Source : Tramblay, Y., Sauquet, É., Arnaud, P., Rousset, F., Soubeyroux, J-M., Hingray, B., Jaouen, T., Jeantet, A., Munier, S., Vergnes, J-P. (2024) Scénarios d’extrêmes hydrologiques, Recherche Data Gouv V3, https://doi.org/10.57745/2XDJ5H
Le projet Explore2 (« Explorer les futurs possibles de l’eau selon les scénarios climatiques du GIEC ») a produit un ensemble de projections hydrologiques suivant plusieurs scénarios climatiques pour la France hexagonale. L’objet de ce rapport est de présenter les scénarios d’évolution des extrêmes hydrologiques, concernant les épisodes de pluies intenses, crues, sécheresses météorologiques, agronomiques, hydrologiques, hydrogéologiques et assecs des cours d’eau. Ces différents types de sécheresses sont analysés soit directement via les sorties de modèles de climat, soit en utilisant différents types de modèles, hydrologiques, hydrogéologiques, ou dédiés aux assecs, afin de montrer à la fois l’accord entre les différentes simulations pour différentes régions françaises mais aussi des indicateurs quantifiant les évolutions futures. Les scénarios sont présentés pour différentes périodes de projections dans le futur, en utilisant les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre RCP4.5 et RCP8.5.
Changements sur les pluies intenses 2041-2100 par rapport à 1976-2005 (source : Tramblay et al., 2024)
- Une augmentation généralisée des pluies intenses journalières dans les différents scénarios (signal médian de l’ordre de +20 %) avec une bonne convergence des différents modèles sur le territoire en particulier dans la moitié nord de la France.
- Un signal à la hausse des crues, surtout pour le nord de la France (signal médian de l’ordre de +40 % à +50 %) mais qui masque en réalité une faible convergence entre les modèles, donc les scénarios sur les crues sont peu robustes et soumis à des fortes incertitudes, liées à la fois aux modèles climatiques et hydrologiques utilisés.
- Peu d’évolution des sécheresses météorologiques, avec seulement un signal assez robuste vers une augmentation de ces épisodes de déficits de précipitations en été dans le sud de la France pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5). En revanche, les projections pour les sécheresses agronomiques sont bien plus pessimistes, avec une nette augmentation des surfaces touchées par ces épisodes qui deviennent plus nombreux et plus intenses, avec notamment des sécheresses du sol en été de 2 à 6 fois plus fréquentes, selon le scénario considéré.
- Une augmentation de la sévérité des sécheresses hydrologiques - qui désignent des niveaux anormalement bas des cours d’eau - avec un maximum de convergence entre les modèles pour le sud de la France avec un signal médian de l’ordre de -40 % en fin de siècle pour le scénario d’émissions le plus pessimiste (RCP8.5), tandis que dans le nord de la France les signaux divergent dans les différents modèles hydrologiques. En outre, la moitié sud de la France verra le phénomène d’intermittence des cours d’eau s’amplifier dans la partie amont des bassins.
On parle beaucoup de crues et d'inondations dans les médias lors d'épisodes de pluies hivernales comme c'est le cas en février 2026, qui enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures de Météo France (1959), battant même le record de 2023. Explore2 constitue la plus grosse synthèse sur le sujet en France, sur près de 3000 cours d'eau avec des dizaines de simulations climatiques. Le rapport ne montre pas de clair signal vers une augmentation des crues fluviales (débordement des cours d'eau), sinon dans le nord de la France et encore pas dans tous les modèles. Ce que l'on voit surtout, c'est une modification des types de crues dans plusieurs régions, notamment avec une hausse probable des épisodes liés aux pluies intenses, ce qui est confirmé par des modèles de climat à plus haute résolution. En somme, peu de signal sur les crues fluviales, mais potentiellement une augmentation de la sévérité des crues pluviales, liées aux phénomènes de ruissellement, surtout en milieu urbain. Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut pas lier directement la hausse de l'intensité des pluies et celles des crues, d'autres facteurs rentrent en jeu, par exemple la modification des conditions d'humidité des sols (en contexte d'aridité croissante), l'occupation des sols, les pratiques agricoles et les aménagements hydrauliques de type barrages. En bref, les modifications du climat peuvent se traduire très différemment selon les territoires sur le risque de crue, d'où l'importance d'avoir des études qui prennent en compte les spécificités locales, même si les études de grande échelle donnent un signal d'ensemble lié au climat. On pourrait ajouter que le changement climatique augmente la probabilité d'avoir des crues hivernales type pluie-sur-neige. Dans les Pyrénées, c'est ce qui semble se passer : en 2022, il y a eu d'importantes crues en hiver, ce qui n'a pas empêché d'avoir un printemps très sec suivi de tensions sur les ressources en eau en été.
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