Tempêtes et submersions historiques : l'IRSN dévoile sa nouvelle base de données


L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ouvre au grand public sa base de données, riche de plus de 800 événements sur 5 siècles, recensant les tempêtes et les submersions historiques sur le littoral Manche et Atlantique.

Interface cartographique de la base de données tempêtes et submersions historiques (IRSN)


Dans le cadre des évaluations de sûreté des sites nucléaires localisés en bord de mer et de leur protection contre le risque de submersion, l’IRSN réalise des estimations statistiques des niveaux marins extrêmes. La prise en compte des niveaux d’eau historiques et notamment exceptionnels par leur intensité, observés localement ou régionalement, permet d’améliorer la fiabilité des modèles statistiques afin de réduire les incertitudes associées aux estimations (Comment réduire le risque de submersion marine des centrales nucléaires ?).

L’IRSN a ainsi développé la base de données BDD TSH (Base De Données Tempêtes et Submersions Historiques) qui recense tout type de documents relatifs à des tempêtes ou des submersions historiques sur le littoral de la France métropolitaine (hors Méditerranée) et de pays voisins. La base de données recense plus de 800 événements dont les plus anciens datent du début du XVIe siècle. Grâce à des requêtes, il est possible d’extraire rapidement les informations relatives aux niveaux d’eau ou impacts mentionnés dans les sources. Les données disponibles dans la base sont entièrement publiques, la BDD TSH est soumise à la licence open source.

La base de données a pour vocation de compiler les informations liées à des évènements anciens non mesurés par les marégraphes (évènements dits historiques). Les évènements plus récents étant présents dans les séries de mesure, ils sont moins représentés dans la base de données.

En parallèle à l'élaboration de cette base de données, un groupe de travail pluridisciplinaire s'est constitué en 2016 avec des ingénieurs, chercheurs, statisticiens et historiens appartenant à différents organismes (Artelia, BRGM, Cerema, CUFR Mayotte, EDF, IRSN, Météo-France, Shom, Sonel, Université de Poitiers...). Un axe majeur de travail est l'analyse et la quantification des niveaux marins atteints lors d'événements de tempêtes et de submersions marines, reposant notamment sur les données disponibles dans la BDD TSH.

La base de données est accessible via une interface graphique et les données sont disponibles en format brut sur la page data.gouv.fr de l’IRSN.

Découvrir la base de données Tempêtes et Submersions Historiques

En savoir plus sur le GT « Tempêtes et Submersions historiques »

En savoir plus sur le Behrig

La carte, objet éminemment politique : la Chine au coeur de la "guerre des cartes"


Nommer et délimiter son territoire constitue un acte fondamental pour exercer sa souveraineté. Ce qui explique que les pays attachent en général une grande importance à l'utilisation de cartes pour affirmer leur souveraineté territoriale. Dans le cas de la Chine, cette préoccupation semble aller très loin si l'on en juge par la véritable « guerre des cartes  » qu'elle mène depuis plusieurs années, d'abord en imposant sa propre carte officielle, ensuite en s'attachant à traquer les cartes qu'elles juge dangereuses pour sa sécurité nationale. Au delà de la volonté de développer ses propres outils cartographiques, cette guerre des cartes est d'abord et avant tout pour la Chine une guerre pour la représentation de l'espace.

I) Imposer sa vision du monde à travers une nouvelle carte officielle

La projection de Hao Xiaoguang (Institut de l’Académie chinoise des sciences sociales) a été adoptée en 2013 comme carte officielle de la République populaire de Chine afin de montrer ses ambitions à la fois sur terre et sur mer. 

Carte officielle de la Chine avec sa nouvelle projection verticale adoptée en 2013 (source : Hao Xiaoguang)


Ce type de projection  transverse cylindrique est d'habitude plutôt réservé aux cartes marines. Son originalité est d'être dans un format vertical, ce qui fait qu'on a souvent tendance à la mettre à l'horizontal pour revenir au format habituel. 

La première carte du monde  élaborée par Hao Xiaoguang en 2002 (source : Hao Xiaoguang)

Hao Xiaoguang estime qu'il y a une grande différence entre regarder le monde horizontalement et le regarder verticalement. Selon l'auteur, si la carte du monde a longtemps eu sa version est-ouest (en référence à la carte du monde Kunyu de 1602 du missionnaire italien Matteo Ricci), elle doit désormais avoir sa version nord-sud. Déjà sino-centrée, la carte officielle de la Chine était jusque là horizontale : 

Comparaison de l'ancienne et de la nouvelle "projection globale" de la Chine


La projection de Hao Xiaoguang favorise la représentation des nouvelles routes de la soie centrées sur l'Asie et l'Afrique (initiative Belt and Road Initiative ou BRI). Le fait que la carte ait été publiée simultanément avec l’annonce de la BRI par Xi Jinping en 2013 n'est pas une coïncidence. La carte permet de se décentrer de l'Europe, même si déjà antérieurement la « représentation d’un monde sino-centré dans les représentations cartographiques était profondément enracinée » (Alexeeva, Lasserre, 2022). Elle permet aussi de montrer l'importance stratégique de l'Arctique. Sur la carte verticale de l'hémisphère nord, l'océan Arctique devient la voie aérienne la plus courte reliant l'Asie, l'Europe et l'Amérique du Nord. De plus, l'océan Arctique apparaît comme le centre, entouré par les continents nord-américain et eurasien, mettant plus directement en contact la Chine et les Etats-Unis. 

Depuis sa création en 2013, la projection de Hao Xiaoguang avec sa représentation verticale est largement entrée à l'école. Déclinée en une série de cartes du monde (le plus souvent centrées sur la Chine), on la retrouve sous la forme de cartes murales ou dans les manuels scolaires. Elle y est présentée comme une projection plus juste pour rééquilibrer la vision imposée par l'Occident, voire comme une volonté d'assurer la paix en mettant en avant les expéditions scientifiques de la Chine en Arctique et en Antarctique. On trouve malgré tout encore souvent l'ancienne carte horizontale centrée sur le Pacifique. 


II) Nommer et délimiter strictement son territoire en combattant les cartes jugées dangereuses pour sa sécurité nationale

« La Chine défie la Russie en restaurant les noms chinois des villes à sa frontière ». Cette querelle est mise en avant par le journal ukrainien Kiyv Post pour montrer les limites dans l'entente entre les deux pays (cf entrevue Poutine - Xi Jinping en mars 2023). Elle révèle les prétentions de la Chine qui n'a jamais renoncé à siniser les noms sur les documents cartographiques officiels comme elle a pu le faire notamment au Tibet. S'agissant de la Sibérie, la tentation est d'autant plus grande qu'une partie de ce territoire lui appartenait au XIXe siècle. 

La carte de 1851 de John Tallis montre une grande partie du territoire perdu par la dynastie Qing au profit de l'Empire russe
(source : © Wikipédia)


« En insistant pour donner des noms chinois aux villes de certains territoires russes, la Chine fait savoir à la Russie qu'elle n'a pas oublié les vastes territoires qu'elle considère comme historiquement chinois » (RFI international)

Territoire chinois occupé par la Russie depuis 1860. La superficie fait environ trois fois la taille de la France et comprend la ville de Vladivostok (source : © Wikimédia Commons)

Le Ministère chinois des ressources naturelles a  publié de nouvelles réglementations, qui exigent l'ajout d'anciens noms chinois aux noms géographiques fixés par la Russie. Cela concerne 8 villes le long de la frontière russo-chinoise (RFI en Chine).

Cette « bataille de noms » sur les cartes s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, la Chine cherche à interdire les "cartes problématiques" qu'elle estime dangereuses pour sa sécurité nationale. Cela concerne notamment les cartes ne respectant pas le principe d'une seule Chine avec Taïwan inclus (Global Times), mais également celles concernant sa frontière avec l'Inde. En 2019, la Chine a fait détruire 30 000 cartes en anglais jugées "incorrectes" du fait qu'elles représentaient l'Arunachal Pradesh comme faisant partie de l'Inde (The logical Indian). 

Au delà des cartes, le différend territorial entre Moscou et Pékin à propos de la Sibérie contribuerait à expliquer pourquoi la Chine ne dit pas clairement si la Russie doit retirer ses troupes du Donbass et de la Crimée. « La Chine présente-t-elle à la télé son projet de partage d'une Russie vaincue ? »  La guerre de l'information se poursuit sur Internet avec ce type de fake news qui laisserait penser à un projet d'annexion d'une partie de la Sibérie par la Chine (LCI verif'). Cette "fake map" à usage de propagande (pour le coup plutôt dirigée contre la Chine) s'avère entièrement fausse. La carte a été détournée à partir d'une carte déposée sur Reddit, qui représente les pays voisins les plus proches en fonction de là où on habite en Russie.



C'est certainement en mer de Chine du Sud que les revendications territoriales de Pékin sont les plus perceptibles. Elles prennent la forme d’une ligne en neuf traits : une sorte de « langue de bœuf », selon l’expression consacrée, dessinée sur la quasi-intégralité de la carte de la mer de Chine du Sud. Nombre de pays se plaignent du fait que la Chine n’est jamais sortie de l’ambiguïté à ce sujet, refusant de publier les coordonnées exactes du parcours de cette ligne maritime qui, pourtant, fait fi des Zones économiques exclusives (ZEE) revendiquées par ses voisins. 

Carte schématique des revendications en mer de Chine méridionale avec le tracé de la "langue de boeuf" en rouge
(source : Wikimedia communs)



La Chine considère, comme Taïwan, sur la base d’une exploration maritime particulièrement ancienne et retranscrite au fil des siècles par écrit, que ce qui est compris dans cette « langue de boeuf » lui appartient, y compris les ressources avérées ou supposées que ces eaux renferment (voir par exemple la carte éditée par le pouvoir nationaliste chinois de Nankin en 1947). On y retrouve notamment l’archipel des Paracels, revendiqué également par le Vietnam, ainsi que les îles Spratleys, revendiquées tout ou partie par le Vietnam, les Philippines, Brunei ou encore la Malaisie. Ces revendications territoriales en mer de Chine s'inscrivent dans la volonté de contrôler une sphère d'influence comme pouvait l'avoir la Chine au début du XXe siècle. Nostalgie de la Chine impériale et ambitions néo-nationalistes de Xi Jinping semblent aujourd'hui fusionner dans un même rêve, celui d'une Chine toute puissante prête à s'investir dans la « guerre des cartes ». Ce que la Chine considère elle-même comme une quête légitime pour mettre fin à un siècle d’humiliation et retrouver son "corps géographique" ou geobody (Cahan, 2009).

« Carte des territoires perdus et des eaux de la Répubique de Chine ». Cette carte "irrédentiste" est issue d'une brochure nationaliste Histoire de la perte territoriale chinoise (novembre 1925)


 
Références

« Quelle différence importante entre regarder le monde horizontalement et verticalement ? Entretien avec Hao Xiaoguang, l'auteur de la carte verticale du monde » (Teller Report). Télécharger sa carte en haute résolution (Hxgmap.com)

Olga V. Alexeeva et Frédéric Lasserre, « Le concept de troisième pôle : cartes et représentations polaires de la Chine », octobre 2022 (Géoconfluences).

William Cahan, The Cartography of National Humiliation and the Emergence of China's Geobody, Public Culture, 21/1, 2009 (Academia).

« La Chine, les cartes anciennes, et la langue de bœuf » (France Culture).

« La Chine se cartographie au centre du monde ». Révolutionnaire, cette vision de la planète, qui brise la représentation occidentale, a été adoptée par la défense nationale chinoise (Le Monde).

La projection de Hao Xiaoguang destinée à célébrer la puissance de la Chine présente simultanément les deux hémisphères Nord et Sud. Cette projection très géopolitique a connu différentes versions (SIPRI). 

« Le monde vu de Chine : que nous disent les cartes ? » (France Culture).

On retrouve cette projection dans les manuels de géographie. Par exemple, dans un manuel français de géographie de 2020 qui cite l'Atlas des nouvelles routes du Courrier International qui a servi d'inspiration, sans mentionner la projection elle-même qui est celle de Hao Xiaoguang. Un bon exemple de naturalisation de cette projection dans la géographie scolaire (fil Twitter).

Un planisphère inspiré de celui du Chinois Hao Xiaoguang (2013) centré sur l'océan Indien, qui redonne une visibilité aux pôles mais coupe l'Amérique en deux (@Kartokobri).

À quoi ressemble la version chinoise de la carte du monde ? L'ancienne carte horizontale centrée sur le Pacifique (à télécharger en haute résolution). 

Liens ajoutés le 6 septembre 2023


 






Lien ajouté le 11 décembre 2023


Articles connexes

La carte, objet éminemment politique. Quels niveaux de soutien ou de critique vis à vis de la Chine ?

La carte, objet éminemment politique. Les tensions géopolitiques entre Taïwan et la Chine



L'histoire par les cartes : une carte exceptionnelle d'Amsterdam en 1625 acquise par le musée Allard Pierson


Source
Allard Pierson acquires unique 17th century wall map of Amsterdam (Allardpierson.nl)

Le musée Allard Pierson, qui met à disposition les collections de l'Université d'Amsterdam auprès du grand public, a acquis un exemplaire unique de la première édition de la grande carte murale d'Amsterdam, réalisée en 1625 par Balthasar Florisz van Berkenrode, gravée et imprimée par Philips Molenvliet. Cette carte mondialement connue et au dessin remarquable a pu, grâce à cette acquisition, revenir dans sa ville d'origine. La carte monumentale mesure plus de deux mètres carrés. Il s'agit de la représentation la plus détaillée et la plus fiable d'Amsterdam au XVIIe siècle. La carte de van Berkenrode témoigne de la croissance spectaculaire de la ville commerciale par rapport à la carte de Cornelis Anthonisz de 1544. Les bâtiments, les canaux, les jardins, les ponts, les quais, les navires, les moulins à vent et les murs défensifs sont reproduits avec beaucoup de soin. La ville est présentée de manière nouvelle : c'est la première fois qu'Amsterdam est représentée avec un plan orthogonal aussi détaillé "vu du dessus", offrant en même temps une vue en perspective qui permet une véritable plongée dans la ville. Les bâtiments sont dessinés en trois dimensions, ce qui donne une image vivante et réaliste de la ville commerçante en pleine croissance au XVIIe siècle. 

Carte d'Amsterdam réalisée en 1625 par Balthasar Florisz. van Berkenrode (source : © Allardpierson.nl)

La carte est disponible en version couleurs en haute résolution. Elle peut être téléchargée également en version noir & blanc.

Pour accéder aux cartes de Balthasar Florisz van Berkenrode, voir les archives en ligne de la Bibliothèque municipale d'Amsterdam.

Cette copie de la carte d'Amsterdam de Van Berckenrode a été colorée à la main au moment de sa création. La carte murale est complète, elle se compose de neuf feuilles imprimées et comprend une gravure sur bois avec un titre en bandeau, dont le texte est le suivant : "Amstelredamum Emporium Hollandiæ Primarium Totiusque Europæ Celeberrimum" [traduction : Amsterdam, la place commerciale la plus importante de Hollande et la plus célèbre de toute l'Europe].

La carte existe en trois versions : la première date de 1625 ; la deuxième de 1648 a été complétée et mise à jour ; la troisième version de 1657 correspond à une nouvelle mise à jour. Il n'y a que cinq autres institutions dans le monde qui possèdent des copies de la première version. La carte achetée par le musée Allard Pierson est la seule copie connue qui a été colorée et qui porte le bandeau de titre mentionne. 

Balthasar Florensz van Berckenrode (1591-1644) est issu d'une famille d'arpenteurs-géomètres. Il exerça lui-même comme cartographe et graveur à Amsterdam entre 1619 et 1634. Dès le début des années 1620, il attire l'attention des bourgeois d'Amsterdam avec la publication de sa carte murale de la province de Hollande, qui deviendra mondialement connue par son inclusion dans trois tableaux de Vermeer. Il collabore à l'élaboration de l'atlas d'Hondius en 1629 dans lequel il produit quelques planches. Afin de payer sa carte murale de la Hollande de 1621, il cartographia divers fiefs des Pays-Bas. Sa carte d'Amsterdam publiée en 1625 figure parmi ses plus grandes réalisations. La carte est exceptionnellement détaillée, elle témoigne du savoir-faire de la famille de cartographes-géomètres à laquelle appartient van Berckenrode. La date de 1625 est symbolique car c'est également la date de fondation de la Nouvelle-Amsterdam (New York) par les Hollandais.

Un détail intrigue encore aujourd'hui les spécialistes : des cercles en pointillés sur la place du Dam (source : © Allardpierson.nl)

Un détail a particulièrement intrigué et continue d'interroger les spécialistes. Il s'agit de cercles dessinés sur la place du Dam. La question est de savoir à quoi pouvaient bien servir ces cercles : s'agit-il de traces d'opérations d'arpentage, de symboles évoquant un centre du monde ou une forme de rayonnement ou encore de limites internes à la ville-elle même ? En l'absence de preuves tangibles, plusieurs explications ont été avancées (Hamelers, 2013). D'Ailly (1932) rapporte qu'Oldewelt a suggéré qu'il s'agissait d'une allusion à la procession annuelle des miracles, au cours de laquelle les fidèles devaient déambuler autour d'un autel sur la place. Une théorie dont D'Ailly lui-même n'était pas vraiment sûr. Une autre explication serait la suivante. Le cercle intérieur pourrait symboliser la ville elle-même. Le deuxième cercle représenterait une ligne de cent mètres et le troisième cercle une limite d'interdiction en cas d'expulsion de certains habitants (un élément historique qui entre en résonance avec un événement bien postérieur qui est la déportation des Juifs d'Amsterdam en 1941). On voit apparaître sur le dessin des postes frontières disposés en cercles tout autour de la ville pour en assurer la surveillance. Selon Jacqueline Abrahamse, toutes ces explications sont peut-être tirées par les cheveux et les cercles qui n'apparaissent que sur la première édition de la carte ont pu simplement être ajoutés au moment de la gravure et de l'impression (Abrahamse, 2021).

Cette nouvelle acquisition constitue le clou de la grande exposition cartographique Open map – from atlas to street map, qui se déroule au musée Allard Pierson à l'occasion de l'anniversaire des 150 ans de la Société royale de géographie des Pays-Bas. L'exposition commence avec cette grande carte d'Amsterdam de 1625 pleine de détails, et s'étend à l'ensemble du monde. Une attention particulière est accordée aux cartes des anciennes Indes néerlandaises, du Surinam et des Antilles. La collection de cartes et d'atlas du musée Allard Pierson est l'une des plus importantes des Pays-Bas et du monde. Ce qui n'est guère étonnant si l'on considère qu'Amsterdam était l'un des plus importants centres de production cartographique en Europe et dans le monde au XVIIe siècle. Le dépôt contient environ 135 000 cartes individuelles, 4 500 atlas et un certain nombre de globes. Une partie importante de la collection est issue de la bibliothèque et de la collection de cartes de la Royal Dutch Geographical Society (KNAG) fondée en 1873. La collection reflète largement l'histoire de la cartographie occidentale, en particulier néerlandaise. Plusieurs centaines de cartes sont décrites comme uniques ou très rares. Les deux groupes principaux, les collections de la KNAG et les collections acquises plus tard par la bibliothèque universitaire, témoignent d'une grande interdépendance matérielle et physique ; elles ont grandi ensemble pendant 125 ans.

Références

Abrahamse, Jacqueline  (2021). Twee kaarten van Amsterdam. Een analyse door middel van Digitale Thematische Deconstructie. Dans cette étude disponible en téléchargement, l'auteure conduit une analyse très détaillée de la carte d'Amsterdam par Balthasar Florisz van Berkenrode (1625) en la comparant à la carte de Cornelis Anthonisz (1544). L'étude procède à une déconstruction thématique numérique à l'aide du logiciel QGIS, qui permet de décomposer les différents types d'objets (bâtiments d'habitation, monuments publics, arbres...) en fonction de leurs caractéristiques. Elle aborde la question des cercles énigmatiques de la place de Dam. L'étude s'inscrit dans une réflexion plus large sur le contexte et les significations multiples que l'on peut accorder à ces deux cartes.

Ailly, A.E. d' (1932), Balthasar Florisz.' plattegrond van Amsterdam. In: Jaarboek Amstehdamum 29, 1932, p. 103-130.

Hameleers, Marc (1993). Vier eeuwen Amsterdamse buurten in kaart Grootschalige kartografie bewaard in het Gemeentearchief Amsterdam, CAERT-THRESOOR n°1 [Cartographier quatre siècles de l'histoire d'Amsterdam]. A télécharger

Hameleers, Marc (2013). Kaarten van Amsterdam 1538-1865,Uitgeverij Thoth.

Articles connexes

L'histoire par les cartes : le plan et les bâtiments d'Amsterdam par dates de construction



Derrière chaque carte, une histoire : la carte des chemins royaux dans les Cévennes (1703)


A la fin du XVIIe siècle, De Basville, intendant de Louis XIV pour l'État du Languedoc, fait réaliser en Cévennes 22 chemins royaux « assez larges pour qu'on puisse mener du canon partout ». Cette carte des Cévennes « où se retirent les Fanatiques du Languedoc » (1703) constitue un symbole politique et religieux. Dans le contexte de la guerre des Camisards, ces chemins royaux étaient d'abord destinés à traquer les protestants comme le montre le médaillon de la carte.

« Les montagnes des Sevennes ou se retirent les fanatiques de Languedoc et les plaines des environs ou ils font leurs courses, avec les Grands chemins royaux faicts par lordre du Roy pour rendre des Montagnes praticables » - carte éditée par Nolin en 1703 (source : © Gallica-BNF)


Assez vite, la carte des chemins royaux est déclinée en plusieurs versions et va devenir un document médiatique pour l'époque. Une première carte, dont la réalisation semble remonter à fin 1697, distingue les grands chemins royaux de 20 pas (en jaune), des chemins de traverse de 10 pas (en rose). Élaborée « sous les soins de M. de Basville » et imprimée à Paris par l'éditeur Nolin en 1703, la carte a été « dessiné sur les lieux » comme il est indiqué. Il est vraisemblable qu'elle ait été en fait réalisée par Henri Gautier, ingénieur du Roi et inspecteur des travaux, par ailleurs auteur d'un Traité de la construction des chemins (1693). 

« Les montagnes des Sevennes où se retirent les Fanatiques de Languedoc... sous les soins de M. de Basville » - carte éditée par Nolin en 1703 (source : © Gallica-BNF)


Selon Philippe Joutard, deux versions de la carte ont vraisemblablement circulé de manière contemporaine. Celle évoquant "les Fanatiques" était destinée au camp des catholiques, celle parlant de "Malcontents" s'adressait davantage aux protestants d'Europe. Cette dernière a d'ailleurs fait l'objet d'une double version français et néerlandais de manière à pouvoir être diffusée aux Pays-Bas.

« Les Montagnes des Sevennes ou se retirent les Malcontents de Languedoc et les Plaines d'Environ ou ils font leurs Courses avec les Grands Chemins royaux » (source : © Det Kgl. Bibliotek)


Au delà des différences entre ces deux cartes, il est intéressant de voir comment la question du désenclavement par la route était, déjà au XVIIe siècle, intimement liée à des considérations politiques : il s'agit de « rendre ces montagnes praticables  » mais aussi de pouvoir pourchasser « les fanatiques ».

Il convient de ne pas (toujours) se fier à la date d'édition des cartes. L'éditeur Jean-Baptiste Nolin a publié différentes versions datées de 1703. Certaines semblent antérieures comme par exemple la carte ci-dessous . La mention "Suivant le copye" renvoie à une carte originelle (peut-être celle élaborée par Henri Gautier ?).

« Les montagnes des Sevenes dans le Languedoc et les plaines de Environs d'où les Mécontents font leurs courses - Levée par ordre du Roi de France » (source : © Gallica-BNF)



Jean-Baptiste Nolin (1657-1708), fils d’un graveur de la rue Saint-Jacques, devint géographe du duc d’Orléans puis géographe du roi. Les quatre collections de cartes de Nolin sont assez exceptionnelles (à découvrir sur Gallica). Trois d’entre elles se rapportent aux événements militaires des Pays Bas, d’Italie et d’Allemagne. La quatrième est une collection sur le monde, baptisée le Théâtre du monde dont fait partie le "Théâtre de la guerre dans les Sevennes avec les Montagnes et les Plaines des environs". Il est l'éditeur également d'une très belle carte du Canal royal de Languedoc. Jean-Baptiste Nolin s'était spécialisé comme éditeur de cartes à large diffusion. Ses cartes rapportant les événements militaires et autres faits de guerre lui apportèrent fortune et notoriété. Ce qui le conduisit, semble-t-il, à reproduire certaines cartes dont il n'était pas l'auteur comme en témoigne le procès pour plagiat qui l'opposa à Delisle.

En 1703, la même année où paraît la carte de Nolin, est éditée à Londres, puis à Berlin une « Description et état des Sevennes par rapport à ce qui s'y passe ajourd'hui » qui décrit bien les montagnes cévenoles comme lieux de refuge et de résistance pour les protestants :

« Les Sevennes sont un pays de montagne qui a environ 13 lieues de longueur et autant de largeur. Il y en a trois fort hautes du côté du septentrion, savoir Esperou, Lauzere et les Guals, d’où sortent quantité de petites rivières [...]. On n’y saurait y ranger une armée de mille hommes, n’étant pas possible d’y observer de la distance pour les bataillons si on y rangeait les bataillons à la queue l’un de l’autre [...]. Si ceux qui commandent dans les Sevennes entendent le métier de la guerre, ils attireront les troupes que le Roi y envoiera dans les lieux étroits où cent en pourront battre mille et mille dix mille, et bien qu’on y ait fait accommoder les chemins, tant ceux qui sont le long des rivières, que ceux par lesquels on monte jusqu’au sommet des montagnes, ou qu’un carrosse ou un chariot y puisse monter en tournoyant, les chemins sont pourtant si étroits qu’on n’y saurait mettre un bataillon en ordre de bataille. La cavalerie est absolument inutile en ces pays-là et ils y feraient plus de mal que de bien ».


Références

« La carte des chemins royaux des Cévennes » par Florence Arnaud (Découverte des Cévennes).

« Description et état des Sevennes par rapport à ce qui s'y passe ajourd'hui ». Ce texte anonyme de 1703 est reproduit in extenso dans la revue Le lien des chercheurs cévenols, n°160, janvier-mars 2010, p.14-16. 

Numa Broc, Les montagnes au siècle des Lumières : perception et représentation, Paris, Edition du CTHS, 1991.

François de Dainville, Cartes anciennes du Languedoc, XVIe-XVIIIe siècles, Société languedocienne de Géographie à Montpellier, 1961.  Les Chemins des Cévennes sont abordés dans le chapitre III : Cartes de Gouvernement, p. 77 à 81, avec la reproduction de la carte des "montagnes des Sevennes où se retirent les Fanatiques".

Localisation de la carte des chemins royaux sur une carte actuelle (Université d'Utrecht). L'occasion de découvrir que la carte est orientée vers l'ouest, ce qui pourrait correspondre à la vision des régiments de dragons venant de la vallée du Rhône.

Différentes versions de la carte des chemins royaux éditée par Jean-Baptiste Nolin (à consulter sur le site Gallica-BNF) :

La carte par Charles Allard en version bilingue (en français et en néerlandais) destinée aux protestants d'Europe :
http://www5.kb.dk/maps/kortsa/2012/jul/kortatlas/object60674/da/

« Le Théâtre de la Guerre dans les Sevennes le Languedoc et le Pays aux Environs » par Pierre Mortier. Cette carte, imprimée à Amsterdam en 1704, donne une vision encore plus large du théâtre de la guerre contre les protestants :
http://www5.kb.dk/maps/kortsa/2012/jul/kortatlas/object79260/da/

Le gouvernement général de Languedoc divisé en trois lieutenances générales par Jean-Baptiste Nolin (1697) :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85927796

Numa Broc, Une affaire de plagiat cartographique sous Louis XIV : le procès Delisle-Nolin, Revue d'histoire des sciences, 1970, n°23-2,  p. 141-153.



L'histoire par les cartes : l'Atlas des villes des Pays-Bas (1550-1565) de Jacques de Deventer


La série Cartes et Plans de la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) comporte plus de 100 000 cartes et plans sous forme de feuilles, généralement de grand format, ainsi que 600 atlas et une 30e de globes anciens. L'Atlas des villes des Pays-Bas (1550-1565) de Jacques de Deventer fait partie de ses collections et peut être visualisé sous forme de cartes en haute résolution. La KBR contient aussi les archives numérisées de la Royal Geographical Society et de l'Institute of British Geographers.

L'Atlas des villes des Pays-Bas contient 73 planches levées entre 1550 et 1565 sous le règne de Charles Quint et de Philippe II d'Espagne. Il s'agit d'une oeuvre cartographique assez unique. L'Atlas représente les villes des Pays-Bas espagnols avec une très grande précision, ce qui en fait une source précieuse pour étudier le réseau urbain au XVIe siècle.

L’historiographie estime que Jacques de Deventer dressa les plans d’environ 260 villes. 316 plans sont encore conservés : 136 minutes et 180 dans l’atlas (Colin, 2022). Au total, ils représentent encore 225 localités. Il s’agit de documents manuscrits réalisés à partir d’arpentages du terrain, ce qui les rend très précis. En outre, l’ensemble présente une belle homogénéité dans l’utilisation des couleurs, l’orientation vers le nord magnétique ou l’échelle utilisée (entre 1/7 400 et 1/8 400 ou plus rarement, 1/10 000).

Bois-le-Duc. Extrait des plans de villes des Pays-Bas par Jacques de Deventer (source : © KBR


Les plans de villes de Jacques de Deventer ont fait l’objet d’une série d’études spécialisées. « Depuis la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs historiens et géographes se sont penchés sur le contenu cartographique des plans, sur la genèse et l’usage de la collection ou sur les rapports entre les deux séries des plans. Il faut cependant remarquer que la plupart de ces études ont été publiées par des chercheurs néerlandais. L’historiographie des plans de Jacques de Deventer est donc avant tout néerlandophone » (Vannieuwenhuyze, 2012). 

Pour la plupart des localités, il s’agit de la plus ancienne représentation cartographique conservée. Ces plans de « villes » figurent également une partie des terres alentour. Depuis leur redécouverte au XIXe siècle, la plupart des recherches considéraient ces documents comme des instruments militaires ou comme le pur produit d’une cartographie scientifique. Colin Dupont en propose une interprétation novatrice en en explorant d'autres dimensions. « Vision de la ville, perception de l’espace, rôle de l’hinterland, procédés de représentation ou profil du cartographe sont autant d’aspects analysés. Ils permettent de comprendre que, malgré un résultat troublant de modernité, cette collection est largement tributaire des codes de son époque et relève plus du document politique que militaire. Plus largement, il s’agit de voir ce que cette réévaluation apporte à l’histoire du développement de la cartographie au XVIe siècle »  (Colin, 2019).

Colin Dupont est responsable du département des Cartes et Plans la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) et docteur en histoire de la Katholieke Universiteit Leuven. Ses recherches portent sur l'histoire de la cartographie ainsi que sur les questions de conservation des collections cartographiques. Il est membre du comité éditorial de la revue Imago Mundi (en charge de la bibliographie en collaboration avec Charlotta Forss).

Références

Vannieuwenhuyze, Bram  (2012). Les plans de villes de Jacques de Deventer (XVIe siècle). État de la question et pistes de recherche. Revue du Nord, 2012/3, n° 396, p. 613-633? Consultable sur Cairn.

Dupont, Colin (2019). Cartographie et pouvoir au XVIe siècle. L'atlas de Jacques de Deventer. Brepols

Dupont, Colin (2022). Le Brabant en perspective royale : le duché dans l’atlas de Jacques de Deventer (XVIe siècle). In Actes du XIXe colloque La ville brabaçonne« Ville et territoire. La perception et la représentation de la ville et du duché de Brabant », Bruxelles 15-16 octobre 2021. A télécharger


Articles connexes

L'histoire par les cartes : plus de 2000 cartes numérisées sur les Pays-Bas (partie centrale)




Quand les couleurs révèlent le contenu et la matérialité des cartes. L'exemple de l’Asie orientale du milieu du XVIIe au début du XXe siècle


Source
: Lange, D., Hahn, O. (2023).  Colors on East Asian Maps. Their Use and Materiality in China, Japan and Korea between the Mid-17th and Early 20th CenturyBrill Research Perspectives in Map History, p.1-87. Disponible en accès libre.

« Les couleurs sur les cartes de l’Asie de l'Est. Leur utilisation et leur matérialité en Chine, au Japon et en Corée entre le milieu du XVIIe et le début du XXe siècle ».

Réumé

Pendant trois ans, des chercheurs ont étudié les couleurs sur les cartes d'Asie de l'Est, avec un accent mis sur les cartes réalisées entre le XVIIe et le XXe siècle. Le but était de saisir ces cartes dans leur matérialité (1) en explorant la signification et l'utilisation des couleurs et (2) en conduisant une analyse scientifique des couleurs utilisées dans le cadre d'une approche interdisciplinaire et d'une collaboration étroite entre sciences humaines et sciences naturelles. Le premier objectif a été atteint grâce à l'examen systématique et comparatif de la coloration de diverses cartes de la Chine, du Japon et de la Corée. A partir d'exemples limités mais représentatifs, l'étude donne un aperçu global des pratiques de coloration  et de la signification de couleurs sur les cartes d'Asie de l'Est. Pour atteindre le deuxième objectif, les chercheurs ont entrepris des études scientifiques matérielles sur des cartes coloriées à la main de deux collections situées à Hambourg et à Berlin, qu'ils ont comparées avec les résultats scientifiques similaires de recherches sur les colorants ainsi que diverses sources textuelles tels que des manuels décrivant la production de pigments pour la peinture. Bien que le nombre de cartes soit limité, cette approche assez large a permis d'aboutir à un premier état des lieux concernant les colorants utilisés pour colorer les cartes en Asie de l'Est.

Ce que l'on peut retenir en résumé, c'est que les cartes imprimées n'étaient pas souvent coloriées à la main en Asie de l'Est. Des cartes manuscrites ont été produites pour un large gamme d'usages et sur une longue période, parallèlement aux cartes imprimées. C'est probablement une des causes qui expliquent qu'il n'existait pas de coloristes professionnels de cartes en Asie de l'Est. La coloration des cartes manuscrites était réalisée, selon toute vraisemblance, par ceux qui les dessinaient. Une forte baisse de l'activité de coloration à la main s'observe dès le XVIIIe siècle au Japon, du fait de l'essor du marché des estampes imprimées. Des pratiques typiques de coloration ont pu être identifiées pour les cartes d'Asie de l'Est en ce qui concerne leurs styles et leurs palettes de couleurs. Dans les trois régions, les couleurs en combinaison avec des signes ont été utilisées pour coder les informations sur les cartes. Les légendes permettant d'expliquer le code couleurs sont rares. Du fait qu'il était d'usage depuis des siècles de colorier les cartes manuscrites à la main, la coloration et le codage par couleurs étaient probablement stabilisés et tenus pour acquis. 

Les investigations scientifiques matérielles ont montré que les couleurs utilisées dans les cartes étaient pour la plupart les mêmes que celles utilisées pour la peinture dans ces régions. L'analyse scientifique matérielle des colorants a été effectuée en utilisant exclusivement des méthodes non destructives, qui ont permis de préserver les matériaux en cours d'examen, mais ont limité aussi les conclusions. Il a été possible de distinguer les couleurs minérales et végétales et d'affiner leurs identifications, mais pas de tirer des conclusions quant aux régions d'origine des colorants. Il est probable que les couleurs minérales et végétales aient été obtenues principalement localement en Asie de l'Est, avec l'utilisation supplémentaire de colorants issu du commerce intercontinental. À partir de l'analyse des matériaux effectuée dans le cadre de ce projet, il a été constaté que de nouveaux colorants synthétiques venant d'Europe avaient été assez vite intégrés en Asie de l'Est dès le XIXe siècle. En ce qui concerne les systèmes de coloration des cartes, les chercheurs ont relevé des influences européennes, à travers principalement l'augmentation de la coloration fonctionnelle des masses terrestres à partir du XIXe siècle. 

Les couleurs ont contribué à la fabrique des cartes, elles en ont affecté la matérialité, le contenu et l'utilisation. Comprendre le processus de coloration des cartes est essentiel pour l'étude de leur nature matérielle et de leur production ainsi que du contexte social, géographique et politique dans lequel elles ont été réalisées. La carte donne un aperçu des sociétés, des paysages et des territoires. De plus amples recherches seraient nécessaires, en particulier des études comparatives sur des cartes d'autres régions de l'Asie (Asie du Sud, du Sud-Est et Asie centrale). Il conviendrait également de conduire des analyses des matériaux pour les couleurs imprimées afin de pouvoir faire des comparaisons entre les couleurs utilisées pour l'impression et celles utilisées pour des cartes dessinées à la main. Il n'est pas toujours facile d'acquérir une compréhension complète des relations entre cartes et couleurs, entre coloration d'impression et coloration à la main avec leurs techniques de coloration respectives.

Les auteurs

Diana Lange est professeure invitée d'études sur l'Asie centrale à l'Université Humboldt de Berlin. Spécialiste de l'Asie centrale et orientale, elle s'intéresse à l'histoire et à l'exploration des savoirs, aux cultures matérielles et visuelles, à la cartographie et aux interactions culturelles.

Oliver Hahn est professeur d'archéométrie à Hambourg. Ses domaines de recherche comprennent l'analyse de manuscrits, de dessins, de peintures, de colorants et d'encres ainsi que la préservation du patrimoine culturel.

Articles connexes

Quand la couleur rencontre la carte (catalogue d'exposition à télécharger)

Evolution des installations humaines en Espagne à partir de données multi-temporelles (1900-2020)

 

Source : Uhl, J. H., Royé, D., Burghardt, K., Aldrey Vázquez, J. A., Borobio Sanchiz, M., and Leyk, S.: HISDAC-ES : Historical Settlement Data Compilation for Spain (1900–2020), Earth System Science Data, 2 Mar 2023, https://doi.org/10.5194/essd-2023-53

Résumé

Les mesures multi-temporelles permettant de quantifier les changements à la surface de la Terre sont essentielles pour comprendre de nombreux processus naturels, anthropiques et sociaux. Les chercheurs utilisent généralement des données de télédétection pour quantifier et caractériser ces changements dans l'utilisation des terres et la couverture terrestre (LULC). Cependant, ces sources de données sont limitées dans leur disponibilité avant les années 1980. Alors qu'une fenêtre d'observation de 40 à 50 ans est suffisante pour étudier les changements LULC les plus récents, des processus tels que l'urbanisation, l'aménagement du territoire et l'évolution des systèmes urbains opèrent souvent sur des périodes plus longues couvrant plusieurs décennies, voire des siècles. Ainsi, pour quantifier et mieux comprendre ces processus, des sources de données historiques et géospatiales alternatives sont nécessaires pour remonter plus loin dans le temps. Cependant, de telles données sont rares et le traitement est à forte intensité de main-d'œuvre, impliquant souvent un travail manuel. 

Pour surmonter le manque de connaissances quantitatives sur les systèmes urbains et l'environnement bâti qui en résulte avant les années 1980, nous exploitons les données cadastrales qui comprennent l'utilisation du bâtiment et l'année de construction. Nous avons scrappé, harmonisé et traité plus de 12 000 000 d'empreintes de bâtiments, y compris les années de construction, pour créer une série de surfaces quadrillées à multiples dimension, décrivant l'évolution des établissements humains en Espagne de 1900 à 2020, avec une résolution spatiale de 100 m et une résolution temporelle de 5 ans. Ces surfaces comprennent des mesures de la densité de construction, de l'intensité bâtie et de l'utilisation des terres bâties. Nous avons évalué nos données par rapport à une variété de sources de données, y compris des données de télédétection sur les établissements humains et des données sur la couverture terrestre, des représentations historiques de l'utilisation des terres basées sur des modèles, ainsi que des cartes historiques et des images aériennes historiques, et trouver des niveaux élevés de correspondance. :

Les données concernant les établissements humains pour l'Espagne (HISDAC-ES) sont disponibles en téléchargement sous forme de fichiers raster :
https://doi.org/10.6084/m9.figshare.22009643






Articles connexes

Cartographier l'empreinte humaine à la surface du globe