Un niveau de la mer plus élevé que ce qui est pris en compte dans les évaluations des risques côtiers


Source :  Katharina Seeger & Philip SJ Minderhoud (2026). « Sea level much higher than assumed in most coastal hazard assessments » [Le niveau de la mer est bien plus élevé que ce que prennent en compte la plupart des évaluations des risques côtiers]. Nature (2026), https://www.nature.com/articles/s41586-026-10196-1

Les impacts de l'élévation du niveau de la mer et autres aléas sur les côtes du monde sont déterminés par la hauteur du niveau de la mer et l'altitude du littoral. L'intégration correcte de ces deux aspects est fondamentale pour des évaluations fiables de l'impact de l'élévation du niveau de la mer et des aléas côtiers, mais elle est souvent négligée ou mal réalisée. Les auteurs montrent que plus de 99 % des évaluations d'impact analysées ont traité les données relatives au niveau de la mer et à l'altitude du littoral de manière inadéquate, ce qui conduit à une estimation erronée du niveau de la mer par rapport à l'altitude du littoral. D'après leur analyse de la littérature, 90 % des évaluations des aléas supposent des niveaux de la mer côtiers basés sur des modèles de géoïde, plutôt que sur des mesures réelles. Leurs méta-analyses à l'échelle mondiale montrent que le niveau de la mer côtier mesuré est supérieur à celui supposé dans la plupart des évaluations des aléas (écarts moyens [écart-type] de 0,27 m [0,76 m] et 0,24 m [0,52 m] pour deux géoïdes couramment utilisés). À l'échelle régionale, et principalement dans les pays du Sud, le niveau moyen de la mer mesuré peut dépasser le géoïde global d'un mètre, les écarts les plus importants étant observés dans la région indo-pacifique. Comparées aux hypothèses de niveau marin côtier basées sur le géoïde, les valeurs mesurées suggèrent qu'une élévation relative du niveau de la mer de 1 mètre entraînerait la submersion de 31 à 37 % de terres supplémentaires et de 48 à 68 % de personnes supplémentaires (soit une estimation de 77 à 132 millions de personnes). Ces résultats soulignent la nécessité de réévaluer les études d'impact côtier existantes et d'améliorer les normes de la communauté scientifique, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les décideurs politiques, le financement climatique et l'adaptation côtière.

Différence entre la hauteur du niveau de la mer côtière et les géoïdes les plus utilisés à travers le monde (source : Seeeger et al., 2026)


Ces nouvelles découvertes ne remettent pas en cause les conclusions générales des études concernant le rythme de la montée du niveau de la mer ou les dommages qu'elle pourrait engendrer. Le niveau des mers côtières s'élève effectivement sous l'effet du réchauffement climatique. Ces nouvelles découvertes révèlent simplement que les scientifiques ont souvent utilisé un point de départ erroné pour calculer l'étendue des zones et des populations qui pourraient être affectées à l'avenir. Il est difficile d'imaginer qu'à l'ère du GPS et de l'imagerie satellitaire, on puisse se méfier des cartes. Pourtant, cette nouvelle étude met en lumière un problème majeur dans la méthode souvent employée par les chercheurs pour comprendre les littoraux et leur évolution face au réchauffement climatique. Robert Kopp, climatologue et spécialiste du niveau de la mer à l'université Rutgers, qui n'a pas participé à l'étude, a déclaré que ces travaux abordent un problème technique qui aura bien plus d'importance pour les scientifiques que pour les décideurs locaux. « En général, les personnes exposées aux inondations dues aux grandes marées savent où se situe l'océan », a expliqué le Dr Kopp. Les scientifiques affirment depuis longtemps que la montée du niveau de la mer affectera de nombreuses personnes, et cette nouvelle étude ne change rien à cela, a-t-il ajouté. Toutefois, d'un point de vue global, les résultats indiquent que des centaines de millions de personnes supplémentaires — notamment au Vietnam, aux Philippines, en Indonésie, aux Maldives et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est et du Pacifique — vivent plus près du niveau de la mer que ne le supposaient généralement les experts et les décideurs politiques occidentaux.

Les MNT, les données MDT et les données démographiques originales utilisées dans cette étude sont disponibles dans leurs dépôts en ligne respectifs :

Les MNT globaux traités, convertis en niveaux de surface moyens locaux (MSL) à l'aide des données MDT et utilisés pour les méta-analyses de cette étude, sont disponibles pour réutilisation et accessibles sur Zenodo

Lien ajouté le 19 avril 2026

« "Nous ne pouvons plus attendre"  : Venise envisage déjà un plan B contre les inondations, cinq ans après la mise en service des digues » (The Guardian).

Catherine Bennett rapporte qu'à Venise ingénieurs et scientifiques, dont Andrea Rinaldo (Autorité de la lagune) s'activent face à la montée des eaux. Le système Mose montre ses limites, révélant la nécessité d’anticiper de nvelles solutions.  Mis en service en 2020, le Mose protège Venise grâce à des digues mobiles installées aux trois passes lagunaires. En cinq ans, il a été activé 154 fois, empêchant des inondations majeures liées aux acque alte qui submergeaient régulièrement la ville. Mais l’élévation du niveau marin accélère. Les projections évoquent +1 mètre d’ici 2100. À ce rythme, les digues devraient être fermées jusqu’à 200 fois par an, soit presque en continu, ce qui transformerait profondément le fonctionnement de la lagune. La fermeture répétée perturbe les échanges naturels entre mer Adriatique et lagune. L’eau circule moins, les algues prolifèrent, puis se décomposent en consommant l’oxygène, ce qui fragilise poissons et écosystèmes. La lagune perd son équilibre dynamique. Le coût économique est élevé. Chaque activation dépasse 200 000 €, et interrompt le trafic maritime vers le port de Marghera. Lors du carnaval 2026, 26 fermetures en 3 semaines ont coûté plus de 5 millions €, illustrant une gestion coûteuse du risque. Le système repose sur des prévisions incertaines. Les décisions sont prises 3 h avant la marée avec une marge d’erreur de 10 cm. Cette incertitude technique renforce la difficulté d’adapter en continu la protection face à des conditions climatiques instables. Face à ces limites, les scientifiques envisagent un "plan B". Ils proposent de repenser la ville, en mobilisant experts internationaux et disciplines variées. L’objectif est d’imaginer des solutions combinant ingénierie, économie et organisation territoriale. Venise apparaît comme un laboratoire mondial face au changement climatique. La gestion de l’eau, des risques & des activités économiques y redéfinit les relations entre ville et milieu. L’avenir dépendra d’une adaptation rapide et collective. 

Lien ajouté le 13 mai 2026

« Point de non-retour : la relocalisation de la Nouvelle-Orléans doit commencer dès maintenant en raison de la montée des eaux. Le haut lieu culturel de la Louisiane pourrait être encerclé par le golfe du Mexique avant la fin du siècle » (The Guardian).

Une étude publiée dans Nature Sustainability explique que La Nouvelle-Orléans aurait atteint un "point de non-retour". Entre montée des eaux, érosion côtière et affaissement du sol, la ville pourrait être encerclée par le golfe du Mexique avant 2100. Les chercheurs décrivent le sud de la Louisiane comme "la zone côtière physiquement la plus vulnérable du monde". Selon leurs projections, le niveau marin pourrait monter de 3 à 7 mètres, faisant avancer le littoral d’environ 100 kilomètres vers l’intérieur. Cette transformation n’est pas seulement liée aux océans. Depuis les années 1930, la Louisiane a perdu environ 5.200 km² de terres humides, soit l’équivalent du Delaware, et 7.700 km² supplémentaires pourraient disparaître dans les cinquante prochaines années. Le rythme de l’érosion est spectaculaire. D’après l’étude, une surface équivalente à un terrain de football disparaît toutes les 100 minutes. Les marais qui protégeaient autrefois les côtes contre les tempêtes et les ouragans s’effacent progressivement. Jesse Keenan, spécialiste de l’adaptation climatique à Tulane University, estime que les digues renforcées après Katrina ne suffiront plus. Il appelle désormais à organiser des déplacements de population, en commençant par les habitants les plus exposés hors des levées. Le cas de La Nouvelle-Orléans montre qu’un littoral urbanisé peut devenir inhabitable lorsque montée des eaux, subsidence et destruction des zones humides se combinent durablement. L’adaptation ne consiste plus seulement à protéger, mais parfois à partir.

Lien ajouté le 24 mai 2026

Huayi Zheng et al., « Improved closure of the global mean sea level budget from observational advances since 1960 » [Amélioration de la détermination du bilan global du niveau moyen de la mer grâce aux progrès observationnels depuis 1960]. Science Advances, 12  (2026). https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aea0652

Des chercheurs chinois ont analysé l'augmentation du niveau moyen mondial de la mer. Les mesures de l'augmentation correspondent presque à la somme des causes connues, chaleur océanique, glaciers, Groenland, Antarctique et eaux continentales. La hausse devient lisible. De 1960 à 2023, marégraphes, satellites, flotteurs Argo et données GRACE composent une lecture plus précise de l’océan. Le niveau moyen mondial monte de 2,06 mm/an depuis 1960, puis de 3,41 mm/an depuis 1993, quand l’altimétrie satellite change l’échelle d’observation. Depuis 2005, la hausse atteint 3,94 mm/an. L’accélération devient nette et mesurable. L’écart entre le niveau observé et les causes additionnées reste inférieur à 0,18 mm/an sur toutes les périodes étudiées, signe que le suivi physique de la mer se resserre fortement. Le premier moteur reste la dilatation thermique de l’océan. Depuis 1960, elle explique 43% de la hausse du niveau moyen mondial de la mer. Qd l’eau se réchauffe, elle prend plus de volume. La montée marine devient ainsi une trace visible de la chaleur stockée dans le système climatique planétaire. Les glaces pèsent aussi lourd dans la montée des mers. Depuis 1960, les glaciers expliquent 27% de la hausse, le Groenland 15% et l’Antarctique 12%. Les hautes montagnes et les calottes polaires agissent donc jusque sur les littoraux, par l’eau qu’elles ajoutent à l’océan. L’accélération depuis 1960 vient surtout de l’océan qui se réchauffe, avec 41% du total. Les eaux continentales comptent pour 21%, le Groenland 16%, l’Antarctique 13% et les glaciers 9%. La mer monte plus vite parce que plusieurs dynamiques s’additionnent dans le temps. Les progrès de mesure comptent autant que les chiffres. Corriger les biais des instruments, les mouvements verticaux des terres, la déformation du plancher océanique ou les dérives de capteurs réduit les écarts. Observer mieux transforme le diagnostic géographique. Cette étude de l'augmentation du niveau moyen mondial de la mer renforce la confiance dans les projections et l’adaptation littorale. Les grandes causes sont identifiées, même si les eaux continentales et les différences régionales restent à préciser pour les côtes. 

Lien ajouté le 25 mai 2026

« De la Martinique à l’Île-Tudy, face à la montée des eaux, "il faut travailler collectivement à des solutions" » (Le Télégramme).

Guirec Flécher interroge Yoann Pélis, géographe et ingénieur d’études aux Antilles. De la Martinique à Île-Tudy, les littoraux changent sous l’effet de mers plus hautes et de tempêtes plus violentes. Les risques ne sont pas lointains. Yoann Pélis souligne une dynamique commune entre Bretagne et Antilles malgré des milieux différents. Les tempêtes, les cyclones et la hausse du niveau marin élargissent les zones de submersion. Les populations, les routes et les réseaux littoraux deviennent plus exposés. En Martinique, l’insularité rend les reculs très visibles. Au Prêcheur, la commune a perdu 6% de sa surface en 50 ans, et 150 familles sont directement exposées. Certaines n’apparaissent pas encore dans les cartes de risque, d’où l’urgence de mieux planifier. Les digues et enrochements peuvent protéger contre des phénomènes courants, mais pas toujours contre des cyclones futurs plus puissants. Yoann Pélis appelle à combiner géotechnique, sécurité des biens, solutions fondées sur la nature et frein à l’hyperbétonisation. La #Martinique pourrait perdre 9% à 13% de sa surface d’ici 2100, avec un impact sur un cinquième de la population. Le repli devient une question spatiale sensible. Où reloger les habitants dans une île déjà contrainte, protégée et fortement attachée à ses terres ? Yoann Pélis défend une culture de résilience partagée. Les expériences bretonnes peuvent nourrir les Antilles, et inversement. Face à la mer qui monte, il faut cartographier, comparer et inventer ensemble des solutions habitables.