Un comparateur interactif pour étudier les données du recensement de 2021 en Angleterre et au Pays de Galles


Source : How the population changed where you live : Census 2021 (Office for National Statistics)

Le site officiel de statistiques du Royaume-Uni propose une application interactive pour comparer les données du recensement de 2021 et mettre en évidence les évolutions depuis le recensement de 2011. 

La population de l'Angleterre et du Pays de Galles a augmenté de plus de 3,5 millions sur la période 2011-2021. En utilisant les premiers résultats du recensement 2021, le site permet d'examiner quelles sont les zones où la population a connu les plus fortes augmentations ou diminutions, en fonction des groupes d'âge, et comment on peut comparer ces zones entre elles. Voici un tutoriel en 7 étapes pour faciliter la prise en main et comprendre l'intérêt du site.

Comment la population a changé en Angleterre et Pays de Galles entre 2011 et 2021
(source : Office for National Statistics)



Étape 1 : choisir sa commune d'étude

Après avoir choisi une commune dans la liste (exemple Harlow), l'application la localise et la compare aux localités adjacentes à l'intérieur d'un même comté (ici l'Est de l'Angleterre).


Étape 2 : comparer avec d'autres communes du même comté (ou d'un autre)

La plus-value de l'application en ligne est de pouvoir comparer précisément les données sous forme d'histogrammes de répartition.





Étape 3 : relativiser par rapport au poids démographique des autres communes

Ces évolutions par catégories sont rapportées au poids de la population de chaque commune pour permettre de relativiser en fonction de la taille démographique.


Étape 4 : mesurer des évolutions sur la période 2011-2021

Un tableau de classement permet de mesurer les changements entre 2011 et 2021. C'est très efficace pour étudier les dynamiques démographiques (la pente plus ou moins inclinée donne un bon aperçu) même si on souhaiterait pouvoir mesurer des évolutions sur un temps plus long.


Étape 5 : avoir une idée de la répartition spatiale en abordant la densité

La notion de densité n'est pas oubliée. Elle est abordée à travers une comparaison en terrains de football. On n'est pas en Angleterre pour rien ! Pas sûr toutefois que ce type de datavisualisation soit si efficace. Si on doit se mettre à compter un par un le nombre de footballeurs ou mesurer l'espace entre eux, l'oeil risque de ne pas y suffire...


Evidemment si on prend les cas extrêmes, c'est "visuellement parlant" comme on dit (trop) souvent pour commenter des images sur Internet. Comparer deux images, l'une avec beaucoup de footballeurs sur un seul terrain, et l'autre au contraire montrant plusieurs terrains pour un seul footballeur, c'est assez spectaculaire mais un peu limite, non ? Bienvenue dans le monde de l'infographie !




Étape 6 : tenir compte aussi de la répartition par classes d'âges

La comparaison porte sur la répartition par classes d'âge à travers la comparaison de deux pyramides (du comté / du reste de l'Angleterre). Il est rare de trouver des applications faisant des typologies de communes à partir du profil par âges.





Étape 7 : comparer avec d'autres communes ayant le même profil par classes d'âges

Après les graphiques, le site propose un retour aux cartes pour voir la traduction spatiale de ces différences en fonction de la croissance / diminution de la population par classes d'âges.






Pour conclure, le site interactif proposé par l'Office for National Statistics s'avère très utile pour étudier les dynamiques démographiques en Angleterre et au Pays de Galles. On notera les aller-retours très efficaces entre cartes et graphiques qui permettent de croiser l'approche spatiale et temporelle. Ce n'est pas le meilleur site pour étudier les densités et on aurait pu souhaiter plus d'interactivité dans les cartes et graphiques qui ne sont pas sensibles au passage de la souris. Mais on appréciera le fait de pouvoir faire des comparaisons et établir des typologies de communes en fonction de leur dynamisme démographique. Une très bonne application pour étudier les liens entre population et territoire en géographie et dans d'autres disciplines.

Les données du recensement 2021 et du recensement 2011 sont téléchargeables pour des analyses plus poussées sur les dynamiques démographiques et territoriales au Royaume Uni (Angleterre et Pays de Galles).

Lien ajoutés le 4 novembre 2022

Lien ajouté le 11 décembre 2022
Liens ajoutés le 8 janvier 2023

Lien ajouté le 18 janvier 2023
Lien ajouté le 4 mars 2023
Lien ajouté le 25 janvier 2026

Identifier la « précarité énergétique » en Grande-Bretagne grâce aux données de géolocalisation (Geospatial World).

Sachin Awana analyse la précarité énergétique au Royaume-Uni à partir des données spatiales. Elle mobilise les travaux d’Ordnance Survey pour montrer comment revenus, coûts de l’énergie et caractéristiques du bâti se combinent selon les territoires. 23,6 millions de logements sont analysés. Les espaces urbains limitent les pertes de chaleur. La densité bâtie, les murs partagés et des normes récentes réduisent les besoins énergétiques. À Londres, Tower Hamlets est plus facile à chauffer. Seulement 37% de logements antérieurs à 1960 favorisent la rétention thermique. Les logements construits avant 1960, souvent en pierre ou bois, sont plus difficiles à chauffer. Les normes d’isolation introduites dans les années 1960 améliorent fortement la rétention thermique. Milton Keynes, avec 85% de logements postérieurs à 1960, affiche un faible risque thermique. Les contrastes régionaux sont marqués. Highlands écossais, Peak District et Pays de Galles concentrent des logements anciens exposés à des climats plus rudes. Le Pays de Galles possède le parc le plus ancien du RU, héritage industriel du XIXe siècle, renforçant la vulnérabilité énergétique. Ordnance Survey identifie les toitures favorables au solaire. En South Cambridgeshire, 14% des logements sont déjà équipés. Les cartes montrent aussi l’intérêt du renouvellement urbain et de l’isolation ciblée pour réduire durablement les besoins énergétiques. L’indice thermique combine connectivité, âge et matériaux du bâti. Plus le score est faible, plus le logement est facile à chauffer. Cette approche territoriale permet de cibler les aides publiques, dont le plan Warm Homes de 15 milliards £, vers les espaces les plus exposés.
 
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La cartographie des inégalités à travers l'Indice de privation multiple au Royaume-Uni (rapport 2019)




Cartographie du choléra à Londres et en Angleterre à l’époque victorienne





La carte, objet éminemment politique. L'Argentine et sa carte officielle bi-continentale

 

1) Des usages politiques des cartes officielles

Pour chaque pays, la délimitation officielle des frontières constitue une affaire sérieuse et relève de dimensions tout à la fois juridiques et politiques. L'Argentine est un cas intéressant dans la mesure où elle se revendique comme un État bi-continental. Sa carte officielle fait apparaître un territoire qui s'étend de l'Amérique du Sud jusqu'au Pôle sud sur le continent antarctique. Bien que l'Antarctique ne puisse en principe appartenir à aucun Etat, l'Argentine joue sur le fait qu'elle possède une très grande ZEE qu'elle a encore agrandie en 2016 avec la reconnaissance de son extension à partir du plateau continental.

Carte officielle bi-continentale de l'Argentine (source : © Instituto Geográfico Nacional)



Depuis 2010, avec la promulgation de la loi 26 651, l'utilisation de cette carte bicontinentale est rendue obligatoire « à tous les niveaux du système éducatif ainsi que son affichage public dans toutes les agences nationales et provinciales ». Voici comment la mesure est justifiée sur le site de l'Instituto Geographico Nacional (qui dépend directement du Ministère argentin de la Défense) :

« L'initiative est née parce que les cartes d'usage courant minimisaient l'extension de notre pays, attaquant notre identité et nos droits légitimes sur les territoires antarctiques. Le projet de loi approuvé montre l'Antarctique argentin jusqu'à la Grande île de la Terre de Feu, avec ses limites réelles. Nous formons ainsi les générations futures en leur montrant l'immensité et la richesse du territoire que nous possédons ».

Si on compare cette carte officielle avec d'autres cartes que l'on trouve habituellement sur l'Argentine, la principale différence est que toutes les parties des continents américain et antarctique sont représentées sur la même carte, en continuité, avec la même projection et à la même échelle. Sur d'autres cartes, la partie principale est en général la partie américaine et l'Antarctique apparaît dans un encadré à part ou n'apparaît pas du tout. Les deux parties peuvent alors avoir des projections ou des échelles différentes. 

Il faut dire que le Chili revendique aussi une part de l'Antarctique, même si la plupart des pays au monde ne reconnaissent pas non plus ces revendications. Les territoires revendiqués en Antarctique par l'Argentine, le Royaume-Uni et le Chili se chevauchent et sont sources de tensions diplomatiques, voire d'escarmouches. La guerre des Malouines (îles Falklands) qui s'est déroulée en 1982 s'est inscrite dans ce contexte de rivalités politiques et militaires dans l'Atlantique sud.

Carte tricontinentale du Chili avec ses revendications territoriales en Antarctique (source : Wikipedia)



Comme le montrent Jorge Negrete Sepulveda et Sébastien Velut dans leur article Chili, Argentine : si près, si loin, « bien que le traité de 1952 ait mis sous le boisseau les revendications territoriales sur le continent antarctique, les deux pays conservent une attitude déterminée, jusque dans leurs délimitations territoriales : la province chilienne de l’Antarctique est une entité administrative de plein droit qui inclut également l’île de Navarino, au sud du canal de Beagle ; symétriquement, le nom complet de la province argentine de Terre de Feu est "province de Terre de Feu, îles de l’Atlantique sud et Antarctique". Chacun entretient la fiction d’un espace national se prolongeant jusqu’au pôle Sud ». 

Au Chili, on dit par plaisanterie qu'il n'y a pas « plus dangereux qu'un Argentin dessinant une carte ». Le pays qui a connu des rivalités frontalières avec l'Argentine ne va cependant pas jusqu'à imposer une carte officielle. En Argentine en revanche, « une carte qui conteste la version officielle est considérée comme illégale car elle peut être "préjudiciable à la souveraineté nationale et en violation flagrante de la loi n° 22 963". Voir l'exemple de cet d'atlas déclaré non conforme par l'IGN argentin du fait qu'il donnait une représentation du pays sans la partie du continent antarctique.

Pour certaines communautés engagées dans la cartographie critique, ces cartes jouent le rôle d'artefact politique. Elles participent de l'affirmation d'un pouvoir politique et territorial et contribuent à diffuser la vision d'un pavage politique, y compris dans les océans. 

Pour Marc Fourches, « la carte, en cherchant à définir les confins territoriaux de la nation, se met donc au service de l’imaginaire du nationalisme [...]. En septembre 2018, un timbre a été émis en Argentine pour célébrer le plateau continental argentin. Ce timbre reprend la carte qui avait été incluse dans le dossier soumis par l’Argentine en 2009. Elle intègre également la revendication sur une partie de l’Antarctique, en conformité avec les principes qui ont présidé à la confection de la carte dite bicontinentale, rendue obligatoire dans le système éducatif depuis 2010. Instrument privilégié de déploiement du nationalisme territorial, la carte, avec les limites qu'elle représente et les distances qu'elle indique, façonne les représentations. Cette nouvelle carte bicontinentale apporte un changement considérable dans la perception que le lecteur peut avoir de la place de l’archipel. Il se situe pratiquement au milieu de la carte. La centralité physique des îles Malouines reflète la centralité de la question dans le nationalisme territorial argentin » (source : Les îles Malouines entre le Royaume-Uni et l’Argentine : construction et déconstruction d’une frontière, 2020).

Pour Ana Guerrero et Loreana Espasa, il convient de replacer la carte bi-continentale de l'Argentine dans une perspective décoloniale. Il s'agit de proposer une vision critique qui confronte le discours hégémonique du Nord global aux arguments contre-hégémoniques du Sud global avec une perspective latino-américaine. Les deux auteurs invitent à considérer l’Antarctique en tant que territoire politique en prenant en compte ses dimensions à la fois symbolique, fonctionnelle et matérielle à travers l’analyse de la cartographie, qui permet de reconnaître l’existence d’une « cartographie du pouvoir » qui brouille la présence continentale de l’Antarctique (source : Ana Guerrero y Loreana Espasa. Antártida como territorio político. Cartografía del poder y disputas geopolíticas en la valorización del espacio [L'Antarctique comme territoire politique. Cartographier le pouvoir et les conflits géopolitiques dans la valorisation de l'espace], Revista Estudios Hemisféricos y Polares, vol. 13 nº 1, 2022, p. 100-112).


2) Cartes et données à télécharger

Fonds de cartes scolaires 

Cartes scolaires dont l'usage est prôné par le Ministère argentin de l'Éducation :
Cartes scolaires à télécharger sur le site de l'IGN argentin (Ministère de la Défense)

Fonds de cartes SIG 

Les couches SIG sur le Chili sont disponibles en téléchargement sur le site de la Biblioteca del Congreso Nacional del Chile. Les couches cartographiques se limitent à la représentation classique du Chili (sans l'Antarctique).

Les couches SIG sur l'Argentine sont disponibles sur le site de l'Instituto Geographico Nacional

Le jeu de données, directement téléchargeable dans Arcgis ou Qgis, fait apparaître la carte officielle de l'Argentine dans l'idée de contribuer à sa diffusion au sein du pays et à l'échelle internationale. La partie en bleu correspond à la ZEE et à son extension à partir du plateau continental ; elle permet de faire apparaître un territoire continu jusqu'au pôle Sud (à comparer à la précédente carte officielle qui n'intégrait pas l'extension du plateau continental). 


Depuis 2007, l'IGN argentin a adopté la projection POSGAR 07 (Positions géodésiques argentines 2007) « dans le but de tendre vers un géoréférencement univoque sur l'ensemble de la République argentine ». Cette projection nationale est présentée très habilement comme « conforme aux recommandations internationales en vigueur et aux objectifs proposés par la Résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies Référentiel Géodésique Global pour le Développement Durable (A/RES/69/266) du 26 février 2015, établissant un cadre de référence géocentrique unique pour l'ensemble du territoire national qui permet de réaliser des activités telles que la cartographie ; l'exécution des travaux de génie civil ; la détermination des cadastres ; la prospection d'hydrocarbures; la navigation terrestre, maritime et aérienne ; l'utilisation des ressources naturelles et l'étude des phénomènes naturels associés au changement climatique et d'autres domaines d'intérêt pour les sciences de la Terre. POSGAR 07 constitue la matérialisation sur le territoire national du référentiel géodésique international IGS05 et de sa densification régionale SIRGAS, adoptant l'ellipsoïde de référence WGS84 ». En d'autres termes, il s'agit d'une projection proprement nationale, mais facilement transformable en coordonnées standards au niveau international, ce qui permet de ménager les susceptibilités de part et d'autre. 

En complément, voici une très belle carte de l'Argentine représentée comme au centre du monde avec une projection zénithale équidistante centrée sur Buenos Aires :

Carte de l'Argentine en projection zénithale par le Service d'hydrographie navale de l'Argentine, 1975
(source : r/argentina)



3) Accès aux cartes par des visualisateurs en ligne

Le site de l'Instituto Geográphico Nacional propose plusieurs outils de visualisation en ligne (webmapping) permettant de consulter directement les cartes : 
En complément : 

Lien ajouté le 9 septembre 2022

Lien ajouté le 2 juin 2024

L'Argentine telle que représentée au dos du passeport argentin (source : r/MapPorn)


Lien ajouté le 24 juin 2024
Lien ajouté le 12 octobre 2024

La carte (et la géographie) comme outil de promotion du territoire national.
Exemple : le Chili et sa carte officielle tri-continentale proposée sur le site de l'Institut géographique militaire du Chili (Instituto Geográfico Militar). La tricontinentalité (tricontinentalidad en espagnol) est un concept géopolitique mis en avant par le Chili, qui revendique une souveraineté sur trois continents : l'Amérique du Sud (par son territoire principal), l'Océanie (par l'île de Pâques et l'île Sala y Gómez) et l'Antarctique (par ses revendications territoriales sur ce continent) (Wikipedia).

Le Chili tri-continental (crédit : Instituto Geográfico Militar)


La carte utilise trois couleurs pour représenter les trois continents où le Chili revendique une présence :
  • Orange : territoire continental d'Amérique du Sud et archipels proches des côtes, avec reconnaissance internationale.
  • Violet : territoire continental en Antarctique, sans reconnaissance internationale (par exemple, aucun territoire revendiqué en Antarctique).
  • Rouge : l'île de Pâques en Polynésie, faisant partie de l'Océanie, avec une reconnaissance internationale. Par l’intermédiaire de l’île de Pâques, le Chili a rejoint le Groupe des dirigeants polynésiens en 2018, renforçant ainsi ses relations avec les autres nations de l’océan Pacifique.
La carte a été reprise comme ressource éducative sur le Portail national des programmes d'études du Chili. Les questions qui accompagnent la carte (avec les compétences travaillées) sont assez significatives :

« Visualiser la carte de la situation du Chili dans le monde et répondre aux questions :
  1. Identifier les éléments constitutifs du territoire national, compte tenu de la situation du Chili dans le monde et de son caractère tricontinental (HI06 OA 10).
  2. Travailler avec rigueur et persévérance, avec un esprit entrepreneurial et une disposition positive à la critique et à l'autocritique (HI06 OAA A).
  3. Obtenir des informations sur le passé et le présent à partir de diverses sources primaires et secondaires, en identifiant le contexte historique et en déduisant l'intention ou la fonction originale de ces sources (HI06 OAHe). »
Mises bout à bout, ces trois questions ne manquent pas de saveur et se contredisent en partie l'une l'autre, quant aux finalités poursuivies. La compétence "Travailler dans un esprit entreprenarial en faisant preuve d'esprit critique et autocritique" est de nature à constituer un défi insurmontable pour l'apprenant. 

D'un point de vue formel, il faudrait commencer par inviter les élèves à discuter du caractère "tri-continental" du Chili. L’Antarctique a été déclarée en principe terra nullius selon le traité de 1959. Outre l'Amérique du sud, le 3e "continent" à trouver semble ici l'Océanie (en rouge dans la légende, mais quasi invisible sur la carte). Une question qui serait à poser aux élèves : à quelle distance du Chili se situent les îles de Salas y Gomez et Hanga Roa dans le Pacifique (rattachées à l'île de Paques) ? Réponse : à plus de 3 000 km des côtes chiliennes.

Lien ajouté le 19 janvier 2025

Encore aujourd'hui une partie des Chiliens ont du mal à accepter la manière dont l'Argentine à constitué son territoire au détriment de celui du Chili. Le différend sur la Patagonie orientale, la Terre de Feu et le détroit de Magellan ou question de la Patagonie est une controverse frontalière qui a duré une partie du  XIXe siècle. Il concerne la possession des territoires les plus méridionaux de l'Amérique du Sud suite aux désaccords sur les limites correspondant à l'uti possidetis iuris hérité de l' Empire espagnol. Le vaste territoire correspond à environ 1,2 millions de km², ce qui représente 45% de la superficie actuelle de l'Argentine, tout le centre et le sud du pays, et ce qui, selon l'historiographie chilienne, aurait impliqué pour le Chili une perte des deux tiers de son territoire nominal (source : Wikipedia en espagnol).

Voir l'ouvrage Historia Cartografica resumida de los limitos de Chile de Benjamín González Carrera (2000) consultable sur Internet Archive, qui comporte une série de cartes et d'explications à ce sujet.

Lien ajouté le 23 mars 2025

« L’Antarctique : un défi politique pour le Chili et l’Argentine » (Revue Conflits)

L’Antarctique sud est un lieu de défi pour le Chili et l’Argentine. Développement de l’extraction minière, du tourisme, de la navigation mais aussi concurrence de puissances étrangères, ce territoire connait de grandes rivalités géopolitiques

Lien ajouté le 10 avril 2025

« Deux pour danser le tango. 200 ans de relations diplomatiques avec l'Argentine » (Datawrapper). Entre 1811 et 2023, l’Argentine a signé un total de 8 260 traités bilatéraux avec d’autres pays, soit une moyenne d’environ 39 traités par an. Plus de 50 % des traités sont conclus avec d'autres pays des Amériques, ce qui témoigne des liens étroits de l'Argentine avec la région, notamment avec le Chili, qui représente 17 % de ces accords, principalement liés aux frontières et à la coopération. Après les Amériques, vient l'Europe avec 2 354 traités. Le nombre de traités avec des pays d'Asie et d'Océanie (696) ou d'Afrique et du Moyen-Orient (591) est moins élevé, ce qui reflète l'engagement diplomatique historiquement moins intense de l'Argentine avec ces régions. La carte interactive montre le nombre de traités par pays. Les données sont disponibles en téléchargement.

Lien ajouté le 31 mai 2025

Anne Choquet, L’extension du plateau continental au large de l’Antarctique : entre volonté de ménager les susceptibilités et de défendre ses intérêts, VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Hors-série 33 (mars 2021), http://journals.openedition.org/vertigo/29658

"Les caractéristiques physiques du continent et le statut juridique sui generis de l’Antarctique soulèvent non seulement des difficultés de délimitation du plateau continental (définition des lignes de base à partir desquelles il est mesuré et preuves à apporter pour son extension) mais surtout la question de la possibilité même d’étendre un plateau continental au large du continent austral. En effet, alors que sept États dits «  possessionnés  » (Argentine, Australie, Chili, France, Nouvelle-Zélande, Norvège et Royaume-Uni) avaient émis des revendications territoriales, le Traité sur l’Antarctique (Washington, 1959) établit ce qui est appelé communément un «  gel  » des prétentions territoriales... 

En raison de chevauchements de leurs prétentions territoriales sur la péninsule Antarctique, il n’est pas surprenant de voir répondre les États concernés (Argentine, Chili et Royaume-Uni). Le Royaume-Uni a, par exemple, affirmé qu’il «  n’admet pas la revendication territoriale  » de l’Argentine en Antarctique, le Royaume-Uni a expliqué qu’il «  ne reconnaît donc à l’Argentine aucun droit sur les fonds marins et le sous-sol des zones sous-marines de l’Antarctique  » (Note n° 84/09 du Royaume-Uni du 6 août 2009). L’Argentine a rappelé le différend territorial sur les «  Malvinas, South Georgia and South Sandwich Islands  » et que les espaces marins au large de ces îles appartenaient au territoire national argentin (Note NU n° 290/09/600 de l’Argentine du 20 août 2009). Concernant le Chili, les démarches entamées n’ont pas conduit à de telles réactions. Cela s’explique par le fait que le Chili n’a, pour le moment, présenté que des informations préliminaires indicatives sur les limites extérieures du plateau continental. Des réactions de même nature sont donc prévisibles à l’égard d’un futur dossier qui serait présenté à la CLPC".

Lien ajouté le 9 juillet 2025

« Instituto Geográfico Nacional - Cartografía de la Soberanía » (L'IGN argentin et son attachement à défendre la souveraineté de l'Argentine depuis ses origines)

Le documentaire revient sur l'origine de l'Institut géographique national argentin qui remonte à la création du Bureau topographique militaire, le 5 décembre 1879. Le Bureau topographique naquit pour répondre au besoin de reconnaissance du territoire national engendré par l'avancée des frontières. Début 1901, après une nécessaire réorganisation conforme aux missions qui lui étaient assignées, il adopta le nom d'Institut géographique militaire. Ses réalisations confirmèrent l'importance de cette spécialité et, en 1919, le gouvernement national lui confia la responsabilité d'élaborer la cartographie officielle du territoire national et de réaliser des levés géodésiques à l'appui des activités civiles et militaires. Avec la promulgation de la loi n° 12.696 du 3 octobre 1941, des travaux géodésiques et des levés topographiques de base ont commencé à être réalisés de manière systématique et régulière. En mai 2009, l'institut a été transféré au secteur civil sous le nom d'Institut géographique national (IGN). Ce transfert a pris effet par le décret n° 554/2009, dont l'objectif était d'améliorer le système de défense. L'Institut géographique national a été définitivement intégré à la politique de développement du Secrétariat à la planification du ministère de la Défense. L'Institut géographique national assume la représentation nationale auprès de l'Institut panaméricain de géographie et d'histoire, de l'Association cartographique internationale, de l'Union géographique internationale et de l'Union géodésique et géophysique internationale.


Lien ajouté le 24 novembre 2025

Dans ses Huit visions du monde publiées en 1944 pour le magazine Fortune, Richard Edes Harrison représentait "l'Argentine comme un poignard pointé au cœur de l'Antarctique". En faisant pivoter et en inversant la représentation du globe, souvent avec le pôle Sud en haut, Harrison incitait ses lecteurs à réfléchir au rôle singulier que jouent différents lieux sur la scène planétaire. L'expression a été reprise par Henry Kissinger à propos de l'Argentine ou du Chili, jugés comme des pays à l'écart dans le contexte de la Guerre froide. L’Amérique latine s’est en réalité révélée indispensable à l’évolution de la diplomatie américaine. 

Lien ajouté le 15 décembre 2025

Ce schéma montre les revendications territoriales des différents pays. L'Australie prend également sa revendication assez au sérieux. Certaines revendications se recoupent (cf la part revendiquée conjointement par l'Argentine, le Chili et le Royaume-Uni), mais aucune n'est universellement reconnue par la communauté internationale.

Parts respectives de l'Antarctique revendiquées par différents pays (source : MapPorn)


Lien ajouté le 23 janvier 2026

À l’Assemblée nationale, l’ambassadeur argentin  a failli écourter son audition en janvier 2026 après avoir aperçu derrière lui une carte présentant les îles Malouines comme territoire britannique, dénonçant un « problème » susceptible de provoquer un incident diplomatique. L'Ambassadeur argentin fait le parallèle avec les territoires ukrainiens occupés par la Russie afin d’esquisser une explication.
Lien ajouté le 29 janvier 2026

« Après le Groenland, la Patagonie ? Des Argentins s'interrogent suite à la visite d'une délégation américaine » (RFI).
À l’extrême sud de l’Argentine, Ushuaïa ravive les rivalités géopolitiques. La visite discrète d’une délégation du Congrès américain en janvier 2026 interroge sur les ambitions des USA dans l’Atlantique Sud, quelques jours après des tensions autour du Groenland. Située en Terre de Feu, Ushuaïa occupe une position stratégique. Porte d’accès vers l’Antarctique, elle contrôle les routes maritimes australes. Cette fonction explique l’intérêt croissant pour ses ports, ses minerais critiques et ses capacités logistiques polaires. En 2024, Buenos Aires a annoncé une base navale et un pôle logistique à Ushuaïa pour renforcer sa présence australe. Dans un contexte de militarisation progressive des pôles, la région devient un espace stratégique entre ressources et projection de puissance. 

Lien ajouté le 11 février 2026

André Reyes Novaes, Mariana Lamego (2025). « Oceanopolítica : Therezinha de Castro and the use of maps in the geopolitics of the sea » [Oceanopolítica : Therezinha de Castro et l'utilisation des cartes dans la géopolitique de la mer]. Journal of Historical Geography, Vol. 87, April 2025, Pages 22-34 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305748824001488

Cet article explore l'utilisation de la cartographie dans la diffusion des idées géopolitiques relatives aux mers. Il se concentre sur les textes et les cartes produits par Therezinha de Castro (1930-2000), une analyste géopolitique brésilienne qui a influencé le raisonnement géopolitique, tant pratique que populaire, concernant l'Antarctique et l'Atlantique Sud des années 1950 jusqu'à sa mort en 2000. À travers ses articles, ses livres, son atlas et ses conférences, Castro envisageait les océans non comme des frontières restrictives délimitant des espaces de souveraineté, mais comme une zone frontalière, une zone de transition et un territoire d'expansion. L'article explore d'abord le parcours académique et les collaborations de Castro, en s'appuyant sur des perspectives historico-géographiques qui soulignent le rôle des contingences, des positionnements et des biographies dans la production du savoir. Il analyse ensuite la force de persuasion visuelle des arguments de Castro sur les mers, en mobilisant des perspectives méthodologiques qui articulent cartes, significations et géopolitique. Enfin, l'article examine comment les affirmations de Castro sur la géopolitique océanique pourraient contribuer aux débats contemporains en géographie humaine sur les assemblages terre/mer.

Carte montrant les territoires de confrontation en Antarctique en 1956 (source : IBGE)



Articles connexes

La carte, objet éminemment politique. Vous avez dit « géoactivisme » ?

 

Signalé par @RafagasLinks qui réalise une veille cartographique sur Twitter et que nous remercions, le site Geoactivismo.org propose des pistes si l'on s'intéresse aux usages politiques des cartes. Avec une écriture rouge sur fond noir, ce site militant entend dénoncer les manipulations et faire de la cartographie critique un levier de contre-pouvoir.

Aperçu de la page d'accueil du site Geoactivismo.org


Le terme géoactivisme est défini ici comme une « forme d'activisme à l'aide ou à partir d'outils et de méthodologies en lien avec les géotechnologies et la géographie ». Il s'agit de « cartographier pour ne pas être cartographié. A la confluence de différentes géographies et cartographies critiques, de l'étude des spatialités et des géotechnologies, le but est de raconter/élaborer une autre histoire cartographique, généralement contre-hégémonique et toujours critique, bien que des outils, technologies ou méthodes "classiques" soient souvent utilisés. Les sciences géographiques et la cartographie sont des langages conçus à partir de et pour le pouvoir, donc les subvertir devient l'activité naturelle du géoactivisme ». 

Le site fait partie d'un réseau plus large Human Rights Everywhere (Hrev.org) dont l'objectif est de « rendre visibles les processus de résistance et de mémoire à travers des outils cartographiques et de communication, ainsi que des actions directes dans les territoires. »

Le site Geoactivismo.org contient beaucoup d'exemples d'application dans ce domaine. L'occasion de découvrir une série de billets intitulés "La carte est un artefact politique", notamment ce billet que les amoureux des cartes apprécieront : "Quand Mercator était communiste".



Le site fournit également des liens vers des jeux de données SIG ainsi que des tutoriels pour étudier les territoires miniers en Colombie (utile pour traiter du modèle extractiviste et des territoires indigènes en Amérique du Sud).



Sur les rapports entre cartes et guerre. "Il n'y a pas de guerre qui commence sans cartes, et pas de guerre qui se termine sans elles".


Il est possible de télécharger un manuel de cartographie collaborative élaboré dans le cadre d'ateliers collectifs. « La cartographie est un moyen, pas une fin. Elle doit faire partie d'un processus plus large, être davantage une "stratégie", un "moyen pour" la réflexion, la socialisation des savoirs et des pratiques, la promotion de la participation collective, le travail avec de nouvelles personnes, l'échange de connaissances, l'opposition aux espaces hégémoniques, l'encouragement à la création et à l'imaginaire, la visualisation des résistances, la mise en évidence des relations de pouvoir...».


Dans son ouvrage « La Pachamana en base de données. Géographie politique de l’information environnementale contemporaine », Pierre Gautreau aborde la question de l'information géographique et de ses usages à des fins politiques. Le chapitre 7 part notamment des travaux critiques de Pickles (1995), Harley (2002), Crampton & Krygier (2006). Pierre Gautreau remet en question l'idée que les cartographies « participatives », « autochtones », « radicales », « de résistance », « du quotidien », correspondant à une subversion de fait de la cartographie officielle, seraient intrinsèquement liées à sa contestation. Pour lui, cette proposition procède d’une confusion entre critique des dominations et critique de la cartographie. Ces cartographies « autres », observées de près et dans leurs matérialités, innovent peu par rapport aux modes conventionnels de construction des cartes.

Articles connexes


Cartes et données SIG sur les petits et moyens réservoirs d'eau artificiels dans le monde

 

Source : High-resolution surface water dynamics in Earth’s small and medium-sized reservoirs. G. Donchyts, H. Winsemius, F. Baart, R. Dahm, J. Schellekens, N. Gorelick, Ch. Iceland & S. Schmeier, Scientific Reports, vol. 12, 12 August 2022.

Vue d'ensemble des réservoirs inclus dans la base de données et de la dynamique de leurs eaux de surface
(source : Donchyts et al., Scientific Reports, 2022 - licence Creative Commons 4.0)

Résumé

Les réservoirs d'eau de petite et moyenne taille jouent un rôle important dans les systèmes hydriques qui doivent faire face au changement climatique et à divers autres défis d'origine naturelle et humaine. Bien que les barrages et les réservoirs soient critiqués pour leurs impacts négatifs sur le plan social et environnemental du fait qu'ils réduisent la variabilité naturelle du débit et obstruent les fleuves, ils sont également reconnus comme importants pour le développement social et économique et l'adaptation au changement climatique. De multiples études cartographient les grands barrages et analysent la dynamique de l'eau stockée dans les réservoirs derrière ces barrages, mais très peu d'études se concentrent sur les réservoirs de petite et moyenne taille à l'échelle mondiale. Dans cette étude, les chercheurs utilisent des données satellitaires multi-capteurs pluriannuelles, combinées à l'analyse du cloud, pour étudier pour la première fois l'état des petits (10-100 ha) et moyens réservoirs d'eau artificiels (> 100 ha, à l'exclusion de 479 grands). Ces réservoirs sont d'une importance cruciale pour les conditions de vie de nombreuses sociétés, mais les enregistrements de suivi régulier de leur dynamique hydrique font généralement défaut. 

Les chercheurs ont combiné les résultats de plusieurs études pour identifier 71 208 réservoirs de petite à moyenne taille, puis reconstruit les changements de surface des eaux superficielles à partir de données satellitaires à l'aide d'une nouvelle méthode introduite dans cette étude. L'ensemble de données est validé à l'aide de 768 mesures quotidiennes in situ du niveau et du stockage de l'eau (r2 > 0,7 pour 67 % des réservoirs utilisés pour la validation) démontrant que la dynamique de la zone d'eau de surface peut être utilisée comme indicateur de la dynamique du stockage de l'eau dans de nombreux cas. L'analyse montre que pour les petits réservoirs, la variabilité inter-annuelle et intra-annuelle est beaucoup plus élevée que pour les réservoirs de taille moyenne dans le monde. Cela implique que les communautés qui dépendent de petits réservoirs sont plus vulnérables aux extrêmes climatiques, à la fois à court terme (en cours de saison) et à plus long terme (au fil des différentes saisons). Les résultats montrent que les changements interannuels et intra-annuels à long terme de ces réservoirs ne sont pas également répartis géographiquement. 

À travers plusieurs cas, les chercheurs démontrent que cette technologie peut aider à surveiller les conditions de pénurie d'eau et l'insécurité alimentaire, et faciliter la coopération transfrontalière. Celle-ci a le potentiel de fournir des informations opérationnelles sur les conditions dans les pays riverains ou en amont qui ne partagent pas ces données avec les pays voisins. Cela peut aider à établir des règles du jeu plus équitables concernant l'information sur les ressources en eau à l'échelle mondiale. 


Accès aux données

L'article ainsi que les données sont disponibles sous licence Creative Commons - CC BY 4.0.

Le code source utilisé pour produire les ensembles de données est accessible depuis Github.

Lien pour télécharger directement les données SIG.

Possibilité de visualiser les données à travers l'application Google Earth Engine.

Cette recherche fait partie de la plateforme et du partenariat Global Water Watch.


Pour prolonger

En contrepoint, voici un article qui remet quelque peu en question l'utilisation de réservoirs d'eau pour pallier les vagues de chaleur et de sécheresse de longue durée :

« Barrages et réservoirs : leurs effets pervers en cas de sécheresses longues » (The Conversation). Selon l'auteure Florence Habets, « la création de grands volumes de stockage d’eau pour l’irrigation ne permet pas d’assurer une alimentation en eau lors des longues sécheresses, du fait à la fois de la difficulté à remplir les barrages et d’un usage de l’eau supérieur à la ressource ».

Le mouvement de protestation Les Soulèvements de la Terre milite par exemple contre l'implantation de nouveaux réservoirs ou bassines artificiels : 

PAS UNE BASSINE DE PLUS !
En pleine sécheresse plus de 30 organisations s’engagent à empêcher tout nouveau chantier de méga-bassine ! Retrouvez la carte des bassines existantes et des projets de construction




 





Les paysages épongent : entre écologie et conception, amorcer une recherche transformative 
sur la Zone Atelier Plaine et Val de Sèvre (Projets de paysage). et article prend appui sur le contexte du conflit autour des « mégabassines » dans le Poitou et la présence d’une infrastructure de recherche de long terme, la Zone Atelier Plaine et Val de Sèvre sur ce même territoire, pour présenter un processus inscrit dans le courant émergent de cette recherche « transformative ». 

Articles connexes





Rapport mondial des Nations Unies 2019 sur la mise en valeur des ressources en eau

Etudier les risques de pénurie d'eau dans le monde avec l'Atlas Aqueduct du WRI

Aborder la question de l'inégalité des pays face au changement climatique

 

L'Agence France Presse propose une infographie intéressante pour aborder la question de l'inégalité des pays face au changement climatique. Est-ce à dire que les pays développés, notamment l'Europe, les Etats-Unis ou l'Australie, seraient véritablement plus épargnés que les pays en développement ?

L'exposition des pays au changement climatique (source : AFP)

Si on remonte à la source des données de cette infographie, il sagit d'un rapport publié en juillet 2022 par le cabinet Verisk Maplecroft spécialisé dans l'analyse de risques (surtout pour les entreprises) et qui montre l'impréparation globale de la plupart des pays. 

Source de l'étude : World "unprepared" for magnitude of cascading climate risks Environmental Risk Outlook 2022. Will Nichols and Dr Richard Hewston, 20 July 2022.

Le rapport de recherche (téléchargeable après remplissage d'un formulaire) contient plusieurs graphiques intéressants, notamment un schéma sur les "risques en cascade" face à la situation climatique, y compris pour des grands pays émergents comme le Brésil, le Mexique ou la Russie.

Schéma simplifié des "risques en cascades" (source : Verisk Maplecroft)

L'étude prend en compte 32 indicateurs répartis en 5 groupes (vulnérabilité au changement climatique, développement économique, santé, risque politique et problèmes sociaux). Il en ressort 3 groupes de pays : « protégés », « précaires » et « vulnérables ». Comme le montre l'étude, de petits changements dans les facteurs de risque pourraient faire basculer les pays « précaires » dans le groupe « vulnérable ». Plusieurs pays sont pris à titre d'exemples : le Brésil, le Mexique, la Russie, l'Ukraine, la Chine, le Vietnam. 

Un monde divisé en trois types de pays face au risque (source : Verisk Maplecroft)

Cette carte a tendance à reproduire celle du niveau économique des pays. On peut s'étonner par exemple que les Etats-Unis ou l'Australie, très touchés par la sécheresse et les incendies de forêt, soient classés comme pays « protégés ». Certes il s'agit d'une approche globale intégrant tous les types de risque et on peut penser que les puissances industrielles ont une plus forte capacité d'adaptation. Mais la méthodologie utilisée n'est pas très détaillée dans le rapport. Il est question d'"analyse en grappes" et de "modèle de résilience aux risques climatiques en cascade (CCRRM)". Comme souvent pour des indicateurs agrégés et des études de cabinets privés, on n'a pas accès au mode de traitement des données.

Si l'étude montre l'intérêt d'une vision holistique des risques, il s'agit surtout pour les entreprises d'éviter l'effet "boule de neige" entre eux. L'anamorphose qu'en tire l'AFP a tendance à ramener implicitement le risque au problème de (sur)population.


Le rapport publié par le cabinet Verisk Maplecroft corrèle plutôt la résilience des pays face au changement climatique à la pauvreté. Il est effectivement difficile pour les pays en développement ayant des programmes d'éradication de la pauvreté d'adopter une politique carbone exigeante. 

Indice du cadre réglementaire environnemental versus indice de pauvreté (source : Verisk Maplecroft)



Sans tomber dans le scénario catastrophe, "l'effet domino" et les points de bascule sont également à prendre en considération pour aborder aujourd'hui les conséquences du changement climatique.

Un terrible "effet domino" menace de transformer notre planète en une étuve
(source : Sciences et Avenir)

A propos des "rétroactions auto-renforçantes" et des "cascades de basculement potentielles", voir cette étude parue en 2018 : Trajectories of the Earth System in the Anthropocene

L'étude explore le risque que des rétroactions auto-renforçantes puissent pousser le système terrestre vers un seuil planétaire qui, s'il est franchi, pourrait empêcher la stabilisation du climat à des hausses moyennes de température et provoquer un réchauffement continu, même si les émissions humaines sont réduites. Le franchissement du seuil conduirait à une température moyenne mondiale beaucoup plus élevée que n'importe quel interglaciaire au cours des 1,2 million d'années passées et à des niveaux de la mer nettement plus élevés que pendant toutes les périodes de l'Holocène. 

Carte globale des cascades de basculement potentielles (source : PNAS, 2018)



Ces documents fournissent l'occasion d'aborder "l'effet domino" dans la géographie des risques qui peut être une notion ambiguë. Le terme est pris ici comme synonyme de "cascade climatique". Voir par exemple :

« Climat : la survenue d’un effet domino est-elle déjà engagée ? » (Science Post) et la référence scientifique : Interacting tipping elements increase risk of climate domino effects under global warming.

L'expression "effet domino" est généralement employée dans un sens différent pour désigner une catastrophe "naturelle" qui entraîne en chaîne une série de catastrophes technologiques (cf définition donnée sur le site Géoconfluences).

Lien ajouté le 23 mai 2023

Lenton, T.M., Xu, C., Abrams, J.F. et al. (2023). Quantifying the human cost of global warming. Nat Sustain 6, 1237–1247, https://doi.org/10.1038/s41893-023-01132-6

Les coûts du changement climatique sont souvent estimés en termes monétaires, mais cela soulève des questions éthiques. Dans cet article "Quantifier le coût humain du réchauffement climatique", les chercheurs ont choisi d'exprimer ces coûts en termes de nombre de personnes laissées en dehors de la « niche climatique humaine », définie comme la distribution historique à conserver de la densité relative de population humaine par rapport à la température annuelle moyenne. Ils montrent que le changement climatique a déjà placé environ 9 % de la population (> 600 millions) hors de cette niche. D'ici la fin du siècle (2080-2100), les politiques actuelles conduisant à un réchauffement climatique d'environ 2,7 °C pourraient laisser un tiers (22-39 %) de la population hors de cette niche. Réduire le réchauffement climatique de 2,7 °C à 1,5 °C pourrait permettre de diviser par cinq environ la population exposée à une chaleur sans précédent (température annuelle moyenne ≥ 29 °C). Les émissions sur toute une vie de 3,5 habitants moyens du monde aujourd'hui (ou d'environ 1,2 habitant moyen des États-Unis) exposent une personne future à une chaleur sans précédent d'ici la fin du siècle. Cette personne vient d'une région où les émissions actuelles représentent environ la moitié de la moyenne mondiale. Ces résultats soulignent la nécessité d’une action politique plus décisive pour limiter les coûts humains et les inégalités liés au changement climatique.

Lien ajouté le 5 mars 2025

« Terres cultivées : les régions qui seront les plus affectées par le réchauffement climatique » (Reporterre)

Blé, maïs, riz, pommes de terre, soja, lentilles, tomates, sorgho... Des chercheurs de l’université Aalto, en Finlande, ont analysé l’évolution des 30 principales cultures mondiales, selon l’intensité du changement climatique. Résultat : dans les latitudes basses (Moyen-Orient et Afrique du Nord surtout) jusqu’à 31 % de la production de ces cultures pourrait ne plus bénéficier de conditions climatiques adéquates, dès 2 °C de réchauffement global. Le chiffre pourrait monter à 48 % à 3 °C de réchauffement. Leur étude, publiée le 4 mars dans la revue Nature Food, définit les cultures comme étant soumises à un « risque considérable » lorsque 25 % des zones où elles sont cultivées perdent leurs conditions climatiques actuelles (de précipitations, température, aridité). Selon cette définition, les chercheurs notent que les régions tropicales et subtropicales sont particulièrement vulnérables à ce genre de risques considérables. À 3 °C de réchauffement, 69 % des terres cultivées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et 60 % des terres cultivées en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne seraient soumises à de tels risques, alertent-ils.

Lien ajouté le 5 novembre 2025

« Rapport sur l'écart d'émissions 2025. Objectif non atteint - L'inaction collective persistante met en péril l'objectif de température mondiale » (PNUE).

Le rapport du PNUE sur l'écart entre les besoins et les objectifs en matière d'émissions pour 2025 : « Objectif non atteint »  constate que les nouveaux engagements climatiques pris dans le cadre de l'Accord de Paris n'ont que légèrement réduit la hausse des températures mondiales au cours de ce siècle, laissant le monde se diriger vers une grave escalade des risques et des dommages liés au climat. La seizième édition du Rapport sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière d'émissions indique que les projections du réchauffement climatique pour ce siècle, fondées sur la mise en œuvre intégrale des contributions déterminées au niveau national (CDN), s'établissent désormais entre 2,3 et 2,5 °C, tandis que celles basées sur les politiques actuelles atteignent 2,8 °C. À titre de comparaison, le rapport de l'année précédente prévoyait des estimations de 2,6 à 2,8 °C et de 3,1 °C. Cependant, les mises à jour méthodologiques expliquent à elles seules 0,1 °C de cette amélioration, et le retrait prochain des États-Unis de l'Accord de Paris annulera 0,1 °C supplémentaires, ce qui signifie que les nouvelles CDN elles-mêmes n'ont eu qu'un impact minime. Les nations sont encore loin d'atteindre l'objectif de l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, tout en poursuivant leurs efforts pour rester sous la barre des 1,5 °C. Pour respecter les trajectoires de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 2 °C et à 1,5 °C, respectivement, il faudra réduire les émissions annuelles de 35 % et de 55 % par rapport aux niveaux de 2019 d’ici à 2035. Compte tenu de l’ampleur des réductions nécessaires, du peu de temps disponible pour les mettre en œuvre et d’un contexte politique difficile, un dépassement plus important du seuil de 1,5 °C est fort probable au cours de la prochaine décennie. Le rapport conclut que ce dépassement doit être limité par des réductions plus rapides et plus importantes des émissions de gaz à effet de serre afin de minimiser les risques et les dommages liés au changement climatique et de maintenir l'objectif de 1,5 °C d'ici 2100 dans le cadre des possibilités – même si cela représente un défi de taille. Chaque fraction de degré évitée se traduit par des pertes moindres pour les populations et les écosystèmes, des coûts réduits et une moindre dépendance aux techniques incertaines de captage du dioxyde de carbone pour atteindre l'objectif de 1,5 °C d'ici 2100. Depuis l'adoption de l'Accord de Paris il y a dix ans, les prévisions de température ont diminué de 3 à 3,5 °C. Les technologies bas carbone nécessaires à une réduction significative des émissions sont disponibles. Le développement de l'énergie éolienne et solaire est en plein essor, ce qui réduit les coûts de déploiement. La communauté internationale peut donc accélérer l'action climatique, si elle le souhaite. Cependant, pour parvenir à des réductions plus rapides, il faudra composer avec un contexte géopolitique complexe, accroître considérablement l'aide aux pays en développement et repenser l'architecture financière internationale. 

Lien ajouté le 6 novembre 2025

Gregor Semieniuk et al. (2025). Best of times, worst of times : record fossil-fuel profits, inflation and inequality [Le meilleur et le pire des temps : profits records des énergies fossiles, inflation et inégalités]. Energy Research & Social Science, volume 127, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214629625003020

La crise pétrolière et gazière de 2022 a engendré des profits records pour les énergies fossiles à l'échelle mondiale, relançant le secteur, freinant la transition énergétique et contribuant à l'inflation. Cependant, l'ampleur et les bénéficiaires de ces profits restent mal connus. Cette étude présente l'importance de ces profits dans différents pays et leur répartition selon les groupes socio-économiques aux États-Unis, à partir des comptes de résultat des entreprises, de données exhaustives sur l'actionnariat et d'un modèle de réseau de propagation des profits via les participations. Les auteurs montrent qu'en 2022, le bénéfice net des seules sociétés pétrolières et gazières cotées en bourse a atteint 916 milliards de dollars américains. Les États-Unis en ont été le principal bénéficiaire, avec 301 milliards de dollars, soit plus que les 267 milliards de dollars investis par les États-Unis dans l'économie bas carbone cette année-là. Au sein d'un réseau d'actions américaines comptant 252 433 nœuds, incluant des sociétés américaines non cotées, 50 % des profits sont allés aux 1 % les plus riches, principalement via des participations directes et la propriété d'entreprises privées. À l'inverse, les 50 % les plus modestes n'ont perçu que 1 % des profits. Les profits supplémentaires tirés des énergies fossiles aux États-Unis en 2022 par rapport à 2021 ont suffi à augmenter le revenu disponible des Américains les plus riches de plusieurs points de pourcentage et à compenser une part importante de leur perte de pouvoir d'achat due à l'inflation cette année-là, aggravant ainsi les inégalités. Ces profits ont également renforcé les inégalités raciales et ethniques existantes, ainsi que les inégalités entre les groupes ayant des niveaux d'éducation différents. L'étude examine comment une taxe sur les superprofits pourrait être utilisée à la fois pour réduire les inégalités et pour accélérer la transition énergétique, alors que les tensions géopolitiques croissantes et les impacts climatiques menacent la volatilité des marchés pétroliers et gaziers.

Lien ajouté le 12 novembre 2025

« Rapport sur les inégalités climatiques 2025. Changement climatique : un défi majeur, pourquoi les politiques climatiques doivent s’attaquer à la question de la propriété » (World Inegality Lab).
Les plus pauvres subissent 74 % des dommages économiques liés au climat, quand les plus riches sont responsables de plus de 50 % des émissions mondiales. La crise écologique devient le miroir des inégalités mondiales. Le Rapport sur les inégalités climatiques 2025 (WDI) révèle comment la richesse alimente la crise climatique et propose de nouvelles options politiques pour y remédier. Il s'appuie sur l'édition 2023 et sur deux années de recherches pionnières menées par le Laboratoire mondial des inégalités et des universités du monde entier.

Principales conclusions
  • Les personnes fortunées alimentent la crise climatique par leurs investissements, plus encore que par leur consommation et leur mode de vie. À l'échelle mondiale, les 1 % les plus riches sont responsables de 15 % des émissions mondiales liées à la consommation, et de 41 % des émissions mondiales liées à la détention de capitaux privés.
  • Le changement climatique peut aggraver les inégalités de richesse, tandis que des politiques bien conçues peuvent contribuer à les réduire. Les 1 % les plus riches pourraient voir leur part de la richesse mondiale passer de 38 % à 46 % d’ici 2050 s’ils possèdent les actifs à faible émission de carbone de demain .
  • Pour relever le double défi de la crise climatique et des inégalités de richesse, le rapport explore trois pistes politiques :
       - Une interdiction mondiale des nouveaux investissements dans les énergies fossiles
       - Une taxe sur les investissements financiers basée sur le contenu carbone des actifs
       - Des investissements publics majeurs dans les infrastructures à faibles émissions de carbone
Lien ajouté le 26 novembre 2025

« Comment lutter contre le changement climatique sans creuser les inégalités entre Nords et Suds ? » (The Conversation).

Alors qu'à Belém, la COP30 a échoué à accélérer la lutte contre le changement climatique, une question demeure, abyssale : peut-on lutter contre le changement climatique sans faire apparaître les inégalités entre les populations ? En d'autres termes, peut-on travailler à une transition juste ? Pour répondre à cette question, il faut tout à la fois revenir en arrière et ausculter les différentes dimensions de la justice climatique.

Lien ajouté le 2 décembre 2025

« Rapport 2025 sur l'écart d'adaptation » (PNUE).

Face à la hausse des températures mondiales et à l'intensification des impacts climatiques, le rapport 2025 du PNUE sur les lacunes en matière d'adaptation, intitulé « À bout de souffle », constate qu'un déficit abyssal de financement de l'adaptation pour les pays en développement met en péril des vies, des moyens de subsistance et des économies entières. Le rapport actualise le coût des financements nécessaires à l'adaptation dans les pays en développement, l'estimant à 310 milliards de dollars US par an en 2035, selon les coûts modélisés. Bien que loin d'être suffisants, des progrès notables sont accomplis pour combler le fossé entre la planification et la mise en œuvre. La plupart des pays disposent d'au moins une politique, une stratégie ou un plan national d'adaptation ; ils intègrent de mieux en mieux l'adaptation dans leurs plans nationaux de développement ; et ils ont fait état de plus de 1 600 actions d'adaptation mises en œuvre, principalement dans les domaines de la biodiversité, de l'agriculture, de l'eau et des infrastructures. Le soutien du Fonds pour le climat aux nouveaux projets d'adaptation a augmenté en 2024, même si les nouvelles contraintes financières rendent l'avenir incertain. Les financements publics et privés doivent s'intensifier pour renforcer l'adaptation, en veillant à ne pas accroître la part des instruments de dette utilisés par les pays vulnérables.

Lien ajouté le 29 janvier 2026

« Justice climatique : un jugement historique aux Pays-Bas, sommés de mieux protéger l’île de Bonaire dans les Caraïbes » (Libération).

Un tribunal néerlandais donne raison le 28 janvier 2026 aux habitants de Bonaire, île caribéenne des Pays-Bas. Ils dénoncent une protection climatique insuffisante. La justice reconnaît une inégalité territoriale face aux risques climatiques. Bonaire (27 00 habitants) est exposée à la montée des eaux, aux vagues de chaleur et aux submersions marines. Une étude de l’Université libre d’Amsterdam estime que jusqu’à 20% de la superficie pourrait être engloutie d’ici 2100, révélant une forte vulnérabilité insulaire. Le tribunal souligne que les habitants de Bonaire sont "traités différemment sans raison valable" par rapport aux Pays-Bas européens. Malgré des différences géographiques et climatiques majeures, les politiques d’adaptation et de protection restent largement centrées sur l’Europe continentale. La décision impose à l’État néerlandais de fixer sous 18 mois des objectifs climatiques contraignants pour l’ensemble de l’économie et d’élaborer un plan d’adaptation incluant Bonaire, applicable en 2030. L’adaptation devient ainsi une obligation juridique territorialisée. Ce jugement s’inscrit dans un contexte juridique international renforcé. En juillet, la Cour internationale de justice a estimé que le non-respect des obligations climatiques constitue un acte illicite. L’affaire Bonaire devient le premier cas majeur depuis cet avis consultatif. En reconnaissant la vulnérabilité spécifique d’un territoire d’outre-mer, cette décision fait de Bonaire un cas emblématique de justice climatique. Elle place les inégalités spatiales au cœur du droit climatique et pourrait faire jurisprudence. 

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