La cartographie russe et soviétique d'hier à aujourd'hui


La cartographie russe s'inscrit dans une solide tradition qui remonte au moins à la fin du XVIIIe siècle et qui s'est traduite par une importante production, notamment à l'époque soviétique où l'Etat contrôlait la production et la diffusion des cartes. Les cartes militaires soviétiques longtemps tenues secrètes ont progressivement été rendues publiques à partir des années 1990-2000. Ce billet recense les ressources disponibles par périodes et donne des liens vers des articles de présentation ou d'analyse. La dernière partie est consacrée à l'étude de la Russie à travers des cartes historiques et géographiques.




1) La naissance et l'essor de la cartographie russe

Camena d'Almeida Pierre (1892). La géographie de la Russie, en 1891. Annales de Géographie, t. 1, n°2, p. 149-160.

« L'activité géographique en Russie n'est pas de date récente. Ce pays, qu'on se figure trop volontiers dépourvu de toute civilisation et de toute préoccupation scientifique avant Pierre le Grand, n'avait pas attendu le règne de ce prince pour sentir le besoin de cartes géographiques, et apprécier les services qu'elles peuvent rendre. Les premières cartes de la Russie que l'on possède sont, il est vrai, l'œuvre d'étrangers, mais dès le XVIe siècle, les marchands, les chasseurs, les hetmans de Cosaques, qui parcouraient en tous sens la Russie et ses dépendances, notaient soigneusement leurs impressions et décrivaient leurs itinéraires... A Pierre le Grand revient le mérite d'avoir créé une cartographie officielle, et fait de ce qui n'était dû qu'à l'initiative individuelle un service d'État, régulièrement organisé... Aux créations déjà faites s'ajoutèrent successivement le Corps d'état-major institué par Catherine II en 1763, l'Institut Constantin, sorte d'école d'application pour les topographes (1765), et le Corps impérial des dessinateurs (1796), bientôt converti en Dépôt impérial des cartes... Ces créations multiples et rapprochées témoignent de l'intérêt que les souverains russes prenaient aux progrès de la cartographie, cet intérêt s'accrut encore par la suite. » 

Pierre Gonneau (1986). La géographie historique de la Russie (Moyen Âge, XVIe, XVIIe siècles) dans les fonds des bibliothèques parisiennes. Revue des Études Slaves,  58-4,  p. 693-711.
http://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1986_num_58_4_5599


2) Cartes russes du XIXe et début XXe siècle

Retromaps. Cartes anciennes, atlas et plans historiques de la Russie (site en russe).

Atlas de la Russie d'Asie par Grigorii Glinka (1914).
http://www.davidrumsey.com/

Cartes et affiches de la collection David Rumsey concernant la Russie.
https://www.davidrumsey.com/

Ours terrifiant ou pieuvre géante : la Russie représentée sur les cartes satiriques d'Europe (Russia  Beyond).
http://fr.rbth.com/histoire/79878-russie-anciennes-cartes-europe

Olivier Orain. La géographie russe (1845-1917) à l’ombre et à la lumière de l’historiographie soviétique. Espace Géographique, Belin, 1996, XXV (3), p.217-232.
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00082222/document
« La géographie russe a toujours été plus "naturaliste" que la géographie française. Sa vocation exploratrice n'est sans doute pas étrangère à cet état de fait : commanditée par un État omniprésent, indissociable d'une pratique cartographique, faite de nomenclatures et d'inventaires, tournée vers des espaces sauvages et faiblement anthropisés, la géographie russe réclamait des géodésistes, des naturalistes, voire des ethnologues pour satisfaire la demande socio-politique dont elle était tributaire. » 

Marina Frolova, « Le paysage des géographes russes : l’évolution du regard géographique entre le XIXe et le XXe siècle », Cybergeo : European Journal of Geography, Epistémologie, Histoire de la Géographie, Didactique.
http://journals.openedition.org/cybergeo/1808
« Le seuil du XXème siècle marque une grande rupture dans la vision du paysage par les géographes et naturalistes russes. Cette rupture est précédée par les changements importants à l'intérieur de la géographie elle-même. Au cours du XIXème siècle la géographie, apparue à la croisée de diverses pratiques - les explorations militaires, les expériences de voyage et descriptions statistiques - s'affirme comme discipline universitaire. Fruit de la recherche de moyens efficaces de gestion de l'espace immense et création rapide de cartes des vastes territoires, la géographie russe, comme en Allemagne, tente de substituer l'étude des relations fonctionnelles à celle des données physionomiques (Rougerie, Béroutchachvili 1991)... En continuant cette démarche, un autre géographe soviétique, D. L. Armand, affirme en 1949 que la carte ne peut plus être un but principal de la recherche géographique. Elle doit être complétée par un graphique ou un tableau, qui représente le dynamisme temporel du facteur géographique étudié. Armand continue : Les résultats d'observations ne sont que des «matières primaires» de la recherche géographique. Ils sont généralisés sur une carte, sur les diagrammes de balance et sur les courbes qui montrent le déroulement des processus dans le temps. Ainsi les cartes figurant la distribution spatiale des phénomènes géographiques ne sont qu'un demi-produit de la recherche. Pour achever la recherche et pouvoir expliquer scientifiquement les processus ayant lieu dans la géosphère il faut traiter mathématiquement les données obtenues (1949, p. 93-94). » 


3) Cartes soviétiques de l'Entre-deux-guerres et de la Deuxième Guerre mondiale

Collection de 4 000 cartes militaires russes de l'Université de l'Indiana. Ces cartes ont été élaborées entre 1883 et 1947 et n'ont jamais été destinées à être vues par des étrangers. Une carte de synthèse permet d'accéder à la collection par zones géographiques.
http://webapp1.dlib.indiana.edu/images/splash.htm?scope=images/VAC9619

Cartes soviétiques sur la Guerre civile (1917-22).
Affiches révolutionnaires célébrant la victoire du bolchevisme sur ses ennemis internes et externes.

Carte du relief de l'URSS par Gorkin (1927).

Atlas soviétique célébrant le Gosplan (1936).
Cet atlas réalisé par Berezin et Arkadʹev montre, à travers données, cartes, images et graphiques, les réalisations du régime soviétique dans l'entre-deux guerres. Il s'agit de célébrer l'oeuvre du Gosplan.

Frédéric Bertrand (2006). Les enjeux de l'image dans l'anthropologie soviétique des années 1920 et 1930. Annales. Histoire, Sciences Sociales 2006/1, pages 275 à 292. L'article traite notamment des catégories ethniques utilisées par la cartographie ethnique de l’URSS.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des cartes russes sont tombées entre les mains de leurs ennemis (National Geographic). Les cartographes russes ont cartographié leur patrie avec un niveau de détail inégalé, ce qui conférait à ces cartes classées secret défense une valeur inestimable pour les nazis, l'armée américaine et la CIA.

Si on veut dominer le monde, encore faut-il le connaître. L'URSS se lance tout au long du XXe siècle dans un chantier presque impossible (un fil Twitter proposé par Jules Grandin).
http://twitter.com/julesgrandin/status/1080828048772075520


4) Cartes soviétiques de l'époque de la Guerre Froide

Soviet maps
Les cartes militaires soviétiques longtemps tenues secrètes ont été rendues publiques et étudiées par Russell Guy ainsi que dans le cadre du projet The Red Atlas (cf présentation de cet atlas sur Wired). Voir par exemple cette carte des villes d'Europe centrale qui auraient été détruites en cas de Troisième Guerre mondiale.
http://www.sovietmaps.com/

La cartographie militaire russe (Le Cartographe). Se procurer une topographie cartographique de classe mondiale a été pour la Russie une préoccupation constante tout au long de son histoire afin d'assurer, d'une part la protection de son territoire, et d'autre part l'expansion de son empire. Ainsi, en tant que super-puissance militaire, l'armée soviétique, à l'instar de l'armée américaine, s'est lancée dans un vaste programme de réalisation cartographique à l'échelle du globe. Suite à l'éclatement de l'Union soviétique cette cartographie de grande qualité a rapidement été disponible.
http://www.le-cartographe.net/dossiers-carto-91/asie/69-cartomilirusse

Une collection de cartes topographiques numérisées à différentes échelles de l'État soviétique, de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie ; certains sont même géoréférencées.
http://maps.vlasenko.net/

Cartes et affiches de la collection David Rumsey concernant l'URSS.
https://www.davidrumsey.com/

Posters des années 1960 détaillant les symboles à employer sur les cartes soviétiques.
http://www.nationalgeographic.com/culture/article/maps-soviet-symbols-spy-cartography-posters

Cartes d'InTourist
Cartes et affiches d'InTourist, l'agence officielle de tourisme de l'URSS fondée en 1929 (présentée également sur Medium).
http://www.alamy.com/stock-photo/intourist.html

Carte des jeunes pionniers soviétiques (1972)
http://www.reddit.com/r/russia/comments/99h9zo/soviet_young_pioneers_map_1972/

Cartes de propagande (Persuasive maps)
La Cornell University Library consacre une collection complète aux cartes de propagande. Voir notamment les cartes de propagande portant sur la Russie et sur l'URSS.

Jean-Paul Bord (2003). Cartographie, géographie et propagande. De quelques cas dans l'Europe de l'après-guerre. Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2003/4 (no 80), pages 15 à 24.

5) Étudier la Russie à travers des cartes historiques et géographiques

Cartothèque de la revue L'Histoire 

Atlas historique de la Russie : d’Ivan III à Vladimir Poutine (Autrement)
http://www.autrement.com/atlas-historique-de-la-russie/9782746753808

Carte physique et administrative de la Russie (Universalis)

La Russie et son environnement stratégique (Diploweb)

Russie : un pays contrasté - Le dessous des cartes | ARTE

Russie : les limites de la puissance

Atlas géopolitique de la Russie (Autrement)
http://www.autrement.com/atlas-geopolitique-de-la-russie/9782746751217