Impact du changement climatique sur le niveau des nappes d'eau souterraines en 2100


Seules 30 % des réserves d’eau douce de la planète sont accessibles, les 70 % restant sont sous forme de glace dans les glaciers. Cette eau douce exploitable est principalement constituée d’eaux souterraines contenues dans les aquifères (29 %), loin devant les eaux de surfaces (1 %) formant les rivières, les lacs, ou les zones humides. Comprendre l’impact du changement climatique à venir sur les eaux souterraines est donc essentiel pour améliorer les plans d'adaptation de la gestion de la ressource en eau à l’échelle mondiale.

Dans une nouvelle étude réalisée dans un laboratoire rattaché au CNRS-INSU, une équipe de scientifiques a analysé, selon l'évolution climatique à l’horizon 2100, l’évolution du niveau des nappes souterraines dans les 218 principaux bassins aquifères non-confinés du monde, en suivant les derniers scénarios de changement climatique utilisés par le GIEC. Cette étude a été réalisée avec les deux modèles de climat du CNRM (CNRM-CM6-1 et CNRM-ESM2-1), capables de représenter les rétroactions entre le climat, le changement d’utilisation des terres et les processus liés aux eaux souterraines, mais pas les prélèvements anthropiques. Selon le scénario considéré, ces modèles simulent une hausse du niveau des nappes d’eau souterraines à la fin du 21ème siècle sur 33 % à 42 % des régions couvertes par les principaux bassins aquifères du monde, et une baisse du niveau de ces nappes sur 26 % à 37 % de ces régions. Ces estimations sont ensuite croisées avec des projections de densité de population afin de tenir compte des possibles effets liés aux prélèvements d’eau par les activités humaines.

L’équipe estime alors que 31 % à 43 % de la population mondiale en 2100 pourrait être affectée par ces modifications du niveau des nappes. La majorité (29 % à 40 % de la population mondiale), serait alors plus fréquemment confrontée à des problèmes de pénurie d'eau, liés à l’évolution du climat et/ou de la consommation d’eau par les activités humaines, alors que seulement 1,7 % à 2,2 % de la population mondiale verrait sa ressource en eau augmenter, entrainant un risque accru d’inondations.

Changements simulés de la profondeur des nappes d’eau souterraines (en %) entre la période historique (1985-2014) et la fin du 21ème siècle (2071-2100) - Source : Costantini & al., 2023


Légende

Changements simulés de la profondeur des nappes d’eau souterraines (en %) entre la période historique (1985-2014) et la fin du 21ème siècle (2071-2100) dans le scénario SSP370 mis en place pour le 6e rapport du GIEC. Les régions bleues et rouges correspondent à une hausse ou une baisse du niveau des nappes, respectivement. Les régions blanches correspondent aux zones où les changements simulés ne sont pas statistiquement significatifs à un niveau de confiance de 95 %.  Ces estimations ne prennent en compte que les facteurs climatiques, l’impact des prélèvements anthropiques sont discutés dans l’étude.

Pour en savoir plus :

Costantini, M., Colin, J., & Decharme, B. (2023). Projected climate-driven changes of water table depth in the world's major groundwater basins. Earth's Future, 11, e2022EF003068.

Lien ajouté le 7 janvier 2026

Chen, Y., Su, Z., Woolway, R.I. et al. (2026). Persistent river heatwaves are emerging worldwide under climate change [Des vagues de chaleur persistantes concernant les rivières apparaissent dans le monde entier sous l'effet du changement climatique]. Nature Communications 17, 94. https://doi.org/10.1038/s41467-025-66868-5

Des chercheurs montrent que les rivières du monde entier entrent dans une nouvelle phase climatique. Leur étude révèle que les "canicules fluviales", deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses sous l’effet du réchauffement global. Les vagues de chaleur fluviales s'intensifient et durent plus longtemps à l'échelle mondiale. Près de la moitié des rivières du monde connaîtront un état de vague de chaleur « permanente » (toute l'année) d'ici les années 2090, sous l'effet de fortes émissions de gaz à effet de serre. Les rivières ne réagissent pas partout de la même façon. Les épisodes de chaleur sont plus nombreux dans les régions arides et tempérées, tandis que les zones froides connaissent des pics thermiques plus intenses, soulignant le lien étroit entre climat régional et fonctionnement des cours d’eau. Depuis les années 1970, la température de l’eau augmente partout, et les épisodes de chaleur durent de plus en plus longtemps. Ce réchauffement progressif transforme des phénomènes autrefois exceptionnels en situations régulières, visibles à l’échelle de nombreux grands bassins. Les projections pour la fin du XXIe siècle sont plus préoccupantes encore. Si les émissions restent élevées, les canicules fluviales pourraient durer des mois, voire des années entières. Dans ce scénario, la chaleur extrême ne serait plus un événement ponctuel, mais un état quasi permanent. Les régions tropicales apparaissent comme les + vulnérables. Des bassins majeurs comme l’Amazone ou le Congo pourraient connaître une eau durablement trop chaude. Cette évolution menace directement des écosystèmes parmi les plus riches de la planète et fragilise leurs équilibres biologiques. Les rivières fournissent en outre eau potable, nourriture, énergie et moyens de subsistance. La multiplication des canicules fluviales expose des centaines de millions de personnes, avec un impact particulièrement fort dans les régions pauvres très dépendantes des fleuves. Ainsi, les rivières basculent vers un nouveau régime thermique. Près d’une sur deux pouvant connaître des canicules permanentes d’ici 2100. Ce seuil marque un risque de transformations écologiques irréversibles, notamment dans les grands bassins tropicaux. 

Lien ajouté le 15 janvier 2026

"Une carte détaillée révèle les niveaux des eaux souterraines à travers les États-Unis" (Phys.org).

Des chercheurs  (University of Princeton et University of Arizona) publient une carte inédite des nappes phréatiques des Etats-Unis. Elle permet d'estimer les volumes et profondeurs d’eau souterraine grâce à des données de terrain et à l'IA. La carte couvre l’ensemble des Etats-Unis continentaux avec une résolution spatiale d’environ 30 m. Elle repose sur plus d'1 million de mesures directes issues de puits, combinées à des données climatiques et géologiques. Cette finesse dépasse les modèles antérieurs limités à des mailles d’environ 1 km. Les résultats estiment le volume total d’eau souterraine à environ 306 000 km³. Cela représente plus de 13 fois le volume cumulé des Grands Lacs. Si ce chiffre confirme des ordres de grandeur connus, il révèle surtout des nappes peu profondes jusqu’ici invisibles à l’échelle nationale. L’innovation méthodologique repose sur l’apprentissage automatique. L’équipe utilise des algorithmes capables d’estimer la profondeur de la nappe là où aucune mesure n’existe. Cette approche purement observationnelle rompt avec les modèles hydrologiques fondés uniquement sur la physique. Chaque point de la carte intègre aussi une estimation d’incertitude. Le statisticien Peter Melchior montre que l’incertitude est plus forte à l’Ouest. Or ces régions dépendent davantage des nappes pour l’irrigation et l’eau potable, ce qui renforce les enjeux de gestion. Les données révèlent déjà l’empreinte spatiale des pompages agricoles, notamment dans les Grandes Plaines. Dans des aquifères comme l’Ogallala, où l’irrigation est très dense, la profondeur de la nappe conditionne directement la viabilité des systèmes productifs et la sécurité hydrique locale. La carte alimente la plateforme HydroFrame. Elle vise à rendre les données accessibles aux collectivités, agriculteurs et aménageurs. Le changement d’échelle permet de relier décisions locales et dynamiques hydrologiques régionales, souvent dissociées dans les politiques de l’eau. Les échelles des systèmes d'eaux souterraines, tant naturels qu'anthropiques, sont incompatibles avec la télédétection et les modèles existants. Il existe un décalage intrinsèque entre l'échelle à laquelle sont définies les politiques nationales (environ 8 millions de km²), l'étendue des grands aquifères et des projets d'irrigation (environ 50 000 km²) et l'échelle à laquelle sont prises les décisions locales en matière d'irrigation (environ 1 km²). Les modèles et les données de télédétection actuels ne permettent pas de saisir cette gamme d'échelles sur sept ordres de grandeur. Malgré des progrès significatifs, des lacunes persistent à des échelles cruciales pour l'agriculture. L'approche d'apprentissage automatique présentée ici permet de combler ces lacunes de manière transparente. Cette cartographie transforme la connaissance des eaux souterraines. Elle montre que la gestion durable de l’eau passe par une lecture fine, intégrant profondeur, accessibilité et incertitudes. L’approche est déjà étendue à l’Europe et à l’Australie. La répartition des eaux souterraines dans les régions agricoles illustre l'incertitude qui plane sur l'approvisionnement national en eau nécessaire à la production alimentaire.

Articles connexes


Un monde en pénurie d'eau. Vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise (rapport de l'ONU)

Scénarios d’extrêmes hydrologiques en France. Quelles projections pour l'avenir ?


L'évaporation des lacs dans le monde : une tendance à la hausse

Rapport mondial des Nations Unies 2019 sur la mise en valeur des ressources en eau


Ces pays qui bloquent les réseaux sociaux (Statista)


Source : « Ces pays qui bloquent les réseaux sociaux » par Tristan Gaudiaut (Statista, 10 juillet 2023).

En réponse aux violences urbaines qui ont enflammé les banlieues françaises fin juin 2023, le président Emmanuel Macron a évoqué de potentielles mesures visant à bloquer l'accès aux réseaux sociaux en cas d'épisode de crise dans le pays. Ce genre de mesures, si elles venaient à être mises en place, constitueraient une première au sein des démocraties occidentales.

Depuis 2015, 62 pays ont bloqué l'accès à des réseaux sociaux ou des applications de messagerie selon une étude de Surfshark. Ces restrictions sont principalement le fait de gouvernements non démocratiques. Si l'on comptabilise les coupures et autres restrictions d'accès à Internet, ce chiffre grimpe à 77. C'est ce qui ressort d'une étude couvrant 196 pays réalisée par la société Surfshark, spécialisée dans la protection de la vie privée et la sécurité des données en ligne.

Ces restrictions sont principalement le fait de gouvernements non démocratiques. Comme le montre notre carte, la grande majorité des pays ayant bloqué l'accès à des réseaux sociaux ou messageries ces dernières années sont situés en Afrique et en Asie. Dans la plupart des cas, les restrictions sont temporaires et visent à limiter ou contrôler les flux d'informations lors de troubles et d'événements politiques (élections, manifestations, guerres, conflits, coups d'État, etc.). Parmi les cas les plus récents, on peut citer le Sénégal, où des coupures de plusieurs plateformes, dont Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp et Telegram, ont été rapportées le mois dernier lors des protestations contre la condamnation du leader de l'opposition Ousmane Sonko. L'accès à depuis été rétabli.

Selon Surfshark, des restrictions sont toujours en vigueur dans une vingtaine de pays (au 4 juillet 2023). En Chine, en Russie, en Corée du Nord, en Iran, au Myanmar et au Turkménistan, ce sont principalement les réseaux sociaux étrangers qui ont été bannis par les autorités, comme Twitter, Facebook et Instagram. Il convient de noter que la Chine a en parallèle développé son propre écosystème national d'applications, avec par exemple WeChat, Weibo et QQ. Quant aux pays de la péninsule Arabique - Émirats arabes unis, Qatar, Oman, Yemen - ils restreignent l'utilisation de WhatsApp, Telegram et plus généralement des appels passés via Internet (voix sur IP).

Source : « Ces pays qui bloquent les réseaux sociaux » (Statista, Licence Creative Commons CC BY-ND 3.0)

Infographie: Ces pays qui bloquent les réseaux sociaux | Statista 

Pour compléter

La France pourrait-elle couper les réseaux sociaux ? Comprendre en trois minutes (Le Monde).

Violences après la mort de Nahel : pourquoi interdire les réseaux sociaux est une mauvaise idée (France 3)

Répression d'internet : la carte des coupures politiques (France Culture)

La cartographie d’une semaine d’émeutes en France (Le Monde - Les décodeurs)

La crise contre le mouvement : comprendre les émeutes en France (Le Grand Continent)

Les émeutes françaises montrent à quel point les inégalités sont enracinées (Financial Times)


Articles connexes

Quels pays censurent le plus Internet ?

La carte des pays qui interdisent TikTok : une carte en constante évolution

Mesurer la liberté de la presse dans le monde en 2022. Reporters Sans Frontières modifie sa méthodologie



Créer ses propres palettes de couleurs avec Dicopal


Dicopal est une bibliothèque JavaScript qui fournit des centaines de palettes de couleurs. Elle est basée sur Colorbrewer2, CARTOColors, cmocean, Matplotlib, MyCarta, Tableau et bien d'autres palettes. Nicolas Lambert a intégré Dicopal dans Observable et montre comment l'utiliser pour l'appliquer à des cartes. Même sans passer par Observable, il est possible de récupérer les codes couleurs de ces palettes et de les utiliser dans d'autres applications cartographiques.

I) Découvrir Dicopal.js

Dicopal (Discrete color palettes) est une bibliothèque javascript qui intègre de nombreuses palettes de couleurs :

Pour en savoir plus sur la bibliothèque Dicopal :

2) Combiner Dicopal.js et Bertin.js

Nicolas Lambert montre sur la plateforme Observable comment combiner les bibliothèques javascript Dicopal.js et Bertin.js. L'application interactive est très pratique : elle permet de jouer à la fois sur le choix de palette et le nombre de couleurs. Le rendu s'affiche directement sur la carte.

Outre la discrétisation, Dicopal peut être utilisé également pour créer des typologies avec des couleurs contrastées.

3) Récupérer les codes couleurs de Dicopal

Nicolas Lambert donne la possibilité de copier directement les codes html des palettes que l'on a choisies.

Liens ajoutés le 6 septembre 2026

CuspHanger est une API de type RampenSau pour créer des palettes séquentielles et divergentes à partir de quelques paramètres intuitifs, en utilisant une courbe de Bézier quadratique à travers le triangle de gamme d'une teinte, échantillonnée à des étapes de luminosité perceptive.

Phosphor, proposé par Joshua Stevens, est une application en ligne qui permet de saisir des couleurs hexadécimales et d'obtenir un dégradé dont la luminosité perçue (OKLab L) varie de façon constante d'une extrémité à l'autre. Phosphor génère des dégradés linéaires et vous permet de les modifier, de les partager et de les exporter pour une utilisation dans ArcGIS Pro, QGIS, GDAL et d'autres formats. 

Lien ajouté le 26 septembre 2026

Nicholas Rougeux est parvenu à recréer les cercles chromatiques de Moses Harris du XVIIIe siècle. 

Publié en 1766, « Le Système naturel des couleurs » de Moses Harris est un ouvrage majeur dans l'histoire de la théorie des couleurs. Harris y propose que toutes les couleurs dérivent de trois couleurs primaires : le rouge, le bleu et le jaune. Il explore minutieusement comment ces « primitives » peuvent être combinées pour créer une vaste gamme de teintes. Son ouvrage présente deux cercles chromatiques révolutionnaires : le cercle prismatique, basé sur les couleurs de l'arc-en-ciel, et le cercle composé, qui illustre les relations entre les couleurs secondaires et tertiaires. Ce projet est une recréation des célèbres cercles chromatiques de Harris à l'aide de méthodes numériques modernes et une extension à l'étude du comportement sur papier foncé, offrant ainsi une nouvelle perspective sur une idée ancienne.

Articles connexes

Utiliser l'application Observable pour créer ses propres visualisations de données

Reproduire des cartes et des graphiques à la manière de Jacques Bertin

Pas de stocks en aplat ni de taux en symboles proportionnels !

Quand les couleurs révèlent le contenu et la matérialité des cartes

Quand la couleur rencontre la carte (catalogue d'exposition à télécharger)

Donnez-moi la couleur de votre passeport, je vous dirai où vous avez le droit d'aller (Neocarto)

Les nouvelles façons de « faire mentir les cartes » à l’ère numérique

La cartographie du monde musulman et ses nombreux "map fails" 


Bureaux de vote et adresses de leurs électeurs en France (Répertoire électoral unique - INSEE)


L’Insee rend public un extrait du Répertoire électoral unique (REU) de l’ensemble du territoire français, daté de septembre 2022. Ces données permettent de mettre en correspondance les bureaux de vote et les adresses des électeurs, ce qui est très utile pour conduire des analyses électorales à l'échelle infra-communale. Cette ouverture des données était attendue depuis longtemps et avait buté jusque-là sur des fins de non recevoir. Elle vient de trouver en partie une issue grâce à la publication des données par l'Insee, à qui a été confiée la gestion du REU. En extraire les contours des bureaux de vote demande cependant quelques compétences techniques, en attendant une publication complète des informations avec les données géométriques qui devrait faciliter leur réutilisation en open data.

« A voté » : à chaque bureau de vote ses électeurs (source : Lequien & Pramil, Blog de l'Insee)

 

1) Description du Répertoire électoral unique (REU)

Les fichiers de correspondance entre les bureaux de vote et les adresses des électeurs qui en dépendent permettent la construction des aires de bureaux de vote. Celles-ci facilitent la comparaison des données électorales avec les caractéristiques socio-démographiques des électeurs rattachés à ces aires. Ces fichiers sont élaborés à partir du Répertoire électoral unique (REU), institué par la loi n°2016-1048 du 1er août 2016 rénovant les modalités d’inscription sur les listes électorales, et qui a été mis en œuvre à partir du 1er janvier 2019.

Géré par l’Insee, le REU a pour finalité la gestion du processus électoral et la fiabilisation des listes électorales. Il permet la mise à jour en continu des listes électorales à l’initiative, soit des communes (et des consulats) qui procèdent aux inscriptions et radiations des électeurs, soit de l’Insee sur la base des informations transmises par différentes administrations (armées, justice, intérieur) et des données d’état-civil.

Le REU contient, entre autres, l’adresse des électeurs inscrits sur les listes électorales et leur bureau de vote, ce qui permet de les mettre en correspondance. À la suite de l’avis favorable rendu par la Commission d’accès aux documents administratifs sur la publication des adresses, et en concertation avec le ministère de l’Intérieur, l’Insee a développé une méthode permettant de publier cette correspondance adresses-bureaux de vote en données ouvertes (au format csv), tout en ne divulguant aucune information sur les noms et prénoms des personnes. Le projet a bénéficié de la collaboration de la DINUM (Etalab), l’organisme public qui coordonne la politique d’ouverture et de partage des données publiques.


2) Fichiers mis à disposition en open data

Les données brutes utilisées par l’Insee correspondent à une extraction des adresses du Répertoire Électoral Unique réalisée en septembre 2022. Le travail effectué sur cette extraction permet la diffusion de 2 fichiers, proposés aux formats csv et parquet :

  • La table des adresses normalisées et géolocalisées du REU
  • La table des bureaux de vote du REU

Trois fichiers de documentation sont disponibles en accompagnement des données :

  • Le dictionnaire des variables de la table des adresses
  • Le dictionnaire des variables de la table des bureaux de vote
  • Un document méthodologique détaillant le travail effectué sur les données du REU

Ces fichiers de données et métadonnées sont à télécharger sur le site Data.gouv.fr. Le code associé aux traitements effectués est disponible sur Github. 

Les grandes villes mettent souvent directement à disposition les découpages de bureaux de vote ainsi que leur évolution. C'est le cas de Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse. Voir sur le site Data.gouv.fr pour une recherche plus avancée par communes.


3) Réutilisation des données

Un article du blog de l’Insee présente un exemple de réutilisation de ces données. 

En résumé, il s'agit de poser les adresses sur une carte, puis de dessiner une limite autour de chaque groupe d’adresses appartenant au même bureau de vote.

Méthode proposée par Denis Vannier pour tracer les contours des bureaux de vote (source : Github)

Les fichiers geojson créés en sortie (un par département) nécessitent malgré tout une intervention au cas par cas dans un logiciel comme Qgis. Car le résultat est souvent chaotique lorsqu'on zoome sur les limites de bureaux de vote. Le découpage proposé par Etalab, impose d’ailleurs les mêmes corrections a posteriori. Cette limite s’explique principalement par les conditions de production des listes électorales dans chacune des 35 000 communes, et dans une moindre mesure par les erreurs de géolocalisation des adresses. Parfois, des électeurs sont rattachés à un autre bureau de vote que celui correspondant à leur domicile. Il arrive que des communes conservent des bureaux de vote répartis sur une base alphabétique malgré la réforme de 2016 (c’était encore le cas de Fonsorbes, en Haute-Garonne, à la veille de la présidentielle). Ces cas sont marginaux, mais suffisants pour mettre la pagaille dans un programme.

Etalab devrait prochainement publier un découpage en open data des bureaux vote à partir des données du REU. Affaire à suivre...

4) Exemples d'analyse électorale à l'échelle des bureaux de vote

Cartelec. Cartographie des grandes villes françaises à l’échelle des bureaux de vote. http://cartelec.univ-rouen.fr/

Beauguitte, L. et Colange, C. 2013. Analyser les comportements électoraux à l’échelle du bureau de vote, mémoire scientifique de l’ANR CARTELEC.

Beauguitte, L. et Lambert, N. 2014. « L’HyperAtlas électoral parisien (2007‑2012). Un outil pour l’analyse des dynamiques électorales intra-urbaines », Mappemonde, n° 114.

Éric Agrikoliansky, « Paris, 23 avril 2017 : un renouveau des clivages socio-politiques ? », Métropolitiques, 5 mai 2017.

Jean Rivière, 2023 : « La présidentielle 2022 au microscope. Continuités et ruptures avec le paysage électoral antérieur dans la Métropole », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Dans les villages de montagne, ces résidences secondaires qui pèsent sur les élections » (The Conversation)

La politiste Lucie Bargel (Université Côte d’Azur) analyse le rôle des résidences secondaires dans les villages de montagne. Elle montre comment ces mobilités résidentielles transforment les pratiques électorales et redéfinissent les rapports au territoire. Le droit français autorise à voter dans une commune où l’on possède un bien ou des attaches familiales. Dans les Alpes-Maritimes, certains villages comptent jusqu’à 2/3 de résidences secondaires, ce qui modifie fortement la composition réelle du corps électoral local. Le décalage est spectaculaire. Dans plusieurs communes étudiées, le nombre d’inscrits dépasse celui des habitants recensés, et parfois même celui des votants. Le territoire électoral apparaît alors plus étendu que le territoire habité en permanence. Cette situation s’explique par des liens sociaux durables. Les résidents secondaires reviennent fréquemment, participent aux rituels familiaux et connaissent les candidats. Les campagnes électorales s’organisent ainsi dans un espace élargi, entre présence physique et relations à distance. La géographie montagnarde joue un rôle central. Les contraintes de relief et de transport empêchent des mobilités quotidiennes. Les individus alternent entre ville et village, construisant une double appartenance territoriale, vécue comme continue malgré la discontinuité spatiale. Ce fonctionnement s’inscrit dans une histoire longue. Les montagnes ont toujours été des espaces de mobilités saisonnières, liées au climat ou aux activités pastorales. L’identité locale repose moins sur la résidence permanente que sur un ancrage social et familial. Ces pratiques génèrent des tensions politiques. Les habitants permanents défendent souvent le développement économique et les services, tandis que les résidents secondaires valorisent le calme et le paysage. Deux visions du territoire s’affrontent dans les choix électoraux. Le vote apparaît ainsi comme un acte territorial autant que politique. Il exprime une appartenance à un lieu, même sans y vivre en permanence. Les villages de montagne illustrent une recomposition des liens entre mobilité, identité et pouvoir local. 

Articles connexes

L'évolution du vote des Français sur la 1999-2019 sur le site du Politoscope

Dis-moi où tu vis, je te dirai ce que tu votes ? (Géographie à la carte, France Culture)

Analyser les cartes et les données des élections présidentielles d'avril 2022 en France

Des cadres qui parlent : les cartouches sur les premières cartes modernes


Source
: Chet Van Duzer (2023). Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past, vol. 2 (ouvrage en accès libre)

Cet livre richement illustré est la première exploration systématique des cartouches cartographiques, ces cadres décorés qui entourent le titre, ou d'autres textes ou images, sur des cartes historiques. L'ouvrage aborde l'histoire de leur développement, les sources utilisées par les cartographes pour les créer et les messages politiques, économiques, historiques et philosophiques que véhiculent leurs symboles. Les cartouches constituent les parties les plus attrayantes des cartes. Le cartographe utilise ces espaces de décoration pour montrer leurs intérêts. Les cartouches sont donc essentiels à l'interprétation des cartes. Le livre traite en détail de trente-trois cartouches, qui vont de 1569 à 1821, et ont été choisis pour la richesse de leur imagerie. 

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. En 2018, il a publié un ouvrage chez Springer Henricus Martellus's World Map at Yale (c. 1491): Multispectral Imaging, Sources, and Influence. Il est l'auteur aussi d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre). Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. 

Plan de l'ouvrage avec les cartes de référence

  • Introduction
  • Chapitre 1. Remplir le vide avec un espoir de paix
    Gérard Mercator, Nova et aucta orbis terrae descriptio ad usum navigantium, 1569
  • Chapitre 2. Le regard du monstre marin
    Carte de la Sardaigne d' Ignazio Danti dans la Galleria delle carte geografiche, 1580–82
  • Chapitre 3. Une médecine exotique issue des tombeaux d'Égypte
    Daniel Cellarius, Asiae nova description, vers 1590
  • Chapitre 4. Nouvelles personnifications des continents.
    Jodocus Hondius, Nova et exacta totius orbis terrarum descriptio, 1608
  • Chapitre 5. Cosmographes dans l'océan Austral.
    Pieter van den Keere, Nova totius orbis mappa, vers 1611
  • Chapitre 6. L'ingratitude mord la gentillesse.
    Jodocus Hondius, Novissima ac exactissima totius orbis terrarum descriptio, 1611 / 1634
  • Chapitre 7. L'eurocentrisme à l'honneur.
    Arnold Floris van Langren, globe terrestre, 1630-1632
  • Chapitre 8. Les plaisirs vertigineux de la mise en abyme.
    Willem Hondius, Nova totius Brasiliae et locorum a Societate Indiae Occidentalis captorum descriptio, 1635
  • Chapitre 9. L'autoportrait du cartographe.
    Georg Vischer, Archiducatus Austriae inférioris, 1670 / 1697
  • Chapitre 10. Comploter pour le contrôle dans le Nouveau Monde.
    Claude Bernou, Carte de l'Amérique septentrionale et partie de la méridionale, vers 1682
  • Chapitre 11. Dévoiler le texte, interpréter l'allégorie.
    Vincenzo Coronelli, globe terrestre, 1688
  • Chapitre 12. Dissimulation et révélation de la source du Nil.
    Vincenzo Coronelli, L'Africa divisa nelle sue parti, 1689
  • Chapitre 13. Propagande dans un cartouche.
    Vincenzo Coronelli, Paralello geografico dell'antico col moderno archipelago, 1692
  • Chapitre 14. Si ça saigne, c'est porteur.
    David Funck, Infelicis regni Siciliae tabula, vers 1693
  • Chapitre 15. Célébrer un triomphe de l'ingénierie.
    Jean-Baptiste Nolin, Le canal royal de Languedoc, 1697
  • Chapitre 16. La bataille entre la lumière et les ténèbres.
    Heinrich Scherer, Repraesentatio totius Africae, 1703
  • Chapitre 17. Une carte dans la carte comme prophétie.
    Nicolas Sanson et Antoine de Winter, Geographiae Sacrae Tabula, 1705
  • Chapitre 18. "L'une des histoires les plus singulières de difficultés extrêmes".
    Pieter van der Aa, Scheeps togt van Iamaica gedaan na Panuco en Rio de las Palmas, 1706
  • Chapitre 19. Splendeur cramoisie.
    Nicolas Sanson, Théâtre de la Guerre en Flandre & Brabant, vers 1710
  • Chapitre 20. Généraux présentant des cartes à l'empereur.
    Johann Baptist Homann, Leopoldi Magni Filio Iosepho I . Augusto Romanorum & Hungariae Regi, vers 1705–11
  • Chapitre 21. Comment construire un cartouche géant.
    Nicolas de Fer, Carte de la mer du Sud et de la mer du Nord, 1713
  • Chapitre 22. La publicité fait son entrée.
    George Willdey, Carte de l'Amérique du Nord, 1715
  • Chapitre 23. L'effondrement de la bulle du Mississippi.
    Matthäus Seutter, Accurata delineatio Ludovicianae vel Gallice Louisiane, vers 1728
  • Chapitre 24. « Le lien de la race humaine pour l'utilité et le plaisir ».
    Matthäus Seutter, Postarum seu cursorum publicorum diverticula en mansiones per Germaniam, vers 1731
  • Chapitre 25. Tuez les cannibales et convertissez les autres.
    Jean-Baptiste Nolin, II , L'Amérique habillée sur les relations les plus récentes, 1740
  • Chapitre 26. Le cartographe et le shogun.
    Matthäus Seutter, Regni Japoniae nova mappa geographica, vers 1745
  • Chapitre 27. Le rouleau illusionniste du cartouche.
    Gilles et Didier Robert de Vaugondy, Carte de la terre des Hébreux ou Israélites, 1745
  • Chapitre 28. Une loi d'équilibre cartographique.
    Matthäus Seutter, Partie orientale de la Nouvelle France ou du Canada, vers 1756
  • Chapitre 29. Frontière impartiale, cartouche partisane.
    Juan de la Cruz Cano y Olmedilla, Mapa geográfico de America Meridional, 1775
  • Chapitre 30. Une illusion tactile qui légitime la carte.
    Henry Pelham, Un plan de Boston en Nouvelle-Angleterre avec ses environs, 1777
  • Chapitre 31. Lutte contre la cartographie coloniale.
    José Joaquim da Rocha, Mappa da Comarca do Sabará pertencente a Capitania de Minas Gerais, vers 1778
  • Chapitre 32. Les acteurs commencent à quitter la scène.
    Jean Janvier, Cartes de 1761, 1769 et 1774 ; Robert de Vaugondy, Carte de 1778 ; John Purdy, Carte de 1809
  • Chapitre 33. Une carte sur une carte sur une carte.
    John Randel, Jr., La ville de New York telle que présentée par les commissaires, 1821
  • Conclusion


Pour compléter

Chet Van Duzer a publié aussi un article sur les symboles coloniaux présents dans les cartouches. ll y étudie l'imagerie colonialiste de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle afin de montrer le vocabulaire visuel de cette imagerie et de stimuler des études plus approfondies sur le sujet. Chet Van Duzer (2021). Colonialism in the Cartouche: Imagery and Power in Early Modern Maps. Figura, vol.9, 2. 

Les cartouches sont des caractéristiques importantes des cartes, comme en témoignent les superbes cartes conservées à la Bibliothèque royale de Belgique. La série Cartes et Plans de la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) comporte plus de 100 000 cartes et plans, généralement de grand format ainsi que 600 atlas et une 30e de globes anciens. 

Extrait d'une carte de Frederick De Witt représentant les côtes de l'Afrique 1671
(source : Bibliothèque royale de Belgique, visible aussi sur David Rumsey Map Collection)



Articles connexes

La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale

L'histoire par les cartes : plus de 2000 cartes numérisées sur les Pays-Bas (partie centrale)

L'histoire par les cartes : le Rijksmuseum met à disposition plus de 700 000 œuvres sur le web, notamment des cartes

L'histoire par les cartes : comment le continent européen s'est pensé et construit du 16e au 20e siècle (BnF - Gallica)

Exposition de Mathieu Pernot L’Atlas en mouvement


Source : Exposition de Mathieu Pernot L’Atlas en mouvement du 1er avril au 1er juillet 2023 à la Bibliothèque municipale de Lyon.


« Avec L’Atlas en mouvement, Mathieu Pernot propose une réflexion par l’image sur la manière de représenter les populations migrantes dans leurs déplacements. Ce projet d’envergure, réalisé sur plus de dix années, se compose de photographies ainsi que d’un ensemble de documents qui répertorie les savoirs partagés par toutes et tous. Planches botaniques, anatomiques, cartes et plans deviennent autant de matériaux avec lesquels interagissent les migrantes et les migrant-es rencontré-es par le photographe. Retournant le rôle du porteur des connaissances traditionnellement accordé au voyageur-explorateur occidental, Mathieu Pernot met ici en avant une transmission des savoirs véhiculée par des hommes et des femmes dont le départ n’a pas été choisi.

A travers une connaissance universelle, celle qui traverse les siècles et s’affranchit des frontières, ce sont les expériences singulières que vient souligner l’auteur. Et tandis que l’Histoire se déploie dans un continuum temporel, Mathieu Pernot marque les points d’arrêts qui jalonnent le parcours d’individus, ayant dû quitter leurs pays et leurs proches. Les photographies prises à Mossoul ou à Lesbos, dans le camp de Mória ou encore à Calais, des villes détruites et des zones transitoires toujours plus nombreuses, mettent aussi en lumière la précarité des conditions migratoires. Elles appellent à l’urgence d’agir et à repenser autrement la question des déplacé-es.

Mettant en perspective, deux formes de savoir, la bibliothèque municipale de Lyon propose un dialogue entre l’Atlas en mouvement et ses propres collections. En écho aux périples des personnes en exil, ces résonances s’autorisent également des pas de côtés, en allant puiser dans les récits de certaines traversées oniriques. Les ouvrages et estampes patrimoniales présentées jouent sur l’allégorie, déplient les motifs présents dans le corpus du photographe, montrent des similitudes formelles ou encore thématiques. L’exposition s’organise de manière à parcourir l’expérience forgée par les migrant-es lors de leurs déplacements, en passant d’une vision macroscopique qui nous est commune, celle du ciel ou de la nature, jusqu’à une approche plus intime avec des récits de vie et du corps éprouvé.

De ce dialogue fructueux entre deux ensembles en construction émergent, enfin, des parallèles entre des manières de construire les savoirs, des savoirs en mouvement, qui placent l’origine de ceux qui les portent, les transmettent et les reçoivent à un niveau égal ».

Thaïva Ouaki, Commissaire d’exposition

Ce projet d’envergure, réalisé sur plus de dix années, se compose de photographies ainsi que d’un ensemble de documents qui répertorie les savoirs partagés par toutes et tous. Une partie des ressources de l'exposition peuvent être découvertes en ligne sur le site de la Bibliothèque municipale de Lyon :

L'exposition s'était déroulée auparavant au MuCEM à Marseille : «  Photo : au MuCEM, Mathieu Pernot raconte l’universel de l’exil ». (Le Monde).

Articles connexes


Une datavisualisation sur les migrants décédés dans le monde entre 2014 et 2019

Cartographier le parcours d'un migrant avec Google Maps

Cartographier les migrations internationales

Une data visualisation pour étudier les vagues d'immigration aux Etats-Unis (1790-2016)

Analyser et discuter les cartes des "pays à éviter" pour les voyageurs

Une data-story sur les flux de migrations en Afrique occidentale et centrale (DTM-IOM)



Webinaires "Carte blanche" sur les formes contemporaines de cartographies et géovisualisations (GDR Magis)

 

Dans le cadre de ses activités, l'AR9 propose une série de Webinaires mensuels sous la forme d'une "Carte blanche", un temps consacré à l'exploration et aux discussions sur les formes contemporaines de cartographies et de géovisualisations de données. L'objectif de ces temps d'échange est à la fois de permettre des présentations de travaux, de réalisations ou d'expérimentations cartographiques diversifiées et des échanges collectifs sur les leviers et les enjeux actuels de la représentation de données spatiales tant d'un point de vue conceptuel, opérationnel, méthodologique que technique.

Format

Durée : Á partir de 12h30, pour 30mn de présentation en mode visioconférence + 30 mn d'échanges et de discussions. Le webinaire est animé et modéré par l'un.e des porteurs de l'AR 9 (Anne-Christine Bronner, Boris Mericskay, Etienne Côme, Françoise Bahoken, Nicolas Lambert).

Webinaires Carte Blanche 

#29 - 17 septembre 2026 : Armelle COUILLET, Ingénieure de recherches CNRS, UMR IDEES, Rouen, AR-GeoSim : un dispositif de médiation scientifique pour sensibiliser aux transformations environnementales

#28 - 8 juillet 2026 : Lucile PILLOT, Ingénieure d'études, Responsable du pôle pôle GéoBFC, Université Bourgogne Europe : Cartographier l'incertitude : l'exemple de l'accessibilité aux services juridiques - CartAJ

#27 - 25 juin 2026 : Hélène MATHIAN , Claire CUNTY et Camille SCHEFFLER , Laboratoire EVS Environnement Ville Société, Ce que les expériences vécues révèlent des lieux : le potentiel analytique des géovisualisations

#26 - 26 mai 2026 : Dalila AMIAR MEFTAH , Architecte, géographe/géomaticienne, conseil et formation SIG open source GEOMA-SIG, IA & optimisation des workflow dans QGIS

#25 - 9 avril 2026 : Fanny DI TURSI , Docteure en Géographie, Post-doctorante, Laboratoire Informatique de Grenoble, Les arts et les manières de représenter l'espace de l'urgence

#24 - 12 mars 2026 : Ophélie TEMPLIER , Ingénieure de Recherche - Analyse spatiale, Université Gustave Eiffel, Système d'Information de la Ville Durable et du Bâtiment Innovant (SI) du PEPR VDBI , Visualiser les inégalités d'accès aux services par commune

#23. 12 février 2026 : Micmap : géovisualisation 3D stylisée. Histoire d'une collaboration entre un panoramique et des chercheurs en informatique par Joëlle Thollo , Professeure des Universités, Grenoble INP, Laboratoire Jean Kuntzmann (CNRS, GINP, inria, UGA).

#22 - mercredi 21 janvier 2026 : Marie-Laure TRÉMÉLO, Ingénieure d’études CNRS, UMR ESPACE et Christine ZANIN, Professeure des Universités, Université Paris-Diderot/Géographie-cités : La sémiologie graphique est-elle obsolète ?

#21. 2 décembre 2025 : Laurent Pourinet, IE Cnrs, Cartographe d'édition, LETG UMR 6554
Olivier Aubert, Mcf Associé Nantes Université, IR LS2N UMR 6004
Julie Pierson, IE Cnrs Géomaticienne, LETG UMR 6554
Davien Blanc, IE Cnrs, Ingénierie logicielle et base de données, LETG UMR 6554

#20. 12 novembre 2024 : Ronan YSEBAERT , Univ. Paris Cité/UAR RIATE, Mise en place d'une plateforme de géovisualisation des emplacements Airbnb en Ile-de-France : enjeux et perspectives

#19. 15 octobre 2024 : Jean-Marc VIGLINO , Univ. Gustave Eiffel/IGN, Ma Carte

#18. 2 octobre 2024 : Lucas DESTREM , Cartographe indépendant, Expérimentations cartographiques

#17. 24 septembre 2024 : Matthieu Viry , Ingénieur de recherche en informatique, UAR RIATE, Magrit Nouvelle version

#16. Juin 2024 : Laurent JÉGOU , MCF, UMR LISST, Université Toulouse-Jean Jaurès, Des cartes et des couleurs : enquête sur les dégradés

#15. Juin 2024 : Frédéric ROULIER , MCF, UMR 7058 EDYSAN, Université de Picardie Jules Verne, MapMorphy, un logiciel de morphométrie géométrique pour les données cartographiques

#14. Mai 2024 : Marion ALBERTELLI , post-doctorante, Univ. Gustave Eiffel/UMR LVMT & UMR 8504 Géographie-cités, Cartographier et analyser les pratiques des VTC dans les quartiers de gare

#13 Avril 2024 : Jean-Marc VIGLINO, Ingénieur IGN, Univ. Gustave Eiffel/IGN France,

#12. Mars 2024 : Gaëlle SUTTON, Cartographe indépendante
Mon activité de cartographe indépendante

#11. Février 2024 : Thomas ANSART, Atelier de cartographie de Sciences Po
Ce que le code a apporté dans ma pratique de la dataviz

#10. Janvier 2024 : Maxime MASSON, UMR LIUPPA, Equipe T2I,
TextBI : Une plateforme interactive pour la visualisation de données multidimensionnelles issues des réseaux sociaux

#9. Novembre 2023 : Maher BEN REBAH, Mourad Ben Cheikh, Mohamed Ben Guiza et Alia Gana (UMR LADYSS) : 
ELYSSA : Cartographier et analyser le vote en Tunisie depuis 2011

#8. Octobre 2023 : Julien GAFFURI, Eurostats, @julgaf
Gridviz: Une bibliothèque pour la cartographie en ligne de données carroyées

#7 Septembre 2023 : Jean-Philippe GAUTIER :
www.cartostat.eu, une application web de cartographie statistique

#6. Juillet 2023 : Najla TOUATI et Laurent JÉGOU (UMR LISST):
De la carte climatique au chorotype climatique : propositions de modèles graphiques Ressources

#5. Mai 2023 : RAJERISON Mathieu, Cerema, @datagistips
Génération (de) cartes

#4. Avril 2023 : DOUET Aurélie, IE UMR Géographie-cités, CartoDouet
na.rm=TRUE. Requête, interactivité et gestion des données manquantes

#3. Février 2023 AUMOND Pierre (CR, Univ. Gustave Eiffel-CEREMA/UMRAE), @SoundCartograp1
Cartographie du paysage sonore urbain

#2. Décembre 2022 Philippe RIVIERE (Visions carto, Observable)
Faire des cartes statistiques avec Observable Plot

#1. Novembre 2022 Colin KEROUANTON (IR, PACTE)
Effets spéciaux pour questions spatiales_

Intervenir dans le webinaire

Si vous êtes intéressé.e.s à venir présenter vos travaux ou expérimentations cartographiques vous êtes les bienvenus ! Que vous soyez dans le monde académique, dans le secteur privé ou passionné de cartographie et de géovisualisation contactez le collectif de l'AR9 : @ collectif de l'AR.

Informations nécessaires sur votre intervention :
  • un titre ;
  • une image ;
  • un résumé de 3-4 lignes ;
  • vos noms, prénoms @ et affiliations.
Ces informations sont à à envoyer par email, elles seront ensuite mises en ligne sur ce dépôt.

Projet de l'action de recherche AR9 du GDR Magis

L'objectif général de cette action de recherche du GDR MAGIS est de fédérer des réflexions et des travaux scientifiques d’origines disciplinaires variées menés autour de la (carto)graphie contemporaine au sens large et de la (géo)visualisation de données. Pour ce faire, elle propose d’une part, de mener une veille théorique, méthodologique et technique sur les modalités de la fabrique des cartes et, d’autre part, de fédérer et d’animer une communauté de chercheurs (essentiellement géographes, géomaticiens, cartographes, informaticiens...) lors d’ateliers et de séminaires thématiques et méthodologiques. Lire le projet.

Andrew Rhodes et ses projections originales invitant à décentrer le regard sur l'Indopacifique


Sur son site Thinking in Space ("Penser dans l'espace"), Andrew Rhodes propose des cartes originales à télécharger gratuitement et des réflexions sur les cartes, la géographie et la géopolitique. Le site tient son nom de l'article qu'il a publié en 2019 dans la Texas National Security Review : Thinking in Space : The Role of Geography in National Security Decision-making. Pour l'auteur, « pouvoir penser dans l'espace constitue un outil crucial, mais souvent sous-estimé par les décideurs. Afin d'améliorer sa capacité à penser dans l'espace, la communauté qui travaille sur les questions de sécurité nationale doit pouvoir évaluer objectivement l'efficacité avec laquelle elle utilise l'information géographique et saisir toutes les occasions d'affiner ses compétences dans ce domaine ».

Andrew Rhodes invite à regarder l'Asie et le Pacifique sous un angle différent et à discuter des enjeux géopolitiques et géostratégiques en Indopacifique. Selon lui, « invoquer la "tyrannie de la distance" est devenu un sujet de discussion habituel pour les responsables, soulignant les difficultés d'une réponse rapide et l'importance d'un déploiement avancé dans le Pacifique. Mais le contenu géographique est insuffisant pour prendre en charge ces éléments au-delà des anneaux de distance rudimentaires – qui sont souvent inexacts ». Reprenant les projections orthographiques de Richard Edes Harrison où il puise son inspiration, Andrew Rhodes invite à dépasser les visions imprimées par les projections traditionnelles. Sa carte murale de l'Asie orientale et du Pacifique vus de l'Eurasie est assez originale. Elle renverse le regard en privilégiant le point de vue de la Chine (cf ceintures de pays et d'îles voisines considérés sous son influence). La carte en haute résolution est téléchargeable en licence Creative Commons sur son site.

L'Asie orientale et le Pacifique vus depuis l'Eurasie
(source : A. Rhodes, Thinking in Space, licence Creative Commons, juin 2023)

Dans la même idée, Andrew Rhodes a élaboré la carte "Mahan's Yardstick" centrée à la fois sur l'île de Diego Garcia dans l'océan Indien et celle de Guam dans le Pacifique. L'idée est de reprendre la "distance standard" de 3500 milles nautiques établie en 1899 par Alfred Mahan estimée comme la zone d'intervention maximale pour conduire des opérations navales. Même si les moyens d'intervention militaires ont évolué depuis le XIXe siècle, la carte donne une perspective intéressante sur l'Indo-Pacifique (voir cet article) en soulignant les distances énormes à prendre en compte.

Carte reprenant la distance de 3 500 milles nautiques établie par Alfred Mahan pour appréhender l'immensité de la zone indo-pacifique (crédit : © A. Rhodes, Thinking in Space, 2021)
Andrew Rhodes est l'auteur de plusieurs articles de réflexion croisant géopolitique et cartographie. La série de cartes en noir et blanc "Comment la Chine voit l'Asie" est à découvrir. Il cherche aussi à reproduire des cartes anciennes, telle cette carte murale DOD des années 1960. Il est par ailleurs l'auteur d'un article sur James Monteith, cartographe et auteur de manuels de géographie au XIXe qu'il considère comme « le maître des marges » (article en accès libre ici). Au travers de la géographie et des cartes, la visée pédagogique n'est jamais loin : il s'agit de comprendre le monde dans la complexité et la pluralité des regards. Avant de publier ses cartes, Andrew Rhodes les soumet souvent sur son compte Twitter pour voir les réactions qu'elles suscitent et pouvoir intégrer des améliorations en fonction des commentaires. Voir par exemple la carte de l'alliance militaire AUKUS (Australie - Royaume-Uni - Etats-Unis) telle qu'imaginée initialement et le projet cartographique repris et peaufiné quelques mois plus tard.

Compte Twitter de Rhodes Cartography : @RhodesCartogra1

Liens pour télécharger directement les cartes achevées sur le site Thinking in Space

Sélection de cartes invitant à décentrer le regard sur la zone Indopacifique avec les commentaires :
Publications

Lien ajouté le 1er février 2024
Liens ajoutés le 25 octbre 2026

Andrew Rhodes propose une série d'outils simples de cartographie permettant  de réaliser des cartes de distance, des itinéraires, de contours et des projections :
  • Range Ring World Tiler pemet de tracer des anneaux équidistants à la surface du globe. Choisissez un diamètre, déplacez le motif, modifiez le centre de projection et exportez votre carte.
  • Range Fan est un générateur de cartes en éventail (pour montrer aussi des distances)
  • Great Circles permet de générer des lignes circulaires autour d’un lieu choisi (effet de cible pour montrer l'équidistance par rapport à un centre).
  • Outline Map produit une projection azimutale équidistante pour tout lieu chosi. Toutes les lignes passant par le point central reflètent la distance réelle.
  • Multirings calcule des cercles équidistants pour plusieurs lieux à la fois.
  • How Far est un jeu de devinette géographique pour estimer des distances entre deux lieux.
Articles connexes

La carte, objet éminemment politique : la Réunion au coeur de l'espace Indo-Pacifique ?



Limites planétaires. Des chercheurs expliquent pourquoi la Terre menace de devenir inhabitable


« Plus de 40 experts alertent, dans la revue Nature, sur le franchissement de 7 des 8 lignes rouges planétaires. Ces seuils fatidiques concernent principalement le climat, la biodiversité, l’eau douce, ainsi que les cycles de l’azote et du phosphore. Cette publication s’inscrit dans la longue lignée d’articles scientifiques dédiés aux « limites planétaires ». Théorisée en 2009, la notion englobe neuf paramètres écologiques indispensables à l’équilibre du « système Terre » et, par extension, se rapporte aux seuils limites de perturbation que ces derniers peuvent endurer sans mettre en danger, de manière irréversible, les fondamentaux naturels de la planète » (« Des chercheurs expliquent dans Nature pourquoi la Terre menace de devenir inhabitable », Libération).

Accès à l'article scientifique

Rockström, J., Gupta, J., Qin, D. et al. (2023). Safe and just Earth system boundaries. Nature  https://doi.org/10.1038/s41586-023-06083-8. Article publié sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

Lieux où les « limites planétaires » (ESB) ont déjà été dépassées (source : Rockström & al., 2023)

Résumé

La stabilité et la résilience du système Terre et le bien-être humain sont inséparablement liés, mais leurs interdépendances sont généralement peu reconnues ; ils sont par conséquent souvent traités indépendamment. Nous utilisons ici la modélisation et l'évaluation de la littérature pour quantifier, à l'échelle globale et sous-globale, les limites sûres et justes du système Terre (Earth System Boundaries) concernant le climat, la biosphère, les cycles de l'eau et des nutriments ainsi que les aérosols. Nous proposons des limites planétaires pour maintenir la résilience et la stabilité du système terrestre (ESB sûres) et minimiser l'exposition à des dommages importants pour les humains du fait des changements du système terrestre (une condition nécessaire, mais non suffisante pour la justice). Nos résultats montrent que ce sont les considérations de justice plus que les considérations de sécurité qui contraignent les ESB intégrés pour le climat et la charge d'aérosols atmosphériques. Sept des huit limites planétaires quantifiées à l'échelle mondiale et au moins deux ESB sûres et justes à l'échelle régionale sont déjà dépassées sur plus de la moitié de la superficie terrestre mondiale. Nous proposons que notre évaluation fournisse une base quantitative pour la sauvegarde des biens communs mondiaux, pour tous aujourd'hui et à l'avenir.

Visualisations concentriques (a) et parallèles (b) des « limites planétaires » ou ESB (crédit : Rockström & al., 2023)

Disponibilité du code et des données

Le codes et les données utilisés pour produire les couches d'information et les figures sont disponibles dans l'article. Les chercheurs se sont appuyés sur plusieurs ensembles de données déjà publiés dans la revue Nature, en ce qui concerne notamment les limites pour le climat, les limites pour l'azote (voir les fichiers modèles), le phosphore (voir les ventilations des scénarios), et un résumé des indicateurs de durabilité agricole, les excédents actuels pour l'azote (voir le référentiel) avec la limite critique de surplus d'azote soustraite, et la concentration sous-globale estimée de phosphate dans le ruissellement sur la base de sa charge estimée dans l'eau douce et des données locales de ruissellement.

L'intégrité fonctionnelle actuelle est calculée à partir de la carte d'occupation du sol WorldCover à résolution de 10 mètres de l'Agence spatiale européenne. La limite de sécurité et l'état actuel des eaux souterraines sont dérivés de l'expérience Gravity Recovery And Climate Experiment et du Global Land Data Assimilation System.

Pour compléter

La 6e limite planétaire est franchie : le cycle de l’eau douce (Bon pote). Après la 5e limite officiellement passée en janvier 2022, une équipe internationale a publié une nouvelle étude qui démontre que la 6e limite planétaire, celle du cycle de l’eau douce, a été officiellement franchie. Cette fois-ci, les chercheurs du Potsdam Institute se sont associés au Stockholm Resilience Center et sont arrivés à cette conclusion après avoir inclus pour la première fois “l’eau verte” – l’eau disponible pour les plantes – dans l’évaluation de la limite planétaire.

Lien ajouté le 30 août 2023

Lien ajouté le 28 juin 2024

Lien ajouté le 25 septembre 2024

Lien ajouté le 29 septembre 2025

« La 7e limite planétaire est officiellement dépassée : l’acidification des océans » (BonPote).

C’est officiel, nous avons dépassé la 7e limite planétaire, celle de l’acidification des océans. L’étude de Findlay & al. (2025) annonçait déjà en juin 2025 que la limite planétaire de l’acidification des océans était dépassée. C’est cette fois une évaluation scientifique du Postdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et l’équipe emmenée par Johan Rockström qui le confirme pour de bon. Le rapport est plus complet (144 pages) qu’un papier unique sur une limite planétaire. Il fait un état des lieux du système Terre et fait une présentation des 9 limites planétaires, en rappelant que nous avons déjà franchi sept des neufs limites : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, les changements d’usage des sols, le cycle de l’eau douce, les cycles biogéochimiques, les entités nouvelles et la dernière en date, l’acidification des océans. Seules l’appauvrissement de la couche d’ozone et la concentration atmosphérique en aérosols restent dans “la zone sûre”. Il faut bien réaliser une chose : en l’espace de seulement 4 ans, la Terre a dépassé 4 des 9 limites planétaires.

Lien ajouté le 12 octobre 2025

« Que sont les neuf "limites planétaires" et est-il grave de les franchir ? » (Le Monde).

L. Pino Lerro, A. Garric et R. Imbach rappellent que 7 des 9 limites planétaires ont été franchies selon le rapport 2025 du PIK. L’acidification des océans s’ajoute à la perte de biodiversité ou à la perturbation du cycle de l’eau douce. La stabilité du système Terre vacille. Né en 2009 autour de Johan Rockström, le concept de limites planétaires mesure la "zone de fonctionnement sûre" de la Terre à travers 9 processus vitaux : climat, biodiversité, sols, eau douce, chimie, ozone, océans, cycles biogéochimiques et aérosols. Le franchissement de ces seuils signale un affaiblissement de la résilience planétaire : écosystèmes moins stables, risques accrus d’événements extrêmes, de crises hydriques et alimentaires. Ces dépassements n’impliquent pas un effondrement immédiat mais fragilisent les équilibres. Ce cadre conceptuel est discuté : seuils jugés arbitraires, manque d’intégration des inégalités Nord-Sud et des dimensions sociales. En 2023, une version "sûre et juste" a été proposée pour concilier limites écologiques et équité mondiale. Certaines villes comme Amsterdam, Grenoble ou Rennes adaptent ces limites à leur échelle via la "théorie du donut". Mais leur transposition reste complexe et politiquement sensible, comme le montre le rejet par 70% des Suisses d’un projet constitutionnel en 2025.

Lien ajouté le 5 novembre 2025

Sofie te Wierik, Fabrice DeClerck, Arthur Beusen & al. (2025). Identifying the safe operating space for food systems [Identification de l'espace de fonctionnement sûr pour les systèmes alimentaires]. Nature Food, https://www.nature.com/articles/s43016-025-01252-6 (article en accès ouvert).

Les pressions environnementales exercées par les systèmes alimentaires à l'échelle mondiale menacent la biodiversité et la stabilité du système terrestre. Or, la marge de manœuvre de ces systèmes reste inconnue. Les auteurs calculent ici les limites des systèmes alimentaires en les exprimant en pourcentage des limites planétaires, et proposent des budgets pour ces systèmes au travers de neuf limites. Leurs résultats indiquent que les systèmes alimentaires sont un facteur déterminant du franchissement des limites planétaires, dominant au moins quatre d'entre elles (intégrité de la biosphère, changements du système terrestre, variations des ressources en eau douce et flux biogéochimiques) et contribuant fortement au franchissement de deux autres (changements climatiques et nouvelles entités). De plus, les systèmes alimentaires mondiaux dépassent actuellement l'ensemble des neuf limites. Pour atteindre la marge de manœuvre, il est nécessaire de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre associées, de stopper la conversion des espaces naturels intacts en terres agricoles, de redistribuer les engrais, de limiter l'utilisation des pesticides et des antibiotiques, et de préserver les ressources essentielles en eau douce, sans impacter négativement les rendements.

Lien ajouté le 7 février 2026

« Le prochain rebond de la biodiversité aura besoin de l’assistance de l’Homme » (Heidi.news)

Le paléontologue Lionel Cavin du Muséum d’histoire naturelle de Genève, analyse les grandes extinctions du vivant et défend l’idée que la sixième, d’origine humaine, nécessite une restauration écologique assistée. Les cinq premières extinctions de masse, entre - 445 et - 66 millions d’années, ont des causes naturelles, souvent climatiques ou volcaniques. La plus sévère, à la fin du Permien, a éliminé environ 81% des espèces, avant un rebond sur des millions d’années. La sixième extinction est différente. Elle est liée à l’expansion humaine, depuis la disparition de la mégafaune au Pléistocène jusqu’à l’ère industrielle. Aujourd’hui, les mammifères sauvages ne représentent plus que 4% de la biomasse mondiale. Lionel Cavin souligne que les rebonds passés de la biodiversité ont toujours existé, mais sur des temps géologiques très longs. À l’échelle humaine, attendre un rebond « naturel » signifierait des pertes durables pour les sociétés, les écosystèmes et les services écologiques. Le paléontologue plaide pour une action volontaire. Réensauvagement, restauration des continuités écologiques et, dans certains cas, biotechnologies peuvent aider à recréer des écosystèmes fonctionnels, même différents de ceux du passé, mais capables de remplir les mêmes rôles écologiques. Cette approche remet en cause l’idée d’une nature figée ou totalement séparée de l’Homme. Pour Cavin, l’enjeu est de construire des socio-écosystèmes viables, connectés et résilients, où l’humain assume sa responsabilité dans le devenir du vivant. 

Lien ajouté le 7 février 2026

« Point de non-retour : une Terre serre infernale se rapproche, selon les scientifiques » (The Guardian).

Damian Carrington présente une étude publiée dans One Earth dans laquelle plusieurs chercheurs alertent sur un possible "point de non-retour" climatique. Au-delà de certains seuils, la Terre pourrait s’engager vers un état de "hothouse Earth", durablement plus chaud et instable. À +1,3°C déjà atteints, les événements extrêmes se multiplient et fragilisent sociétés et économies. Or la trajectoire actuelle mène vers +2 à +3°C, voire +3 à +4°C. Les chercheurs estiment qu’à ces niveaux, le fonctionnement économique et social serait profondément déstabilisé. Les scientifiques identifient 16 "éléments de bascule" du système Terre. Parmi eux. Les calottes du Groenland et de l’Antarctique, la forêt amazonienne, le pergélisol, les glaces de mer ou la circulation océanique Amoc, clé du climat européen et mondial. Certains seuils pourraient être proches. Le Groenland et l’Antarctique occidental montrent déjà des signes d’instabilité. Le pergélisol et l’Amazonie seraient "au bord" du basculement. Chaque rupture libère du carbone et alimente un effet domino climatique. William Ripple souligne l’affaiblissement possible de l’Amoc. Une perturbation de ces courants atlantiques modifierait les régimes climatiques et accentuerait le risque de dépérissement amazonien. Le carbone relâché amplifierait encore le réchauffement global. Les concentrations de CO2 seraient au plus haut depuis au moins 2 millions d’années. Les températures actuelles rivaliseraient avec celles d’il y a 125.000 ans. Le rythme du changement apparaît plus rapide que prévu par de nombreux modèles antérieurs. Christopher Wolf insiste sur l’incertitude des seuils. Il est difficile de savoir quand un point critique sera franchi. Mais une fois engagé, le processus deviendrait irréversible, même si les émissions baissaient ensuite. D’où l’appel à une action préventive rapide. Un emballement climatique signifierait montée accélérée du niveau marin, submersion des littoraux et bouleversement durable des écosystèmes. Les engagements actuels sont jugés insuffisants face à ces risques systémiques.

Lien ajouté le 26 mars 2026

Shao, Q.  (2026). « Ecological boundaries must be incorporated in the post-COP30 climate regime » [Les limites écologiques doivent être intégrées au régime climatique post-COP30]. Commun Earth Environment, 7 , 263. https://doi.org/10.1038/s43247-026-03337-x

Qinglong Shao (Sun Yat-Sen University, Shenzhen) montre que la gouvernance climatique issue de la COP30 reste centrée sur les émissions, alors que la stabilité du climat dépend aussi des équilibres écologiques. L’étude propose d’intégrer ces limites dans les politiques climatiques. La COP30, tenue à Belém à l’embouchure de l’Amazone, met en lumière un système clé. Forêts, cycles de l’eau et biodiversité régulent le climat à grande échelle. Leur dégradation fragilise directement les équilibres climatiques globaux. Nathalie Seddon (Université d’Oxford) souligne que climat et biodiversité sont deux crises liées. Déforestation, artificialisation et perte d’espèces réduisent la capacité des écosystèmes à stocker du carbone et à amortir les chocs climatiques. Dans l’Amazonie, les recherches montrent un risque de basculement. La combinaison déforestation, réchauffement et incendies peut perturber durablement les pluies et les circulations atmosphériques, menaçant la stabilité régionale et globale. Les écosystèmes côtiers jouent aussi un rôle majeur. Mangroves et zones humides stockent du carbone et protègent les littoraux. Leur disparition augmente l’érosion et les risques de submersion, notamment dans les deltas et grandes villes côtières. L’étude insiste sur les interactions. Stress hydrique, variabilité climatique et usages agricoles se combinent et fragilisent énergie et sécurité alimentaire. Les politiques climatiques restent pourtant centrées sur les émissions, sans intégrer ces dynamiques. Des outils existent pour mieux intégrer ces dimensions. Indicateurs écologiques, suivi satellitaire, savoirs locaux et financements dédiés permettraient d’évaluer la santé des écosystèmes et d’anticiper les risques climatiques à différentes échelles. L’enjeu est de passer d’une logique carbone à une approche systémique. Intégrer les limites écologiques permettrait de renforcer la résilience climatique, en tenant compte des interactions entre sociétés et systèmes naturels. 

Lien ajouté le 21 avril 2026

« Biodiversité : comment résister à la sixième extinction ? » (Le Monde, podcast Chaleurs humaines)

Pourquoi la biodiversité est-elle à ce point en danger ? Pourquoi comprend on aussi mal l’importance de ce qui est en train de se passer ? Et comment faire pour empêcher un effondrement massif du vivant ? Tatiana Giraud est chercheuse en biologie évolutive, directrice de recherches au CNRS et membre de l’Académie des Sciences. Elle est l'autrice de “La biodiversité en infographies”, avec Hervé Bouilly et Catherine Huguet, chez Tana Editions. « Chaleur humaine » est un podcast de réflexion et de débat sur les manières de faire face au défi climatique. 

Lien ajouté le 31 août 2026

« Sommes‑nous entrés dans le « photographique » ? Pour une écologie du regard à l'heure de la sixième extinction » (Mappingignorance.org).

Romain Garrouste (ISYEB du Muséum national d’histoire naturelle) analyse le "photographocène". Nous percevons largement la crise écologique par les images. Elles révèlent les mutations des milieux, mais sélectionnent aussi ce que nous voyons du vivant. Ana Peraica nomme en 2020 "photographocène" ce monde où glaciers, mégafeux, mines, marées noires ou villes éclairées vues de l’espace deviennent les paysages emblématiques de l’Anthropocène. La photographie ne montre donc pas seulement la crise : elle construit notre manière de l’imaginer. Les images rendent tangibles des transformations parfois lentes. Au Spitzberg, dans l’archipel norvégien du Svalbard, un front glaciaire haut de 80 m photographié en 2011 a aujourd’hui reculé et disparu. Ce type de preuve visuelle donne une forme concrète au changement global. Mais cette géographie visuelle est sélective. Glaciers, littoraux artificialisés, ours polaires ou baleines occupent l’écran, tandis qu’insectes, champignons, microfaune du sol ou plantes ordinaires restent presque invisibles, malgré leur rôle essentiel dans les écosystèmes. Bénédicte Ramade montre que la photographie environnementale oscille entre alerte et esthétisation du désastre. À force de répéter incendies, icebergs ou animaux menacés, l’image spectaculaire peut provoquer lassitude et distance, plutôt qu’une meilleure compréhension des territoires en crise. Le point de vue compte aussi. Drones, avions, satellites et time-lapse révèlent des changements invisibles à hauteur d’homme, mais placent le spectateur en surplomb. Ana Peraica parle d’"images totales". Elles donnent l’illusion de voir la planète entière, malgré un cadrage choisi. D’autres pratiques cherchent à reconnecter image, science et territoire. Depuis plus de dix ans, Laurent Ballesta mène les expéditions Gombessa : cœlacanthes observés à 120 m, 70 requins à Fakarava la nuit. Vincent Munier, lui, privilégie le temps long et les milieux froids, jusqu’au Tibet. L’enjeu est de bâtir une "écologie du regard" : montrer aussi les milieux ordinaires, les espèces discrètes et les relations entre humains et vivant. Changer ce que nous regardons et d’où nous le regardons peut renouveler notre manière d’habiter la Terre. 

Lien ajouté le 15 septembre 2026

« Prospective stratégique et limites planétaires : construire une nouvelle grammaire de futurs possibles » (Responsabilité & Environnement).

Pierre-Baptiste Goutagny (IF Initiative chez Carbone 4) montre que la prospective d’entreprise doit désormais intégrer la finitude physique du monde. Son étude propose une nouvelle grammaire des futurs, compatible avec les limites planétaires. Six des neuf limites planétaires sont aujourd’hui franchies. Ce basculement reconfigure déjà l’activité des entreprises en fragilisant la production, les chaînes de valeur et l’accès aux ressources. Les outils stratégiques conçus pour un monde plus stable montrent désormais leurs limites. Les scénarios de l’AIE, du GIEC, du NGFS ou de l’IPBES restent utiles, mais Goutagny souligne qu’ils répondent d’abord aux besoins des politiques publiques. Pour les entreprises, ils manquent souvent de transparence, de finesse territoriale et de prise sur les contraintes physiques réelles. Première limite : nombre de modèles fonctionnent comme des "boîtes noires". Leurs hypothèses sur la croissance, les modes de vie ou certaines technologies restent difficiles à discuter. En verrouillant ces choix en amont, ils réduisent artificiellement l’éventail des futurs envisageables. Deuxième limite : la granularité géographique et sectorielle demeure trop faible. Une stratégie concrète exige pourtant de connaître les m² construits, les tonnes transportées ou les surfaces agricoles mobilisées. Sans cette matérialité, les décisions d’investissement restent mal éclairées. Troisième faiblesse : beaucoup de scénarios privilégient l’énergie et le climat sans relier métaux critiques, biomasse, sols ou biodiversité. Or ces contraintes sont interdépendantes : décarboner peut accroître la demande en minerais ou en terres et déplacer les pressions environnementales. Pour dépasser ces limites, Carbone 4 a lancé IF Initiative en 2022 avec une vingtaine d’entreprises et des équipes de l’UGA-CNRS, du CIRAD, de l’AFD, d’emlyon et de Strate. À 30-40 ans, la démarche vise à explorer les transformations profondes des activités économiques et de leurs milieux. Le modèle repose sur une comptabilité biophysique: flux d’énergie et de matières, stocks de bâtiments ou de véhicules, surfaces, émissions et pollutions sont décrits en m², tonnes ou kWh. Aucun prix ne remplace ces réalités : les scénarios doivent respecter masse, énergie et ressources. Les scénarios combinent "chiffres et lettres" : indicateurs physiques et récits. Ils varient selon les modes de vie, les technologies, la pression sur les limites planétaires et les configurations géopolitiques, afin d’intégrer les écarts régionaux d’accès aux ressources et aux capacités. La méthode fonctionne par boucles : projeter les usages, calculer leur empreinte, la comparer aux objectifs de soutenabilité, puis corriger les dépassements par la technique ou les usages. L’objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais d’écarter les trajectoires physiquement impossibles. L'article souligne les poids des interdépendances. Toute entreprise dépend de territoires, de ressources, de réseaux et d’autres secteurs. Dans un monde fini, les contraintes déplacent les chaînes de valeur, créent des concurrences d’usage et imposent des coopérations. La prospective doit transformer la vision des décideurs et favoriser des coalitions entre organisations. Dans l’Anthropocène, la stratégie ne peut plus se penser à l’échelle de la firme. Elle doit composer avec les milieux, les limites et les interdépendances. 

Liens ajoutés le 25 septembre 2026

« Les « limites planétaires » nécessaires à l'épanouissement de la vie ont été massivement franchies, avertissent les scientifiques » (The Guardian). 

Une coalition de 60 scientifiques sous l’égide du Potsdam Institute for Climate Impact Research, dresse le bilan de santé de la Terre. Sur 9 "limites planétaires" essentielles au fonctionnement du système terrestre, 7 ont désormais franchi leur espace de sécurité. Les limites dépassées concernent le climat, la biodiversité, l’usage des sols, l’eau douce, les cycles biogéochimiques, les polluants nouveaux et l’acidification des océans. Seuls l’ozone stratosphérique et les aérosols atmosphériques se sont améliorés depuis 10 ans. Boris Sakschewski, auteur principal, observe que la pression augmente sur toutes les limites déjà dépassées. Plus l’humanité s’éloigne de "l’espace de sécurité", plus grandit le risque de transformations durables, massives et parfois irréversibles du système terrestre. Depuis 10.000 ans les sociétés humaines se sont développées dans un climat relativement stable, grâce à des ressources naturelles favorables. Mais énergies fossiles, plastiques, agriculture et urbanisation bouleversent désormais les milieux, fragmentent les habitats et érodent la biodiversité. Les milieux naturels amortissent une partie des dérèglements, mais leur capacité s’affaiblit. Forêts et océans absorbent une grande quantité du CO₂ émis. Le rapport alerte notamment sur l’Amazonie, qui pourrait franchir un seuil de basculement et évoluer vers un paysage de savane. Les crises se combinent à l’échelle mondiale. Inondations au Pakistan, records de chaleur et incendies en Europe, été le plus chaud jamais observé aux USA, catastrophe au Népal et au Tibet, records de température des océans illustrent un système terrestre de plus en plus déséquilibré. Pour Hindou Oumarou Ibrahim (Planetary Guardians), ces événements ne sont pas des urgences séparées. Sécheresses vécues par les éleveurs, montée des eaux sur les littoraux ou chaleurs extrêmes expriment différentes dimensions d’un même dérèglement global, observé dans les territoires. Rockström rappelle que l’humanité possède encore les connaissances et les moyens d’agir. L’enjeu est de ramener les 7 limites dépassées vers un espace sûr. Climat, eau, sols, océans et biodiversité forment un système lié. Les protéger revient à préserver l’habitabilité de la Terre. 

« L’effondrement (collapse), cette théorie aux contours flous ravivée par le réchauffement climatique » (Le Monde). Après les catastrophes écologiques de l’été 2026 et leurs effets sur nos vies, l’idée selon laquelle notre civilisation pourrait s’effondrer connaît un regain d’intérêt.

Le géographe Jared Diamond a popularisé l'idée que des sociétés peuvent disparaître en dégradant leurs ressources. Ravivée par les crises climatiques, la notion d'"effondrement" alerte sur nos vulnérabilités, mais reste scientifiquement discutée et difficile à définir. L'idée est ancienne. En 1972, le rapport du MIT "Les limites à la croissance" modélisait un système mondial où croissance exponentielle, pression sur les ressources puis dépassement des limites pouvaient conduire à une chute brutale. La collapsologie des années 2010 reprend ce schéma. Les catastrophes de l'été 2026 rendent cette question très concrète. Canicules, sécheresses et incendies ont perturbé écoles, centrales nucléaires, réseaux électriques et ferroviaires, navigation fluviale et agriculture, tout en provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes. Que signifie "effondrement" ? Jean-Pierre Dupuy dénonce un "flou conceptuel". Servigne, Stevens et Chapelle parlent d'un processus à la fois lent et rapide, graduel et brutal, déjà commencé sans avoir atteint sa phase critique. Cette définition très large complique sa validation scientifique. L'historien Jean-Baptiste Fressoz critique aussi un récit trop centré sur la "fin de la civilisation". Il rappelle que la crise actuelle frappe d'abord le vivant non humain. Selon les données qu'il cite, humains et bétail représentent déjà 97% de la biomasse des vertébrés terrestres. Les prévisions d'effondrement se heurtent aussi à l'incertitude. Marion King Hubbert avait annoncé un pic mondial du pétrole pour 1970, puis pour les années 2010. Or la production a continué à croître, notamment grâce aux techniques permettant d'extraire davantage de pétrole non conventionnel. L'article distingue ainsi alerte et prédiction. Les perturbations écologiques peuvent fragiliser à la fois énergie, transports, agriculture ou institutions, sans prouver l'imminence d'un effondrement global. Leur interaction révèle cependant la vulnérabilité des sociétés contemporaines. L'enjeu réside dans les interdépendances. Un aléa climatique peut se propager des milieux aux réseaux, aux économies et aux sociétés. En 2020 65% des Français pensaient déjà que notre civilisation allait s'effondrer. Le concept reste débattu, mais il nourrit les inquiétudes. 

Liens ajoutés le 19 octobre 2026

« Certains points de basculement climatique sont bien plus étudiés que d'autres – nouvelles recherches » (The Conversation). 

Asaf Tzachor (Université de Cambridge) et ses collègues analysent 20.736 publications sur 14 points de bascule climatiques (2000-2025). Ainsi, les études sont inégalement réparties, sans privilégier les systèmes susceptibles de basculer à de faibles niveaux de réchauffement. Un point de bascule correspond au risque qu’un système terrestre change brutalement au-delà d’un seuil critique. Calottes glaciaires, forêts, récifs coralliens ou courants océaniques peuvent alors entrer dans un nouvel état, parfois durable, même si le réchauffement ralentit. La calotte glaciaire du Groenland concentre 4.141 publications, soit 20% du corpus. À l’inverse, le dégel brutal du pergélisol boréal n’en compte que 139 (0,7%). La circulation océanique subpolaire de l’Atlantique Nord apparaît dans 649 travaux (3,1%). Ce contraste ne suit pas simplement le niveau de risque estimé. Les seuils centraux de bascule seraient proches de 1,5°C pour le Groenland et le pergélisol boréal, contre 1,8°C pour le gyre subpolaire nord-atlantique. Pourtant, leur visibilité scientifique diffère fortement. Les auteurs soulignent une autre lacune. Seules 8,1% des publications étudient explicitement ce qui fait la singularité d’une bascule, comme la rapidité du changement, son auto-entretien ou son irréversibilité. Beaucoup décrivent les systèmes sans analyser ces dynamiques critiques. Les lacunes touchent plusieurs milieux comme le pergélisol des forêts boréales, les récifs coralliens tropicaux ou le gyre subpolaire nord-atlantique. Pour ce dernier, seules 53 études abordent explicitement les mécanismes de bascule. La connaissance des risques reste donc inégale. Certains milieux sont observés depuis plus longtemps, mieux équipés ou étudiés par de grandes équipes. Les financements orientent aussi les priorités. Attention : le nombre de publications ne mesure ni la gravité d’un risque climatique ni la solidité des connaissances disponibles. L’étude invite à combler les angles morts de la recherche sans délaisser les systèmes déjà suivis. Mieux observer les milieux peu étudiés et leurs possibles bascules éclairerait les décisions. Un seuil de réchauffement estimé n’annonce toutefois ni une date ni une certitude.

Articles connexes

Perspectives mondiales sur l'environnement (7e rapport du PNUE)

La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers des solutions fondées sur la nature

Rapport du PNUE - Limiter le dépassement

Comment le changement climatique a déjà commencé à affecter certaines régions du monde

Atlas de l'Anthropocène : un ensemble de données sur la crise écologique de notre temps

Les territoires de l'anthropocène (cartes thématiques proposées par le CGET)

Feral Atlas, une exploration de l’Anthropocène perçu à travers la féralisation


Données SIG sur les écorégions terrestres

Cartes et données sur la disparition des oiseaux en Europe

Eduquer à la biodiversité. Quelles sont les données... et les représentations ?

Une carte de l'INPN pour analyser et discuter la répartition de la biodiversité en France

Utiliser les données de l'UN Biodiversity Lab sur la biodiversité et le développement durable