couvre 2 400 km2, soit 28,5% du territoire total de la Cisjordanie. Elle s'étend de la Mer Morte au sud à Bisan au nord, non loin de la frontière avec la Jordanie. Entièrement au-dessous du niveau de la mer, elle est la région la plus fertile et la plus riche en ressources de la Cisjordanie, avec des réserves de terres importantes. Elle est connue pour son climat chaud, la richesse de ses productions agricoles, ses ressources en eau abondantes et son activité touristique avec plus de 80 sites historiques et culturels. Depuis le début de l'occupation israélienne en 1967, les gouvernements israéliens successifs ont pris des mesures qui ont conduit à une annexion de fait de ce ce territoire.

En violation des principes fondamentaux du droit international humanitaire et des droits de l'homme, les Palestiniens ne peuvent pas développer leurs communautés, leurs maisons sont systématiquement détruites, l'accès à l'eau leur est refusé et leur liberté de mouvement est sévèrement restreinte. Aujourd'hui, il y a 30 colonies de peuplement israéliennes et neuf avant-postes illégaux dans la vallée du Jourdain, avec une population de colons d'environ 11 000 personnes. En outre, environ 20% des terres de la vallée du Jourdain ont été déclarées réserves naturelles (seules quatre sont ouvertes au public) et Israël a instauré un régime de permis et de restrictions sévères à la circulation des Palestiniens. Les Palestiniens qui ne résident pas dans la vallée du Jourdain ne sont pas autorisés à entrer dans la région. Environ 46% des terres de la vallée du Jourdain sont déclarées zones militaires fermées dans lesquelles les communautés palestiniennes ont reçu l'ordre de partir. Conséquence de cette politique : la population palestinienne dans la vallée du Jourdain est passée de 320 000 personnes en 1967 à 56 000 personnes en 2011. Environ 54% du territoire de la vallée du Jourdain est actuellement déclaré « terre d'État » et utilisée à des fins militaires, 22% zone de conservation et 15,5% pour des projets de colonisation et d’infrastructure israéliennes.

Pour Peace Now, qui milite depuis 1978 pour une solution pacifique entre les deux Etats, c'est la première fois dans l'histoire qu'un Premier ministre israélien présente une carte affirmant qu'aucun État palestinien ne peut exister en dehors d'Israël. Peace Now considère qu'il s'agit d'une "situation d'apartheid" et diffuse cette affiche de contre-cartographie en réponse à la carte présentée par Netanyahou : http://peacenow.org.il/en/data-on-netanyahus-jordan-valley-annexation-map

 


Peace Now a examiné la carte présentée par Netanyahou pour l'annexion de la région de la vallée du Jourdain et de la mer Morte septentrionale et s'est livré à une analyse assez détaillée, notamment en ce qui concerne la répartition des communautés juives et palestiniennes entre les zones A, B et C. Pour télécharger la liste complète des communautés palestiniennes, des colonies de peuplement et des avant-postes, cliquer sur ce lien.

A titre de comparaison, voici deux cartes qui permettent de comparer la situation en 1967 suite à la Guerre des Six jours aboutissant à la mise en place des "territoires occupés" et aujourd'hui avec le grignotage progressif de la Cisjordanie mais aussi l'annexion du Golan par les Israéliens :





Pour le détail des modifications territoriales, voir la série de cartes du Monde diplomatique :
http://blog.mondediplo.net/2011-09-13-Un-Etat-palestinien-mais-lequel

Pour compléter :

Un rapport "Ségrégation cartographique : Google Maps et les droits de l'homme des Palestiniens", publié le 18 septembre 2018, dénonce la façon dont Google Maps cartographie les territoires palestiniens occupés. Dans Google Street View, la plus grande partie d’Israël est visible tandis que dans les territoires occupés notamment à Gaza, seuls quelques lieux sont signalés par des photos. Les points de contrôle ne figurent pas non plus sur Google Maps, donnant une image assez peu représentative des difficultés réelles de circulation dans ces territoires.



En Cisjordanie, les seuls endroits disponibles dans Street View sont les colonies israéliennes, à l'exception des villes palestiniennes de Jéricho, Bethléem et Ramallah. À Jérusalem, la plupart des quartiers palestiniens sont laissés de côté alors que la vieille ville de Jérusalem-Est, annexée illégalement, est disponible. D’après l’ONG 7amleh, l’application de géolocalisation du géant Google « n'inclut pas le terme de recherche ''Palestine'' et assez peu les noms des zones palestiniennes non reconnues par Israël, alors qu'elle inclut les noms et les territoires des colonies israéliennes illégales". 


Les pays dans le monde qui reconnaissent Israël, la Palestine ou les deux :


 
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Renommer les stations de métro avec des noms de femmes célèbres


Les noms de stations de métro, comme les noms de rues, portent encore en majorité des noms de personnages masculins. A Paris par exemple, la parité n'est pas du tout respectée. Sur les 303 stations que compte le métro parisien, seules deux portent le nom de femmes célèbres : Louise Michel et Pierre-et-Marie-Curie.

Plusieurs initiatives se font jour pour rebaptiser les stations de métro avec des noms de femmes célèbres ou moins connues. 

Avec Métroféminin, l'artiste Silvia Radelli a choisi de remplacer, sur le plan de Paris, 100 noms de stations par ceux de femmes qui ont marqué l'Histoire : de Simone Weil à Hannah Arendt en passant par Edith Piaf et Frida Kahlo. On y découvre également des petits clins d'oeils plus ou moins pertinents : Nefertiti prend ainsi la place de Pyramide, Franklin Roosvelt est remplacé par Eleanor, sa femme, et enfin Lady Di se retrouve à Alma Marceau.

Voir la carte de Silvia Radelli sur le site Kombini
http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/metro-paris-femmes-carte/



A New York, on retrouve la même initiative avec la carte City of Women créée par Rebecca Solnit et Joshua Jelly-Schapiro et publiée dans l'ouvrage Non stop Metropolis. Une nouvelle version City of Women 2.0 va être révélée lors d'une exposition au New York Transit Museum en septembre 2019.



La carte comporte plus de 80 nouveaux noms féminins sur les 424 stations du métro new yorkais. Elle indique des sites où des femmes célèbres telles Billie Jean King, Pat Benatar, Nora Ephron et Willa Cather "vivaient, travaillaient, concourraient, allaient à l’école, dansaient, peignaient, écrivaient, se rebellaient, s'organisaient, philosophaient, enseignaient..."

La carte a pour but de faire connaître la place importante des femmes dans la culture new yorkaise. Elle figure actuellement dans l’exposition Navigating New York du New York Transit Museum :
http://www.nytransitmuseum.org/program/cityofwomen2-0/


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Les types de voies à Paris aujourd'hui et hier


Cette carte interactive proposée par Dataveyes permet de découvrir la trame des rues à Paris :
http://paris.dataveyes.com/

 

L'entreprise Dataveyes, qui a réalisé cette belle data visualisation, vous propose de suivre le guide en déroulant ce fil Twitter  :

Paris compte 3 422 rues, 357 avenues et 115 boulevards, sans compter les nombreux passages. On dénombre par ailleurs 549 places. Les quais, les ponts, les squares et les promenades sont indiqués (mais pas les jardins). Sur la carte, les voies publiques sont colorées en rose et les voies privées en rouge.

Lorsqu'on sélectionne un type de voie dans le menu de la carte, on a la possibilité d'accéder à une fiche explicative. Par exemple pour les places, la notice est la suivante :

"À Paris, les places font partie des premières réalisations d’urbanisme. Elles sont conçues pour composer un paysage, mettre en valeur un monument, constituer une perspective ou un décor."


"Les premières places, « Royale » (aujourd'hui « des Vosges ») et « Dauphine » sont créées par Henri IV au début du XVIIe siècle. C’est alors une grande nouveauté dans un Paris encore médiéval, où l’unique place ainsi nommée était la place dite « de Grève » ou « de l’Hôtel-de-Ville », où étaient données les exécutions capitales. Pour autant, d’autres importants carrefours, hérités du Moyen Age, tenaient lieu de place, et possédaient d’ailleurs une potence, une estrapade ou un pilori, et ce jusqu’au XVIe siècle. Mais c’est l’institution de réelles places par Henri IV qui en fera un lieu de rencontre, de distractions ou de flânerie, et non plus de supplice. Les rues qui mènent à ces places participent alors à leur mise en valeur (source : « Le tracé des rues de Paris », Bernard Rouleau, 1988)."

De nombreuses places parisiennes sont connectées à des avenues. C'est le cas de la célèbre place Charles de Gaulle, où se trouve l'Arc de Triomphe, point de départ de 12 avenues différentes. La plupart des avenues parisiennes se situent à l'ouest de la ville où des quartiers prestigieux se sont développés dans la seconde moitié du 18ème siècle.


Pour accéder à des données SIG 

  • Le site Paris Data fournit la dénomination des rues actuelles avec leur filiation ainsi que de nombreux autres jeux de données sur l'espace public, le logement, l'urbanisme : http://opendata.paris.fr/explore/?q=voies
  • ALPAGE (AnaLyse diachronique de l'espace urbain PArisien : approche Géomatique) est une plateforme d’information géohistorique sur Paris : http://alpage.huma-num.fr/fr/
    Coordonnés par Hélène Noizet, des historiens, géomaticiens et informaticiens ont posé les bases d’un système d’information géographique (SIG) sur l’espace parisien pré-industriel. Les données spatiales de référence, construites pour le début du XIXe siècle et pour la période médiévale, ont été mises en ligne dans une plateforme cartographique accessible à tous :
    http://mapd.sig.huma-num.fr/alpage_public/flash/
    Pour télécharger les données SIG sur le site d'ALAPAGE :
    http://alpage.huma-num.fr/donnees-sig/

Pour accéder à des cartes et plans anciens
  • Cartes anciennes de Paris et de l'Île-de-France
    Une sélection de cartes anciennes sur le site de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Île-de-France (IAURIF).
    http://www.iau-idf.fr/cartes-anciennes.html
  • Cartoviz
    C'est l'outil de cartographie en ligne de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France (IAURIF). Beaucoup de jeux de données sont disponibles avec notamment des portraits de territoire. A compléter par les cartes en haute résolution à télécharger dans la cartothèque du site.
    http://cartoviz.iau-idf.fr/
  • Atlas de Paris et de la région parisienne (1967)
    Cet atlas élaboré en 1967 sous la direction de Jacqueline Beaujeu-Garnier et Jean Bastié comporte notamment un plan des rues de Paris avec leur époque de création. S'il est compliqué de dater précisément l'apparition d'une voie (elle peut s'étendre, rétrécir, se modifier ou même changer de nom), ce plan permet de les classer par périodes assez larges.
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550096773/f14.item.zoom
  •   Plan de Paris vélocipédique (1893) : à  consulter sur le site de Gallica


Liens ajoutés le 16 septembre 2019

Data Stuff a créé une série de cartes sur des villes américaines de manière à distinguer par un code couleur les voies appelées « avenue », « boulevard », « rue », « route », etc. La plupart des villes américaines ont des rues et des avenues se coupant à la perpendiculaire (le terme de "road" est plus rare) : http://erdavis.com/2019/07/27/the-beautiful-hidden-logic-of-cities/

Voir également cette étude sur les suffixes à l'échelle des noms de routes sur l'ensemble du territoire américain : http://erdavis.com/2019/01/26/road-suffixes-in-the-usa/

L'orientation des réseaux de rues dans quelques grandes villes mondiales :
http://geoffboeing.com/2019/09/urban-street-network-orientation/



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