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La beauté cachée des cartes. Par Jean-Luc Arnaud

 

A l'heure de la génération automatique de cartes produites par intelligence artificielle, il n'est pas inutile de revenir à l'essentiel : le geste du cartographe qui emplissait de symboles la page papier et organisait l'espace à sa manière. Avant même de l'envoyer à l'imprimeur, il prenait conscience que son geste, reproduisant voire dépassant sa pensée, était susceptible d'ouvrir tout un univers de sens que les lecteurs pouvaient alors explorer à leur guise. Mais cela n'est-il pas le cas encore aujourd'hui, où la cartographie 2.0 n'hésite pas à explorer les conditions de production et de partage des cartes ?

L'ouvrage de Jean-Luc Arnaud est magnifique, presque une oeuvre d'art en soi qui vient célébrer « la beauté cachée des cartes ». Il vient rappeler, si besoin est, que la carte est un art autant qu'une technique, qu'elle s'inscrit dans une poïésis qu'il convient de retrouver à travers l'acte même de sa conception. Il ne faut pas se fier aux apparences : Jean-Luc Arnaud ne fait pas que de partager sa passion pour les cartes, il nous en révèle la profonde ambivalence. Que vaut en effet une carte, lorsqu'on lui enlève son auteur, son titre, sa légende ou son orientation ? C'est à ce jeu qu'il nous invite et dans ce chemin que l'on a pris beaucoup de plaisir à le suivre.

Jean-Luc Arnaud, La Beauté cachée des cartes, Atlas Autrement, collection « Atlas pour tous », 2025.


La carte, entre art visuel et art poétique

« De toute évidence, les cartes n’ont pas été produites pour cet usage. Ce sont des détournements dont les résultats témoignent du fort potentiel de la cartographie à être divertie de son objectif initial ».

L'ouvrage La beauté cachée des cartes est une invitation à « porter un autre regard sur les cartes ». L'entreprise peut paraître au départ étrange, voire déroutante. Jean-Luc Arnaud a sélectionné plus de 200 morceaux choisis de cartes du monde entier. Extraits de la planche d’origine et de leur contexte, ces fragments deviennent, une fois agrandis, de véritables oeuvres d’art. Surgissent ainsi des paysages, des fleurs, des animaux ou des motifs géométriques, accompagnés de textes poétiques. Les cartes géologiques, météorologiques ou statistiques révèlent des détails insoupçonnés et créent une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

Ce livre, de très belle facture, mérite d'être mis entre toutes les mains. Il se destine aussi bien aux experts qu'aux amateurs. Les fragments de carte se donnent à voir comme des images aussi belles qu'énigmatiques. C'est la raison pour laquelle l'auteur a pris le soin de les accompagner de textes. Mis en regard de chaque image, ces textes - souvent poétiques - viennent en montrer le mode de construction et en dévoiler en partie le sens. Il faut ici le rappeler : la cartographie est d'abord un acte de création (au sens même de poïésis). Le mot est censé dire la chose. Enfin pas vraiment ou pas complètement car la carte va au delà de l'image, elle a ses propres codes et symboles. Entre l'émetteur et le récepteur ou, pour le dire autrement, entre la boîte à dessiner (à dire et à penser) du cartographe et la boîte à déchiffrer (à voyager et à rêver) du lecteur, le message passe-t-il aussi bien qu'on le croit ?

Du symbole à la carte, et inversement

« Les cartes comportent rarement des indications quant à la manière d’en conduire l’investigation. Ce sont des représentations synoptiques susceptibles d’être l’objet de multiples formes de consultation mais on ne lit jamais une carte comme on lirait un livre... Agrandir impose un resserrement du cadre. Il est souvent nécessaire de tailler dans le vif, en particulier dans les mots et dans les signes conventionnels ».

Du symbole à la carte et inversement, ce n'est pas seulement une affaire de conventions sémiologiques. Se dégage en creux toute une réflexion sur la sémiotique de l'image cartographique. Le cartographe a des raisons que la raison du lecteur parfois ignore. Entre l'image dessinée par l'un et la capacité d'observation et de compréhension de l'autre, il peut y avoir de la marge. Ce qui est bien normal et ne doit pas conduire à dire que les cartes nous mentent, mais plutôt qu'elles ne nous disent pas tout et dérobent parfois l'essentiel à notre regard, alors qu'en apparence elles nous mettent tout sous les yeux. C'est dans ce jeu entremélé de l'image et du texte, du symbole cartographique et de son interprétation que l'auteur nous entraîne. Ce que montre très bien Jean-Luc Arnaud, c'est que nous sommes trop prisonniers de l'idée que les cartes devraient se lire et se comprendre d'emblée, pouvoir être embrassées d'un seul regard. Rompre avec cette approche synoptique et cette vision monolithique est d'une impérieuse nécessité. Il convient d'aller y voir de plus près, de les examiner « à la loupe » pour voir ce qu'elles ont à nous dire dans le détail. Du concret à l'abstrait et inversement, il faut sans arrêt parcourir le chemin visuel sur la carte. Un seul détail peut parfois amener à jeter un autre regard sur la carte.

La carte comme moyen d'interroger nos certitudes

« Placés en vis-à-vis, textes et extraits de cartes entretiennent des correspondances diverses mais toujours en tension tant leurs interprétations peuvent être plurielles. En invitant le lecteur à faire un pas de côté, ce livre se propose de troubler quelques certitudes ».

La beauté cachée des cartes est sans conteste un livre d'émerveillement, au sens propre et figuré. Il suscite l'admiration et contient des merveilles (des perles cartographiques ?) de nature à créer la surprise et à susciter la curiosité. On ne manquera pas tout d'abord de s'émerveiller des belles formules poétiques qui accompagnent les fragments de carte qui, tel un jeu de correspondances, nous permettent d'accéder à ces images abstraites. Ainsi le sifflement des trains à vapeur et le craquement des wagons sur une carte du réseau de chemin de fer dans le nord-ouest de la France en 1894. Au détour d'une image, la carte peut se faire sonore. Ou encore ce quadrillage de bâtiments au sol qui, vu verticalement, pourrait devenir une façade d'immeuble sur un plan de la ville de Hungnam en Corée du Nord en 1945. De quoi brouiller nos perspectives visuelles.

C'est aussi et surtout l'occasion de retrouver le pouvoir d'interroger nos certitudes. Et l'auteur de jouer avec nos représentations : « Une carte représente un espace donné par une combinaison de points, de lignes, de surfaces et d'écritures. Un point, c'est tout ». N'est ce pas ce que l'on répète souvent et - il faut le reconnaître - bien naïvement quand on enseigne la cartographie ? Que devient le point lorsqu'on l'agrandit, une surface n'est-ce pas ? Ainsi sur une carte des deltas de l'Annam au 1:25 000 de 1909 où, à force de zoomer, le point finit par devenir une grosse tâche colorée bavant sur le papier. Inversement, que devient le cercle lorsqu'on le diminue ? Un point noir minuscule presque imperceptible à l'oeil nu. Un conseil : ouvrez l'oeil, mais surtout n'allez pas prendre au pied de la lettre ce que vous dit l'auteur, quand bien même celui-ci aime à jouer avec le tracé des lettres sur la carte à plusieurs endroits de l'ouvrage, parfois jusqu'aux limites de l'absurde. L'art du double jeu, Jean-Luc Arnaud s'en délecte et le lecteur avec lui. 

La surface, le point, la ligne peuvent cacher bien des significations insoupçonnées. Ainsi ces cercles et ces lignes mystérieuses sur les cartes aéronautiques si difficiles à déchiffrer, a fortiori lorsque la carte est dans une autre langue que la sienne. La carte peut garder son mystère indéchiffrable, en dépit de tous les efforts minutieux de son concepteur pour se faire comprendre. Au delà des limites de notre entendement, la carte ne cesse jamais d'exercer son pouvoir d'étonnement, quitte parfois à nous bouleverser. Quel sens donner à ces tâches de couleur sur une carte ethnique de la Hongrie de 1941 qui distingue les Israélites en noir des autres peuples et minorités indiqués en polychromie ? Ou encore ces camps de prisonniers en Lituanie représentés par des petits cercles colorés sur des aplats de rose sur une carte allemande de 1942 ? Tout n'est pas rose, loin s'en faut quand on observe de près. La carte peut devenir tragique, lorsque le lecteur entrevoit la réalité voire la cruauté qui peut se cacher derrière des signes en apparence anodins.

Et quand bien même le rouge-rose-orangé domine sur beaucoup de cartes pour mieux trancher dans le vif, c'est loin d'être aussi simple qu'on pourrait le croire. La carte peut dégager des émotions. Telle frontière surlignée de rouge peut être un moyen d'indiquer des limites nationales ou, si l'on est migrant, d'éprouver la douleur du franchissement. Le rouge vif n'est pas le seul moyen à disposition. Le noir et le blanc peuvent, tour à tour, venir mettre en valeur ou invisibiliser. Les lignes entremêlées d'un réseau peuvent d'un coup prendre sens lorsqu'on les relie entre elles ou au contraire restées à jamais insaisissables faute d'arriver à en démêler l'écheveau. C'est notre regard porté sur la carte qui oriente nos représentations et, dans un mouvement inverse, nous permet de relever tel détail imperceptible pour autrui. Tout est affaire de codes de perception et de capacité à ressentir en fonction de sa propre sensibilité, de l'époque où l'on vit ou celle dans laquelle la carte nous projette. 

L'envie de remonter aux sources

« La beauté cachée des cartes est désorganisée comme la promenade d’un flâneur qui privilégie les incertitudes et les tensions. Un flâneur toujours prêt à emprunter un chemin de traverse au risque de s’égarer, toujours prêt à faire une pause ou bien un pas de côté pour examiner quelques brins d’herbe dans une fissure, au risque d’oublier le monument qui les porte ».

La carte, détachée de son contexte de production, finit par nous faire douter de l'intention même du cartographe qui l'a produite. Enseigner, apprendre, de et par la carte, c'est aussi une affaire de contextualisation. La tentation est grande de vouloir en savoir plus et de pouvoir appréhender ces cartes dans leur globalité. Comprendre la carte, c'est être capable à un moment donné de rassembler toutes nos perceptions éparses afin de leur donner sens. Après avoir décontextualisé et déconstruit, il convient alors de recontextualiser le document cartographique. Du symbole particulier à la carte générale, on peut volontiers se prêter au mouvement inverse et chercher à remonter aux sources, car l'auteur ne manque pas d'indiquer toutes ses références en annexe de l'ouvrage. Voici quelques exemples où l'on s'est attaché à retrouver les traces des cartes citées en référence dans l'ouvrage. L'occasion de s'émerveiller et de s'étonner en passant du micro- au macroscopique : à petite échelle et à grands traits, la carte peut encore avoir des choses à nous dire.

Il ne s'agit là que de quelques exemples. L'ouvrage comporte beaucoup d'autres cartes (géomorphologiques, géologiques, climatiques, météorologiques, démographiques ou économiques), dont le but n’était pas au départ d’être des œuvres d’art mais qui, sorties de leur contexte de production, forment comme une collection de tableaux abstraits qui transporte dans un voyage inédit et surprenant.

 « Ouvrir les yeux, se laisser surprendre, parfois perdre pied  » : il y a dans cet ouvrage un bel effort de dévoilement de la carte qui, par nature mais sans prétention, se cherche, s'essaie et s'expérimente comme une tentative de dévoilement du monde.

Présentation de l'auteur

Jean-Luc Arnaud, architecte et historien de la période contemporaine, est directeur de recherche au CNRS et rattaché au laboratoire TELEMM de l’Université d’Aix-Marseille. Après avoir dirigé les observatoires urbains du Caire et de Beyrouth, il a consacré ses premières recherches aux questions d’urbanisation et de politiques urbaines dans les grandes villes du Proche-Orient (Le Caire, Istanbul, Damas, Sanaa…). Il s’est ensuite orienté vers l’histoire de la cartographie, fondant au début des années 2000 le site web CartoMundi consacré à la valorisation du patrimoine cartographique. Auteur de plusieurs ouvrages dont La Carte de France. Histoire et techniques (Parenthèses, 2022) et d’une centaine d’articles scientifiques, il préside l’association Le Monde à la Carte. 

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La carte de France de Cassini. Une encyclopédie du territoire (Archives Nationales)


Du 14 octobre 2026 au 1er février 2027, les Archives nationales de France présentent "La carte de France de Cassini. Une encyclopédie du territoire".

Première carte de France levée géométriquement à l’échelle d’un pays entier, la carte de Cassini est à la fois un chef-d’œuvre scientifique et un monument cartographique : ses 181 feuilles assemblées mesurent plus de 11 mètres sur 12. Pendant plus de 70 ans, quatre générations de Cassini, astronomes, cartographes, ingénieurs et graveurs travaillent à cette entreprise exceptionnelle, fondée sur une méthode révolutionnaire pour l’époque : la triangulation.

À travers un fonds exceptionnel récemment versé par l’IGN, l’exposition dévoile les coulisses de cette aventure : instruments, calculs, dessins, cuivres et tirages racontent comment la France a été mesurée, représentée et transformée en une véritable encyclopédie du territoire. En 2021 et 2025, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a versé aux Archives nationales le fonds des archives relatives à la carte de France de l’Académie, plus connue sous le nom de carte de France de Cassini. Ce fonds remarquable se compose des calculs, des écrits, des minutes mais aussi des cuivres et des tirages originaux relatant la fabrication et la vie de cette carte entre 1750 et les années 1950. Un fonds dont le caractère exceptionnel permet de dévoiler aujourd’hui des aspects méconnus d’une œuvre à la portée universelle; une œuvre conçue par quatre générations d’astronomes et cartographes : les Cassini.

L’art de la science

Première carte levée « géométriquement » à l’échelle d’un pays tout entier, le royaume de France, à l’époque le plus puissant et le plus peuplé d’Europe, sa réalisation est admirable à plus d’un titre. Elle est, d’abord, le fruit d’une volonté étatique continue qui, avec Louis XIV et Colbert, Louis XV puis Bonaparte, en décide et pérennise le projet ; même si, de 1756 à 1793, une société privée la finance en partie. Elle implique le recours à des techniques scientifiques innovantes, pour la méthode et les instruments, qui la lient à la création de l’Académie des sciences en 1666 et de l’Observatoire de Paris en 1667. Elle naît de la constance de savants qui la mettent en œuvre jusqu’en 1815, aux côtés de la dynastie des quatre Cassini de 1669 à 1793. Elle résulte d’un travail de terrain puis de restitution par la gravure, à la fois minutieux, normé, parfois difficile, et de très longue haleine, depuis les levés de l’abbé Picard en 1668 jusqu’aux derniers levés vérifiés en 1790. Elle est hors norme, enfin, par son déploiement final, dans l’espace bien sûr puisque les 181 feuilles assemblées font plus de douze mètres de haut sur onze de large ; mais aussi dans le temps, car des premiers travaux en 1668 à l’ultime usage des cuivres au XXe, s’écoulent presque trois siècles !

Une aventure hors du commun

La construction de la carte de France de Cassini constitue une véritable épopée. De l’astronome au libraire en passant par l’ingénieur-cartographe, le vérificateur ou encore le graveur, chaque métier se doit de travailler avec grande précision et dans le respect des consignes détaillées par Cassini III en 1744 dans sa Description géométrique de la France. Levés, toponymie, calculs, dessins, signes… toutes les étapes sont scrupuleusement respectées. Lentilles-objectifs, graphomètres à lunettes, quart-de-cercle…, des instruments de pointe pour l’époque sont utilisés.

Ce travail scientifique de terrain durera plus de 70 ans avant d’atteindre sa finalisation en 1815. Une entreprise titanesque reposant sur une méthode inédite : la triangulation qui permet de mesurer les distances avec grande précision en reliant des points fixes comme des tours, des clochers, des collines.

Les habitants sont invités à collaborer, notamment pour nommer les lieux cartographiés. Ils ne le font parfois qu’avec réticence, car derrière l’entreprise «participative», ils devinent que se cache la volonté royale de mieux gérer mais aussi de mieux contrôler le royaume. Pour la science en revanche, ces nouvelles méthodes de travail vont permettre de créer une première carte territoriale complète de la France, une véritable encyclopédie du territoire.

Prestige et postérité

Ce monument cartographique va être diffusé dans une diversité matérielle remarquable, de l’exemplaire ordinaire au plus prestigieux. Le rôle des libraires a, ici, une grande importance. Certains proposent la carte avec multitude de possibilités : mise en couleur, entoilage, reliure, étui, baguette de suspension… 

L’exceptionnelle qualité de certains exemplaires présentés dans l’exposition, dont un sur soie, reflète l’éminence de leur propriétaire, tels le roi Louis XVI ou la reine Marie-Antoinette. Le gigantisme de la carte de France de Cassini n’a d’égal que sa pérennité d’usage ; le plus marquant étant la création des Départements en 1790, à laquelle elle sert de base cartographique. D’autres usages administratifs persistent jusqu’à nos jours, tel celui qui touche aux droits liés aux moulins. Son apport pour l’histoire actuelle de l’environnement ou en archéologie est tout aussi essentiel. Aventure scientifique à portée universelle, monument cartographique d’exception, la carte de France de Cassini devient un modèle pour la cartographie occidentale dont elle renouvelle les méthodes.

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Les atlas historiques régionaux. Bilan historiographique et perspectives numériques


« Les atlas historiques régionaux. Bilan historiographique et perspectives numériques ». Sous la direction de Stéphane Gomis  et Vincent Flauraud, Siècles,  59 | 2025, URL : https://doi.org/10.4000/16rit

Comment l’émergence des outils numériques a-t-elle transformé notre lecture des territoires régionaux ? Les atlas historiques régionaux se caractérisent par deux composantes essentielles. D’une part, ils rassemblent des données généralement multithématiques présentées sous forme de cartes accompagnées de textes et parfois de graphiques. D’autre part, ils s’intéressent à des cadres spatiaux restreints, d’échelle moyenne. En France, leur production a surtout démarré dans les années 1960. Or, à partir des années 1980-1990, la cartographie historique a délaissé la planche à dessin pour l’ordinateur. La digitalisation des fonds de cartes, le traitement automatisé de bases statistiques, l’affichage graphique en direct des résultats sur écran, puis les développements géomatiques et numériques, ont modifié notre façon de travailler sur la dimension spatiale et de concevoir des stratégies collectives de recherche dans ce domaine. De nouveaux atlas historiques régionaux, accessibles via Internet, ont introduit un rapport à la diffusion du savoir bien spécifique, notamment en matière de science ouverte et d’actualisation des contenus. D’autre part, le rapport à la sélection d’un espace d’étude restreint, « régional », se trouve bouleversé par la mutation des cadres territoriaux d’échelle moyenne, entre décentralisation, fusions et intégration européenne. La pertinence heuristique du terrain d’étude régional mérite alors d’être réinterrogée.


Liens vers quelques atlas historiques régionaux en ligne :

Carte de l'Alsace en 1648 telle que représentée par Kirchner et al. en 1878 (source : Gallica-BNF)

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Des experts dévoilent les secrets d'une ancienne carte de navigation dans la mer Rouge et le golfe d'Aden


Source : Kerra Maddern, Two centuries on, experts unlock secrets of Red Sea and Gulf of Aden sailing chart [Deux siècles plus tard, des experts dévoilent les secrets de la carte de navigation de la mer Rouge et du golfe d'Aden], University of Exeter, 2 juillet 2026.

Une équipe de chercheurs de l'Université d'Exeter a percé des secrets enfouis depuis deux siècles dans une magnifique carte de navigation réalisée pour les marins du XVIIIe siècle naviguant en mer Rouge et dans le golfe d'Aden. Cette carte en  rouleau témoigne que les communautés maritimes de la région utilisaient leur propre système de navigation qui permettait le commerce et les échanges entre l'Inde, l'Arabie et la Corne de l'Afrique à l'époque de la voile, avant l'adoption d'une navigation plus abstraite basée sur des instruments.   

Ce document indien, en langue kutchi/gujarati, fait partie de la collection de la Royal Geographical Society depuis 189 ans. Il s'agit de l'une des cartes de navigation indigènes les plus détaillées ayant été conservées, produites dans la tradition de l'océan Indien.   



De nouvelles recherches montrent qu'il s'agissait d'un aide-mémoire efficace, reflétant le savoir propre aux marins du Gujarat actuel, en Inde. Il offre un aperçu des pratiques de navigation traditionnelles des populations de l'ouest de l'océan Indien. Les chercheurs ont pu identifier et interpréter pour la première fois les noms de lieux et les données astronomiques inscrits sur la carte, établissant la latitude, fournissant des indications de navigation et témoignant d'une connaissance locale approfondie : la carte n'a pas simplement été conçue pour faciliter le transit longue distance vers les ports de premier ordre de la mer Rouge. Cette carte, ornée de magnifiques représentations de navires et d'édifices religieux, date de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Elle fut acquise par Alexander Burnes en 1835 auprès d'un capitaine de navire anonyme à Kachch (Kutch), et donnée à la Royal Geographical Society. Cependant, ni lui ni les chercheurs qui lui succédèrent ne purent la traduire et l'analyser avec la même précision que la présente étude.

Les quelque 66 toponymes en devanagari figurant sur la carte n'ont jamais été intégralement transcrits ni identifiés. La plupart des érudits européens qui l'ont examinée ont affirmé à tort qu'elle ne comportait aucune information de latitude ni de longitude. Ils considéraient également comme un défaut l'absence de l'angle « réel » de la mer Rouge et du golfe d'Aden, alors qu'en réalité, cet angle rend la carte plus facile à transporter. Des experts ont réalisé une projection de la carte qui présente spatialement les informations qu'elle contient d'une manière familière aux cartes modernes.  

Le cartographe qui a réalisé le document représente plus de 180 îles, ainsi que des récifs et d'autres éléments tels que des points de repère, des édifices religieux et des drapeaux. Alexander Burnes (1805-1841) obtint cette carte alors qu'il était lieutenant au service de la Compagnie des Indes orientales et assistant du résident britannique à Kutch. Burnes avait déjà acquis une grande notoriété grâce à son expédition impériale de 1832 à travers l'Asie centrale, qui avait donné lieu à un ouvrage à succès, à des distinctions de sociétés savantes londoniennes, dont la Royal Society, et à une audience auprès du roi Guillaume IV. 

Il déclara que ce document constituerait « un exemple de cartographie navale… sans égal dans aucune collection européenne » et pensait qu'il s'agissait d'un document de travail utilisé à bord d'un navire. Mais il ignorait qu'il s'agissait d'une carte de navigation pratique. Cette carte a déjà fait l'objet d'interprétations en 1947, 1987, 2002, 2012 et 2022, mais les chercheurs ont négligé son potentiel pour la navigation. Environ la moitié des toponymes en devanagari qui y figurent sont restés non identifiés et sans localisation, et beaucoup d'autres manquent encore de précision.  

Les chercheurs pensent avoir désormais trouvé les coordonnées des 66 toponymes et amélioré les transcriptions de l'écriture devanagari. Ils ont constaté que les 29 lochs des cartes servent trois objectifs principaux : établir la direction principale d’une côte ; indiquer une direction de déplacement en pleine mer ; et, dans deux cas possibles, indiquer un passage sûr pour entrer et sortir du port.  

Le professeur John Cooper, de l'Institut d'études arabes et islamiques de l'Université d'Exeter, qui a dirigé les recherches, a déclaré : « Aujourd'hui, nous sommes habitués aux cartes qui représentent l'espace mathématiquement et à l'échelle, rendant ainsi certaines régions du monde visuellement familières et accessibles d'une manière bien particulière. Bien que cette carte ne  semble pas  exacte selon notre conception, elle a permis aux marins possédant l'expérience et les connaissances nécessaires en navigation stellaire de naviguer dans certaines des eaux les plus hostiles et les plus difficiles du monde. Toutes les informations requises étaient consignées dans un rouleau très portable de seulement 25 cm de large. »  

Référence scientifique

Cooper JP, Rajani K. (2026). Kachchhi-Gujarati navigation in the Red Sea and Gulf of Aden in the eighteenth and nineteenth centuries : an intangible knowledge system, charted [Navigation kachchhi-gujarati en mer Rouge et dans le golfe d'Aden aux XVIIIe et XIXe siècles : un système de connaissances immatérielles cartographié], Journal of the Royal Asiatic Society, doi:10.1017/S1356186325101284 (article en accès libre).

Cet article propose une analyse détaillée d'une carte manuscrite en kacchi-gujarati de la mer Rouge méridionale et du golfe d'Aden, datant probablement du XVIIIe ou du début du XIXe siècle et conservée à la Royal Geographical Society–Institute of British Geographers de Londres (mr Asia S.4.). L'origine et la datation possible du manuscrit sont examinées. Les données astronomiques inscrites sur la carte, établissant la latitude et fournissant des directions de navigation, sont identifiées, interprétées et projetées. Ses toponymes en devanagari sont transcrits et associés à des lieux réels. Les profils côtiers et les éléments non nommés représentant des points de repère importants pour la navigation sont identifiés. Les édifices islamiques représentés sur la carte sont identifiés comme des mosquées-sanctuaires régionaux spécifiques. La présence de l'Empire ottoman et d'autres entités politiques régionales est déduite. La place de la carte au sein d'une tradition de manuscrits de navigation du début de l'époque moderne dans l'ouest de l'Inde et d'une tradition plus large de l'océan Indien est explorée. L'analyse établit que la carte est un ouvrage de navigation détaillé et très pratique, réfutant ainsi les critiques antérieures formulées par les chercheurs quant à sa précision. En revanche, les auteurs démontrent qu'il s'agit de l'une des cartes de navigation indigènes les plus détaillées ayant été conservées, produites dans la tradition de l'océan Indien.

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Analyse de cartes déclassifiées de la CIA des années 1940 à 2010 (Brilliant Maps)


Les cartes de la CIA constituent une collection exceptionnelle. Ces cartes ont été déclassifiées (plus de 12 millions de documents déclassifiés au total). Elles sont accessibles au public depuis 2016 sur le compte Flickr de la CIA et à partir du catalogue des Archives nationales des États-Unis (plus de 3000 documents mis en ligne). Toutes les cartes sont désormais du domaine public. Ces cartes, généralement classées top secret, étaient produites par le Centre de cartographie de la CIA, créé en 1941 pour fournir des cartes, des analyses géographiques et des recherches afin de soutenir le travail de l'Agence, de la Maison Blanche, des hauts responsables politiques et de la communauté du renseignement dans son ensemble. Conçues pour la planification de guerre, elles renseignent aussi sur les populations, les matières premières, les risques naturels et les trafics en tous genres. Elles présentent une grande variété d'informations, notamment sur la géographie, les frontières, les zones urbaines, les villes, et contiennent des données sociologiques, culturelles et ethniques sur les populations. 

Au cours de l'année 2026, le site Brilliant Maps a mis en ligne une série de cartes déclassifiées de la CIA classées par décennie, en les accompagnant de commentaires afin de pouvoir analyser leur contenu et le contexte de leur production. Elles sont décrites comme suit : « Le Centre de cartographie de la CIA apporte une contribution essentielle à la sécurité de notre nation, en fournissant aux décideurs politiques des informations cruciales qui ne peuvent tout simplement pas être transmises par les seuls mots ». Ces cartes, produites dans le contexte de la Guerre Froide et souvent liées à des zones de tensions ou de conflits, apportent des éléments de compréhension essentiels. Elles reflètent en même temps l'esprit de leur époque.

Cartes des missiles à Cuba de 1962 (source : compte Flickr de la CIA)


La liste ci-dessous donne le détail de ces cartes classées par décennie de 1940 à 2010 et commentées sur le site Brilliant Maps :

  • Carte des dialectes allemands de 1942
  • Carte du front russe de 1942
  • Carte de la Tunisie de 1943
  • Carte de la Chine de 1944
  • Carte des camps de concentration allemands de 1944
  • Carte de densité de population de l'Allemagne en 1944
  • Carte des positions ennemies à Okinawa en 1944
  • Carte des zones d'occupation de Berlin en 1945
  • Carte routière de l'Indochine de 1945
  • Carte de l'autosuffisance alimentaire du Japon en 1945
  • Carte de la Corée et de la Mandchourie de 1945
  • Divisions administratives de la Corée en 1945 (source : CIA)
  • Carte du contrôle japonais du Pacifique de 1945 (source : CIA)
  • Carte de Taegu de 1945 de la CIA
  • Carte de la Venise Giulia (Italie) de 1945, fournie par la CIA
  • Carte des zones de Corée de 1946 de la CIA
  • Le président Roosevelt contemplant un globe terrestre de l'OSS
  • Carte des divisions administratives de l'Afrique en 1950
  • Carte du commerce international de 1950
  • Carte topographique du bassin méditerranéen des années 1950
  • Carte de l'Indochine de 1951
  • Carte pétrolière du Moyen-Orient de 1951
  • Carte du PIB de l'URSS en 1953
  • Carte des revendications territoriales en Antarctique de 1956
  • Carte des chemins de fer chinois de 1957
  • Carte de l'Indonésie de 1957
  • Carte de l'Islande de 1958
  • Carte de la Corne de l'Afrique de 1959
  • Carte de l'Indochine de 1961 avec le président Kennedy
  • Carte des frontières du Honduras britannique de 1961
  • Carte des missiles de Cuba de 1962
  • Carte des zones communistes de Chine de 1963
  • Carte de la frontière Chine-Inde de 1963
  • Carte des forces soviétiques à Cuba en 1963
  • Carte du Sikkim de 1965
  • Carte de Bogota de 1966
  • Carte d'Aden de 1967
  • Carte de la Thaïlande centrale de 1967
  • Carte des régions climatiques de Birmanie de 1968
  • Carte des zones de culture du riz et de la population du Cambodge en 1968
  • Carte de l'Allemagne de l'Est de 1969
  • Carte de Berlin-Est/Berlin-Ouest des années 1960
  • Carte de la CIA du président Nixon de 1970
  • Carte de l'Empire khmer de 1970
  • Carte de l'Afghanistan de 1971
  • Carte de la mer de Chine orientale de 1971
  • Carte des bantoustans de 1973
  • Carte d'Anshan de 1974
  • Carte d'Israël de 1975
  • Carte du Bophuthatswana de 1977
  • Carte de profil de Cuba en 1977
  • Carte du Sud-Liban de 1977
  • Carte de l'Empire centrafricain de 1978
  • Carte de la population africaine de 1979
  • Carte des lignes du Sinaï de 1979
  • Carte des zones du Sinaï de 1979
  • Carte topographique dessinée à la main par la CIA
  • Carte de la CIA de 1975 du DCI Colby
  • Carte du centre de Moscou de 1980
  • Carte de la Yougoslavie de 1981
  • Carte de développement des ressources en eau en Jordanie de 1982
  • Carte des réfugiés afghans au Pakistan en 1982
  • Carte de la Cité du Vatican de 1984
  • Carte 3D de la vallée du Panjshir en Afghanistan en 1985
  • Carte de la péninsule coréenne de 1987
  • Carte des transports de la Tanzanie de 1988, créée par la CIA
  • Carte des ressources pétrolières et gazières indonésiennes des années 1980
  • Carte de la CIA du président Ronald Reagan
  • Carte de la CIA du vice-président George H.W. Bush, 1985
  • Carte mondiale de la culture de la coca en 1989
  • Carte de la République de l'Union soviétique de 1991
  • Carte des gisements de charbon en Chine de 1992
  • Carte ethnoreligieuse du Caucase de 1993
  • Carte du pétrole et du gaz ukrainiens de 1996
  • Carte ethnolinguistique afghane de 1997
  • Carte de la Bosnie de 1997 créée par la CIA
  • Carte de 1997 du vol 007 de Korean Airlines en 1983
  • Carte des dégâts causés par l'ouragan Mitch en Amérique centrale en 1998
  • Carte du Kosovo de 1998 créée par la CIA
  • Carte de l'Afghanistan de 1999
  • Carte des secteurs de la KFOR de 1999
Cartes déclassifiées de la CIA datant des années 2000
  • Carte de la région arctique de 2000
  • Carte de la région centrale des Balkans en 2000
  • Carte de l'ouragan Mitch (1998), édition 2000
  • Carte 3D de la vallée de Konar en Afghanistan (2001)
  • Carte des régions kurdes de 2002
  • Carte de Bagdad de 2003
  • Carte de la région du Cachemire de 2003
  • Carte de référence de la Syrie (2004)
  • Carte de Singapour de 2005
  • Carte de la culture de la coca au Pérou en 2006
  • Carte de la population birmane de 2007
  • Carte administrative de l'Albanie de 2008
  • Carte physiographique de l'Albanie de 2008
  • Carte 3D du plateau du Golan (2009)
  • Carte de la CIA du Camp David, 29 septembre 2001
  • Carte de la frontière nord de l'Afghanistan et du Pakistan en 2010
  • Carte de profil de l'Afghanistan en 2012
  • Carte de densité de population de l'Afrique en 2012
  • Carte comparative des zones et des projections de 2012
  • Projections cartographiques : Mercator versus la taille réelle de chaque pays
  • Carte topographique 3D de la frontière afghane de 2013
  • Carte de l'éducation en Afrique de 2013
  • Carte du World Factbook Asie de 2013
  • Carte de la population d'éléphants de 2013
  • Carte du trafic de l'ivoire de 2013
  • Carte des revendications séparatistes des groupes du nord-est de l'Inde en 2013
  • Carte du paludisme en Asie du Sud 2013
  • Carte de référence de la Cisjordanie de 2013
  • Carte 3D de la bataille du Liban de 2014
  • Carte de la culture de la coca en Colombie en 2015
  • Carte de répartition de l'eau au Mexique
Pour compléter :
Articles connexes

Des images satellites déclassifiées révèlent les impacts de la guerre du Vietnam

Des images aériennes déclassifiées prises par des avions-espions U2 dans les années 1950 ouvrent une nouvelle fenêtre pour l'étude du Proche-Orient

Géographie des états-majors : une base de données sur les cartes et plans du Service historique de la Défense


La base de données Géographie des états-majors référence les documents iconographiques (cartes et plans du XVIe au XXe siècles) numérisés par le Service historique de la Défense, et provenant du Dépôt de la guerre ou du Service géographique de l'armée. Ces fonds sont d'une très grande richesse documentaire et ne se cantonnent pas aux seules cartes dressées par les ingénieurs militaires : on y trouve de nombreuses cartes produites par d'autres institutions à différentes échelles (métropolitaine, régionale et locale) et sur des thématiques très variées (juridictions d'Ancien Régime, marine, réseau routier, réseau ferré, cartes géologiques, forêts, divisions religieuses...). La base permet d'explorer les cartes et plans en interrogeant la typologie, les producteurs de contenu ou encore les emprises spatiales ; elle permet aussi d'accéder aux documents numérisés et de les télécharger.

Géographie des états-majors (source : https://gem.huma-num.fr)


Sous l'égide de l'UMR 5136 FRAMESPA, et avec le concours du consortium Huma-Num Projets Time Machine, ces documents sont redocumentés (identifiés, typologisés, dotés de métadonnées descriptives) puis spatialisés afin d'en permettre l'interrogation dans la base de données. Il s'agit d'un projet au long cours entamé en 2025 et qui se prolongera pendant plusieurs années, le temps d'indexer plusieurs centaines de Giga octets de cartes numérisées. N'hésitez pas à revenir régulièrement sur la base pour découvrir de nouvelles cartes (2509 au 3 juillet 2026).

1) Origine et descriptif du projet

Commencé en juin 2025, ce projet est né suite à la découverte de la numérisation partielle des fonds cartographiques du Dépôt de la guerre et du Service géographique de l'armée par le Service historique de la Défense (SHD, dans les locaux du château de Vincennes). Jusqu'à aujourd'hui, ces numérisations n'étaient accessibles qu'au SHD, via les ordinateurs de la salle des inventaires, et ne disposaient pas de métadonnées permettant d'identifier chaque fichier. En conséquence, il était impossible d'identifier précisément les lieux figurés sur les cartes et plans, et encore moins de rechercher simplement les différentes représentations d'un lieu ou d'un territoire. De cet immense lot, seules les cartes d'Amérique et des Antilles avaient été déposées sur le site Mémoire des Hommes (comme le site l'indique, l'ensemble de la sous-série GR 6M J10 devrait progressivement être mis en ligne).

Pour pallier les manques, un projet de redocumentarisation visant à identifier le contenu de chaque fichier a vu le jour au laboratoire FRAMESPA. Les membres du projet identifient manuellement chaque carte et plan numérisé en vue de leur adjoindre les informations descriptives présentes dans l'ouvrage de Marie-Anne Corvisier de Villèle et Claude Ponnou, La France vue par les militaires, Paris, SHAT tome 1 et 2 (inédit). Une fois les documents identifiés, les fichiers correctements renseignés sont déposés dans une base de données relationnelle développée sous Heurist. Celle-ci permet d'explorer les cartes et plans en interrogeant la typologie, les producteurs de contenu ou encore les emprises spatiales ; elle permet aussi d'accéder aux documents numérisés et de les télécharger. Toutes ces données sont librement accessibles et réutilisables sous réserve de citer le Service historique de la Défense et le laboratoire FRAMESPA comme redocumenteur.

L'enrichissement de la base est effectué par des stagiaires (étudiant·es en histoire) accueillis au sein du laboratoire. À terme, près de 13 000 cartes et plans du Dépôt de la guerre et du Service géographique de l'armée devraient être hébergés dans la base, ainsi que plusieurs dizaines de registres de la bibliothèque historique de Vincennes.

3) Mode d'utilisation du site

La recherche s'effectue en cliquant sur "Les cartes et plans" puis via la colonne de gauche "Cartes". Plusieurs possibilités de recherche sont offertes par la base :

  • Recherche spatiale : cliquer sur "Définir" pour rechercher un toponyme sur une carte via un moteur de recherche ou pour dessiner un polygone sur une carte pour identifier les cartes et plans qui figurent l'espace dessiné.
  • Recherche tout champs : interroger l'intégralité des médatonnées documentaires présentes sur chaque fiche.
  • Recherche par mots-clefs du titre : rechercher exclusivement parmi les mots du titre (un titre se présente toujours sous la forme date, titre originel de la carte ou du plan, nom de l'auteur).
  • Recherche plein texte dans la description des cartes : recherches portant exclusivement sur la matérialité des documents (nombre de feuilles, dimensions...).
  • Typologie des cartes : rechercher des cartes à partir de typologies regroupant les documents en grandes catégories d'analyse. Ces dernières sont essentiellement celles des archivistes militaires.
  • Auteur(s) des cartes : rechercher par producteur de contenu (individu ou institution).
  • Lieux des cartes : il s'agit d'un classement automatique par ordre de grandeur et par lieu. Le nombre et les lieux mentionnés évoluent en fonction des critères de recherche sélectionnés ci-dessus.
  • Échelle : rechercher par échelle de carte (en lieues ou kms).
  • Cote : rechercher par cote d'un document.
  • Date de production des cartes : utiliser le slider (glissière) pour définir un interval temporel.
  • Carte remarquable : naviguer dans les cartes remarquables identifiées lors de l'indexation des documents.

Naviguer et télécharger

Le résultat de la recherche s'affiche au centre de la page sous forme de liste. Le côté droit génère une carte représentant l'ensemble des emprises spatiales des documents, ainsi qu'une frise chronologique.

Pour accéder à un document, cliquez sur le titre : la fiche s'ouvrira, présentant la numérisation (recto et verso) et les métadonnées documentaires.

Pour afficher et agrandir la carte, cliquez sur le bouton Mirador : une fenêtre s'ouvrira et il sera possible de zoomer dans le document.

Pour télécharger la carte, cliquez sur le bouton Download au-dessus de chaque document numérisé.

4) Une collection exceptionnelle de cartes et plans

La collection est exceptionnelle. Elle comporte plus de 750 cartes anciennes sur la France, près de 200 concernant Paris. Elle couvre une longue période de 1540 à 1921. 

A noter : une sélection de 43 cartes et plans remarquables dont un plan de la Bastille, un plan de Versailles en 3D, ainsi que diverses cartes agronomiques, hydrologiques ou de défense.

Toutes les cartes sont consultables en haute résolution avec leurs données de géolocalisation concernant leur emprise géographique. Les données présentes sur le site sont librement accessibles et réutilisables sous réserve de créditer :

  • le Service historique de la Défense comme producteur de contenu ;
  • le laboratoire FRAMESPA comme redocumenteur.

Articles connexes

Quand l'armée dressait des cartes pour l'école : la carte murale de l'AOF par Édouard de Martonne (1922)

« Un bon croquis vaut mieux qu'un long discours ». Napoléon et les cartes

Mise en ligne d'un inventaire sur la création des départements par les Archives nationales

Plus de 400 000 photographies aériennes mises en ligne par les archives historiques de l'Angleterre

Numérisation des archives de la Société de Géographie sur Gallica

Cartes et atlas historiques

L'histoire par les cartes

L'histoire par les cartes : l'histoire sociale de Londres au XVIIIe siècle à travers la répartition des crimes


Source : Tim Hitchcock, Robert Shoemaker, « The geography of Old Bailey crime prosecutions, 1720–1820 : the impact of institutional change and proactive policing » [La géographie des poursuites criminelles à Old Bailey, 1720-1820 : l'impact du changement institutionnel et du maintien de l'ordre proactif], Social History, 2026, vol. 51, n°2, 141–164, https://doi.org/10.1080/03071022.2026.2629165

Résumé

Cet article examine l'évolution de la répartition géographique des crimes poursuivis à la cour criminelle Old Bailey entre 1720 et 1820, à l'aide des outils cartographiques du site web Locating London’s Past. En évaluant l'impact de la réforme de la garde de nuit, de la création de nouveaux "bureaux de rotation" et du développement de formes de police proactive, il démontre que l'évolution des poursuites reflète davantage les transformations des pratiques policières et de l'accès à la justice que la fréquence des crimes. Les données présentées suggèrent, premièrement, que les améliorations apportées à la garde de nuit ont eu peu d'incidence sur les poursuites ; deuxièmement, que les bureaux de rotation ont eu un impact limité mais mesurable ; et troisièmement, que le développement de la police d'enquête a transformé le niveau et la répartition géographique des poursuites durant la seconde moitié de la période étudiée. Une répartition fortement concentrée dans le West End au début du XVIIIe siècle a laissé place à une répartition plus homogène (à l'exception de la City), correspondant étroitement à l'évolution des pratiques policières. 

Cet article permet d'approfondir notre compréhension de l'importance des nouvelles formes de justice et de maintien de l'ordre professionnels, et souligne leur rôle dans la perturbation des relations sociales à Londres en soustrayant les accusations criminelles à la communauté. Les chercheurs ont également cherché à démontrer les possibilités offertes par ce type de ressource cartographique pour étudier l'histoire sociale, économique, politique et culturelle de la première ville d'Europe à avoir atteint le million d'habitants. De la répartition des richesses et de la pauvreté aux comportements électoraux aux élections de Westminster, en passant par les vestiges archéologiques et la musique de rue, le site Locating London's Past ouvre la voie à une gamme quasi illimitée de sujets d'histoire sociale, couvrant un large éventail de thèmes.

La carte de Londres de John Rocque (1746)

L'article et le site web s'appuient sur la remarquable carte de Londres de John Rocque de 1746 – une vue d'ensemble de Londres, comprenant non seulement ses rues et ses ruelles, mais aussi de nombreux bâtiments individuels, ainsi que des représentations de navires et de personnages. Numérisée selon les normes les plus exigeantes, géoréférencée pour être compatible avec des SIG, puis indexée avec les contours des 173 paroisses, 98 quartiers et 5 898 rues et bâtiments de la ville, la carte devient un environnement interactif permettant d'explorer les données de localisation issues de dix-huit ensembles de données et de générer des statistiques par habitant à partir d'estimations détaillées de la population des paroisses pour les années 1690, 1740 et le début du XIXe siècle. Parmi ces ensembles de données figurent les comptes rendus d'Old Bailey, contenant des dizaines de milliers de procès pour crimes graves devant la cour criminelle centrale de Londres, annotés pour identifier les lieux géographiques, les types de crimes et d'autres aspects clés des procès.

Analyse des lieux de crimes à Londres au XVIIIe siècle

La carte montre qu'entre 1720 et 1750, les poursuites étaient concentrées dans le West End, et dans une moindre mesure dans l'East End, tandis que la City et le nord de la City étaient caractérisés par de faibles taux de poursuites (les zones situées au sud de la Tamise ne sont pas incluses car elles relevaient de la juridiction d'Old Bailey). Bien entendu, les taux de poursuites entretiennent une relation complexe – voire inexistante – avec le niveau de criminalité sous-jacent. Pour analyser les facteurs à l'origine de ces poursuites, les chercheurs ont commencé par étudier la répartition des meurtres. Mais lorsqu'ils ont examiné les vols (beaucoup plus fréquents), un tableau différent s'est dessiné. Ni la richesse ni la pauvreté n'influençaient systématiquement les taux de poursuites. C'est davantage le maintien de l'ordre et l'accès régulier à un magistrat facilitant les poursuites qui étaient à l'origine de la répartition des crimes poursuivis.

Toutes les poursuites d'Old Bailey, 1793-1819 (en bleu), avec les « bureaux de police » de 1792 et 1798 Bow Street (en rouge). Source : Hitchcock & Shoemaker, 2026.


« En définitive, l'exploration des ensembles de données à l'aide de Locating London's Past peut soulever plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, mais nous pensons que la cartographie de ces données historiques permet de mieux comprendre la vie londonienne au XVIIIe siècle."

Tim Hitchcock est professeur émérite d'histoire numérique à l'université du Sussex. Bob Shoemaker est professeur émérite d'histoire britannique à l'université de Sheffield. Ils codirigent les projets numériques Old Bailey Proceedings Online, Locating London's Past, London Lives, et d'autres projets connexes.

Articles connexes

Medieval Murder Maps. Un site de cartographie interactive sur les meurtres en Angleterre à la fin du Moyen Âge

Layers of London, un site de cartographie numérique sur l'histoire de Londres


Les cartes d'assurance-incendie, une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines


Si l’utilisation d'outils et de données SIG est assez récente pour les compagnies d’assurance, cela fait déjà longtemps que celles-ci utilisent la cartographie pour être en mesure de fixer les zones à risques et déterminer le montant des primes d'assurance immobilière. Les cartes produites constituent à leur tour une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines. Nous présentons ici quelques exemples d'Atlas d'assurance-incendie de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

1) Les cartes d'assurance-incendie d'Istanbul par Goad et Pervititch sur Gallica 

Isabelle Gilles, « Les plans d’assurance incendie comme source d’histoire urbaine », Dipnot.

Les plans d’assurances incendie ont fait l’objet d’un investissement précoce et ont donné lieu à une recherche originale dans le champ des études urbaines pour Istanbul.  La cartographie pour l’assurance des biens immobiliers et mobiliers se diffuse dans les grands centres urbains à la fin du XIXe siècle, témoignant d’une gestion plus élaborée du risque incendie ; la richesse de ses index, de sa légende chromatique, l’image précise, quasi-instantanée, des centres villes ou zones portuaires représentés, font du plan incendie une source très sollicitée, un « trésor » documentaire, et ce, alors qu’il est rarement considéré comme un objet de recherche autonome. 

Jean-François Pérouse, « Les cartes d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch », BNF Bibliothèques d'Orient.

La collection cartographique de l'Institut Français d'Études Anatoliennes (IFEA) d'Istanbul comprend deux séries de cartes d'assurance incendie du plus grand intérêt pour l'histoire sociale et économique de la Méditerranée orientale. L'une date du début du 20ème siècle et l'autre de la période 1920-1945. Leur objectif était de cartographier le risque incendie pour les compagnies d'assurances qui les avaient mandatés, en fournissant un maximum de données sur les caractéristiques des bâtiments et les sources de vulnérabilité. Ainsi, l'échelle des plans Goad est de 1/600e (et 1/3600e pour les plans globaux) ; les cartes de Pervititch sont encore plus fines, variant du 1/250e au 1/1000e (à l'exception de quelques plaques de la rive anatolienne et des plaques index et globale). La production de ces cartes est directement liée à l'émergence d'une économie d'assurance à la fin de l'Empire ottoman, elle-même expression du poids des intérêts occidentaux et européens dans la région. C'est la raison pour laquelle les zones représentées par Goad et Pervititch (dans une moindre mesure) sont très ciblées et soigneusement sélectionnées en fonction d'une demande provenant uniquement de milieux particuliers. L'image des espaces urbains qui est suggérée par ces documents est donc assez partielle. Mais c'est quand même précieux.

Le site Gallica de la BNF donne accès à 202 plans d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch. Ce fonds cartographique exceptionnel permet d'explorer toute la richesse et la diversité de ces plans. Une page spéciale « Bibliothèques d’Orient : cartographier les villes turques au XIXe siècle » restitue la beauté, la rareté et la minutie de ces plans qui sont "un vibrant témoignage du dynamisme des villes turques". On y découvre que ce marché émergent de l’assurance dans l’Empire ottoman est à l'époque très largement contrôlé par des compagnies européennes. Ils privilégient les zones où se concentrent les intérêts étrangers, c’est-à-dire des assurés effectifs ou prospects, faisant l’impasse sur les "quartiers turcs" (sic).

Un extrait de l'Atlas de l'assurance incendie de 1905 de Smyrne (İzmir, Turquie) en français
(source : Gallica)

Niels van Manen, Les plans d'assurance incendie de Goad : cartographie des risques d'incendie et normalisation des risques industriels (1885-1903), Le Mouvement Social 2014/4 (n° 249), pages 163 à 185. 

Cet article conteste l’idée selon laquelle une évaluation scientifique du risque d’incendie et une ingénierie rationnelle de la sécurité incendie étaient unanimement acceptées à partir de la fin du XIXe siècle en Angleterre et en Amérique du Nord. Il démontre que des convictions rationalistes coexistaient avec des positions plus sceptiques en désaccord avec les stratégies empiriques systématiques. L’auteur se penche sur les origines des plans d’assurance incendie (cartes représentant la localisation des risques dans les centres urbains et industriels) et sur leur prépondérance dans les débats des années 1880 à 1900 entre rationalistes et sceptiques sur la sécurité industrielle au Royaume-Uni. Il s’appuie sur les archives de Goad Ltd, qui joua un grand rôle dans la diffusion des plans d’assurance incendie en Grande-Bretagne dans les années 1880 et qui continua de dominer le marché durant la première moitié du XXe siècle. Ces archives comprennent une vaste collection de cartes des risques et des sinistres, une correspondance avec des assureurs, des industriels et des ingénieurs, des rapports d’inspections, des croquis et des plans. Ont également été utilisés les documents et archives du British Fire Prevention Committee (Comité britannique de prévention des incendies), afin de reconstituer cet épisode fascinant et déterminant de l’histoire des risques urbains et industriels. Cet article fait état de la coexistence d’une multitude de comportements et de pratiques face aux risques industriels et urbains. Le point de vue historique adopté s’inscrit plutôt dans le cadre du « régime du risque industriel » défini par Melling et Sellers que dans la perspective sociologique évolutionniste de la « société du risque » de Beck.


2)
Les cartes d'assurance-incendie de la Sanborn Map Company à la Bibliothèque du Congrès (LOC)

À la fin du XVIIIe siècle, les compagnies d'assurance londoniennes commencèrent à élaborer des cartes détaillées afin de fournir aux assureurs les informations nécessaires à l'évaluation des risques d'incendie. Cette pratique fut adoptée par les compagnies d'assurance américaines au milieu du XIXe siècle. Daniel Alfred Sanborn, ingénieur civil et géomètre, commença à travailler sur des cartes d'assurance incendie en 1866. Pressentant un marché lucratif pour ce type de carte, il fonda à New York le DA Sanborn National Insurance Diagram Bureau afin de publier l'atlas de Boston et de développer et vendre des cartes d'autres régions. En quelques décennies, l'entreprise devint la plus grande et la plus prospère société cartographique américaine. Cette croissance fut le fruit d'une gestion avisée et du rachat d'entreprises concurrentes (source : Wikipedia). 

Contenant des informations détaillées sur les propriétés et les bâtiments d'environ 12 000 villes américaines, ces cartes lithographiques sont précieuses pour documenter l'évolution du paysage urbain américain sur plusieurs décennies. Sanborn a détenu le monopole des cartes d'assurance incendie pendant la majeure partie du XXe siècle, mais son activité a décliné lorsque les compagnies d'assurance américaines ont cessé d'utiliser ces cartes dans les années 1960. Les dernières cartes d'incendie de Sanborn ont été publiées sur microfilm en 1977, mais les anciennes cartes Sanborn restent utiles pour la recherche historique en géographie urbaine. Aux débuts de l' assurance incendie, les assureurs visitaient chaque propriété susceptible d'être assurée. Avec l'expansion de leurs zones de couverture, il devint impossible d'envoyer des représentants sur place pour évaluer les risques. Les cartes Sanborn leur permirent d'assurer les propriétés depuis leurs bureaux, en mutualisant les coûts avec d'autres compagnies d'assurance abonnées à ces cartes. On disait qu'à une époque, les compagnies d'assurance et leurs agents leur faisaient une confiance quasi aveugle.

La Bibliothèque du Congrès fournit un guide de ressources sur les cartes d'assurance-incendie de Sanborn. La recherche avancée de la collection de cartes Sanborn offre une base de données interrogeable des cartes d'assurance incendie publiées par la Sanborn Map Company entre 1890 et 1953 pour les volumes conservés dans les collections de la Division de la géographie et des cartes de la LOC. La liste en ligne est basée sur la publication de 1981 de la Bibliothèque du Congrès intitulée « Fire Insurance Maps in the Library of Congress ». Une interface cartographique permet d'accéder directement à la ville que l'on cherche. Des collections de cartes d'assurance Sanborn se trouvent dans d'autres bibliothèques nord-américaines. 

Les plans d'assurance-incendie se distinguent par leur système de symboles sophistiqué qui permet de représenter clairement des informations complexes. Lors de leur utilisation, il est important de se rappeler qu'ils ont été conçus pour un usage très spécifique et que, même s'ils sont aujourd'hui utiles à diverses fins, le secteur des assurances a dicté le choix des informations à cartographier et leur mode de représentation. La connaissance des légendes et des couleurs est essentielle à la bonne interprétation des informations figurant sur ces plans. Un code couleurs permettait de distinguer les briques et les tuiles (en rose-rouge), les structures à ossature bois (en jaune), les constructions résistantes au feu (en vert olive). 

Clé d'interprétation des plans d'assurance-incendie Sanborn (source : © Library of Congress)

Les pages préliminaires des atlas et de la première page des éditions de petit format comportaient généralement une légende ou un glossaire des symboles. La grande majorité des cartes d'assurance incendie étaient établies à l'échelle de 1 pouce pour 50 pieds (1/600). Une échelle plus petite ou moins détaillée était employée pour les zones suburbaines et les grands sites industriels. Pour ces zones, on utilisait des échelles de 1 pouce pour 100 pieds (1/1 200) ou de 1 pouce pour 200 pieds (1/2 400). Dans de rares cas, des échelles encore plus petites étaient utilisées. La plupart des cartes comportent une échelle graphique facilitant la mesure des éléments ou des distances, et cette échelle est généralement indiquée dans le titre de la carte. 

Pour illustrer l'intérêt des cartes d'assurance incendie pour la recherche historique, des cartes de plusieurs localités des Etats-Unis sont reproduites sur la page Echantillons Sanborn. On y retrouve des bâtiments caractéristiques (mines, abattoirs, instituts, auditoriums...) et des entreprises, qui sont très bien documentés sur les cartes d'assurance-incendie. La collection de cartes David Rumsey a numérisé et mis en ligne l'atlas d'assurance Sanborn de 1905 pour San Francisco (quelques mois seulement avant le séisme et l'incendie dévastateurs de San Francisco en avril 1906). 

S’appuyant sur des travaux de recherche récents, cet article examine la division genrée du travail dans la production des cartes d’assurance incendie pour la Sanborn Map Company. Principal producteur de cartes aux États-Unis au XXe siècle, Sanborn employait l’un des plus importants groupes de cartographes féminines (entre 200 et 350). L’article se concentre sur trois aspects de la vie des femmes chez Sanborn : leur travail quotidien, leur rôle au sein de l’entreprise et la manière dont la discrimination s’y reproduisait (ou non). À travers ces analyses, l’article réfute l’idée que la contribution des femmes chez Sanborn se limitait à des tâches cartographiques administratives et démontre qu’elle a été essentielle au succès de l’ensemble des activités de l’entreprise. Ce faisant, cet article vise à montrer comment une approche processuelle de l’histoire de la cartographie permet de mettre en lumière les acteurs marginalisés.

« Cartes Sanborn : les secrets fascinants cachés dans les cartes historiques américaines » (The Cartographic Institute). 

L'une des meilleures façons d'utiliser les cartes Sanborn n'est pas d'examiner une seule édition, mais d'en comparer plusieurs. Les grands atlas comportent généralement une carte graphique ou « légende » indiquant quelle feuille couvre quelle partie de la ville. Les index des rues permettent ensuite d'identifier la feuille contenant une adresse précise. Ensuite, consultez la légende. Ne présumez pas qu'un symbole a la même signification dans toutes les éditions. Enfin, comparez plusieurs dates chaque fois que c'est possible. Une carte est utile ; trois, quatre ou cinq éditions permettent une reconstitution remarquablement détaillée de l'évolution urbaine. N'oublions pas la finalité de ces cartes : cartographier l'environnement bâti à des fins d'assurance, et non dresser un portrait neutre de la société. Le contenu et la méthode de relevé ont été dictés par les besoins des assureurs incendie.


3) Cartes et plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies sur Hagley

Les archives numériques de la bibliothèque d'Hagley proposent une collection de cartes et de plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies, qui comprend soixante-dix plans et cartes, représentant principalement des usines textiles, des usines de papeterie et des fonderies en Nouvelle-Angleterre et à New York. Les Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies regroupaient vingt-huit mutuelles d'assurance spécialisées dans l'assurance incendie industrielle. L'association disposait d'un laboratoire central d'essais pour tester et homologuer les appareils de lutte contre l'incendie et les équipements électriques, de services d'ingénierie et d'évaluation, ainsi que d'un service de planification chargé de produire et de diffuser des cartes et des plans d'assurance incendie des biens assurés. 

Certains plans comportaient des vues isométriques de bâtiments destinés à servir de preuves visuelles en cas de catastrophe. Ces documents très détaillés pouvaient comprendre un plan des bâtiments (avec leurs dimensions), des vues en élévation (avec la fonction des étages et des pièces), une vue isométrique des bâtiments et des environs. A Boston, l'Associated Factory Mutual fournissait même une description de la propriété, de l'énergie et du combustible, des stocks et des produits, ainsi que des sources d'eau et des moyens de protection existants contre les incendies. 

Compagnies d'assurance-incendie Associated Factory Mutual. Winthrop Mills Company (tissu de coton et de laine), Winthrop, Maine. Boston, (source : © Digital Commonwealth - Massachusetts collection online) 


Liens ajoutés le 16 mai 2026

La fabrication de la Schlitz, la bière qui a fait la renommée de la ville de Milwaukee, est arrêtée après 175 ans d'existence. En 1870, Schlitz avait construit une brasserie gigantesque à Milwaukee. On retrouve la trace du complexe brassicole de Joseph Schlitz sur le plan de la Sanborn Insurance Company avec la description détaillée des bâtiments et des moyens de lutte contre l'incendie à l'époque. Une mine d'informations pour l'histoire et l'archéologie urbaines ainsi que pour la protection du patrimoine industriel.

Plan détaillé des bâtiments de la Joseph Schlitz Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)


La marque Schlitz a été rachetée par Pabst en 1999 qui devait la relancer avec une nouvelle recette censée s'inspirer des années 1960. On retrouve aussi les bâtiments de la Pabst Brewing Company, autre grande brasserie de Milwaukee.

Plan détaillé des bâtiments de la Pabst Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)



Cartographie et mémoire industrielle. Une publicité imprimée de 1942 montrant que la Schlitz avait fait connaître la ville de Milwaukee dans le monde entier (source : Milwaukee Journal Sentinel)


Articles connexes


L'histoire par les cartes : les cartes de la Société de documentation industrielle, un inventaire du patrimoine industriel de la France de l'entre-deux-guerres