Le Blanc des cartes. Quand le vide s'éclaire (Atlas Autrement)


Sylvain Genevois, Matthieu Noucher. Le Blanc des cartes. Quand le vide s'éclaire. Atlas Autrement, mai 2024. Cartographe : Xemartin Laborde.

Lors de la publication d’un nouvel atlas, les auteurs s’interrogent en général sur les connaissances géographiques qu’ils souhaitent porter au regard et à l’analyse du lecteur. C’est du moins ainsi qu’ont longtemps été produits les atlas géographiques dans l’idée de dévoiler le monde en  partant de ses éléments constitutifs : d’aller des « pleins » aux « vides », du visible à l’invisible. Le présent atlas prend le parti résolument inverse en choisissant de s’intéresser d’abord au vide. Le Vide – dans un sens absolu – n’existe pas sur la planète. S’il n’y a rien, c’est déjà qu’il y a quelque chose...

Absence d’informations ou de données, oublis involontaires ou invisibilisation à des fins politiques ou culturelles, les blancs laissés sur les cartes ne sont pas neutres. Ces zones vides décuplent la curiosité et parfois même les fantasmes de ce qu’elles représentent ou peuvent cacher. Ce qui est vide est-il le reflet du rien ? Alors que nous sommes aujourd’hui saturés de données disponibles, des blancs sur les cartes subsistent. Les auteurs dévoilent ici, grâce à une quarantaine de cartes, un nouveau monde et révèlent la diversité de ces « silences » cartographiques.

PLAN DE L'ATLAS

Introduction. Pour un atlas du vide

I) DU DÉLUGE AUX DÉSERTS DE DONNÉES

Google Street View, une vision fragmentée du monde
Les fonds marins. Une exploration encore lacunaire
OpenStreetMap, une carte mondiale ?
Quand le vide en dit plus que le plein
Les territoires invisibilisés
Sous le blanc des nuages

II) FAIRE PARLER LES BLANCS DES CARTES

Null Island
Latitude Zéro
Point Nemo
« Null value », « Null countries »
Isohypse zéro
Zéro pointé

III) REPRÉSENTER LE VIDE

Personne n’habite ici
Plus personne ne réside ici
Personne n’est connecté ici
Rien à voir ici ?

IV) RÉVÉLER OU MASQUER LE BLANC

Quiet zone
Le brouillard de la guerre
Combler les blancs de la carte
Rendre visible la relégation
Faire exister les blancs
Balises AIS et pêche illégale
Survol aérien interdit

CONCLUSION

ANNEXES

Bibliographie
Sources
Les auteurs

 Pour en savoir plus, voir le site de l'éditeur.

Personne n'habite ici (source : Le Blanc des cartes. Quand le vide s'éclaire)

Dans ce type de représentations, le vert exprime ce qui en principe est laissé en blanc pour évoquer le « vide » démographique ou la très faible densité. En réalité, ces zones sont humanisées et mises en valeur, l'occupation humaine étant seulement non permanente.

Le vide et l’absence sont à prendre en compte de trois manières dans cet Atlas :

  • Lorsque l’information géographique n’a pas été jugée suffisamment importante pour être cartographiée ;
  • Lorsqu’on en a une notion trop vague ;
  • Lorsque l’on choisit, pour toutes sortes de motifs conscients ou inconscients, de la rendre invisible. Brian J. Harley a souligné que les « silences cartographiques » n’ont rien d’oublis naïfs, mais peuvent relever d’intentionnalités politiques ou culturelles et agir sur nos imaginaires. 

Les règles que les auteurs se sont données pour représenter les différents types de blancs :
  • Absence de données = vrais blancs. Cela peut correspondre aussi bien à des données non disponibles (ND), non connues ou non communicables (NC) ;
  • Données floues = autre couleur, en général le gris qui est plus à même de représenter les « zones grises » liées à des zones de conflits, d’instabilité économique, de trafics en tout genre où le maintien de l’opacité des données peut être volontaire ;
  • Valeurs inversées = choix d'une autre couleur qui tranche (en général le vert dans le cas de la série de cartes « Personne n'habite ici ») de manière à faire ressortir le phénomène.
Cartographier les blancs aujourd'hui ce n'est plus seulement combler les vides, mais prendre en compte le flou, le transitoire, l'incertain...

Pour en savoir plus

« Le blanc des cartes : quand le vide s’éclaire » (CR des Clionautes)

« Le Blanc des cartes  : ce qu’il révèle » (Le Mag du Ciné)

« Le blanc des cartes : les mystères du vide ? » (France Culture)

« Le Blanc des cartes, l’envers à moitié vide » (Libération)

#BlancsDesCartes : sélection de ressources sur le sujet (X-Twitter)

Liens ajoutés le 5 juin 2024

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Atlas critique de la Guyane (par Matthieu Noucher et Laurent Polidori)

Cycle de conférences « L’illusion cartographique » (Bordeaux, Octobre 2020 – Avril 2021)

Mesurer la ségrégation scolaire aux États-Unis sur les 30 dernières années (1991-2022)


L'outil Segregation Explorer offre une visualisation des niveaux de ségrégation entre écoles et districts aux États-Unis. Développé par l'Educational Opportunity Project de l'Université de Stanford, ce site de cartographie interactive permet d'étudier les niveaux de ségrégation à différentes échelles (États, zones métropolitaines, districts scolaires et quartiers).

Les données concernent plus particulièrement la ségrégation raciale et économique sur la période 1991 à 2022. Ces données temporelles montrent que la ségrégation entre blancs et noirs dans les écoles aux États-Unis a augmenté de 35 % depuis 1991. Certains des comtés les plus ségrégués se trouvent dans de grands districts urbains (tels par exemple Los Angelès, Philadelphie et New York). Ces zones présentent des disparités significatives dans la composition raciale et économique des écoles, reflétant des tendances de ségrégation nationale plus larges au cours des dernières décennies. Il est possible d'explorer différents types de ségrégation à travers le visualisateur en ligne ou en téléchargeant les données disponibles au format csv ou stata.

Ségrégation blancs-noirs par États et pourcentage de blancs par écoles en 2022 (source : Segregation Explorer)

En cliquant sur un établissement scolaire, il est possible d'obtenir des données détaillées sur l'évolution de sa composition en comparaison du district dans lequel il est implanté.

L'Educational Opportunity Project de l'Université de Stanford constitue une base de données nationale sur les performances des établissements scolaires. Son objectif est de créer des applications, des rapports de recherche et des articles de manière à « mesurer les opportunités éducatives dans chaque communauté des États-Unis » (voir ce billet concernant les problèmes posés par la cartographie des "opportunités éducatives").

Le groupe New America, qui conduit une réflexion sur les questions d'inégal financement des écoles dans le cadre de son Education Funding Equity Initiative, a également publié une carte interactive qui visualise la ségrégation des districts scolaires par race et niveau de pauvreté. La carte Crossing the Line identifie les 100 districts scolaires les plus ségrégués sur le plan racial et sur le plan des taux de pauvreté. Selon ces données, Birmingham en Alabama possède certains des districts scolaires les plus ségréguées du pays. En raison de la longue tradition de ségrégation raciale en matière de logements aux États-Unis, on observe une baisse de valeur des propriétés dans les « communautés de couleur » (noires, hispaniques et asiatiques). Étant donné que le financement des écoles dépend généralement des niveaux d'impôts fonciers locaux, les districts scolaires des zones où la valeur foncière est inférieure se retrouvent à dépenser moins par élève que ceux des zones plus riches. Selon New America, en moyenne, « les districts accueillant plus d'étudiants de couleur perçoivent 2 222,70 $ de moins en revenus locaux par élève que les districts à prédominance blanche ». 

Taux de pauvreté par districts scolaires (source : New America)


Pour rappel, la ségrégation fondée sur la race dans les écoles publiques a été en principe déclarée inconstititutionnelle par la Cour suprême des Etats-Unis depuis 1954. Voir la série d'images et de cartes-caricatures sélectionnées par @DavidKleinKS sur ce sujet.

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Étudier les inégalités entre établissements scolaires à partir de l'Indice de position sociale (IPS)

Etudier les mobilités scolaires à partir des données de déplacements domicile-études de l'Insee


Cartes IGN, une application mobile pour comprendre le territoire et découvrir la France autrement


« On ne peut pas laisser des grands acteurs capturer la manière de nous représenter notre propre territoire ». L’Institut national de l'information géographique et forestière lance Cartes IGN, une nouvelle application mobile pour « comprendre le territoire et découvrir la France autrement ». Contrairement à Google Maps ou Apple Plans qui demandent de créer un compte et de s'enregistrer, il s'agit de « tout localiser sans être localisé »

L'appli est en réalité une mise à jour de l'application mobile Géoportail. Son nouveau nom : Cartes IGN, repose sur les données de l’IGN et sur celles de l’outil collaboratif Openstreetmap, ce qui permet d'élargir les données au delà de celles déjà fournies par le Géoportail. Si l'application française ne comporte pas toutes les fonctionnalités de ses concurrentes américaines, elle permet malgré tout de tracer ses propres parcours à partir de données géolocalisées. 

Est-ce un champ de maïs ? À quelle hauteur puis-je faire voler mon drone ? Combien y-a-t-il d’habitants dans cette commune ?... Cliquez simplement sur la carte interactive pour obtenir des informations détaillées sur ce qui vous entoure. Les curieux vont se régaler.

Survolez la France et observez l’évolution du territoire français à l’heure du changement climatique en comparant des cartes IGN ou des photographies aériennes de différentes époques. Vue du ciel, l’empreinte de l’homme sur le territoire est surprenante.

L'application Cartes IGN comprend 4 fonctionnalités principales

  • Explorer 

Accès à des données thématiques superposables pour découvrir la France  : agriculture, environnement et risques naturels, foncier, immobilier et urbanisme, forêt, hydrographie, mer et littoral, services publics et administratif, tourisme et loisirs, transports.                                  Découverte de points d'intérêt autour de soi ou proche d'un lieu                                                  Création de points de repère sur la carte

  • Se déplacer

    Calcul d'un itinéraire depuis sa position ou un autre point de départ
    Tracer son propre parcours point à point en suivant ou non les routes et les chemins

  • Comparer

    Comparer des photographies aériennes anciennes ou actuelles
    Comparer des cartes (plan IGN, carte de l'état-major, carte de Cassini...)

  • Importer
Import d'itinéraires
Import de points de repères

Télécharger l'application mobile Cartes IGN sur Google Play ou sur App Store.

Pour en savoir plus

« L’IGN lance sa propre application de cartographie pour découvrir la France autrement » (Le Figaro)

« Cartes IGN, l'application de cartographie française qui veut se frotter aux géants américains » (France Culture)

« Face à Google Maps, une application française, publique et ambitieuse met le paquet » (Frandroid)

« Les cartes IGN vont-elles détrôner Google Maps ? » (France Culture)

« Une nouvelle application pour plonger au cœur des territoires » (Que choisir)

Rapport sur les modèles commerciaux durables pour les agences nationales de cartographie et de cadastre. Atelier conjoint EuroGeographics et EuroSDR.  


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Enquête sur la mention « compatible GPS » indiquée sur les cartes IGN des années 1980-90

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L'histoire par les cartes : 30 cartes qui racontent l'histoire de la cartographie (sélection de l'IGN)


JO de Paris 2024. Quand la flamme olympique évite la « diagonale du vide »


Comme le veut la tradition, la flamme a été allumée depuis le site antique d’Olympie en Grèce. Transportée à travers la Méditerranée par le Bélem, elle est arrivée au bout de 12 jours de navigation sur le sol français le 8 mai à Marseille. Son parcours dans l'Hexagone et dans les territoires d'outre-mer durera 79 jours, jusqu'à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris, le 26 juillet 2024 (voir la carte officielle avec les étapes). Soixante-quatre départements sont concernés par le relais de la flamme olympique, soit une bonne partie du territoire de la France hexagonale et ultramarine.

Conçu un peu comme les étapes du Tour de France, le parcours de la flamme olympique donne lieu à des commentaires sur son tracé, eu égard aux territoires qui vont pouvoir en profiter ou non. Car pour être éligible au parcours de la flamme, il faut d'abord payer. Chaque département souhaitant accueillir la flamme olympique a dû verser 180 000€ au comité d’organisation des Jeux Olympiques. De plus, chaque ville a dû payer entre 40 000 et 100 000€ pour assurer la sécurité du parcours. Le prix à consentir pour faire connaître son patrimoine culturel et pour générer de l'activité commerciale et touristique. Ainsi, la flamme olympique n'évite pas seulement la « diagonale du vide ». Elle laisse de côté notamment des métropoles comme Lyon ou Nantes qui n'ont pas souhaité l'accueillir.

Parcours officiel du relais de la flamme olympique avec les départements et villes étapes (source : Paris 2024)

Sélection de ressources

  • « Paris 2024 : visualisez le parcours du relais de la flamme olympique en France jusqu'au 26 juillet » (France Info). Le parcours ne se cantonnera pas à l'Hexagone, avec un long périple qui emmènera la flamme dans les territoires d'outre-mer du 9 au 17 juin, dans le cadre du Relais des océans. 

  • « JO 2024 : parcours, trajet et carte interactive de la Flamme olympique dans toute la France » (L'Équipe). La flamme olympique parcourra des lieux emblématiques chargés d'histoire, tels que les grottes de Lascaux, le Château de Versailles, le Mont-Saint-Michel et les châteaux de la Loire, célébrant ainsi la richesse culturelle et l'Histoire de France.

  • « Flamme olympique de Paris 2024 : coûts, relayeurs, parcours… Tout savoir sur le trajet qui commence à Marseille  » (Libération). Le trajet de la flamme olympique est autant une histoire humaine (11 000 relayeurs vont la porter entre Marseille et Paris) qu’une affaire de gros sous... Ce sont les départements qui ont été choisis comme pivots pour définir le parcours. Sur recommandation de l’Assemblée des départements de France, il a été convenu que chaque département candidat devrait payer 180 000 euros, un prix fixe. A ce tarif, la flamme traverse trois villes du département et s’arrête dans une ville-étape où on peut organiser des animations. Sauf que certains départements - notamment ceux dirigés par des partis d’opposition - ont refusé, en jugeant la facture trop salée. 

  • Paris 2024 : plusieurs villes françaises disent "non" au relais de la flamme olympique pour des raisons de coût (EuroNews)

  • « Le parcours de la flamme est une manière de faire voyager la marque olympique aux frais des contribuables » (Le Monde). L’historien du sport Patrick Clastres interroge le symbole de cette tradition héritée des Jeux olympiques de Berlin en 1936.

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Calculer l'indice de richesse relative à une échelle infra-nationale pour les pays pauvres ou intermédiaires


Source : Guanghua Chi, Han Fang, Sourav Chatterjee, Joshua E. Blumenstock (2022). Microestimates of wealth for all low- and middle-income countries, PNAS.

De nombreuses décisions politiques cruciales, depuis les investissements stratégiques jusqu’à la distribution de l'aide humanitaire, reposent sur des données concernant la répartition géographique de la richesse et de la pauvreté. Pourtant, beaucoup de cartes de la pauvreté sont obsolètes ou n’existent qu’à des niveaux de granularité très grossiers. Les chercheurs ont développé ici des micro-estimations de la richesse et de la pauvreté relatives pour 135 pays à revenu faible et intermédiaire à une résolution de 2,4 km. Les estimations sont construites en appliquant des algorithmes d'apprentissage automatique à des données vastes et hétérogènes provenant de satellites, de réseaux de téléphonie mobile et de cartes topographiques, ainsi qu'à des données de connexion Facebook qui ont été agrégées et anonymisées. Les estimations ont été formées et calibrées à partir de données d'enquête effectuées auprès des ménages dans 56 pays, confrontées ensuite à quatre sources indépendantes de données d'enquête auprès des ménages de 18 pays. Ces estimations ont été mises gratuitement à la disposition du public dans l’espoir qu’elles permettent une réponse politique ciblée à la pandémie de Covid-19. Elles fournissent également une base pour mieux comprendre les causes et les conséquences du développement économique et favoriser l'élaboration de politiques responsables en matière de développement durable.

Micro-estimations de la richesse pour 135 pays à revenu faible ou intermédiaire (source : Chi et al., 2022).


Le laboratoire d'intelligence artificielle de Stanford a été pionnier dans la façon de mesurer l'activité économique à l'aide d'images satellites diurnes (voir cet article). Celle-ci s’appuie sur des méthodes antérieures d’utilisation des images satellites nocturnes pour évaluer la croissance économique. Cette méthode a eu une influence majeure sur la manière de calculer l’indice de richesse relative de Facebook (Meta). L'utilisation d'images satellites diurnes dans les études économiques en est pourtant encore à ses balbutiements. 

Concernant le RWI, il s'agit d'un indice relatif pour chaque pays au moment de l'enquête (2021). Il présente une valeur moyenne de 0 et un écart type de 1. Les scores ne peuvent être comparés ni entre pays ni dans le temps. Les erreurs sont plus importantes dans les régions éloignées des zones d'enquête. La précision du modèle est plus élevée lorsque les données sont agrégées au niveau du gouvernement local. 

Une étude réalisée en 2023 a porté sur le RWI de l'Indonésie. Il a été constaté que l'utilisation du RWI permettait d'identifier 14 % des populations les plus pauvres. Les résultats sont restés cependant mitigés. Le taux d'erreur était élevé : 50,65 %. C'est-à-dire que la moitié des régions les plus pauvres d'Indonésie ont été mal identifiées. Et chose surprenante, certaines régions qualifiées de plus pauvres du point de vue du RWI correspondaient en fait aux plus riches.

Ce que l'on peut retenir de l'indice de richesse relative (RWI) de Meta, c'est qu'il s'agit d'une nouvelle façon d’estimer la richesse au niveau des ménages. Mais la méthode présente encore des limites. Le message clé lorsque l'on recherche des informations granulaires sur la richesse et le PIB, c'est que rien n'est parfait : il importe de connaître les limites de chaque jeu de données.

Les données concernant l'Indice de richesse relative (RWI) sont disponibles en téléchargement sur le site Humanitarian Data Exchange, qui utilise ces données à des fins humanitaires. 

Facebook (Meta) a consacré tout un dossier à cet indice ainsi qu'à d'autres algoritmes d'IA sur le site DataforGood. A la suite de la crise de Covid-19, Meta a produit des données granulaires sur l'estimation de l'activité des entreprises, sur la connectivité sociale, sur les différents types de mobilités. Toutes ces données mises à jour mensuellement à l'échelle mondiale sont disponibles en téléchargement sur le site Humanitarian Data Exchange. A travers la mise à disposition de gros jeux de données en open data, les GAFAM se donnent l'image d'entreprises au service de l'humanitaire. 


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Une cartographie très précise des densités à l'échelle mondiale pour améliorer l'aide humanitaire

La carte, objet éminemment politique. Le Népal va imprimer sa nouvelle carte officielle sur un billet de banque

 

Le Népal a annoncé l'impression d'un billet de 100 roupies avec une carte montrant les territoires controversés de Lipulekh, Limpiyadhura et Kalapani. L'Inde prétend que ces territoires frontaliers lui appartiennent.

Nepal To Issue New Rs 100 Currency Note Featuring Updated Map, Including Disputed Areas With India (source : © India Times)

Le 18 juin 2020, le Népal a modifié sa Constitution pour incorporer trois régions d'importance stratégique : Lipulekh, Kalapani et Limpiyadhura. L'Inde a vivement réagi, dénonçant « l'acte unilatéral » et qualifiant « d'intenable » l'« élargissement artificiel » des revendications territoriales du Népal.

Nepal To Print New Currency Notes Featuring Disputed Areas With India (source : © Le Matinal)

La polémique sur la frontière indo-népalaise s'est ravivée en 2019 lorsque l'Inde a publié une carte révisée incorporant le Jammu-et-Cachemire et le Ladakh. À cette époque, l'Inde présentait Kalapani comme faisant partie du district de Pithoragarh. Cela a incité le Népal à manifester de vives protestations contre New Delhi. Plus de six mois plus tard, la chambre haute du Parlement népalais a adopté à l'unanimité le projet de loi d'amendement de la Constitution prévoyant l'inclusion de la nouvelle carte politique du pays dans son emblème national.

Le problème en lui-même remonte au début du XIXe siècle, lorsque les Britanniques dirigeaient l’Inde et que le Népal formait un ensemble de petits royaumes sous le règne du roi Prithvi Narayan Shah : Mapping the history of Kalapani dispute between India and Nepal (source : India Times).

Voici la carte du Népal telle qu'elle apparaissait jusque-là sur le billet de 100 roupies comparée à la nouvelle carte officielle du Népal depuis 2020 :



Pour accéder à la nouvelle carte officielle du Népal depuis 2020, consulter le site Nepal In Data.

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Souveraineté territoriale ou nationalisme cartographique ? A propos de l'Inde et de l'Etat de Jammu-et-Cachemire


Mapping Narrations, un ouvrage sur la cartographie au Moyen Âge et à l’époque moderne


Ingrid Baumgärtner (2022). Mapping Narrations – Narrating Maps. Concepts of the World in the Middle Ages and the Early Modern Period, De Gruyter.

Cartographier les récits – Les cartes narratives. Concepts du monde au Moyen Âge et à l’époque moderne. Ouvrage disponible en accès libre sur le site de l'éditeur.



L’autrice a commencé à publier sur le genre et l'histoire régionale, en se concentrant particulièrement sur le nord de la Hesse, où elle a été nommée professeure d'histoire médiévale à l'Université de Kassel en 1994. Depuis la parution de son premier ouvrage sur l'histoire de la cartographie en 1995, Ingrid Baumgärtner a apporté d'innombrables contributions dans ce domaine. Le présent volume rassemble dix de ses essais les plus significatifs, s'étendant du Moyen Âge au début de la période moderne. Tous les articles (sauf un) ont été publiés initialement en allemand. Il s'agit de leur première publication en version angalise. 

La Partie I, intitulée « Visualiser le connu et l’inconnu : représentations et idées du monde », traite de différentes approches méthodologiques en matière d'analyse d'œuvres cartographiques. Les quatre essais correspondants examinent diverses stratégies utilisées pour représenter des régions, des peuples connus et inconnus et leurs caractéristiques. Ce faisant, ils mettent en lumière différentes manières de transmettre et d’illustrer les connaissances.

La deuxième partie, « Fonctions symboliques, narratives et spirituelles de la cartographie : l'Europe et la Terre Sainte », contient trois articles qui analysent les fonctions multiples et dynamiques des ouvrages cartographiques. Alors que les textes et les images permettaient au spectateur de décoder les significations symboliques et de reproduire mentalement des voyages basés sur des récits, cette section explore la façon dont les contemporains médiévaux concevaient l'Europe et la Terre Sainte, et comment ces idées ont changé au cours des processus de réception.

Les articles de la troisième partie, « Entre l’Ancien et le Nouveau Monde : les cartes comme moyens de pouvoir », concernent les pratiques d’exploration, de navigation et de géodésie. S'étendant de l'Europe aux Amériques, ils s'intéressent au pouvoir représenté dans les cartes et aux implications politiques de la cartographie.

Plan de l'ouvrage

PART I: VISUALIZING THE KNOWN AND THE UNKNOWN: REPRESENTATIONS AND IDEAS OF THE WORLD

Chapter 1 The World in Maps: Change and Continuity in the Middle Ages

Chapter 2 Winds and Continents: Concepts for Structuring the World and Its Parts

Chapter 3 Amazons in Medieval World Maps

Chapter 4 From the Journey to the Map and Back: Creative Processes and Cultural Practices

PART II: SYMBOLIC, NARRATIVE, AND SPIRITUAL FUNCTIONS OF CARTOGRAPHY: EUROPE AND THE HOLY LAND

Chapter 5 Graphic Form and Significance: Europe in the World Maps of Beatus of Liébana and Ranulf Higden

Chapter 6 Mapping Narratives: Jerusalem in Medieval Mapped Spaces

Chapter 7 Travel Accounts, Maps, and Diagrams: Burchard of Mount Sion and the Holy Land

PART III: BETWEEN THE OLD AND THE NEW WORLD: MAPS AS MEANS OF POWER

Chapter 8 New Maps for New Worlds? Cartographic Practices of Exploration

Chapter 9 Battista Agnese’s Portolan Atlases

Chapter 10 Cartography as Politics: The Topographic Land Survey in Hesse around 1600


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La carte médiévale d'Ebstorf en version interactive et en téléchargement

L'histoire par les cartes : les routes commerciales au Moyen Age (déjà une route de la soie)

Cartographie ecclésiastique et base de données sur les établissements religieux au Moyen-Age (projet Col&Mon)

L'histoire par les cartes : les collections numérisées de la Bibliothèque Vaticane

L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BNF)

L'histoire par les cartes : La France aux Amériques ou la naissance des mondes atlantiques (BnF)

L'histoire par les cartes : la septentrionalisation de l'Europe à l'époque de la Renaissance par Pierre-Ange Salvadori

L'histoire par les cartes : le Rijksmuseum met à disposition plus de 700 000 œuvres sur le web, notamment des cartes

Cartes et atlas historiques

La carte, objet éminemment politique. Les manifestations pro-palestiniennes aux États-Unis et dans le monde


Depuis le 17 avril 2024, les universités américaines font face à un mouvement de protestation contre les offensives militaires d'Israël à Gaza. Le mouvement a débuté à l'université de Columbia à New York et s'est étendu à d'autres universités prestigieuses des États-Unis (Harvard, Yale, Princeton...). Au Canada, des camps de protestation étudiants ont surgi à l'Université d'Ottawa, à l'Université McGill à Montréal et à l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver. En France, l'institut Sciences-Po Paris est également concerné. 

Les scènes se ressemblent : des étudiants occupent les locaux ou installent des tentes sur leurs campus pour dénoncer le soutien militaire des États-Unis à Israël et la catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza. Puis, ils sont délogés, souvent de façon musclée, par des policiers en tenue anti-émeute, à la demande de la direction des universités. Le blocus pro-palestinien de Sciences Po reproduit le mode opératoire du campus américain de Columbia, ce qui souligne d'une certaine façon l'ouverture à la mondialisation de cette école. La polémique se développe dans les médias et sur les réseaux sociaux à propos de la nature de ces mouvements de contestation : entre mouvement anti-sionniste et solidarité avec la cause palestinienne, entre appel au cessez-le-feu et mouvement en faveur de la paix. La peur est de voir la question israélo-palestinienne agiter les campus universitaires. La controverse s'élargit à la nature et aux formes du débat politique au sein même des universités considérées par les uns comme des lieux devant rester neutres et par les autres comme des lieux de libertés académiques et d’expression.

« Guerre à Gaza : dans les universités américaines, un mouvement de protestation qui ne cesse de grossir » (RFI)

Les manifestations contre la guerre à Gaza dans les universités américaines, selon les informations de l'AFP et du quotidien New York Times (© studio graphique de France Médias Monde)


Pour la cartographie des manifestations pro-palestiniennes aux États-Unis depuis le 17 avril 2024, la source semble être celle du New York Times

Manifestations et arrestations d'étudiants dans les campus au 17 avril (source : New York Times)



« How pro-Palestinian college protests have grown, visualized » (Washington Post)
Le Washington Post tient également une cartographie des manifestations dans les universités américaines depuis le 17 avril.  Mise à jour régulièrement, la carte précise pour chaque université si ces mouvements font l'objet d'interventions de la police (à noter que la carte indique "présence ou non de la police" sans plus d'éléments sur la nature de ces actions policières). 

« Campus américains : face aux mobilisations étudiantes, les dilemmes des présidents d’université » (The Conversation).

« Guerre à Gaza : les mobilisations étudiantes se multiplient en France, le gouvernement réclame le maintien de l’ordre » (Libération). 

« De Columbia à Sciences Po : les étudiants en première ligne des mobilisations pro-palestiniennes » (France Culture).

Certaines universités ont suspendu – ou menacé de suspendre – des étudiants arrêtés pour avoir manifesté, tandis que d’autres ont déclaré qu’elles ne le feraient pas. Selon Associated Press, le sort des étudiants qui sont arrêtés devient un élément central des manifestations, un nombre croissant d'étudiants et d'enseignants exigeant l'amnistie pour les manifestants qui se mobilisent pacifiquement.

Pour faciliter la recherche d’informations sur les actions de protestation conduites aux États-Unis depuis le 7 octobre 2023, le Crowd Counting Consortium (NonViolent Action Lab) a créé un double tableau de bord de données pour les manifestations pro-palestiniennes et pour les manifestations pro-israéliennes (avec possibilité de filtrer par types d'action et d'obtenir les sources de comptage).

Manifestations pro-palestiniennes depuis le 7 octobre avec types d'action (source : Crowd Counting Consortium


« 
Are US campus protests against Israel’s war on Gaza going global ? » (Al Ajazeera).
Afin de montrer que les manifestations ne se limitent pas aux États-Unis, Al Jazeera a produit le 27 avril 2024 une carte des mouvements en solidarité à Gaza dans le monde. Du fait des campements et de l'occupation des lieux, un lien est fait avec la répression policière des ZAD en France. Dans un autre article, il est question de réaction de solidarité face à ce qui s'apparente à un "scolasticide" (destruction de 80% des infrastructures éducatives à Gaza selon l'ONU).

« Mapping the conflict in Israel and Gaza : Protests sweep around the globe as Israel’s war in Gaza grinds on » (Reuters).
Reuters avait produit une carte des manifestations pro-palestiniennes et pro-israéliennes aux lendemains des attentats du 7 Octobre. Cette carte, élaborée à partir des données de l'ACLED, reflétait la situation  en novembre 2023 qui a pu évoluer depuis. A la différence des cartes précédentes, elle montrait aussi les manifestations en soutien à Israël (moins nombreuses cependant que les manifestations pro-palestiniennes). 

Mouvements de manifestations pro-Palestine et pro-Israël entre le 7 et le 27 octobre 2023
à partir des données de l'ACLED

« Infographic : Global Demonstrations in Response to the Israel-Palestine Conflict » (ACLED)
L'ACLED avait aussi proposé une carte en novembre 2023 pour montrer l'importance des manifestations pro-palestiniennes dans le monde estimées à 90% des émeutes en lien avec les événements à Gaza (mais le calcul semble erroné car le total dépasse 100% sur l'infographie). La carte faisait apparaître en arrière plan les positions des pays à l'Assemblée générale de l'ONU.


« Pro-Palestinian marches are far more frequent than pro-Israeli ones. How U.S. reaction to the Israel-Hamas war has changed » (Los Angeles Times).
Pour mieux comprendre la nature des manifestations, le Los Angeles Times s'est tourné vers les données du Crowd Counting Consortium, un groupe dirigé par des chercheurs de Harvard et de l'Université du Connecticut. Les analyses montrent que le discours pro-palestinien a tendance à changer depuis les attaques du Hamas du 7 octobre. Ces dernières semaines, les appels à un cessez-le-feu se sont multipliés.

« Quels pays reconnaissent déjà l'Etat palestinien et quel est son statut au sein des Nations unies ? » (France Info). 
La Palestine siège dans plusieurs instances et organisations internationales. Pourtant, de nombreux pays, notamment au sein de l'UE, ne reconnaissent toujours pas son existence. C'est le cas notamment de la France et de la plupart des pays d'Europe de l'ouest ainsi que des Etats-Unis, du Canada ou encore de l'Australie.


Cartographie engagée. Carte des manifestations en faveur d'un cessez-le-feu à Gaza (students4gaza.directory). Le site recense plus de 180 écoles et universités concernées par des manifestations au 9 mai 2024 (principalement en Europe et en Amérique du Nord). En cliquant sur la carte, il est possible de documenter les formes d'action qui sont conduites sur chaque campus.


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CAPAMOB, un guide du Cerema pour réaliser des diagnostics de mobilités en territoire rural ou péri-urbain


Le Cerema met à disposition un guide pour réaliser des diagnostics de mobilités en territoire rural ou péri-urbain : Comprendre et analyser pour agir sur les mobilités (CAPAMOB). La méthode est destinée aux territoires peu denses. 


1- Pourquoi agir sur les mobilités dans les territoires peu denses ?

  • Pour améliorer l’accessibilité et l’attractivité du territoire

Les services de transport participent à la création de valeur et d’emplois, et à la compétitivité des territoires. « L’économie présentielle », générée par la production et la consommation locales, et portée notamment par de petits foyers industriels et le tourisme, a un poids croissant dans le développement économique des territoires ruraux. Ce développement est tributaire de la qualité des mobilités au sein des bassins d’emploi. L’amélioration des systèmes de déplacement, par la diversification des modes de transport et le renforcement de leur efficacité, est un objectif majeur de la politique de mobilité.

  • Pour alléger le budget « déplacement » des habitants

Des déplacements trop nombreux, trop longs, trop coûteux, trop pénibles, pèsent sur la qualité de vie quotidienne et sur le budget des ménages. En développant les possibilités d’usage des transports collectifs (rabattement vers les gares, transport à la demande…), des modes actifs (location de vélos à assistance électrique…), des modes partagés (covoiturage, auto-stop organisé…), il est possible de permettre aux habitants d’alléger la part de leur budget consacrée aux déplacements. En développant par exemple les tiers-lieux (coworking), les « hubs » de mobilité, le regroupement des services, le commerce ambulant, la communication auprès des habitants sur les offres des transports existantes, on peut également permettre d’éviter des déplacements ou de réduire leur longueur.

  • Pour favoriser la mobilité pour tous

Les contraintes de déplacement (absence de voiture, de permis de conduire, handicap…) peuvent amener des habitants à renoncer à accéder ou conserver un emploi, une formation, à consulter un médecin ou à un spécialiste, à pratiquer une activité sportive ou culturelle, à voir sa famille ou ses amis… Le risque est grand pour ces personnes de basculer dans l’exclusion et /ou l’isolement. Toutes les alternatives à la voiture individuelle, qui contribuent à une mobilité inclusive au sein du territoire, sont autant de nouvelles possibilités de déplacement pour ces habitants. Toutes les actions de mobilité solidaire offrent également des opportunités : transport d’utilité social (reposant sur des conducteurs bénévoles), garage et auto-école solidaire, accompagnement individualisé, mise à disposition de scooters et vélos…

  • Pour limiter l’impact sur l’environnement et la santé

Les transports engendrent des pollutions et des nuisances, comme le bruit, la pollution de l’air, l’émission de gaz à effet de serre, la consommation des espaces et des ressources non renouvelables. Ces impacts environnementaux concernent tous les types de territoire, dont les territoires ruraux, car contrairement à certaines idées reçues, les émissions de CO2 par habitant en zone rurale ne sont pas plus faibles que dans les espaces urbains. En termes de santé, les déplacements génèrent des accidents, en plus des effets de la pollution. Les solutions ne peuvent pas être que technologiques, via un usage massifié de véhicules électriques : de nombreuses actions pouvant contribuer à la sobriété énergétique des déplacements et à leur sécurisation sont également à lancer.

2- Méthodes pour établir un diagnostic de mobilités

Le guide du Cerema propose d'établir un diagnostoc en suivant 3 étapes :

  1. Déterminer le potentiel du territoire
  2. Évaluer la pertinence des services de mobilité
  3. Anticiper l’évolution des besoins



Les enjeux d'acessibilité sont au coeur du diagnostic territorial. Plusieurs outils sont proposés pour travailler sur l'intermodolatié et pour calculer des isochrones : Géoportail, Openrouteservice, outil du Cerema



A découvrir : l'outil de calcul d'isochrones autour des gares proposé par le Cerema permet de déterminer des aires d'accessibilit à 15mn à pied, à vélo ou en voiture (avec possibilité d'ajouter des couches et de faire des sauvegardes au format geojson).




Lien ajouté le 29 mai 2024
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