Utiliser le lion pour politiser la géographie (blog de la Bibliothèque du Congrès)


Une technique populaire utilisée par les cartographes pour politiser la géographie aux XVIe et XVIIe siècles consistait à représenter les formes de territoire, en particulier celles des empires et des nations naissantes, comme des animaux. Le blog de la Bibliothèque du Congrès consacre l'un de ses billets aux « animaux de propagande », en particulier le lion. 

Le lion représentait traditionnellement la force et le courage mais aussi la cruauté et la mort. Du concept de force découle une autre utilisation du lion, comme symbole de l’impérialisme ou de l’État. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Leo Belgicus est l'une des cartes zoomorphes les plus célèbres de toutes dans l'utilisation d'animaux pour suggérer ou représenter une action non animale.

Le Leo Belgicus a été conçu par Michael Eytzinger (1530-1598) et est apparu dans son ouvrage sur l'histoire des Pays-Bas, De Leone Belgico publié à Cologne en 1583. Le lion fait face à l'est et s'étend sur l'intégralité du territoire représenté. Au cours des deux siècles suivants, la carte a été réimprimée et redessinée par de nombreux artistes pour être représentée dans des livres, notamment par Jodocus Hondius (orienté avec l'ouest en haut). 

Leo Belgicus par Jocodus Hondius, 1611 (source : Library of Congress, domaine public)


La figure du Lion est classée en trois formes : la forme d'Eytzinger (un lion debout face à droite ou à l'est avec la patte avant droite relevée), la forme Jansson-Visscher (un lion tourné vers la gauche ou le sud-ouest) et le Leo Hollandicus (un lion ne représentant que la province de Hollande).

Leo Belgicus sous la forme Eytzinger à découvrir sur la Bibliothèque du Congrès ou sur Gallica


Cette version allemande du Leo Belgicus est classée comme une version Strada de la forme Eytzinger. La version de Famiano Strada est considérée comme la plus populaire de toute la série des Leo. Sa particularité est que le lion tient un bouclier avec sa patte droite, qui porte généralement le titre de la carte. Il existe plus de 90 éditions du lion de Strada entre 1632 et 1794, avec des textes en latin, français, italien, espagnol, néerlandais, allemand, anglais et polonais. Dans cette version, les dix-sept provinces sont représentées avec des navires représentant les Pays-Bas en tant que puissance maritime.

Lorsque les Sept Provinces du Nord se séparèrent de l'empire espagnol pour former la République des Pays-Bas en 1581, la forme animale se transforma également en Leo Hollandicus, qui représente les Sept Provinces Unies ou République néerlandaise sous la forme d'un lion. Leo Belgicus et Leo Hollandicus étaient des symboles du patriotisme néerlandais. Ils apparaissent souvent dans les peintures hollandaises du XVIIe siècle et ornent depuis lors les murs de nombreuses auberges et maisons privées.

Comme le souligne Miguel Alvarez sur Mapas Milhaud, si le Leo Belgicus n'a pas inventé la cartographie figurative et anthropomorphique (cet honneur revient peut-être à l'Europa Regina), ce qui est unique, c'est que ce mythe fondateur est littéralement une carte : cette carte porte le nom d'un pays qui ne verra le jour que 250 ans plus tard. Au cours du siècle suivant, cette carte fut redessinée à de nombreuses reprises et réinterprétée en des dizaines de versions. Chacune de ces cartes avait la particularité de refléter le climat politique de son époque.

D'autres exemples d'animaux à découvrir sur les cartes :

La pause de la Prusse ou la ligne de démarcation précise de l'armistice - 1871 (site de la Bodleian). 
Sur la carte, le cou et la face d'un lion sont surimprimés sur une carte de France comme un ectoplasme animalier victorien pour montrer les zones occupées par les forces allemandes à la fin de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Lien ajouté le 24 avril 2026

« À l’ombre d’une Bohême en fleurs : la Bohemiae Rosa de Bohuslav Balbín » (Gallica)

Connue sous le titre de Bohemiae Rosa omnibus saeculis cruenta (« La rose de Bohème sanglante à travers les siècles »), cette gravure est l’œuvre du cartographe silésien Christoph Vetter pour le tracé et de Wolfgang Kilian pour la taille-douce. La Bohême y prend la forme d’une rose stylisée dont Prague constitue le cœur, tandis que les dix-huit divisions du royaume s’ordonnent autour d’elle en pétales numérotés. Le réseau de rivières traverse l’ensemble comme un système de nervures qui irrigue la fleur. La forme florale ne vient donc pas simplement embellir la carte, mais elle orchestre sa composition et donne au territoire une unité perceptible, organique, sans rien sacrifier pour autant à sa lisibilité géographique. La Bohemiae Rosa devient une manière de valoriser une Bohême pensée comme un royaume historique doté de sa cohérence propre. Sous la douceur apparente de la fleur affleure une mémoire de guerres et de batailles. Celle-ci, pourtant, ne renvoie pas seulement aux violences passées, mais sert d’arrière-plan à l’image d’un ordre restauré sous les Habsbourg, qui permet à la rose de s’épanouir en paix. L’époque moderne a produit d’autres cartes figurées, anthropomorphes comme l’Europa Regina ou zoomorphes comme le Leo Belgicus. Les cartes « floromorphes » comme la Bohemiae Rosa restent cependant plus rares, bien qu’un précédent existe avec la carte en trèfle de Heinrich Bünting.

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