La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale


Cette carte marine du XVe siècle, anonyme et non précisément datée, a été attribuée en 1924 à Christophe Colomb par Charles de La Roncière, attribution toujours débattue aujourd’hui. Dessinée sur parchemin à l'encre rouge et noire, elle se divise en deux parties, séparées par un trait rehaussé d’or, représentant deux espaces distincts. A droite, figure une carte marine de la Méditerranée, qui inclut les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée comme des terres hypothétiques dans l’océan Atlantique Nord. Sur la gauche est représentée une petite mappemonde, qui synthétise les connaissances géographiques européennes à la veille de la découverte de l’Amérique ; elle est inscrite dans neuf cercles célestes, selon la conception géocentrique de l’univers qui prévalait encore à l’époque.

La carte dite de « Christophe Colomb » (source : © Bibliothèque Nationale de France)


La carte est conservée au département des Cartes et plans de la BNF (GE AA-562). On peut la retrouver sur Gallica. Elle fait l'objet d'une présentation vidéo accessible sur Youtube.

La carte dite de « Christophe Colomb » (1488-1492) | Au cœur des cartes (source : BNF)


« Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard  » (The National Geographic).

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures. Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage. La carte, établie à l’origine par le cartographe allemand Henricus Martellus, était recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, notamment le planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom d'« Amérique ».


Chet Van Duzer (2018). Henricus Martellus’s World Map at Yale (c. 1491). Multispectral Imaging, Sources, and Influence [Carte du monde d'Henricus Martellus à Yale (vers 1491). Imagerie multispectrale, sources et influence], Springer International Publishing.


Cet ouvrage présente des recherches inédites sur une carte du monde du XVe siècle, réalisée par Henricus Martellus vers 1491 et conservée à la bibliothèque de l'université de Yale (à découvrir en haute résolution). L'importance de cette carte était pressentie depuis longtemps, mais son étude restait impossible en raison de l'illisibilité des textes. L'imagerie multispectrale, réalisée avec le soutien du National Endowment for the Humanities en 2014, a permis de rendre les textes lisibles pour la première fois, incitant Chet Van Duzer à reprendre son étude. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus. L'ouvrage propose des transcriptions, des traductions et des commentaires sur les textes latins de la carte, notamment leurs sources, ainsi que sur la toponymie de plusieurs régions. Il en ressort une relation étroite entre la carte de Martellus et la célèbre carte de Martin Waldseemüller de 1507. L'une des découvertes les plus passionnantes concerne l'arrière-pays de l'Afrique australe. Les informations qu'elle contient proviennent de sources africaines ; la carte constitue ainsi un document unique et d'une importance capitale pour la cartographie africaine du XVe siècle. Henricus Martellus a rempli les océans d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il détestait vraisemblablement lui aussi les espaces laissés vides sur la carte. Cet ouvrage est une lecture essentielle pour les spécialistes des humanités numériques et les historiens de la cartographie.

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. Outre son ouvrage sur la carte d'Henricus Martellus publié en 2018, il est l'auteur d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. Il a publié en 2023 Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past (disponible en accès libre), qui a fait l'objet d'une présentation dans ce billet.

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