Global Innovation Index 2020. Les pays les plus innovants classés par groupe de revenus



L'édition 2020 du Global Innovation Index (GII) présente un classement annuel de l'innovation pour 131 pays au monde : http://www.wipo.int/global_innovation_index/en/2020/

Le thème de cette année - Qui financera l'innovation ? - est opportun étant donné les dommages économiques et humains causés par la pandémie mondiale de Covid-19. Comme lors de la crise de 2008, le risque est d'assister à un recul très net de l'innovation. Celle-ci joue pourtant un rôle déterminant dans le succès des économies. Si l’investissement est un puissant moteur d’innovation, la relation n’est pas toujours simple. Il faut également tenir compte d'autres facteurs, notamment des niveaux de développement et des choix en matière de politique de recherche. Les sphères économiques et réglementaires au sein des pays peuvent avoir un impact énorme sur leur niveau d'innovation - et vice versa, car l'innovation devient à son tour un moteur économique, stimulant de nouveaux investissements. Le rapport de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (WIPO) évalue les pays à travers 80 indicateurs d'innovation tels que la recherche et le développement (R&D), le capital-risque et la haute technologie.

La relation positive entre innovation et développement  (source : Global Innovation Index, 2020)

Alors que les pays riches occupent encore une position majeure en terme d'innovation à l'échelle mondiale, le GII montre que les pays à revenus intermédiaires, en particulier en Asie, font des progrès impressionnants. Des pays asiatiques comme l'Inde, la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam (en orange sur le graphique ci-dessus) présentent un niveau d'investissement supérieur à ce que pourrait laisser penser leur niveau de développement.

L'intérêt de ce rapport de plus de 400 pages est de fournir des analyses très précises à la fois à l'échelle des pays et à l'échelle locale des clusters.

Top 100 des clusters d'innovation dans le monde (source : Global Innovation Index, 2020)


La part des capitaux investis par secteurs témoigne d'une nette augmentation dans le domaine des technologies numériques et des biens et services la consommation, mais une diminution dans le domaine de la santé et de l'énergie.

Part des capitaux investis par secteurs en 2010 et en 2019 (source : Global Innovation Index, 2020)


Le site Visual Capitalist en a tiré une carte des pays les plus innovants pour chaque groupe de revenus de la Banque mondiale, sur la base des données de l'indice mondial de l'innovation (GII) de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (WIPO). La boucle de rétroaction positive entre l'investissement et l'innovation se traduit par le succès de certains pays du tableau ci-dessous, qui montre les trois pays les plus innovants dans chaque groupe de revenus.

Les pays les plus innovants classés par groupe de revenus (source : Visual Capitalist)


En contrepoint, on lira avec profit une étude sur les « récits » concurrents concernant la  croissance optimale et les débats dont elle fait l'objet depuis des années parmi les économistes. 

Reda Cherif, Marc Engher,  Fuad Hasanov (2020). Crouching Beliefs, Hidden Biases : The Rise and Fall of Growth Narratives, IMF Working.

Les auteurs identifient quatre grands « récits » de croissance à partir d'une analyse textuelle des rapports du FMI sur la période 1978-2019. Le récit « Structure économique » (services, manufacturing et agriculture) a connu un déclin séculaire éclipsé par le récit « Réformes structurelles » (compétitivité, transparence et gouvernance). On observe ensuite l'essor et la chute du « consensus de Washington » (privatisation et libéralisation), puis aujourd'hui la montée en puissance de la « constellation de Washington », un ensemble de termes disparates tels que productivité, tourisme et inégalité. Les concepts de la théorie de la croissance tels que l'innovation, la technologie et la politique d'exportation sont restés marginaux tandis que la politique industrielle, qui était autrefois perçue positivement, fait son retour. Comme le montre le graphique ci-dessous, le recours aux investissements publics semble prendre une part plus importante depuis 2008, mais l'innovation continue d'occuper une place modeste.

 Le récit "Washington constellation" d'après les rapports du FMI  (source : Cherif, Engher & Hasanov, 2020)



Articles connexes

L'histoire par les cartes : la septentrionalisation de l'Europe à l'époque de la Renaissance par Pierre-Ange Salvadori


P. -A. Salvadori, Le Nord de la Renaissance. La carte, l’humanisme suédois et la genèse de l’Arctique. Paris, Classiques Garnier, coll. Bibliothèque d’histoire de la Renaissance, 2021.

L'ouvrage de Pierre-Ange Salvadori est une véritable somme de connaissances historiques (près de 1000 pages) sur un sujet qui passionnera les amateurs d'histoire et de cartographie. Ce livre propose une histoire pragmatique des savoirs sur le Nord à la Renaissance, du Nord scandinave au Nord arctique en passant par un nouveau Nord global. Ce faisant, il éclaire la réforme cartographique du XVIe siècle et sa fixation du Nord en haut des cartes, à mesure que ce point cardinal devient lieu d’origine et espace de projection, loin du paradigme médiéval et biblique du Septentrion diabolique. De nouveaux savoirs impériaux font alors du Nord un acteur de l’« englobement du monde » (A. Romano) : par lui peut être facilitée la rencontre Orient-Occident, à travers l’Arctique, nouvel horizon de la fin du XVIe siècle. 

En chemin, l’ouvrage dévoile la maturation de la projection impériale suédoise, replacée dans le contexte de l’humanisme cartographique, localisant un rêve d’empire en amont des chronologies habituelles et à la surface d’un espace cartographique et imprimé hanté par les spectres des anciens Goths. Suivant les regards de l’humanisme suédois (Olaus et Johannes Magnus, Olaus Petri…) et des cartographes nord-européens (Mercator, Ortelius, Dee, Postel…), ce livre reconstitue les ferments savants de la « septentrionalisation de l’Europe », lorsque le centre de gravité du continent se déplace au Nord, tandis que la Renaissance européenne se « dés-oriente »

 La Carta Marina, considérée comme l'une des premières cartes précises de la Scandinavie - 1539 (source : Wikipedia)


L'ouvrage s'ouvre sur la Carta Marina représentant les mers, les côtes et l'intérieur des terres des pays encerclant la mer Baltique. Avec ses dimensions exceptionnelles (1,70 mètre de large et 1,25 mètre de haut), la carte est le résultat d'un long travail qui s'étala sur une période de 12 ans. La première copie fut imprimée à Venise en 1539. La Carta marina du géographe et historien suédois Olaus Magnus est l'une des toutes premières représentations géographiques précises de la péninsule scandinave.

L'auteur a produit un article de synthèse sur la cartographie à l'âge de la Renaissance pour le site de l'Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe :
Pierre-Ange Salvadori. Les mondes cartographiques de la Renaissance. Manipuler la carte mouvante (EHNE).

 
Table des matières
(détail sur le site de l'éditeur)

Ouverture
Venise, 1539 – Duisbourg, 1569

Introduction
Un Septentrion sorti des brumes

PARTIE 1: UNE HISTOIRE FAITE DE CARTES
L’« empire des cartes »
De la cartographie historique à l’histoire cartographique
Genèses du Septentrion
Le Nord, nouvel horizon
Le dépassement de Ptolémée : une tectonique des cartes au nord de l’Europe
Explorations. L’Europe humaniste et la Scandinavie  

PARTIE 2 : VIRTUALITÉS DE L’AQUILON
NORD PROJETÉ, NORD VÉCU, NORD EMPÊCHÉ
Corps, île, ennemi, ancêtre
Mythographie du Septentrion
Possibles, affects, échecs

PARTIE 3 : L’EUROPE GOTHIQUE RESSUSCITÉE
Hantologie de l’humanisme
Une Antiquité alternative
La carte et l’horloge

PARTIE 4 : LE SALUT PAR LE SEPTENTRION
GÉOGRAPHIES GOTHICISTES, GÉOGRAPHIES SACRÉES
Un humanisme des confins
Une carte pour la Contre-Réforme
La transmission de la géographie gothiciste au XVIe siècle

PARTIE 5 : LE NORD EN HAUT DES CARTES
SEPTENTRIONALISATION DE L’EUROPE, ENGLOBEMENT DU MONDE ET RÉFORME CARTOGRAPHIQUE
Un Nord global ?
La carte prophétique
La carte dés-orientée

Conclusion
Sublimations du Septentrion : la Suède à la conquête de l’Europe et du monde

En complément

« Carte décrivant le troisième voyage des Néerlandais, dans les régions du Nord, la Norvège, Moscou et la Nouvelle Zemble, et à travers le détroit de Weygates, ainsi que certaines parties du Groenland, en dessous de 80 degrés » par le navigateur et explorateur néerlandais William Barentz (1599).

A découvrir sur le site de l'Université de Standford (version en couleur) et sur le site de Gallica (en noir & blanc).

La carte des régions polaires, tirée des observations de William Barentz est un point de repère majeur dans la cartographie arctique. Elle décrit les détails de son troisième voyage dans cette région, effectué en 1596-1597. Après s'être retrouvé coincé dans la glace et avoir été forcé d'hiverner dans les régions polaires, Barentsz a utilisé son temps pour créer une carte manuscrite et très décorative illustrant ses observations. Cette carte contient 34 illustrations de monstres marins, de navires et de baleines et une île nommée "Polus Magnetis". William Barentz était un cartographe et explorateur néerlandais. 

Carte décrivant le troisième voyage de Barentz dans les régions du Nord (source : Gallica)

Articles connexes

Les barrages vieillissants constituent une menace croissante à travers le monde (rapport de l'ONU)

 

Les barrages vieillissants constituent une menace croissante à travers le monde, selon un rapport des Nations Unies publié en 2021. En 2050, la plupart des gens vivront en aval de dizaines de milliers de barrages construits au XXe siècle.

Ageing Water Storage Infrastructure : An Emerging Global Risk (Rapport de l’ONU, 2021)

Le rapport, intitulé « Vieillissement des infrastructures de stockage en eau : un risque émergent à l'échelle mondiale » indique que la plupart des 58 700 grands barrages au monde ont été construits entre 1930 et 1970, avec une durée de vie de 50 à 100 ans. A partir de 50 ans, un grand barrage en béton « peut commencer à manifester des signes de vieillissement ». Ces signes de vieillissement se traduisent par des cas fréquents de ruptures de barrage, des coûts croissants de réparation et d'entretien, une sédimentation des réservoirs et une perte de fonctionnalité et d'efficacité des barrages, autant de signes qui sont « fortement interconnectés » entre eux.

Construction annuelle de grands barrages de 1900 à nos jours (source : ICOLD WRD, 2020)

L'analyse comprend des études de cas sur le démantèlement ou le vieillissement de barrages aux États-Unis, en France, au Canada, en Inde, au Japon, en Zambie et au Zimbabwe. Selon le rapport, il est peu probable que l'on connaisse à nouveau un mouvement de construction de barrages comme on en a connu au milieu du XXe siècle. Le rapport indique que 32 716 grands barrages (55% du total mondial) se concentrent dans quatre pays d'Asie (Chine, Inde, Japon et Corée du Sud), dont la majorité atteindra bientôt le seuil des 50 ans. Il en va de même pour de nombreux autres grands barrages en Afrique, en Amérique du Sud et en Europe de l'Est.

 Âge moyen des grands barrages en fonction des pays (source : ICOLD WRD, 2020)



En Inde, 1 115 grands barrages auront environ 50 ans en 2025, 4 250 plus de 50 ans en 2050 et 64 plus de 150 ans en 2050. Le rapport indique qu’environ 3,5 millions de personnes sont en danger si le barrage indien de Mullaperiyar au Kerala, construit il y a plus de 100 ans, venait à céder. « Le barrage, situé dans une zone sismiquement active, présente des défauts structurels importants et sa gestion est une question controversée entre les États du Kerala et du Tamil Nadu ».

Plus de 85% des barrages des États-Unis fonctionnent au-delà de leur espérance de vie. Le rapport ajoute que des barrages bien conçus, construits et entretenus peuvent « facilement » atteindre 100 ans, mais il prédit une augmentation des déclassements - un phénomène qui s'accélère aux États-Unis et en Europe.

Il est souligné que « la fréquence et la gravité croissantes des inondations ainsi que d’autres catastrophes environnementales peuvent accélérer le processus de vieillissement des barrages. Les décisions concernant le déclassement doivent donc être prises dans le contexte du changement climatique ». On observe également de fortes préoccupations concernant les impacts environnementaux et sociaux des grands barrages. Il convient de trouver des moyens alternatifs de stockage de l'eau et de développer d'autres types d'énergie que l'hydroélectricité. La nécessité de garantir la sécurité des populations, l'escalade des coûts d'entretien, la sédimentation des réservoirs ainsi que la volonté de restaurer des écosystèmes naturels figurent parmi les principaux motifs qui conduisent à déclasser certains barrages. Dans l'ensemble, le déclassement devrait être considéré comme tout aussi important que la construction de barrages dans le processus d'aménagement global des infrastructures de stockage en eau.

Le rapport comporte de nombreuses références scientifiques et inventorie les sources de données disponibles sur cette question. Un inventaire des bases de données disponibles constitue un préalable et le rapport commence d'abord par faire un état des lieux. Voici les principales sources disponibles en ce qui concerne l'étude des barrages dans le monde :

  • Le Registre mondial des barrages (WRD), créé en 1958 et maintenu par ICOLD comprend 58 700 enregistrements. Il est reconnu comme la source de données mondiale la plus complète sur les barrages. Il contient des données sur leur hauteur, leur longueur, leur capacité, leurs fonctions ainsi que diverses autres informations. Mais il n'inclut pas leurs coordonnées géographiques. Les données sont payantes.

  • Le Global Reservoir and Dam (GRanD) a été développé pour fournir une base de données géoréférencée pour la communauté scientifique. Il s'agit d'une collaboration internationale qui est actuellement géré par l'Université McGill au Canada. La base de données contient 7 320 enregistrements concernant les grands barrages définis comme ceux ayant une capacité supérieure à 0,1 km³. Ce seuil de capacité est nettement supérieur à celui de l'ICOLD qui est de 3 millions de m³ (0,003 km³), ce qui peut expliquer en partie le nombre limité d'enregistrements dans la base de données. La capacité de stockage des barrages répertoriés dans GRanD dépasse les 6 800 km³.

  • La base de données mondiale des barrages GOODD  est disponible via la plateforme GDW. Elle comprend plus de 38 000 entrées géoréférencées. Le jeu de données est gratuit et en libre accès. Il contient des détails sur les "grands" et les "moyens" barrages (la différence n'est pas toujours très claire). Le site est hébergé par le King's London College au Royaume-Uni.

  • La base de données Futurs réservoirs et barrages hydroélectriques (FHReD) concerne les barrages prévus pour la production hydroélectrique. Elle contient quelque 3700 enregistrements exclusivement pour les barrages hydroélectriques d'une capacité supérieure à 1 MW. Les informations sont recueillies  auprès de diverses sources, y compris dans la littérature, dans des bases de données grand public ou des organisations non gouvernementales. La base de données est gérée par l'Université Eberhard Karls de Tübingen en Allemagne. Elle n'inclut pas la hauteur des barrages ni leur capacité de stockage, elle n'est donc pas directement comparable avec les deux précédentes. Cependant, elle répertorie quelque 160 barrages d'une capacité de plus de 1000 MW (valeur arbitraire) qui en fait des "grands" barrages. La plupart des barrages sont au stade de la planification, et seuls quelques-uns sont en construction. 

Ces trois dernières bases de données sont accessibles à partir du même portail GlobalDamWatch. Pour améliorer la collecte et la mise à jour des données , il conviendrait de fusionner toutes ces bases de données en un seul portail, avec des critères communs pour différencier les données par catégories de barrages.

Pour compléter

La France possède 569 grands barrages, soit environ 1 % du total mondial. Liste des barrages français classés par région (Annuaire mairie)

Liste des lacs de barrage de France. Seuls sont indiqués les lacs de barrage supérieur ou égal à 2 km². (Wikipédia)

Liste des barrages les plus hauts de France. Hauteur supérieure ou égale à 15 m au-dessus du terrain naturel (Comité français des barrages et réservoirs)

Jeu de données mis en téléchargement sur Geo.data.gouv.fr

Ces grands barrages hydroélectriques controversés (Le Monde)


Liens ajoutés le 1er mars 2022


Lien ajouté le 5 juin 2022


Articles connexes

Cartes et données SIG sur les petits et moyens réservoirs d'eau artificiels dans le monde

L'évaporation des lacs dans le monde : une tendance à la hausse

Rapport mondial des Nations Unies 2019 sur la mise en valeur des ressources en eau

Atlas 2020 des Objectifs de développement durable (Banque mondiale)

Etudier les risques de pénurie d'eau dans le monde avec l'Atlas Aqueduct du WRI

Un jeu de données SIG sur les fleuves qui servent de frontières dans le monde

Resource Watch, un portail intégré pour visualiser des jeux de données en vue d’assurer un avenir durable à la planète


L'histoire par les cartes : la rénovation urbaine de Boston depuis les années 1920


Source : A new view into urban renewal in Boston (Leventhal Map & Education Center at the Boston Public Library) 

« L'histoire des plans urbains, c'est l'histoire des futurs passés - dont certains sont devenus de vrais futurs, et d'autres ne se sont jamais réalisés ». Le Leventhal Map & Education Center met à disposition 124 plans et cartes historiques de la ville de Boston numérisés à partir des archives de la Boston Redevelopment Authority Collection. Ces matériaux, allant des années 1920 au début des années 1990, offrent un nouveau regard sur la manière dont les urbanistes ont façonné non seulement la physionomie de la ville de Boston, mais aussi sa vie sociale, ses modèles économiques et ses caractéristiques communautaires. Ces cartes s'inscrivent dans l'histoire de la cartographie et permettent de documenter l'émergence de méthodes socio-scientifiques pour cartographier la ville au milieu du XXe siècle. En tant que témoignages de l’histoire urbaine de Boston, elles montrent comment certains projets d'aménagement, comme par exemple la construction du Government Center, ont vu le jour.


Fondée en 1957 au plus fort du boom de la rénovation urbaine d'après-guerre, la Boston Redevelopment Authority (BRA) est devenue la principale autorité de planification de la ville en 1960 et a supervisé des projets allant de l'aménagement de quartiers entiers à l'étude de bâtiments individuels. Renommée Boston Planning & Development Agency en 2016, l'ancienne BRA reste une institution extrêmement importante dans la cartographie de Boston à l'heure actuelle.

Accès aux 124 plans et cartes de la BRA :
http://collections.leventhalmap.org/collections/commonwealth:7h14cv132

Dans son exposition Bending the lines, le Leventhal Map & Education Center de la Bibliothèque de Boston a déjà pu mettre en évidence les différentes façons dont les cartes pouvaient exercer leur autorité narrative. La capacité du BRA à décider comment et où les gens vivraient et travailleraient était (et est encore aujourd'hui) intimement liée à sa capacité à produire des cartes, non seulement des cartes officielles diffusées par les aménageurs mais aussi des cartes grand public destinées à assurer la publicité et la promotion de ces projets de (ré)aménagement. Ce pouvoir cartographique, par la représentation symbolique de l'autorité « descendante », a entraîné la BRA dans des conflits politiques du fait que des militants et des organisations avaient l'impression que l'image qu'ils donnaient de Boston était trop éloignée de leur propre vision, une histoire racontée par l'historienne Lizabeth Cohen dans la conférence Saving America's Cities : Ed Logue and the Struggle to Renew Urban America.

La collection de cartes et plans urbains de la BRA offre de nouveaux objets historiques sur des problèmes toujours d'actualité, comme par exemple la ségrégation raciale dans les logements, les crises financières qui ont frappé les villes industrielles à l'ère des banlieues, la lutte pour fournir un accès équitable aux droits urbains, à un environnement sain et à des transports fiables et abordables. Ces problèmes, bien sûr, ont leurs racines bien avant les années 1920. Mais ils sont de toute évidence liés aux crises et aux opportunités auxquelles les villes en voie de désindustrialisation ont été confrontées à partir des années 1950.


En complément

Explorer le passé des villes américaines avec les cartes de la Sanborn Map Company :
http://blogs.loc.gov/thesignal/2021/01/sanborn-navigator/

À partir des années 1860, la Sanborn Map Company a créé des atlas remplis de cartes destinées aux compagnies d'assurance. Les cartes représentent des villes des États-Unis - dont certaines du Canada, de Cuba et du Mexique - avec leurs rues, leurs bâtiments et leurs infrastructures. Les cartes contiennent un niveau de détail incroyable sur les matériaux de construction, la taille et la forme des bâtiments, leur construction avec d'autres éléments sur les quartiers nécessaires aux compagnies d'assurance, mais rarement consignés ailleurs de manière aussi complète. Ce travail d'inventaire cartographique a duré des décennies. La Bibliothèque du Congrès américain détient aujourd'hui plus de 50 000 de ces atlas historiques, dont environ 35 000 sont mis à disposition en ligne (pour un total de 438 313 planches cartographiques).

Accès direct au Sanborn Maps Navigator :
http://selenaqian.github.io/sanborn-maps-navigator/

The master highway plan for the Boston metropolitan area (1948) :
https://archive.org/details/masterhighwaypla00char

Boston before and after the "Big Dig" (comparaison d'images au sol montrant les transformations du paysage urbain après le réaménagement de l'autoroute intra-urbaine en coulée verte) :
https://www.reddit.com/r/boston/comments/6so8p0/before_and_after_the_big_dig_xpost/
https://www.reddit.com/r/urbanplanning/comments/czp2iy/the_big_dig_before_and_after/

Articles connexes

Itinéraires piétons et aménités urbaines à Boston. Le projet Desirable Streets du MIT

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center



Des images Lidar pour rendre visible l'invisible. L'exemple de l'archéologie

 

Depuis une trentaine d’années maintenant, la technologie LiDaR (Laser Detection and Ranging) est incontournable pour documenter les fouilles archéologiques et permettre une meilleure connaissance du terrain. L’envoi d’un faisceau laser à haute densité depuis une plateforme aéroportée en direction du sol permet un balayage complet du paysage générant de très volumineux nuages de points. La classification des échos enregistrés permet d’extraire un Modèle Numérique du Terrain (MNT) après filtrage des points-sols et suppression virtuelle de la végétation. Ce Modèle Numérique de Terrain, qui représente le sol nu, peut être l’objet de différentes techniques de visualisation permettant de mettre en lumière les micro-reliefs les plus discrets (qu’ils soient positifs ou négatifs). Cette technique permet de documenter de vastes zones boisées et de révéler ainsi leur potentiel archéologique (source : projet Rheforest).


Le projet Rheforest est un bon exemple de l'utilisation des images Lidar en archéologie. Ce projet de recherche s’inscrit dans la prise de conscience du rôle de conservatoire archéologique des forêts, mais aussi de leur place dans l’économie rurale ancienne. L’objectif est de replacer trois massifs forestiers actuels d'Occitanie dans la longue durée de la construction des espaces ruraux. Une équipe pluridisciplinaire a été réunie pour croiser les regards et éclairer sous des angles variés les quatre thématiques de recherche définies. Une couverture LiDaR de chacun de ces massifs constitue une couche d'information commune à toutes les thématiques.

Un autre exemple récent nous est fourni par les fouilles archéologiques conduites par l'INRAP à l'Îlet à Guillaume (Saint-Denis de la Réunion). L'îlet à Guillaume abrite un lieu unique à La Réunion. Il s'agit d'un plateau complètement isolé sur les remparts de la rivière Saint-Denis. À partir de 1864, les missionnaires de la Congrégation du St-Esprit décident d'y construire une colonie agricole pénitentiaire pour enfants, à l'image des maisons de corrections qui essaiment partout en France au milieu du XIXe siècle. Le Département de La Réunion a chargé une équipe d'archéologues de réaliser une étude exhaustive des vestiges du pénitencier. L'objectif est de mieux connaître le fonctionnement de cette colonie.

Aperçu des images Lidar 3D permettant de reconstituer l'implantation de la colonie pénitentiaire (source : INRAP)


Le modèle Lidar 3D de l'îlet a été mis en ligne et peut être utilisé pour découvrir les vestiges archéologiques selon un parcours balisé. On perçoit à quel point la colonie pénitentiaire était peu accessible et enclavée, sur un éperon dominant la rivière Saint-Denis.
Voir également cette vidéo :
"La Réunion : le pénitencier de l'îlet à Guillaume, un ancien "bagne d'enfants" (GEO Histoire)


Sources

A La Réunion, un "bagne d'enfants" sous l'œil des archéologues (Géo)

Le Pénitencier de L’îlet à Guillaume (entretien avec Pascale Moignoux)

Archéologie : à la Réunion, une prison pour enfants de l’époque coloniale révèle son histoire (Connaissance des Arts)

A La Réunion, sur les traces d’un pénitencier pour enfants (France Culture)

La colonie pénitentiaire de l’Ilet à Guillaume : un bagne pour enfants dans les hauts de Saint-Denis (FranceTv-Info)

Compte-rendu de terrain du chantier archéologique du site de l'Ilet à Guillaume (Zinfos 974)

« Ils sortiront des hommes ». Les enfants du pénitencier de l’Ilet à Guillaume (île de la Réunion) 1864-1879. Par Bruno Maillard


Pour compléter

L’appui de la technologie LiDAR en archéologie : révéler les structures grâce au laser (Ministère de la Culture)

LiDAR et intérêts en SIG (Veille Carto 2.0)

1400m de long, la plus ancienne et plus importante structure du monde maya révélée par le Lidar (Sciences et Avenir)

Sources de données Lidar gratuites (Geospatial World)


Liens ajoutés le 7 juin 2021


Lien ajouté le 28 novembre 2021

Lien ajouté le 4 février 2022

Lien ajouté le 27 mai 2022

Articles connexes

Lidar HD : vers une nouvelle cartographie 3D du territoire français (IGN)

L'histoire par les cartes : la carte archéologique de Paris

L'histoire par les cartes : Tony Campbell et son site Map History


Tony Campbell, ancien bibliothécaire responsable des cartes à la British Library, dirige le site Map History depuis 1997. Il s'agit d'un site personnel, l'interface est un peu datée mais on y trouve beaucoup de ressources. L'auteur est spécialiste de l'histoire de la cartographie et notamment des portulans. Son site recense de nombreuses publications ainsi que des cartes historiques accessibles par régions et par époques. 

Map History (Tony Campbell) :
http://www.maphistory.info/

Le site contient beaucoup de ressources avec des liens vers des colloques et conférences, des listes de discussion, des collections, des expositions, des publications scientifiques. On peut utiliser les menus thématiques ou l'index qui permet de naviguer par mots-clés.

L'auteur consacre un dossier important aux cartes-portulans pour lesquelles il fait un réexamen critique. Il vient notamment de mettre en ligne un essai très riche (200 pages en accès libre + diaporama) sur les cartes portulans en Méditerranée, leur origine (très liée aux besoins des navigateurs au Moyen Age), à leur fonction et à leur développement précoce.

 Le célèbre planisphère de Cantino (1502) apparenté à une carte-portulan


Dossier sur les cartes-portulans avec les différents articles :

Tony Campbell tient également une veille sur Twitter sous le compte @portolanchart01
 

Pour compléter

Fondée en 1818, la collection de cartes de Harvard contient plus de 500 000 cartes anciennes et modernes :
http://library.harvard.edu/libraries/harvard-map-collection

Le compte Twitter de la la bibliothèque de Harvard @HarvardCarteColl propose une veille quotidienne.

Une importante bibliographie sur l'histoire de la cartographie assortie de nombreuses cartes est proposée par l'Université de Harvard dans le cadre du projet History 1952.
http://hist1952.omeka.fas.harvard.edu/

Omnes viae est une application qui permet de créer des itinéraires à partir de voies romaines. La cartographie est fondée sur la Tabula Peuntigeriana. Le réseau routier de l'empire romain est disponible sous forme de données SIG sur le site Harvard dataverse.

L’équipe du projet Old Maps Online a entamé la digitalisation des collections cartographiques de trente-sept institutions dont celles de la bibliothèque d’Harvard, de la British Library, des Archives nationales néerlandaises ou de la Bibliothèque nationale de Colombie. L’interface du site permet d'accéder à ces cartes par un système de géo-référencement, une frise chronologique par période et un moteur de recherche.
http://www.oldmapsonline.org/


Articles connexes


L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BNF)

L'histoire par les cartes : la septentrionalisation de l'Europe à l'époque de la Renaissance par Pierre-Ange Salvadori

L'histoire par les cartes : la British Library met à disposition la collection du roi George III sur Flickr

L'histoire par les cartes : 18 globes interactifs ajoutés à la collection David Rumsey

L'histoire par les cartes : le Rijksmuseum met à disposition plus de 700 000 œuvres sur le web, notamment des cartes

L'histoire par les cartes : data visualisation de 120 000 lettres ou missives échangées à l'époque des Tudors

L'histoire par les cartes : l'Atlas historique de la France (L'Histoire - Les Arènes)

Cartes et atlas historiques

 

La plateforme Unfolded Studio permet de visualiser des données grâce aux dernières technologies web


Unfolded Studio
permet d'afficher des données géographiques grâce aux dernières technologies web. Conçue par d'anciens membres d'Uber à l'origine de
, Deck ou H3, cette nouvelle plateforme offre des perspectives très intéressantes en matière de visualisation dynamique et interactive de gros jeux de données.

 Aperçu visuel des possibilités offertes par la nouvelle plateforme Unfolded Studio (source : studio.unfolded.ai)


La cartographie des données urbaines, souvent disponibles en open data, constitue un domaine d'application qui va se développer dans les années à venir. Unfolded Studio s'intéresse également aux cartes de flux, avec des représentations originales des flux sous la forme de lignes courbes :

Carte animée origine-destination des réfugiés dans le monde entre 1960 et 2014 (source : studio.unfolded.ai


On appréciera également cette visualisation très efficace des flux aériens pour mettre en évidence la hiérarchie des réseaux et les logiques de hub à l'échelle mondiale et régionale :

Visualisation dynamique des noeuds et des flux aériens en 2019 à l'échelle mondiale et régionale (source : studio.unfolded.ai)


La plateforme Unfolded Studio s'accompagne d'un blog qui explique comment sont conçues et mises en oeuvre ces technologies de visualisation dynamique su le web et comment elles peuvent apporter en partie des réponses à des problèmes complexes posés par l'analyse spatiale.

Comme le fait remarquer Boris Mericskay, il s'agit ici d'une plateforme SaaS, ce qui implique deux choses bien différentes par rapport à epler.gl dans la relation aux utilisateurs : une monétisation (abonnement) et un envoi des datasets sur leur serveurs.

Aurélien Chaumet a testé la plateforme et propose un article détaillé sur le site Geotribu où l'on peut déposer éventuellement des observations : Unfolded Studio, une nouvelle plateforme de visualisation de géodonnées.

Liste des exemples proposés par la plateforme Unfolded Studio :


Lien ajouté le 8 février 2021

 

Articles connexes

La plateforme de data visualisation Flourish propose d'associer narration et exploration

Consulter ou élaborer des cartes de flux dynamiques sur Internet (flow maps)

Big data et choix d'aménagement urbain pour les piétons et les cyclistes

Comment différencier infographie et data visualisation ?
 
Visualiser les densités de population en 3D et à l'échelle mondiale

 

Les cartes et data visualisations de Baptiste Coulmont

 

Baptiste Coulmont est professeur de sociologie à l'École normale supérieure Paris-Saclay. Il s'intéresse au big data et à la façon de faire parler de gros volumes de données. Il aime à en extraire des connaissances et à produire des analyses originales sur le monde social. Il s'est particulièrement fait connaître à partir de publications sur son blog et notamment son analyse des prénoms comme vecteurs de reproduction sociale. Mais ce ne sont pas ses seules publications. Passage en revue de ses centres d'intérêt.

Les mentions très bien au bac 2019 : prénoms et classes sociales par Baptiste Coulmont (source : XerfiCanal)


1) Sociologie des prénoms

Comment se répartissent les résultats au bac des personnes qui portent votre prénom ? Quels sont les prénoms qui ont le même profil que le vôtre ? Testez par ici : http://coulmont.com/bac/
Et explications par là : http://coulmont.com/livres/prenoms/

Le nuage des prénoms : visualisation dynamique permettant de comparer les résultats au Bac entre 2012 et 2020) :
http://coulmont.com/bac/nuage.html

A lire : Coulmont (Baptiste) et Simon (Patrick), « Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leurs enfants en France ? », Population et Sociétés, n°565, avril 2019, p.1-4
https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/29081/565.population.societes.avril2019.immigres.prenoms.france.fr.pdf


Pour compléter :

De Marie à Daenerys, comment les prénoms racontent notre société (Le Figaro)
https://www.lefigaro.fr/fig-data/prenoms/

60 ans de prénoms par Etienne Côme (Comeetie)
http://www.comeetie.fr/galerie/60ansdeprenoms/

2) Géographie et sociologie électorale

L’évolution de l’abstention à Paris, 2014-2020. Le premier tour des élections municipales 2020 s’est déroulé dans un contexte de pandémie, qui n’a pas incité à la participation électorale. Le taux d’abstention en 2020 est donc beaucoup plus élevé que le taux d’abstention observé en 2014.
http://coulmont.com/blog/2020/03/20/abstention-paris-2014-2020/

À la campagne, la victoire est en ville. Mobilité électorale et politique municipale (Le Monde).
En France, 17% des électeurs et électrices ne résident pas dans la zone du bureau de vote où ils et elles sont inscrit∙e∙s. Les candidat∙e∙s aux municipales, dans les villages de montagne, vont alors avoir besoin de ces inscrit∙e∙s non-résident∙e∙s pour gagner, et, parfois même, pour constituer leurs listes :
https://www.lemonde.fr/blog/terrainscampagnes/2020/02/14/a-la-campagne-la-victoire-est-en-ville-mobilite-electorale-et-politique-municipale/

La procuration, un vote de classe
http://metropolitiques.eu/La-procuration-un-vote-de-classe.html

In absentia. Le vote par procuration, une participation électorale à distance ? (Métropolitiques)
http://coulmont.com/articles/in-absentia-procuration/

 
3) Ecole et université

Sociologue, quand-est-ce que tu soutiens ? En France, on repère une saisonnalité des soutenances. Après les récoltes, après le Beaujolais nouveau, vient le moment des soutenances de thèses, concentrées sur le mois de décembre. Ainsi, environ 10% des thèses de l’année seront soutenues cette semaine, comme le montre le graphique ci-dessous.
http://coulmont.com/blog/2018/12/11/sociologue-quand-est-ce-que-tu-soutiens/

Les écoles à Paris – les sex-shops à Paris. Depuis une loi de 1987, les sex-shops ne peuvent s’installer à moins de 100 mètres des établissements scolaires. En 2006-2007, députés et sénateurs proposent d’étendre cette distance à 200 mètres. Concrètement, qu’est-ce que cette distance représente ? Sera-t-il toujours possible d’installer un sex-shop à Paris ? Cette cartographie expérimentale (930 établissements recensés) apporte quelques éléments de réponse.
http://coulmont.com/blog/2007/01/29/sex-shops-paris-enseignement/

4) Histoire et géographie hexagonales

Économies d’échelles : couples et professions
http://coulmont.com/blog/2020/06/01/couples-et-professions/

La France des spécialités agricoles
http://coulmont.com/blog/2015/03/29/aoc-igp/ 

La proportion des logements qui datent d’avant 1919 en France
http://coulmont.com/blog/2020/02/15/marquee-dans-sa-chair/

Le taux de suicide départemental en France, 1827 – 2012
http://coulmont.com/blog/2019/04/06/suicides-1827-2012/

4) Données et cartes sur l'épidémie de Covid-19

2020, une mortalité spécifique
http://coulmont.com/blog/2020/04/24/2020-une-mortalite-specifique/

Évolution de l'acceptation de la vaccination en France (décembre 2020 - janvier 2021) :
https://twitter.com/coulmont/status/1353255871552352256

Évolution de l'acceptation de la vaccination en Europe (décembre 2020 - janvier 2021) :
https://twitter.com/coulmont/status/1354413648287031298/photo/1

Avec l'API de l'université de Maryland ayant servi à produire les cartes :
https://covidmap.umd.edu/api.html

Pour compléter 

D'autres articles consacrés à la cartographie sur son blog :
http://coulmont.com/blog/category/cartographie/

Liste de ses publications dans Le Monde où il a tenu une chronique Cartes blanches de 2010 à 2019 :
https://www.lemonde.fr/signataires/baptiste-coulmont/


Lien ajouté le 19 août 2021


Articles connexes 

Vers une carte interactive de la littérature de fiction dans le monde

 
Source : The Interactive World Map of Fiction (Maps Mania, 20 janvier 2021)

Lors du #30DayMapChallenge de novembre 2020, Keir Clarke a cherché à voir comment on pourrait représenter des auteurs de fiction en mappant des territoires sur une île fictive. Island of Fiction regroupe les auteurs autour de cinq genres littéraires : crime, horreur, science-fiction, roman et fantaisie. Le but est de tenter de regrouper les auteurs en fonction de genres de fiction.



The Library Map reprend cette idée de genres fictifs comme principe d'organisation. La page d'accueil du site se présente comme une carte interactive qui donne accès à plus de 100 000 titres organisés par « genre et par sujet ». Les oeuvres sont localisées et regroupées en fonction de leur similitude avec un code couleur en fonction de leur genre. Malheureusement la carte ne comporte pas de légende, on doit donc essayer de deviner quelle couleur représente quel genre littéraire. La taille des cercles proportionnels n'est pas non plus très explicite (s'agit-il des ventes totales ?). Il serait vraiment intéressant d'en savoir plus sur les algorithmes qui ont servi à proposer cette classification.
 
 

HathiTrust Digital Map est une carte interactive assez similaire à The Map Library, mais encore plus innovante. Cette carte permet d'explorer une partie des 14 millions de volumes du référentiel de textes numérisés par HaithTrust. L'interface visuelle permet de naviguer dans les livres (sélection de 8 008 livres uniquement en anglais) de cette bibliothèque numérique. Une story map explique comment les livres ont été classés et montre de manière assez fascinante comment l'organisation des textes numériques pourrait déboucher sur un tout nouveau système de classification des bibliothèques. Au lieu de classer les ouvrages par thèmes et sous-thèmes comme le fait par exemple la Bibliothèque du Congrès, HathiTrust regroupe les textes en fonction de la similitude du vocabulaire ou de la syntaxe utilisés. Une toute nouvelle manière de classer les oeuvres qui pourrait révolutionner l'accès à la littérature de fiction et la manière même de catégoriser les "genres" de textes au delà des catégories habituelles.

 

En complément
 
Un classement des livres les plus lus dans les universités américaines par type et par genre
 
Open Syllabus connecte des cours universitaires à des articles et des ouvrages classés par thèmes
http://galaxy.opensyllabus.org/
 
Les bibliothèques invisibles. Série de cours du Collège de France de William Marx
http://www.college-de-france.fr/site/william-marx/course-2021-01-19-14h30.htm
 
Une carte imaginaire des romans post-effondrement par @Kartokobri
http://twitter.com/Kartokobri/status/1353981013739925504


Articles connexes
 
 
 
 
 
 
 

« Cherche appartement pour habiter à Mumbai » ou comment s'initier à l'analyse spatiale avec un logiciel SIG


Les données concernant l'immobilier sont de plus en plus disponibles en libre accès (voir par exemple la mise à disposition de la base Demandes de valeurs foncières en open data en ce qui concerne la France). Il devient donc possible de faire de l'analyse avec des données immobilières en utilisant les fonctions simples d'un SIG. C'est ce que propose Aveek Das dans un article publié sur le site Towards Data Science :

Analyzing Houses for rent in Mumbai using QGIS and PostGIS Functions. A spatial data analysis using QGIS :
https://towardsdatascience.com/analyzing-houses-for-rent-in-mumbai-using-qgis-and-postgis-functions-7383e4223d0d
 

L'auteur y fournit un pas à pas très documenté avec un jeu de données complet qui permet de s'initier à l'analyse spatiale avec QGIS. Au départ, il s'agit de trouver pour un cousin un appartement à louer à Mumbai (Bombay), donc de se mettre à la recherche d'un logement dans une grande métropole : une activité concrète inspirée de la vie quotidienne et transposable sur une autre métropole. A l'arrivée, l'objectif est de conduire une analyse urbaine sur les différents quartiers de Mumbai et de pouvoir optimiser ses choix immobiliers (une aide à la décision) en fonction de critères bien précis :
  • Il souhaite d'abord connaître les tarifs de location afin de décider de son budget.
  • L'appartement doit être dans un rayon de 5 km de l'aéroport international de Mumbai car il travaille à l'aéroport.
  • L'appartement doit être proche du littoral et, si possible, face à la mer.
  • Enfin, il souhaite également trouver l'itinéraire le plus rapide vers le chantier naval de Mumbai où travaille son beau-frère.
Pour rappel, Mumbai est une grande métropole de plus de 20 millions d'habitants. Elle fait partie des plus grandes villes au monde en taille de population (voir cette infographie sur Visual Capitalist). Elle est considérée comme la capitale économique de l'Inde en raison de la puissance et la diversité de ses activités industrielles et financières. Des personnes de tout le pays viennent s'installer à Mumbai pour trouver un emploi ou faire des études, ce qui fait exploser le secteur immobilier avec des prix qui montent en flèche en ce qui concerne les tarifs des appartements à louer. Avec pour conséquence un fort étalement urbain et des quartiers résidentiels qui s'étendent à perte de vue jusqu'en périphérie de la métropole.

Pour conduire l'analyse avec un SIG (en l'occurrence le logiciel libre QGIS qu'il faut installer au préalable sur votre ordinateur), vous pouvez suivre les étapes en vous aidant de la vidéo et du tutoriel mis à disposition par l'auteur. Voir également la vidéo proposée par TutorielGeo qui commente le jeu de données et les opérations à faire.

Étape 1 : Télécharger le jeu de données

Le jeu de données est téléchargeable sous la forme d'un fichier zip sur Github :
Télécharger le fichier et l'extraire dans un dossier de travail. Observer la description des couches géographiques ainsi que les champs disponibles dans le fichier house_price_data.csv qui contient toutes les données immobilières (plus de 30 000 appartements en 2020 avec adresse, géolocalisation, prix, type de prestations, quartier, opération immobilière...).
Source des données immobilières : Flats for Rent in Mumbai (fichier de 21 Mo téléchargeable en open data sur le site Kaggle). Les autres couches concernent des informations sur l'état du Maharashtra (trait de côte, zones naturelles, hydrographie, routes, limites administratives de cet état de l'Union indienne) où est localisée la ville de Mumbai.

Étape 2 : Charger les couches d'information géographique dans le logiciel QGIS
 
Les données sont stockées dans le sous-dossier "dataset". On peut commencer à ouvrir des couches en utilisant le fichier de projet spatial-db-project.qgz disponible dans le sous-dossier "qgis". Attention cependant car l'arborescence sur votre disque dur n'étant pas la même, il faut cliquer sur "Annuler" pour ne pas charger les couches qui buguent. Les couches OpenStreetMap commencent à s'afficher en fond d'écran, il faut y ajouter les couches d'information dans le sous-dossier "dataset". Ne pas oublier à la fin d'importer le fichier house_price_data.csv qui contient les données immobilières. Pour cela, cliquer sur "ajouter un texte délimité" et faire correspondre les champs de latitude et longitude qui fournissent les coordonnées géographiques des logements. Ne pas oublier d'indiquer la projection utilisée EPSG : 4326 WGS 84.

Étape 3 : Importer les données immobilières et classer les prix en fonction des tarifs de location 
 
L'auteur utilise les fonctions de PostGreSQL pour faire les sélections en ligne. Mais on peut procéder aux sélections en local directement dans QGIS. Il s'agit de déterminer si le quartier a un impact sur le prix de l'immobilier. Pour cela, on peut répartir les prix des logements en 3 catégories : en dessous de 20 000, entre 20 000 et 40 000 et au dessus de 40 000 (à noter : la plupart des logements dépassent ce prix de location dans la ville-centre). Une fois la classification faite, créer une nouvelle colonne et l'exporter comme une nouvelle couche d'information (au format shp). Il faut maintenant charger cette couche et lui affecter une symbologie en fonction de chaque catégorie. Cliquez avec le bouton droit sur Couche → Propriétés → Symbologie → Catégoriser → Valeur = house_price_category → Dégradé de couleur = Créer un dégradé de couleurs manuel pour les 3 catégories → Classer.

Étape 4 : Rechercher les logements dans un rayon de 5 km autour de l'aéroport

Il s'agit désormais de créer une zone tampon (buffer). Créer une nouvelle couche vecteur et placer un point à l'emplacement de l'aéroport (en utilisant la couche OSM ou Google Maps pour se repérer). Sélectionner et tracer dans QGIS une zone tampon de 5 km en utilisant le menu Vecteur → Outil de géotraitement → Tampon. Faire l'intersection entre cette zone tampon et la couche points des logements précédemment créée.
 
Étape 5 : Déterminer quels appartements font face à la mer
 
C'est une étape plus délicate car on a besoin de savoir si l'appartement est proche ou éloigné du littoral et s'il est orienté à l'ouest. Les appartements qui sont proches de la plage mais qui sont orientés différemment doivent être exclus. L'auteur utilise le plugin QuickOSM, ce qui suppose de l'installer dans QGIS. Mais on peut aussi utiliser la couche maharashtra_coastline pour créer un tampon de 1000 mètres le long de la côte ouest. Pour savoir si les appartements sont orientés vers l'ouest, utiliser la colonne "desc" qui contient ces informations et filtrer les enregistrements qui correspondent à l'expression "west facing" ou "West Facing" (l'outil de filtrage ne supporte pas la casse). Exporter cette nouvelle couche. 

Étape 6 : Chercher des itinéraires pour rejoindre le chantier naval de Mumbai

Après avoir visité les lieux physiquement, le choix s'est porté sur un appartement BHK à Juhu Tara Road. Il s'agit maintenant de trouver l'itinéraire le plus rapide et l'itinéraire le plus court en voiture jusqu'au chantier naval situé à proximité de la Naval Dockyard Junction (coordonnées géographiques : longitude 72.832096, latitude 18.926257). L'auteur utilise Open Route Service avec le plugin ORS Tools, ce qui suppose de l'installer au préalable. Mais on peut utiliser d'autres outils de calcul d'itinéraire. L'itinéraire le plus rapide en voiture doit faire environ 19,5 km. On peut aussi faire une analyse de l'itinéraire le plus court. 
 
Voici la copie d'écran pour vérifier que vous avez su créer vos nouvelles couches d'information : 

  • Petits cercles rouges : tous les appartements disponibles à la vente
  • Gros cercles verts : appartements situés dans un rayon de 5 km de l'aéroport de Mumbai
  • Gros cercles verts avec points noirs à l'intérieur : appartements situés dans un rayon de 5 km de l'aéroport et orientés à l'ouest
  • Ligne noire : trait de côte de la région
  • Zone orange : zone tampon à une distance égale ou inférieure à 1000 mètres du trait de côte
  • Ligne bleue : itinéraire le plus rapide en voiture de l'appartement aux chantiers navals
  • Ligne verte : itinéraire le plus court en voiture de l'appartement aux chantiers navals

Une fois que l'on s'est familiarisé avec les outils d'analyse spatiale de QGIS, il peut être intéressant de refaire l'étude géographique en utilisant d'autres critères, par exemple en cherchant à s'installer en périphérie de Mumbai où les prix de l'immobilier sont moins élevés, mais les distances domicile-travail plus longues. Le même type de démarche peut être conduite sur une autre grande métropole... à condition de pouvoir disposer des données immobilières.

Habiter au sens de résider, c'est d'abord faire le choix d'un type d'habitat en fonction de différents critères liés au logement lui-même (prix, équipements, prestations...). Mais c'est aussi choisir un lieu de vie (ou l'accepter car le choix est souvent contraint) en fonction des commodités qu'il peut offrir par rapport à son travail, ses loisirs, ses pratiques. C'est la question des aménités urbaines, c'est-à-dire des qualités agréables ou utiles associées à un lieu (lire cet article sur la manière d'étudier les aménités urbaines à partir des données OSM).

En prolongement

Le jeu de données peut être enrichi à partir de données et de cartes fournies par Bhuvan qui constitue le portail officiel de l'Union indienne (voir notamment son géoportail en 2D ou 3D) Ce site d'information géographique fournit beaucoup de données SIG en open data (saisir le terme "Mumbai" dans le moteur de recherche interne) ainsi qu'un portail thématique.

Habiter une métropole d'un pays émergent : Mumbai (Le Livre scolaire) avec un schéma d'organisation de l'espace urbain.

Mumbai, une mégapole surpeuplée. Séance d'activité pédagogique proposée sur le site Lumni.

Le choix de la grande ville. Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es (France Culture).


Les villes les plus chères au monde pour se loger d'après les données du FCPP (Frontier Centre for Public Policy) https://t.co/gwO9aDHd1I https://t.co/391SNpyja7



Mumbai, classée comme l'une des villes les plus stressantes au monde :
http://landgeist.com/2021/07/16/most-and-least-stressful-cities-in-the-world/amp/

Ce qui était présenté par les autorités comme les hauts-lieux à visiter à Mumbai (carte touristique de 1958) :