Rapport mondial sur les déplacements internes (Conseil norvégien pour les réfugiés)


Le Rapport mondial sur les déplacements internes du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) constitue une source importante de données et d'analyses pour appréhender chaque année l'impact des déplacements internes à l'échelle mondiale. Les déplacés internes sont des personnes contraintes de fuir à l'intérieur de leur propre pays, notamment en raison de conflits, de violences, de violations des droits humains ou de catastrophes. Lorsque des personnes passent une frontière pour échapper aux persécutions, elles sont protégées par des conventions internationales et sont juridiquement considérées comme des réfugiés. Les personnes vivant une situation semblable qui quittent leur région d’origine tout en restant dans leur propre pays deviennent des déplacés internes. Leur protection relève de la responsabilité de l’État concerné, mais celui-ci ne peut souvent plus l’assurer – ou refuse de la garantir au groupe de population concerné. Les déplacés internes ne constituent pas une catégorie juridique particulière et ils ne bénéficient donc pas d'une protection spécifique du droit international (source : UNCHR).

Déplacements internes en raison des conflits et des catastrophes en 2022 (source : Norvegian Refugiee Council)

71,1 millions de personnes vivaient en situation de déplacement interne dans le monde fin 2022, une augmentation de 20% par rapport à 2021 soit la plus élevée jamais enregistrée. Le nombre de déplacements associés aux conflits et à la violence a presque doublé pour atteindre 28,3 millions. La guerre en Ukraine a déclenché 16,9 millions de déplacés, le chiffre le plus élevé jamais enregistré dans un pays. Le phénomène météorologique de La Niña qui a persisté pendant trois années consécutives, a conduit à des niveaux records de déplacements dus aux inondations notamment au Pakistan, au Nigeria et au Brésil. Elle a entraîné une sécheresse record en Somalie, en Éthiopie et au Kenya, à l'origine de 2,1 millions de déplacements. Les conflits, les catastrophes et les déplacements ont aggravé la situation en matière d'insécurité alimentaire, qui était déjà préoccupante en raison de la lenteur de la reprise après la pandémie de Covid-19. Le rapport 2023 en est sa huitième édition. Il est consacré à l'insécurité alimentaire en tant que moteur, impact et obstacle potentiel aux déplacements internes. 

Déplacements internes en raison des conflits et des violences en 2022 (source : Norvegian Refugiee Council)



Déplacements internes en raison des catastrophes en 2022 (source : Norvegian Refugiee Council)

Le rapport se divise en deux parties :

  • Partie 1 : Déplacement interne en 2022

Cette section présente les données mondiales sur les déplacements internes collectées par l'IDMC tout au long de l'année 2022, dans les différents contextes politiques, économiques et sociaux de différents pays et régions. Elle présente les chiffres sur les déplacements internes liés aux conflits et catastrophes a, ainsi que les dernières estimations de l'IDMC sur l'impact économique de ces déplacements.

  • Partie 2 : Sécurité alimentaire et déplacement

Cette section contient des données et des analyses qui montrent les relations complexes entre les catastrophes, les conflits, l'insécurité alimentaire et les déplacements internes. Le rapport 2023 présente les principales dimensions des relations entre sécurité alimentaire et déplacement interne, chacun agissant à son tour comme un moteur et un impact de l'autre, les deux renforçant les cycles durables de vulnérabilité et de crise.


Coût estimé pour assurer la sécurité alimentaire des personnes déplacées via des plans de réponse humanitaire (source : Norvegian Refugiee Council)



Les rapports publiés depuis 2016 consacrent une première partie aux données générales et une deuxième partie au traitement d'une question spécifique, ce qui permet d'aborder la question sous différents angles. A partir de 2024, les rapports incluent une analyse à l'échelle mondiale et une analyse à l'échelle régionale :

  • Rapport 2026 : baisse des déplacements liés aux catastrophes (en proportion) et hausse de ceux liés aux conflits et violences en 2025
  • Rapport 2025 : le nombre de déplacements internes liés aux catastrophes a atteint un niveau record en 2024
  • Rapport 2024 : parmi les 148 pays et territoires ayant signalé des déplacements liés à des catastrophes figurent des pays à revenu élevé comme le Canada et la Nouvelle-Zélande
  • Rapport 2023 : déplacements internes et sécurité alimentaire
  • Rapport 2022  : impact des déplacements sur les enfants et les jeunes
  • Rapport 2021 : relations entre changement climatique, catastrophes et déplacements
  • Rapport 2020 : politiques et moyens mis en oeuvre par chaque pays pour y répondre
  • Rapport 2019 : défis et opportunités des déplacements internes
  • Rapport 2018 : voies à suivre pour réduire les déplacements, défis et lacunes en matière de données
  • Rapport 2017 : enjeux pour les associations humanitaires et de développement
  • Rapport 2016 : défis méthodologiques et conceptuels à surmonter pour établir un tableau des déplacements à l'échelle mondiale

Lien ajouté le 27 janvier 2024

Lien ajouté le 20 avril 2024
Lien ajouté le 12 janvier 2026

Cyril Roussel, « Le piège de l’enclave : déplacements internes en Syrie dans les interstices d’un territoire en guerre », e-Migrinter, Trajectoires d’encampement, 26 | 2025, http://journals.openedition.org/e-migrinter/6082 

Cet article tente de montrer que, dans un pays en guerre civile comme la Syrie de 2011 à 2024, les populations exposées à la violence ne choisissent pas systématiquement la fuite ou l’exil loin de leur lieu de résidence. À l’inverse, une forme d’attente (l’immobilisme) est généralement le premier réflexe. Cette attente peut alors se faire dans des enclaves, ilots perçus comme sûrs dans lesquels les personnes partagent communément des caractéristiques identitaires communes. Dans les exemples développés, il s’agit de Kurdes. Cette forme spatio-temporelle évolue avec le contexte conflictuel, car si le but est bien de créer dans un premier temps une coupure avec l’extérieur par le fait de s’y replier, elle ne peut indéfiniment se maintenir en place lorsque la menace l’emporte. Ce sont les phases d’un processus complexe « attente/cantonnement/expulsion » qui sont étudiées ici en tentant d’articuler formes spatiales et temporalités de l’attente.

Lien ajouté le 14 mai 2026

« Les déplacements internes causés par la violence ou les conflits ont atteint un niveau record en 2025 ».  Le chiffre de 32,3 millions (soit 60% de plus qu’en 2024) dépasse pour la première fois le nombre de personnes déplacées par des catastrophes naturelles, portant le total à 82,2 millions de personnes déplacées dans le monde (The Guardian).

En 2025, selon l’IDMC cité par Olivia Lee, les conflits provoquent 32,3 millions de déplacements internes, soit 60% de plus qu’en 2024, et dépassent pour la première fois les catastrophes naturelles depuis le début des relevés en 2008. Dans ces statistiques, un déplacement interne désigne chaque fuite à l’intérieur d’un même État, ce qui change l’échelle du drame humain, car une même personne peut être chassée deux ou trois fois par la guerre, l’insécurité ou l’effondrement local des services. Le monde compte encore 82,2 millions de personnes déplacées internes en 2025, après le pic de 83,5 millions atteint en 2024. Cette baisse apparente reste fragile, car elle dépend aussi de retours forcés, d’infrastructures détruites et de données incomplètes. Plus de 83% des personnes déplacées dans leur propre pays fuient les conflits et les violences, tandis que les catastrophes naturelles entraînent 29,9 millions de déplacements. La guerre devient ainsi un puissant facteur de désorganisation des territoires habités. Jan Egeland, secrétaire général du Norwegian Refugee Council, voit dans ces chiffres le signe d’un effondrement mondial de la protection des civils, car des familles reviennent parfois vers des maisons détruites, sans services, ou ne peuvent plus rentrer du tout. Près de la moitié des personnes déplacées par les conflits se concentrent dans cinq pays. Le Soudan, la Colombie, la Syrie, le Yémen et l’Afghanistan. Le Soudan demeure, pour la troisième année consécutive, le principal foyer mondial de déplacement interne. Les conflits armés internationaux recomposent fortement la carte des mobilités forcées, puisque 46% des déplacements liés à la violence leur sont associés en 2025, presque deux fois plus qu’un an plus tôt. L’Iran et la RDC en concentrent à eux seuls les deux tiers. Tracy Lucas, directrice de l’IDMC, rappelle que l’exil intérieur se répète souvent pour les mêmes familles, alors que les systèmes de protection se défont. Derrière les chiffres, des lieux de vie deviennent durablement inhabitables. 


Lien ajouté le 19 mai 2026

« Comment un « modèle » de migration climatique est devenu un récit édifiant » (The New York Times).

En Louisiane, la relocalisation d’Isle de Jean Charles devait devenir un modèle de migration climatique réussie. Dix ans plus tard, ce déplacement révèle surtout les pertes culturelles, sociales et politiques vécues par les habitants déplacés. L’île était un cas emblématique de retrait organisé. Les marais disparaissaient dans le golfe du Mexique, la route unique était souvent coupée par les marées et les tempêtes, et les pouvoirs publics ont proposé de déplacer les habitants vers un site plus haut. Le bilan matériel semble d’abord positif. 37 familles vivent désormais à New Isle, à environ 50 km de leur ancien territoire. Elles sont plus protégées des ouragans et des crues, mais plusieurs disent avoir perdu bien plus qu’une maison. Elles ont perdu un monde. Le déracinement se lit dans des détails concrets. Les eaux artificielles de New Isle n’abritent pas les espèces pêchées autrefois, les voitures passent vite, l’association de propriétaires impose ses règles et l’espace familier devient un quartier administré. Démé Naquin, chef de la Jean Charles Choctaw Nation, critique un processus piloté par l’État de Louisiane, non par la tribu, faute de reconnaissance fédérale. Les habitants décrivent des dossiers complexes, des promesses floues et une faible prise sur les décisions. Le nouveau village devait offrir une clinique, un marché, des parcs, un musée et un lieu de powwow. L’argent a surtout produit des maisons, un centre peu utilisé et des canaux artificiels. Même avec dix ans de préparation, l’île n’a pas été recréée. Cette expérience éclaire les déplacements climatiques à venir. La Banque mondiale estime que 216 millions de personnes pourraient migrer dans leur propre pays d’ici 2050. New Isle montre que la sécurité physique ne suffit pas à refaire un territoire vécu. Une migration climatique réussie en définitive ne déplace pas seulement des maisons vers un sol plus haut. Elle doit préserver liens, usages, mémoire, droits collectifs et pouvoir de décision des habitants concernés.

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