Cartographie du réseau social Bluesky


Théo Sanderson (@theo.io) propose une carte des 3,4 millions d'utilisateurs de Bluesky (chiffres de février 2026). La carte permet de visualiser les utilisateurs de Bluesky en fonction de leurs abonnements. Elle fait apparaître un monde en archipels en fonction des centres d'intérêt et des appartenances par pays.

Cartographie des utilisateurs du réseau social Bluesky (source : bluesky-map.theo.io)

La carte a été créée en ajustant un modèle de type moteur de recommandation avec des ajustements scalaires pour prédire la probabilité qu'une personne X suive une personne Y en fonction de ses « abonnements » et « abonnés », puis en représentant les abonnés en 2D avec diverses itérations de l'application t-SNE. Les « groupes » sont constitués de 30 profils biographiques choisis aléatoirement au sein de chaque groupe, parmi lesquels un LLM doit identifier les points communs. Le nom attribué à un groupe ne s'applique donc pas à tous ses membres et l'on peut être surpris du groupe auquel on est rattaché.

Saisissez votre identifiant en haut à gauche de l'écran pour sélectionner et afficher des comptes spécifiques. La seule information utilisée pour vous situer sur la carte est que les types de personnes qui vous suivent suivent également d'autres personnes dans cette zone de la carte. Si vous ne souhaitez pas apparaître sur la carte, il est possible de se désinscrire en indiquant à Bluesky que vous souhaitez désactiver la visibilité des profils déconnectés. Vous serez alors désinscrit lors de la prochaine importation de vos données de profil. 

Il existe d'autre projets similaires pour visualiser la communauté des utilisateurs de Bluesky comme par exemple Aurora (présenté par Joel Gustasfon sur cette page). 

Jaz propose des graphiques statistiques sur le nombre de publications Bluesky ainsi qu'un atlas des relations entre utilisateurs. Bluesky compte 43 millions d'inscrits et plus de 2,5 milliards de messages échangés. Le nombre de posts par utilisateurs unique s'élevait à environ 650 000 par jour fin 2025. Le site Exploding Topics fournit des statistiques par âge, sexe et données démographiques des utilisateurs de Bluesky.

Lancé en tant qu'entreprise indépendante en 2021, le réserau social Bluesky a conquis de nombreux utilisateurs, enregistrant une croissance rapide à partir de 2023, date à laquelle de nombreux anciens utilisateurs de X ont quitté la plateforme d'Elon Musk. Cette croissance s'est poursuivie, même si le trafic a légèrement ralenti en 2025. 


Pour compléter

Awais, M. « Digital diaspora : mapping emotional migration and user personas from X to Bluesky » [Diaspora numérique : cartographie des migrations émotionnelles et des profils d’utilisateurs de X à Bluesky]. Quality & Quantity 60 , 1279–1296 (2026). https://doi.org/10.1007/s11135-025-02292-7

Cette étude explore les dimensions émotionnelles et discursives de la migration de la plateforme X vers Bluesky à partir d'un corpus d'avis (n = 21 400) sur l'application Bluesky publiés sur le Google Play Store. S'appuyant sur la théorie de la migration médiatique, le concept de public affectif et la notion de confiance algorithmique, l'étude utilise l'analyse lexicale des émotions, le clustering K-means et la modélisation thématique pour identifier quatre profils d'utilisateurs distincts : les migrants mécontents, les utilisateurs optimistes, les observateurs sceptiques et les fidèles de la plateforme. Les avis mentionnant Twitter (désormais X) présentent une intensité émotionnelle significativement plus élevée – tant positive (confiance, anticipation, etc.) que négative (colère, tristesse, etc.) – que ceux qui n'y font pas référence, ce qui indique un transfert affectif. Chaque profil reflète des préoccupations spécifiques liées à la modération, à la stabilité de la plateforme et aux attentes normatives. Les résultats de l'étude soulignent que la migration numérique n'est pas un acte neutre, mais un processus émotionnellement chargé, façonné par des griefs antérieurs, des espoirs pour l'avenir et des représentations algorithmiques.

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Cartographie du réseau social Mastodon


Atlas social de la France. Pour un autre récit des inégalités dans l'espace national


Le Goix R., Ribardière A., Rivière J. & alii, « Atlas social de la France. Pour un autre récit des inégalités dans l'espace national », https://atlas-social-de-france.fr/.


Cet atlas est d’abord un atlas social, son ambition est de rendre compte de la dimension spatiale des hiérarchies et inégalités sociales qui structurent la France contemporaine. Ce projet est né d’une insatisfaction collective face aux visions simplificatrices et caricaturales qui structurent trop souvent le débat public national en matière de géographie : France "périphérique", "des métropoles", des "sous-préfectures", "des pavillons", "des ruralités", "des tours", etc. L'ambition est donc également politique, au sens où il s’agit de contribuer à ce débat public en y apportant notre expertise académique disciplinaire. 

1) Un atlas de plus ?

Les angles d’analyse des planches qui composent cet atlas sont pensés au prisme d’une géographie des inégalités et des rapports sociaux de domination : clivages d’âges et de générations, rapports sociaux de genre, inégalités de scolarisation et de formation, enjeux migratoires et postcoloniaux, division et ségrégation socioprofessionnelles, polarisation des comportements électoraux, crise de l’accès au service public de santé, inégalités environnementales et écologiques articulées avec les hiérarchies sociales, etc. Ces planches s’appuient essentiellement sur des données quantitatives issues de grandes enquêtes de la statistique publique (recensement de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, chiffres de la Direction Générale des Impôts sur les revenus, indicateurs de précarité de la Caisse d’Allocation Familiale…), mais aussi et de manière plus ponctuelle et complémentaire sur des approches qualitatives. Parce que la capacité à articuler les niveaux et échelles est fondamentale en géographie, les analyses proposent à la fois des éléments de cadrage national qui reposent sur des données récentes – tout en prenant de la profondeur historique si nécessaire – et des décrochages sur des cas locaux ou régionaux au gré des enjeux thématiques.

2) La question de la maille de mesure et de représentation comme enjeu majeur

Trop souvent, y compris chez les géographes, le travail s'effectue de manière cloisonnée entre les spécialistes des dynamiques urbaines et ceux des mondes ruraux. Les auteurs ont donc cherché à dépasser ce cloisonnement en cartographiant les indicateurs sociaux dans l’ensemble de l’espace français afin de ne pas isoler les espaces urbains (souvent saisis dans des périmètres préétablis comme ceux de la ville-centre, des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale ou des aires d’attraction des villes telles que définies par l’INSEE) vis-à-vis des espaces ruraux, tout en conservant la possibilité d’observer les dynamiques intra-urbaines dans un maillage très fin car c’est au cœur des villes que les inégalités sont les plus fortes. C’est pourquoi, dès que les données le permettent, les auteurs ont travaillé avec une maille d’observation originale et inédite qui permet de dresser une géographie de la France dans un peu plus de 20 000 unités spatiales, depuis le 8ème arrondissement parisien jusqu’à Saint-Denis… de la Réunion parce que la France dite « d’Outre-Mer » est trop souvent oubliée des cartes et des discours.

3) Un collectif, pour informer le débat public et ouvrir la production scientifique

Le collectif éditorial implique des chercheurs et des ingénieurs couvrant différents champs thématiques, expertises techniques et orientations méthodologiques au croisement de la géographie sociale et de la géographie quantitative. Ce collectif fait ainsi dialoguer plusieurs courants de la discipline, chacun ayant historiquement développé des atlas. C’est le cas de la géographie sociale telle qu’elle s’est structurée à partir des années 1980 autour d’une analyse des «questions sociales», restituant les recherches en produisant des atlas locaux (sur des cas urbains à l’image de l’Atlas social de Nantes qui a nourri ce projet, comme sur des mondes ruraux), régionaux ou nationaux. C’est aussi le cas de la géographie dite « théorique et quantitative », avec la somme majeure que constitue l’Atlas de France produit par le groupe « Reclus » dans la seconde moitié des années 1990. Enfin et en 2025, un autre collectif réunissant des démographes et des géographes a fait paraître un Atlas de la population française, également animé par la volonté d’éclairer scientifiquement le débat public autour des enjeux démographiques.

Le collectif Atlas social de la France est coordonné par Renaud Le Goix, Antonine Ribardière et Jean Rivière. Il est composé à la fois de chercheur.es et enseignant.es-chercheur.es (Julie Fromentin, Boris Mericskay, François Madoré, Juliette Morel, Matthieu Noucher et Pierre Pistre) et d’ingénieur.es spécialisé.es dans la représentation et la géo-visualisation de l’information géographique ainsi que dans les humanités numériques (Antoine Beroud, Simon Charrier, Timothée Giraud, Nicolas Lambert, Stéphane Loret et Aliette Roux). Au sein du projet construit collectivement, les rôles et expertises spécifiques de chacun.e sont précisés dans leurs notices individuelles.

Planches disponibles

Une soixantaine d'autres planches sont prévues d'ici le printemps 2027.

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Atlas social de Caen et Atlas social de la métropole nantaise

Layers of London, un site de cartographie numérique sur l'histoire de Londres


Layers of London est une ressource en ligne gratuite qui utilise des cartes et du contenu généré par les utilisateurs pour mêler histoire, géographie et technologie numérique. Reposant sur la plateforme d'humanités numériques Humap, le site contient de nombreuses cartes sur l'histoire de Londres superposées à des données actuelles. Les collections regroupent des documents classés par thème (monuments, bâtiments, objets de musée ou personnalités). Un récit contextuel riche, fondé sur de nombreux documents, peut ainsi être présenté à travers différents lieux sur la carte.

Plateforme d'humanités numériques sur Londres (source : Layers of London)

Exploration par thème :
Le projet « In Place » de l’artiste Timothy Yufit utilise le site Layers of London pour documenter les pierres tombales déplacées, enfouies dans les parcs et espaces publics londoniens. Ces vestiges historiques fragmentés demeurent présents dans le paysage urbain contemporain.


Pour compléter 

Justin Colson, Deep Mapping in Practice : ‘Layers of London’ and Participatory Experiential Mapping, Warsaw Spatial Humanities seminar (vidéo).

The London Journal. A Review of Metropolitan Society Past and Present. 50th Anniversary Special Issue: London's Past Today, volume 50, issue 3 (2025).

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Cartographie du choléra à Londres et en Angleterre à l’époque victorienne



Piétonisation des « rues scolaires » à Paris : collecte de données sur le terrain et analyse par télédétection


Marcel Moran (2026). Piétonisation des « rues scolaires » à Paris : collecte de données sur le terrain et analyse par télédétection d'un projet massif de réaménagement de la voirie, Journal of Planning Education and Research, 2026-02-19, https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0739456X251415006 (article en libre accès)

Repenser l’aménagement des rues en fonction des besoins des enfants, des parents, des piétons et des cyclistes – plutôt que des automobiles – peut potentiellement atténuer de nombreux problèmes urbains, tels que le manque d’espaces verts et de végétation, et l’effet d’îlot de chaleur urbain. Paris, capitale de la France et ville d’environ deux millions d’habitants, a mis en œuvre cette stratégie par le biais des « rues scolaires », où les rues adjacentes aux écoles sont piétonnisées ; l’espace auparavant occupé par les voitures stationnées et en circulation est transformé en un lieu de jeux pour les enfants, un lieu de rencontre pour les parents avant et après l’école, un lieu de passage pour les piétons et les cyclistes, et un lieu de détente pour les riverains et les clients des commerces de proximité.

Cette étude évalue de manière exhaustive les rues aux écoles parisiennes grâce à une collecte de données de terrain (incluant des visites sur l'ensemble des 272 sites actifs) et à l'analyse d'images satellites et de vues de rue à haute résolution. En quinze ans, Paris a piétonnisé 13,5 km de rues, créant ainsi 15,7 ha d'espaces verts. L'analyse de la température de surface des rues aux écoles dotées d'un revêtement rafraîchissant, comparée à celle des rues témoins adjacentes, révèle des différences de température moyennes de 5,01 °C.

Carte des rues scolaires à Paris, colorées selon leur statut (gris : installées avant 2008, rouge : ouvertes aux voitures, turquoise : phase I, bleu : phase II). Source : Moran, 2026

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L’école, la carte et les territoires



Flightradar24, une plateforme de référence pour suivre l'évolution des crises aériennes mondiales


Mikael Robertsson et Olov Lindberg n'avaient pas initialement prévu de créer l'un des principaux outils de surveillance de l'espace aérien mondial. Afin d'accroître la visibilité de leur portail de comparaison de prix de vols, les entrepreneurs ont ajouté une page affichant les données du trafic aérien. Cette page est devenue Flightradar24, le portail vers lequel se tournent désormais les gens du monde entier lorsqu'il y a des incidents dans le ciel. La plateforme suédoise est devenue un outil majeur d’observation du trafic aérien mondial. Elle permet aujourd’hui de suivre en temps réel les crises aériennes et les perturbations de l’espace aérien. Le système repose sur un réseau mondial d’environ 58 000 récepteurs radio, dont certains installés par des bénévoles et même une douzaine en Antarctique. Chaque avion transmet sa position, altitude, vitesse et trajectoire. Ces données permettent de cartographier en direct l’espace aérien mondial. 

Interface du site (source : Flightradar24.com)

1) Présentation de la plateforme Flightradar24

La plateforme s’est imposée lors de crises majeures. En 2010, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande a fermé plus de 300 aéroports et annulé plus de 100 000 vols. Des millions d’utilisateurs ont alors suivi l’arrêt du trafic aérien européen en temps réel. D’autres événements ont confirmé ce rôle d’observatoire global. La disparition du vol Malaysia Airlines MH370 en 2014 ou la paralysie du transport aérien pendant la pandémie de 2020 ont attiré des audiences massives sur la plateforme. En mars 2026, la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran provoque une fermeture partielle de l’espace aérien du Moyen-Orient. Les vols sont redirigés vers deux corridors principaux, l’un au nord par le Caucase et l'Azerbaïdjan (crucial pour les vols entre l'Europe et l'Asie), l’autre au sud via l'Égypte, l'Arabie saoudite et Oman. Flightradar24 compte aujourd’hui environ 1,5 million d’abonnés payants et près de 60 millions d’utilisateurs mensuels. Selon son dirigeant Fredrik Lindahl, ces cartes aériennes révèlent comment les crises géopolitiques reconfigurent immédiatement les routes aériennes au niveau mondial. 

Flightradar24 combine des données provenant de plusieurs sources, notamment ADS-B, MLAT, satellite et radar. Ces données de position sont agrégées avec les informations sur les horaires et le statut des vols fournies par les compagnies aériennes et les aéroports. Face à la recrudescence du brouillage et de l'usurpation de GPS à travers le monde, Flightradar24 a adapté le suivi des vols afin d'afficher la trajectoire la plus précise possible. Grâce à l'utilisation de plusieurs technologies de suivi des aéronefs, le site garantit un suivi précis même pour des vols affectés par le brouillage et l'usurpation de GPS.

Carte de brouillage GPS (source : Flightradar24)

2) Exemples de crises aériennes majeures

En raison des crises politiques et des conflits, le nombre de "no fly zone" (zone d'exclusion aérienne) a tendance à se multiplier dans le monde. Les perturbations aériennes peuvent durer plus ou moins longtemps en fonction de la durée des conflits et des tensions. Les espaces aériens peuvent être complètement ou partiellement fermés, ou fermés par intermittence. Les flux aériens sont en général détournés sur des itinéraires plus sécures, ce qui a tendance à augmenter le trafic sur les couloirs aériens alternatifs. Avant même d'être déclarés officiellement zones d'exclusion, les zones dangereuses pour la circulation aérienne font l'objet de NOTAM (notices d'aviation) signalant aux pilotes d’aéronefs les dangers potentiels le long d’une route ou à un endroit susceptible d’affecter le vols. Les secteurs où les flux aériens se tarissent subitement peuvent être pris comme annonciateurs de crises majeures (#BlancsDesCartes). En 2026, les couloirs aériens entre l'Europe et l'Asie sont fortement perturbés par les deux guerres en Ukraine et en Iran.

Les perturbations de l'espace aérien en Afghanistan (16 août 2021) :

Les perturbations de l'espace aérien en Ukraine (22 février 2022) :

Les perturbations de l'espace aérien au Venezuela (3 janvier 2026) :

Les perturbations de l'espace aérien au Moyen-Orient (28 février 2026) :


Liens ajoutés le 15 avril 2026


« Le corridor vers l’Asie est de plus en plus étroit  : l’espace aérien se réduit toujours plus et la facture grimpe pour éviter les zones dangereuses » (Challenges). Des trajets plus longs, encombrés, et une facture plus élevée : après un premier rétrécissement des zones de survol de 20 % depuis le début du conflit russo-ukrainien, la guerre en Iran complique la donne. C’est une carte du monde que les directeurs sûreté des compagnies aériennes françaises surveillent au jour le jour : celle des « zones à risques de survol » réalisée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Un planisphère où, depuis peu, les taches colorées se multiplient au point de se demander, en scrutant certaines parties du globe : mais par où les avions peuvent-ils encore bien passer ?

Carte officielle des restrictions de survol "zones de conflit" (source : Direction générale de l’aviation civile, mars 2026)


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Visualiser les flux aériens et les aéroports avec Openflights

Mapinou, un jeu mobile gratuit pour aider la recherche en cartographie


Mapinou est un jeu sur mobile pour aider les chercheurs à mieux comprendre comment nous interagissons avec les cartes en ligne. But du jeu : aider un lapin à retrouver son ami à travers la carte de France, en évitant les ennemis.

Ce jeu mobile a été développé par un équipe de recherche à l'IGN au sein du laboratoire LASTIG et dans le cadre du projet européen LostInZoom, dirigé par Guillaume Touya. Objectif ? Proposer un format vidéoludique pour collecter des données anonymes qui vont permettre de mieux comprendre comment nous interagissons avec les cartes en ligne. Une véritable expérience de cognition liée à notre capacité à nous localiser dans l’espace.

Il est fréquent qu'un utilisateur de carte multi-échelles se sente désorienté pendant quelques secondes après un zoom. Le projet LostInZoom (Ne pas se perdre dans les cartes multi-échelles : explorer la théorie de l'ancrage dans les interactions de zoom cartographiques dans le contexte de la gestion de crise) vise à établir un nouveau paradigme de zoom pour les cartes multi-échelles, basé sur des repères visuels multi-échelles servant d'ancrage pendant le zoom. Pour parvenir à ce nouveau paradigme, il est nécessaire de mieux comprendre comment les utilisateurs perçoivent et comprennent les cartes interactives multi-échelles, afin de concevoir des cartes et des interactions qui rendent la navigation à travers ces différentes échelles plus fluide. Le projet LostInZoom s'articule autour de trois axes principaux. Le premier consiste à explorer la perception des cartes interactives multi-échelles par une approche expérimentale, afin d'identifier les points de repère qui aident l'utilisateur à se situer lors d'un zoom. Le deuxième axe vise à concevoir de nouvelles techniques de généralisation cartographique pour générer des cartes multi-échelles mettant en évidence les points de repère essentiels à l'exploration multi-échelle. Enfin, le troisième axe est consacré à la conception de nouvelles interactions de zoom centrées sur ces points de repère, pour une exploration encore plus fluide.

Les chercheurs utilisent les données de déplacement (nombre de zooms avant/arrière, déplacements latéraux, clics, etc.) pour étudier la manière dont nous interagissons avec la carte. Les différentes parties sont séparées par des expériences de cognition spatial qui vont leur permettre de faire un lien entre le sens de l'orientation et la capacité à se déplacer dans une carte. Nous ne collectons pas de données personnelles et respectons le RGPD. 

Vous pouvez ouvrir le jeu sur ordinateur également, mais les chercheurs analysent plutôt les parties jouées sur mobile. Le QRcode de l'affiche est à scanner pour un accès direct vers le jeu. Il est recommandé d'installer le jeu sur votre téléphone afin de pouvoir y revenir. Finir toutes les parties aide beaucoup pour les analyses statistiques.

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Worldle, le jeu géographique qui cartonne sur Internet

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Délimiter le Nord et le Sud en France : une affaire de représentations ?

Un jeu de l'oie pour apprendre la géographie du royaume de France

Un niveau de la mer plus élevé que ce qui est pris en compte dans les évaluations des risques côtiers


Source :  Katharina Seeger & Philip SJ Minderhoud (2026). « Sea level much higher than assumed in most coastal hazard assessments » [Le niveau de la mer est bien plus élevé que ce que prennent en compte la plupart des évaluations des risques côtiers]. Nature (2026), https://www.nature.com/articles/s41586-026-10196-1

Les impacts de l'élévation du niveau de la mer et autres aléas sur les côtes du monde sont déterminés par la hauteur du niveau de la mer et l'altitude du littoral. L'intégration correcte de ces deux aspects est fondamentale pour des évaluations fiables de l'impact de l'élévation du niveau de la mer et des aléas côtiers, mais elle est souvent négligée ou mal réalisée. Les auteurs montrent que plus de 99 % des évaluations d'impact analysées ont traité les données relatives au niveau de la mer et à l'altitude du littoral de manière inadéquate, ce qui conduit à une estimation erronée du niveau de la mer par rapport à l'altitude du littoral. D'après leur analyse de la littérature, 90 % des évaluations des aléas supposent des niveaux de la mer côtiers basés sur des modèles de géoïde, plutôt que sur des mesures réelles. Leurs méta-analyses à l'échelle mondiale montrent que le niveau de la mer côtier mesuré est supérieur à celui supposé dans la plupart des évaluations des aléas (écarts moyens [écart-type] de 0,27 m [0,76 m] et 0,24 m [0,52 m] pour deux géoïdes couramment utilisés). À l'échelle régionale, et principalement dans les pays du Sud, le niveau moyen de la mer mesuré peut dépasser le géoïde global d'un mètre, les écarts les plus importants étant observés dans la région indo-pacifique. Comparées aux hypothèses de niveau marin côtier basées sur le géoïde, les valeurs mesurées suggèrent qu'une élévation relative du niveau de la mer de 1 mètre entraînerait la submersion de 31 à 37 % de terres supplémentaires et de 48 à 68 % de personnes supplémentaires (soit une estimation de 77 à 132 millions de personnes). Ces résultats soulignent la nécessité de réévaluer les études d'impact côtier existantes et d'améliorer les normes de la communauté scientifique, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les décideurs politiques, le financement climatique et l'adaptation côtière.

Différence entre la hauteur du niveau de la mer côtière et les géoïdes les plus utilisés à travers le monde (source : Seeeger et al., 2026)


Ces nouvelles découvertes ne remettent pas en cause les conclusions générales des études concernant le rythme de la montée du niveau de la mer ou les dommages qu'elle pourrait engendrer. Le niveau des mers côtières s'élève effectivement sous l'effet du réchauffement climatique. Ces nouvelles découvertes révèlent simplement que les scientifiques ont souvent utilisé un point de départ erroné pour calculer l'étendue des zones et des populations qui pourraient être affectées à l'avenir. Il est difficile d'imaginer qu'à l'ère du GPS et de l'imagerie satellitaire, on puisse se méfier des cartes. Pourtant, cette nouvelle étude met en lumière un problème majeur dans la méthode souvent employée par les chercheurs pour comprendre les littoraux et leur évolution face au réchauffement climatique. Robert Kopp, climatologue et spécialiste du niveau de la mer à l'université Rutgers, qui n'a pas participé à l'étude, a déclaré que ces travaux abordent un problème technique qui aura bien plus d'importance pour les scientifiques que pour les décideurs locaux. « En général, les personnes exposées aux inondations dues aux grandes marées savent où se situe l'océan », a expliqué le Dr Kopp. Les scientifiques affirment depuis longtemps que la montée du niveau de la mer affectera de nombreuses personnes, et cette nouvelle étude ne change rien à cela, a-t-il ajouté. Toutefois, d'un point de vue global, les résultats indiquent que des centaines de millions de personnes supplémentaires — notamment au Vietnam, aux Philippines, en Indonésie, aux Maldives et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est et du Pacifique — vivent plus près du niveau de la mer que ne le supposaient généralement les experts et les décideurs politiques occidentaux.

Les MNT, les données MDT et les données démographiques originales utilisées dans cette étude sont disponibles dans leurs dépôts en ligne respectifs :

Les MNT globaux traités, convertis en niveaux de surface moyens locaux (MSL) à l'aide des données MDT et utilisés pour les méta-analyses de cette étude, sont disponibles pour réutilisation et accessibles sur Zenodo

Lien ajouté le 19 avril 2026

« "Nous ne pouvons plus attendre"  : Venise envisage déjà un plan B contre les inondations, cinq ans après la mise en service des digues » (The Guardian).

Catherine Bennett rapporte qu'à Venise ingénieurs et scientifiques, dont Andrea Rinaldo (Autorité de la lagune) s'activent face à la montée des eaux. Le système Mose montre ses limites, révélant la nécessité d’anticiper de nvelles solutions.  Mis en service en 2020, le Mose protège Venise grâce à des digues mobiles installées aux trois passes lagunaires. En cinq ans, il a été activé 154 fois, empêchant des inondations majeures liées aux acque alte qui submergeaient régulièrement la ville. Mais l’élévation du niveau marin accélère. Les projections évoquent +1 mètre d’ici 2100. À ce rythme, les digues devraient être fermées jusqu’à 200 fois par an, soit presque en continu, ce qui transformerait profondément le fonctionnement de la lagune. La fermeture répétée perturbe les échanges naturels entre mer Adriatique et lagune. L’eau circule moins, les algues prolifèrent, puis se décomposent en consommant l’oxygène, ce qui fragilise poissons et écosystèmes. La lagune perd son équilibre dynamique. Le coût économique est élevé. Chaque activation dépasse 200 000 €, et interrompt le trafic maritime vers le port de Marghera. Lors du carnaval 2026, 26 fermetures en 3 semaines ont coûté plus de 5 millions €, illustrant une gestion coûteuse du risque. Le système repose sur des prévisions incertaines. Les décisions sont prises 3 h avant la marée avec une marge d’erreur de 10 cm. Cette incertitude technique renforce la difficulté d’adapter en continu la protection face à des conditions climatiques instables. Face à ces limites, les scientifiques envisagent un "plan B". Ils proposent de repenser la ville, en mobilisant experts internationaux et disciplines variées. L’objectif est d’imaginer des solutions combinant ingénierie, économie et organisation territoriale. Venise apparaît comme un laboratoire mondial face au changement climatique. La gestion de l’eau, des risques & des activités économiques y redéfinit les relations entre ville et milieu. L’avenir dépendra d’une adaptation rapide et collective. 

Lien ajouté le 13 mai 2026

« Point de non-retour : la relocalisation de la Nouvelle-Orléans doit commencer dès maintenant en raison de la montée des eaux. Le haut lieu culturel de la Louisiane pourrait être encerclé par le golfe du Mexique avant la fin du siècle » (The Guardian).

Une étude publiée dans Nature Sustainability explique que La Nouvelle-Orléans aurait atteint un "point de non-retour". Entre montée des eaux, érosion côtière et affaissement du sol, la ville pourrait être encerclée par le golfe du Mexique avant 2100. Les chercheurs décrivent le sud de la Louisiane comme "la zone côtière physiquement la plus vulnérable du monde". Selon leurs projections, le niveau marin pourrait monter de 3 à 7 mètres, faisant avancer le littoral d’environ 100 kilomètres vers l’intérieur. Cette transformation n’est pas seulement liée aux océans. Depuis les années 1930, la Louisiane a perdu environ 5.200 km² de terres humides, soit l’équivalent du Delaware, et 7.700 km² supplémentaires pourraient disparaître dans les cinquante prochaines années. Le rythme de l’érosion est spectaculaire. D’après l’étude, une surface équivalente à un terrain de football disparaît toutes les 100 minutes. Les marais qui protégeaient autrefois les côtes contre les tempêtes et les ouragans s’effacent progressivement. Jesse Keenan, spécialiste de l’adaptation climatique à Tulane University, estime que les digues renforcées après Katrina ne suffiront plus. Il appelle désormais à organiser des déplacements de population, en commençant par les habitants les plus exposés hors des levées. Le cas de La Nouvelle-Orléans montre qu’un littoral urbanisé peut devenir inhabitable lorsque montée des eaux, subsidence et destruction des zones humides se combinent durablement. L’adaptation ne consiste plus seulement à protéger, mais parfois à partir.

Lien ajouté le 24 mai 2026

Huayi Zheng et al., « Improved closure of the global mean sea level budget from observational advances since 1960 » [Amélioration de la détermination du bilan global du niveau moyen de la mer grâce aux progrès observationnels depuis 1960]. Science Advances, 12  (2026). https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aea0652

Des chercheurs chinois ont analysé l'augmentation du niveau moyen mondial de la mer. Les mesures de l'augmentation correspondent presque à la somme des causes connues, chaleur océanique, glaciers, Groenland, Antarctique et eaux continentales. La hausse devient lisible. De 1960 à 2023, marégraphes, satellites, flotteurs Argo et données GRACE composent une lecture plus précise de l’océan. Le niveau moyen mondial monte de 2,06 mm/an depuis 1960, puis de 3,41 mm/an depuis 1993, quand l’altimétrie satellite change l’échelle d’observation. Depuis 2005, la hausse atteint 3,94 mm/an. L’accélération devient nette et mesurable. L’écart entre le niveau observé et les causes additionnées reste inférieur à 0,18 mm/an sur toutes les périodes étudiées, signe que le suivi physique de la mer se resserre fortement. Le premier moteur reste la dilatation thermique de l’océan. Depuis 1960, elle explique 43% de la hausse du niveau moyen mondial de la mer. Qd l’eau se réchauffe, elle prend plus de volume. La montée marine devient ainsi une trace visible de la chaleur stockée dans le système climatique planétaire. Les glaces pèsent aussi lourd dans la montée des mers. Depuis 1960, les glaciers expliquent 27% de la hausse, le Groenland 15% et l’Antarctique 12%. Les hautes montagnes et les calottes polaires agissent donc jusque sur les littoraux, par l’eau qu’elles ajoutent à l’océan. L’accélération depuis 1960 vient surtout de l’océan qui se réchauffe, avec 41% du total. Les eaux continentales comptent pour 21%, le Groenland 16%, l’Antarctique 13% et les glaciers 9%. La mer monte plus vite parce que plusieurs dynamiques s’additionnent dans le temps. Les progrès de mesure comptent autant que les chiffres. Corriger les biais des instruments, les mouvements verticaux des terres, la déformation du plancher océanique ou les dérives de capteurs réduit les écarts. Observer mieux transforme le diagnostic géographique. Cette étude de l'augmentation du niveau moyen mondial de la mer renforce la confiance dans les projections et l’adaptation littorale. Les grandes causes sont identifiées, même si les eaux continentales et les différences régionales restent à préciser pour les côtes. 

Lien ajouté le 25 mai 2026

« De la Martinique à l’Île-Tudy, face à la montée des eaux, "il faut travailler collectivement à des solutions" » (Le Télégramme).

Guirec Flécher interroge Yoann Pélis, géographe et ingénieur d’études aux Antilles. De la Martinique à Île-Tudy, les littoraux changent sous l’effet de mers plus hautes et de tempêtes plus violentes. Les risques ne sont pas lointains. Yoann Pélis souligne une dynamique commune entre Bretagne et Antilles malgré des milieux différents. Les tempêtes, les cyclones et la hausse du niveau marin élargissent les zones de submersion. Les populations, les routes et les réseaux littoraux deviennent plus exposés. En Martinique, l’insularité rend les reculs très visibles. Au Prêcheur, la commune a perdu 6% de sa surface en 50 ans, et 150 familles sont directement exposées. Certaines n’apparaissent pas encore dans les cartes de risque, d’où l’urgence de mieux planifier. Les digues et enrochements peuvent protéger contre des phénomènes courants, mais pas toujours contre des cyclones futurs plus puissants. Yoann Pélis appelle à combiner géotechnique, sécurité des biens, solutions fondées sur la nature et frein à l’hyperbétonisation. La Martinique pourrait perdre 9% à 13% de sa surface d’ici 2100, avec un impact sur un cinquième de la population. Le repli devient une question spatiale sensible. Où reloger les habitants dans une île déjà contrainte, protégée et fortement attachée à ses terres ? Yoann Pélis défend une culture de résilience partagée. Les expériences bretonnes peuvent nourrir les Antilles, et inversement. Face à la mer qui monte, il faut cartographier, comparer et inventer ensemble des solutions habitables. 

Lien ajouté le 15 septembtre 2026

« Risques et opportunités de l’adaptation à l’élévation du niveau de la mer » (Responsabilité & environnement).

Gonéri Le Cozannet, Mirna Badillo-Interiano, Cécile Capderrey et Rémi Thiéblemont, du BRGM, avec l’océanographe Angélique Melet de Mercator Ocean, analysent comment la hausse marine transforme les risques côtiers et impose aux littoraux de profondes recompositions territoriales. Le niveau marin s’élève de plus en plus vite. Son rythme est passé d’environ 2 mm/an à la fin du XXe siècle à 4,3 mm/an entre 2013 et 2023. Cette accélération, liée au réchauffement et à la fonte des glaces, annonce des transformations profondes et durables pour les sociétés littorales. Les projections convergent vers 50 cm à 1 m d’élévation d’ici 2100, sans exclure davantage si les calottes glaciaires fondent plus vite. Surtout, la hausse se poursuivra pendant des siècles. L’enjeu consiste donc à anticiper précisément quand seront franchis les seuils de 60 cm, 1 m ou 2 m. Cette hausse n’est pas uniforme. Dans la plupart des régions habitées, les projections régionales restent à ±20% des valeurs mondiales. Mais là où les sols s’affaissent, en Asie du Sud-Est, au nord de l’Adriatique ou dans le golfe du Mexique, le niveau relatif monte nettement plus vite. Xynthia révèle l’ampleur sociale du risque côtier. En 2010, la tempête a tué 50 personnes et provoqué 750 millions € de pertes assurées. Or les littoraux concentrent tourisme, ports et logements. Leur vulnérabilité engage donc la société française bien au-delà des seules communes côtières. L’adaptation commence par éviter d’accroître l’exposition en limitant l’urbanisation des secteurs menacés. Pour les espaces déjà aménagés, trois voies dominent. Protéger par des ouvrages, réduire la vulnérabilité des bâtiments ou relocaliser les populations, activités et équipements exposés. Digues, enrochements et brise-lames réduisent les aléas, mais leur coût augmente avec le temps. Ils peuvent aussi reporter l’érosion sur les côtes voisines. En sécurisant l’arrière-pays, ils encouragent parfois l’urbanisation et enferment le territoire dans une dépendance à la protection. La relocalisation part d’un constat désormais intégré aux politiques françaises. Il n’est pas possible de défendre partout le trait de côte. Reculer libère de l’espace pour les sédiments, les crues et les écosystèmes, mais exige du foncier, des financements et des arbitrages délicats. D’autres mesures cherchent à vivre avec le risque. Rehausser les planchers ou créer des refuges en hauteur coûte moins cher et préserve les choix futurs. Mais ces solutions atteignent leurs limites face aux vagues et à la hausse marine. À long terme, protection et relocalisation dominent. Les auteurs défendent des stratégies robustes plutôt qu’une solution optimale. Plusieurs trajectoires restent plausibles et l’adaptation doit fonctionner dans des futurs différents. Réduire vite les émissions ralentit la hausse marine et donne davantage de temps aux territoires pour agir. Les solutions fondées sur la nature ouvrent une autre voie. Récifs, mangroves, herbiers, dunes et marais atténuent les vagues, stabilisent les sédiments et forment des zones tampons. Leur efficacité suppose toutefois de réduire artificialisation, pollution et forte compression côtière. L’étude montre que la hausse du niveau marin est à la fois un risque et un moteur de recomposition territoriale. Redonner de l’espace aux sédiments et aux écosystèmes réduit l’exposition tout en soutenant biodiversité, paysages et usages littoraux. 




Dark Light Viewer, un outil pour repérer les changements à partir d'images satellites (OSINT)


Source : « Quand les lumières s'éteignent, les satellites veillent » (benjaminstrick.com).

Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, les images et vidéos en ligne provenant des zones de conflit sont devenues monnaie courante. Cependant, ces images ne sont pas toujours fiables ni exactes. Benjamin Strick, responsable de la recherche au Centre for Information Resilience (CIR) de Londres, utilise des techniques open source et l'imagerie satellite pour analyser les zones de conflit à travers le monde. Entre octobre 2023 et janvier 2024, 84% de la lumière nocturne de Gaza avait disparu. Que l'on interprète ce changement comme des dommages au réseau électrique, une pénurie de carburant, des déplacements de population, des couvre-feux ou un mélange de tout cela, le fait est que l'obscurité est mesurable.

1) Dark Light Viewer, un outil d'observation dérivé de Google Earth Engine

Dark Light Viewer est un outil gratuit et open source qui permet de suivre l'évolution nocturne des villes, des zones de conflit, des secteurs d'aménagement ou de transformation de l'espace. Basé sur Google Earth Engine, l'outil permet de repérer, puis de télécharger au format geojson, les zones de changement perceptibles à partir des images satellites. Dark Light Viewer génère une couche de détection des changements en comparant la capture VIIRS la plus récente à une période antérieure de son choix. Par défaut, on peut sélectionner une période d'un mois, d'un an, de cinq ans ou de dix ans. Pour une période plus précise, les paramètres avancés permettent de définir une plage personnalisée.

Interface de l'outil Dark Light Viewer dérivé de Google Earth Engine (source : Dark Light Viewer)

L'idée de base est simple : la nuit, là où il y a des gens, il y a généralement de la lumière. Usines, maisons, routes, magasins, presque toute activité économique humaine produit une forme d'éclairage visible depuis l'espace. Les scientifiques savent depuis des décennies que cette lueur peut servir à mesurer des phénomènes autrement très difficiles à quantifier. Par exemple, des chercheurs ont établi des corrélations entre la luminosité nocturne et le PIB. Cette observation a été formalisée par les économistes Henderson, Storeygard et Weil dans un article de référence publié en 2012 dans l'American Economic Review, démontrant que les données lumineuses satellitaires pouvaient permettre de mesurer indépendamment la croissance économique dans des pays où les statistiques officielles étaient peu fiables. Dans le cadre des conflits et de l'aide humanitaire, les applications sont encore plus directes. L'outil qui rend ces données particulièrement utiles est VIIRS, actuellement embarqué sur trois satellites : Suomi NPP, NOAA-20 et NOAA-21. Contrairement aux capteurs satellitaires précédents, VIIRS effectue des mesures précises de l'intensité lumineuse avec une résolution d'environ 750 mètres. Il peut distinguer un village d'une autoroute. Ses mesures restent nettes même dans les centres-villes très lumineux. Et il couvre l'ensemble du globe chaque nuit. Toutes ces données sont hébergées gratuitement sur Google Earth Engine , une plateforme de cloud computing pour l'analyse des données satellitaires.

2) Comment fonctionne l'outil Dark Light Viewer ?

Dark Light Viewer est basé sur Google Earth Engine mais élimine tout besoin de programmation. Vous l'ouvrez dans un navigateur, vous vous rendez sur la carte, vous choisissez une période de comparaison (de un mois à dix ans) et vous cliquez sur « Analyser ». L'outil se charge du reste. Vous obtenez ainsi une carte en écran partagé. À droite, l'image satellite nocturne de la période de départ choisie. À gauche, la vue satellite hybride de Google Maps. Un calque de changement de couleur met en évidence précisément les zones où la lumière a augmenté ou diminué, et de combien. Les couleurs chaudes indiquent une forte diminution de la luminosité (généralement entre 30 et 70 % de réduction). Les couleurs vertes/froides signalent les zones de croissance. Cliquez n'importe où sur la carte et l'outil génère un graphique montrant comment les niveaux de lumière à cet endroit précis ont évolué sur l'ensemble des données VIIRS, mensuellement, depuis 2012.

L'outil dispose également d'une bibliothèque de lieux préchargés permettant aux nouveaux utilisateurs d'explorer immédiatement des exemples avant d'effectuer leurs propres recherches où bon leur semble. C’est cette caractéristique qui distingue un déclin économique progressif d’un effondrement soudain, ou une fluctuation saisonnière d’une véritable crise. Le site propose cinq études de cas : 1) Gaza après octobre 2023, l'un des exemples les plus alarmants de l'évolution de la luminosité nocturne jamais documentés, 2) la ville de Sumy plongée dans l'obscurité dès le début de la guerre en Ukraine, 3) les serres regroupées de la province de Flevoland aux Pays-Bas, 4) la frontière Thaïlande/Myanmar après les combats au Myanmar, 5) la nouvelle capitale adminsitrative de l'Egypte.

Nouveau Caire : l'arrivée progressive de la lumière, quartier par quartier, année après année, avant même toute annonce officielle déclarant la ville achevée (source : Dark Light Viewer)


3) Interpréter les données avec objectivité : ce que l’outil peut et ne peut pas révéler

Les données satellitaires sur la luminosité nocturne sont précieuses, mais elles présentent des limites réelles que tout utilisateur se doit de comprendre.

Le problème le plus fréquent est la couverture nuageuse. Le capteur VIIRS ne peut pas voir à travers les nuages ; par conséquent, dans les régions constamment nuageuses, comme une grande partie des tropiques ou le nord de l’Europe en hiver, les composites satellitaires mensuels peuvent présenter des lacunes importantes. Comparer des images de deux saisons présentant une couverture nuageuse très différente peut donner des résultats trompeurs.

Les incendies et les torchères à gaz apparaissent comme des sources de lumière intense et peuvent être confondus avec l'éclairage urbain. Les régions où s'effectuent des brûlis agricoles, où se trouvent des plateformes pétrolières en mer ou en activité volcanique présentent des variations de luminosité sans lien avec les zones habitées ou les infrastructures.

Les régions polaires présentent un problème particulier : durant l’été, le soleil ne se couche pas complètement aux hautes latitudes, ce qui empêche le capteur de détecter la moindre lumière artificielle. L’outil émet une alerte pour les zones situées au-delà de 65 degrés de latitude.

Surtout, il est essentiel de contextualiser les variations en pourcentage. Une étude universitaire de 2025 a révélé que près d'un quart de la population mondiale vit dans des zones totalement dépourvues d'éclairage nocturne, ce qui rend cet outil intrinsèquement moins pertinent pour le suivi des communautés les plus pauvres et les plus rurales. Une réduction de 50 % de la luminosité nocturne n'a pas la même signification dans une ville européenne densément éclairée que dans une zone rurale faiblement éclairée.

Le Dark Light Viewer doit être considéré comme un outil parmi d'autres, et non comme une preuve définitive de l'état du terrain. Il est particulièrement efficace pour signaler un changement. Déterminer la cause exacte de ce changement exige des recherches complémentaires, des rapports et un jugement éclairé.

Pour compléter

« Les images satellites cartographient avec précision les conséquences de la violence » (interview de Benjamin Strick pour le site MO).

« Documenter la guerre israélo-gazaouie : réflexions et perspectives d'avenir » (Centre for Information Resilience).
La carte du conflit israélo-palestinien est une carte des incidents documentés par le CIR couvrant les territoires palestiniens occupés (la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est), Israël et le Liban depuis le 7 octobre 2023. Le CIR publie et met à jour régulièrement cette carte afin d'améliorer l'accès du public et sa compréhension des informations vérifiées relatives au conflit.

« Cartographie et visualisation des incidents de frappes aériennes au Soudan » (story map).
Le Centre de ressources sur les frappes aériennes au Soudan présente l'ampleur et l'impact des frappes aériennes menées par les Forces armées soudanaises (FAS) à travers le Soudan depuis le début du conflit armé qui les oppose aux Forces de soutien rapide (FSR) rivales en avril 2023, comme documenté par Sudan Witness. En décembre 2025, le projet Sudan Witness avait recensé 384 frappes aériennes des FAS à travers le Soudan, ayant entraîné au moins 1 719 morts et plus de 1 000 blessés parmi les civils.

Lien ajouté le 11 mars 2026

« Cruauté extraordinaire : des images révèlent une "stratégie de famine" à long terme au Soudan » (The Guardian)

Des chercheurs de l'Humanitarian Research Lab de Yale utilisent l’imagerie satellitaire pour montrer comment les Rapid Support Forces ont détruit des villages agricoles du Darfour afin d’affamer les populations durant la guerre au Soudan. Exemple à Ammar Jadid, au Darfour. Ce village agricole produisait mil et maïs pour nourrir la région et la ville d’El Fasher située à 30 km. Entre mars et juin 2024, la milice RSF a attaqué sept fois la zone et incendié maisons, champs et infrastructures agricoles. Les chercheurs de Yale identifient 41 villages agricoles attaqués dans le nord du Darfour durant cette période. L’objectif semble clair. Détruire les campagnes pour couper l’approvisionnement alimentaire d’El Fasher avant le siège de la ville. Les données satellitaires montrent une forte hausse des incendies agricoles. Les capteurs détectent une augmentation de 2040% des feux dans les zones étudiées. Un quart des villages ont subi plusieurs attaques et 68% ne montrent plus de signes de vie normale. Nathaniel Raymond, directeur du Humanitarian Research Lab, parle d’une stratégie délibérée. Les milices ont détruit ce qu’il appelle le « grenier à blé » d’El Fasher afin d’affamer la ville et affaiblir les populations civiles pendant le siège. Les juristes Tom Dannenbaum (Stanford) et Oona Hathaway (Yale) estiment que ces destructions constituent un crime de guerre. Les milices ont ciblé des biens essentiels à la survie. Bétail, greniers, infrastructures agricoles et villages entiers. Le siège d’El Fasher a duré environ 18 mois, d’avril 2024 à octobre 2025. Les RSF ont bloqué nourriture, eau et médicaments. Elles ont même construit une digue de terre d’environ 30 km pour empêcher les civils de quitter la ville. La crise alimentaire s’étend. À Kadugli, autre ville touchée par la guerre, les prix explosent. Entre 2023 et 2026, les prix du sorgho ont augmenté d’environ 1061% et ceux des oignons de 1340% selon les données du Programme alimentaire mondial. Les attaques agricoles se multiplient aussi dans l’État du Nil Bleu. Des agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs champs. Des récoltes restent abandonnées tandis que le prix de la farine a encore augmenté de 43% en janvier selon l’ONG Avaaz. Les analyses des images satellites documentent une stratégie militaire utilisant la faim comme arme. Les chercheurs estiment que ces preuves pourraient être utilisées par la justice internationale pour qualifier ces pratiques de crimes de guerre. 

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L'histoire par les cartes. Les archives numériques du royaume de Ryukyu


Les îles Ryūkyū constituent un ensemble d'îles japonaises de la mer de Chine orientale, situé entre les îles Satsunan au nord et Taïwan au sud. Comprenant l'île principale d'Okinawa, ces îles ont formé un royaume quasi indépendant pendant plus de quatre siècles de 1429 à 1879. L'Université de Tokyo met à disposition une visionneuse numérique en haute résolution, qui permet d'explorer les cartes du royaume de Ryūkyū avec une précision remarquable, jusqu'aux noms de lieux et aux détails cartographiques les plus imperceptibles.

Le Ryukyu Kuniezu se compose de trois grandes cartes dessinées à la main représentant le royaume de Ryukyu et ses archipels. Datant du XVIIe siècle, chaque carte mesure plusieurs mètres de large, ce qui les rend difficiles à exposer ou à étudier physiquement. Ces cartes présentent les îles Ryukyu comme un monde maritime unifié. De longs chapelets d'îles s'étendent entre le sud du Japon et Taïwan, avec Okinawa en son centre. La précision du rendu des côtes et l'espacement entre les îles permettent de saisir clairement comment la géographie a façonné la vie politique et économique. Sans même lire chaque légende, on perçoit la mise en valeur de certaines zones, l'aménagement des littoraux et la manière dont le royaume envisageait son territoire.

Carte du royaume de Ryukyu. Source : Institut historiographique de l'Université de Tokyo  (licence CC BY 4.0) 

Les cartes ont été numérisées en 2020 par l'Institut d'historiographie de l'Université de Tokyo et un site d'archives numériques mis en ligne en 2025. Le professeur Satoru Kuroshima, qui a dirigé le projet, explique que son équipe « s'est donné pour mission de réaliser des copies fidèles de documents historiques en se rendant sur les lieux où sont conservés les originaux. Ces dernières années, nous avons travaillé à la numérisation de ces documents et à la mise à disposition du public de leurs images. »

Le royaume de Ryukyu s'est constitué à la fin du Moyen Âge. En 1429, Okinawa fut unifiée sous un seul souverain, donnant naissance à un royaume centré sur Shuri. Dès lors, Ryukyu devint un État maritime commerçant reliant le Japon, la Chine, la Corée et l'Asie du Sud-Est. Grâce à ses liens tributaires avec la Chine des Ming et à un commerce maritime florissant, il prospéra pendant des siècles comme intermédiaire diplomatique et commercial.

Il est possible de superposer les trois cartes du royaume de Shoho Ryukyu sur une carte moderne. Un moteur de recherche permet de conduire des analyses détaillées à partir de thèmes (villages, ports, routes maritimes ou terrestres, rivières, points de passage...). Les trois cartes du royaume de Ryukyu de l'ère Shoho peuvent être exposées côte à côte avec les cartes du royaume de Ryukyu de l'ère Genroku (1702) et de l'ère Tenpo (1838), qui ont été produites dans un style presque identique :

Les données et métadonnées des cartes sont téléchargeables au format csv, json et xls. La liste des rendements rizicoles (kokudaka) est fournie pour chaque village, île et magiri (district administratif des Ryukyu) enregistrés sur la carte du pays Shoho Ryukyu. Une carte interactive permet d'accéder directement aux informations pour chaque élément de détail. Grâce à leur code manifest IIIF, il est possible de comparer ces cartes avec celles conservées par d'autres institutions et de les superposer à des cartes modernes. 

Les Shoho Kuni Ezu (Cartes nationales) sont des cartes de chaque province dont la production fut ordonnée à l'échelle nationale par le shogunat d'Edo en 1644. La Ryukyu Kuni Ezu (Carte nationale des îles Ryukyu) est une carte à grande échelle divisée en trois sections, représentant les îles du royaume de Ryukyu de l'époque, des îles Amami aux îles Yaeyama. On ignore où se trouve l'original remis au shogunat, mais une copie fidèle à l'échelle 1:1, réalisée par le domaine de Satsuma environ cinquante ans après sa production, est conservée parmi les documents de la famille Shimazu, un trésor national détenu par l'Institut historiographique de l'Université de Tokyo. Il s'agit de la plus ancienne carte à grande échelle des îles Ryukyu ; elle recèle une mine d'informations sur la topographie, la toponymie, les rendements rizicoles, les transports, etc. Sa grande valeur historique en fait une ressource de recherche précieuse dans divers domaines, dont l'histoire et la géographie.

Les noms officiels, les numéros de cote et les dimensions des trois cartes de pays Shoho Ryukyu sont les suivants :

Le shogunat d'Edo ordonna que les cartes nationales de l'époque du souverain Shoho (1621-1640) soient produites selon des normes uniformes, précisant le style jusque dans les moindres détails. Les trois cartes nationales Shoho des îles Ryukyu suivent également ce style. La carte est dressée à l'échelle de 6 sun 1 ri (environ 1:21 600). Les villages sont représentés par des ovales, et Shuri, le château du roi qui régnait sur le royaume de Ryukyu, par un grand rectangle. Les routes et les voies maritimes sont indiquées par des lignes vermillon, les distances étant clairement précisées. Des cercles noirs, symbolisant les bornes kilométriques, sont marqués tous les ri. Le kokudaka (rendement du riz) est indiqué pour chaque village et magiri (unité administrative du royaume de Ryukyu), et le kokudaka total de chaque île principale est inscrit dans un cadre carré (appelé tsumegami) en périphérie de la carte. Ce kokudaka est conforme à celui transmis par le shogun au clan Shimazu, seigneurs du domaine de Satsuma, et atteste formellement que le royaume de Ryukyu était également sous l'autorité du shogun.

Si la représentation des montagnes et des arbres à terre semble avoir été laissée à la discrétion de l'artiste, les zones côtières et les ports se distinguent par la précision de leur représentation topographique. Outre les informations relatives à la taille et aux caractéristiques des ports, les cartes comprennent également des représentations détaillées des vasières côtières et des récifs coralliens, influencées par les relations internationales de l'époque de la production du Shoho Kuni Ezu. À cette époque, le shogunat d'Edo était en train de rompre ses liens avec les puissances chrétiennes dans le cadre d'une politique d'isolement national. Les îles Ryukyu, géographiquement proches de l'Asie du Sud-Est et bastion du pouvoir chrétien, étaient constamment menacées par l'arrivée de navires étrangers, et le shogunat s'intéressait de près aux informations géographiques concernant les ports et les zones côtières.

Outre les cartes des îles Ryukyu, l'institut met également  à disposition une autre œuvre de grande envergure : le Wako Zukan, un rouleau illustré représentant des pirates japonais opérant le long des côtes de Chine et de Corée. Ce rouleau, qui s'étend sur plus de cinq mètres, date lui aussi du XVIIe siècle. Ensemble, les cartes et le rouleau illustrent comment des documents historiques de grande taille – autrefois difficiles à consulter – peuvent être désormais accessibles avec une simple connexion Internet. Les détails des scènes et des personnages peuvent être explorés à travers une story map

Scène de combat entre des soldats de la dynastie Ming et des pirates japonais appelés Wako, extraite du Wako Zukan, un rouleau illustré du XVIIe siècle en Chine. Source : Institut historiographique de l'Université de Tokyo  (licence CC BY 4.0)


Les pirates qui infestaient la mer de Chine étaient originaires des pays environnants. Les Japonais, les « wakô » dits aussi « kairagi » (Démons des mers déchaînées) s’étaient fait une réputation en la matière mais ils n’étaient pas les seuls à écumer les parages. Les Chinois et les Coréens leurs emboîteront le pas. Au plus beaux jours de la piraterie, le pays d’origine sera sans réelle importance et les groupes ainsi formés seront souvent un agrégat de nationalités uni dans la même quête de butin. La nécessité de pouvoir se défendre contre les pirates de le mer de Chine et des îles Ryukyu serait l'une des origines du karaté okinawaien.

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