Cartographie des populations côtières confrontées aux risques liés à l'eau


Source : Olli Varis, Maija Taka, Matti Kummu (2026). Mapping world’s coastal population facing water-related risks [Cartographie des populations côtières mondiales confrontées aux risques liés à l'eau], Geography and Sustainabilityhttps://doi.org/10.1016/j.geosus.2026.100411

Des chercheurs de l’Université Aalto analysent la répartition mondiale des populations côtières exposées aux risques liés à l’eau. Leur étude cartographie submersions, inondations et stress hydrique à l’échelle globale. Les auteurs montrent que la concentration humaine sur les littoraux s’accroît plus vite que la moyenne mondiale. Près de 40% de la population vit à moins de 100 km des côtes, souvent dans des deltas et plaines basses très exposés aux aléas hydrologiques. L’étude combine données démographiques fines, élévation du niveau marin, inondations fluviales et pénurie d’eau douce. Cette approche intégrée révèle des zones cumulant plusieurs risques, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est, mais aussi en Afrique de l’Ouest. Les auteurs soulignent que l’élévation du niveau de la mer, estimée à environ 3 à 4 mm par an à l’échelle globale, amplifie l’exposition des grandes villes côtières, en particulier là où l’urbanisation rapide dépasse les capacités d’adaptation. Les deltas densément peuplés comme ceux du Gange-Brahmapoutre, du Nil ou du Mékong concentrent des dizaines de millions d’habitants. Ces espaces cumulent subsidence, salinisation des sols et crues plus fréquentes liées au changement climatique. L’étude insiste sur les inégalités socio-spatiales face aux risques. Les pays à faibles revenus regroupent une part disproportionnée des populations exposées, avec des infrastructures hydrauliques et de protection souvent insuffisantes ou inégalement réparties. Les auteurs plaident pour une meilleure anticipation territoriale. La cartographie des risques hydriques côtiers doit guider l’aménagement, la protection des écosystèmes littoraux et les politiques de relocalisation ou d’adaptation des populations. Les risques liés à l’eau sur les côtes ne sont pas seulement climatiques mais profondément géographiques, car ils résultent de l’interaction entre dynamiques naturelles, densités humaines et choix d’urbanisation. 

Résumé graphique des facteurs de risques, exposition et vulnérabilité des zones côtières (source : Varis et al., 2026)

Pour compléter

Ohenhen, LO, Shirzaei, M., Davis, JL et al. (2026). Global subsidence of river deltas [Subsidence globale des deltas fluviaux]. Nature. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09928-6

Des chercheurs publient une analyse globale de l’enfoncement des deltas fluviaux. À partir d’images radar satellitaires, ils montrent que la subsidence constitue aujourd’hui une menace majeure pour la durabilité des deltas habités. Les deltas ne couvrent qu’environ 1% des terres émergées mais accueillent 350 à 500 millions d’habitants et de grandes métropoles. Très bas, souvent à moins de 2 m au-dessus du niveau marin, ils concentrent populations, infrastructures, agriculture et écosystèmes stratégiques. L’étude analyse 40 deltas sur cinq continents grâce au radar Sentinel-1 entre 2014 et 2023. Tous les deltas s’enfoncent en moyenne. Plus de la moitié présentent des taux supérieurs à 3 mm par an, et 13 dépassent la hausse actuelle du niveau marin. Environ 460 000 km² de surfaces deltaïques sont concernés par la subsidence. Dans près de deux tiers des deltas étudiés, plus de 50% des surfaces s’enfoncent. Les régions les plus touchées sont l’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, très densément peuplées. Les causes sont majoritairement humaines. L’extraction d’eaux souterraines apparaît comme le facteur dominant dans de nombreux deltas. S’y ajoutent la réduction des apports sédimentaires par les barrages et l’urbanisation rapide qui alourdit et artificialise les sols. Ils montrent un fort contraste d’adaptation. Les deltas riches disposent de capacités de gestion mais restent vulnérables. Les deltas des pays à revenu faible ou intermédiaire cumulent subsidence rapide et faible préparation institutionnelle, exposant des centaines de millions de personnes. La subsidence est un risque immédiat, local et potentiellement réversible. Contrairement au climat global, elle peut être freinée par des politiques ciblées. Gérer les deltas exige donc de traiter l’enfoncement du sol au même titre que la montée des mers. 

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