Portrait des nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville en France


L'INSEE a mis à jour au 1er janvier 2024 la liste et les contours des QPV pour la France métropolitaine, aboutissant à 1 362 quartiers prioritaires en France métropolitaine dans 776 communes et désormais tous les départements. Parmi eux, une large majorité (neuf QPV sur dix) sont issus de la liste des anciens QPV, avec un contour similaire ou modifié, tandis qu’une centaine de nouveaux QPV ont été créés. Seuls une cinquantaine de QPV sont intégralement sortis de la géographie prioritaire.

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ont été créés par la loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. Jusqu’en 2023, la France métropolitaine comptait 1 296 quartiers prioritaires, dans 754 communes. La géographie prioritaire était présente dans tous les départements, à l’exception de la Lozère. En France métropolitaine, un département comptait en moyenne 14 QPV, avec au minimum 1 QPV dans plusieurs départements (les Hautes-Alpes, le Cantal, la Creuse, le Gers, le Lot) et au maximum 91 dans le Nord. 

Les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte) comprennent 140 QPV (zonage de 2014 toujours en vigueur), avec 7 QPV en Martinique et jusqu’à 49 à La Réunion. De plus, 78 QPV sont recensés dans les collectivités d’outre-mer : 76 en Polynésie française et 2 à Saint-Martin. Une nouvelle génération de quartiers prioritaires est entrée en vigueur au 1er janvier 2025 pour les Outre-mer, par le décret n° 2024-1212 du 27 décembre 2024 modifiant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les collectivités régies par l'article 73 de la Constitution, à Saint-Martin et en Polynésie française.

Il y a désormais 1 362 QPV en France métropolitaine, localisés sur l’ensemble des départements mais répartis de façon très hétérogène sur le territoire. Représentant 8 % de la population, les 5,3 millions d’habitants des QPV diffèrent des habitants des environnements urbains voisins de ces quartiers selon plusieurs caractéristiques. Ils sont plus jeunes : ils ont 35 ans en moyenne, contre 41 ans dans les environnements urbains. Les ménages y sont plus souvent constitués de familles monoparentales (un ménage sur six, contre un sur dix dans les environnements urbains), tandis que les couples sans enfant y sont moins présents. Les ménages des QPV sont très majoritairement locataires, le plus souvent d’un logement social, et résident davantage dans des logements suroccupés. Enfin, les habitants de ces quartiers, par définition plus modestes que dans leur environnement urbain, ont un niveau de diplôme plus faible et sont confrontés à une plus grande précarité sur le marché du travail.

  • La population des QPV est plus jeune que celle de leurs environnements urbains
  • Un ménage sur six résidant dans un QPV est une famille monoparentale
  • La suroccupation des logements est nettement plus fréquente dans les QPV
  • La population des QPV est moins diplômée et moins présente sur le marché de l’emploi

Décret n° 2023-1314 du 28 décembre 2023 modifiant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains, JORF no 0301 du 29 décembre 2023.

Décret n° 2024-1212 du 27 décembre 2024 modifiant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour les Outre-mer



Pour compléter

« Les quartiers en politique de la ville, reflet des évolutions de la géographie sociale francilienne » (Institut Paris Région)

L'Île-de-France est la région la plus concernée par la politique de la ville, qui vise à améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers défavorisés. En 2024, les périmètres des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ont été actualisés : des quartiers intègrent la politique de la ville, d’autres la quittent ou voient leur contour redessiné. Cette nouvelle géographie traduit la paupérisation de certains secteurs ou, à l’inverse, la valorisation de quartiers transformés par une desserte améliorée, la diversification de l’habitat et l’arrivée de ménages plus aisés. Plus nombreux qu’en 2015, les QPV continuent de présenter, en 2024, des profils hétérogènes.
  • Une population en qpv inégalement répartie sur le territoire francilien
  • Le plus grand nombre de nouveaux qpv en Seine-Saint-Denis
  • Des qpv sortants à la suite des démolitions et de la diversification de l’habitat
  • Des contours modifiés par la paupérisation et la gentrification
  • Une population plus diplômée, active, familiale et immigrée
  • Une hausse de la population en qpv dans les départements les plus concernés
  • Des écarts inégalement marqués avec leur environnement
  • Des politiques qui bougent elles aussi
Quelques chiffres clés :
  • 1 Francilien sur 7 vit dans un QPV en 2024
  • 1,7 million de Franciliens vivent dans un QPV (32 % des habitants de QPV à l'échelle nationale)
  • 298 QPV en 2024 (272 en 2015) en Île-de-France
  • 40 nouveaux QPV et 12 QPV sortants en 2024 en Île-de-France
La nouvelle carte reflète deux dynamiques majeures : la paupérisation de certains territoires et la valorisation d’autres quartiers grâce à une meilleure desserte, une diversification de l'habitat et l'arrivée de ménages plus aisés.


Part de population en QPV au sein des EPCI de la région Ile-de-France (source : © Institut Paris Région)

De nouveaux contrats de ville "Engagements Quartiers 2030"
Les nouveaux contrats de ville "Engagements Quartiers 2030" ont été signés localement en 2024. Ils assurent le cadre partenarial de l’engagement des acteurs publics et privés dans ces quartiers, conformément aux annonces du Comité interministériel des villes du 27 octobre 2023. Les mesures présentées lors de ce Comité interministériel d'octobre 2023 étaient axées autour de quatre points principaux :
  • la transition écologique ;
  • la politique de la ville ;
  • le plein emploi ;
  • les services publics.
50 ans de politique de la ville (fiche chronologique à télécharger en pdf)

En contrepoint

Comment parler de "territoires délaissés" dégomme l'idée d'une France "périphérique" (France Culture). Carrément sans ministre à l'époque du gouvernement Barnier, la "politique de la ville" revient à l'agenda avec un Comité interministériel des villes le 17 avril 2025. Mais des chercheurs en sciences sociales proposent de changer de vocabulaire pour mieux décrypter les inégalités territoriales.

Lien ajouté le 11 mars 2026

« Des quartiers qui votent peu, des politiques qui les oublient : une double absence dans les quartiers populaires ? » Moins les habitants des quartiers populaires votent, moins leurs demandes sont prises en compte… ce qui les détourne des urnes. Décryptage d’un cercle vicieux avec l’exemple de Vaulx-en-Velin (The Conversation).

Le politiste et sociologue Antoine Lévêque (Université Paris Dauphine) analyse les quartiers populaires où l’on vote peu. Il montre qu’une faible participation électorale peut affaiblir le poids politique de ces habitants et éloigner encore davantage l’action publique de leurs besoins. L’étude prend appui sur Vaulx-en-Velin, dans l’agglomération lyonnaise. Cette commune éclaire une "double absence". Les classes populaires sont moins présentes dans les urnes, mais aussi moins représentées dans les espaces où se décident transports, équipements et priorités urbaines. Dans les décennies d’après-guerre, le communisme municipal reposait sur un fort ancrage pop. À Vaulx-en-Velin, élus, syndicats, associations et habitants formaient un réseau local dense. L’action municipale privilégiait alors logements sociaux, transports collectifs et équipements publics. Dans les années 1960, la construction des grands ensembles s’accompagne ainsi d’ambitieux projets d’infrastructures. Cette période correspond aussi à la puissance électorale du PCF, qui dépasse alors 20% des suffrages exprimés aux élections nationales et pèse fortement dans les négociations locales. À partir des années 1970, ces médiations se défont. Les élus sont moins issus des classes populaires locales et davantage insérés dans les espaces intercommunaux. Les décisions se déplacent vers des institutions métropolitaines plus techniques, plus opaques et plus éloignées du débat ordinaire. Cela transforme la géographie des investissements. À Vaulx-en-Velin, le métro et le tramway arrivés à la fin des années 2000 desservent surtout le Carré de Soie, nouveau pôle économique, en contournant les grands quartiers d’habitat social pourtant plus peuplés. La faible participation entretient ce mécanisme. Les quartiers qui votent le moins pèsent moins dans les arbitrages. Quand le PCF perd la ville en 2014, l’élection se joue à une centaine de voix seulement, et la nouvelle maire réunit moins de 10% de l’électorat au premier tour. Antoine Lévêque invite donc à dépasser l’idée d’une simple indifférence au vote. L’abstention traduit aussi un éloignement des lieux de pouvoir. L’enjeu n’est pas seulement de faire revenir aux urnes, mais de recréer des médiations politiques durables dans les quartiers populaires.

Articles connexes