Cartes et données sur le terrorisme dans le monde (de 1970 à nos jours)


La Global Terrorism Database (GTD) est une base de données open source contenant des informations sur les événements terroristes dans le monde de 1970 à 2020 (plus de 200 000 cas répertoriés). La GTD est une base de données assez complète et librement accessible sur le terrorisme. Démarrée en 2002 à l'initiative de chercheurs de l'Université du Maryland, elle est mise à jour régulièrement dans le cadre du consortium START (Study of Terrorism and Responses to Terrorism), qui bénéficie d’un soutien du gouvernement des États-Unis.

Répartition géographique et intensité des attaques terroristes dans le monde en 2020 (source : GTD)

La heatmap GTD 2020 met en évidence la concentration géographique et l'intensité des attaques terroristes qui se sont produites dans le monde en 2020. L'intensité est calculée en fonction du nombre de personnes tuées ou blessées lors de chaque attaque. La carte est téléchargeable en grand format et comparable avec des cartes des années précédentes.

Comme le montrent Hervé Théry et Daniel Dory qui ont travaillé sur la géographie de ces attaques terroristes, le terrorisme constitue un fait très répandu mais pas "mondial". Bien que très spectaculaire, le phénomène reste « concentré dans deux zones principales : le Moyen Orient et l’ensemble Afghanistan/Pakistan. Et si le Kenya et la Somalie se distinguent également en la matière, la plupart des autres zones et pays marqués par la fréquence des attentats ne se détachent plus lorsque l’on s’intéresse à la létalité » :

Daniel Dory et Hervé Théry (2021). « Mettre le 11 septembre 2001 à sa place. Réflexions géographiques sur les réalités du terrorisme dans le monde ». La Géographie 2021/4 (n° 1583), pages 40 à 45.

Les mêmes auteurs ont travaillé sur les relations entre terrorisme et tourisme dans le but « d’explorer cette thématique complexe à l’aide d’une démarche cartographique novatrice, permettant d’avancer vers une meilleure formulation des hypothèses de travail à partir de données empiriques contrôlables » :

Hervé Théry et Daniel Dory (2021). « Relation terrorisme-tourisme : quand les cartes sont des atouts ». Conflits. Revue de géopolitique. 31 juillet 2021.

Tourisme et terrorisme dans le monde (Source : Théry et Dory, 2021)



L'Institut pour l'économie et la paix publie chaque année un rapport sur l'Indice mondial du terrorisme. Ces rapports offrent un aperçu complet des principales tendances et caractéristiques du terrorisme à l'échelle mondiale au cours des deux dernières décennies.

Pour compléter

  • « Terrorisme. Espace mondial, l'atlas » (Atlas Sciences Po, 2018). Méthode d’action violente cherchant à susciter la peur dans les sociétés qui en sont la cible, le terrorisme n’est ni nouveau, ni l’apanage des groupes islamistes radicaux. En réaction aux attentats du 11 septembre 2001, les États occidentaux sont tentés d’instrumentaliser l’anxiété. Le terrorisme suscite souvent un recul de l’État de droit dans les pays démocratiques et un renforcement des politiques répressives par les régimes autoritaires.

  • Sur la distinction entre terrorisme, homicides et criminalité, il est peut être intéressant de consulter  l'article d'Hervé Théry « Terrorisme au Brésil ? ».

  • « Terrorisme et insurrection en Afghanistan : quelques données de base ». Par Hervé Théry et Daniel Dory (Conflits. Revue de géopolitique)

  • « Cinq ans de terrorisme d'Al-Qaida (2017-22) ». Une infographie proposée par journal Le Monde à partir des données de l'ACLED pour l'article "La mort du chef d’Al-Qaida illustre la nouvelle guerre américaine en Afghanistan".

  • Opération Barkhane, une régionalisation des moyens face à une régionalisation du terrorisme (African Studies).

  • 46 ans d'attaques terroristes en Europe visualisées en cartes et en graphiques (The Washington Post).

  • Modèles graphiques reconstituant les liens entre des groupes terroristes : nécessité des network sciences (Veille Carto2.0).

  • Cinq décennies de reportage sur le terrorisme : y a-t-il eu pas assez ou trop de couverture ? (The Conversation).

  • Comment la cartographie peut servir à agiter la peur outre-altantique. Exemple d'une "carte effrayante montrant comment les djihadistes affluent de l'étranger vers l'Afghanistan pour lancer une nouvelle guerre terroriste avec l'Occident" (The Sun).

  • Menace terroriste et « conseils aux voyageurs » dans le Sahel : la cartographie de l’exclusion (Jeune Afrique).
Lien ajouté le 9 janvier 2023
Lien ajouté le 15 septembre 2026

« Du Sahel à la Somalie, comment Al-Qaida se réinvente en Afrique » (Le Monde).

On assite à un déplacement du djihadisme mondial vers l’Afrique. Stig Jarle Hansen, chercheur au RUSI, souligne que le GSIM au Sahel et les Chabab en Somalie sont aujourd’hui les filiales d’Al-Qaida les plus puissantes, les plus riches et les mieux armées. Al-Qaida a presque perdu ses anciennes bases du Levant, du Golfe et d’Afghanistan. En revanche, ses filiales africaines contrôlent désormais des territoires. Le GSIM agit du Mali au Burkina Faso et au Niger, tandis que les Chabab dominent de vastes espaces du centre et du sud somaliens. Cette puissance repose sur un fort ancrage territorial. Selon l’ONU, le GSIM compterait 7.000 à 8.000 combattants. Il encercle et menace Bamako, administre des zones rurales, prélève la zakat et tire ses revenus de l’orpaillage artisanal, du bétail, des trafics et des rançons. En Somalie, les Chabab compteraient entre 7.000 et 12.000 combattants selon l’ONU. Ils contrôlent des pans entiers du centre et du sud du pays et y prélèvent un impôt informel. Cette implantation durable contraste avec le déclin de la branche historique d’Al-Qaida au Yémen. Le djihad mené par ces groupes est d’abord local. Jérôme Drevon, du Geneva Graduate Institute, estime que leurs intérêts nationaux et régionaux priment largement sur l’allégeance à Al-Qaida. Recrutement, financement et combats dépendent surtout des sociétés et conflits africains. Au Mali, le GSIM recrute largement parmi les Peuls du centre et cherche aussi à toucher les Bambaras du Sud. En Somalie, les combattants des Chabab sont tous somaliens. Ces groupes s’enracinent donc dans des territoires précis, leurs tensions sociales et leurs équilibres communautaires. Malgré leur autonomie, les liens avec Al-Qaida subsistent. En 2025, une partie d’une rançon de 50M$, obtenue par le GSIM après la libération d’un otage émirati, aurait été reversée à la direction centrale. Les échanges sont désormais plus solidaires et politiques que hiérarchiques. L’Afrique est un foyer majeur du djihadisme mondial. Le GSIM menace Bamako, et les Chabab progressent près de Mogadiscio. Leur force repose sur le contrôle du territoire, des ressources et une large autonomie, malgré l’EI. 

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