Étudier les mobilités en France à partir de données récentes (Statistiques locales de l'INSEE)


Le site Statistiques locales de l'INSEE permet de réaliser ses propres cartes de mobilité à partir de données récentes, à travers différents indicateurs (flux domicile - lieu de travail, flux domicile - lieu d'étude), mais aussi en fonction des modes de déplacement (voiture, vélo, transports en commun), sans oublier également les mobilités résidentielles qui peuvent être appréhendées à différentes échelles (par communes, départements ou régions). 

Voici pour commencer la carte des flux domicile - lieu de travail qui polarisent en grande partie le territoire. Elle dessine le contour des grandes aires d'attraction en France. Sur le site de l'INSEE, il est possible de zoomer sur un territoire pour appréhender la polarisation urbaine à différentes échelles.

Flux domicile-lieu de travail en 2022 (source : Statistiques locales de l'INSEE)


Schéma des mobilités par voiture à l'échelle de la région lyonnaise (source : Statistiques locales de l'INSEE)


Schéma des mobilités par voiture à l'échelle de La Réunion (source : Statistiques locales de l'INSEE)



Par comparaison, voici les flux domicile-lieu d'étude. La polarisation est également forte, bien que les élèves ou les étudiants aient tendance à rejoindre l'établissement scolaire ou l'université la plus proche.

Flux domicile-lieu d'étude en 2022 (source : Statistiques locales de l'INSEE)


Les données INSEE permettent aussi de comparer par modes de transport. Ici par exemple la voiture qui domine encore largement les déplacements domicile-travail (moyenne de 69,5% à l'échelle de la France avec des communes rurales ou péri-urbaines pouvant dépasser 82%). La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile-travail, même pour de courtes distances. Le trajet médian domicile‑travail a augmenté de moitié en vingt ans pour les habitants du rural. Sur le site, il est possible de croiser ces données avec la part des ménages ayant au moins une voiture (81,2% en moyenne). 

Part des actifs qui utilisent principalement une voiture pour aller travailler en 2022
(source : Statistiques locales de l'INSEE)


Par comparaison, la part du vélo pour les déplacements domicile-lieu de travail reste encore faible (3,3% à l'échelle nationale). Elle concerne surtout les villes-centres où la part peut dépasser 30% des déplacements. Même si beaucoup de villes font des efforts aujourd'hui pour développer leur réseau cyclable, on note des écarts importants. Certaines villes moyennes enregistrent des hausses spectaculaires.

Part des actifs qui utilisent principalement un vélo (y compris assistance électrique) pour aller travailler en 2022
(source : Statistiques locales de l'INSEE)


Les transports en commun irriguent davantage le territoire, laissant en creux les zones moins urbanisées. La part moyenne de 15,2% à l'échelle nationale ne signifie pas grand chose. Au sein des grandes métropoles, la part peut aller de 27 à 65%. Ce sont les grandes métropoles qui ont la capacité de développer des réseaux importants de transports en commun, les villes de rang inférieur ayant souvent un réseau moins étendu.

Part des actifs qui utilisent principalement les transports en commun pour aller travailler en 2022
(source : Statistiques locales de l'INSEE)


L'application cartographique du site Statistiques locales de l'INSEE permet de réaliser d'autres cartes de flux, notamment sur les mobilités résidentielles. On peut croiser avec d'autres types de données.

Flux de migration résidentielle en 2022 à l'échelle des départements (source : Statistiques locales de l'INSEE)



Accès aux données pour effectuer des traitements ou les utiliser dans une autre application cartographique (type Magrit ou QGis) : 

On peut exporter les tableaux de données directement à partir du site Statistiques locales de l'INSEE en cliquant sur l'onglet Tableau, puis sur le menu Actions --> Exporter.

Pour des données plus précises sur les déplacements communes de résidence / communes de travail, il convient d'aller directement sur le site de l'INSEE. La base de données concernant les mobilités professionnelles contient 32 variables. Il est possible d'étudier les mobilités en fonction du sexe, de l'âge, du niveau d'études, du statut professsionnel, du mode de déplacement (voiture, vélo, transports en commun mais aussi la marche qui reste un mode de déplacement urbain important et que l'on peut étudier à l'échelle des arrondissements pour les grandes villes). L'INSEE fournit la liste des variables dans un fichier pdf.

Pour compléter

Le tableau de bord des mobilités durables fournit un accès simple et rapide à des indicateurs territorialisés de mobilité en cohérence avec les objectifs locaux de transition écologique afin de permettre aux acteurs de la mobilité de suivre les politiques de décarbonation des transports mises en œuvre et d'identifier les leviers d’actions pouvant être mobilisés : report modal, mobilité partagée, verdissement du parc automobile, modération de la demande, etc. La liste des indicateurs intégrés dans l’application est téléchargeable depuis le tableur Grist du site.

Lien ajouté le 14 octobre 2025

Cette carte montre l'opposition est/ouest à Paris en ce qui concerne les usages respectifs de l'automobile et du vélo. Ces deux moyens de transport semblent très marqués socialement (un contraste économique et social, mais également politique si l'on s'en réfère au clivage droite/gauche induit par le choix des couleurs bleu/rouge pour le représenter). Il convient malgré tout de relativiser cette opposition, car ce n'est ni l'auto ni le vélo qui arrivent en premier dans la plupart des arrondissements de Paris, mais les transports en commun qui représentent 61,3% des moyens de transport utilisés pour se rendre au travail en 2022 (source : données Insee).

Lien ajouté le 9 avril 2026

Laurent Cailly, Anaïs Degache, Mathieu Leborgne et Florence Troin (2025). « Migrations d’agrément et mobilités quotidiennes en territoire de montagne : les néoruraux, acteurs clé du changement ? », Géocarrefour, 99/3-4 | 2025, http://journals.openedition.org/geocarrefour/26990

Dans les moyennes montagnes françaises, l’installation de ménages d’origine citadine en recherche d’une meilleure qualité de vie participe à l’émergence de nouvelles cultures de la mobilité. À partir d’une approche biographique, cet article décrit l’adaptation des pratiques mobilitaires des néo-résidents au contexte rural et montagnard. Il analyse ensuite les pratiques de démobilité et le développement d’alternatives à l’automobile portés par un groupe de néo-résidents animé par des valeurs de sobriété écologique. Il interroge enfin les effets de diffusion des cultures altermobiles d’origines urbaines, sous l’effet des mobilités résidentielles. Il propose ainsi un cadre analytique renouvelé pour analyser la transformation des comportements de mobilité observables en milieu rural.

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Comparaison entre l'INSEE Statistiques locales et l'Observatoire des Territoires : deux sites de cartographie en ligne complémentaires

Galligeo, un outil en ligne pour géoréférencer les plans et cartes de Gallica


Le consortium Huma-Num Projets Time Machine (PTM) propose Galligeo, une application web qui permet de géoréférencer les cartes anciennes du site Gallica (BnF). 

Fruit d’un partenariat entre le BNF Datalab, Gallica, Huma-Num (CNRS) et le consortium PTM,  Galligeo, c’est :

  • la possibilité de contribuer sans compte ou, pour les chercheurs, via une connexion ORCID,
  • un outil ouvert à toutes et tous : chercheurs, enseignants, étudiants mais aussi grand public,
  • la constitution d’un fonds collaboratif de cartes et plans géoréférencés, librement consultables et réutilisables,
  • un dépôt simplifié sur Nakala pour assurer la pérennité et la citabilité des données,
  • la possibilité de créer et partager des atlas à partir des cartes géoréférencées.

    Interface de l'application en ligne Galligéo



Tutoriel vidéo sur Youtube 

D'autres projets tels Old Maps Online ou Chronoscope World visent à mettre à disposition des cartes géoréférencées en ligne. Le point commun de ces initiatives est de s'inscrire dans le cadre de  projets de science citoyenne.

Lien ajouté le 5 mai 2026

Arnaud Léonard propose GeoGallica, une application pour faire revivre les cartes anciennes du site Gallica (BNF). Le principe est simple : copier sur le site Gallica l'identifiant ARK (Archival Resource Key) de la carte qui vous intéresse et superposez la carte historique sur un fond moderne. Principaux avantages :
  • Très haute définition native (pas de compression)
  • Calage par points de contrôle pour une superposition quasi parfaite
  • Export HTML léger et partageable en un clic : la fonction “opacité” permet aux élèves en cours d’histoire-géographie de comparer la carte ancienne aux fonds modernes
Deux pépites pour tester :

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Comment géoréférencer une carte disponible dans Gallica ?

Géolocaliser les documents numérisés avec Gallicarte (BNF)


Données sur les bâtiments à l'échelle mondiale (Global Building Atlas)


GlobalBuildingAtlas est un jeu de données complet offrant une couverture mondiale des polygones de bâtiments (GBA.Polygon), des hauteurs (GBA.Height) et des modèles 3D de bâtiments à un niveau de détail 1 (GBA.LoD1). Il s'agit du premier jeu de données ouvert à offrir des données de haute qualité, cohérentes et complètes sur les bâtiments en 2D et 3D et à l'échelle mondiale. Ce jeu de données a été développé à l'aide de pipelines basés sur l'apprentissage automatique appliqués à l'imagerie satellite mondiale PlanetScope, offrant une résolution spatiale et une couverture sans précédent pour l'analyse des bâtiments.

Extrait de GlobalBuildingAtlas (GBA) sur Google Earth Engine

Se fier uniquement à la surface bâtie en 2D peut être trompeur. Un quartier informel densément peuplé et un quartier résidentiel planifié avec des immeubles de plusieurs étages peuvent paraître identiques vus du ciel. Comprendre la véritable forme urbaine exige des données verticales. Le Global Building Atlas comble des lacunes critiques dans les bases de données mondiales existantes sur le bâtiment en fournissant des informations 3D complètes à l'échelle de chaque bâtiment, ce qui permet des applications en urbanisme, modélisation énergétique, évaluation des risques de catastrophe et recherche sur le changement climatique. Avec plus de 2,75 milliards de polygones de bâtiments dans le monde, ce jeu de données dépasse de plus d'un milliard le nombre de structures des bases de données mondiales existantes sur le bâtiment.

La couche fondamentale repose sur l'imagerie de réflectance de surface de PlanetScope. Les chercheurs ont divisé la Terre en cellules de grille de 0,2 degré, en sélectionnant des zones qui chevauchent des régions bâties connues. Ils ont ensuite téléchargé environ 800 000 images satellites de 2019, toutes à une résolution de 3 mètres. Aucun jeu de données open source ne possède une couverture mondiale parfaite. Ils ont donc combiné plusieurs sources vectorielles pour établir une base de référence : OpenStreetMap, Google Open Buildings, Microsoft Building Footprints et CLSM. Ils ont également généré leurs propres polygones pour compléter les 40 zones manquantes. Pour générer leurs propres cartes de bâtiments, l'équipe a utilisé un réseau neuronal encodeur-décodeur (UPerNet avec une architecture ConvNeXt-Tiny). Ils ont entraîné ce modèle sur plus de 142 000 fragments d'images satellites répartis dans 107 régions du monde afin de prédire des masques binaires de bâtiments. Les prédictions brutes issues d'images satellites comportent souvent du bruit, et les bâtiments adjacents ont tendance à se confondre. Pour remédier à ce problème, les chercheurs ont entraîné un second réseau de régularisation afin de réduire le bruit des masques, puis ont appliqué un algorithme de simplification polygonale pour créer des contours vectoriels nets et denses. Les modèles d'apprentissage automatique confondent parfois les nuages, la neige ou l'eau avec des bâtiments. Les chercheurs ont utilisé la carte mondiale d'occupation des sols World Cover pour éliminer les faux positifs, c'est-à-dire les polygones situés entièrement en dehors des zones bâties connues. Prédire la hauteur des bâtiments à partir d'un espace 2D exige des données d'entraînement d'une précision extrême. L'équipe a collecté des nuages ​​de points LiDAR aériens dans 168 villes du monde entier. Ces données ont été traitées pour créer des modèles numériques de surface normalisés, afin d'apprendre à l'IA à estimer la hauteur à partir d'un seul point. Ils ont déployé une architecture HTC-DC Net pour l'estimation de hauteur monoculaire. Celle-ci utilise un encodeur de transformation visuelle pour capturer les relations entre les caractéristiques locales et globales. Cela permet de prédire une distribution des hauteurs possibles pour chaque pixel, qui est ensuite affinée pour obtenir une hauteur finale.

Aperçu des données disponibles sur Github

Visualisation des données sur Google Earth Engine :
https://sat-io.earthengine.app/view/gba

Visualisation des données sur un visualisateur dédié :
https://tubvsig-so2sat-vm1.srv.mwn.de/

Données disponibles sur Github ou MediaTUM :
https://github.com/zhu-xlab/GlobalBuildingAtlas
https://mediatum.ub.tum.de/1782307

Référence scientifique :

Zhu, X.X., Chen, S., Zhang, F., Shi, Y., Wang, Y. (2025). «  GlobalBuildingAtlas : An Open Global and Complete Dataset of Building Polygons, Heights and LoD1 3D Models » [GlobalBuildingAtlas : un ensemble de données ouvert, global et complet de polygones, de hauteurs et de modèles 3D LoD1 de bâtiments]. Earth System Science Data, 17, 6647–6668, 2025 https://essd.copernicus.org/articles/17/6647/2025/

Lien ajouté le 17 février 2026

Zhaiyu Chen, Yuanyuan Wang, Yilei Shi, Xiao Xiang Zhu (2026). « Reconstructing Building Height from Spaceborne TomoSAR Point Clouds Using a Dual-Topology Network » [Reconstruction de la hauteur des bâtiments à partir de nuages ​​de points TomoSAR spatiaux à l'aide d'un réseau à double topologie]. IEEE Transactions on Geoscience and Remote Sensing, https://arxiv.org/abs/2601.00658

La création de cartes de villes en 3D est notoirement difficile et coûteuse. Elle repose généralement sur des relevés LiDAR aéroportés, difficiles à mettre en œuvre à grande échelle. Mais aujourd'hui, des chercheurs ont mis au point une méthode permettant de cartographier la hauteur des bâtiments à partir d'images radar satellites. Une nouvelle étude acceptée dans IEEE Transactions on Geoscience and Remote Sensing présente un cadre pour la reconstruction des hauteurs de bâtiments à l'aide de nuages ​​de points TomoSAR (Tomographic Synthetic Aperture Radar). Cette technique superpose plusieurs images radar satellitaires pour créer des nuages ​​de points 3D. Le problème réside dans la qualité médiocre des données brutes. Elles souffrent d'un bruit important, d'une relative rareté et d'un échantillonnage irrégulier. Pour résoudre ce problème, ils ont conçu un réseau neuronal à double topologie. Les modèles classiques traitent les données soit comme une grille (images), soit comme des points. Ce modèle combine les deux approches. Il alterne les informations entre la représentation sous forme de grille et celle sous forme de points afin de préserver les détails tout en atténuant le bruit. Ils ont testé cette méthode sur deux jeux de données : Berlin (données de haute qualité) et Munich (données de faible qualité et bruitées). Pour les données bruitées de Munich, le modèle a eu des difficultés à localiser les bâtiments au départ. Ils ont donc ajouté une « branche auxiliaire » au réseau. Cette branche auxiliaire oblige l'IA à prédire l'« emprise au sol » 2D du bâtiment en plus de sa hauteur 3D. Cette régularisation sert de guide : elle empêche le modèle de se tromper et l'aide à distinguer les bâtiments réels des interférences radar aléatoires. Les résultats montrent que le modèle parvient à combler efficacement les zones manquantes. À Berlin, l'erreur absolue moyenne (MAE) n'est que de 2,10 mètres. Même avec les données bruitées de Munich, les chercheurs sont parvenus à reconstituer des structures urbaines plausibles. Les auteurs ont également constaté que la fusion de ces données avec des images satellites optiques les améliore encore. L'ajout d'images de PlanetScope leur a permis de réduire davantage les erreurs. Les données optiques fournissent des informations sémantiques que le radar ne détecte pas. En définitive, il s'agit d'une avancée majeure pour la télédétection. Cela laisse entrevoir la possibilité de générer des modèles 3D de villes à l'échelle mondiale grâce aux satellites déjà en orbite, sans avoir à attendre des relevés aériens coûteux.

Lien ajouté le 7 avril 2026

Martin Fleischmann, Krasen Samardzhiev, Anna Brázdová, Daniela Dančejová, Lisa Winkler,
« The hierarchical morphotope classification : A theory-driven framework for large-scale analysis of built form » [La classification hiérarchique des morphopes : un cadre théorique pour l'analyse à grande échelle des formes bâties], Cities, volume 174, 2026, https://doi.org/10.1016/j.cities.2026.107047.

L'environnement bâti, composé d'une multitude de modèles de bâtiments, de rues et de parcelles, influence profondément la perception et le fonctionnement des villes. Bien que diverses méthodes existent pour classifier les modèles urbains, elles manquent souvent de fondements théoriques solides, ne sont pas applicables à grande échelle ou sacrifient la précision au profit d'une application plus large. Cet article présente la Classification Hiérarchique des Morphotopes (HiMoC), une méthode novatrice de classification des formes bâties, fondée sur la théorie et adaptable au calcul. HiMoC met en œuvre le concept de morphotope – la plus petite localité dotée d'un caractère distinctif – grâce à une méthode de régionalisation sur mesure. L'agrégation adaptative spatiale agglomérative (SAAG) permet de délimiter des localités contiguës et morphologiquement distinctes. Celles-ci sont ensuite organisées en un arbre taxonomique hiérarchique reflétant leur dissimilarité, à partir du profil morphométrique des bâtiments et des rues extraits de données ouvertes. Cette méthode offre une classification flexible et interprétable du tissu urbain, applicable à des échelles dépassant celles d'un seul pays. Testée sur un sous-ensemble de pays d'Europe centrale, elle regroupe plus de 90 millions d'emprises de bâtiments en plus de 500 000 morphotypes. La méthode étend les capacités des analyses morphométriques existantes et offre une perspective complémentaire aux produits de données à grande échelle existants, qui se concentrent principalement sur l'occupation du sol ou la définition conceptuelle des types de tissu urbain. Cette méthode, fondée sur une théorie solide, reproductible, non supervisée et évolutive, facilite une compréhension nuancée de la structure urbaine et trouve de nombreuses applications en urbanisme, en analyse environnementale et en études socio-spatiales.

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1) La taxonomie urbaine, qu'est-ce que c'est ?

La taxonomie urbaine est une classification du tissu bâti. Elle divise les villes en zones présentant des schémas urbains cohérents (architecture, agencement des bâtiments et des rues, compositions et configurations) et les relie par un arbre taxonomique. Ce dernier, à son tour, code les similarités entre les différentes zones. Cela permet de définir des morphotopes (les plus petites localités présentant un caractère distinctif par rapport à leurs voisines). Les trois premiers niveaux de la taxonomie sont nommés. La flexibilité de la hiérarchie permet de subdiviser une ville en plusieurs types selon vos préférences, de 2 (cohérent et incohérent) à des milliers, si vous le souhaitez. Vous pouvez consulter les noms et une brève description ci-dessous. Pour les visualiser, consultez la carte de Prague comme exemple.

Comparaison de Prague et Vienne à la même échelle (source : Urban Taxonomy)

Légende des morphotopes :

  • Tissu interconnecté cohérent (en jaune)
    Un tissu interconnecté cohérent est typique des centres-villes historiques, où les bâtiments forment un ensemble dense. Dans ce secteur, la densité bâtie et la connectivité des rues locales sont élevées, tandis que les distances entre les bâtiments restent relativement faibles. Les bâtiments partagent souvent des murs, formant ainsi des structures plus vastes avec des cours le long de rues relativement courtes et étroites.

  • Tissu adjacent dense et cohérent (en vert foncé)
    Dans un tissu adjacent dense et cohérent, la densité bâtie et la connectivité des rues locales sont élevées, tandis que les distances entre les bâtiments restent relativement faibles. Les bâtiments partagent souvent des murs, formant ainsi des structures plus vastes le long de rues relativement courtes et étroites.

  • Tissu disjoint dense cohérent (en vert clair)
    Le tissu urbain dense et disjoint, cohérent, présente une densité de construction modérée à élevée et une connectivité locale des rues, avec des rues plus longues et plus larges que celles des autres quartiers denses. Les murs mitoyens entre les bâtiments sont moins fréquents et les distances intra-bâtiment sont modérées, reflétant un schéma de structures autonomes au sein d'un réseau viaire robuste.

  • Tissu homogène incohérent à grande échelle (en bleu foncé)
    Le tissu urbain homogène et incohérent à grande échelle se compose de grands bâtiments présentant des variations modérées de taille et de forme, ainsi que d'une connectivité routière faible à modérée et de rues larges. L'environnement qui en résulte est spacieux, avec d'importants espaces ouverts entre les structures, typiques de l'habitat moderniste, et certaines zones présentent un degré d'homogénéité relativement élevé, dû aux principes d'urbanisme sous-jacents.

  • Tissu hétérogène incohérent à grande échelle (en bleu clair)
    Ce tissu hétérogène à grande échelle et incohérent se compose de bâtiments imposants présentant des variations notables de taille et de forme, ainsi que d'une connectivité routière faible à modérée et de rues larges. La conception ne privilégie pas l'ensoleillement, créant des configurations larges mais moins raffinées, typiques des zones industrielles et autres zones de services.

  • Tissu compact incohérent à petite échelle (en rouge)
    Ce tissu urbain compact et incohérent présente une densité de construction et une connectivité des rues faibles à modérées. Les bâtiments présentent un alignement cohérent entre eux et le long des rues de longueur, de largeur et de linéarité variables. On observe également un nombre important de murs mitoyens entre les structures, typiques des villages plus traditionnels.

2) Accès aux données

La classification couvre actuellement six pays (Autriche, Tchéquie, Allemagne, Lituanie, Pologne et Slovaquie), et d'autres seront bientôt disponibles. L'ensemble du parc immobilier est réparti géographiquement sur la base des régions NUTS1 (2024) .

Tous les éléments du travail s'appuient sur des logiciels et des données libres, le code et les données résultants étant librement accessibles. Le code, accompagné de la spécification d'un environnement reproductible, est disponible sur github.com/uscuni/urban_taxonomy et archivé sur doi.org/10.5281/zenodo.17105270. 

Pour les données, voir la rubrique Données sur le site. Celles-ci sont disponibles au format parquet et json.

3) Article scientifique

Pour en savoir plus, lire l'article :

Martin Fleischmann, Krasen Samardzhiev, Anna Brázdová, Daniela Dančejová, Lisa Winkler (2025). The Hierarchical Morphotope Classification A Theory-Driven Framework for Large-Scale Analysis of Built Form [Classification hiérarchique des morphotypes : un cadre théorique pour l'analyse à grande échelle des formes bâties], arXiv:2509.10083, https://doi.org/10.48550/arXiv.2509.10083

L'environnement bâti, composé d'une multitude de modèles de bâtiments, de rues et de parcelles, influence profondément la perception et le fonctionnement des villes. Bien qu'il existe différentes méthodes de classification des modèles urbains, elles manquent souvent de fondement théorique solide, ne sont pas extensibles au-delà de l'échelle locale ou sacrifient le détail à une application plus large. Cet article présente la Classification Hiérarchique des Morphotopes (HiMoC), une méthode novatrice, théorique et évolutive de classification du bâti. HiMoC opérationnalise le concept de morphotope – la plus petite localité dotée d'un caractère distinctif – grâce à une méthode de régionalisation sur mesure SA3 (Spatial Agglomerative Adaptive Aggregation), afin de délimiter des localités contiguës et morphologiquement distinctes. Celles-ci sont ensuite organisées selon un arbre taxonomique hiérarchique reflétant leurs dissimilarités, basé sur le profil morphométrique des bâtiments et des rues extraits de données ouvertes. Cette classification permet une classification flexible et interprétable du tissu bâti, applicable au-delà de l'échelle d'un seul pays. La méthode est testée sur un sous-ensemble de pays d'Europe centrale, regroupant plus de 90 millions d'empreintes de bâtiments en plus de 500 000 morphotypes. Elle étend les capacités des analyses morphométriques disponibles, tout en offrant une perspective complémentaire aux produits de données à grande échelle existants, principalement axés sur l'occupation du sol ou la définition conceptuelle des types de tissus urbains. Cette méthode, fondée sur la théorie, reproductible, non supervisée et évolutive, facilite une compréhension fine de la structure urbaine et trouve de nombreuses applications en urbanisme, analyse environnementale et études socio-spatiales.

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Ségrégation socio-spatiale et mobilité humaine : une revue de données empiriques


Yuan Liao, Jorge Gil, Sonia Yeh, Rafael HM Pereira, Laura Alessandretti (2025). Socio-spatial segregation and human mobility : A review of empirical evidence [Ségrégation socio-spatiale et mobilité humaine : une revue des données empiriques], Computers environments and urban systems, 117, https://www.urbandemographics.org/publication/2025_ceus_segregation_and_human-mobility/

La ségrégation socio-spatiale désigne la séparation physique de différents groupes sociaux, économiques ou démographiques au sein d'un même espace géographique, entraînant souvent des inégalités d'accès aux ressources, aux services et aux opportunités. La littérature s'est traditionnellement concentrée sur la ségrégation résidentielle, examinant la répartition des lieux de résidence des individus selon différents attributs sociaux, tels que l'origine ethnique et le revenu. Cependant, cette approche néglige la complexité de la ségrégation spatiale dans les activités quotidiennes des individus, qui s'étend souvent bien au-delà des zones résidentielles. Depuis les années 2010, l'émergence de nouvelles sources de données sur la mobilité a permis une nouvelle compréhension de la ségrégation socio-spatiale en prenant en compte des activités quotidiennes telles que le travail, l'école, les courses et les loisirs. Des enquêtes traditionnelles aux trajectoires GPS, diverses sources de données révèlent que la mobilité quotidienne peut entraîner des niveaux de ségrégation spatiale différents de ceux observés pour la ségrégation résidentielle. Cette revue de la littérature se concentre sur trois questions cruciales : (a) Quels sont les points forts et les limites des recherches sur la ségrégation intégrant des données de mobilité exhaustives ? ​​(b) Quel est le lien entre les schémas de mobilité humaine et les niveaux de ségrégation résidentielle et ceux vécus par les individus ? et (c) Quels facteurs clés expliquent la relation entre les schémas de mobilité et la ségrégation vécue ? Notre revue de la littérature améliore la compréhension de la ségrégation socio-spatiale à l'échelle individuelle et clarifie les concepts fondamentaux et les défis méthodologiques du domaine. Elle explore les études portant sur des thèmes clés : la ségrégation, l'espace d'activité, la coprésence et l'environnement bâti. En synthétisant leurs résultats, les auteurs souhaitent proposer des pistes de réflexion concrètes pour réduire la ségrégation.

La ségrégation socio-spatiale de chaque individu est souvent mesurée de deux manières : en tant que résident (ségrégation résidentielle) et en tant que visiteur ou voyageur (ségrégation vécue). Une question importante est de savoir si la ségrégation vécue est inférieure ou supérieure à la ségrégation résidentielle. La littérature révèle des résultats contradictoires, indiquant que le déplacement hors des zones résidentielles peut entraîner des niveaux de ségrégation mesurés inférieurs ou supérieurs à la ségrégation résidentielle, variant considérablement selon les individus et les groupes. Des études basées sur des données GPS ont révélé que la ségrégation ressentie est influencée par le mode de vie des individus, tel que reflété par le type de lieux fréquentés au quotidien. Les modes de vie plus axés sur la socialisation, les week-ends de shopping et les sorties au café sont associés à une meilleure intégration sociale. En revanche, les personnes fréquentant les lieux de divertissement et les restaurants peuvent présenter des niveaux de ségrégation ressentie plus élevés, car ces lieux s'adressent à des groupes de revenus spécifiques, et leur coût ou leur contexte culturel peuvent exclure les personnes à faibles revenus. 

Les données montrent que les personnes résidant dans la même zone avec un logement et une accessibilité aux transports similaires peuvent avoir des niveaux de ségrégation ressentis différents en raison de la diversité de leurs exigences en matière d'activités et de leurs modes de vie. Les changements de mode de vie, tels que le télétravail, le commerce électronique, la livraison de repas, etc., peuvent influencer les niveaux de ségrégation ressentis par les individus. L'analyse de plus de 170 travaux de recherche révèle qu’une mobilité accrue permet aux individus d’être présents auprès de populations plus diverses, notamment en dehors de leurs quartiers résidentiels, offrant ainsi la possibilité de réduire le niveau de ségrégation ressentie. Les auteurs ont identifié plus de 70 études de référence utilisant des informations de géolocalisation issues de sources de données émergentes, telles que les dispositifs de localisation GPS, les GPS des téléphones portables, les enregistrements d'appels et les tweets géolocalisés, pour étudier la ségrégation socio-spatiale. 

L'abondance et la complexité des mégadonnées ont stimulé le développement de méthodes et d'outils analytiques innovants dans la recherche sur la ségrégation socio-spatiale. Par exemple, la théorie de l'homophilie de mobilité, confirmée dans de multiples régions, étend sa pertinence au-delà de la ségrégation résidentielle pour inclure les schémas de ségrégation des espaces d'activité. L'exploitation de sources de données émergentes permet d'intégrer de vastes données de géolocalisation de mobilité avec des données de réseaux sociaux, dévoilant des modèles auparavant inobservables à des échelles aussi fines. Les études utilisant des sources de données émergentes, telles que les applications mobiles et les services GPS, sont confrontées à quatre défis majeurs : les biais démographiques, l’échantillonnage inégal des lieux, l’association avec les données de recensement et la méthodologie de quantification de la ségrégation socio-spatiale.

Plusieurs études soulignent la corrélation entre les niveaux de ségrégation résidentielle et vécue, attirant l'attention sur le phénomène d'homophilie de mobilité. Généralement, le niveau de ségrégation d'un individu dans son espace d'activité est inférieur à celui mesuré dans son quartier résidentiel. Cependant, ces deux aspects ne sont pas nécessairement contradictoires. Les différences de richesse induisent des schémas de mobilité distincts. Dans les pays développés, les personnes ayant un statut socio-économique élevé pratiquent souvent des activités plus diversifiées et accèdent à divers lieux, ce qui dilue leurs niveaux de ségrégation vécue. À l'inverse, les personnes à faibles revenus ont généralement une mobilité plus localisée, intensifiant leurs niveaux de ségrégation vécue. Dans les pays en développement, l'effet inverse a été observé. Les différents groupes ethniques affichent des schémas de mobilité spécifiques, gravitant souvent vers des zones majoritairement occupées par leurs communautés ou y restant. 

Pour l'avenir, les auteurs préconisent trois axes de recherche essentiels, soulignant la nécessité d'une approche interdisciplinaire. Il s'agit notamment d'explorer la ségrégation vécue et de concevoir des explications spécifiques à chaque région. Premièrement, ils suggèrent que les approches spatiales d'activité alimentées par les mégadonnées géographiques soient intégrées à des sources de données supplémentaires quantifiant les systèmes de transport et les espaces urbains. Cette intégration permettrait une analyse plus complète des relations entre logement, accès aux transports, aménagement urbain et ségrégation individuelle vécue, maximisant ainsi le potentiel de l'effet d'échelle des mégadonnées. Deuxièmement, les études utilisant l'analyse de l'espace urbain pour favoriser l'intégration spatiale devraient intégrer des connaissances empiriques sur les comportements de mobilité des individus. Comme le montrent les données empiriques sur la mobilité, le défi de l'aménagement urbain pour promouvoir l'inclusion sociale pourrait résider dans la réduction de l'écart entre la coprésence intentionnelle et observée entre différents groupes de population. Troisièmement, il s'agira d'explorer les relations causales entre l'occupation du sol, les infrastructures de transport et la ségrégation vécue. L'étude de l'influence des variations des modes d'occupation du sol et des niveaux d'accessibilité sur la mobilité humaine pourrait apporter des éclairages précieux sur l'efficacité des interventions politiques visant à réduire la ségrégation socio-spatiale. Cette approche pourrait aider à identifier des stratégies pour renforcer la cohésion communautaire grâce à la planification urbaine et à la conception de politiques.

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Le Mobiliscope, un outil de géovisualisation pour explorer les mobilités urbaines heure par heure

Portail des mobilités dans le Grand Paris (APUR)

Étudier les mobilités résidentielles des jeunes Américains à partir du site Migration Patterns

Vers une loi universelle des mobilités urbaines ? (Senseable City Lab - MIT)

Quels apports du Géoweb et de la géolocalisation pour représenter les mobilités touristiques ?

Quelle évolution de la ségrégation résidentielle en France ? (France Stratégie)

Mesurer la ségrégation scolaire aux États-Unis sur les 30 dernières années (1991-2022)


Le 9e rapport sur l’état de l’océan (OSR9) alerte sur les impacts du réchauffement sur les écosystèmes marins


Le 9e rapport sur l’état de l’océan (OSR9) publié le 25 septembre 2025 par l’Institut européen Copernicus et l’organisation scientifique Mercator Ocean International alerte sur les impacts du réchauffement sur les écosystèmes marins. Publié chaque année par le Service Copernicus Marine, le rapport documente les changements généralisés de l'océan qui affectent les écosystèmes, la production alimentaire, les économies, les vies humaines et les moyens de subsistance, ainsi que la régulation climatique régionale et mondiale.

Le rapport révèle un océan qui connaît une acidification rapide, une élévation du niveau de la mer et un réchauffement des océans (au-dessus et au-dessous de la surface) dans tous les bassins océaniques, qui sont également pollués par les déchets plastiques provenant de tous les continents. 

  • L'océan mondial a atteint un record de 21°C au printemps 2024, avec une accélération continue et constante de la teneur en chaleur de l'océan de 0,14 W/m² par décennie.
  • L'Atlantique Nord-Est et les mers adjacentes se réchauffent deux fois plus vite que la moyenne mondiale, soit +0,27°C par décennie depuis 1982.
  • Les vagues de chaleur marines ont atteint des températures record en 2023 et 2024, dépassant de 0,25 °C les records de 2015 et 2016

L'OSR 9 détaille les changements dans l'océan mondial et les mers régionales européennes, en se concentrant sur 2023 et 2024. Il indique qu'aucune partie de l'océan n'est épargnée par ce que l'ONU appelle la « triple crise planétaire » : changement climatique, perte de biodiversité et pollution. Le message clé qui ressort de l'OSR 9 est que tout est lié. Lorsque l'océan change, tout ce qui lui est lié évolue également : les écosystèmes marins, la société et l'économie.

Aperçu des thèmes clés de l'OSR9. Adapté de von Schuckmann et al., 2025
(source : Copernicus Ocean State Report 9 Résumé)

Le résumé est divisé en cinq sections principales :
  • Changement océanique
  • Changements dans l'écosystème marin
  • Changement sociétal
  • Changement économique
  • Comprendre les connexions

Le rapport établit un lien clair entre réchauffement des océans et prolifération d’espèces invasives. En Méditerranée par exemple, la hausse des températures bouleverse la biodiversité et fragilise la pêche artisanale. De mai 2022 à janvier 2023, la Méditerranée a connu sa plus longue vague de chaleur marine en 40 ans, avec +4,3°C au-dessus des normales. Ces eaux anormalement chaudes ont accéléré la reproduction d’espèces invasives, modifiant les écosystèmes côtiers. Dans le delta du Pô, au nord-est de l'Italie, des crabes bleus de l'Atlantique, envahissants et voraces, ont entraîné un effondrement de la production de palourdes de 75 à 100 %. Le ver de feu barbu, long de 70 cm et doté de soies venimeuses, perturbe la pêche artisanale en Sicile, détruisant appâts et poissons capturés. Sa prolifération illustre comment le réchauffement des eaux amplifie l’impact d’espèces déjà présentes.

Illustration de ce que l'ONU appelle la « triple crise planétaire » : changement climatique, perte de biodiversité et pollution plastique des océans. Adapté de von Schuckmann et al., 2025
(source : Copernicus Ocean State Report 9)

Pour compléter

« Marine heatwaves modulate food webs and carbon transport processes » (Nature Communications)

Mariana Bif (Université de Miami) et une équipe internationale du MBARI révèlent dans Nature Communications que les vagues de chaleur marines bouleversent les réseaux trophiques océaniques et ralentissent le transfert du carbone vers les grands fonds, fragilisant ce puits planétaire. Les chercheurs ont étudié la mer du Golfe d’Alaska, touchée par deux vagues de chaleur, “The Blob” (2013-2015) et celle de 2019-2020. Grâce aux flotteurs robotiques du programme GO-BGC, ils ont observé que ces événements modifient la composition du plancton et le cycle du carbone. Ces transformations montrent que chaque vague de chaleur marine agit différemment selon les espèces dominantes. Le ralentissement du flux de carbone vers le fond accroît le risque de réémission dans l’atmosphère, réduisant la capacité des océans à atténuer le changement climatique.

Lien ajouté le 16 janvier 2026

« Une nouvelle étude révèle que les dommages causés aux océans doublent presque le coût économique du changement climatique  » (ABCNews).

Les dommages causés aux océans par le changement climatique – surnommés le coût social « bleu » du carbone – font que le coût mondial des émissions de dioxyde de carbone pour la société double presque, selon de nouvelles conclusions de chercheurs de l’Institut d’océanographie Scripps de l’Université de Californie à San Diego. Pour la première fois, des scientifiques ont pris en compte les dommages causés aux océans dans le coût social du carbone, et ont constaté qu'ils doublent presque l'impact économique du changement climatique. Les chercheurs ont calculé un coût supplémentaire de 46,2 dollars par tonne de dioxyde de carbone, soit un total de 97,2 dollars par tonne, ce qui représente une augmentation de 91 %, selon l'étude publiée dans Nature Climate Change. Les chercheurs ont indiqué que l'océan n'avait jamais été pris en compte dans l'évaluation des dommages économiques causés par les émissions de gaz à effet de serre. Il a été largement négligé dans le calcul standard du coût social du carbone, malgré la dégradation généralisée des écosystèmes coralliens, les pertes liées à la pêche et les dommages causés aux infrastructures côtières – autant de phénomènes « bien documentés » qui affectent des millions de personnes dans le monde. De plus, la répartition des impacts est très inégale à travers le monde. Les îles et les petites économies seront touchées de manière disproportionnée, compte tenu de leur dépendance aux produits de la mer et à l'alimentation, toujours selon l'étude. Le changement climatique amplifié par l'activité humaine endommage les océans en augmentant leur température et en modifiant leur composition chimique. Ces changements altèrent la répartition des espèces et endommagent des écosystèmes tels que les récifs coralliens, les mangroves, les herbiers marins et les forêts de varech. Les infrastructures côtières, telles que les ports maritimes, peuvent également être endommagées par l'augmentation des inondations et l'intensification des tempêtes.

Liens ajoutés le 7 février 2026

« L’observation de l’océan au service de l’humanité  » (Le Monde).

Un collectif de chercheurs issus de l’Ifremer, du CNRS, de l’IRD, de Sorbonne Université et de Mercator Ocean rappellent que l’observation de l’océan est devenue un pilier scientifique et politique pour comprendre le climat, la biodiversité et guider l’action publique. L’océan régule le climat, absorbe une part du CO₂, soutient la biodiversité et des millions d’emplois. Mais ces fonctions sont fragilisées par une triple crise mesurée scientifiquement. Le 9e rapport du service marin Copernicus synthétise ces signaux d’alerte globaux. L’observation repose sur deux piliers complémentaires. Les satellites européens, coordonnés par l’ESA et EUMETSAT via Copernicus, offrent une vision globale continue du niveau marin, de la température, de la glace ou de la salinité des océans. Les données in situ complètent cette vision. Plus de 4.000 flotteurs Argo mesurent température et salinité jusqu’à 2.000 m de profondeur. Bouées, navires et observatoires côtiers permettent d’analyser courants, écosystèmes et dynamiques invisibles depuis l’espace. Ces observations alimentent des modèles opérationnels et des jumeaux numériques de l’océan développés par Mercator Ocean. Ils servent à anticiper submersions, vagues de chaleur marines ou impacts d’aménagements portuaires, et à évaluer les politiques publiques. Les chercheurs soulignent néanmoins de fortes fragilités. Les données biologiques et socio-économiques restent lacunaires, surtout dans l’hémisphère Sud et l’océan Austral. Les coupes budgétaires américaines menacent des séries longues essentielles à la compréhension du changement global. Les capteurs et données sont stratégiques pour appliquer le traité sur la haute mer, gérer les aires marines protégées et prévenir les risques. Sans état de référence fiable, les décisions se font à l’aveugle. En définitive, l’observation devient un enjeu de souveraineté. Les auteurs appellent ainsi à renforcer durablement les financements, élargir la couverture spatiale et intégrer biologie et usages humains. L’observation océanique est présentée comme l’ossature d’une action climatique fondée sur la science et la coopération internationale. 

Distribution des 4198 flotteurs profileurs du programme international Argo actifs en décembre 2025, mesurant notamment la température et la salinité de l’océan de la surface jusqu’à 2000 m.


Thierry, V. et al (2025). « Advancing ocean monitoring and knowledge for societal benefit : the urgency to expand Argo to OneArgo by 2030 » [Améliorer la surveillance et la connaissance des océans au service de la société : l’urgence de transformer Argo en OneArgo d’ici 2030], Sec. Ocean Observation volume 12 - 2025, https://doi.org/10.3389/fmars.2025.1593904

L'océan joue un rôle essentiel dans la régulation du climat terrestre, influençant les conditions météorologiques, assurant la subsistance de populations entières, modérant le changement climatique d'origine anthropique, abritant une biodiversité immense et soutenant l'économie mondiale. Les activités humaines modifient les océans, fragilisent leur santé et menacent les services essentiels qu'ils rendent à la société, avec des conséquences importantes sur le bien-être, la sécurité et la prospérité économique des populations. Un suivi efficace et durable de l'état physique, biogéochimique et de la structure des écosystèmes océaniques est donc urgent pour permettre l'adaptation au changement climatique, la gestion du carbone et une gestion durable des ressources marines. Le programme Argo, pierre angulaire du Système mondial d'observation des océans (GOOS), a révolutionné l'observation des océans en fournissant des données mondiales en temps réel et librement accessibles sur la température et la salinité des 2 000 premiers mètres de l'océan (Argo principal), grâce à une robotique simple et économique. Depuis 25 ans, les données Argo sont à la base de nombreux services de prévision océanique, climatique et météorologique, jouant un rôle fondamental dans la protection des biens et des vies humaines. Les données d'Argo ont permis d'évaluer plus précisément le réchauffement des océans, l'élévation du niveau de la mer et les processus sous-jacents, et ont contribué à des avancées scientifiques majeures tout en sensibilisant et en éduquant le public. Fort du succès d'Argo, OneArgo vise à étendre considérablement ses capacités d'ici 2030, en couvrant toute la profondeur océanique, en collectant des paramètres biogéochimiques et en observant les régions polaires en pleine mutation. Offrant une extension synergique, à l'échelle du sous-sol et de l'ensemble du globe, à plusieurs missions clés d'observation de la Terre spatiales et aux composantes du programme GOOS, OneArgo permettra des prévisions biogéochimiques et écosystémiques ainsi que de nouvelles prévisions climatiques à long terme pour lesquelles les grands fonds océaniques constituent un élément essentiel. Moteur d'une révolution dans notre compréhension des écosystèmes marins et des océans polaires et profonds, encore mal étudiés, OneArgo jouera un rôle déterminant dans l'évaluation de l'élévation du niveau de la mer, des flux de carbone océaniques, de l'acidification et de la désoxygénation. Parmi les applications émergentes de OneArgo figurent de nouvelles perspectives sur le mélange océanique, la bathymétrie océanique et le transport sédimentaire, ainsi que l'évaluation de la résilience des écosystèmes. La mise en œuvre de OneArgo nécessite environ 100 millions de dollars par an, soit une augmentation significative par rapport au financement actuel d'Argo. OneArgo est un investissement stratégique et rentable qui fournira aux décideurs, tant gouvernementaux qu'industriels, les connaissances essentielles pour relever les défis environnementaux actuels et futurs, et préserver l'océan et le bien-être humain pour les générations à venir.

Lien ajouté le 2 avril 2026

Sharoni, S., Inomura, K., Dutkiewicz, S. et al. (2026) « Biochemical remodelling of phytoplankton cell composition under climate change » [Remodelage biochimique de la composition cellulaire du phytoplancton sous l'effet du changement climatique]. Nature Climate Change, https://doi.org/10.1038/s41558-026-02598-w

Des scientifiques du Massachusetts Institute of Technology étudient l’impact du climat sur le phytoplancton. Ils montrent que le réchauffement modifie la base alimentaire des océans, avec des effets potentiels sur toute la chaîne trophique. Le phytoplancton nourrit le krill, les poissons puis les grands prédateurs. Aujourd’hui, plus de la moitié de sa composition est protéique. Sa répartition dépend de la lumière, des nutriments et des circulations océaniques, qui structurent les écosystèmes marins. Le modèle du MIT combine données expérimentales et circulation océanique. Il simule un réchauffement de +3°C d’ici 2100. Résultat, une transformation globale de la composition, avec un basculement vers plus de glucides et lipides et moins de protéines. Aux pôles, la fonte de la banquise augmente la lumière disponible. Le phytoplancton devient moins riche en protéines, jusqu’à -30%. Les populations augmentent, mais leur qualité nutritive diminue, ce que les chercheurs qualifient d’"ocean fast-food". Dans les régions subtropicales, les populations pourraient chuter de 50%. Le ralentissement des circulations limite les nutriments. Les organismes doivent s’adapter en profondeur, modifiant leur composition et perturbant les équilibres biologiques régionaux. Des observateurs en Arctique et Antarctique confirment déjà ces tendances. La base énergétique des océans change. Cette transformation modifie la répartition des ressources alimentaires et pourrait reconfigurer les écosystèmes marins à l’échelle mondiale.

Lien ajouté le 25 mai 2026

Zhou, X., Novi, L., Hay, M.E. et al. « Changing drivers of the Great Atlantic Sargassum Belt from physical forcing to ecological control » [Évolution des facteurs à l'origine de la Grande Ceinture de Sargassums de l'Atlantique : du forçage physique au contrôle écologique]. Nature Communications 17, 4600 (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-72183-4

Des chercheurs expliquent pourquoi les sargasses prolifèrent dans l’Atlantique tropical. D’abord poussées par les vents et le brassage de l’océan, elles sont désormais entretenues par un recyclage écologique des nutriments dans leurs propres tapis flottants. Depuis 2011, les échouages de sargasses ne sont plus un désagrément local des plages caribéennes. Une grande ceinture flottante traverse l’Atlantique tropical, de l’Afrique de l’Ouest à l’Amérique du Sud, et transforme un phénomène marin en problème géographique partagé et coûteux. L’échelle du phénomène est désormais spectaculaire. Depuis 2018, la Grande ceinture atlantique des #sargasses dépasse 20 millions de tonnes à son pic annuel, souvent en juin ou juillet. En 2025, elle franchit 30 millions de tonnes et pèse lourdement sur les littoraux touchés. Les auteurs rattachent le déclenchement à l’atmosphère. La phase très négative de l’oscillation nord-atlantique en 2009-2010 a poussé des sargasses vers 5°N. Les vents plus forts ont ensuite épaissi la couche mélangée et fait remonter des nutriments vers la surface océanique. Entre 2011 et 2020, le brassage de surface nourrit largement les blooms. Dans certaines zones, la couche mélangée devient plus profonde de plus de 20%, surtout en hiver et au printemps. Cette remontée aurait fourni environ la moitié de l’azote nécessaire à la croissance. Les chercheurs écartent les explications uniques. Les apports de l’Amazone ne suivent pas directement la biomasse observée. La température seule ne suffit pas, et l’upwelling équatorial diminue depuis 2022 alors que les sargasses continuent d’augmenter dans l’Atlantique tropical. Depuis 2020, la dynamique devient surtout écologique. Les vieux tapis de sargasses et les organismes qui y vivent recyclent les nutriments près de la surface. Crevettes, crabes, poissons et décomposition entretiennent ainsi un milieu qui fertilise les blooms de l’année suivante. Le modèle reproduit les concentrations de 2011-2022 et prévoit bien celles de 2023-2024, avec une corrélation de 0,84. Cette prévision peut aider à récolter au large avant l’échouage et à valoriser la biomasse, ms seulement si la collecte reste durable pour les littoraux. 

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CLIWOC. Une base de données climatologiques des océans à partir des journaux de bord des navires (1750-1850)


Attribution systématique des vagues de chaleur aux émissions des grandes compagnies de carbone

 

Source : Quilcaille, Y., Gudmundsson, L., Schumacher, D.L. et al. (2025). Systematic attribution of heatwaves to the emissions of carbon majors. Nature, 645, 392–398. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09450-9

L'attribution des événements extrêmes évalue l'impact du changement climatique sur les extrêmes climatiques, mais se concentre généralement sur des événements uniques. De plus, ces attributions quantifient rarement dans quelle mesure les acteurs anthropiques ont contribué à ces événements. Les chercheurs montrent ici que le changement climatique a rendu plus probables et plus intenses 213 vagues de chaleur historiques signalées entre 2000 et 2023, auxquelles chacun des 180 grands producteurs de carbone (producteurs de combustibles fossiles et de ciment) a contribué de manière substantielle. Ce travail s'appuie sur un cadre bien établi basé sur les événements. En raison du réchauffement climatique depuis 1850-1900, la médiane des vagues de chaleur au cours de la période 2000-2009 est devenue environ 20 fois plus probable, et environ 200 fois plus probable au cours de la période 2010-2019. Globalement, un quart de ces événements auraient été pratiquement impossibles sans le changement climatique. Les émissions des principaux polluants carbonés contribuent à la moitié de l'augmentation de l'intensité des vagues de chaleur depuis 1850-1900. Selon le principal polluant carboné, leur contribution individuelle est suffisamment élevée pour permettre la survenue de 16 à 53 vagues de chaleur, ce qui aurait été pratiquement impossible sous un climat préindustriel. Les auteurs étabblissent que l'influence du changement climatique sur les vagues de chaleur a augmenté et que tous les principaux polluants carbonés, même les plus petits, ont contribué substantiellement à leur apparition. Ces résultats contribuent à combler le manque de preuves permettant d'établir la responsabilité des extrêmes climatiques historiques. 

Fig.1  Pour chaque vague de chaleur signalée, la contribution du changement climatique à l’événement est évaluée à l’aide de modèles statistiques et de multiples sources de données  (source : Quilcaille et al., 2025). La carte indique le nombre de vagues de chaleur signalées par pays dans EM-DAT (www.emdat.be) sur la période 2000-2023.


Pour chaque vague de chaleur signalée, la contribution du changement climatique à l’événement est évaluée à l’aide de modèles statistiques et de multiples sources de données. Les émissions des principaux producteurs de carbone sont estimées à partir des registres de production des entreprises et des facteurs d'émission associés, ce qui conduit à un ensemble de données qui fournit les émissions de CO2 et de CH4 pour 180 principaux producteurs de carbone sur la période 1854-2023. Au total, les émissions de ces principaux producteurs de carbone représentent 57 % du total des émissions anthropiques cumulées de CO2, y compris l'utilisation des terres sur la période 1850-2023. Si l'on considère uniquement les émissions des combustibles fossiles et du ciment, les émissions de ces principaux producteurs de carbone représentent 75 % des émissions cumulées de CO2 sur la période 1850-2023. Les principaux producteurs de carbone ont des contributions hétérogènes aux émissions de CO2. Les 14 principaux géants du carbone (l'ex-Union soviétique, la République populaire de Chine pour le charbon, Saudi Aramco, Gazprom, ExxonMobil, Chevron, la National Iranian Oil Company, BP, Shell, l'Inde pour le charbon, Pemex, CHN Energy, la République populaire de Chine pour le ciment) représentent 30 % du total cumulé des émissions anthropiques de CO2, y compris l'utilisation des terres, soit à peu près autant que les 166 autres géants du carbone réunis (27 %). Au niveau national, 33 géants du carbone ont leur siège social aux États-Unis, représentant 10 % des émissions totales de CO2, et 33 géants du carbone ont leur siège social en Chine (12 % des émissions totales de CO2).

Fig. 2. Par leurs émissions, chaque grande puissance carbonée contribue au changement climatique et donc aux vagues de chaleur, même les plus petites (source : Quilcaille et al., 2025).



Comme le souligne CarbonBrief, « les études d’attribution jouent déjà un rôle important devant les tribunaux en fournissant des preuves qui aident les juges à déterminer la responsabilité. Alors que de plus en plus de poursuites judiciaires visent à tenir les entreprises à fortes émissions responsables de leur contribution aux impacts du changement climatique ou à contraindre les États et les entreprises à réduire leurs émissions et à prévenir l'aggravation des dommages climatiques, des travaux comme celui-ci constituent la base d'une prise de décision judiciaire éclairée. [...] L'article de Quilcaille & al. 2025 utilise l’une des méthodes d’attribution les plus anciennes et les plus couramment utilisées, appelée attribution probabiliste. Plus précisément, il utilise la méthode définie par l’initiative World Weather Attribution pour ses analyses « d’attribution rapide ». Les auteurs ont d’abord choisi un « seuil » de température pour définir leur vague de chaleur. Ils ont ensuite utilisé un modèle climatique global pour simuler deux mondes : l’un reproduisant la situation lors de la canicule, l’autre le climat de 1850 à 1900. Ce second scénario permet de représenter le climat d’un monde sans changement climatique d’origine humaine. Les auteurs ont exécuté leurs modèles des milliers de fois dans chaque scénario. Le climat mondial étant intrinsèquement chaotique, chaque simulation de l'évolution du climat sur plusieurs années produit une progression des températures légèrement différente. Cela signifie que certaines simulations simulent la canicule, tandis que d'autres ne le font pas. Les auteurs comptent le nombre de fois où la température seuil a été atteinte à chaque exécution du modèle. Ils ont ensuite comparé la probabilité de franchir ce seuil dans un monde soumis au changement climatique et dans un monde sans changement climatique. »

Lien ajouté le 26 mars 2026

Charles Labrousse, Yann Perdereau (2026). Taxer les émissions des entreprises ou taxer celles des ménages : effets selon les revenus et les territoires. Insee Analyses, n°117, 26 mars 2026, https://www.insee.fr/fr/statistiques/8887123

Cette étude présente les résultats d’un modèle économique permettant de simuler les effets d'une taxe carbone, qui varient selon le lieu de résidence et le revenu. Taxer les émissions de gaz à effet de serre n’affecte pas les ménages de la même façon, selon leur niveau de vie ou le type de territoire qu’ils habitent. Les ménages du rural non périurbain dépensent 2,7 fois plus en énergies fossiles que ceux du grand centre urbain de Paris et travaillent dans des secteurs 2,8 fois plus émetteurs. Ils subissent donc plus fortement la hausse des coûts et le ralentissement de l’activité induits par la taxation du carbone.

Selon un modèle tenant compte des disparités territoriales et des capacités d’adaptation des ménages et des entreprises, une taxe carbone, appliquée à l’ensemble des émissions nationales (ménages et entreprises), et les réduisant de 10 %, ferait baisser le bien-être, ici mesuré à la seule aune de la consommation des ménages – donc sans tenir compte d’éventuels gains induits par un renforcement de services publics que cette taxe pourrait financer – de l’ordre de 1 % en moyenne. Celui des ménages ruraux baisserait environ 1,2 fois plus que celui des ménages du grand centre urbain de Paris, et les ménages les plus modestes seraient également plus affectés.

Une taxe sur les seules émissions directes des ménages pèserait sur leur consommation d’énergie, qui représente une part plus forte du budget des foyers modestes et ruraux que des ménages plus aisés et urbains. À l’inverse, taxer les entreprises seules aurait des effets un peu moins régressifs : le coût se répercuterait surtout sur les salaires, affectant de manière assez homogène l’ensemble des ménages, mais il affecterait également les revenus du capital, qui sont concentrés chez les plus aisés. Avec les hypothèses du modèle, cette taxe aurait des effets peu différenciés entre ménages urbains et ruraux.

Enfin, pour un même objectif de baisse d’émissions, une redistribution des recettes de la taxe permettrait à l’inverse d’augmenter légèrement le bien-être en moyenne. En outre, une redistribution tenant compte du revenu et du type de commune permettrait de cibler mieux les ménages les plus pénalisés par la taxe carbone et se traduirait par un gain de bien-être moyen cinq fois plus élevé par rapport à une redistribution uniforme ; dans ce cas, le bien-être des plus aisés resterait affecté.

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Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le Monde


Françoise Bahoken, Nicolas Lambert. Cartographia. Armand Colin, 2025, 240 p. (à découvrir sur le site de l'éditeur)

La Terre est-elle vraiment ronde ? Pourquoi le Nord est-il en haut sur nos cartes ? Quelle est réellement la plus haute montagne ? Les continents existent-ils vraiment ? Peut-on truquer une élection avec des cartes ? Autant de questions sérieuses ou insolites qui révèlent les dessous souvent méconnus de la fabrique cartographique. Dans cet essai accessible et richement illustré, Françoise Bahoken et Nicolas Lambert racontent comment les humains ont progressivement cartographié l’espace qui les entoure.

De la préhistoire à nos jours, de Claude Ptolémée à Albert Einstein, du précurseur Pei Xiu à l’ingénieuse Marie Tharp et l’horloger John Harrison, ce livre foisonnant d’anecdotes retrace une véritable épopée scientifique et technique, faite d’intuitions brillantes, d’erreurs fécondes et d’aventures humaines hors du commun. Dans une approche critique, il montre aussi que les cartes sont à la fois des instruments de connaissance au service du pouvoir et des outils de lutte pour le contester, voire le renverser.

Sommaire de l'ouvrage

Introduction : Il était une fois la cartographie.

Chapitre 1 : Mandarine ou citron ?
Forme. Quelle est la forme de la Terre ? Depuis quand le savons-nous ? Et comment a-t-il été possible d’en déterminer la taille ?

Chapitre 2 : Quelle heure est-il au pôle Nord ?
Coordonnées. Comment déterminer l’emplacement précis d’un lieu sur une carte ?

Chapitre 3 : « Un truc de fille »
Altitude. Comment mesurer la hauteur des montagnes ? Pourquoi choisir le niveau de la mer comme altitude 0 ? L'occasion de parler de Marie Tharp et du rôle des femmes en général en cartographie

Chapitre 4 : Le paradoxe de l’aviateur
Projection. Comment représenter la surface de la Terre sur une feuille de papier ?

Chapitre 5 : Breaking News
Orientation. Pourquoi le Nord est-il en haut ? Tous les cartographes procèdent-ils ainsi ?

Chapitre 6 : La trahison des images
Mensonge. Comment faire mentir les cartes ? Les longueurs n’existent pas, les cartographic traps, les vérités relatives de Google Maps, etc.

Chapitre 7 : Un sport de combat !
Pouvoir. « Qui contrôle la carte contrôle le monde » (Pierre Singaravélou, 2008).

Conclusion : Penser le monde en cartographe.

Voir le CR de l'ouvrage par Vincent Capdepuy « Dans l’atelier des cartographes » sur le site Non fiction.

Auteurs

Françoise Bahoken est chercheuse du Développement durable à l’Université Gustave Eiffel (département Aménagement, mobilités, environnement – AME), chargée d’enseignements à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Associée au laboratoire Géographie-cités (CNRS) et à la Fondation Paul Ango Ela pour la géopolitique en Afrique centrale.

Nicolas Lambert est ingénieur de recherche CNRS au Centre pour l’analyse spatiale et la géovisualisation (RIATE). Il enseigne la cartographie à l’université Paris Cité et anime la rubrique « le regard du cartographe » dans le journal l’Humanité.

Lien ajouté le 8 octobre 2025

« Faut-il corriger la carte du monde et rendre à l'Afrique sa juste place ? » (TV5 Monde).

On peut se demander pourquoi notre vision du monde est restée toujours collée à la représentation de Mercator. Françoise Bahoken l'explique par la démocratisation de la géographie sur le web. "Les grands dispositifs sur le web utilisent tous cette projection par défaut". Google par exemple vient de changer récemment de projection, mais c'est une des explications. Dans d'autres milieux, celui de géographes, d'universitaires ou d'activistes, nous dit la chercheuse, ce n'est pas cette projection qui est privilégiée. Ils préfèrent adapter la projection à la région du monde étudiée et au théme représenté. La campagne "Correct the Map" pour faire adopter la projection de Gall-Peters, qui représente plus fidèlement la taille des continents et des pays. Soutenue à la mi-août par l'Union africaine, cette initiative veut développer l'usage de cartes donnant une image plus juste de la taille des pays. Des cartes que ces organisations veulent distribuer largement dans les salles de classe et les institutions internationales. Cela changerait considérablement les perceptions fausses sur les pays que des millions de gens ont pu se forger au cours des siècles.

« Le Togo s'attaque à la projection Mercator, représentation du monde qui rapetisse l'Afrique » (RFI).

Le Togo lance une initiative à l’ONU pour remplacer la projection Mercator. Cette carte, utilisée depuis près de 500 ans, déforme la taille des continents et réduit visuellement l’Afrique, posant un problème de représentation géographique mondiale. La projection Mercator agrandit les régions proches des pôles. Le Groenland y apparaît aussi vaste que l’Afrique, alors qu’il est en réalité 14 fois plus petit. Cette distorsion favorise les pays du Nord et biaise la perception des équilibres territoriaux mondiaux.Conçue pour la navigation, la Mercator conserve les angles et facilite les routes maritimes. Mais elle déforme fortement les surfaces. Ce choix technique produit un effet politique en valorisant les puissances du Nord dans les représentations scolaires et institutionnelles. L’Union africaine mandate le Togo pour porter une réforme cartographique. L’objectif est d’adopter la projection Equal Earth, qui respecte les proportions réelles des continents, en limitant les déformations et en rééquilibrant la lecture des espaces mondiaux. Le projet vise une résolution à l’ONU lors de l’assemblée générale de septembre 2026. Selon les autorités togolaises, il s’agit de "révéler la véritable taille des pays" et de corriger une représentation héritée d’un contexte historique eurocentré. Ce débat montre que les cartes ne sont pas neutres. Elles construisent des visions du monde et des rapports de pouvoir. Réformer les projections revient à transformer notre manière de percevoir les territoires et les hiérarchies spatiales globales.

Lien ajouté le 23 octobre 2025

Françoise Bahoken (2025). Mercator, le Groenland et l’Antarctique. Carnet (neo)cartographique. https://doi.org/10.58079/14nmn

L’action de cartographie corrective s’inscrit dans une posture revendicatrice et engagée, qui consiste à proposer une vision cartographique du Monde alternative à celle imposée par une autorité dominante, généralement l’État nation, ou de grandes organisations internationales – L’Organisation des nations unies ainsi que la banque Mondiale, auxquelles Correct the Map s’adresse, ont chacune leur propre carte du Monde, suivant une projection équivalente respectivement polaire équidistante et de Gall-Peters -. L’exemple patent de ces actions est la Carte corrective universelle du Monde que Stuart Mac Arthur proposa en 1979 : un planisphère utilisant la projection de Gall-Peters (1973) présenté “à l’envers”, de sorte que son pays, l’Australie, figure, d’une part, en haut de la carte, au sommet et au centre et présente, d’autre part, une superficie équivalent à sa taille réelle sur la sphère. Car c’est bien de cela dont il s’agit ici.

Lien ajouté le 14 novemre 2025

« Enseigner la géographie : qu’apprend-t-on du monde en regardant des cartes ? » (RFI).

Savoir situer fleuves, rivières, mers et océans, connaître les principales chaînes de montagnes, localiser les pays et leurs frontières, appréhender les flux migratoires, les conséquences de l’urbanisation ou du réchauffement climatique... Voici une liste non exhaustive de ce que nous enseigne la géographie. Des savoirs essentiels pour représenter l’espace, comprendre le monde qui nous entoure et la place qu’on y occupe. Et depuis, l’arrivée du GPS dans notre quotidien, il est désormais facile de se géolocaliser et de se promener virtuellement aux quatre coins de la planète. Pourtant, si la géographie cherche à nous expliquer le monde en le décrivant, elle s’appuie sur des cartes qui reflètent une certaine vision. Le projet "Une classe, une carte" au Sénégal a pour but de faciliter l'accès aux cartes pour les enseignants et pour les élèves afin de leur fournir un support pour l'enseignement de la géographie.

Lien ajouté le 27 novembre 2025

« Situer le Monde par Jean-Louis Tissier » (En attendant Nadeau).

La mesure et la représentation du monde ont une histoire, à la fois scientifique et géopolitique. Le souci des sociétés de se situer, de dessiner leurs territoires n’est pas un monopole de l’Occident. Celui-ci, après avoir considéré qu’il était le régent de la terre au titre du magistère de la Modernité, se retrouve en position critique. Il doit en rabattre de sa prétention : en Orient, extrême ou proche, des civilisations, des empires ont su mesurer et dessiner leurs parties du Monde, et appréhender la totalité de celui-ci.

Lien ajouté le 17 avril 2026

Jerry Brotton (2026). Les quatre points cardinaux. Une histoire insolite de l’orientation, Les Belles Lettres, 256 p. https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251457864/les-quatre-points-cardinaux

L’ouvrage de Jerry Brotton, historien à l’université de Londres, montre que les points cardinaux ne sont pas seulement naturels. Ils relèvent aussi de constructions culturelles, mêlant observation du monde et imaginaires propres aux sociétés humaines. Partout sur Terre, les sociétés reconnaissent nord, sud, est et ouest. Mais leur sens varie. L’est, associé au lever du Soleil, incarne souvent le début et la lumière. L’ouest renvoie au déclin. Ces repères traduisent une lecture du monde fondée sur l’expérience quotidienne du ciel. Le nord et le sud sont plus relatifs. Le mot « nord » vient du vieil anglais et signifie « gauche », car il se situe à gauche quand on regarde l’est. Avant la boussole, l’orientation chrétienne privilégiait l’est. Le nord ne s’impose vraiment qu’avec les techniques de navigation. L’histoire montre aussi une forte dimension symbolique. Le XVIIIe siècle fait de l’Occident un espace central pour l’Europe, projeté vers les Amériques. Le sud, autrefois associé à des régions riches comme l’Égypte, devient aujourd’hui synonyme d’inégalités face à un Nord dominant. Jerry Brotton rappelle enfin une réalité géographique essentielle. Sur une Terre sphérique, l’est et l’ouest sont relatifs et continus, alors que le nord et le sud convergent vers des pôles. Ces directions traduisent autant une organisation mentale du monde qu’une réalité physique. Aujourd’hui, GPS et cartes numériques réduisent l’usage des points cardinaux. Leur déclin marque une rupture dans notre rapport à l’espace. L’orientation, autrefois fondée sur le ciel et les repères naturels, devient désormais dépendante de systèmes techniques invisibles. 

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