Zones d'emploi en France (2020) : l'INSEE propose une nouvelle méthode de zonage


Créées au début des années 1980, les zones d'emploi permettent non seulement de restituer des informations statistiques (en particulier les taux de chômage localisés et les estimations d’emploi de l’Insee), mais aussi de concevoir des diagnostics territoriaux permettant d’élaborer et de mettre en oeuvre des politiques publiques. De fait, construites à partir des déplacements domicile-travail, les zones d’emploi constituent un découpage du territoire approprié pour étudier le fonctionnement réel du marché du travail local. Elles sont également très utilisées pour les analyses économiques. Les contours des zones d'emploi avaient déjà changé en 2010 en raison de l’évolution des facteurs déterminant les migrations domicile-travail.

En septembre 2020, l’Insee a de nouveau mis à jour les zones d’emploi. Contrairement aux zones d’emploi 2010, construites région par région, celles construites en 2020 sont issues de paramètres nationaux. Seules quelques régions font exception : les DOM et la Corse en raison de leur particularité insulaire qui limite les déplacements domicile-travail. L’Île-de-France a également fait l’objet d’un traitement différent pour tenir compte de la très forte polarisation des flux vers Paris : la part des actifs qui résident et travaillent dans la même zone sont inférieurs à ceux du reste du territoire. 

La nouvelle méthode dessine 306 zones d’emploi (contre 321) en adaptant les critères pris en compte aux densités démographiques. La méthode à été changée afin de limiter l’effet d’écrasement des très grands pôles d’emploi. « La méthode repose sur un procédé itératif basé sur l’analyse des déplacements domicile-travail entre les différentes zones : à chaque étape, des communes (ou groupes de communes agrégées précédemment) sont agrégées en fonction de l’intensité des échanges domicile-travail. Ainsi, toutes les zones constituées polarisent l’emploi, mais à des degrés différents. »

 

Principal avantage de cette typologie : elle facilite la comparaison à l'échelle européenne grâce à une méthodologie inspirée d'Eurostat et de l'OCDE (cf découpage en labor market areas). Avec un inconvénient : ce nouveau mode de calcul rend difficile voire quasiment impossible toute comparaison avec les anciennes zones d'emploi de 1990 et de 2010. Comme le rappelle l'Association des Communes de France, « il est nécessaire de rappeler qu’un zonage résulte toujours d’une convention méthodologique. Aussi rigoureuse soit-elle pour gagner en robustesse, elle demeure assise sur des choix (seuils, critères, unités géographiques de base…) qui dicteront les résultats [...] On remarquera que les "mailles" de zones d’emploi varient en fonction des densités démographiques et économiques. Elles s’approchent quasiment d’une échelle départementale dans les espaces de faible densité alors qu’elles s’apparentent davantage à des arrondissements dans d’autres régions. »

 Comparaison du découpage des zones d'emploi 2010 et 2020 (réalisée avec Q-Gis)

 

Ce nouveau découpage a l'avantage de s'appuyer sur les migrations domicile-travail à une échelle plus fine. La refonte des zonages de l’Insee n'est toutefois pas sans susciter des débats parmi les géographes. L’utilisation des zonages dans l’aménagement du territoire renvoie à leur rôle dans les politiques publiques. Le seuil choisi (15%) comme le maintien d’un seul indicateur fondé sur les navettes domicile-travail sont de moins en moins opérants pour décrire la diversité des espaces périurbains et le gradient de l’urbain au rural. Lire un résumé des réflexions des chercheurs dans la Chronique 23 du CNIS (juin 2020).

Sept profils se distinguent selon l'orientation économique principale de chaque zone d'emploi. La Bretagne est, avec Avergne-Rhône-Alpes, l'une des régions qui a le profil le plus équilibré avec les 7 types de zones d'emploi représentés dans la même région (orientation à la fois résidentielle, agricole, industrielle, touristique  + polarisation par des grandes agglomérations). En outre-mer, La Réunion a un profil moins diversifié que les Antilles.


 

Les grandes agglomérations, scindées en deux classes selon l’intensité de leurs spécialités, sont caractérisées par des emplois typiques des grandes métropoles et par la présence de grands établissements. Certaines zones d’emploi sont spécialisées dans l’agriculture comme Carhaix-Plouguer en Bretagne, l’industrie comme Oyonnax en Auvergne-Rhône-Alpes ou encore le tourisme comme Sainte-Maxime en Provence-Alpes-Côte d’Azur. D’autres sont davantage diversifiées comme Chaumont dans le Grand Est. Enfin, certaines zones d’emploi ont un caractère plus résidentiel : la part d’actifs qui y habitent et y travaillent est plus faible qu’ailleurs ; elles se situent principalement dans le voisinage des grandes agglomérations.


Cinq profils types de zones d’emploi à partir des variations de la population et de l’emploi
entre 2010 et 2015 (Source : Insee, 2019)
 
 
 
Typologie des zones d'emploi selon le niveau du premier et du neuvième décile
du revenu disponible en 2013 (source  : CGET, 2017)
 


Accès aux données

Base des 306 zones emploi Insee 2020 (avec fichiers shp à télécharger) :
http://www.insee.fr/fr/information/4652957

Base des zones d'emploi 1990 et 2010 :
http://www.insee.fr/fr/information/2114596

Statistiques locales (outil de cartographie en ligne de l'Insee) :
http://statistiques-locales.insee.fr/#c=indicator&view=map10 

Étude nationale : « L'orientation économique des zones d'emploi : entre spécialisation et diversification des économies locales » : http://www.insee.fr/fr/statistiques/4653582

Analyse des profils socio-économiques par région :
http://www.insee.fr/fr/information/4652090

Atlas des zones d'emploi 2010 (à télécharger sur Data.gouv) :
https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/atlas-des-zones-d-emploi-572211/

La refonte des zonages de l’Insee : réflexions de chercheurs (CNIS, 2020) :
http://www.cnis.fr/wp-content/uploads/2020/06/CNIS-chroniques-23final2.pdf


Lien ajouté le 17 mars 2022


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