Des chercheurs de l’Université Aalto analysent la répartition mondiale des populations côtières exposées aux risques liés à l’eau. Leur étude cartographie submersions, inondations et stress hydrique à l’échelle globale. Les auteurs montrent que la concentration humaine sur les littoraux s’accroît plus vite que la moyenne mondiale. Près de 40% de la population vit à moins de 100 km des côtes, souvent dans des deltas et plaines basses très exposés aux aléas hydrologiques. L’étude combine données démographiques fines, élévation du niveau marin, inondations fluviales et pénurie d’eau douce. Cette approche intégrée révèle des zones cumulant plusieurs risques, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est, mais aussi en Afrique de l’Ouest. Les auteurs soulignent que l’élévation du niveau de la mer, estimée à environ 3 à 4 mm par an à l’échelle globale, amplifie l’exposition des grandes villes côtières, en particulier là où l’urbanisation rapide dépasse les capacités d’adaptation. Les deltas densément peuplés comme ceux du Gange-Brahmapoutre, du Nil ou du Mékong concentrent des dizaines de millions d’habitants. Ces espaces cumulent subsidence, salinisation des sols et crues plus fréquentes liées au changement climatique. L’étude insiste sur les inégalités socio-spatiales face aux risques. Les pays à faibles revenus regroupent une part disproportionnée des populations exposées, avec des infrastructures hydrauliques et de protection souvent insuffisantes ou inégalement réparties. Les auteurs plaident pour une meilleure anticipation territoriale. La cartographie des risques hydriques côtiers doit guider l’aménagement, la protection des écosystèmes littoraux et les politiques de relocalisation ou d’adaptation des populations. Les risques liés à l’eau sur les côtes ne sont pas seulement climatiques mais profondément géographiques, car ils résultent de l’interaction entre dynamiques naturelles, densités humaines et choix d’urbanisation.
Résumé graphique des facteurs de risques, exposition et vulnérabilité des zones côtières (source : Varis et al., 2026)
Pour compléter
Ohenhen, LO, Shirzaei, M., Davis, JL et al. (2026). « Global subsidence of river deltas » [Subsidence globale des deltas fluviaux]. Nature. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09928-6
Des chercheurs publient une analyse globale de l’enfoncement des deltas fluviaux. À partir d’images radar satellitaires, ils montrent que la subsidence constitue aujourd’hui une menace majeure pour la durabilité des deltas habités. Les deltas ne couvrent qu’environ 1% des terres émergées mais accueillent 350 à 500 millions d’habitants et de grandes métropoles. Très bas, souvent à moins de 2 m au-dessus du niveau marin, ils concentrent populations, infrastructures, agriculture et écosystèmes stratégiques. L’étude analyse 40 deltas sur cinq continents grâce au radar Sentinel-1 entre 2014 et 2023. Tous les deltas s’enfoncent en moyenne. Plus de la moitié présentent des taux supérieurs à 3 mm par an, et 13 dépassent la hausse actuelle du niveau marin. Environ 460 000 km² de surfaces deltaïques sont concernés par la subsidence. Dans près de deux tiers des deltas étudiés, plus de 50% des surfaces s’enfoncent. Les régions les plus touchées sont l’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, très densément peuplées. Les causes sont majoritairement humaines. L’extraction d’eaux souterraines apparaît comme le facteur dominant dans de nombreux deltas. S’y ajoutent la réduction des apports sédimentaires par les barrages et l’urbanisation rapide qui alourdit et artificialise les sols. Ils montrent un fort contraste d’adaptation. Les deltas riches disposent de capacités de gestion mais restent vulnérables. Les deltas des pays à revenu faible ou intermédiaire cumulent subsidence rapide et faible préparation institutionnelle, exposant des centaines de millions de personnes. La subsidence est un risque immédiat, local et potentiellement réversible. Contrairement au climat global, elle peut être freinée par des politiques ciblées. Gérer les deltas exige donc de traiter l’enfoncement du sol au même titre que la montée des mers.
Anna Guillem et Didier Vye, « Questionner la pérennité du désir de rivage dans le contexte des changements globaux », Bulletin de l’association de géographes français, 102-2 | 2025, http://journals.openedition.org/bagf/14262
Anna Guillem et Didier Vye (géographes à l'Université de la Rochelle) analysent la pérennité du désir de rivage en France. L’attractivité littorale, historiquement motrice, devient une source de tensions ds un contexte de changements globaux. Le littoral n’est pas attractif par nature. Les auteurs montrent que l’attractivité est une construction sociale et politique, fondée sur des aménagements, des discours et des imaginaires. Elle combine flux mesurables, représentations symboliques et stratégies publiques d’aménagement. Les changements globaux sont abordés de manière systémique. Ils ne se limitent pas au climat. Mondialisation, métropolisation, vieillissement démographique et révolution numérique interagissent avec les risques environnementaux et accentuent les inégalités territoriales sur les côtes. Les littoraux français concentrent des mobilités récréatives variées. Tourisme, résidences secondaires et migrations d’agrément s’additionnent. Cette pression génère une « lutte des places » entre habitants permanents, touristes et nouveaux arrivants plus aisés. Le cas de la Charente-Maritime illustre ces dynamiques. Entre 2015 et 2021, le département figure parmi les cinq plus attractifs de France, avec une croissance proche de 1% par an, portée quasi exclusivement par le solde migratoire. Cette attractivité est socialement sélective. La part des nouveaux arrivants issus des grandes métropoles, notamment du Grand Paris, progresse fortement. Ces ménages ont des revenus plus élevés, renforçant les inégalités d’accès au logement littoral. Les locations de courte durée amplifient la tension. Entre 2016 et 2022, les nuitées et taux d’occupation augmentent sur l’ensemble du littoral atlantique. L’effet Airbnb se diffuse des villes vers les îles et stations balnéaires. Face à ces pressions, l’action publique évolue. Une loi votée fin 2024 renforce la régulation des meublés touristiques. Elle vise à limiter l’éviction des résidents permanents et à rééquilibrer le marché du logement. La fiscalité des résidences secondaires devient un levier central. En 2024, près de 40% des communes éligibles ont instauré une surtaxe, parfois jusqu’à 60%. Son usage reste très contrasté selon les contextes politiques locaux. Le paradigme de l’attractivité littorale résiste malgré la polycrise. Les risques, les tensions sociales et climatiques n’éteignent pas le désir de rivage entretenu par des coalitions d’acteurs et des logiques de rente territoriale.
Xénia Philippenko, « Gestion des risques côtiers et adaptation au changement climatique à Saint-Pierre-et-Miquelon », Bulletin de l’association de géographes français, 102-2 | 2025, http://journals.openedition.org/bagf/14339
Saint-Pierre-et-Miquelon, Outre-mer français subarctique de l’Atlantique Nord, est particulièrement vulnérable aux risques littoraux. À un isolement géographique, une complexité institutionnelle et une exposition des infrastructures côtières, s’ajoutent désormais les impacts du changement climatique. Les risques littoraux sont exacerbés par la disparition progressive du « pied de glace » hivernal, l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes. Sur la base d’un travail doctoral (2018-2023) associant méthodes quantitatives et qualitatives, nous présentons le contexte de gestion des risques à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il se structure autour d’un dispositif calqué sur celui de la métropole, auquel s’ajoute désormais une démarche de relocalisation en cours du village de Miquelon, constituant un cas emblématique d’adaptation territoriale. Initié dans un contexte de prise de conscience progressive des risques, ce processus mobilise une pluralité d’acteurs et s’inscrit dans une logique de planification concertée qui met en lumière les tensions entre acceptabilité sociale, faisabilité technique, contraintes financières et dynamiques politiques.
« Spain rethinks how to turn tide against beach erosion » [L'Espagne repense sa stratégie pour lutter contre l'érosion côtière] (Phys.org).
Les littoraux espagnols, notamment en Catalogne, subissent une érosion accélérée liée aux tempêtes et au changement climatique. Cette dynamique menace plages, infrastructures et économie touristique, pilier majeur du pays. À Montgat, près de Barcelone, la plage a presque disparu. Le sable, autrefois étendu sur 500 à 700 m, ne dépasse plus 20 m aujourd’hui. Les vagues hivernales exposent rochers et habitats, révélant une transformation rapide du trait de côte. Cette érosion est amplifiée par l’urbanisation. Promenades et immeubles bloquent la mobilité naturelle du sable. Une voie ferrée historique longeant la côte se rapproche dangereusement de la mer, illustrant la vulnérabilité des infrastructures littorales. Selon Carla Garcia Lozano, géographe à l’université de Gérone, les solutions classiques échouent. Le rechargement en sable est coûteux et inefficace. Greenpeace estime que certaines plages pourraient disparaître d’ici 10 ans si rien ne change. Des solutions fondées sur la nature émergent. À Calafell, suppression de 800 m² de promenade, restauration de dunes et suivi par drones. Résultat. 1000 m³ de sable gagnés sur 4500 m², soit jusqu’à 1,5 m d’épaisseur localement. Mais les arbitrages restent complexes. Le tourisme représente plus de 12% du PIB et 2,7 millions d’emplois, avec près de 100 millions de visiteurs annuels. Entre renaturation et maintien des aménagements, les littoraux deviennent des espaces de tensions.
« Les politiques climatiques dans les territoires. Mieux mobiliser le potentiel des collectivités » (rapport du Haut Conseil pour le Climat, avril 2026)
Risques côtiers : le Haut Conseil pour le Climat (HCC) recommande la mise en place d'un "dispositif d’indemnisation des pertes et dommages résultant d’un recul du trait de côte sableux, assorti de plafonds stricts et bas pour cibler le dispositif vers les acteurs défavorisés". Ce système "permettrait à l’État et aux collectivités de prévenir les conflits et contentieux résultant de la perte de bâtiments après des tempêtes ou du fait de l’élévation du niveau de la mer". Pour appuyer son propos, le Haut Conseil s'appuie sur les exemples du Signal, de Quiberville, de Treffiagat et de la Communauté de communes du Pays bigouden sud, de Caen la mer (p. 61 et 62). Le Haut-Conseil regrette également que "malgré l’augmentation très significative des connaissances scientifiques sur les risques climatiques littoraux, ces connaissances sont insuffisamment prises en compte dans les politiques régionales de prévention des risques et d’aménagement du littoral français" (p. 120).
« L’affaissement des terres accroît le risque d’inondations côtières sur l’île de Java, densément peuplée » (Phys.org).
Une nouvelle étude publiée dans Science Advances révèle que l'affaissement des terres — et pas seulement la montée des océans — sera la principale cause des futures inondations côtières le long de l'île de Java, densément peuplée d'Indonésie, mettant ainsi des millions de personnes en danger plus tôt que prévu. Des chercheurs en géosciences ont analysé l’affaissement des sols à Java et son rôle ds la montée relative du niveau marin. Ce processus local devient déterminant, bien + que la seule hausse globale des océans observée à l’échelle mondiale. Java rassemble environ 150 millions d’habitants, soit près de 2% de la population mondiale, concentrés sur des littoraux bas et urbanisés. Cette densité renforce l’exposition aux aléas côtiers, où se combinent montée des eaux et affaissement des terres. Les données satellitaires révèlent des vitesses d’affaissement de 1 à 15 cm/an dans plusieurs villes comme Jakarta ou Semarang. À titre de comparaison, la montée de la mer reste limitée à 5 à 6 mm/an, ce qui montre que le phénomène terrestre domine largement. Sur plus de 1.500 km de littoral nord, plus de 25% des zones côtières s’enfoncent à plus de 1 cm/an. Ces espaces, souvent situés à quelques décimètres au-dessus du niveau marin, deviennent particulièrement vulnérables aux submersions et aux inondations récurrentes. L’étude identifie plusieurs mécanismes complémentaires. Pompage intensif des nappes dans les villes, irrigation agricole saisonnière, compaction des sédiments deltaïques ou activités industrielles. Chaque territoire combine ces facteurs selon ses usages et son organisation spatiale. L’affaissement contribue aujourd’hui à 25 à 91% de la montée relative du niveau marin sur 77% du littoral. Ce résultat renverse l’analyse classique. Les risques côtiers ne sont pas seulement climatiques mais largement produits par les dynamiques locales d’exploitation des ressources. D’ici 2050, la montée relative pourrait atteindre 0,5 à 1,7 m selon les scénarios. Cette évolution fragilise routes, réseaux et bâtiments, tout en transformant des inondations ponctuelles en submersions chroniques, comme le « banjir rob » observé à Semarang. Ainsi la vulnérabilité côtière dépend désormais autant des pratiques locales que du changement climatique global. Adapter ces territoires suppose donc de réguler les usages de l’eau et de repenser l’aménagement littoral.
« Urbanização costeira ameaça diversidade marinha e coloca em risco resiliência climática das cidades » [L’urbanisation côtière menace la biodiversité marine et compromet la résilience climatique des villes] (The Conversation).
Des chercheurs de l'Universidade Federal do Paraná (UFPR) analysent l’urbanisation côtière et ses effets sur les socio-écosystèmes marins. L’expansion rapide des villes littorales fragilise la biodiversité et réduit la résilience climatique des territoires urbains. La pression démographique est centrale. La population mondiale atteint 8,2 milliards et pourrait atteindre 11 milliards. Cette croissance se concentre sur les littoraux, surtout dans les pays du Sud, où l’urbanisation côtière progresse rapidement. Cette dynamique s’accompagne d’une artificialisation massive. En 2018, plus de 32.000km² de fonds marins étaient couverts par des structures artificielles. Ce chiffre pourrait croître de 50 à 70% dans les prochaines décennies sous l’effet des besoins économiques. Au Brésil, environ 50 millions d’habitants vivent sur le littoral, soit un quart de la population sur seulement 5% du territoire. Cette concentration accélère le « durcissement » des côtes, avec 245km d’infrastructures artificielles à São Paulo. Cette urbanisation détruit les habitats naturels. Mangroves, dunes et récifs sont remplacés par des structures homogènes, entraînant une baisse de la biodiversité et une rupture des continuités écologiques nécessaires aux cycles de vie des espèces. Les infrastructures favorisent aussi les espèces invasives. Une étude recense 71 espèces exotiques associées aux structures marines au Brésil, dont 30 invasives. Ports et marinas deviennent des portes d’entrée et des corridors de diffusion. Ces transformations affaiblissent la résilience climatique. Les écosystèmes naturels amortissent les tempêtes et protègent les côtes. Leur disparition accroît les risques d’érosion, de submersion et dégrade les ressources halieutiques et touristiques. Des solutions existent comme les approches fondées sur la nature. Restauration des mangroves ou l’éco-ingénierie, permettent de concilier urbanisation et biodiversité. Elles renforcent la protection des villes face aux changements climatiques.
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