Analyser les cartes et les données des élections présidentielles d'avril 2022 en France


Les résultats des élections présidentielles en France donnent régulièrement lieu à une profusion de cartes et d'analyses sur Internet et sur les réseaux sociaux. Comme le souligne Aurélien Delpirou, « les élections sont des périodes propices à la médiatisation de la géographie. Cependant, ces portraits de la France qui vote, brossés parfois sommairement, peuvent aussi donner lieu à des raccourcis » (L'élection, la carte et le territoire : le succès en trompe-l’œil de la géographie, Géoconfluences, 2017). Pour Jean Rivière, « nous pouvons collectivement nous réjouir, en tant que géographes, de l'accélération de la diffusion des données en open data par le ministère de l'Intérieur ou des organismes de la statistique publique, de l'accessibilité croissante des logiciels de cartographie ou de statistique, de la place de la cartographie à des échelles toujours plus fines dans la presse, du développement du data journalisme, de la profusion des cartes sur les réseaux sociaux... De l'autre côté, c'est aussi une sorte de piège ou de victoire en trompe l’œil pour notre discipline, avec soit des approches très descriptives, soit des glissements et raccourcis interprétatifs » (extrait d'une discussion sur la liste Geotamtam, 15 avril 2022).

Que l'on considère la géographie sous l'angle de l'enseignement, de la recherche ou encore de la diffusion auprès du grand public, la ou plutôt les géographies électorales sont aussi à analyser au prisme des rapports des géographes au politique. Pour notre part, nous considérons que les savoirs géographiques ont vocation à circuler et à être partagés, que les données et les cartes sont elles-mêmes à interroger. Que l'on soit expert ou non du domaine, la géographie électorale concerne tous les citoyens. Elle constitue un bel objet d'analyse en termes de pouvoir et de contre-pouvoir des cartes et des données à l'ère d'Internet et des réseaux sociaux.

Le but de ce billet est de fournir une approche critique à partir des cartes proposées dans les médias et d'initier à la géographie électorale en donnant éventuellement la possibilité de construire ses propres cartes à partir de jeux de données.



1) Accéder aux données

  • Les résultats électoraux font l'objet d'une publication officielle sur le site du Ministère de l'Intérieur.

  • On peut accéder également à des données électorales en open data sur le site Data.gouv.fr. Les données du 2nd tour par commune, département, région sont disponibles ici

  • Une autre solution consiste à télécharger directement les données déjà mise en forme par l'Observatoire des Votes en France (choisir l'onglet Tableau).

  • Les fonds de cartes des communes sont disponibles sur le site de l'Insee (base Admin Express). Les jointures des tables s'effectuent à partir du Code officiel géographique (COG) des communes françaises et du code EPCI s'il s'agit de conduire l'étude au niveau des intercommunalités.

  • L'INSEE publie et met à jour la liste officielle des bureaux de vote avec leurs adresses et leur type (mairie, école, gymnase, salle polyvalente...), mais le libellé des champs n'est pas toujours homogène. Malgré la mise en place d'un Répertoire électoral unique depuis 2016, il n'existe pas de référentiel géographique de l'ensemble des bureaux de vote à l'échelle nationale. Certaines métropoles commencent à publier en open data les contours géographiques des bureaux de vote (par exemple Paris, LyonToulouse, Strasbourg, MulhouseRennesMontpellier, Poitiers, ToursClermont-Ferrand...). Le site Cartelec a fourni en 2010 une cartographie des bureaux de vote dans les grandes villes françaises, mais celle-ci serait à mettre à jour.

  • Élections législatives : données les plus récentes sur le territoire de chacune des 566 circonscriptions de France métropolitaine et des départements et collectivités d’outre-mer (Insee)

2) Analyser et discuter les choix cartographiques

1er tour

  • La plupart des grands quotidiens affichent les résultats par communes sous la forme de cartes choroplèthes avec le candidat arrivé en tête dans chaque commune (voir par exemple les cartes proposées par Le Monde, LibérationLe Figaro, Huffington Post). Dans un premier temps, il s'agit de repérer les zones géographiques où les candidats ont réalisé leurs meilleurs scores. Des contrastes géographiques apparaissent nettement en fonction des candidats et des sensibilités politiques. Ces cartes interactives permettent d'afficher les résultats par communes souvent de manière très efficace pour l'utilisateur (Cartosport). Inconvénient : ce sont des cartes choroplèthes qui mettent sur le même plan les communes urbaines et rurales, quelle que soit leur taille démographique respective. Or, une moitié des inscrits vit dans 4% des communes tandis que la moitié de toutes les communes regroupe seulement 6% des inscrits  (« Pourquoi il faut vous méfier des cartes des soirées électorales », Le Cartographe, TMC).

  • « Trois cartes pour visualiser les communes où Macron, Le Pen et Mélenchon sont arrivés en tête au premier tour » (France-Info). Ces cartes donnent une idée générale de la répartition géographique des votes, mais elles ne tiennent pas compte du poids démographique des communes. Une des solutions consiste à utiliser des cartes par anamorphoses pour ramener les résultats électoraux à l'importance de la population : voir par exemple les cartes par anamorphose proposées par Cybergéo (Olivier Finance) ou Le Grand Continent (Chaire d'Intelligence spatiale, Jacques Lévy). 

  • On peut nuancer l'analyse en cherchant quels sont les candidats qui arrivent en 2e, 3e ou 4e position. Ce que permet de faire l'Observatoire des Votes en France. L'application Geoclip proposée sur le site invite à varier les seuils et la symbologie. Si l'on ne souhaite pas jouer sur la discrétisation, il est possible de se reporter à des cartes déjà réalisées par différents journaux, par exemple Le Monde ou Le Parisien qui proposent des cartes de résultats détaillés par candidats. BFM-TV a cherché plus précisément à mettre en évidence le comportement des communes qui avaient voté (ou non) Macron en 2017 pour mesurer les éventuels changements.

  • Comparer les résultats des Présidentielles de 2022 avec ceux de 2017. On peut analyser les recompositions politiques en comparant les scores des candidats par rapport aux élections précédentes : Le Monde, Ouest-FranceLe Télégramme.  Les partis dits "de gouvernement" sont en voie de relégation, au profit des courants contestataires menés par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il s'agit d'une "nouvelle décomposition du paysage politique" selon Le Monde. L'évolution par circonscriptions législatives du score de Macron entre 2017 et 2022 montre qu'il progresse dans les circonscriptions les plus à droite, notamment l'Ouest parisien et la Vendée (@mathieugallard). A l'inverse, le vote Mélenchon semble se renforcer dans le Midi de la France sur un arc Carcassonne-Millau-Montélimar-Gap (@arthur_jve) ainsi que dans les départements d'outre-mer.

  • Il est parfois difficile de faire des comparaisons en raison des changements de candidats ou de partis par rapport à 2017. France-Info propose de visualiser en une image animée la progression de l'extrême droite en France depuis 2017. Les scores cumulés de Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan représentent un peu plus de 32% des suffrages. @Coulmont et @comitee ont produit une cartographie du 1er tour à partir d'un graphique ternaire (gauche, droite, extrême droite) à l'échelle des EPCI (à découvrir sur Comitee.fr) . Cette carte peut être comparée avec celle de l'AdFC. L'Observatoire des Votes en France propose également des regroupements par familles politiques (centre, droite ou gauche gouvernementales, extrême gauche, extrême droite). Ces regroupements par familles politiques sont eux-mêmes à interroger. 

  • Pierre-Henri Bono (@PHBono) propose des cartes bivariées permettant de comparer les résultats deux à deux, y compris pour les Français établis hors de France.

  • Florent Guerlain (@ff_ff) étudie les teintes employées pour chacun des 12 candidats à partir d’une sélection aléatoire et non exhaustive de 25 médias et instituts de sondages.

    2e tour

  • Le présidant-sortant E. Macron remporte l'élection présidentielle de 2022 avec 58,55% des voix, tandis que Marine Le Pen échoue à nouveau avec 41,45% des suffrages. La candidate d'extrême droite est malgré tout majoritaire dans 30 départements en France (pour seulement deux en 2017). Elle progresse notamment dans le centre et le sud-ouest, des régions qui restent cependant moins marquées par l'extrême droite que le nord du pays ou le Sud-Est.

  • « Face à Marine Le Pen, Macron recule sur tout le territoire par rapport à 2017 ». Le Monde propose une carte des communes selon la couleur du candidat arrivé en tête lors du second tour avec une comparaison par rapport à 2017 à l'échelle des EPCI ainsi qu'une carte des résultats par départements rapportés à la population. France-Info propose trois cartes pour visualiser la progression inédite de Marine Le Pen. Le Parisien met en avant « six cartes pour tout comprendre au second tour ».

  • « Les résultats du second tour de la présidentielle si abstention et votes blancs et nuls étaient pris en compte » (Le Monde). Les 2,2 millions de bulletins blancs ou nuls ainsi que les 13,6 millions d’abstentionnistes de ce second tour dessinent des résultats très différents lorsqu’on les comptabilise. 

  • Dans les départements ultramarins où la participation est des plus faibles, le score du Rassemblement national est à relativiser en le rapportant aux inscrits (Maître Pandaï).

  • « Macron est-il le plus mal élu des président de la Ve République comme le dit Mélenchon ?  En pourcentage et en nombre des voix, non ; mais en pourcentage du nombre d'inscrits, presque » (BFM-TV). Macron est réélu avec environ 38% des suffrages des électeurs inscrits, contre 43,6% il y a 5 ans. C'est le plus bas niveau depuis Pompidou en 1969 (graphiques à consulter sur le compte de @mathieugallard ou sur le site France-politique). BFM-TV propose une carte des communes où MAcron a perdu des voix entre 2017 et 2022 (mais la carte est illisible faute de légende).

  • Sondage : 42 % des électeurs d’Emmanuel Macron ont d’abord voté pour faire barrage à Marine Le Pen (Public Sénat). Sébastien Tixier propose une série de graphiques sur l'abstention et la part du vote barrage (@sebtixlovesyou). 

  • La participation électorale française a été l'une des plus faibles aux élections présidentielles en un demi-siècle, mais toujours plus élevée qu'en Espagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada (The Economist).


3) Varier les échelles

1er tour

  • Le changement d'échelle est fondamental pour conduire l'analyse. Libération propose des cartogrammes où les scores sont rapportés au poids de la population des régions et départements représentés par des cercles proportionnels (« Pourquoi la simple carte n'est pas toujours la meilleure forme pour raconter une élection »). Le Monde fournit le même type d'interface où l'on peut comparer la cartographie en aplats et en figurés proportionnels. Ces données départementales ou régionales doivent aussi être analysées en tenant compte des effets de territoire à l'échelle locale. Pour la Bretagne par exemple, la cartographie établie par Delphine Papin évoque une victoire en trompe-l'oeil pour Macron.

  • A l'échelle des grandes agglomérations, on observe de forts contrastes. C'est le cas de Paris très nettement divisé en deux secteurs ouest-est par le vote Macron / Mélenchon (Le Monde). L'agglomération de Marseille est, quant à elle, divisée en trois secteurs par le vote Macron / Le Pen / Mélenchon (Marsactu). A Toulouse, Macron siphonne les voix LR (@r_mejean). Pour Nantes, @Jean_Riviere décrypte ce que l'on peut dire des résultats électoraux, sachant que les logiques d’organisation du paysage électoral sont semblables dans beaucoup de grandes villes (forte différenciation en fonction des caractéristiques socio-économiques des quartiers).

  • Les villes que Macron, Le Pen et Mélenchon ont gagnées ou perdues depuis 2017 (Huffington Post). Le graphique interactif permet de comparer selon la taille des communes (entre 2000 et 150 000 habitants).

    2e tour 

  • A l'échelle nationale, l'abstention est de 28,2% lors du 2e tour le 24 avril 2022. Les principaux motifs avancés par les abstentionnistes : "aucun candidat" satisfaisant, "assez de devoir aller voter uniquement pour faire barrage", "les jeux sont faits", "refus de choisir entre deux candidats que je rejette totalement" (Le Parisien). 

  • La série de cartes interactives proposées par The Economist permet de comparer les scores à l'échelle des communes et des départements (avec seulement les données de ces derniers affichés en infobulles).

  • « Comment Macron a-t-il gagné ? Cartographier l’élection présidentielle à l’échelle communale » (Le Grand Continent). À partir des résultats du premier et du second tour combinés, ainsi que de l'abstention et du nombre de votes blancs et nuls, François Hublet (chercheur et doctorant à l’ETH Zurich) propose une analyse de données automatisée qui permet de dégager six groupes de communes aux caractéristiques bien différentes : six archipels français qui ont structuré le vote à la présidentielle. Ils révèlent des clivages infrarégionaux importants : à l'exception du nord-ouest, des outre-mer, de la Corse et, dans une certaine mesure, de l'Île-de-France, le passage à l'échelle locale est indispensable pour comprendre les dynamiques de cette élection. Voir notamment "D'où vient le vote Le Pen en Corse ?" (Le Grand Continent).

  • The Guardian a choisi une manière de cartographier les résultats des élections dans les départements d'outre-mer pour le moins géométrique. Par contre, le diagramme alluvial du journal The Guardian est intéressant pour visualiser les reports de voix au 2nd tour (d'après les données du sondage IFOP réalisé le 24 avril 2022).

  • Le vote par procuration à Paris, au premier et au second tour de l'élection présidentielle de 2022 (@Coulmont). Les données des résultats du 2nd tour par bureaux de vote à Paris sont téléchargeables sur Data.gouv.fr. Les données sont disponibles également pour Nantes et Toulouse, Marseille et d'autres villes devraient suivre.

  • « L'article auquel vous avez échappé, avec la carte des résultats du second tour dans les bureaux de vote parisiens. Macron arrive en tête dans chacun d'entre eux » (Le Monde - Les Décodeurs).

  • « Pour qui votent ces villages français qui bordent la Suisse ? » (Tribune de Genève).

  • « Présidentielle 2022 : comment ont voté les Français de l’étranger » (Le Monde).

4) Croiser les résultats avec d'autres données

1er tour

  • Le taux d'abstention au 1er tour des Présidentielles a été globalement plus fort en 2022 qu'en 2017 (26,3% contre 22,2%), bien qu'il n'ait pas dépassé le record de 2002 où 28,4% des électeurs ne s'étaient pas rendus aux urnes. L'Observatoire des votes en France permet de conduire des comparaisons sur différents scrutins à l'échelle des communes. Il convient de nuancer cette abstention qui diffère selon les territoires (très forte par exemple dans les territoires ultramarins), selon les classes d'âges et les catégories sociales (Le Monde, France-Info).

  • Emmanuel Macron obtient 28 % des voix devant Marine Le Pen (23,2 %). Mais le score le plus élevé du scrutin est celui de l’abstention (Ouest-France). « Les résultats de la présidentielle 2022 si on comptait l'abstention et le vote blanc (Huffington Post». « Abstention : où sont les réserves de voix pour le second tour de la présidentielle ? » (Ouest-France).

  • Les dimensions sociologiques du vote sont importantes à prendre en compte comme le montre l'analyse Ipsos de l'abstentionnisme et de la sociologie des électorats. Près de la moitié des 18-24 ans (42%) et des 25-34 ans (46%) ne sont pas allés voter, pour 22% des 35-49 ans, 20% des 50-59 ans, 12% des 60-69 ans et 23% des plus de 70 ans. Certains journaux rendent compte de ces différences par classes d'âges et par revenus (Les Echos, Sud-Ouest). Cette sociologie du vote selon l'âge doit malgré tout être rapportée au nombre réel d'électeurs par tranche d'âge, sans quoi elle peut induire de fausses représentations (@Gally).

  • En croisant les résultats électoraux avec la typologie des territoires ruraux-urbains ou avec celle plus récente des aires d'attraction urbaine (INSEE, 2021), il est possible d'observer des disparités territoriales dans la répartition du vote entre communes centres, communes de couronnes, communes hors d'attraction ou pôles secondaires (@mirbole01). 

  • « Macron dans les métropoles, Mélenchon dans les quartiers populaires, Le Pen dans les campagnes » (France-Info). Trois blocs dont les implantations géographiques sont très différentes, comme le montre l'analyse des résultats du scrutin du 10 avril en fonction du type de territoire (répartition des communes de France métropolitaine en six catégories et appui sur trois bases de données de l'Insee : les aires d'attraction des villes, le niveau de densité par commune et la part de HLM). Pour Olivier Bouba-Olga, la distinction entre vote rural et vote urbain est peu opérante. A caractéristiques identiques, les écarts de vote entre monde rural et monde urbain sont souvent limités.

  • « Jean-Luc Mélenchon, le candidat des grandes villes et de l'outre-mer » (France-Info). « Macron, président des riches ? » (Le Parisien). A l'échelle de la France, Sylvain Catherine (@sc_cath) souligne, non sans humour, la parfaite corrélation entre les communes où Macron arrive en tête et la part de l'enseignement privé dans le second degré. Victor Alexandre a trié les 35 000 communes par revenu médian, en a fait des groupes de 350 et a agrégé les voix et exprimés pour chaque candidat (@humeursdevictor).

  • Vraies ou fausses corrélations ? Pour Paris, @MrPropagande s'est amusé à superposer la carte des résultats du premier tour à celle des lieux de pouvoir dans la capitale. @LarrereMathilde rapproche la carte électorale de Paris de celle des barricades de juin 1848. @Nain_Portekoi la superpose avec la carte des prix de l'immobilier. @PascalRiche corrèle le vote au niveau de vie en Ile-de-France@Jean_Riviere évoque le pouvoir des images que sont les cartes dans le débat public contemporain et renvoie au dossier de Metropolitiques qui analyse la socio-géographie électorale à l'échelle des bureaux de vote parisiens (Agrikoliansky, 2017). A Rennes, l'analyse à l'échelle des bureaux de vote montre des résultats assez différents par rapport aux élections de 2017 (Le Télégramme). Denis Vannier propose une carte dasymétrique des résultats électoraux par bureaux de vote sur la tâche urbaine de Bordeaux (données à télécharger ici)

  • « On dit les chiffres disent, mais c’est plutôt ce qu’on fait dire aux chiffres » : l'analyse de Jean-Luc Mélenchon sur les résultats de l'Union populaire au 1er tour de la Présidentielle 2022. Une approche de la (néo)ruralité à discuter (extrait vidéo vers 1h16'). A recroiser avec l'analyse de Jérôme Fourquet concernant "l'archipel électoral mélenchoniste" qui correspondrait à des  composantes plus disparates (Fondation Jean Jaurès).

    2e tour

  • France-Info propose une série de cartes par anamorphoses pour "visualiser le vote des villes et le vote des campagnes". Comme lors du 1er tour, la méthodologie s'appuie sur trois bases de données de l'Insee : les aires d'attraction des villes, le niveau de densité par commune et la part de HLM. « 11 infographies qui éclairent les résultats du second tour » (France-Inter).

  • « Au second tour, l’électorat Mélenchon partagé entre le vote Macron et l’abstention » (Le Monde). Le Monde a croisé les résultats de Jean-Luc Mélenchon au 1er tour avec l'abstention au 2e tour et le niveau de vie médian dans les banlieues populaires de Lyon.


5) Interroger les nouvelles formes de représentation (carto)graphique

1er tour

  • Pour éviter de se perdre au milieu de cartes dressées pour chaque candidat, Olivier Finance (@FinanceOlivier), enseignant-chercheur en géographie à l'université de Strasbourg, fournit une typologie des intercommunalités en 7 classes, basée sur les votes par famille politique en 2022 et leur évolution entre 2017 et 2022. Sans chercher à expliquer les structures de vote diverses selon les lieux, le principal enseignement est la très forte autocorrélation spatiale des classes de la typologie. Autrement dit, le vote (sa structure et son évolution) dans une intercommunalité donnée a tendance a être similaire au vote dans un ensemble régional plus vaste (« De l'autocorrélation spatiale du vote à la Présidentielle », Cybergéo).

  • « 50 cartes pour lire le premier tour de la Présidentielle de 2022 » (Le Grand Continent). Jacques Lévy et son équipe de la Chaire d'Intelligence spatiale de l'UPHF proposent de s’intéresser à la dimension géographique du vote. Comment les voix des candidats se sont distribuées dans l’espace français ou plutôt quels choix ont fait les habitants des différents lieux qui constituent le territoire français  ? A certains égards, ce premier tour ressemble à un second par son caractère sélectif  : on y a «  éliminé  » au moins autant que «  choisi  ». Il s'agit de "confronter les candidats par la différenciation de leurs géographies, rendues comparables par la standardisation des classes et des figurés. Les suffrages obtenus sont rapportés aux superficies sur le terrain (carte euclidienne), aux habitants (cartogramme), tandis que la troisième image présente un fond de carte dont la configuration correspond à ses résultats. On retrouve dans ce dossier les cartes par anamorphose et les gradients d'urbanité utilisés depuis plusieurs années par Jacques Lévy. On peut aussi aller voir la contribution de Pierre-Henri Bono concernant le lien entre vote et gradient d'urbanité. 

  • Pour Olivier Bouba-Olga, l'effet gradient d'urbanité serait assez secondaire par rapport aux catégories sociales (lire ce billet : « Votes et gradient d’urbanité : une relation invalidée »). Jean Rivière remet en cause également ce qu'il appelle "la lecture binaire et réductrice des gradients d'urbanité" (Les clivages géographiques du vote – Géographies en mouvement)

  • Alain Ottenheimer (@datasensTls), spécialiste dans le domaine de la visualisation de données, propose une représentation par figurés proportionnels sur fond d'anamorphose afin de pouvoir comparer les scores des principaux candidats en 2017 et en 2022. Pour en savoir plus, on peut se reporter aux cartes proposées sur le site du PolitOscope qui utilisent la même méthodologie. 

  • Afin de mieux faire ressortir la répartition territoriale des votes, Boris Mericksay (@BorisMericskay) enseignant-chercheur en géographie à l'université Rennes 2, propose une data visualisation en 3D montrant la répartition spatiale des électeurs de Marine Le Pen (agrégation spatiale sur une maille de 10km, puis extrusion du nombre de voix et pourcentages représentés en aplats de couleur).

  • Dominic Royé (@dr_xeo) propose une carte dasymétrique des résultats du 1er tour en fonction du candidat arrivé en première position. Les résultats par communes sont filtrés par carroyage de densité de population.

  • Nicolas Mondon (@n_mondon), data journaliste au Figaro, propose une carte avec grille géométrique et cercles proportionnels pour représenter les écarts de voix entre Macron et Le Pen (LinkedIn).

  • Le site Contexte rapporte les résultats des 1er et 2e tour de la présidentielle à chacune des 577 circonscriptions de manière à préparer "la bataille des législatives" (cartographie en aplats et en isotypes). Il convient cependant de garder une certaine réserve par rapport à ce type d'anticipation car il n'y a pas d'évidence à projeter les résultats du 1er tour des élections présidentielles sur la carte des circonscriptions pour en déduire les résultats aux législatives (voir la simulation proposée par BFM-TV).

  • En contrepoint, voici la première carte électorale de la France réalisée en 1834 par Armand-Joseph Frère de Montizon. Elle représentait en bleu les "ministériels", en rouge "l'opposition" et en blanc les "légitimistes". Une carte très bleu-blanc-rouge à découvrir sur Gallica.

    2e tour

  • Julien Gaffari a construit un cartogramme de dorling pour représenter les résultats du 2e tour par commune. Ce type de représentation s'abstrait du fond de carte. Il s'agit de représenter les territoires avec une forme identique (en l'occurrence des ronds) dont la taille varie selon la donnée du nombre de suffrages, tout en positionnant autant que possible ces territoires à l'endroit où ils se trouvent géographiquement. D'où une lecture un peu difficile au premier abord, mais plus juste par rapport à la population respective des communes (voir ce fil de discussion). Les cercles proportionnels sont striés en fonction des différents candidats (voir le cartogramme proposé pour le premier tour ou celui concernant Paris). L'application en ligne permet de varier la taille des cercles (voir le détail par communes et régions). Ce type de cartographie s'inspire du cartogramme proposé par Karim Douieb pour les élections de 2016 aux Etats-Unis.

  • « En cartes : les leçons de la présidentielle pour les prochaines législatives » (Les Echos). Il est tentant d'essayer de prédire les prochaines législatives à l'aune des résultats de la présidentielle. Ce n'est pourtant pas possible, le scrutin législatif a ses spécificités. Si l'on projette malgré tout le vote du premier tour de la présidentielle sur le système de scrutin des législatives, on s'aperçoit que l'essentiel des seconds tours serait des duels entre les trois partis principaux que sont LREM, le RN et LFI. 

  • Comment les votes vont-ils se reporter d'un candidat sur l'autre entre les deux tours ? Le journal Les Echos propose pendant l'entre deux tours un simulateur de report de voix qui permet de tester différents scénarios pour le 2e tour.

  • « Législatives : quelles sont les circonscriptions obtenues par le PS, EE-LV et le PCF après leur accord avec LFI ?  » (Libération).

  • L'Ifop publie un sondage sur les électorats d'E. Macron et M. Le Pen. L'étude superpose la carte du rapport de force Macron/le Pen à celle de la perception du retard économique par région par ses habitants (pas le même maillage et corrélation à discuter).

  • Satisfaction de la vie menée et vote au 2ème tour (@TristanGuerra) à partir des données du Cevipof. Analyse conduite à partir de l'enquête électorale 2022 de Sciences Po (ENEF 2022).

Articles connexes

Analyser les cartes et les données des élections législatives de juin 2022 en France

Dis-moi où tu vis, je te dirai ce que tu votes ? (Géographie à la carte, France Culture)

Géopolitique de la twittosphère en période d'élections présidentielles

La régate présidentielle ou course à l'Elysée 2022 en version carte imaginaire

Géopolitique des débats présidentiels depuis 1974

S'initier à la cartographie électorale à travers l'exemple des élections présidentielles de novembre 2020 aux Etats-Unis

Cartographie électorale, gerrymandering et fake-news aux Etats-Unis

Recueil de cartes électorales pour les élections européennes de 2019

La carte des résultats aux élections législatives en Espagne (scrutin du 28 avril 2019)

Résultats des élections au Bundestag en Allemagne (26 septembre 2021)

La carte, objet éminemment politique