Cet atlas est d’abord un atlas social, son ambition est de rendre compte de la dimension spatiale des hiérarchies et inégalités sociales qui structurent la France contemporaine. Ce projet est né d’une insatisfaction collective face aux visions simplificatrices et caricaturales qui structurent trop souvent le débat public national en matière de géographie : France "périphérique", "des métropoles", des "sous-préfectures", "des pavillons", "des ruralités", "des tours", etc. L'ambition est donc également politique, au sens où il s’agit de contribuer à ce débat public en y apportant notre expertise académique disciplinaire.
1) Un atlas de plus ?
Les angles d’analyse des planches qui composent cet atlas sont pensés au prisme d’une géographie des inégalités et des rapports sociaux de domination : clivages d’âges et de générations, rapports sociaux de genre, inégalités de scolarisation et de formation, enjeux migratoires et postcoloniaux, division et ségrégation socioprofessionnelles, polarisation des comportements électoraux, crise de l’accès au service public de santé, inégalités environnementales et écologiques articulées avec les hiérarchies sociales, etc. Ces planches s’appuient essentiellement sur des données quantitatives issues de grandes enquêtes de la statistique publique (recensement de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, chiffres de la Direction Générale des Impôts sur les revenus, indicateurs de précarité de la Caisse d’Allocation Familiale…), mais aussi et de manière plus ponctuelle et complémentaire sur des approches qualitatives. Parce que la capacité à articuler les niveaux et échelles est fondamentale en géographie, les analyses proposent à la fois des éléments de cadrage national qui reposent sur des données récentes – tout en prenant de la profondeur historique si nécessaire – et des décrochages sur des cas locaux ou régionaux au gré des enjeux thématiques.
2) La question de la maille de mesure et de représentation comme enjeu majeur
Trop souvent, y compris chez les géographes, le travail s'effectue de manière cloisonnée entre les spécialistes des dynamiques urbaines et ceux des mondes ruraux. Les auteurs ont donc cherché à dépasser ce cloisonnement en cartographiant les indicateurs sociaux dans l’ensemble de l’espace français afin de ne pas isoler les espaces urbains (souvent saisis dans des périmètres préétablis comme ceux de la ville-centre, des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale ou des aires d’attraction des villes telles que définies par l’INSEE) vis-à-vis des espaces ruraux, tout en conservant la possibilité d’observer les dynamiques intra-urbaines dans un maillage très fin car c’est au cœur des villes que les inégalités sont les plus fortes. C’est pourquoi, dès que les données le permettent, les auteurs ont travaillé avec une maille d’observation originale et inédite qui permet de dresser une géographie de la France dans un peu plus de 20 000 unités spatiales, depuis le 8ème arrondissement parisien jusqu’à Saint-Denis… de la Réunion parce que la France dite « d’Outre-Mer » est trop souvent oubliée des cartes et des discours.
3) Un collectif, pour informer le débat public et ouvrir la production scientifique
Le collectif éditorial implique des chercheurs et des ingénieurs couvrant différents champs thématiques, expertises techniques et orientations méthodologiques au croisement de la géographie sociale et de la géographie quantitative. Ce collectif fait ainsi dialoguer plusieurs courants de la discipline, chacun ayant historiquement développé des atlas. C’est le cas de la géographie sociale telle qu’elle s’est structurée à partir des années 1980 autour d’une analyse des «questions sociales», restituant les recherches en produisant des atlas locaux (sur des cas urbains à l’image de l’Atlas social de Nantes qui a nourri ce projet, comme sur des mondes ruraux), régionaux ou nationaux. C’est aussi le cas de la géographie dite « théorique et quantitative », avec la somme majeure que constitue l’Atlas de France produit par le groupe « Reclus » dans la seconde moitié des années 1990. Enfin et en 2025, un autre collectif réunissant des démographes et des géographes a fait paraître un Atlas de la population française, également animé par la volonté d’éclairer scientifiquement le débat public autour des enjeux démographiques.
Le collectif Atlas social de la France est coordonné par Renaud Le Goix, Antonine Ribardière et Jean Rivière. Il est composé à la fois de chercheur.es et enseignant.es-chercheur.es (Julie Fromentin, Boris Mericskay, François Madoré, Juliette Morel, Matthieu Noucher et Pierre Pistre) et d’ingénieur.es spécialisé.es dans la représentation et la géo-visualisation de l’information géographique ainsi que dans les humanités numériques (Antoine Beroud, Simon Charrier, Timothée Giraud, Nicolas Lambert, Stéphane Loret et Aliette Roux). Au sein du projet construit collectivement, les rôles et expertises spécifiques de chacun.e sont précisés dans leurs notices individuelles.
Planches disponibles
- François Madoré et Jean Rivière, 2025 : « Une impressionnante segmentation démographique »
- Renaud Le Goix, Antoine Beroud, Boris Mericskay et Nicolas Lambert, 2025 : « L’impossible équation du logement « abordable » »
- Étienne Walker, 2025 : « La mobilisation mouvante des Gilets Jaunes : des blocages en périphérie aux manifestations centrales »
- Julie Fromentin et Pierre Pistre, 2026 : « Quand l’entre-soi commence par le fait de vivre en couple sous le même toit »
- Jean Rivière et Aliette Roux, 2026 : « Une typologie des divisions socioprofessionnelles de l’espace »,
- Antoine Beroud et Antonine Ribardière, 2026 : « Vivre ensemble ou vivre entre-soi : revenus des ménages et voisinages résidentiels »
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