Des chercheurs de l’Université Aalto analysent la répartition mondiale des populations côtières exposées aux risques liés à l’eau. Leur étude cartographie submersions, inondations et stress hydrique à l’échelle globale. Les auteurs montrent que la concentration humaine sur les littoraux s’accroît plus vite que la moyenne mondiale. Près de 40% de la population vit à moins de 100 km des côtes, souvent dans des deltas et plaines basses très exposés aux aléas hydrologiques. L’étude combine données démographiques fines, élévation du niveau marin, inondations fluviales et pénurie d’eau douce. Cette approche intégrée révèle des zones cumulant plusieurs risques, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est, mais aussi en Afrique de l’Ouest. Les auteurs soulignent que l’élévation du niveau de la mer, estimée à environ 3 à 4 mm par an à l’échelle globale, amplifie l’exposition des grandes villes côtières, en particulier là où l’urbanisation rapide dépasse les capacités d’adaptation. Les deltas densément peuplés comme ceux du Gange-Brahmapoutre, du Nil ou du Mékong concentrent des dizaines de millions d’habitants. Ces espaces cumulent subsidence, salinisation des sols et crues plus fréquentes liées au changement climatique. L’étude insiste sur les inégalités socio-spatiales face aux risques. Les pays à faibles revenus regroupent une part disproportionnée des populations exposées, avec des infrastructures hydrauliques et de protection souvent insuffisantes ou inégalement réparties. Les auteurs plaident pour une meilleure anticipation territoriale. La cartographie des risques hydriques côtiers doit guider l’aménagement, la protection des écosystèmes littoraux et les politiques de relocalisation ou d’adaptation des populations. Les risques liés à l’eau sur les côtes ne sont pas seulement climatiques mais profondément géographiques, car ils résultent de l’interaction entre dynamiques naturelles, densités humaines et choix d’urbanisation.
Résumé graphique des facteurs de risques, exposition et vulnérabilité des zones côtières (source : Varis et al., 2026)
Pour compléter
Ohenhen, LO, Shirzaei, M., Davis, JL et al. (2026). « Global subsidence of river deltas » [Affaissement global des deltas fluviaux]. Nature. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09928-6
Des chercheurs publient une analyse globale de l’enfoncement des deltas fluviaux. À partir d’images radar satellitaires, ils montrent que la subsidence constitue aujourd’hui une menace majeure pour la durabilité des deltas habités. Les deltas ne couvrent qu’environ 1% des terres émergées mais accueillent 350 à 500 millions d’habitants et de grandes métropoles. Très bas, souvent à moins de 2 m au-dessus du niveau marin, ils concentrent populations, infrastructures, agriculture et écosystèmes stratégiques. L’étude analyse 40 deltas sur cinq continents grâce au radar Sentinel-1 entre 2014 et 2023. Tous les deltas s’enfoncent en moyenne. Plus de la moitié présentent des taux supérieurs à 3 mm par an, et 13 dépassent la hausse actuelle du niveau marin. Environ 460 000 km² de surfaces deltaïques sont concernés par la subsidence. Dans près de deux tiers des deltas étudiés, plus de 50% des surfaces s’enfoncent. Les régions les plus touchées sont l’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, très densément peuplées. Les causes sont majoritairement humaines. L’extraction d’eaux souterraines apparaît comme le facteur dominant dans de nombreux deltas. S’y ajoutent la réduction des apports sédimentaires par les barrages et l’urbanisation rapide qui alourdit et artificialise les sols. Ils montrent un fort contraste d’adaptation. Les deltas riches disposent de capacités de gestion mais restent vulnérables. Les deltas des pays à revenu faible ou intermédiaire cumulent subsidence rapide et faible préparation institutionnelle, exposant des centaines de millions de personnes. La subsidence est un risque immédiat, local et potentiellement réversible. Contrairement au climat global, elle peut être freinée par des politiques ciblées. Gérer les deltas exige donc de traiter l’enfoncement du sol au même titre que la montée des mers.
Anna Guillem et Didier Vye, « Questionner la pérennité du désir de rivage dans le contexte des changements globaux », Bulletin de l’association de géographes français, 102-2 | 2025, http://journals.openedition.org/bagf/14262
Anna Guillem et Didier Vye (géographes à l'Université de la Rochelle) analysent la pérennité du désir de rivage en France. L’attractivité littorale, historiquement motrice, devient une source de tensions ds un contexte de changements globaux. Le littoral n’est pas attractif par nature. Les auteurs montrent que l’attractivité est une construction sociale et politique, fondée sur des aménagements, des discours et des imaginaires. Elle combine flux mesurables, représentations symboliques et stratégies publiques d’aménagement. Les changements globaux sont abordés de manière systémique. Ils ne se limitent pas au climat. Mondialisation, métropolisation, vieillissement démographique et révolution numérique interagissent avec les risques environnementaux et accentuent les inégalités territoriales sur les côtes. Les littoraux français concentrent des mobilités récréatives variées. Tourisme, résidences secondaires et migrations d’agrément s’additionnent. Cette pression génère une « lutte des places » entre habitants permanents, touristes et nouveaux arrivants plus aisés. Le cas de la Charente-Maritime illustre ces dynamiques. Entre 2015 et 2021, le département figure parmi les cinq plus attractifs de France, avec une croissance proche de 1% par an, portée quasi exclusivement par le solde migratoire. Cette attractivité est socialement sélective. La part des nouveaux arrivants issus des grandes métropoles, notamment du Grand Paris, progresse fortement. Ces ménages ont des revenus plus élevés, renforçant les inégalités d’accès au logement littoral. Les locations de courte durée amplifient la tension. Entre 2016 et 2022, les nuitées et taux d’occupation augmentent sur l’ensemble du littoral atlantique. L’effet Airbnb se diffuse des villes vers les îles et stations balnéaires. Face à ces pressions, l’action publique évolue. Une loi votée fin 2024 renforce la régulation des meublés touristiques. Elle vise à limiter l’éviction des résidents permanents et à rééquilibrer le marché du logement. La fiscalité des résidences secondaires devient un levier central. En 2024, près de 40% des communes éligibles ont instauré une surtaxe, parfois jusqu’à 60%. Son usage reste très contrasté selon les contextes politiques locaux. Le paradigme de l’attractivité littorale résiste malgré la polycrise. Les risques, les tensions sociales et climatiques n’éteignent pas le désir de rivage entretenu par des coalitions d’acteurs et des logiques de rente territoriale.
Xénia Philippenko, « Gestion des risques côtiers et adaptation au changement climatique à Saint-Pierre-et-Miquelon », Bulletin de l’association de géographes français, 102-2 | 2025, http://journals.openedition.org/bagf/14339
Saint-Pierre-et-Miquelon, Outre-mer français subarctique de l’Atlantique Nord, est particulièrement vulnérable aux risques littoraux. À un isolement géographique, une complexité institutionnelle et une exposition des infrastructures côtières, s’ajoutent désormais les impacts du changement climatique. Les risques littoraux sont exacerbés par la disparition progressive du « pied de glace » hivernal, l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes. Sur la base d’un travail doctoral (2018-2023) associant méthodes quantitatives et qualitatives, nous présentons le contexte de gestion des risques à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il se structure autour d’un dispositif calqué sur celui de la métropole, auquel s’ajoute désormais une démarche de relocalisation en cours du village de Miquelon, constituant un cas emblématique d’adaptation territoriale. Initié dans un contexte de prise de conscience progressive des risques, ce processus mobilise une pluralité d’acteurs et s’inscrit dans une logique de planification concertée qui met en lumière les tensions entre acceptabilité sociale, faisabilité technique, contraintes financières et dynamiques politiques.
« Spain rethinks how to turn tide against beach erosion » [L'Espagne repense sa stratégie pour lutter contre l'érosion côtière] (Phys.org).
Les littoraux espagnols, notamment en Catalogne, subissent une érosion accélérée liée aux tempêtes et au changement climatique. Cette dynamique menace plages, infrastructures et économie touristique, pilier majeur du pays. À Montgat, près de Barcelone, la plage a presque disparu. Le sable, autrefois étendu sur 500 à 700 m, ne dépasse plus 20 m aujourd’hui. Les vagues hivernales exposent rochers et habitats, révélant une transformation rapide du trait de côte. Cette érosion est amplifiée par l’urbanisation. Promenades et immeubles bloquent la mobilité naturelle du sable. Une voie ferrée historique longeant la côte se rapproche dangereusement de la mer, illustrant la vulnérabilité des infrastructures littorales. Selon Carla Garcia Lozano, géographe à l’université de Gérone, les solutions classiques échouent. Le rechargement en sable est coûteux et inefficace. Greenpeace estime que certaines plages pourraient disparaître d’ici 10 ans si rien ne change. Des solutions fondées sur la nature émergent. À Calafell, suppression de 800 m² de promenade, restauration de dunes et suivi par drones. Résultat. 1000 m³ de sable gagnés sur 4500 m², soit jusqu’à 1,5 m d’épaisseur localement. Mais les arbitrages restent complexes. Le tourisme représente plus de 12% du PIB et 2,7 millions d’emplois, avec près de 100 millions de visiteurs annuels. Entre renaturation et maintien des aménagements, les littoraux deviennent des espaces de tensions.
« Les politiques climatiques dans les territoires. Mieux mobiliser le potentiel des collectivités » (rapport du Haut Conseil pour le Climat, avril 2026)
Risques côtiers : le Haut Conseil pour le Climat (HCC) recommande la mise en place d'un "dispositif d’indemnisation des pertes et dommages résultant d’un recul du trait de côte sableux, assorti de plafonds stricts et bas pour cibler le dispositif vers les acteurs défavorisés". Ce système "permettrait à l’État et aux collectivités de prévenir les conflits et contentieux résultant de la perte de bâtiments après des tempêtes ou du fait de l’élévation du niveau de la mer". Pour appuyer son propos, le Haut Conseil s'appuie sur les exemples du Signal, de Quiberville, de Treffiagat et de la Communauté de communes du Pays bigouden sud, de Caen la mer (p. 61 et 62). Le Haut-Conseil regrette également que "malgré l’augmentation très significative des connaissances scientifiques sur les risques climatiques littoraux, ces connaissances sont insuffisamment prises en compte dans les politiques régionales de prévention des risques et d’aménagement du littoral français" (p. 120).
« L’affaissement des terres accroît le risque d’inondations côtières sur l’île de Java, densément peuplée » (Phys.org).
Une nouvelle étude publiée dans Science Advances révèle que l'affaissement des terres — et pas seulement la montée des océans — sera la principale cause des futures inondations côtières le long de l'île de Java, densément peuplée d'Indonésie, mettant ainsi des millions de personnes en danger plus tôt que prévu. Des chercheurs en géosciences ont analysé l’affaissement des sols à Java et son rôle ds la montée relative du niveau marin. Ce processus local devient déterminant, bien + que la seule hausse globale des océans observée à l’échelle mondiale. Java rassemble environ 150 millions d’habitants, soit près de 2% de la population mondiale, concentrés sur des littoraux bas et urbanisés. Cette densité renforce l’exposition aux aléas côtiers, où se combinent montée des eaux et affaissement des terres. Les données satellitaires révèlent des vitesses d’affaissement de 1 à 15 cm/an dans plusieurs villes comme Jakarta ou Semarang. À titre de comparaison, la montée de la mer reste limitée à 5 à 6 mm/an, ce qui montre que le phénomène terrestre domine largement. Sur plus de 1.500 km de littoral nord, plus de 25% des zones côtières s’enfoncent à plus de 1 cm/an. Ces espaces, souvent situés à quelques décimètres au-dessus du niveau marin, deviennent particulièrement vulnérables aux submersions et aux inondations récurrentes. L’étude identifie plusieurs mécanismes complémentaires. Pompage intensif des nappes dans les villes, irrigation agricole saisonnière, compaction des sédiments deltaïques ou activités industrielles. Chaque territoire combine ces facteurs selon ses usages et son organisation spatiale. L’affaissement contribue aujourd’hui à 25 à 91% de la montée relative du niveau marin sur 77% du littoral. Ce résultat renverse l’analyse classique. Les risques côtiers ne sont pas seulement climatiques mais largement produits par les dynamiques locales d’exploitation des ressources. D’ici 2050, la montée relative pourrait atteindre 0,5 à 1,7 m selon les scénarios. Cette évolution fragilise routes, réseaux et bâtiments, tout en transformant des inondations ponctuelles en submersions chroniques, comme le « banjir rob » observé à Semarang. Ainsi la vulnérabilité côtière dépend désormais autant des pratiques locales que du changement climatique global. Adapter ces territoires suppose donc de réguler les usages de l’eau et de repenser l’aménagement littoral.
« Urbanização costeira ameaça diversidade marinha e coloca em risco resiliência climática das cidades » [L’urbanisation côtière menace la biodiversité marine et compromet la résilience climatique des villes] (The Conversation).
Des chercheurs de l'Universidade Federal do Paraná (UFPR) analysent l’urbanisation côtière et ses effets sur les socio-écosystèmes marins. L’expansion rapide des villes littorales fragilise la biodiversité et réduit la résilience climatique des territoires urbains. La pression démographique est centrale. La population mondiale atteint 8,2 milliards et pourrait atteindre 11 milliards. Cette croissance se concentre sur les littoraux, surtout dans les pays du Sud, où l’urbanisation côtière progresse rapidement. Cette dynamique s’accompagne d’une artificialisation massive. En 2018, plus de 32.000km² de fonds marins étaient couverts par des structures artificielles. Ce chiffre pourrait croître de 50 à 70% dans les prochaines décennies sous l’effet des besoins économiques. Au Brésil, environ 50 millions d’habitants vivent sur le littoral, soit un quart de la population sur seulement 5% du territoire. Cette concentration accélère le « durcissement » des côtes, avec 245km d’infrastructures artificielles à São Paulo. Cette urbanisation détruit les habitats naturels. Mangroves, dunes et récifs sont remplacés par des structures homogènes, entraînant une baisse de la biodiversité et une rupture des continuités écologiques nécessaires aux cycles de vie des espèces. Les infrastructures favorisent aussi les espèces invasives. Une étude recense 71 espèces exotiques associées aux structures marines au Brésil, dont 30 invasives. Ports et marinas deviennent des portes d’entrée et des corridors de diffusion. Ces transformations affaiblissent la résilience climatique. Les écosystèmes naturels amortissent les tempêtes et protègent les côtes. Leur disparition accroît les risques d’érosion, de submersion et dégrade les ressources halieutiques et touristiques. Des solutions existent comme les approches fondées sur la nature. Restauration des mangroves ou l’éco-ingénierie, permettent de concilier urbanisation et biodiversité. Elles renforcent la protection des villes face aux changements climatiques.
« Vers une écologie politique urbaine de la récupération des terres côtières » (Géo).
Le géographe allemand Jonas Hein (IDOS) propose une lecture originale de l’urbanisation littorale. Il montre que l’expansion des villes repose sur la fabrication de terres par remblaiement, révélant des rapports de pouvoir entre acteurs, techniques et milieux. Depuis des siècles, deltas, estuaires et littoraux sont transformés pour étendre les villes et protéger les côtes. Mais depuis 1950, l’ampleur change d’échelle. À Manille, 1700 ha sont créés en 2 ans avec 130 millions m³ de sédiments, signe d’une accélération spectaculaire. L’urbanisation repose sur un "métabolisme" qui mobilise sable, énergie, capitaux et infrastructures. Ces flux relient les zones d’extraction aux villes. L’espace urbain dépend ainsi de territoires éloignés, transformant mers, fleuves et littoraux à l’échelle planétaire. Cette production de terre modifie profondément les milieux. Mangroves, marais et fonds marins sont détruits ou transformés. La biodiversité recule et les équilibres côtiers sont perturbés, tandis que les activités traditionnelles comme la pêche deviennent plus difficiles à maintenir. Ces projets produisent des inégalités socio-spatiales marquées. Les promoteurs, investisseurs et classes aisées bénéficient de nouveaux espaces valorisés. À l’inverse, pêcheurs et habitants côtiers perdent leurs ressources et leurs territoires, souvent sans compensation durable. À Jakarta, ces dynamiques sont particulièrement visibles. Des quartiers entiers et des îles artificielles remplacent mangroves et zones agricoles. Certains projets atteignent plusieurs milliers d’hectares, redessinant les frontières entre terre, eau et urbanisation. La création de terres transforme aussi les régimes de propriété. Des espaces marins ou publics deviennent des propriétés privées. Les pêcheurs perdent l’accès aux ressources, tandis que les promoteurs obtiennent des droits fonciers sur des terres artificielles nouvellement créées. L’analyse conduit à l'idée que la terre urbanisée n’est pas donnée, elle est produite. Comprendre cette fabrication permet d’expliquer les recompositions des littoraux, entre artificialisation accélérée, conflits d’usage et redistribution inégale des ressources.
« Des dizaines de maisons en Caroline du Nord ont été englouties par la mer. Certaines maisons encore debout sont actuellement déplacées sur roues. » (The Guardian).
Oliver Milman et Thalia Juarez documentent Hatteras Island, en Caroline du Nord. Leur reportage montre comment l’érosion transforme les Outer Banks en laboratoire du recul côtier et de l’habiter menacé. Depuis septembre, 19 maisons ont été emportées par l’Atlantique sur Hatteras Island. Depuis 2020, 31 habitations ont disparu. Sur ces îles-barrières sableuses, parfois larges de moins de 1,6km, la mer avance au contact direct des quartiers. Le déménagement devient une stratégie d’adaptation très concrète. Barry Crum, habitant de Hatteras, soulève des maisons entières sur roues pour les reculer de plusieurs centaines de mètres. Certains chantiers coûtent jusqu’à 300.000$. Laura Moore, spécialiste du changement côtier à l’Université de Caroline du Nord, voit les Outer Banks comme un avertissement. Avec la hausse du niveau marin, ces littoraux mobiles annoncent les choix difficiles qui attendent d’autres communautés de la côte Est. David Hallac, du National Park Service, rappelle qu’une île-barrière n’est pas un socle fixe. Les dunes artificielles construites depuis les années 1930 ont bloqué le déplacement naturel du sable vers l’intérieur, accélérant le rétrécissement des plages. La route 12 révèle la vulnérabilité de l’archipel. Quand l’eau ou le sable l’interrompent, Buxton et les villages voisins peuvent se retrouver isolés du continent. L’érosion menace donc les maisons, mais aussi l’accès, le tourisme, les secours et l’économie locale. Les solutions techniques gagnent du temps sans supprimer le risque. Recharger les plages en sable ou reconstruire un épi rocheux peut protéger un secteur, mais déplacer l’érosion plus loin. Laura Moore rappelle que ces ouvrages redistribuent le problème. Hatteras révèle une tension douloureuse entre l’attachement et le retrait. Les habitants veulent rester, mais l’océan impose sa mobilité. Après le phare du cap Hatteras déplacé en 1999, la question devient celle du recul organisé des communautés.
Jahani, E., Ullah, F. et Heravi, A. Risques d'inondations composées dans les villes côtières : revue des causes, des mécanismes et des méthodes d'évaluation. Natural Hazards 122, 426 (2026). https://doi.org/10.1007/s11069-026-08183-w
Des chercheurs synthétisent 10 ans de travaux sur les inondations composées dans les villes littorales. À partir de 898 articles publiés entre 2015 et 2025, ils montrent que le danger vient surtout de la rencontre entre mer, pluie, fleuves et urbanisation. Une inondation composée ne vient pas d’une seule cause. La mer peut monter pendant une tempête, un fleuve peut déborder après de fortes pluies et l’eau peut stagner en ville. Quand ces phénomènes se superposent, l’aléa devient plus brutal et plus difficile à prévoir. Les villes côtières sont très exposées, car elles concentrent habitants, ports, industries, routes, réseaux et logements sur des terres basses. L’article rappelle qu’environ 80% des décès liés aux inondations surviennent à moins de 100km du littoral, là où les aléas se croisent. Le changement climatique aggrave cette géographie du risque. Le niveau moyen des mers a augmenté d’environ 20cm entre 1901 et 2018, et la hausse s’accélère. Une mer plus haute rend chaque tempête, chaque marée forte et chaque pluie intense plus dangereuse. Le mécanisme est facile à comprendre. Une surcote marine ou une marée haute peut ralentir l’écoulement d’un fleuve vers la mer. Si une pluie intense tombe au même moment, les égouts saturent et l’eau reste piégée dans les rues, les quartiers bas et les zones portuaires. Les modèles classiques étudient souvent séparément la mer, les rivières ou la pluie. Les auteurs montrent que cette méthode sous-estime le danger. Pour protéger les villes littorales, il faut relier bassin versant, estuaire, littoral, réseaux urbains et formes du relief. La recherche progresse vite. Plus de 87% des articles étudiés ont été publiés depuis 2020. Les modèles physiques et statistiques restent dominants, mais l’intelligence artificielle aide à traiter plus vite satellites, pluies, marées, niveaux d’eau et scénarios climatiques. Dans les villes littorales, le risque naît d’un système complet. Sols imperméabilisés, fleuves, mer, drainage, urbanisme, alertes et climat futur doivent être pensés ensemble pour limiter les dégâts des inondations composées.
Molino, GD., Chen, Y., Levins, GC. et al. Conversion des terres induite par la montée du niveau de la mer et amplifiée par l'agriculture côtière. Nature Sustainability (2026). https://doi.org/10.1038/s41893-026-01835-6
Des chercheurs américains montrent que l’agriculture accélère l’avancée des marais sur les littoraux bas. Là où la mer monte et où le sel progresse, les champs résistent moins que les forêts et deviennent plus vite des zones humides. L’étude porte sur le littoral médio-atlantique des États-Unis, autour des baies de Chesapeake et du Delaware. Cette région rurale, très basse, connaît une montée relative de la mer deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Les chercheurs croisent 38 ans d’images Landsat, de 1984 à 2022, avec des relevés de terrain. Ils suivent le recul des terres agricoles, des forêts et l’avancée des marais, afin de lire spatialement les effets de l’intrusion saline. Le résultat est net. 101,1 km² de terres agricoles basses ont été perdus sous l’effet de la montée marine et du sel. À altitude comparable, les terres cultivées se transforment en marais 1,4 à 6,8 fois plus souvent que les forêts. L’agriculture rend les marges côtières plus vulnérables. Les champs de maïs ou de soja supportent moins le sel que les forêts matures. Les fossés de drainage, hérités du XXe siècle, peuvent aussi conduire l’eau salée plus loin dans les terres. Les protections privées nuancent le tableau. Dans le Maryland, 122 km de petites digues et 98 retenues ont été repérés. Ces ouvrages ralentissent localement le recul des champs, mais ils ne l’arrêtent pas et modifient la formation des nouveaux marais. Les chiffres montrent ce double effet. Les terres agricoles sans protection reculent verticalement de 3,45 mm/an, contre 2,14 mm/an derrière digues et retenues. Localement, l’ouvrage protège. Régionalement, l’agriculture amplifie l’intrusion saline. Les littoraux ruraux ne subissent pas seulement la montée de la mer. Les cultures, les fossés et les petites digues modifient la circulation du sel, protègent parfois les champs localement, mais rendent les paysages plus vulnérables à l’échelle régionale.
Mendelsohn, R., Li, J. et Yoo, J. "Adapting to sea level rise and storms" [Adaptation à l'élévation du niveau de la mer et aux tempêtes]. Scientific Reports (2026). https://doi.org/10.1038/s41598-026-50397-2
Des chercheurs publient une étude sur l’adaptation urbaine à la montée des mers et aux tempêtes. Ils cherchent où, quand et à quelle hauteur protéger les littoraux. L’étude porte sur six villes de la côte atlantique des États-Unis, de Bridgeport à Jacksonville. Les auteurs découpent 814 km de littoraux en 54 segments, car le risque change fortement selon l’altitude, la valeur bâtie et l’exposition aux surcotes. Le modèle CRESS croise océanographie, géographie et économie pour comparer plusieurs stratégies. Il oppose l’absence de digues, les hauts murs de 3,7 m et des protections plus basses, ajustées localement, avec assurance contre les dommages résiduels. Le résultat principal montre que tous les fronts d’eau urbains ne doivent pas être protégés de la même façon. En 2030, seuls 15 segments sur 54 seraient équipés dans le scénario bas, contre 17 dans le scénario haut. L’adaptation reste donc sélective. Les digues les plus efficaces sont souvent modestes. Leur hauteur optimale se situe surtout autour de 1 à 2 m, bien loin des murs de sûreté de 3,7 m. Elles arrêtent les submersions fréquentes, tandis que l’assurance absorbe les tempêtes rares. La montée du niveau marin transforme surtout le calendrier des travaux. Dans le scénario bas, 38 segments auraient besoin de digues en 2130. Dans le scénario haut, 52 segments sur 54 seraient concernés. Plus la mer monte vite, plus il faut agir tôt. Les coûts donnent un argument fort. Sans digue, les dommages atteindraient 15,3 milliards $ en 2130 dans le scénario bas et 115 milliards $ dans le scénario haut. Avec digues optimales et assurance, le coût tomberait entre 3 et 12 milliards $. Cette étude montre qu’adapter les villes littorales ne veut pas dire tout bétonner. Il faut protéger les secteurs les plus exposés, laisser reculer lentement les lignes de défense avec la marée haute et éviter les ouvrages excessifs.
Khairnar, G., Mahendra, RS, Mohanty, PC et al. « Assessment of coastal exposure of climate-driven oceanic hazards along the East Coast of India using geospatial techniques » [Évaluation de l'exposition côtière aux risques océaniques liés au climat le long de la côte est de l'Inde à l'aide de techniques géospatiales]. Scientific Reports (2026). https://doi.org/10.1038/s41598-026-52919-4
Des chercheurs de l’Indian National Centre for Ocean Information Services, analysent la côte Est de l’Inde comme un espace exposé aux risques. Le risque naît quand cyclones, surcotes, mer plus haute et populations denses se rencontrent dans les lieux de vie. La baie du Bengale forme un littoral très mobile, où les cyclones frappent souvent les basses plaines. Du Tamil Nadu au Bengale occidental, 1 à 2 cyclones touchent en moyenne cette côte chaque année. Les inondations y deviennent un fait spatial récurrent, parfois durable et très localisé. Leur méthode croise LiDAR, modèles d’altitude, marégraphes, images Landsat, recensement de 2011 et limites villageoises. Chaque lieu est replacé dans une zone multialéas, puis classé selon l’altitude, la part exposée du territoire et la proximité des eaux marines, à l’échelle des villages. Le chiffre donne l’échelle humaine du problème. 38,35 millions d’habitants vivent dans les zones exposées, dont 59,3% dans des villages. La carte recense 11.414 villages et 279 villes, preuve que le risque côtier touche aussi des campagnes littorales et des petites villes densément habitées. Les lieux les plus exposés suivent une logique géographique nette. Ils se concentrent dans les deltas, les plaines basses, les zones humides et les embouchures. Gange, Mahanadi, Krishna, Godavari et Kaveri dessinent des territoires ouverts aux eaux marines et fluviales lors des tempêtes. L’Odisha compte 980 villages ou villes en exposition très forte, le Bengale occidental 471, le Tamil Nadu 170 et l’Andhra Pradesh 143. North 24 Parganas, Nagapattinam et Jagatsinghpur ressortent comme des points chauds, là où population, altitude basse et aléas se superposent dans les deltas. L’indice d’exposition ne mesure pas toute la vulnérabilité. Il montre d’abord ce qui se trouve sur la trajectoire des aléas, avant les capacités de résistance. Sa force est de descendre à l’échelle locale, celle où l’alerte, l’évacuation et l’aménagement se décident vraiment, sur place. Les réponses doivent mêler règles d’urbanisation, alertes précoces, digues ciblées, restauration des mangroves et suivi du trait de côte. La carte devient un outil d’arbitrage, pour adapter d’abord les lieux où l’exposition est la plus forte.
Cartes et données sur le recul du trait de côte en France
Vulnérabilité des nappes phréatiques côtières à l'échelle mondiale
Tempêtes et submersions historiques : l'IRSN dévoile sa nouvelle base de données
L’affaissement des sols fait plus que doubler l’élévation du niveau marin
Rapport du Forum économique mondial sur la perception des risques globaux
Points de passage stratégiques et évaluation des risques maritimes
Carte mondiale d'exposition aux risques climatiques, de conflit et à la vulnérabilité
Carte de répartition des risques naturels en France métropolitaine (IGN)
