L'Atlas des déserts. Comment naît un atlas


Source : Ninon Blond. L’Atlas des déserts. ArchéOrient - Le Blog (11 avril 2025)

Ninon Blond, maîtresse de conférences en géographie à l’ENS de Lyon, spécialiste de géoarchéologie et d’évolution des socio-écosystèmes dans les milieux désertiques, revient sur la genèse de l'Atlas des déserts paru en 2025 aux éditions Autrement. Si beaucoup de thématiques ou d’espaces sont couverts, les objets spatiaux sont restés longtemps un peu dans l’angle mort de la collection : les forêts ont été traitées pour la première fois en 2022 et les glaciers très récemment, en septembre 2024. Il manquait encore à la collection un atlas des déserts, mettant en avant les problématiques et les enjeux propres à ces espaces. 

  • À l’origine du projet éditorial : recherche et belles rencontres
  • Au centre du questionnement : définir les déserts
  • Des cartes, des textes, et beaucoup d’échanges
  • Embrasser la diversité
Même si les déserts se définissent par une caractéristique commune – l’aridité qui y règne –, les zones désertiques sont en réalité multiples : déserts de sable ou de roche, chauds ou froids… Ils couvrent un tiers des terres émergées du globe.
  • Les déserts ont une longue histoire : la retracer permet de comprendre comment ils se sont formés, comment ils évoluent et quelles sont leurs spécificités.
  • Ces espaces ont fait l’objet d’explorations scientifiques ou ayant pour finalité de dénicher les ressources et matières premières dont ils regorgent.
  • Des modes de vie et une économie spécifiques s’y sont développés : nomadisme, agriculture, tourisme, construction de villes ultra-modernes…
  • Espaces marginaux, les déserts servent de refuge ou de repli et les États tentent de contrôler ces marges stratégiques.
  • Les déserts ont toujours fasciné l’homme, qui a développé tout un imaginaire autour de ces lieux : on le retrouve dans la religion, la littérature ou les jeux vidéo.
Plus de 90 cartes et infographies nous font ainsi découvrir les déserts du monde et leurs enjeux : Sahara, Takla-Makan, Gobi, Atacama ou Mojaves… Si ces noms font toujours rêver, la réalité géopolitique les replace au cœur des défis contemporains.

Aurélie Boissière est géographe-cartographe indépendante, diplômée de l'université Paris Panthéon-Sorbonne et de l'ENSG, spécialisée dans la cartographie de presse et d'édition. 

Pour compléter

Ninon Blond, « Les déserts, une approche géographique ». A propos de son Atlas des déserts. Entretien n°151 conduit avec Clara Loïzzo (Nonfiction). Les déserts apparaissent comme des espaces peu connus, objets de fantasmes et de simplifications. La géographe Ninon Blond revient ici sur ces objets spatiaux.

« Les déserts dans le monde, avec Ninon Blond » (Cafés géographiques).
Les déserts couvrent 1/3 de la surfaces des terres émergées. Définir le désert préoccupe les savants ; le consensus évident c’est qu’il est difficile, voire impossible d’en donner une définition unique. L’étymologie latine deserta /desertus renvoie à des zones abandonnées (désertées), inhospitalières voire vides d’hommes, difficiles à mettre en valeur, le plus souvent en marge de l’œkoumène. Ninon Bond, notre invitée, maitresse de conférences en géographie à l’ENS Lyon, auteur d’un Atlas des déserts, spécialiste des environnements secs et de leur évolution sur le temps long est l’intervenante idéale pour nous présenter ces territoires complexes aux enjeux multiples, nécessitant une approche pluridisciplinaire.

Lien ajouté le 15 janvier 2026

« Projections mondiales de l'indice d'aridité à moyen et long terme, basées sur les scénarios du CMIP6 » (European Geosciences Union)

Camille Crapart, Sandrine Anquetin, Juliette Blanchet et Arona Diedhiou (Université Grenoble Alpes) analysent l’évolution mondiale de l’aridité. À partir de 13 modèles CMIP6, ils projettent les futurs climatiques jusqu’en 2100 selon trois scénarios.  Les modèles CMIP6 sont évalués sur la période 1970-1999 et comparés aux bases WorldClim et ERA5. Les corrélations sont fortes pour température et évapotranspiration.Les chercheurs identifient toutefois des biais régionaux, notamment une surestimation de l’humidité au Nordeste brésilien. À l’échelle globale la plupart des régions conservent leur catégorie climatique, mais l’indice d’aridité diminue presque partout. Cela signifie des conditions plus sèches au sein même des zones humides révélant une aridification diffuse et progressive plutôt qu’un basculement brutal des climats. Les projections montrent un assèchement marqué en Amérique du Nord et centrale, en Méditerranée et aux marges des déserts. Dans le scénario SSP5-8.5, certaines régions voient leur aridité augmenter de 30% à 40% d’ici 2100, sous l’effet combiné du réchauffement et de la baisse des pluies. Le scénario SSP3-7.0 se distingue par une humidification temporaire à moyen terme, liée aux aérosols, suivie d’un assèchement généralisé en fin de siècle. Cette trajectoire instable accroît l’incertitude pour les sociétés, avec des conditions climatiques changeantes entre 2030 et 2099. L’extension mondiale des zones sèches atteindrait +3% à +5% des terres émergées selon les scénarios. L’aridification touche aussi des régions densément peuplées. En 2020, 27% de la population mondiale vivait déjà dans des zones sèches, soit plus de 2 milliards d’habitants. L’aridification future prolonge les structures actuelles. Les zones sèches s’étendent surtout en périphérie des déserts existants. Ces cartes offrent un cadre robuste pour anticiper les tensions hydriques, sans réduire les impacts à une simple lecture écologique. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Tunisie: le Désertif’action, à la recherche de solutions innovantes pour lutter contre la sécheresse » (RFI)

Le sommet « Désertif’action » à Djerba réunit 450 acteurs autour d’un constat global. 40% des terres sont déjà dégradées. Cette crise diffuse reconfigure les espaces ruraux du Sahel au Maghreb et fragilise les systèmes productifs. Les projections évoquées par Patrice Burger traduisent un basculement planétaire. D’ici 2050, 75% des populations seront exposées à la sécheresse. Dès 2030, 700 millions de déplacés sont envisagés, révélant une recomposition des mobilités à grande échelle. La contrainte financière structure fortement l’action. Selon Sandra Rullière, il faudrait 1 milliard de dollars par jour pour restaurer les sols. Or, les budgets se déplacent vers le réarmement, réduisant la capacité d’intervention environnementale. Les solutions reposent sur une gestion fine de la ressource hydrique. Optimiser chaque goutte d’eau devient central. L’agroécologie, les techniques d’irrigation adaptées et l’appui aux éleveurs nomades permettent de stabiliser les territoires face à l’aridification. Au Burkina Faso, Claude Arsène Savadogo développe des intrants biologiques locaux. Mais la pauvreté et l’urgence alimentaire limitent l’adoption de solutions durables, perçues comme trop lentes face aux besoins immédiats. Les crises politiques accentuent les blocages. Insécurité et déplacements empêchent l’accès aux terres et freinent les innovations. La désertification devient ainsi un phénomène systémique, combinant facteurs écologiques, éco et géopolitiques. 

Articles connexes


Le Blanc des cartes. Quand le vide s'éclaire (Atlas Autrement)