Cartographier les dommages subis par les populations civiles en Ukraine (Bellingcat)


Le site de journalisme d'investigation @Bellingcat propose une carte interactive documentant jour par jour les dommages causés aux civils en Ukraine. Le site recense les zones civiles frappées par des roquettes ou des missiles, la destruction d'infrastructures ainsi que les populations civiles blessées ou tuées. Cette base de données a commencé à être collectée dès le début de la guerre le 24 février 2022 et continue à être mise à jour au fur et à mesure du conflit. Il s'agit d'un travail remarquable quant à la collecte et à la vérification des données mises à disposition. 


Cartographie des dommages civils en Ukraine (ukraine.bellingcat.com)


Bellingcat et les membres de son Global Authentication Project ont enregistré et cartographié les incidents sur une time-map interactive. Chaque point sur la carte représente un incident concernant des dommages ou préjudices subis par des civils avec la localisation précise de l'incident. En cliquant sur un point, on accède à des informations sur l'incident, comprenant souvent un ou plusieurs liens intégrés vers des séquences ou des images illustrant ce qui s'est passé. On peut zoomer sur des lieux spécifiques et filtrer par types de faits. Comme par exemple le siège de Marioupol et son théâtre utilisé comme abri pour les civils (mais malheureusement bombardé).


Grâce à la timeline, on peut remonter à des événements anciens que l'on peut afficher par jour, par semaine ou par mois .Les journalistes et citoyens bénévoles ne cherchent pas à collecter tous les incidents mais garantissent n'indiquer que les faits dont les emplacements ont été identifiés et vérifiés (voir la méthodologie et le code éthique suivi par Bellingcat). Cette association ne cherche pas à « avancer des hypothèses sur le nombre  de victimes ou sur les parts de responsabilité dans le conflit, car ces facteurs sont difficiles à déterminer avec certitude à partir d'images et de documents visuels ».

Le site ukraine.bellingcat.com peut constituer « une ressource importante pour les recherches et enquêtes futures et un premier pas vers la responsabilité des crimes de guerre »  concernant les dommages matériels et les pertes humaines subies par les populations civiles.

cette carte montrant les dommages civils en Ukraine pour lesquels il existe des preuves en ligne, sur la base des données et de la carte originale de 

A partir des données rassemblées par Bellingcat, lya Boyandin (@ilyabo) a réalisé une cartographie animée consultable sur  ukraine-civilian-harm.vercel.app/.

Prolongements

Le site Cen4infoRes propose également une cartographie avec vérifications. Il s'agit d'une démarche participative pour cartographier, documenter et vérifier les informations afin de fournir des données fiables pour les décideurs politiques et les journalistes. Cette cartographie est tenue à jour par le Center For Information Resilience (@Cen4infoRes) dans le cadre d'un effort plus large pour lutter contre la désinformation et promouvoir des informations transparentes et vérifiées.

Le contenu est enregistré dans une base de données centralisée où le matériel est archivé pour une utilisation future par des chercheurs, des journalistes ou des autorités judiciaires ou administratives. 
Les épingles sur la carte représentent des incidents ou événements relatés à travers des vidéos, photos ou images satellites et ont fait l'objet d'une vérification pour identifier où et quand elles ont été prises. Le contenu est également marqué d'un niveau de violence concernant les images. Certaines des épingles sur cette carte peuvent avoir des emplacements aléatoires dans un rayon de 150 m pour assurer la sécurité de ceux qui ont produit le contenu. Les marqueurs verts indiquent le mouvement et l'accumulation de ressources militaires. Les marqueurs jaunes indiquent d'autres images. Les marqueurs orange indiquent des preuves de coups de feu, de bombardements, de bombardements ou d'explosions. Les marqueurs rouges indiquent les pertes civiles, les dommages aux infrastructures et les pertes militaires.


Guerre en Ukraine : comment dresser un bilan humain ? Comme le rappelle le HCR, il est très difficile de connaître exactement le nombre de civils tués ou blessés du fait des difficultés d’accès au terrain. Les chiffres données par les hôpitaux ne sont pas suffisants, certains corps étant enterrés directement dans des fosses communes. Il est probable que le nombre de civils tués en Ukraine est bien plus élevé que ce qui est rapporté (voir ce fil Twitter).

Le site oryxspioenkop.com dresse une liste détaillée des véhicules et équipements militaires détruits et capturés des deux côtés. Cette liste est régulièrement mise à jour.

Le site Mapaction soutient l'aide humanitaire en Ukraine et fournit des jeux de donnés pour organiser les interventions dans le pays.

L'Observatoire des conflits analyse et conserve les informations accessibles au public, y compris les images satellites et les informations partagées via les médias sociaux, conformément aux normes juridiques internationales à utiliser dans les mécanismes de responsabilisation actuels et futurs. Il s'agit d'une nouvelle collaboration avec Esri, Alcis et Quiet Professionals LLC, et avec la recherche, l'analyse et la documentation fournies par le laboratoire de recherche humanitaire de l'Université de Yale, la Smithsonian Cultural Rescue Initiative et PlanetScape Ai. Au fur et à mesure des recherches, de nouveaux rapports sont publiés sur le site.





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Exposition virtuelle. Figures d’un géographe, Paul Vidal de la Blache (1845-1918)


Paul Vidal de la Blache fut l’un des inventeurs de la géographie du début du XXe siècle et le chef de file de l’école française de géographie. Son parcours et ses travaux font l’objet d’une exposition virtuelle « Figures d’un géographe, Paul Vidal de la Blache (1845-1918) », conçue par l’équipe Epistémologie et histoire de la géographie (EHGO) du laboratoire Géographie-cités.


 
« M. Vidal de la Blache, comme jadis Ritter, a donné la forme cartographique aux idées maîtresses de son enseignement. » (Bertrand Auerbach, 1894)

L'exposition proposée par le laboratoire EHGO propose de discerner plusieurs figures chez Paul Vidal de La Blache : du « Patron » innovateur et chef d’école, à l’acteur-géographe qui accompagne la politique scolaire de la Troisième République, en passant par le géographe moderniste, fasciné sur le tard par le dynamisme du Nouveau Monde et continûment attentif à tout ce qui relie (la circulation, la ville). Cette exposition veut en faire un « passeur de lieux ». Ne pas croire que Vidal-Lablache c'est seulement de la cartographie physique et de la géographie descriptive ! L'exposition montre l'importance des réseaux de communications et des villes ainsi que sa vision géopolitique de la France de l'Est.

La carrière de P. Vidal de la Blache a bénéficié de la remontée de la demande de géographie, depuis l’école élémentaire jusqu’à l’Université, censée former les futurs enseignants et diffuser un message scientifique. L’intérêt qu’il a accordé à l’enseignement ne s’est pas démenti, depuis les premiers travaux qui restent attachés à son nom, la collection des cartes murales Vidal-Lablache éditée par Armand Colin, à partir de 1885, jusqu’à ses conférences pédagogiques pour les élèves de l’ENS dans les années 1910.

Vidal accompagne ses cartes murales d’une série de fascicules pour l’enseignant qui fait de cette collection un instrument pédagogique de grande utilité à l’école primaire comme dans le secondaire et l’enseignement spécial. Nombre d’entre elles préfigurent les planches de son atlas.

Plan de l'exposition virtuelle consultable en ligne :

Prolongements

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L'ampleur inégale de la déforestation en Amazonie en 2021 selon Amazon Conservation


Source  : Finer M, Mamani N, Spore J (2022) Amazon Deforestation Hotspots 2021. MAAP : 153.

Le projet de surveillance de l'Amazonie andine (MAAP) d'Amazon Conservation a révélé dans son rapport qu'environ 1,9 million d'hectares ont été perdus en Amazonie en 2021, principalement au Brésil et en Bolivie. Les données cartographiques mettent en lumière les différentes causes de déforestation dans chaque pays, du fait notamment de l'agriculture, de l'élevage du bétail et de la construction de routes. Le rapport montre surtout que l'ampleur de la déforestation est inégale selon les pays.

Points chauds de déforestation en Amazonie (au 18 septembre 2021). Source : MAAP: 153


Comme le montrent les cartes et graphiques disponibles sur le site, l'évolution est différenciée selon les pays et régions de l'Amazonie. Au Brésil, la déforestation se produit le long des routes principales traversant les États de l'est et du sud-est (Acre, Amazonie, Pará et Rondônia). En Amazonie péruvienne, la plupart des pertes de forêt primaire ne se sont pas produites le long des routes, mais plutôt dans une zone concentrant des colonies mennonites. En Bolivie, les images satellites montrent un schéma de déforestation plus dispersé dans toute la forêt sèche du sud-est de Chiquitano. En Colombie, c'est l'élevage de bétail et l'agriculture de subsistance qui sont, à petite échelle, les principaux moteurs de la déforestation.

On peut noter deux enseignements positifs : 

  • la répression de l'exploitation minière illégale au Pérou 
  • une bande centrale contiguë de la forêt amazonienne qui agit toujours comme un puits de carbone

Accès aux rapports de surveillance de l'Amazonie andine (MAAP) d'Amazon Conservation pour les années 2021 et antérieures.

Lien ajouté le 5 septembre 2022

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Numérisée en haute résolution, la carte médiévale de Fra Mauro peut être explorée en détail


La carte de Fra Mauro date d'environ 1450. Elle est conservée à la Biblioteca nazionale Marciana de Venise, tandis qu’une copie est exposée au musée Galilée de Florence. 

Composée par le moine camaldule Mauro, qui a longtemps vécu et travaillé dans le monastère de l'île de San Michele à Venise, elle peut être considérée comme l'un des documents les plus importants de la cartographie vénitienne de la fin du Moyen Age. Elle contient plus de 2800 indications manuscrites, réparties sur un parchemin de 2,3 mètres par 2,3 mètres. Elle donne à voir les différents lieux du monde tel qu'on se le représentait avant la découverte des Amériques (avec le Sud en haut de la carte). 

Ce planisphère représente le monde autour de la Méditerranée, mais aussi l'océan Indien et surtout la partie australe de l'Afrique, à une époque où aucun Européen ne s'y était encore aventuré. Il est plausible que ces renseignements soient parvenus de Chine en Italie par l'intermédiaire de marchands. Jérusalem est placé au centre de la carte. Le jardin d'Eden en revanche est à l'extérieur du cercle du monde connu (en bas à gauche de la carte).


La carte de Fra Mauro (Wikipedia) à découvrir en haute résolution (Musée Galilée de Florence)


Le laboratoire multimédia du musée Galilée de Florence, qui a procédé à la numérisation complète de ce planisphère médiéval, propose de le découvrir dans son contexte et fournit des explications en trois langues (italien, anglais et chinois).

L'exposition virtuelle du musée Galilée est à découvrir en 4 étapes : 
- Venise à l'époque de Fra Mauro
- La mer et les échanges maritimes 
- Fra Mauro, cosmographe et cartographe
- Sa carte du monde

La bibliothèque virtuelle du musée Galilée donne accès à de nombreux autres documents de l'époque ainsi qu'à des articles et ouvrages scientifiques. L'occasion notamment d'y découvrir de superbes atlas nautiques tels celui d'Andrea Bianco (1436), de Jacopo Zeruldi (1483) ou encore celui d'Angelo Freducci (1556).

L'Université technologique de Nanyang de Singapour propose une version interactive de la carte de Fra Mauro avec un moteur de recherche qui permet de retrouver des lieux précis. On peut les associer à des lieux actuels sur un globe virtuel (du type Google Maps ou OpenStreetMap). La carte décrit avec une très grande précision les royaumes et les provinces, les mers et les rivières, les villes et les monuments, ou encore les routes et voies commerciales, qu’elles soient terrestres ou maritimes. 

La carte de Fra Mauro en version interactive 


L'idée de produire des cartes à partir de récits de voyageurs est bien antérieure à Fra Mauro. L'une des cartes les plus célèbres a été réalisée par Muhammad al-Idrisi, qui a produit en 1154 une carte du monde connu sous le roi Roger II de Sicile (avec également le Sud en haut).

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Rubrique Cartes et atlas historiques


Utiliser des générateurs automatiques de territoires imaginaires


Ce billet vise à recenser des applications en ligne qui permettent de générer facilement des territoires imaginaires. Il s'agit aussi bien de plans de villes historiques que de cartes concernant des villes modernes ou des territoires insulaires. Ces générateurs automatiques sont en général développés par des passionnés de cartographie ou des aficionados de jeux en ligne. Au départ, le but pour les gamers est de gagner du temps dans l'exécution automatique de leurs maps. Ces applications peuvent aussi être utilisées pour ses propres besoins à des fins ludiques. On peut s'en servir à des fins d'apprentissage par exemple pour modéliser ou simuler des espaces urbains en histoire ou en géographie. Leur dimension procédurale qui permet de changer les paramètres et de regénérer la carte à la volée les rend particulièrement efficaces pour personnaliser ses propres productions cartographiques.  


1) Générateur de cités médiévales (Watabou)

Watabou est un générateur de cités médiévales. Il permet de produire des plans urbains de manière aléatoire. Chaque cité a son marché central, son mur d'enceinte, ses rues qui convergent sur le marché et son château avec une muraille.


L'application s'est enrichie de beaucoup d'options : on peut modifier sa ville médiévale en y ajoutant des quartiers, en changeant son orientation, en jouant sur plein d'autres options (couleurs, nomenclature...)


Watabou propose en plus une version 3D 



En outre, Watabou propose un générateur de donjon.



2) City Generator pour des villes modernes

City Generator par Keir (@probabletrain) est autre générateur procédural de plans urbains, mais cette fois selon une trame géométrique (du type ville américaine). On peut choisir entre de nombreux paramètres et utiliser un modèle 3D. La carte est exportable en différents formats pixels ou vectoriels pour intégration ou retouche dans une autre application.





3) Mapgen4 pour fabriquer son île

Mapgen4 est une application en ligne qui permet de dessiner une île, ses contours, ses montagnes, ses rivières au gré de son imagination. L'interface est assez intuitive et permet d'afficher directement le rendu lorsqu'on change les paramètres.




4) Azgaar Fantasy Map Generator

Azgaar Fantasy Map Generator est un générateur aléatoire de territoires imaginaires où chaque ville a sa carte avec ses caractéristiques particulières. Il est possible de zoomer sur une partie du territoire et de modifier les paramètres et les étiquettes de chaque figuré ponctuel.




Inkarnate est une plateforme en ligne qui permet de créer des cartes imaginaires. La version freemium permet de faire quelques réalisations.

Pour d'autres générateurs de mondes imaginaires, il est possible de consulter la rubrique Cartes et atlas imaginaires de ce blog.


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Countryle, un jeu pour acquérir des repères géographiques

 

Si vous avez aimé le jeu géographique Worldle, voici Countryle qui fonctionne un peu dans le même style. Il s'agit de découvrir un pays du monde en six tentatives, avec une nouvelle énigme par jour. 

Au lieu de deviner un pays par sa silhouette et la direction dans laquelle chercher par rapport à la réponse précédente, on a d'autres critères qui sont l'hémisphère, le continent, la température moyenne, le nombre d'habitants. L'utilisateur dispose donc de plus d'indices pour résoudre l'énigme géographique. 


Voici le code couleur pour vos réponses : 

  • En rouge : faux. vous êtes loin d'avoir juste.
  • En orange : les données sont similaires ou proches de celles du pays que vous recherchez.
  • En vert : félicitations, le champ correspond au pays que vous recherchez.

Le sens des flèches (dirigées vers le haut ou vers le bas) indiquent si les données du pays que vous recherchez sont supérieures ou inférieures par rapport au pays que vous avez sélectionné auparavant. 

Comme pour Worldle, on doit réussir avec le moins de tentatives possibles et on peut partager son score sur les réseaux sociaux. Cette approche ludique devrait plaire aux élèves pour leur faire localiser des pays et acquérir des repères géographiques. Mais le jeu n'est pas pour autant interdit aux adultes ! 

Lien ajouté le 31 mars 2022

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L'histoire par les cartes : l'empreinte de la guerre sur les paysages du Vietnam central

 

Source : Footprints of War. Militarized Landscapes in Vietnam (David Andrew Biggs)

L'ouvrage Footprints of War de David Biggs (University of Washington Press, 2018) offre un regard original sur la longue histoire des conflits et des occupations militaires dans le centre du Vietnam. L'auteur intègre des dimensions environnementales à l'histoire militaire et politique plus traditionnelle. Il met en évidence l'impact durable des couches successives d'occupation militaire sur le paysage vietnamien à partir de sources très variées. Celles-ci vont des archives de bibliothèques provinciales vietnamiennes au renseignement aérien américain et à la cartographie SIG. 


La perspective de longue durée fournie dans les premiers chapitres de cet ouvrage aide les lecteurs à replacer les opérations militaires françaises et américaines les plus connues dans la longue histoire des conflits et des occupations dans le centre du Vietnam, en se concentrant sur ce qui est aujourd'hui la ville moderne de Huế. David Biggs montre de manière convaincante comment l'adaptation vietnamienne de la technologie de la poudre à canon de la Chine des Ming et les tactiques portugaises ultérieures ont permis des incursions militaires dans les territoires du Vietnam central dès les années 1400. Entrant dans l'ère moderne, l'examen par l'auteur du centre du Vietnam du point de vue de l'histoire environnementale et locale constitue une contribution très utile à l'historiographie déjà existante concernant la guerre d'Indochine et la guerre du Vietnam (lire ce CR en anglais de l'ouvrage).

« Nous savons tous maintenant que le Vietnam est un pays et pas une guerre. Mais comment des décennies, voire des siècles de guerre ont-elles eu un impact sur ce territoire d'Asie du Sud-Est ? Le professeur David A. Biggs de l'Université de Californie est spécialisé dans l'histoire environnementale vietnamienne. Dans Footprints of War : Militarized Landscapes of Vietnam (University of Washington Press, 2018), il examine les impacts de la guerre dans la région autour de Hue, dans le centre du Vietnam. En utilisant une méthodologie de pointe tirées des SIG, de la photographie aérienne et de documents d'archives plus traditionnels, Biggs montre les héritages de la guerre dans le sol, l'eau et les forêts tropicales du Vietnam » (interview de l'auteur).

L'ouvrage Footprints of War, désormais disponible en open access, est téléchargeable par chapitres en PDF.  

Sur son blog, David Biggs met à disposition des données cartographiques ayant servi à ses analyses : cartes de Hué et d'Annam en haute résolution et éléments sur l'expédition du géographe français Dutreuil de Rhins au XIXe siècle. Celui-ci a réalisé en 1879 une carte de l'Indochine (disponible sur Gallica).


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Environnement et justice dans les paysages anthropisés. Une expo virtuelle du Leventhal Center


« More or Less in Common : Environment and Justice in the Human Landscape »  (Leventhal Center

L'exposition  « Plus ou moins en commun : Environnement et justice dans les paysages anthropisés » aborde  les questions de la justice sociale et de l'injustice tels qu'on peut les analyser dans le paysage. « Ces questions doivent être au centre de notre attention du fait que nous nous mettons au défi de construire des environnements meilleurs et plus sains à l'avenir. A travers de cartes, de photographies, d'images et de visualisations de données, cette exposition nous invite à nous confronter à des histoires sur la façon dont les conditions environnementales ont parfois servi à aggraver les inégalités selon des lignes de fracture sociale. Dans le même temps, notre environnement commun offre la possibilité de rassembler les gens au-delà des différences et fournit l'inspiration pour forger de nouveaux types d'actions communes. »



Alors que le quartier de Back Bay était destiné à créer de nouveaux terrains, les habitants de Boston au XIXe siècle ont été contraints de prendre en compte les données de la géographie physique qui reliaient la terre et l'eau. Le bassin versant du Stony Brook, représenté en bleu sur cette carte des années 1860, traversait plusieurs quartiers urbains alors indépendants, soulevant des questions sur ce qui se passe lorsque les frontières sociales et écologiques se chevauchent.

L'environnement est-il une chose que nous avons tous en commun ? Quels types d'images vous viennent à l'esprit lorsque vous pensez à l'environnement ? Des arbres, de l'eau, des paysages verts et des vues panoramiques ? Mais qu'en est-il des personnes, des communautés, des logements, des routes, des quartiers, des villes, des écoles et des usines ? Tous ces éléments font également partie de l'environnement. Et les questions environnementales ne peuvent être placées dans une catégorie distincte des questions sociales. Les êtres humains et le monde naturel sont profondément liés, par le passé, le présent et l'avenir.

L'exposition visible sur place ou de manière virtuelle s'organise autour de plusieurs entrées thématiques :

En outre sont proposées trois études de cas témoignant du croisement entre questions sociales et environnementales : 


Exploration des cartes et des images présentées dans l'exposition.

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Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

 


Carte des gisements d'uranium connus dans le monde (AIEA)


Source : L’AIEA dévoile une carte unique en son genre des réserves mondiales d’uranium (2018)

L’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a mis en ligne une carte très complète sur la répartition de l’uranium et de ses gisements dans le monde. Cette 2e édition montre la répartition mondiale par types de gisements d’uranium en 2018. 


« L’objectif était d’élaborer une carte complexe mais très facile à utiliser », explique Martin Fairclough, l’un des concepteurs de la carte, spécialiste de la production d’uranium à l’AIEA. La carte a été créée pour différents usages, notamment pour la gestion des ressources et des stocks d’uranium, la recherche géoscientifique, ou encore la promotion de la découverte et de l’exploitation de gisements d’uranium. Elle fournit également des données utiles à la mise en œuvre de programmes électronucléaires dans le monde.

La carte se fonde sur des informations provenant de la base de données de l’AIEA sur la Répartition mondiale des gisements d’uranium (UDEPO), reprises dans les documents Geological Classification of Uranium deposits and Description of Selected Examples et UDEPO 2016 edition de l’AIEA (disponibles en anglais). L’UDEPO est continuellement mise à jour et contient des informations techniques ainsi que des données géologiques détaillées sur plusieurs régions, territoires et gisements. Les deux documents susmentionnés, qui complètent la carte, peuvent être téléchargés.

Depuis la publication de la première édition de la carte en 1995, le nombre de supports et la diversité des informations disponibles dans le monde ont considérablement augmenté, et des progrès ont été accomplis en ce qui concerne la compréhension des gisements d’uranium. La première édition recensait 582 gisements d’uranium dans le monde ; cette dernière édition en dénombre 2831.

Les gisements d’uranium sont classés en 15 catégories différentes, qui contiennent également des sous-catégories. Ces catégories sont représentées par des symboles divers dont la taille est proportionnelle à celle du gisement. Par exemple, une étoile représente tous les gisements de type volcanique, la couleur de l’étoile indique la sous-catégorie et sa taille est proportionnelle à celle du gisement, déterminée en tonnes d’uranium. Ainsi, une étoile verte représente un gisement volcano-sédimentaire, et plus elle est grande, plus le gisement est important.

Les fonctionnalités spéciales de la carte permettent aux utilisateurs d’organiser et de personnaliser toutes ces données. Ceux-ci peuvent dévoiler ou masquer les couches en les faisant apparaître ou disparaître. Par exemple, ils peuvent choisir d’afficher un seul type de gisements d’uranium en dissimulant les 14 autres et imprimer ensuite une version de la carte indiquant les données précises qu’ils recherchent. L’avantage réside dans le fait qu’un seul produit, la carte, réunit une quantité considérable d’informations classées d’une manière structurée qui permet aux utilisateurs de produire rapidement un document contenant exactement ce dont ils ont besoin.

Une autre fonctionnalité unique de cette carte est la possibilité qu’elle offre aux utilisateurs d’effectuer des recherches sur chaque gisement par un simple clic sur un gisement donné pour faire apparaître au format texte des informations relatives à celui-ci. La carte contient également un arrière-plan de relief ombré qui recrée la topographie et montre les liens entre la géologie et les gisements.

La carte (en anglais) est téléchargeable en haute résolution au format PDF.

Accès aux données structurelles du World Distribution of Uranium Deposits (UDEPO)

Pour compléter 

Cartes interactives et données téléchargeables sur les ressources minérales dans le monde (Mineral Resources Online Spatial Data, USGS)

Uranium : des gisements aux usages. Par Olivier Dubourdieu et Pierre Thomas (Planet-Terre).

Antoine Monnet. Disponibilité à long terme des ressources mondiales d’uranium. Economies et finances. Université Montpellier, 2016 (Thèse de doctorat).

Controverse : L'uranium est ses conséquences environnementales et sanitaires (SciencesPo).


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Débat public sur l'éolien en mer en Normandie

Resource Watch, un portail intégré pour visualiser des jeux de données en vue d'assurer "un avenir durable" à la planète

Les inégalités sociales et géographiques face aux formes sévères de Covid-19


Source : « Caractéristiques socioéconomiques des individus sensibles aux formes sévères de Covid19 »  (Étude Drees - Insee)

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en collaboration avec l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publie une étude originale sur les caractéristiques socio-économiques des personnes qui ont développé une forme sévère de Covid-19, définie par une hospitalisation, parfois suivie de complications à l’hôpital (admission en soins critiques ou décès). Cette analyse a été rendue possible grâce à l’appariement inédit des données SI-VIC, relatives aux patients hospitalisés et atteints du Covid-19 et des données de Fidéli, le fichier démographique de l’Insee sur les logements et les individus. Cette analyse couvre la période de mars 2020 à novembre 2021, soit les quatre premières vagues de l’épidémie de Covid-19 et s’appuie sur les données de 67,32 millions d’individus résidant en France métropolitaine, dont 382 000 ont été hospitalisés avec Covid-19.


Si l’étude confirme que l'âge est le facteur de risque prépondérant d’hospitalisation, elle met en évidence d'autres facteurs de risque au niveau social et géographique. La population hospitalisée réside dans des logements plus densément occupés et appartenant plus fréquemment au parc social. Les individus hospitalisés vivent moins souvent dans des maisons individuelles et résident plus souvent dans des logements sociaux (21 % contre 15 % de l’ensemble de la population). Autre constat, les individus hospitalisés résident dans des logements plus densément occupés que la moyenne : 33 % des individus hospitalisés et âgés de 50 à 74 ans résident dans un logement dont la surface par personne est inférieure à 30 mètres carrés, contre 24 % de l’ensemble des individus de cette classe d’âge. Plus précisément, le risque d’hospitalisation augmente à mesure que diminue la surface disponible par habitant et il est plus élevé pour les occupants du parc social, indépendamment de la surface disponible. Les conditions de logement n’affectent cependant pas le risque de complication à l’hôpital, ce qui suggère qu’elles captent essentiellement un risque accru d’exposition au virus dans des espaces confinés où les contacts sont plus fréquents et les gestes barrières plus difficiles à mettre en place. L'étude met en évidence également des effets départementaux vague par vague.



Pour télécharger l'étude de la DRESS-INSEE au format pdf.

Pour télécharger les données de l'étude au format xlxs.

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Comment cartographier la guerre à distance ?

 

« Il n'y a pas de guerre qui commence sans cartes, et pas de guerre qui se termine sans elles » 
(Karl Schlögel, Nous lisons le temps dans l'espace. À propos de l'histoire de la civilisation et de la géopolitique. Hanser, Munich, 2003).

Depuis plusieurs mois, la guerre en Ukraine fait la « une » des journaux télévisés, lesquels décryptent la situation sur place à grands renforts de cartes. La guerre en Ukraine a vraiment consacré le rôle de l'OSINT (renseignement de type open source), mais aussi de la cartographie et de l'infographie pour rendre compte de la « guerre à distance ». Comment peut-on cartographier en temps de guerre, sachant que les frontières peuvent bouger rapidement et que les cartographes travaillent à distance et non sur les lignes de front ? 

Nous débutons ce billet par la présentation de Jules Grandin dans l'émission Le Cartographe sur TMC qui pose la question de la manière dont les médias essaient aujourd'hui de « cartographier la guerre à distance ». Puis nous proposons des liens et ressources permettant d'aller plus loin dans l'analyse, notamment avec un parallèle avec la Syrie où les réseaux sociaux étaient déjà beaucoup utilisés. Enfin nous donnons en contrepoint quelques pistes sur la manière dont on cartographiait autrefois la guerre. 


Comment cartographier la guerre en Ukraine ?

  • Les cartes de suivi du conflit russo-ukrainien ont tendance à surreprésenter les « zones sous contrôle russe » indiquées en aplats de couleurs vives, alors que le contrôle du territoire n'est pas uniforme et laisse des poches de résistance ukrainienne. Plutôt que de « zones d'occupation » , il vaudrait mieux parler de « zones d'offensives russes » avec des « contre-offensives ukrainiennes ». Qui plus est, le conflit est évolutif et ne s'apparente pas à une guerre de front, même si elle en emprunte certaines caractéristiques (voir ce fil Twitter concernant l'approche critique de la cartographie des mouvements de troupes en temps de guerre).

  • Conscients du problème, les services de cartographie des grands quotidiens ont cherché des solutions pour essayer de rendre compte des réalités mouvantes sur le terrain. Le Parisien, par exemple, a opté pour une cartographie ponctuelle témoignant de la situation ville par ville avec une animation montrant les évolutions. Le Monde a choisi de représenter les "zones où les armées russes mènent des opérations" par des trames plus légères en indiquant la direction des offensives russes par des flèches. Les Echos propose sensiblement le même type de cartographie en y ajoutant les sites bombardés et les couloirs humanitaires. La carte du  New York Times montre l'intensité des bombardements établie à partir d'images disponibles quasiment en direct, ce qui est relativement nouveau en terme de cartographie des conflits. Les journalistes du NYT ont analysé des milliers de vidéos, photos et reportages sur le terrain et identifié plus de 1 500 bâtiments, véhicules et structures civils endommagés par les forces russes.

  • Le quotidien Zeit Online représente plus sobrement les zones conquises ou perdues par chacun des deux camps. Le Financial Times établit une cartographie assez détaillée indiquant les zones peuplées ainsi que les centrales nucléaires. La BBC, comme d'autres médias également, propose de comparer les cartes d'une semaine à l'autre pour mettre en évidence, région par région, les phases de stagnation ou au contraire d'évolution des opérations militaires. 

  • Les cartes montrent et masquent des informations clés sur la guerre en Ukraine. Selon Timothy Barney, "elles ont tendance à exagérer l'idée qu'il s'agit d'un assaut coordonné et contrôlé alors que, bien sûr, la guerre est notoirement chaotique" (The Conversation).

  • Les cartes qu’on utilise sont souvent trompeuses car on a l’impression qu’il y a un continuum territorial sur tout ce qui est envahi par les Russes (voir ce fil Twitter). Il faudrait faire une carte en peau de léopard avec des tâches et des discontinuités. Pour tenter de traduire l'incertitude, les cartographes de The Economist ont choisi d'estomper légèrement les bords des zones contrôlées par les Russes. L'AFP cartographie, à partir des données de l'ACLED, l'ensemble des frappes (artillerie et missiles) au bout d'un mois de guerre. L'Express représente en double couleur bleu/rouge les villes disputées ou en cours de siège. 

  • Le site Edmaps.com (@EdmapsCom) assortit ses cartes d'un commentaire sur le "contrôle territorial" qui peut être direct ou indirect et rappelle que «  l'intensité du contrôle exercé par la puissance occupante sur une ville ukrainienne ou une partie du territoire ukrainien est dépendante des rapports de force sur le terrain ». Les zones de combat où la maîtrise du terrain est indécise sont indiquées comme des franges. Le site Cartes Du Monde (@CartesDuMonde) choisit d'incruster les images de la guerre directement sur la carte en indiquant "les villes avec affrontements" et les "zones sous pression russe". Pour éviter les aplats souvent biaisés et trompeurs, Nathan Ruser (@Nrg8000) a préféré opté dès le départ pour une cartographie par flèches montrant les offensives et délimitant les zones contestées par un simple trait (à ne pas confondre avec ce qui serait un front). A partir du 22 mars, il a commencé à proposer des cartes par zones dont on peut estimer après vérification - mais sous réserve de nouveaux changements - qu'elles sont sous contrôle des forces ukrainiennes (en bleu) ou sous contrôle des forces russes (en rouge). Les données SIG de Nathan Ruser sont téléchargeables au format shp et kml (crédit de l'auteur à mentionner en cas de réutilisation).

  • L'agence de presse russe RiaFan, proche du Kremlin, présente une toute autre version de la guerre. Les "événements en Ukraine et dans le Donbass" y sont relatés comme une opération défensive face aux "nationalistes ukrainiens" (Riafan.ru). Cette version des faits a valu à l'agence russe une attaque DDos (déni de service sur Internet) sur fond de cyberguerre de l'information. Dans les journaux russes, la guerre est souvent présentée comme  une opération de libération de l'Ukraine. Avec des tâches roses sur la carte qui ne sont pas sans rappeler la manière dont on représentait naguère les territoires colonisés (RossaPrimavera.ru) et le retour de l'iconographie soviétique qui refait surface ("Soyez sur vos gardes", affiche soviétique de 1919).

  • Dès lors que les cartographes ne sont pas sur le terrain pour observer les mouvements de troupes comme cela se faisait autrefois, la question des sources devient particulièrement sensible. Le suivi cartographique réalisé par l'Institute for the Study of War constitue une source de référence avec une mise à jour quotidienne et une vérification systématique des informations. Voir également la carte de Wikipedia qui fait une synthèse et fournit un tableau complet de données sur les villes. En France, on peut aussi consulter le point de situation cartographique réalisé par le Ministère de la Défense.

  • Des experts et analystes produisent des comptes rendus réguliers, à partir de cartes qu'ils ont produites ou qu'ils réutilisent. Il s'agit assez souvent d'une cartographie d'inventaire montrant le positionnement des armées et la localisation des différents théâtres d'opération : voir par exemple Olivier Kempf (@egea_blog), Michel Goya (@Michel_Goya), Henri Schlottman (@HN_Schlottman), The Study of War (@TheStudyofWar), PolGeoNow (@PolGeoNow), Jomini of the West (@JominiW), Mick Rayan (@WarintheFuture), Nathan Ruser (@Nrg8000), J comme Jéjé (@HeliosRunner),  Pouletvolant3 (@PouletVolant3), Ukraine Battle Map (@ukraine_map), WarMonitorUA (WarMonitor3).

  • La guerre en Ukraine a consacré le rôle des fixeurs, qui guident les journalistes étrangers à travers leur propre pays, souvent au péril de leur propre vie. « Profession  fixeur  : ces Ukrainiens qui aident les journalistes à raconter la guerre » (La Revue des médias, INA).

  • Le site Cen4infoRes propose un carte de surveillance avec vérifications. Il s'agit d'une démarche participative pour cartographier, documenter et vérifier les informations afin de fournir des informations fiables pour les décideurs politiques et les journalistes. Cette cartographie est tenue à jour par le Center For Information Resilience (@Cen4infoRes) dans le cadre d'un effort plus large pour lutter contre la désinformation et promouvoir des informations transparentes et vérifiées (voir le dossier réalisé pour les 6 mois de guerre en Ukraine).

  • Le site de journalisme d'investigation Bellingcat, spécialisé dans la vérification des faits,  propose une carte interactive documentant jour par jour (time-map) les dommages causés aux civils - une ressource importante pour les recherches et enquêtes futures ainsi qu'un premier pas vers l'évaluation des responsabilités en termes de crimes de guerre.

  • Geoconfirmed (@GeoConfirmed) fait partie des équipes de bénévoles qui vérifient les opérations et les événements en Ukraine (#OSINT). Leur carte les répertorie par types et par périodes (48h, une semaine, un mois) sur un espace partagé sur Google Maps. Les données sont téléchargeables sous forme de fichiers kml-kmz ou csv. 

  • Le site MilitaryLand.net suit la guerre en Ukraine d'un point de vue militaire. Il contient une base de données des unités militaires, régulières et volontaires, impliquées dans la guerre ainsi que des cartes très détaillées montrant l'évolution des opérations par secteurs géographiques.

  • Cette sélection de cartes permet de comparer la manière dont les journaux internationaux ont choisi de cartographier l'invasion du territoire ukrainien par la Russie le 24 février 2022. Sur Russia Today, il est assez édifiant de découvrir à l'inverse "une guerre sans image et sans faits" (Arrêts sur images, Arte). 

  • Les cartes de suivi des opérations militaires en Ukraine de @War_Mapper sont consultables sur un SIG en ligne et peuvent être superposées à d'autres informations (Soar.earth). Voir notamment ce croquis qui superpose les opérations militaires en Ukraine avec la carte des ressources en pétrole et en gaz.

  • Le site ukrainien texty.org.ua répertorie toutes les attaques par bombardement (fusée, air ou artillerie). La carte indique chaque type de bombardement, la date de l'attaque russe, avec des liens et reportages des médias. Une chronologie permet d'afficher les attaques par dates et périodes. Le site présente également des images satellite sélectionnées à partir de Planet.com. 

  • La "bataille de Kiev" (l'encerclement et la prise de la capitale ukrainienne) devenant un enjeu majeur, les médias proposent des plans détaillés du déroulement des opérations à l'échelle de la ville. Voir par exemple les plans et infographies proposés par l'AFPla BBCLe Figaro, Les Echos. Le Monde propose de son côté un making of de la carte sur Mykolaïv, une ville du sud de l'Ukraine prise entre forces ukrainiennes et russes, où un correspondant et une photographe ont passé plusieurs jours durant le premier mois du conflit.

  • Sur terre, sur mer et dans les airs, le bouclage de Marioupol en cartes : Le Monde, Institute for Study of War.  La carte du Ministère de la Défense russe montre bien le plan qui consiste à enfermer le gros des troupes ukrainiennes dans la défense de Kiev, Kharkiv, Marioupol et Odessa.

  • « Attention à l’effet Diagoras : alors que cette guerre est abondamment filmée à l’âge des smartphone, ce n’est pas forcément dans les lieux où sont les journalistes et où des images sont produites qu’ils se passe les choses les plus importantes. » (Michel Goya, Le Grand Continent, 3 mars 2022).

  • "Comment les erreurs de la Russie et la résistance ukrainienne ont modifié la guerre de Poutine". Une storymap du Financial Times qui reflète la mise en récit de la guerre côté occidental et un certain  storytelling (hypothèse que l'on sait ce que veut Poutine). En tous les cas pas forcément une guerre d'écrasement, même si on pense évidemment aux précédents en Tchétchénie et en Syrie.

  • Rhétorique de la carte en temps de guerre. La chaîne TF1 a décidé de transformer le plateau télévisé de son Vingt-heure en carte animée géante pour montrer "l’enlisement de l’armée de Vladimir Poutine" au 20 mars 2022.

  • La situation alimentaire pour les Ukrainiens devient difficile dans les zones des combats. Une carte réalisée par le réseau humanitaire @REACH_info afin de rendre compte des ruptures d’approvisionnement alimentaire et non-alimentaire constatées dans les magasins.

  • Des cartes et des données sur la crise humanitaire en Ukraine par @IMPACT_init. Notamment sur le nombre d'écoles situées dans les zones de conflit, les migrations et déplacements de population, l'impact sur les activités.

  • Réhumaniser l’exode des réfugiés passe aussi par la cartographie. Des centaines de milliers d’Ukrainiens fuient leur pays pour trouver refuge en Europe. Pour les représenter sur les cartes, on utilise le plus généralement d’énormes flèches pour montrer leur trajectoire. En plus d’être impersonnelles et simplificatrices, ces flèches ont aussi le défaut d’avoir été utilisées dans de nombreuses images de propagande à travers l’Histoire (Le Cartographe, TMC).

  • L’avènement du « géo journalisme » ou journalisme satellitaire (Meta-medias). "Le géo journalisme, ou géo investigation, est un moyen de vérifier des images très connues, mais aussi de faire émerger des images enfouies, dans des conflits que les rédactions ne parviennent pas à couvrir. Des images d’amateurs qui ne seraient pas diffusables sans nos vérifications". 

  • Le suivi de la guerre en Ukraine se fait en grande partie par photo interprétation d'images satellites et de cartes, qui hybrident souvent les sémiologies. Ces cartes d'interprétation assez précises dressent un inventaire des opérations sans donner une vision d'ensemble. Voir par exemple les analyses de WarMonitorUA.

  • Quand la guerre se déroule sur plusieurs fronts et que son issue reste incertaine, finalement une carte mettant en regard les objectifs des deux camps semble plus pertinente qu'une carte des gains et pertes jour par jour. « Guerre en Ukraine : menacés d’enlisement sur le terrain, Kiev et Moscou adaptent leur stratégie » (Le Monde en cartes).

  • « La carte de la guerre en Ukraine, jour après jour ». Le Monde a regroupé sur une page l'ensemble de ses cartes et infographies. Le conflit russo-ukrainien y est abordé à différentes échelles, selon un mode de traitement cartographique qui a lui-même évolué. Les cartes d'analyse sur un temps long diffèrent quelque peu du suivi effectué au jour par jour.

  • L'atlas ante-chronologique de la guerre en Ukraine, réalisé jour après jour par les équipes @LM_enCartes et les @decodeurs, permet de remonter le cours des six mois de ce conflit.
     

Comment cartographier la guerre en Syrie ? 

  • La Syrie morcelée après dix ans de guerre (Le Courrier international).

  • « Le Monde » a mesuré le recul de l’organisation terroriste en cartographiant la situation en Irak et en Syrie depuis la proclamation du califat en 2014 (Le Monde - Les Décodeurs).

  • « Thomas van Linge, l'adolescent néerlandais qui cartographie les djihadistes » (Le Nouvel Observateur). "Ses cartes ont été reprises par de nombreux médias comme CNN, le New York Times, USA Today, le Huffington Post, le Daily Star, Der Spiegel... et même par le site de l'Université du Texas d'Austin. Ses cartes illustrent la complexité du conflit syrien, avec la nébuleuse de groupes en présence. Plus que la cartographie, ce sont les mouvements populaires de rébellion qui motivent le jeune homme" (voir son compte Twitter).

  • Le meilleur cartographe de la situation en Syrie est un lycéen hollandais qui ne s'y est jamais rendu (Slate). "Pour faire ces cartes, Van Linge utilise tout simplement le logiciel Paint. Son activisme sur les réseaux sociaux lui a permis de se faire des contacts sur place : il skype régulièrement avec des combattants sur le front, des activistes ou encore des membres d’association qui lui donnent des informations pour élaborer ses cartes".


Et avant Internet, comment cartographiait-on la guerre ?
  • Au XVIIe et XVIIIe siècle, l'art de la guerre se perfectionne en Europe. Des ingénieurs cartographes issus de l'armée et ayant été formés à la topographie étaient souvent envoyés sur le terrain pour rendre compte des opérations. Sébastien Pontault de Beaulieu a obtenu en 1647 le privilège de publier des plans et relevés des différents sièges et batailles (cf son plan remarquable du siège d'Armentières). Jean-Baptiste Naudin, ingénieur ordinaire du roi sous Louis XIV a également produit une série de plans manuscrits directement relevés sur le théâtre des opérations (à découvrir sur Gallica). A compléter par cet article : Du terrain à la carte : les ingénieurs du roi Louis XIV entre exigences et réalisations (Michèle Virol, 2019).

  • Pendant la guerre de Sécession aux Etats-Unis, les informations étaient relayées par des télégrammes. La carte de Louis Prang (1862) était vendue avec des crayons de couleur. Bon marché, elle invitait le grand public à suivre les opérations à partir de ces télégrammes. War telegram marking map : un article à découvrir sur le site du Leventhal Center.

  • Faire face à la guerre (Exposition virtuelle Vidal-Lablache, laboratoire EHGO). Le carnet 33 de Paul Vidal de la Blache permet de voir comment, depuis sa propriété de Rusquerolles près de Castres, le géographe suit dans la presse quotidienne l’entrée en guerre et les premiers revers des armées françaises. La géographie lui sert à prendre la mesure du conflit, de ses enjeux territoriaux à travers les lieux et leurs noms. « Quelle question se pose le géographe ? Non pas quelles batailles ont été gagnées, quelles politiques ont été suivies par Richelieu - mais pourquoi les hommes se sont-ils groupés là plutôt qu'ailleurs ? »

  • Aujourd'hui les officiers du renseignement naval, par exemple, dépendent fortement des outils numériques qui peuvent fournir des réponses rapides mais ne permettent pas d'approfondir la compréhension et l'apprentissage comme le font les outils analogiques tels que la prise de notes et les cartes physiques. Embrace Analog Tools in a Digital Intelligence : un article de l'US Naval Institute qui retrace l'histoire du renseignement cartographique et prône un équilibre entre les outils numériques et les outils analogiques. 

  • Pour l'historien militaire Michael Howard, The Use and Abuse of Military History (Royal United Services Institution Journal, 1962, 107, 625), les cartes historiques des champs de bataille, avec « de jolis petits blocs et des flèches se déplaçant de manière rationnelle et ordonnée… sont une parodie quasiment blasphématoire de la vérité chaotique". Comme le montre Andrew Rhodes, il faut s'appuyer aussi sur des cartes mentales si l'on veut comprendre les stratégies mises en oeuvre et aider à la décision en matière de sécurité nationale (Thinking in space, the role of geography in national security decision-making, Texas National Security Review, vol. 2, n°4,  2019).

  • L'ouvrage History of military cartography issu du Congrès de l'ICA 2014 (disponible en téléchargement sur PDFdrive) contient de nombreux articles sur la manière de cartographier la guerre, notamment la Guerre de 1914-18.

Liens ajoutés le 27 septembre 2022


Articles connexes

La carte, objet éminemment politique : la guerre en Ukraine

Cartographier les dommages subis par les populations civiles en Ukraine (Bellingcat)