Terres cultivées et évaluation mondiale des émissions de gaz à effet de serre


Source : Pei Yu Cao, Franco Bilotto, Carlos Gonzalez Fischer et al (2026). « Spatially explicit global assessment of cropland greenhouse gas emissions circa 2020 » [Évaluation mondiale spatialement explicite des émissions de gaz à effet de serre des terres cultivées vers 2020]. Nature Climate Change, https://www.nature.com/articles/s41558-026-02558-4 (article en open access).

Des chercheurs de l’Université Cornell publient dans Nature Climate Change une carte très précise des émissions agricoles mondiales. Ils cartographient en 2020 les émissions de GES des cultures à 10 km de résolution pour cibler les hotspots. Les terres cultivées occupent 12% des surfaces mondiales, soit 1.570 Mha, et génèrent 25% des émissions du secteur agriculture et usages des terres. En 2020, elles émettent 2,5 GtCO2e par an. L’enjeu est d’identifier finement où et pourquoi. Les auteurs intègrent dans leurs calculs engrais azotés, fumier, résidus, brûlis, rizières et tourbières drainées. Entre 2000 et 2020, l’usage d’azote passe de 81 à 111 TgN. Les rizières s’étendent de 154 à 165 Mha. Les tourbières cultivées atteignent 17 Mha. Quatre cultures concentrent 67% des émissions : riz, maïs, palmier à huile et blé. Le riz représente 43% à lui seul. Les principales sources sont les tourbières drainées (35%), les rizières inondées (35%) et les engrais synthétiques (23%). Les intensités moyennes atteignent 2 MgCO2e par hectare. Les plus fortes se situent en Asie et en Europe, où la productivité calorique est élevée. Les régions qui produisent beaucoup émettent aussi beaucoup. Un lien spatial apparaît entre rendement et émissions. Les chercheurs comparent émissions par surface et par calorie produite. Ils révèlent des arbitrages géographiques entre efficacité productive et potentiel de réduction. Cibler une région sans considérer sa production peut être socialement et économiquement injuste. Les cartes à 5 minutes d’arc (environ 10 km à l'Equateur) permettent une analyse infranationale. Elles identifient des marges d’action locales. Réhumidifier les tourbières, modifier la gestion de l’eau du riz ou optimiser les engrais sont des leviers différenciés selon les contextes. Cette base harmonisée crée un cadre mondial pour planifier la réduction des émissions agricoles. Elle relie systèmes de culture, productivité et climat, et hiérarchise les priorités là où les fonds sont rares et les impacts potentiellement élevés. 

Toutes les données utilisées dans cette étude sont répertoriées et mises à disposition avec les figures. Les données mondiales sur la gestion des cultures et les estimations d'émissions de GES correspondantes sont disponibles sur Figshare. Les données sources sont fournies dans l'article.

 Répartition mondiale de l'intensité surfacique des émissions des terres cultivées, de l'intensité calorique des terres et de l'intensité calorique des émissions (source : Cao, Bilotto, Fischer et al, 2026)

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