Carte de l'accessibilité aux biens et services essentiels à l'échelle mondiale


Wu, S., Chen, B., An, J. et al. (2025). « Measuring global human accessibility to essential daily necessities and services » [Mesurer l'accessibilité humaine mondiale aux biens et services essentiels du quotidien]. Nature Communications, 16, 10709. https://doi.org/10.1038/s41467-025-65732-w (article disponible en libre accès).

Le concept de « ville du quart d'heure » est de plus en plus présent dans le domaine de l'urbanisme et du développement durable. Mais combien de personnes dans le monde vivent réellement à moins de 15 minutes des services essentiels ? Les auteurs de cet article ont cherché à le savoir en établissant une carte mondiale de l'accessibilité aux biens et services essentiels. Ce billet fournit un résumé avec les principaux résultats de l'étude, ainsi que les données qui ont servi à la conduire.

Résumé

L'accès équitable aux biens et services essentiels est crucial pour améliorer la qualité de vie et atteindre les Objectifs de développement durable des Nations Unies. Cependant, les connaissances sur l'accès mondial à ces ressources essentielles demeurent limitées et fragmentées, faute d'un inventaire exhaustif des infrastructures et de mesures d'accessibilité adaptables. Les chercheurs ont constitué une base de données de points d'intérêt (POI) représentant six catégories d'infrastructures essentielles : logement, santé, éducation, loisirs, transports publics et travail. À l'aide de données de surface de friction à résolution de 30 mètres, ils ont cartographié le temps de trajet vers ces infrastructures critiques, en tant qu'indicateur d'accessibilité entre zones urbaines et rurales, et évalué les disparités selon les contextes géographiques, d'urbanisation et socio-économiques. Les résultats révèlent un accès inégal en termes de disponibilité des infrastructures, de répartition par habitant et de temps de trajet. À l'échelle mondiale, 62,8 % (3,08 milliards) et 82,5 % (4,04 milliards) des citadins vivent respectivement à 15 et 30 minutes de marche des ressources essentielles. Ces résultats soulignent la nécessité d'optimiser les stratégies de planification, d'allocation et de gestion des infrastructures critiques afin de promouvoir un développement inclusif et durable.

Résultats

À l'échelle nationale, les habitants de pays comme les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la plupart des pays européens bénéficient de la meilleure accessibilité aux services et aux biens de première nécessité, avec un nombre de points d'intérêt (POI) supérieur à 24 pour mille habitants. Viennent ensuite des pays comme le Brésil, la Pologne, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie, la Bulgarie, la Thaïlande et la Malaisie, avec un nombre de POI compris entre 16 et 24 pour mille habitants. À l'inverse, des pays comme la Chine, la Roumanie, l'Afrique du Sud, la Bolivie, la Colombie et le Pérou présentent une densité d'infrastructures relativement faible, avec un nombre de POI compris entre 8 et 16. Enfin, les pays d'Afrique, du Moyen-Orient et la Russie connaissent l'accès le plus limité, avec un nombre de POI inférieur à 8 pour mille habitants. Une carte à l'échelle des États fournit des informations plus détaillées sur ces disparités géographiques. À l'échelle continentale, les habitants d'Australie et d'Océanie bénéficient de la plus forte densité d'infrastructures (5,6 pour mille), suivis par l'Amérique du Nord (3,8 pour mille), l'Europe (3,5 pour mille), l'Amérique du Sud (2,3 pour mille), l'Asie (1,0 pour mille) et l'Afrique (0,2 pour mille). On observe également un contraste marqué en matière d'accessibilité aux infrastructures entre les pays du Sud et les pays du Nord. Ces derniers affichent un nombre de points d'intérêt (PII) de 4,0 pour mille habitants, soit quatre fois plus que les pays du Sud (0,9). Par ailleurs, le développement économique remodèle profondément la répartition mondiale des services et équipements de vie, comme l'illustre la corrélation constante entre le niveau de revenu et la densité d'infrastructures.

Cartes des temps de trajet moyens pour l'accès des résidents urbains aux services et équipements de proximité, à l'échelle nationale et régionale (source : Wu & al., 2025)

Points d'incertitude

L'étude est soumise à plusieurs niveaux d'incertitude. Premièrement, la couverture et la qualité des données des inventaires mondiaux de points d'intérêt (POI) et de la cartographie des surfaces de friction présentent certaines limitations (voir la rubrique « Méthodes » de l'article). Bien que les chercheurs aient utilisé un cadre de classification unifié des infrastructures en six catégories pour la normalisation des données, les ensembles de données POI d'Overture et d'Amap sont compilés à partir de sources diverses, selon des méthodes et des normes différentes, ce qui introduit des incohérences dans la couverture spatio-temporelle et la qualité des données et peut affecter les calculs de temps de trajet. La comparaison entre deux ensembles de données mondiaux de POI, Overture (60 millions d'enregistrements) et Foursquare (100 millions d'enregistrements), révèle des déséquilibres d'échantillonnage, notamment dans les pays à faible revenu. Les efforts futurs devraient privilégier une collecte de POI plus fine dans ces régions vulnérables. 

Les incertitudes liées à la cartographie des surfaces de friction, dues à des facteurs tels que l'occupation des sols, la topographie et les réseaux routiers, accentuent encore ces incertitudes. L'approche des surfaces de friction permet de mesurer la vitesse moyenne de déplacement des personnes sur le territoire terrestre, afin de quantifier le temps de trajet des résidents vers les services de proximité. Cette méthode modélise la surface terrestre comme une grille régulière 2D (pixels) et attribue une vitesse de déplacement à chaque pixel en tenant compte d'un ensemble de facteurs de coût, tels que les infrastructures de transport, les plans d'eau, la topographie et l'occupation des sols. Les auteurs ont créé des cartes mondiales de surfaces de friction à haute résolution pour les transports motorisés et non motorisés à partir de trois produits haute résolution.

L'algorithme du chemin le plus court, qui identifie les ressources les plus proches pour estimer le temps de trajet, part du principe que les usagers privilégient les services de proximité. Or, cette hypothèse peut sous-estimer l'accessibilité réelle, car l'utilisation effective des biens et services de première nécessité dépend de l'environnement bâti, du statut socio-économique et des préférences personnelles. Les nouvelles sources de données sur la mobilité humaine, telles que les relevés téléphoniques (par exemple, les détails des appels) et les enregistrements sur les réseaux sociaux (par exemple, X et Foursquare) offrent des informations précieuses au niveau individuel sur les habitudes de fréquentation et l'utilisation des services. L'intégration de ces ensembles de données à des modèles d'interaction spatio-temporelle prenant en compte les comportements et les préférences en matière de transport personnel pourrait considérablement améliorer la compréhension de l'accès des individus aux services essentiels.

Disponibilité des données

Les jeux de données mondiaux d'Overture (points d'intérêt et réseau routier) sont disponibles à l'adresse : https://overturemaps.org/ ; les données Amap sur les points d'intérêt en Chine sont disponibles à l'adresse : https://lbs.amap.com/. Le jeu de données mondial de points d'intérêt de Foursquare est disponible à l'adresse : https://location.foursquare.com/products/places/ ; le produit WorldCover de l'Agence spatiale européenne (ESA) (version 100) pour 2020 avec une résolution de 10 m, est disponible à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/ESA_WorldCover_v100 ; le modèle numérique de surface (MNS) mondial du satellite d'observation terrestre avancé (ALOS) (version 3.2), avec une résolution de 30 m, est disponible à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/JAXA_ALOS_AW3D30_V3_2

La couche vectorielle des limites urbaines mondiales (GUB) pour 2020 est disponible à l'adresse : https://data-starcloud.pcl.ac.cn/zh ; le produit de grille du modèle d'établissement humain mondial (GHS-SMOD) à une résolution de 1 km pour 2020 est disponible à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/JRC_GHSL_P2023A_GHS_SMOD ; les couches des unités administratives mondiales (GAUL) pour 2015 sont disponibles à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/FAO_GAUL_2015_level0 ; l'ensemble de données WorldPop à une résolution de 100 m pour 2020 est disponible à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/WorldPop_GP_100m_pop. La surface de friction mondiale à résolution de 1 km pour 2019 est disponible à l'adresse suivante : https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/Oxford_MAP_friction_surface_2019 ; le produit intérieur brut (PIB) par habitant (en dollars courants) pour 2022 est disponible auprès de la Banque mondiale à l'adresse suivante : https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD ; la classification des revenus par pays pour 2022 est disponible auprès de la Banque mondiale à l'adresse suivante : https://datahelpdesk.worldbank.org/knowledgebase/articles/906519-world-bank-country-and-lending-groups .

Le script de cartographie des temps de trajet avec image de surface de friction globale et fonction cumulative Cost est disponible sur Google Earth Engine à l'adresse : https://developers.google.com/earth-engine/apidocs/ee-image-cumulativecost.

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Léonard de Vinci cartographe


L'activité cartographique de Léonard de Vinci se concentre principalement entre 1502 et 1504, au service de César Borgia et de la République de Florence, et en 1515, au service de Julien de Médicis. Les cartes de l'Italie centrale et de la Toscane, dressées à des fins militaires et hydrographiques, datent de la première période ; certaines furent spécifiquement conçues pour le grand projet de navigation sur l'Arno. La magnifique carte des Marais pontins, probablement destinée au projet d'assèchement commandé par Julien de Médicis, date de la seconde période. D'un point de vue hydrographique, les cartes de Léonard sont les plus détaillées de l'époque. Du point de vue de la représentation, elles se distinguent par un rendu tridimensionnel obtenu grâce à l'utilisation efficace de la couleur, du sfumato et de la perspective à vol d'oiseau.

Ces cartes de Léonard de Vinci sont à découvrir en haute résolution à travers une story map conçue par Google Arts et culture, à partir des documents du musée Galilée de Florence, qui a réalisé une exposition à ce sujet en 2018-2019. Spécialisé dans le domaine des sciences et des techniques, le musée restitue les dessins, les outils et les méthodes qui ont servi à effectuer les relevés pour ces cartes (voir son dossier concacré à "L'eau comme microscope de la nature").

Léonard de Vinci cartographe (source : Google Arts et culture)

Pour compléter

Gilles Fumey (2019). « Léonard de Vinci, cartographe-dessinateur », La Géographie, 2019/1, n° 1572, p. 28-32. https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2019-1-page-28

"Comme tous les grands savants de l’histoire, Léonard de Vinci, connu comme ingénieur et peintre, a aussi réalisé des cartes de géographie... Léonard travaille beaucoup sur la circulation de l’eau, il est l’inventeur du système des écluses permettant de franchir des ruptures de pente. Ici, l’hydrographie est mise au service d’une réflexion politique... Quant au plan d’Imola (1502) qui apparaît comme la carte la plus réussie, la plus séduisante de Léonard, il anticipe ce que seront les vues aériennes modernes géométrisées auxquelles on s’est habitué par la suite".

« Comment Léonard de Vinci a fait de l'art de la cartographie une science » (National Geographic).

"Au tout début du XVIe siècle, Léonard de Vinci entre au service de César Borgia. Une de ses premières commandes est la réalisation d'une carte de la ville d'Imola (1502). En appliquant mathématiques et mesures, Léonard de Vinci a créé une carte magnifique, si précise que l'on peut s'en servir aujourd'hui encore. La place de la ville a été placée au milieu de la carte et les huit directions principales de la boussole en rayonnaient. Les historiens pensent que Léonard a collecté des données sur le terrain en partant de ce point central, puis en utilisant une boussole et un odomètre pour mesurer les rues et les points de repère. En utilisant la géométrie, il a pu ensuite remplir le reste de la carte".

Lucrèce Iacuzzi, Fanny Kieffer, Martina Simeone (2023). « Un canal navigable pour Florence. Le projet grandiose de Léonard de Vinci décrypté à travers ses dessins », Source(s) – Arts Civilisation et Histoire de l'Europe, 20, p. 101-119, https://journals.openedition.org/sourcesarche/799

"L’étude se concentre sur le projet de canal navigable de Léonard de Vinci et vise à mettre en évidence la relation étroite entre ses dessins et sa compréhension scientifique de la réalité. En effet, afin d’améliorer le commerce, Léonard de Vinci imagine un canal reliant Florence à la mer Tyrrhénienne, conçu comme une voie navigable alternative à l’Arno, car le fleuve a alors un fort caractère torrentiel. Notre contribution propose une reconstitution historique du paysage inédite, effectuée grâce à la géolocalisation de toponymes trouvés dans divers documents d’archives. Après avoir défini la disposition possible du territoire à l’époque de Léonard, ces informations ont été transférées sur une carte moderne sur laquelle le projet a été géolocalisé, permettant ainsi de reconstituer le tracé possible du canal. Enfin, à l’appui de nombreux dessins et études Léonard de Vinci, nous avons réalisé une étude de faisabilité du projet".

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Plus d'un tiers des pays dans le monde sont en incapacité d'assurer leur autosuffisance alimentaire


Source
Stehl, J., Vonderschmidt, A., Vollmer, S. et al. (2025). « Gap between national food production and food-based dietary guidance highlights lack of national self-sufficiency » [L’écart entre la production alimentaire nationale et les recommandations nutritionnelles met en évidence le manque d’autosuffisance nationale]. Nature Food 6, 571–576, https://doi.org/10.1038/s43016-025-01173-4 (article en accès libre).

Résumé 

Les perturbations récentes, tels que la pandémie de COVID-19 et le déclenchement de la guerre en Ukraine, ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement, ce qui a relancé les discussions sur l’autosuffisance alimentaire. Alors que les partisans du mouvement « manger local » se concentrent sur la réduction des émissions liées à l’alimentation, le transport ne contribue qu’à environ 5 % des émissions des systèmes alimentaires. Cela soulève la question de savoir si les pays peuvent atteindre l'autosuffisance alimentaire. Les auteurs utilisent les données de production des bilans alimentaires 2020 de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le régime alimentaire Livewell du Fonds mondial pour la nature (WWF), dans le but d'analyser l'écart entre la production alimentaire nationale et les recommandations nutritionnelles pour sept groupes d'aliments. Des études antérieures ont évalué l’autosuffisance calorique à différents niveaux administratifs en fonction des habitudes de consommation. Les auteurs adoptent ici une approche plus globale, axée sur les groupes d’aliments essentiels à une alimentation saine – plutôt que sur les seules calories – en analysant les tendances passées et futures de l’autosuffisance. Enfin, ils étudient les dépendances commerciales des pays à faible autosuffisance, en soulignant le rôle crucial de la diversification des réponses – la capacité des pays à s’adapter aux perturbations commerciales en diversifiant leurs sources d’importation de manière à construire des systèmes alimentaires résilients. 

Résultats

Plus d'un tiers des pays sont en incapacité d'assurer leur autosuffisance concernant au moins deux des sept groupes alimentaires essentiels (fruits, légumes, lait, viande, poisson, féculents, légumineuses, noix et graines). Cette faible autosuffisance et la dépendance excessive à l'égard de quelques pays pour les importations compromettent leur capacité à réagir aux chocs mondiaux, en particulier pour les petits États.

Part d’autosuffisance pour sept groupes d'aliments spécifiques (source :  Stehl et al., 2025).



Sur 186 pays, 154 peuvent satisfaire les besoins concernant 2 à 5 des 7 groupes alimentaires du régime Livewell grâce à leur production nationale. Seul le Guyana atteint l'autosuffisance pour les sept groupes alimentaires, tandis que la Chine et le Vietnam en couvrent six. À l'inverse, six pays, principalement situés au Moyen-Orient (Afghanistan, Émirats arabes unis, Irak, Macao, Qatar et Yémen), ne couvrent les besoins d'aucun groupe alimentaire. Plus d'un tiers des pays atteignent l'autosuffisance pour deux groupes alimentaires ou moins ; 25 se trouvent en Afrique, 10 dans les Caraïbes et 7 en Europe. Seul 1 pays sur 7 atteint l'autosuffisance pour 5 groupes alimentaires ou plus, la plupart se trouvant en Europe et en Amérique du Sud.

Concernant l'élevage, l'autosuffisance en viande est relativement élevée, 65 % des pays atteignant (voire dépassant) leurs besoins alimentaires, tandis que l'Afrique subsaharienne connaît des déficits considérables. Les pays africains, tout comme ceux d'Océanie, sont confrontés à des difficultés en matière de production laitière ; respectivement 82 % et 83 % d'entre eux ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins. Moins de la moitié des pays atteignent l'autosuffisance en produits laitiers (44 %), alors que tous les pays européens y parviennent. L'autosuffisance en poisson et fruits de mer est particulièrement faible dans la plupart des régions, seuls 25 % des pays l'atteignant, y compris la Russie et les pays de la région Pacifique. À l'échelle mondiale, 60 % des pays ne peuvent couvrir la moitié de leurs besoins en poisson.

Environ la moitié des pays atteignent l'autosuffisance en féculents (45 %), en légumineuses, noix et graines (46 %) et en fruits (47 %), mais moins d'un quart y parviennent pour les légumes (24 %). La production de féculents est insuffisante dans des régions clés comme l'Asie occidentale, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, les Caraïbes et l'Amérique centrale, où seule la Dominique est autosuffisante. À l'inverse, l'Amérique du Sud et les Caraïbes affichent de bonnes performances en matière de production fruitière, tandis que tous les pays d'Europe du Nord ne couvrent même pas la moitié de leurs besoins. L'autosuffisance en légumes est élevée dans la région méditerranéenne et en Asie centrale, mais 91 % des pays d'Afrique subsaharienne sont en déficit. L'Europe du Nord, l'Amérique du Sud et les Caraïbes rencontrent également des difficultés en matière de production de légumes, seul le Guyana atteignant l'autosuffisance dans ces régions.

Si le commerce régional renforce l'autosuffisance, il expose également les pays à des risques s'ils dépendent trop d'un nombre restreint de partenaires commerciaux. Par exemple, la forte dépendance de l'Afrique de l'Ouest aux importations de riz (jusqu'à 70 % dans certains pays) rend la région vulnérable aux chocs de marché, comme l'ont montré la pandémie de COVID-19 et le blocage du canal de Suez pendant six jours en 2021. Ces exemples soulignent l'importance de diversifier les relations commerciales pour améliorer la résilience. Les échanges commerciaux entre les pays excédentaires en production alimentaire et ceux qui connaissent des déficits peuvent considérablement renforcer l'autosuffisance. 

À moyen et long terme, la réaffectation des ressources et l'investissement dans les technologies pourraient accroître considérablement les capacités de production. Les progrès réalisés dans l'agriculture et l'aquaculture, tels que le génie génétique, l'agriculture de précision, l'agriculture en environnement contrôlé et l'agriculture cellulaire, ainsi que des stratégies comme le plan « 30 x 30 » de Singapour – visant à produire durablement 30 % des besoins nutritionnels du pays d'ici 2030 – démontrent le potentiel d'amélioration de la production alimentaire nationale. L'analyse de l'évolution de l'autosuffisance alimentaire entre 2020 et 2032 suggère que la quasi-totalité des pays ont le potentiel d'améliorer leur autosuffisance, bien que celle-ci varie selon les groupes d'aliments.

Accès aux données

Toutes les données sont accessibles au public. Les données sur la production alimentaire issues du bilan alimentaire de la FAO sont disponibles via la page FAOSTAT (Statistiques de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture). Les données sur le commerce des produits alimentaires sont disponibles sur cette page. Les données démographiques sont disponibles auprès de la Division de la population des Nations Unies. Les données des Perspectives agricoles OCDE-FAO 2023-2032 sont disponibles via l'explorateur de données de l'OCDE

Les apports recommandés par groupe alimentaire du programme Livewell sont disponibles dans le rapport technique n° 9 du WWF intitulé « Manger pour atteindre la neutralité carbone » (2023). Les données relatives au gaspillage alimentaire et aux portions comestibles sont disponibles dans Gustavsson et al, 2011. L'ensemble du code STATA utilisé pour l'analyse dans cet article est disponible en accès libre via GitHub.

Lien ajouté le 6 décembre 2025

Chan, FKS, Chen, J., Johnson, MF et al. (2025). « Food security under climatic extremes in the Asia-Pacific region » [La sécurité alimentaire face aux extrêmes climatiques dans la région Asie-Pacifique]. npj Climate Action, 4 , 111. https://doi.org/10.1038/s44168-025-00316-4

Des chercheurs de l’Université de Nottingham et de l’Académie des sciences de Chine montrent que les extrêmes climatiques menacent la sécurité alimentaire d’une région qui abrite plus de 4 milliards d’habitants. Ils identifient risques majeurs et réponses possiblesLes événements climatiques extrêmes exercent une pression considérable sur la sécurité alimentaire dans la région Asie-Pacifique, qui abrite plus de la moitié de la population mondiale. La Chine, la Thaïlande, le Vietnam et de nombreux pays d'Asie du Sud-Est sont d'importants producteurs et exportateurs de produits alimentaires à l'échelle mondiale. Les récents phénomènes climatiques extrêmes associés à El Niño ont entraîné des pertes de récoltes considérables, aggravées par les guerres et les embargos commerciaux qui menacent la sécurité alimentaire. Pour relever ces défis, quatre mesures sont essentielles : (1) l'adaptation au changement climatique ; (2) des mécanismes régionaux d'aide alimentaire coordonnés et fondés sur des règles ; (3) la protection de la production nationale et la conservation des sols ; et (4) la promotion de pratiques agricoles décarbonées. Ensemble, ces stratégies sont nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire future dans la région.

Lien ajouté le 10 février 2026

« La faim recule dans le monde, mais les foyers de crise se multiplient » (Alternatives économiques).

Aude Martin mobilise les données de la FAO pour dresser un état des lieux mondial de la faim. L’étude montre une baisse lente de la sous-alimentation globale, mais souligne surtout la multiplication rapide et inquiétante des crises alimentaires aiguës. En 2024, 8,2% de la population mondiale souffre de la faim, contre 8,5% en 2023. Ce recul reste modeste et insuffisant pour atteindre l’objectif d’éradication fixé pour 2030, alors même que la production alimentaire mondiale est jugée globalement suffisante. La géographie contemporaine de la faim ne renvoie donc pas à un manque de nourriture, mais à des difficultés d’accès. Entre 2019 et 2025, les prix alimentaires ont augmenté de 37%, bien plus vite que l’ensemble des biens de consommation, en hausse de 25%. La géographie contemporaine de la faim ne renvoie donc pas à un manque de nourriture, mais à des difficultés d’accès. Entre 2019 et 2025, les prix alimentaires ont augmenté de 37%, bien plus vite que l’ensemble des biens de consommation, en hausse de 25%. Les crises climatiques et les conflits armés aggravent ces déséquilibres. Sécheresses, inondations et violences s’additionnent. En Somalie, 53% de la population est sous-alimentée, dans un contexte combinant aléas climatiques extrêmes et insécurité chronique. Parallèlement, les situations d’insécurité alimentaire aiguë progressent fortement. En 2024, 295 millions de personnes sont concernées, contre 281 millions en 2023. Cette hausse marque la sixième augmentation consécutive depuis 2019. Parallèlement, les situations d’insécurité alimentaire aiguë progressent fortement. En 2024, 295 millions de personnes sont concernées, contre 281 millions en 2023. Cette hausse marque la sixième augmentation consécutive depuis 2019. L’étude révèle ainsi une fracture géographique durable. La faim recule à l’échelle mondiale, mais les famines s’étendent localement, notamment au Soudan, au Yémen, en Haïti et au Soudan du Sud, où près de la moitié de la population est affectée.

Lien ajouté le 11 mars 2026

« Il y a assez de nourriture pour nourrir tout le monde. Alors, pourquoi l’insécurité alimentaire persiste ? » Les causes de l’insécurité alimentaire sont multiples et interconnectées : inégalités de revenus, précarité de l’emploi, faible niveau d’éducation et restrictions budgétaires (The Conversation).

Deux chercheurs de l’Université Laval, analysent le paradoxe d'une production alimentaire qui atteint des niveaux records, alors que la faim persiste. L'article explique pourquoi l’abondance agricole ne garantit pas l’accès à une alimentation suffisante. La planète produit aujourd’hui assez de nourriture pour nourrir toute l’humanité. En 2025, la production alimentaire par habitant atteint un record historique. Pourtant, 2,3 milliards de personnes ont connu une insécurité alimentaire en 2024 selon la FAO. La faim n’est pas limitée aux pays pauvres. Au Canada, près de 7 millions de personnes, soit 17% de la population, vivent dans l’incertitude alimentaire. Aux États-Unis, 46 millions de personnes dépendent des banques alimentaires chaque année. Les inégalités spatiales restent fortes. La FAO estime que l’insécurité alimentaire touche environ deux tiers de la population en Afrique subsaharienne, un quart en Amérique latine et dans les Caraïbes, et jusqu’à la moitié en Océanie hors Australie et Nouvelle-Zélande. L’objectif « Faim zéro » fixé pour 2030 s’éloigne. Les projections indiquent qu’environ 600 millions de personnes pourraient encore souffrir de la faim à cette date. L’insécurité alimentaire aggrave aussi les maladies comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension. Les causes sont structurelles et interconnectées. Les chercheurs soulignent le rôle des inégalités de revenus, de l’emploi précaire, du niveau d’éducation ou de politiques publiques fragmentées. Beaucoup de programmes traitent les symptômes plutôt que les causes. Le gaspillage accentue le problème. Environ 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, soit près d’un tiers de la production mondiale. Dans les pays pauvres, les pertes se produisent surtout lors de la production. Dans les pays riches, lors de la consommation. Les solutions passent par des systèmes alimentaires + équitables. Banques alimentaires élargies, jardins communautaires ou applications comme Too Good To Go, qui sauve plus de 150 millions de repas/an, cherchent à relier surplus alimentaires et besoins sociaux. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Votre pays ne peut pas vous nourrir » (not-ship.com).

La fermeture persistante du détroit d'Ormuz, point de passage maritime majeur, soulève une question gênante : sans commerce mondial, les pays pourraient-ils réellement se nourrir ? Une analyse de la disponibilité des terres a révélé que 86 pays – abritant un peu plus de la moitié de la population mondiale – pourraient garantir une alimentation saine issue de sources nationales. Et 113 autres pays pourraient y arriver en modifiant légèrement leurs habitudes alimentaires, leurs pratiques agricoles et en réduisant le gaspillage alimentaire. Malgré cela, un problème subsiste. Et il nous ramène directement au détroit d'Ormuz. Ces mesures d'autosuffisance reposent sur la production agricole normale. Or, cette production dépend fortement d'un approvisionnement régulier en engrais. Un tiers des engrais mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz, et sa fermeture a fait flamber les prix en plein cœur de la saison des semis de printemps dans l'hémisphère Nord. Cela pourrait entraîner une diminution des stocks alimentaires et une hausse des prix à l'échelle mondiale, prévient l' économiste en chef de la FAO. Le Brésil et la Chine figurent parmi les pays les plus autosuffisants. Pourtant, tous deux dépendent fortement des engrais importés via le détroit. Et la transition vers des alternatives n'est pas si simple : lorsque le Sri Lanka a interdit les engrais synthétiques en 2021 , la production de riz a chuté de 20 % en six mois. Les prix des denrées alimentaires ont flambé et la mesure a été annulée. En théorie, même si les pays sont autosuffisants, dans notre système actuel, ils restent dépendants du commerce mondial des engrais. Autrement dit : l’autosuffisance est intrinsèquement liée à la qualité des chaînes d’approvisionnement qui la soutiennent.

Lien ajouté le 9 avril 2026

« En Espagne, des milliers de tonnes de fruits et légumes ne sont jamais récoltées et pourrissent dans les champs » (The Conversation).

Des chercheurs espagnols analysent le gaspillage agricole en Espagne à partir des données du FEGA. Leur étude montre que des récoltes sont abandonnées malgré une forte pénurie d’eau, révélant un décalage entre gestion des ressources et logique économique. L’Espagne est largement aride. 67% du territoire présente un indice d’aridité inférieur à 0,65. Le pays est classé 29e sur 164 pour le stress hydrique. Pourtant, la demande en eau augmente fortement depuis 50 ans sous l’effet de l’agriculture intensive. 2018 et 2024, 483.624 tonnes de fruits et légumes sont abandonnées. Cela représente près de 36 millions de m³ d’eau gaspillée chaque année et 36.694 tonnes de CO₂. Une partie est valorisée, mais 11,7% est directement détruite. Certaines cultures concentrent ce gaspillage. La tomate domine en volume et en émissions de CO₂, suivie du melon et de la nectarine. En eau, la prune est la plus coûteuse, avec 3.759 milliers de m³ par an, devant le kaki et l’orange. Les contrastes régionaux sont marqués. Murcie atteint 20,2 kt de rebuts par an, suivie de l’Andalousie et de la Communauté valencienne. Cette dernière concentre aussi la plus forte empreinte hydrique, avec 8,78 hm³ d’eau gaspillée chaque année. Ce gaspillage s’explique par les prix trop bas. Produire en masse pour réduire les coûts entraîne surproduction et chute des prix. Les agriculteurs préfèrent alors laisser les récoltes dans les champs plutôt que payer leur récolte. Les chiffres officiels sous-estiment le phénomène. En 2024, 300.000 tonnes de citrons sont abandonnées à Alicante, soit 30% de la production, alors que les données officielles n’en recensent qu’une infime partie à l’échelle régionale. Cette situation révèle une contradiction majeure. Dans un pays confronté à la sécheresse, l’eau est à la fois rare et gaspillée indirectement. Le modèle agricole intensif fragilise ainsi la sécurité hydrique et les équilibres territoriaux. 

Liens ajoutés le 4 mai 2026

« Le monde fonce vers une crise alimentaire en cascade, prévient la FAO, et les signaux sont déjà là » (Futura Sciences).

Alors qu'un nouvel épisode El Niño s'apprête à accentuer le réchauffement en cours déjà important de notre Planète, nos systèmes agroalimentaires sont « au bord de la rupture » à cause des épisodes de chaleur extrême annonce la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Et cela entraîne des conséquences en cascade sur le monde entier.

« Chaleur extrême et agriculture » (rapport conjoint de la FAO et de l'OMM).

Les vagues de chaleur extrêmes apparaissent comme l'une des menaces les plus urgentes et les moins bien comprises pour l'agriculture et la sécurité alimentaire. La hausse des températures, les vagues de chaleur prolongées et les bouleversements climatiques perturbent déjà les rendements agricoles, la santé du bétail, la disponibilité en eau et les moyens de subsistance ruraux, et ce sont les populations les plus vulnérables qui en subissent les conséquences de manière disproportionnée. La prévisibilité des vagues de chaleur extrêmes fait du renforcement des services climatiques et des systèmes d'alerte précoce, associés à des actions préventives, une opportunité cruciale. Il est également clair que l'adaptation a ses limites. Alors que les températures moyennes mondiales sont sur le point de dépasser le seuil de réchauffement de 1,5 °C fixé par l'Accord de Paris, l'urgence d'agir en matière d'adaptation et d'atténuation ne fait que croître. La seule solution durable pour protéger l'avenir des systèmes agroalimentaires mondiaux face à la menace croissante des vagues de chaleur extrêmes réside dans une stratégie multilatérale ambitieuse d'atténuation du changement climatique.

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La fragmentation de l'assiette fiscale, une source majeure d'inégalités aux États-Unis


Source : Robert Manduca, Brian Highsmith & Jacob Waggoner (2025). « Tax base fragmentation as a dimension of metropolitan inequality », Socio-Economic Review, mwaf055, https://doi.org/10.1093/ser/mwaf055

Résumé

Aux États-Unis, la responsabilité de la fourniture de services essentiels est déléguée aux collectivités locales. En l'absence de transferts centralisés suffisants, la capacité à assurer ces services dépend de l'assiette fiscale contenue dans les limites municipales, parfois contestées. Les auteurs montrent comment la fragmentation administrative et la ségrégation économique interagissent pour créer une fragmentation de l'assiette fiscale, c'est-à-dire une répartition inégale du patrimoine imposable entre les différentes juridictions (municipalités, comtés et villes). Le niveau de fragmentation varie selon les régions. Il est important dans les grandes métropoles. Il est lié à la fois au montant et au type de recettes perçues par les collectivités locales. Les auteurs identifient des centaines de juridictions qui bénéficient ou subissent de manière disproportionnée la fragmentation de l'assiette fiscale, démontrant ainsi comment la structure institutionnelle du fédéralisme fiscal américain permet à certaines juridictions de servir de paradis fiscaux pour les résidents fortunés et les entreprises, tout en soumettant d'autres juridictions à de graves difficultés financières, même dans des zones métropolitaines généralement prospères.

L'analyse est conduite à l'échelle des zones métropolitaines, définies comme des aires statistiques à noyau (ASN). Les ASN regroupent des comtés comprenant un noyau urbain d'au moins 10 000 habitants et les zones environnantes d'où proviennent les navetteurs. Les ASN regroupent plus de 310 millions d'habitants, soit environ 94,5 % de la population américaine en 2020. Les auteurs utilisent les délimitations des ASN de 2020 (Office of Management and Budget, 2021). Ils produisent également des estimations pour les zones de navettage et les aires statistiques consolidées (autres méthodes de définition des zones métropolitaines) présentées en Annexe.

Résultats

Les résultats révèlent des variations importantes dans la fragmentation de l'assiette fiscale entre les métropoles américaines. Afin de mettre en évidence les facteurs contribuant à ces variations, les auteurs examinent quelques grandes métropoles se classant respectivement parmi les plus fragmentées (Detroit dans le Michigan), les moins (Honolulu à Hawaï) et les moyennement fragmentées (Des Moines dans l'Iowa). Ces trois exemples illustrent la fragmentation de l'assiette fiscale parmi les grandes métropoles américaines. La carte présente le TFQ (quotient fiscal) pour chaque zone statistique métropolitaine (CBSA) des États-Unis. Outre Honolulu, l'indice atteint son minimum théorique de 0 dans d'autres CBSA entièrement situées au sein d'une seule administration locale à vocation générale, comme Carson City (Nevada) et Juneau (Alaska). Les valeurs les plus élevées se trouvent dans les CBSA plus petites de l'intérieur du pays, notamment dans les zones agricoles du Haut-Midwest et du Texas, où des terres agricoles de grande valeur se situent en dehors des limites municipales, ainsi que dans plusieurs stations touristiques, comme Glenwood Springs (Colorado) (TFQ de 0,557), qui abrite la station de ski d'Aspen.

Carte du quotient de fragmentation de la base fiscale 2019 (source : Manduca et al., 2025)



L'hétérogénéité des transferts et du recours à la taxe foncière entre les États peut modifier les conséquences d'une fragmentation donnée de l'assiette fiscale. Les résultats démontrent que la fragmentation de l'assiette fiscale se distingue empiriquement des autres dimensions couramment étudiées des inégalités métropolitaines. Sur 917 zones statistiques métropolitaines (CBSA), 185 comptent au moins un paradis fiscal municipal, dont 58 des 108 métropoles de plus de 500 000 habitants. Parmi ces juridictions figurent certaines des municipalités les plus riches du pays – Malibu (Californie), East Hampton (New York) et Palm Beach (Floride) – ainsi que des banlieues huppées de nombreuses grandes villes, comme Cherry Hills Village (Colorado, près de Denver), Winnetka (Illinois, près de Chicago) et Highland Park et University Park (Texas, entièrement entourées par Dallas). Mais cette liste comprend également des dizaines de banlieues résidentielles plus petites et moins connues, parfois bien plus riches que les plus célèbres. Cette liste de paradis fiscaux municipaux recensés comprend également des dizaines d'enclaves commerciales : des villes ou des bourgades constituées en municipalités, quasiment sans habitants – parfois moins de dix – mais abritant des centaines de millions (voire des milliards) de dollars de patrimoine immobilier commercial. Les exemples les plus connus sont les « villes » de Bay Lake et Lake Buena Vista, en Floride, appartenant à Disney et situées au sein du complexe Disney World.

À l'inverse des paradis fiscaux municipaux, on trouve ce que l'on appelle les « juridictions fiscalement appauvries » : des collectivités locales dont l'assiette fiscale par habitant est inférieure au tiers de la moyenne de leur zone métropolitaine (taux de recettes fiscales inférieur à 33 %). Comparées au patrimoine immobilier propre de leurs voisines métropolitaines, ces juridictions disposent de très peu de ressources fiscales ; faute de transferts financiers importants de la part des échelons supérieurs de gouvernement, elles doivent choisir entre imposer leurs résidents à des taux extrêmement élevés et renoncer à des services publics essentiels. Les auteurs recensent 920 juridictions fiscalement défavorisées à travers le pays, y compris dans des zones métropolitaines généralement prospères comme Dallas, Miami, Charlotte et New York ; elles abritent collectivement 3,7 millions d’habitants. La plus grande est Détroit, avec plus de 600 000 habitants ; viennent ensuite Newark et Patterson (New Jersey), Bridgeport (Connecticut) et Lawrence (Massachusetts). Cependant, nombre de ces juridictions sont assez petites, souvent rurales, et donc moins visibles pour les chercheurs spécialisés dans la pauvreté concentrée.

La fragmentation métropolitaine est une caractéristique de l'économie politique des États-Unis. On a souvent considéré la fragmentation des collectivités locales comme un atout, car elle imposerait une discipline budgétaire aux habitants et leur permettrait de choisir librement leur niveau de fiscalité et de services. Cependant, des travaux récents remettent en question ces avantages théoriques de la fragmentation, soulignant comment, intentionnellement ou non, elle peut contribuer à plusieurs des problèmes socio-économiques les plus préoccupants auxquels les États-Unis sont confrontés aujourd'hui.

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Cartes littéraires : des cartes réelles pour des lieux imaginaires


Source : « Literary Maps : Real Maps for Imaginary Places », Library of Congress, December 1, 2025
https://blogs.loc.gov/loc/2025/12/literary-maps-your-imaginary-guide-to-famous-fictional-places/

Le blog de la Bibliothèque du Congrès (LOC) consacre un billet aux cartes littéraires. On y trouve la célèbre carte de « L'Île au trésor » dessinée par Robert Louis Stevenson, mais aussi des cartes destinées à accompagner des ouvrages de John Steinbeck, William Faulkner et Norton Juster. La carte de l'Amérique selon John Steinbeck illustre des scènes tirées de certaines des œuvres les plus célèbres du romancier, dont « Les Raisins de la colère ». 

En 1999, la LOC avait publié « Language of the Land : The Library of Congress Book of Literary Maps », ouvrage complémentaire à l'exposition « Language of the Land : Journeys into Literary America ». Ces deux publications s'appuient sur une partie des 230 cartes littéraires conservées à la Division de la géographie et des cartes de la Bibliothèque du Congrès. 

En 1961, un jeune architecte du nom de Norton Juster s'associa à Julles Feiffer. Ensemble, ils imaginèrent « Le Péage Fantôme », qui allait devenir l'un des livres pour enfants les plus célèbres de tous les temps, empli d'une philosophie intemporelle pour les adultes : sa carte du Royaume de la Sagesse (voir par ici en agrandissement) est une métaphore sur la curiosité et la condition humaine. Il raconte l'histoire de Milo, un petit garçon qui s'ennuie et qui reçoit un jour un péage magique le transportant dans un monde fantastique appelé le Royaume de la Sagesse. D'abord perdu dans les Marais de la Sérénité, un lieu gris où penser et rire sont interdits, il vit ensuite d'incroyables aventures avant de retourner dans sa chambre comme par magie. La carte, réalisée par le dessinateur Jules Feiffer, figure emblématique du milieu du XXe siècle et illustrateur du livre, représente le pays merveilleux dans lequel Milo se retrouve, guidé par sa propre curiosité. Milo est rongé par un ennui profond, pensant que tout est perte de temps et qu'il n'a jamais envie de rien faire. Jusqu'à ce qu'un péage apparaisse dans la chambre de Milo, et qu'il le franchisse à toute vitesse pour se retrouver dans un monde étrange où les mots et les chiffres sont séparés. Seul Milo peut réunir le royaume, une quête qui implique de nombreuses expériences stimulantes où les tournures de phrase prennent forme : sauter vers les Conclusions (une île) ; se prélasser dans le Calme plat ; nager dans la Mer du Savoir ; littéralement manger ses propres mots. 

Dans « Le Péage fantôme », l’artiste Jules Feiffer a esquissé la Mer de la Connaissance
(source : © Library of Congress, Rare Book and Special Collections Division)



Extrait de l'exposition « Language of the Land : Journeys into Literary America » organisée par la Bibliothèque du Congrès (1999) :

La littérature de l'Ouest américain est vaste et ouverte. Dans « Le Langage de la Terre », les écrivains de l'Ouest des États-Unis expriment l'émerveillement que suscite le spectacle des immenses étendues : John Steinbeck décrit un printemps luxuriant dans la vallée de Salinas, William Stafford la quiétude du Wyoming, et un écrivain amérindien anonyme la beauté d'une aube et d'un crépuscule dans le Sud-Ouest. Ces auteurs, parmi d'autres, ont créé des personnages devenus légendaires : le Virginien d'Owen Wister, premier d'une longue lignée de cowboys héros robustes et indépendants ; et Buck, le chien de traîneau indomptable de Jack London, originaire d'Alaska.

La topographie variée du Sud, des montagnes et vallées vallonnées de Virginie aux mystérieux marais de Louisiane en passant par la chaleur subtropicale de la Floride, a nourri l'imagination de certains des plus grands auteurs américains. Les écrivains du Sud ont toujours insisté sur leur lien à la terre. Des photographies des lieux qu'ils ont marqués dans la conscience collective américaine côtoient leurs écrits : le Mississippi, à jamais associé à Mark Twain ; la Virginie d'Ellen Glasgow ; une ferme du Mississippi photographiée par Eudora Welty ; Asheville, ville de Thomas Wolfe. Sont également représentés certains des personnages les plus marquants de la littérature sudiste : Scarlett O'Hara de Margaret Mitchell, déterminée à survivre à tout prix ; Huckleberry Finn de Mark Twain, fuyant la « civilisation » par une descente du fleuve ; Jody Baxter de Marjorie Kennan Rawlings, qui grandit grâce à l'affection qu'il porte à son faon Flag.

Bien qu'elle soit la plus petite région présentée dans Language of the Land, le Nord-Est possède de profondes racines littéraires, remontant aux écrivains puritains de Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle. Nombre d'auteurs américains parmi les plus célèbres sont originaires de cette région et ont célébré sa diversité géographique et culturelle ainsi que sa grande beauté naturelle. À proximité les unes des autres se trouvent les montagnes du Vermont et du New Hampshire, les collines ondulantes de Pennsylvanie, les lacs, étangs et forêts de l'État de New York, les marais salants et les dunes de sable du Massachusetts, les côtes rocheuses du Maine, sans oublier les importants centres urbains que sont Boston, New York, Philadelphie et Washington. Toutes ces régions ont vu naître des figures littéraires majeures.

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Rekichizu : une vision moderne des cartes historiques du Japon


Source : Sorami Shiromizu (2025). Rekichizu : A Modern Take on Japan's Historical Maps, MIERUNE
https://dev.to/mierune/rekichizu-a-modern-take-on-japans-historical-maps-53gp

Rekichizu est un site web où l'on peut consulter des cartes historiques avec une conception cartographique moderne. Les cartes anciennes datent de la fin de la période Edo (1800-1840). Le projet a été lancé en août 2023. 

1) Naissance et développement du projet

Le projet Rekichizu trouve son origine dans une passion personnelle du graphiste Hajime Kato connu sur les réseaux sous le nom de @chizutodesign. Kato est reconnu pour son approche créative et originale des cartes et des visualisations de données. Passionné d'histoire et de cartographie, Kato a constaté que si les cartes anciennes sont fascinantes, leur complexité les rend difficiles à lire et à interpréter pour les utilisateurs contemporains. En 2019, ce défi l'a incité à créer et à publier sur Twitter une image fixe d'une carte de l'époque d'Edo, dans le style de Google Maps. Celle-ci a rapidement suscité un vif intérêt, devenant virale avec près de 40 000 « like ». Point important, cette première version était une image unique et statique, entièrement réalisée avec Adobe Illustrator. Pour transformer cette image statique en service web interactif, Kato a entrepris un travail de longue haleine pour créer les données numériques. Il a corrigé et ajusté ces données en se référant à la carte de l'autorité géospatiale. Ensuite, le dessin et la création des données ont été réalisés à l'aide de QGIS, un logiciel de système d'information géographique (SIG) libre et gratuit.

En août 2023, Kato a publié la première version publique de Rekichizu. Le succès a été immédiat et retentissant : le jeu a atteint 100 000 vues dès le lendemain et a fait l’objet d’articles dans les médias en ligne, la presse nationale et des émissions de télévision. En novembre 2025, les versions anglaise et hiragana (un système d’écriture phonétique utilisé en japonais) ont été publiées, rendant ces cartes historiques accessibles à un large public.

2) Accès au site et aux données

Le site Rekichizu repose sur des données numériques originales à grande échelle, extraites méticuleusement de cartes anciennes. Ces données sont présentées dans un style cartographique moderne, offrant un service de cartographie interactif similaire aux plateformes que l'on utilise aujourd'hui. On peut comparer directement les cartes historiques avec les cartes modernes et les photographies aériennes d'aujourd'hui. Les utilisateurs peuvent rechercher des lieux en japonais, en hiragana ou en anglais. Les données sous-jacentes (tuiles et styles de carte) sont fournies en tant que données ouvertes sous la licence CC BY-NC-ND 4.0.

En 2024, en collaboration avec le Centre pour les données ouvertes en sciences humaines (ROIS-DS Center for Open Data in the Humanities), Rekichizu a extrait les superficies des maisons de ville des 29 feuilles d’« Edo Kiriezu ». Ces données sont publiées sur le site (zones colorées en brun clair sur la carte). Le jeu de données est disponible au téléchargement au format SIG. Pour plus de détails, consulter cette page.

Représentation cartographique des zones d'habitat urbain à la période Edo (source : ROIS-DS)

En 2025, Rekichizu a créé des données pour environ 7 700 km de routes principales de l’époque Edo. Ces données sont désormais disponibles en téléchargement au format SIG. Pour plus de détails, consulter cette page.

À ce jour, le projet utilise plus de 400 documents de référence. Grâce à ces documents, le réseau routier créé s'étend sur plus de 40 000 km et le nombre de points d'intérêt dépasse les 6 100 (ces POI ne sont pas toujours évidents à reconnaître malgré la catégorisation proposée). L'objectif à long terme est de ne pas en rester uniquement à la période Edo tardive et de créer une carte historique véritablement multicouche. Le but ultime est d'y inclure progressivement des cartes couvrant une période chronologique plus large de l'histoire japonaise, telles que les périodes Heian, Sengoku (époque des Royaumes combattants), Meiji, Taishō et Shōwa.

En collaboration avec le roman de Yoshinobu Kadoi, Sapporo Tanjo (La Naissance de Sapporo) publié par Kawade Shobo Shinsha, Rekichizu a créé des cartes de Sapporo de la fin de l'époque Edo à l'ère Showa, ainsi qu'un site web dédié. Pour plus de détails, consulter cette page.

Lien ajouté le 4 décembre 2025

« Le déclin de l'ère Shōwa au Japon en images » (The Guardian).
Les photographies de Lee Chapman documentent les scènes, les enseignes et les commerces familiaux du Japon d'après-guerre, durant l'ère Shōwa. Elles mettent en lumière un aspect unique de la vie japonaise, qui disparaît rapidement à Tokyo en particulier : les bâtiments ont largement dépassé leur durée de vie naturelle et leurs occupants arrivent au terme de la leur. Alors que la plupart des nouvelles constructions du pays ressemblent à celles que l'on trouve dans de nombreuses autres villes du monde, l'ère Shōwa est désormais reconnue pour son attrait visuel autant que pour l'importance de cette période.

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L'histoire par les cartes : une carte japonaise du XVIIe raconte le voyage d'Edo à Kyoto

Atlas de la désertification en Espagne


Source : Martínez-Valderrama, J., Olcina Cantos, J., Guirado, E., Martí-Talavera, J., Cintas, J. (eds.) (2025). Atlas de la desertificación de España. Publicaciones de la Universidad de Alicante.

Le premier Atlas de la désertification en Espagne a été réalisé par des spécialistes de l'Université d'Alicante et du Conseil supérieur de la recherche scientifique. Selon cet Atlas, 206 217 km² sont touchés par la désertification. Cela représente 40,9 % du territoire espagnol. Ce pourcentage est le double de la dernière estimation officielle. Cela s'explique par le fait que le nouvel atlas prend en compte non seulement l'état des sols, mais aussi les ressources en eau. Par conséquent, une zone qui semble en bon état peut être considérée comme dégradée en raison de la détérioration des eaux souterraines.

Un projet financé par l'Union européenne

Le projet « Atlas de la désertification en Espagne » (ATLAS) a été soumis à l'appel à projets de la Fondation pour la biodiversité du ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (MITECO), afin de soutenir des programmes et des projets de recherche sur la gestion de la biodiversité, dans le cadre du Plan de relance, de transformation et de résilience NextGenerationEU pour l'année 2022, financé par l'Union européenne.

L’objectif général de ce projet est d’élaborer un Atlas de la désertification en Espagne pour sevir de base aux actions à mener dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre la désertification et à la mise en œuvre de la neutralité en matière de dégradation des terres en Espagne. Cet objectif principal se décline en plusieurs objectifs spécifiques :

  • Rassembler, sous différentes catégories (par exemple, climat, utilisation des terres, eau, démographie, etc.) de cartes à l'échelle nationale, des variables liées à la désertification (par exemple, pour la catégorie « eau », l'utilisation des ressources en eau, l'état des nappes phréatiques, la teneur en nitrates des aquifères, etc.).
  • Établir un inventaire des cas de désertification en Espagne en se basant sur ces informations, ainsi que sur les paysages de désertification du Programme d'action national contre la désertification et les scénarios de désertification de la Stratégie nationale de lutte contre la désertification.
  • Élaborer une carte des probabilités de désertification en utilisant des techniques d'intelligence artificielle (IA), le « Big Data » et l'inventaire mentionné ci-dessus.
  • Fournir un accès libre à toutes les informations cartographiques relatives à la désertification produites dans le cadre de ce projet.

Le besoin de disposer de cartes sur la désertification

La désertification est l'un des principaux problèmes environnementaux de l'Espagne. Sa gravité et son étendue ne cessent de croître – parallèlement à l'expansion des zones arides – en raison du changement climatique, de l'exploitation non durable des ressources naturelles et de l'absence de mesures efficaces pour s'attaquer à ses causes. L'ambiguïté du concept de désertification a conduit à la disparition des cartes de désertification du dernier Atlas mondial de la désertification. Or, il est essentiel de savoir quelles zones sont désertifiées, lesquelles sont en voie de désertification et lesquelles risquent de le devenir.

La désertification est définie par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification comme la « dégradation des zones arides, semi-arides et subhumides sèches en raison des variations climatiques et des activités humaines », la dégradation étant comprise comme « la perte de productivité biologique, économique et de biodiversité ».

Cartographier la désertification et évaluer son ampleur représente un défi constant depuis la publication de la première carte mondiale en 1977. Depuis, six cartes mondiales de la désertification (dont deux atlas) et quatre autres cartes sur la dégradation des terres – prenant en compte les zones arides et humides – ont été réalisées. Après plus de quarante ans d'efforts, le dernier Atlas mondial de la désertification ne couvre toujours pas l'ensemble des processus de désertification.

Les obstacles, jusqu'ici difficiles à surmonter, sont les suivants :

  1. Concentrer les différents processus de désertification en un seul indicateur en additionnant diverses grandeurs sans aucune base statistique (par exemple, additionner l'érosion et la dégradation des aquifères).
  2. Ces estimations reposent principalement sur des évaluations subjectives d'experts ; il serait donc difficile de les appliquer ailleurs ou par d'autres observateurs, et de les considérer comme une condition de référence pour évaluer les changements futurs.
  3. Bon nombre des grandeurs mesurées à l'échelle locale sont très difficiles à estimer à plus grande échelle.
  4. Déterminer quantitativement le seuil qui sépare l'état non dégradé de l'état dégradé.

L’absence de cartes de désertification offre l’opportunité d’établir une méthodologie de cartographie de la désertification, non seulement en Espagne, mais aussi à l’échelle mondiale. Des initiatives telles que la neutralité en matière de dégradation des terres et le besoin de ces informations dans les régions potentiellement touchées par la désertification (environ 46 % de la surface terrestre) justifient l’investissement de ressources et de temps dans cette tâche.

« Cartographier ce processus complexe et les différentes variables impliquées est la première étape vers l'élaboration de solutions efficaces », affirment les chercheurs. Paradoxalement, la difficulté à conceptualiser ce phénomène rend sa cartographie particulièrement ardue. De fait, le dernier Atlas mondial de la désertification, datant de 2008, ne comportait pas de cartes en raison de difficultés méthodologiques. Dans ce cas précis, le recours à l'intelligence artificielle et aux algorithmes a permis d'identifier des signes de dégradation sur chaque pixel du territoire national.

Grâce à la mise en œuvre d'un modèle Random Forest et à partir d'une collection de preuves de dégradation et d'une série de variables prédictives, a été élaborée une carte de la probabilité de dégradation des terres en Espagne. La carte de l'Atlas actuel, même imparfaite et sujette à débat, doit offrir une référence utile permettant de combler en partie le vide cartographique existant sur cette question.

Carte de probabilité de la dégradation (source : Atlas de la desertificación de España)

Contenu de l'Atlas

L'Atlas se compose de trois sections distinctes. La première rassemble toutes les informations cartographiques relatives à la désertification. Ces informations sont classées en différentes rubriques ou catégories (toujours imparfaites). Les auteurs commencent par les conditions climatiques, qui déterminent l'aridité et donc le contexte dans lequel les processus de désertification peuvent se produire. Ensuite, ils abordent les relations entre la désertification et l'eau, le sol, l'agriculture et les incendies.

La deuxième partie, qui constitue le cœur du projet, présente les cartes de désertification. Avec les cartes précédentes, elle vise à rassembler toutes les informations cartographiques relatives à la désertification. Enfin, une série d'études de cas est présentée afin d'éclairer la nature du problème. Bien que les cartes soient accompagnées de descriptions et d'interprétations, il est important, compte tenu de la complexité et de l'ambiguïté de ce phénomène, d'expliquer les différentes nuances de la désertification. Avec l'aide de divers experts, ces cas sont analysés de manière spécifique.

Répartition de la population par catégorie d'aridité (source : Atlas de la desertificación de España)

Murcie, Albacete, Almería, Las Palmas, Valladolid et Alicante sont les provinces les plus touchées par ce phénomène qui entraîne la disparition totale des sols utilisables pour l'écologie et l'agriculture. L'ADE (Agence andalouse pour le développement durable) désigne clairement l'agriculture comme principale consommatrice d'eau et facteur déterminant de la dégradation des sols. La superficie irriguée a déjà atteint 3,78 millions d'hectares, l'Andalousie étant en tête de la croissance de ce système agricole depuis le début du siècle. Des cultures en principe non irriguées comme les oliviers, les vignes et les amandiers sont également irriguées. Entre 2018 et 2024, 483 624 tonnes de fruits et légumes ont été jetées, la production excédant la demande et les prix du marché ne permettant pas de couvrir les coûts. Par ailleurs, l'atlas met en évidence l'abandon rapide des zones rurales, la population se concentrant dans des zones urbaines presque toujours situées en régions arides. Quatre Espagnols sur cinq vivent dans des zones densément peuplées, ce qui accroît la pression sur les ressources naturelles. La gestion des ressources en eau et la transformation du territoire exigent de nouvelles solutions. Celles-ci incluent la réutilisation intégrale des eaux usées, associée à des usines de dessalement et à des transferts d'eau, ainsi que la maîtrise de la frénésie immobilière grâce à une analyse approfondie des zones de construction et de leur impact sur la consommation d'eau. « Lutter contre la désertification, à l’instar d’autres crises environnementales contemporaines, exige en définitive une transformation des valeurs et une compréhension plus approfondie des socio-écosystèmes dans lesquels nous vivons », conclut l’ADE.

Télécharger l'Atlas de la désertification en Espagne. Accès aux cartes de l'Atlas.

Découvrir et télécharger l'Atlas mondial de la désertification.

Lien ajouté le 24 avril 2026

José V. Roces-Díaz, Lucía García-Candanedo, Celestino Ordoñez et al (2026). « Environmental conditions drive both spatial and temporal changes in Spanish rural land systems  » [Les conditions environnementales entraînent des changements spatiaux et temporels dans les systèmes fonciers ruraux espagnols]. Applied Geography, volume 191, 103996, https://doi.org/10.1016/j.apgeog.2026.103996.

Les systèmes fonciers ruraux sont des entités socio-écologiques complexes et dynamiques qui peuvent jouer un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité et le bien-être humain. Malgré leur importance, les mécanismes qui régissent l'organisation spatiale et la reconfiguration temporelle de ces systèmes restent insuffisamment compris, notamment dans le contexte du changement global, où la variabilité écologique et les pressions socio-économiques interagissent de plus en plus. Cette étude identifie les principaux types de systèmes fonciers ruraux en Espagne, en examinant leur distribution spatiale et leurs évolutions temporelles récentes, ainsi que les facteurs sous-jacents. À partir de données socio-économiques et d'occupation des sols provenant de 6 168 communes, les chercheurs ont élaboré une typologie des systèmes fonciers ruraux par classification hiérarchique avec contraintes spatiales. Ils ont ensuite analysé la distribution des 14 types obtenus selon des gradients climatiques, topographiques et de production primaire à l'aide d'une analyse de variance (ANOVA). En outre, ils ont évalué leur dynamique récente, en démêlant les principaux facteurs environnementaux et socio-économiques de changement grâce à des modèles de régression logistique. Le climat et le relief structurent fortement la distribution de ces systèmes, distinguant les types agricoles géographiquement contraints et spécialisés des types plus étendus et multifonctionnels. Durant la période étudiée, un quart des communes ont connu une transition vers un système foncier rural différent, principalement par intensification ou abandon des terres. Ces transitions étaient plus fréquentes dans des conditions environnementales spécifiques (faible production primaire, pentes douces, climats plus chauds et plus secs) et des contextes socio-économiques particuliers (faible valeur foncière rurale). Ces tendances, à l'image des transformations plus générales observées dans les paysages européens, indiquent que les conditions environnementales sont des déterminants clés de la distribution et de la dynamique des systèmes fonciers ruraux, soulignant la nécessité de les intégrer aux stratégies de développement rural et aux politiques d'aménagement du territoire.

Lien ajouté le 9 mai 2026

« Nous pouvons garantir le futur réservoir d'eau et protéger les écosystèmes aquatiques » (The Conversation).

Six chercheurs espagnols étudient la sécurité hydrique en Espagne. Ils expliquent que le pays ne pourra garantir l’eau future qu’en protégeant les rivières, nappes et zones humides qui stockent, filtrent et amortissent les sécheresses comme les crues. La sécurité hydrique ne se réduit donc pas aux barrages, aux tuyaux et aux réserves. Elle dépend aussi du bon fonctionnement des milieux aquatiques. Quand une rivière ou une zone humide se dégrade, l’eau devient moins disponible, moins propre et plus difficile à partager. En Espagne, la tension vient d’un fort contraste géographique. Les besoins en eau restent élevés toute l’année, mais le climat alterne sécheresses longues et pluies torrentielles, surtout dans les régions arides et semi-arides de la péninsule Ibérique. Cette fragilité a déjà un coût économique lourd. Les sécheresses et les inondations provoquent environ 1.500millions d’euros de pertes par an en Espagne. Avec un réchauffement de 3°C, elles pourraient être multipliées par cinq, touchant emplois et territoires. Le projet H2OSEG identifie quatre pressions majeures. La surexploitation de l’eau, les changements d’usage des sols, la désertification et le changement climatique. Les risques les plus élevés se concentrent sur la façade méditerranéenne, le centre aride et l’Andalousie. Les conflits de l’eau opposent des usages très concrets. Agriculture, villes, tourisme, énergie et centres de données réclament une même ressource. Les rivières et zones humides ont aussi besoin de débits suffisants, de continuité écologique et d’une eau moins polluée. Dans le bassin du Ter, qui alimente Barcelone, l’agriculture et le tourisme local, H2OSEG combine modèles hydrologiques, cartes et intelligence artificielle. L’objectif est de tester des scénarios pour répartir l’eau sans faire disparaître les débits écologiques. À l’Albufera de Valencia, nutriments et contaminants fragilisent biodiversité, pêche, chasse et tourisme, surtout après la dana de 2024. Protéger les milieux aquatiques revient donc à protéger l’économie, les emplois et le bien-être social. 

Lien ajouté le 22 mai 2026

« Couverture arborée de l'Espagne. Visualisation par communauté autonome. » (Educacion Forestal). 56% du territoire espagnol est couvert de forêts (2021). 


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L'Atlas des déserts. Comment naît un atlas