Atlas IGN des cartes de l'anthropocène


L'IGN publie en 2022 son premier atlas des cartes de l'anthropocène : Cartographier l'Anthropocène. Changer d'échelle pour pouvoir agir.

L’été 2022 a été marqué par l’intensité et la succession de records de chaleur, sécheresse, méga-feux de forêts, inondations et épisodes de vent violents. Face à ces bouleversements, l’IGN, dans sa mission d’appui aux politiques publiques, s’est engagé en 2021 à développer une capacité d’observation en continu. L’enjeu : produire des cartes thématiques sur un nombre limité d’enjeux écologiques majeurs qui rendent compte des changements rapides du territoire et des conséquences sur l’environnement.

Par ce premier Atlas, qui a vocation à devenir un rendez-vous annuel, l’IGN présente ses cartes de l’anthropocène et décrit les enjeux technologiques pour les produire et cartographier les changements.

Anthropocène est un néologisme construit à partir du grec ancien ἄνθρωπος (anthropos, « être humain») et καινός (kainos, « nouveau »), en référence à une nouvelle ère où les activités humaines ont un impact significatif et global sur les écosystèmes planétaires. Débutée à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, elle succéderait, selon le Néerlandais Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie, et le biologiste américain Eugène Stoermer, à la période dite holocène en tant que nouvelle époque géologique.

La carte comme révélateur du changement

La carte, sous toutes ses formes, est un extraordinaire outil de médiation et de compréhension du monde. Les cartes de l’anthropocène permettront ainsi d’établir des diagnostics partagés et d’offrir des outils mobilisables par les acteurs pour parler un langage commun et relever les défis environnementaux.

 Carte de l’évolution de l’artificialisation des sols, suivi de l’état des forêts, observation de l’érosion des reliefs et en particulier du trait de côte, cartographie prédictive des zones de biodiversité à protéger, l’IGN est à l’œuvre pour montrer les changements d’un territoire en permanente évolution. En devenant dynamique la carte devient un outil de la planification écologique.


Les capacités d'observation de l'IGN. Pour que la carte déploie tout son pouvoir de médiation, réponde au besoin de pilotage des politiques publiques et mette en capacité les citoyens de modifier leurs comportements, l’IGN doit opérer les virages technologiques structurants vers l’observation en continu.


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Feral Atlas, une exploration de l’Anthropocène perçu à travers la féralisation

Depuis le 1er janvier 2021, l'IGN rend ses données libres et gratuites

L'histoire par les cartes : 30 cartes qui racontent l'histoire de la cartographie (sélection de l'IGN)

Lidar HD : vers une nouvelle cartographie 3D du territoire français (IGN)

L'IGN lance une opération de recensement des bornes de propriété avec l'application ALEA

Enquête sur la mention « compatible GPS » indiquée sur les cartes IGN des années 1980-90

Zoom sur le service Edugéo (IGN) proposé à travers le portail de ressources Eduthèque

Chercher une carte IGN par thème d'études


Datavisualisation : une population mondiale à 8 milliards d’habitants (Visual Capitalist)


À la fin de l'année 2022 (sans doute dans le courant du mois de novembre), le huit milliardième être humain aura fait son apparition sur Terre. En moins d'un demi siècle, la population mondiale aura doublé, passant de 4 à 8 milliards d'habitants. Pour autant, la répartition de la population est très inégale selon les pays comme le montre la datavisualisation ci-dessous.

Le site Visual Capitalist propose de belles data visualisations à télécharger sur la population à l'échelle mondiale et continentale. Il semble que la mode des #dataviz soit en train de supplanter un peu celle des anamorphoses.

8 milliards d'êtres humains dans le monde en 2022 (source : Visual Capitalist)


Les données statistiques sur la population en 2022 sont issues de l'ONU. Certains chiffres peuvent prêter à caution (comme par exemple 66 millions pour la France et 43 millions pour l'Ukraine). Mais globalement les ordres de grandeur donnés par ces data visualisations restent les mêmes.

"Toutes les quatre minutes environ, 1000 bébés naissent dans le monde. Mais dans quels pays ces bébés sont-ils statistiquement les plus susceptibles de naître ?" (estimations 2022).

Où naissent statistiquement les bébés dans le monde ? Estimations 2022 sur 1000 bébés (source : Visual Capitalist)


Pour compléter

« La population mondiale risque de diminuer de moitié d'ici à 2100 »  (Les Echos).

« Il faut réduire la population pour sauver la planète. C’était déjà l’idée prônée par certains adeptes de la décroissance à la fin des années 1960 » (un thread proposé par @Cobra_FX_)


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Journée mondiale de la population : 8 milliards d'habitants en 2022

Utiliser la grille mondiale de population de la plateforme Humanitarian Data Exchange

Données carroyées de population à l'échelle mondiale sur le site WorldPop

Le vieillissement de la population européenne et ses conséquences

Les villes face au changement climatique et à la croissance démographique


La carte des résultats aux élections législatives en Italie (scrutin du 25 septembre 2022)

 

Les élections générales 2022 en Italie marquent une victoire historique pour Giorgia Meloni et l’extrême droite. L’alliance des droites dirigée par le parti Fratelli d’Italia obtient, avec plus de 44 % des suffrages, 237 députés sur 400 et 115 sénateurs sur 200 (majorité absolue à la Chambre et au Sénat). Le principal vainqueur de ces élections a été les Frères d'Italie de Giorgia Meloni, un parti dont les racines remontent au Parti national fasciste de Mussolini.

L'élection a vu un faible taux de participation avec seulement 63,91% de participation (voir le détail de l'abstention par commune). L'Alliance de droite (composée des Frères d'Italie, Forza Italia, Ligue et Nous modérés) va former le prochain gouvernement italien, après avoir remporté la majorité des sièges à la fois à la Chambre des députés et au Sénat.

La carte des résultats par communes fait apparaître de nettes différences régionales avec toujours une opposition assez marquée entre le Nord et le sud de l'Italie. On observe le maintien d'une assez forte implantation du Mouvement 5 étoiles (en jaune) dans le sud de l'Italie et en Sicile, alors que le reste du pays est presque entièrement aux mains du parti Fratelli d'Italia (en bleu). Le parti démocratique (en rouge) résiste tant que bien mal autour de Bologne et Florence et dans quelques grandes villes du Nord.

Carte des résultats montrant le parti en tête dans chaque commune (source : @Filippoteoldi pour le journal Domani)


Filippo Teoldi a élaboré une carte animée qui permet de comparer avec les élections législatives précédentes (depuis 1983). Le déclin des partis de gauche et la montée en puissance des partis de droite et d'extrême droite apparaissent nettement sur un temps long. L'alliance Forza Italia de Berlusconi avait déjà préparé le terrain pour de tels rapprochements.


« Élections en Italie : une victoire historique pour Giorgia Meloni et l’extrême droite » (Le Monde).

« Italie : décryptage d'un tremblement de terre électoral » (Le Point).

« En Italie, l’abstention a fait le match » (Mediapart). La victoire de la droite et de l’extrême droite en sièges cache une stabilité de son électorat. Le pays n’a pas tant viré à droite sur le plan électoral que dans une apathie et une dépolitisation dont le post-fascisme a su tirer profit.

« I risultati alla Camera delle Elezioni 2022 » (Corriere de la Sierra).

« Législatives en Italie : d’où vient l’extrême-droite ? (Le Dessous des cartes – L’Essentiel, ARTE, 26 septembre 2022).

David Cayla (@dav_cayla) explique dans un thread les raisons économiques qui ont pu aboutir à cette victoire de l'extrême droite en Italie :


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L'histoire par les cartes : recensement des noms de rues en Italie portant des noms de personnes ayant résisté ou combattu contre le fascisme

Un projet de cartographie participative pour inventorier les traces du passé colonial italien

Cartes et données sur le terrorisme dans le monde (de 1970 à nos jours)


La Global Terrorism Database (GTD) est une base de données open source contenant des informations sur les événements terroristes dans le monde de 1970 à 2020 (plus de 200 000 cas répertoriés). La GTD est une base de données assez complète et librement accessible sur le terrorisme. Démarrée en 2002 à l'initiative de chercheurs de l'Université du Maryland, elle est mise à jour régulièrement dans le cadre du consortium START (Study of Terrorism and Responses to Terrorism), qui bénéficie d’un soutien du gouvernement des États-Unis.

Répartition géographique et intensité des attaques terroristes dans le monde en 2020 (source : GTD)


La heatmap GTD 2020 met en évidence la concentration géographique et l'intensité des attaques terroristes qui se sont produites dans le monde en 2020. L'intensité est calculée en fonction du nombre de personnes tuées ou blessées lors de chaque attaque. La carte est téléchargeable en grand format et comparable avec des cartes des années précédentes.

Comme le montrent Hervé Théry et Daniel Dory qui ont travaillé sur la géographie de ces attaques terroristes, le terrorisme constitue un fait très répandu mais pas "mondial". Bien que très spectaculaire, le phénomène reste « concentré dans deux zones principales : le Moyen Orient et l’ensemble Afghanistan/Pakistan. Et si le Kenya et la Somalie se distinguent également en la matière, la plupart des autres zones et pays marqués par la fréquence des attentats ne se détachent plus lorsque l’on s’intéresse à la létalité » :

Daniel Dory et Hervé Théry (2021). « Mettre le 11 septembre 2001 à sa place. Réflexions géographiques sur les réalités du terrorisme dans le monde ». La Géographie 2021/4 (n° 1583), pages 40 à 45.

Morts par actes de terrorisme dans le monde de 1970 à 2019 (source : Dory et Théry, 2021).



Les mêmes auteurs ont travaillé sur les relations entre terrorisme et tourisme dans le but « d’explorer cette thématique complexe à l’aide d’une démarche cartographique novatrice, permettant d’avancer vers une meilleure formulation des hypothèses de travail à partir de données empiriques contrôlables » :

Hervé Théry et Daniel Dory (2021). « Relation terrorisme-tourisme : quand les cartes sont des atouts ». Conflits. Revue de géopolitique. 31 juillet 2021.

Tourisme et terrorisme dans le monde (Source : Théry et Dory, 2021)


Pour compléter

  • « Terrorisme. Espace mondial, l'atlas » (Atlas Sciences Po, 2018). Méthode d’action violente cherchant à susciter la peur dans les sociétés qui en sont la cible, le terrorisme n’est ni nouveau, ni l’apanage des groupes islamistes radicaux. En réaction aux attentats du 11 septembre 2001, les États occidentaux sont tentés d’instrumentaliser l’anxiété. Le terrorisme suscite souvent un recul de l’État de droit dans les pays démocratiques et un renforcement des politiques répressives par les régimes autoritaires.

  • Sur la distinction entre terrorisme, homicides et criminalité, il est peut être intéressant de consulter  l'article d'Hervé Théry « Terrorisme au Brésil ? ».

  • « Terrorisme et insurrection en Afghanistan : quelques données de base ». Par Hervé Théry et Daniel Dory (Conflits. Revue de géopolitique)

  • « Cinq ans de terrorisme d'Al-Qaida (2017-22) ». Une infographie proposée par journal Le Monde à partir des données de l'ACLED pour l'article "La mort du chef d’Al-Qaida illustre la nouvelle guerre américaine en Afghanistan".

  • Opération Barkhane, une régionalisation des moyens face à une régionalisation du terrorisme (African Studies).

  • 46 ans d'attaques terroristes en Europe visualisées en cartes et en graphiques (The Washington Post).

  • Modèles graphiques reconstituant les liens entre des groupes terroristes : nécessité des network sciences (Veille Carto2.0).

  • Cinq décennies de reportage sur le terrorisme : y a-t-il eu pas assez ou trop de couverture ? (The Conversation).

  • Comment la cartographie peut servir à agiter la peur outre-altantique. Exemple d'une "carte effrayante montrant comment les djihadistes affluent de l'étranger vers l'Afghanistan pour lancer une nouvelle guerre terroriste avec l'Occident" (The Sun).

  • Menace terroriste et « conseils aux voyageurs » dans le Sahel : la cartographie de l’exclusion (Jeune Afrique).

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La route maritime de la soie. Connectivités mondiales, nœuds régionaux, localités (ouvrage en open edition)


Franck Billé, Sanjyot Mehendale, James Lankton,  The Maritime Silk Road. Global Connectivities, Regional Nodes, Localities. Amsterdam University Press, 2022.

L'ouvrage en anglais est publié en creative communs et téléchargeable en pdf sur le site d'OAPEN.


Résumé

L'ouvrage The Maritime Silk Road met en avant les nombreux réseaux qui ont été tissés à travers les océans, liant des régions du monde entre elles souvent bien plus largement que les routes terrestres. Forts des nouvelles données apparues au cours des deux dernières décennies sous la forme de découvertes archéologiques mais aussi de nouvelles technologies telle la modélisation SIG, les auteurs montrent l'existence d'un commerce maritime mondial très précoce. De l'architecture à la cuisine, de la langue aux vêtements, les découvertes archéologiques indiquent des connexions précoces à la fois en Asie et entre l'Asie et les autres continents, bien avant les explorations européennes. Les histoires humaines présentées ici offrent un aperçu à la fois de l'étendue et des limites de cet échange mondial, montrant comment les biens et les personnes parcouraient de grandes distances et comment ils étaient intégrés dans des réseaux régionaux.

Le chapitre 5 (Networks and Cultural Mapping of South Asian Maritime Trade) est consacré plus spécifiquement à l'analyse spatiale des réseaux commerciaux et à la cartographie des échanges culturels au sein de l'océan Indien.



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Géographie du cinéma en France (données du CNC)

 

Le Centre National de la Cinématographie et de l'image animée (CNC) publie régulièrement des statistiques sur le cinéma. Les rapports mis à disposition chaque année permettent de dresser un état des lieux du parc cinématographique français au niveau national, mais également régional, départemental et communal.



Le nombre et le type d'établissements cinématographiques, la répartition et l'évolution des salles, le nombre d'écrans et de fauteuils, le taux de fréquentation, le type de programmation permettent de dresser une véritable géographie du cinéma à l'échelle de la France. Les données ainsi que les rapports sont à télécharger sur le site du CNC :
Ces données sont reprises et analysées dans les médias, notamment pour montrer les difficultés actuelles des salles de cinéma qui enregistrent une baisse de la fréquentation du fait de la difficile reprise après les fermetures des salles liées à la crise de Covid-19, mais aussi du fait du prix assez élevé du billet d'entrée et de la concurrence d'autres moyens de diffusion cinématographique. Ces cartes sont parfois discutables sur le plan sémiologique comme le montrent les deux exemples suivants où le dégradé de la légende ne permet pas une lecture claire de la carte (un mapfail que l'on rencontre souvent dans les médias qui utilisent l'application Flourish).

« Carte. Combien coûte une place de cinéma selon votre département ? »
(Source : Capital)

« Prix, fréquentation, équipements : dans l'accès au cinéma, toutes les régions ne se valent pas »  
(Source : Le Progrès)


Si la France est l'un des pays du monde avec le réseau de salles de obscures le plus dense, le parc cinématographique et sa fréquentation sont très inégalement répartis sur le territoire. Même si ces pistes d'analyse peuvent être intéressantes, le mieux est encore de retourner à la source des données. Le CNC publie des graphiques assez détaillés du point de vue géographique sur l'évolution mais aussi la répartition des cinémas en fonction de la taille des communes. 

Évolution de la fréquentation en pourcentage entre 2021/2020 et 2021/2012 selon la taille des communes
(Source : Géographie du cinéma 2021 - CNC)



Évolution de la fréquentation en pourcentage entre 2021/2020 et 2021/2012 selon les zones rurales et les unités urbaines
(Source : Géographie du cinéma 2021 - CNC)



Certaines cartes du rapport publiées par le CNC ne sont pas dépourvues non plus de mapfails et la maille départementale n'est pas toujours très pertinente :




Il est possible de produire ses propres cartes et analyses en téléchargeant des données plus fines à l'échelle communale et en utilisant le fichier de géolocalisation des salles mis à disposition sur le site du CNC (cd fichier fournit en outre des données sur le type d'établissement, le nombre d'écrans et de fauteuils par cinéma, le type de programmation) : 


Aperçu de quelques données dans QGIS (nombre de fauteuils par cinéma et cinémas d'art et d'essai)

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Numbeo, une banque de données et de cartes sur les conditions de vie dans le monde : à utiliser avec prudence !

La cartographie du monde musulman et ses nombreux mapfails

Utiliser Wikidata pour chercher des informations géographiques

Data France, une plateforme de visualisation de données en open data

OpenDataSoft : une plateforme avec plus de 1800 jeux de données en accès libre

Geonames, une base mondiale pour chercher des noms de lieux géographiques


Atlas du monde rural de la Catalogne (mise à jour 2022)


Cette nouvelle version 2022 de l'Atlas du monde rural de la Catalogne est à télécharger en pdf sur le site de  l'Associatio d'iniciatives rurals de Catalunya (atlas en catalan). Le sous-titre "Dépeuplement ou revitalisation ?" pose bien la problématique de cette nouvelle édition destinée à mettre en évidence les mutations socio-économiques ainsi que les effets du Covid19 sur les campagnes catalanes.

Evolution de la population par communes en Catalogne (extrait de l'Atles Món Rural 2022)



Vers un nouveau cycle de repeuplement rural ? (extrait de l'Atles Món Rural 2022)

En 2009, la Fundació del Món Rural a publié le premier "Atlas de la nouvelle ruralité" réalisé par le Département de Géographie et de Sociologie de l'Université de Lleida. Cet atlas est devenu au fil des ans un outil indispensable pour le secteur agricole, mais aussi pour le secteur de l'éducation et tous les secteurs professionnels s'intéressant aux zones rurales. L'Atlas a donc été mis à jour avec une 2e édition en 2015 sous le sous-titre : « L'actualité du monde rural. Les années de la grande crise de la Catalogne rurale (2008-2015)". Les effets de la reprise économique ont commencé à se faire sentir à partir de 2013, avec une reprise démographique malgré tout assez modérée des communes rurales. Mais la pandémie de Covid-19 est survenue entraînant une série de mesures à partir de mars 2020 destinées à limiter et contrôler la mobilité. Les effets économiques de ces restrictions ont tout d'abord été très négatifs en termes d'emplois et de PIB pour l'ensemble de la société catalane. On s'attendait à une certaine reprise des activités économiques. Le retour à la normale se fait cependant toujours attendre et entre-temps, des changements politiques et économiques sont apparus au niveau international.

Cette 3e édition, tout en s'inscrivant dans la continuité des précédents atlas, répond à une approche plus large. Les informations proviennent des organismes publics produisant des statistiques de base et de diverses autres sources existantes concernant le secteur agricole et la ruralité déjà utilisées dans les Atlas précédents, ainsi que de nouvelles sources statistiques. Les zones d'emploi à l'échelle communale et départementale ont été conservées comme dans les précédentes versions, mais en intégrant les modifications administratives au niveau de la région, des communes ou des vigueries.

Concernant le titre de ce nouvel Atlas portrait du monde rural, il paraissait vain de parler encore d'« Atlas de la nouvelle ruralité ». Cette « nouvelle ruralité » est désormais acquise, elle est assimilée socialement et culturellement aux villes, malgré certaines singularités. On note de nouvelles dynamiques avec une opposition entre d'une part des zones peu peuplées, touchées par la récession et le risque de dépeuplement et d'autre part des zones de reprise socio-économique et de repeuplement. 

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Combien de châteaux en Espagne, 10 000 voire plus ? Une story map proposée par le journal El-Confidencial

Une cartographie détaillée des biens appartenant à l'Église en Espagne

L'histoire par les cartes : la recension des symboles franquistes en Espagne


Vers un registre mondial des combustibles fossiles


Le registre mondial des combustibles fossiles a pour but de constituer un référentiel ouvert et transparent de données sur la production de combustibles fossiles dans le monde. Le site fournit des données, cartes et graphiques très utiles sur la production de charbon, de pétrole et de gaz ainsi que leurs contributions aux émissions de CO₂.

Interface du Registre mondial des combustibles fossiles 


Historiquement, les efforts pour lutter contre le changement climatique se sont concentrés sur la réduction de la demande de combustibles fossiles. Malgré ces efforts, les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître, les combustibles fossiles représentant environ 80 % du mix énergétique mondial. Selon les prévisions, la production en combustibles fossiles d'ici 2030 pourrait même atteindre le double de que ce qui est compatible avec une hausse de 1,5 °C. Une approche holistique de la lutte contre le changement climatique se doit donc d'aborder les deux extrémités du spectre - l'offre et la demande. 

Cependant, les données accessibles au public sont restées longtemps limitées, rendant difficile toute évaluation précise de la quantité extraite de charbon, de pétrole et de gaz, leurs lieux de production ainsi que leur impact sur le budget carbone. Le Registre mondial des combustibles fossiles comble directement ce manque de données en créant un outil centralisé et transparent concernant l'approvisionnement en combustibles fossiles. Ce registre rassemble des milliers de sources de données gouvernementales et d'entreprises en un seul endroit et en open source, du niveau mondial jusqu'au niveau des projets individuels.

"Enfin un registre global sur les énergies fossiles". Présentation du projet et du site sur le site Carbon Tracker (en anglais).




Trois sources mondiales sont utilisées pour compiler les données sur la production et les réserves des pays producteurs de pétrole et de gaz : BP Global Statistical Analysis (BP), données détenues par l'Energy Information Administration, une agence du Federal Statistical System (EIA) des États-Unis, et la base de données des pays producteurs et exportateurs de pétrole (OPEP). Lorsque des ensembles de données à l'échelle nationale sont disponibles, elles sont utilisées en complément.

Les séries chronologiques sont téléchargeables en ligne à partir de trois fichiers : 
  • Pétrole BP (1965-2020), gaz (1970-2020), charbon (1981-2020) (10 223 points de données)

  • EIA pétrole (1965-2020), gaz (1970-2020), charbon (1981-2020) (18 992 points de données)

  • Pétrole OPEP (1960-2019), gaz (1960-2019) (11 226 points de données)

Lien ajouté le 23 septembre 2022


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Les Cartes en mouvement. Une chronique de Radio France en partenariat avec Le Monde


Depuis septembre 2022, France Culture consacre une émission spéciale aux cartes et à l'actualité. Cette série hebdomadaire intitulée Les cartes en mouvement est à écouter en direct le samedi matin de 8h35 à 8h40 ou en podcasts sur le site de Radio France. 


© Radio France

Delphine Papin, responsable du service infographie et cartographie au journal Le Monde, vient chaque semaine commenter les cartes et les infographies produites par son équipe éditoriale. L'objectif est ambitieux : il s'agit de « tout comprendre en une carte. Tous les thèmes et toutes les échelles peuvent être mobilisés pour décrire comment les cartes racontent le changement ». 

Cette émission peut être écoutée pour se tenir informé.e de l'actualité, mais aussi pour conduire des pistes de réflexion sur la manière de représenter l'information géographique. Pour les enseignant.e.s, ces émissions peuvent fournir des pistes d'activités pédagogiques avec les élèves ou les étudiant.e.s. On peut par exemple leur faire lire et décrypter ces cartes, les confronter avec d'autres informations (données, cartes ou articles trouvés sur Internet) ou encore les mettre en situation d'élaborer leurs propres cartes (par exemple en leur faisant écouter le descriptif donné par Delphine Papin et en leur faisant réaliser leurs propres productions graphiques en les comparant ensuite aux cartes publiées). Les ressources et les analyses données dans cette émission sont l'occasion de réfléchir également à la transformation des cartes devenues des dispositifs visuels en lien avec l'infographie et les data visualisations que l'on trouve aujourd'hui dans les journaux.

Les productions graphiques du Monde sont à suivre sur les comptes Twitter de @Delphinepapin et @LM_enCartes

Épisodes

  • Sept mois de guerre en Ukraine (samedi 24 septembre 2022).
    Étant donné la masse de données mises à disposition, le rôle de l'OSINT et de l'imagerie satellitaire dans le conflit, on peut dire que « pour les cartographes, il y a bien un avant et un après la guerre en Ukraine » Voir la série d'infographies produites par le journal Le Monde.

  • Bataille mondiale pour le GNL : tout comprendre en une carte (samedi 17 septembre 2022)
    Le gaz naturel liquéfié peut remplacer les livraisons russes. Stratégique, la ressource est très convoitée.

  • L’Alaska est aux avant-postes du réchauffement climatique, mais pas seulement... (samedi 10 septembre 2022)
    Alaska, un réchauffement climatique et militaire : tout comprendre en une carte. L’Alaska est aux avant-postes du réchauffement climatique, mais pas seulement. Territoire oublié depuis la fin de la guerre froide, la fonte des glaces et l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe lui confère un intérêt géostratégique de premier ordre.

  • Le Pakistan ravagé par le changement climatique : tout comprendre en une carte (samedi 3 septembre 2022)
    Pour le Pakistan, 2022 pourrait rester l’année de toutes les catastrophes climatiques. - Service cartographie du journal Le Monde. Le 26 août dernier, suite à la crue du fleuve Indus et aux dramatiques inondations qui ont frappé le pays, le Pakistan a déclaré l'état d'urgence. Delphine Papin explique la façon dont une carte permet, mieux qu'un article, de prendre la dimension d'une catastrophe qui a submergé 10% du pays.

Lien ajouté le 24 septembre 2022

Pour compléter

Toujours sur France Culture, Matthieu Garrigou-Lagrange propose Géographie à la carte une autre émission au cœur des cartes et des territoires  (diffusée le jeudi à 21h et accessible en podcasts sur le site de Radio France)

Articles connexes

Le succès des cartes (Géographie à la carte, France Culture)

La géographie et les cartes : des outils pour faire la guerre ? (France Culture)

Dis-moi où tu vis, je te dirai ce que tu votes ? (Géographie à la carte, France Culture)

Dire et changer le monde avec les cartes (émission "Nos Géographies" sur France-Culture)

Se retrouver dans les cartes (émission sur France Inter)


Forme du savoir, forme du pouvoir. Les atlas géographiques à l'époque moderne et contemporaine (Jean-Marc Besse)


L'ouvrage publié en septembre 2022 aux éditions de l'École française de Rome sous la direction de Jean-Marc Besse constitue une somme impressionnante sur les atlas géographiques de l'époque moderne et contemporaine. Disponible en ligne sur le site Open Edition Books, il peut être lu dans son intégralité ou par chapitre si l'on s'intéresse davantage à certains sujets. Comme en témoigne l'introduction de l'ouvrage, il s'agit de s'intéresser aux atlas dans leurs dimensions à la fois matérielles et symboliques, comme objets visuels et esthétiques, comme outils de connaissances, comme instruments de prestige et de pouvoir. Les atlas scolaires ne sont pas oubliés avec une étude de Manuel Schramm sur les Atlas scolaires et manuels géographiques en Allemagne au XIXe siècle.

Introduction

Parmi les livres qui ont permis aux sociétés modernes et contemporaines d’élaborer une nouvelle compréhension du monde terrestre à la suite des entreprises de découverte et de conquête engagées par les puissances européennes, les atlas géographiques, dès leur apparition en Europe à la fin du XVIe siècle, ont occupé une place déterminante. À la fois espaces d’expérimentation graphique et produits de synthèses intellectuelles, mais aussi objets de prestige et de pouvoir, ils offraient à leurs utilisateurs l’image et le récit d’une maîtrise réelle et symbolique possible de l’espace. Le présent ouvrage a pour ambition d’étudier les atlas géographiques dans l’histoire de leurs productions, de leurs transformations, de leurs circulations, ainsi que de leurs effets sociaux et politiques. Il propose également d’envisager l’atlas, de manière générale, comme une forme éditoriale spécifique qui organise les conditions visuelles du savoir sur le monde. Les atlas géographiques sont, d’une part, étudiés dans leur fonction politique, c’est-à-dire dans le rôle qu’ils ont pu jouer dans l’exercice du pouvoir, dans la fabrication des territoires et dans le développement des imaginaires politiques. Ils sont, d’autre part, considérés dans leur portée cognitive, c’est-à-dire comme des dispositifs graphiques de construction, d’organisation, de conservation et de transport des connaissances géographiques. Ils sont, enfin, reconnus comme des objets matériels, qui relèvent de pratiques graphiques et éditoriales spécifiques et de métiers particuliers (le dessin, la gravure, l’imprimerie, la librairie).

Sommaire

Remerciements
Jean-Marc Besse

Introduction
Pour une histoire renouvelée des atlas et des recueils cartographiques

Première partie – Les atlas et la fabrication des territoires

Jean-Marc Besse
Introduction

Antonella Romano
Cartographie de la Chine au milieu du XVIIe siècle et projets européens d’atlas
Martino Martini et les Blaeu

Jean Boutier
L’atlas de la généralité de Rouen
Le contrôleur général, l’intendant et les cartographes indigènes (1679-1683)

Hélène Blais
Le territoire colonial feuilleté : un atlas manuscrit de la Régence d’Alger (1834-1838)

Ségolène Débarre
Une vision ottomane du monde
À propos d’un atlas français traduit à Istanbul à la fin du XIXe siècle

Gilles Palsky
L’Atlas de Finlande de 1899 : la Nation démontrée par les cartes

Manuel Schramm

La contemplation de l’homme dans sa relation avec la nature ?
Atlas scolaires et manuels géographiques en Allemagne du XIXe siècle

Deuxième partie - La forme-atlas dans la construction des savoirs

Jean-Marc Besse
Introduction

George Tolias
Atlas or Order
The Origins of the Early Modern Universal Utopia

Émilie d' Orgeix
L’atlas entre culture de l’image et culture en images
Manipulation et stratégie d’assemblage de cartes et plans dans l’œuvre de Claude Masse (1651-1737)

Stéphane Van Damme
Des atlas du doute ?
Scandales, impostures et prudences cartographiques au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles

Angelo Cattaneo
Conoscere attraverso le immagini: genesi e forma degli atlanti
Una svolta epistemologica della prima età moderna

Bertrand Müller
Les formes de la documentation dans la première partie du XXe siècle : atlas ou encyclopédie ?

Troisième partie - La matérialité d'une forme

Jean-Marc Besse
Introduction

Nicolas Verdier
Quelques réflexions sur la matérialité des atlas (XVIIe-XVIIIe siècle)

Catherine Hofmann
Le monde selon Robert de Vaugondy, d’Anville et Beaurain
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Quand la carte entrait dans une stratégie de communication auprès du Roi et de l'Académie des sciences

 

Voici une thèse passionnante à lire où il est question de mappemonde, de voyage et d'histoire des sciences :

Camille Blachère. Le ciel commence au-delà des mers. Savoirs et pratiques astronomiques et expéditions extra-européennes au XVIIIe siècle. Université du Littoral Côte d'Opale, 2021. Disponible sur Hal.

Cette thèse se situe au carrefour de plusieurs champs qui concernent l'histoire, la philosophie et la sociologie des sciences. Au coeur de la thèse de Camille Blachère, on peut découvrir cette très belle mappemonde de Joseph-Nicolas Delisle qui indique avec précision "les heures et les minutes du temps vrai de l'entrée et de la sortie du centre de Vénus sur le disque du soleil le 6 juin 1761" (à découvrir sur le site de Gallica).

Mappemonde de Joseph-Nicolas Delisle de l'Académie des Sciences - 1761 (source : Gallica)


Le transit de Vénus devant le Soleil se produit lors du passage de la planète Vénus entre la Terre et le Soleil, occultant une partie du disque solaire. D'un point de vue scientifique, l'observation de transits de Vénus aida les scientifiques à calculer la distance Terre-Soleil par la méthode de la parallaxe. Le phénomène offre aux astronomes l'occasion de déterminer la parallaxe solaire à partir de la comparaison entre les données obtenues en des points éloignés du globe. Les transits se répètent suivant une séquence de 243 ans avec une paire de transits séparés de 8 ans suivis d'un intervalle de 121,5 ans, une autre paire de transits séparés de 8 ans et un intervalle de 105,5 ans. Pour observer les transits de 1761 et 1769, il fallut organiser des expéditions vers divers endroits du monde pour les observer, ce qui préfigura des collaborations scientifiques au niveau international. 

L'idée de l'astronome et cartographe français Joseph-Nicolas Delisle est de dessiner une mappemonde permettant une lecture directe sans avoir à effectuer de calculs. La légende explique les couleurs représentées : « La couleur bleue couvre tous les lieux de la Terre où l'on ne doit voir que l'entrée de Vénus et une partie de son cours sur le disque du Soleil. La couleur jaune, ceux qui ne doivent voir de même qu'une partie du cours avec la sortie. Ceux qui verront la durée entière sont teints en rouge. Enfin on a laissé en blanc les lieux qui ne verront rien du tout de ce célèbre passage. » Dès 1753, sa méthode lui a permis de déterminer "le passage de Mercure au devant du Soleil qui doit arriver le 6 Mai 1753" avec une mappemonde en N&B fournie à l'appui.

Extrait de l'Avertissement aux astronomes concernant le Passage de Mercure au devant du Soleil qui doit arriver le 6 Mai 1753 (source : Internet Archives)


Delisle n'est pas le seul à chercher les zones de visibilité des phénomènes astronomiques. Joseph-Jérôme de Lalande publie en 1760 une carte du monde traduisant la visibilité du passage de Vénus le 3 juin 1769, au Nord de l'Europe, en Amérique, dans le Pacifique puis en Asie. Cette carte est une amélioration de celle incluse dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences de 1757.  En 1771, en recoupant les données des transits de 1761 et 1769, l'astronome français Jérôme Lalande établit la valeur de l'unité astronomique à 153 millions de kilomètres (±1 million). La précision fut moins bonne qu'escomptée à cause du « phénomène de la goutte noire », mais constituait une amélioration considérable par rapport aux calculs de Horrocks. L'infortuné Guillaume Le Gentil passa huit ans à voyager dans l'océan indien pour tenter d'observer les deux transits, mais sans succès dans les deux cas ; son absence prolongée lui fit perdre son siège à l'Académie des sciences et ses possessions car ses lettres n'étant jamais arrivées en France, il fut déclaré mort. Malgré toutes ces expéditions, il fut impossible de dater précisément le début ou la fin du transit à cause du phénomène de la goutte noire

Comme le montre Camille Blachère, il s'agit pour les astronomes, cartographes et savants du XVIIIe siècle d'organiser des observations dans les territoires européens mais aussi à partir des stations ultra-marines et coloniales. La carte entre dans une véritable stratégie de communication auprès du Roi et de l'Académie des sciences. « Il convient alors de mobiliser les acteurs de la science astronomique, mais également les pouvoirs politiques, qui apportent un soutien diplomatique et financier, ainsi que les acteurs des mondes extra-européens. »

« La Mappemonde de Delisle est accompagnée d'un mémoire et s'adresse avant tout au roi. Les deux documents s'inscrivent dans une stratégie de communication double, il s'agit d'une part de convaincre le souverain et ses ministres de l'importance de l'observation et donc de son financement et d'autre part de diffuser les informations nécessaires à l'observation et à son organisation, puisque les deux documents sont par la suite imprimés. » La mappemonde de Delisle constitue aussi un outil de détermination géographique en superposant les possessions européennes et en identifiant les territoires accessibles en fonction des contraintes maritimes et climatiques de l'époque.

Visibilité du passage de Vénus en 1761 (source : IMCCE)


Pour Camille Blachère, « l'organisation des expéditions astronomiques impose aux savants de construire une opération qui permette d'anticiper l'aléatoire. Cependant, l'éloignement des stations d'observation augmente les écarts à la prévision et contraint les voyageurs à intervenir. La prise en charge de l'aléatoire entraîne une redéfinition de l'espace-temps, dans la conception même des expéditions, comme dans leur déroulement et dans le processus de validation des résultats ». 

L'exemple de l'astronome Alexandre-Guy Pingré, qui devait conduire initialement ses observations à Pondichéry et qui dut se rabattre sur Rodrigues pour finalement être contraint de les faire à bord d'un vaisseau, montre à quel point les scientifiques dépendent des expéditions maritimes. Ses démêlés avec les autorités de l'époque permettent d'aborder les relations complexes entre science et politique. 

 Carte nouvelle de la partie méridionale de la Mer du Sud pour servir à la détermination des lieux où le passage de Vénus sur le disque du Soleil qui doit arriver le 3 Juin 1769. Par Alexandre Guy Pingré (source : Gallica)



La thèse de Camille Blachère montre bien les apports de ces expéditions maritimes sur le plan des sciences, notamment de la cartographie. « L'astronomie doit être mise au service de la géographie et de la cartographie et telle est la mission de Delisle [...] Les savants doivent mettre à profit le voyage pour observer, cartographier, collecter, interroger, dessiner, décrire, rapporter. [...] L'envoi d'astronomes dans les espaces coloniaux offre l'occasion de réaliser, de corriger, de perfectionner la cartographie d'espaces parfois mal connus. »

Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768) a joué un rôle important comme astronome, notamment à l'Académie des Sciences de Russie. Il est le frère du géographe et cartographe Guillaume Delisle, élève de Cassini, qui a introduit le recours aux données astronomiques en cartographie et qui a produit beaucoup de cartes (à découvrir sur Gallica). 


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Comparaison entre l'INSEE Statistiques locales et l'Observatoire des Territoires : deux sites de cartographie en ligne complémentaires


Il est intéressant de conduire un comparatif entre le site Statistiques locales de l'INSEE et le site de l'Observatoire des Territoires car les deux sites, largement connus et utilisés, présentent de nombreuses ressemblances : ils reposent sur la même application de cartographie en ligne (Géoclip), ils servent tous les deux des données sur la France issues de l'INSEE et ils permettent également de varier les niveaux d'analyse (du niveau communal au niveau national). Alors quelles différences au juste ?

Interface du site cartographique Statistiques locales de l'INSEE



Interface du site cartographique de l'Observatoire des Territoires



On peut relever quelques différences notables entre les deux sites. L'Observatoire des Territoires (OdT) comporte plus de données statistiques et de possibilités de traitement que le site INSEE Statistiques locales (ISL) :

  • 707 variables statistiques disponibles sur OdT versus 306 variables sur ISL (chiffres relevés au 16 septembre 2022) ;

  • 22 niveaux de découpage administratif sur OdT (avec zonages d'étude et typologies de territoires) versus 10 niveaux sur ISL (limité aux principaux périmètres administratifs) ;

  • des outils de seuillage cartographique sur OdT mais pas sur ISL, qui se limite à la symbologie de base.





Certaines variables statistiques sont communes entre le site Statistiques locales de l'INSEE et l'Observatoire des Territoires. C'est le cas notamment pour les données concernant la démographie, l'économie, l'emploi et l'environnement. Mais on constate des différences pour certains indicateurs, avec des données plus fines par exemple pour le logement, les équipements et services, les mobilités.


Les données semblent mises à jour un peu plus vite sur le site INSEE Statistiques locales par rapport à l'Observatoire des Territoires, par exemple pour les mobilités. Mais l'OdT permet des analyses plus fines par moyens de déplacements, par tranches d'âges, par CSP...





Le site INSEE Statistiques locales comporte par contre une rubrique Equipements et services à la population plus détaillée. On peut y trouver des données sur l'accès aux services de proximité : services publics (crèches, écoles, gendarmeries...) ou services privés (banques, commerces, pharmacies...).




Au terme de ce petit comparatif, on peut dire que les deux sites sont complémentaires. L'INSEE Statistiques locales est davantage un serveur de données et l'Observatoire des Territoires plus un outil de cartographie thématique. Les deux sites permettent l'exportation de données statistiques au format xlsx, csv ou ods ainsi que la superposition de couches cartographiques issues de Google Maps, OpenStreetMap ou Géoportail. En outre, il est très facile de passer de la carte au tableau statistique et au graphique, et inversement. On peut également éditer des rapports statistiques (avec des liens vers la source des données et des définitions sur le site de l'INSEE). Une option pratique également : la fonction double carte qui permet de faire des comparaisons.

Comme le souligne Éric Mauvière, "les deux sites sont essentiels, gérés avec grande compétence. Ils se complètent, mais les portraits de territoire de l'OdT sont par dessein plus problématisés et multi-thèmes. Le site parent observatoire-des-territoires.gouv.fr est aussi très bien fait, avec d'autres outils interactifs".


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