La carte, objet éminemment politique. Le plan de retrait de Gaza proposé par Trump


La Maison Blanche a publié le 29 septembre 2025 un plan de retrait de Gaza. Le plan de paix global présenté par Donald Trump prévoit un retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza et la reconstruction de la région au bénéfice de sa population, durement touchée par des années de conflit. Ce "plan de paix", qui s'apparente plus à une tentative de cessez-le-feu, a été salué par la France et la communauté internationale. Mais il ne fait pas l'unanimité parmi les belligérants. L’accord propose un retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza, mais reste flou sur la question palestinienne.


Légende du plan :
  • en bleu : contrôle actuel par les Forces de défense israéliennes (FDI)
  • en jaune : 1er retrait juste après la libération des otages 
  • en rouge : 2ème retrait lorsqu’une Force internationale de stabilisation (FSI) sera mobilisée
  • en hachure : 3ème retrait, zone tampon de sécurité.
La légende du plan prévoit un retrait progressif de Tsahal sans pour autant de fixer de dates précises. Le 1er retrait est conditionné à la libération des otages, le 2nd retrait est conditionné à la mobilisation d'une force internationale de stabilisation, le 3e retrait viserait à terme à former un tampon de sécurité.

Le plan en 20 points présenté par Donald Trump après son entretien avec Benyamin Nétanyahou est en retrait par rapport au projet franco-saoudien adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Même s’il connait un début d’exécution, il n’ouvre pas la voie à une solution politique. Le rêve de riviera ("Côte d'Azur du Moyen Orient") ébauché par Donald Trump en février 2025 n'est pas mort. Et un revenant, le premier ministre britannique Tony Blair, participe à sa résurrection.

« Le Plan Trump pour Gaza : des espoirs et des doutes » (L'Essentiel du Dessous des cartes - Arte)
L'émission résume, cartes à l'appui, les principaux enjeux de ce "plan de paix" qui suscite des débats. Si le plan de paix américain suscite de nombreux espoirs, des questions demeurent sur la bonne foi des belligérants à qui il est demandé de s’effacer derrière une "Autorité de transition pour Gaza" et une "Force internationale de stabilisation temporaire", constituée notamment de partenaires arabes. D’autres questions abyssales restent également en suspens.


« Plan Trump pour Gaza : un plan pour la paix ou un plan en trompe-l’œil ? » (28 minutes - Arte)
Sans reconnaître explicitement l'Etat palestinien, le plan semble ouvrir la porte à un cessez-le-feu. Mais tous les acteurs n'y voient pas la même chose...


« Le plan Trump pour Gaza : les acteurs de la région » (L'Essentiel du Dessous des Cartes, Arte)
Le président américain a posté sur Truth Social une carte indiquant une première ligne de retrait de l'armée israélienne, mais aussi une zone tampon entrant plus profondément dans le territoire gazaoui que ce qui semblait avoir été convenu. Parallèlement, les négociations autour du "plan Trump" pour Gaza s'ouvrent en Égypte avec les principaux acteurs de la région.


Sur la nouvelle carte sans légende partagée par Trump le 4 octobre 2025, une ligne jaune coupe le territoire en deux. Celle-ci correspondrait au premier retrait de l'armée israélienne dans la zone après la libération des otages. "Après des négociations, Israël a accepté la ligne de retrait initiale, que nous avons montrée et partagée avec le Hamas", écrit Donald Trump dans la publication. Contrairement à la carte dévoilée par Washington le 29 septembre, on ne retrouve par l'idée de retrait progressif de Tsahal. Il y a donc du flou pour cette nouvelle carte, avec un contrôle de l'armée israélienne qui serait plus important que ce qui a été proposé auparavant au Hamas. En effet, la ligne de contrôle israélienne se situerait au minimum à deux kilomètres à l'intérieur de la bande de Gaza. En outre, Israël continue de contrôler tous les points de passage entrant et sortant de Gaza, y compris le point de passage de Rafah avec l’Égypte. Si Benyamin Netanyahou a affirmé qu'Israël ne se retirerait pas entièrement de la bande Gaza, à l'inverse, le Hamas demande un retrait total et s'oppose à l'idée d'une zone tampon contrôlée par Israël.

La ligne de retrait initial de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, selon le plan de paix de Trump proposé fin septembre. - Truth Social @Donald Trump


Dans la première phase du plan de cessez-le-feu, Israël conserverait le contrôle de près de 60 % de la bande de Gaza, comme le montre une carte plus détaillée publiée par le quotidien Aljazeera. Conformément au plan, l'armée israélienne s'est retirée jusqu'à la « ligne jaune »/ Des observateurs font remarquer qu'Israël garde ainsi le contrôle sur la plupart des terres arables.

La "ligne jaune" : nouvelle ligne provisoire de découpage du territoire gazaoui (source : AFP)



« Israël maintient son contrôle plus profondément que prévu à l'intérieur de Gaza, selon de nouveaux marqueurs frontaliers ? » (BBC)

Selon une analyse de BBC Verify, l'armée israélienne exerce un contrôle sur une plus grande partie de Gaza que prévu par l'accord de cessez-le-feu avec le Hamas. L'armée israélienne place des blocs de béton jaunes pour délimiter la nouvelle ligne jaune établie à Gaza. Le problème est qu'elle est décalée de plus de 500 mètres dans certaines zones, réduisant ainsi la zone de sécurité palestinienne. Il y a eu un manque constant de clarté quant à l'endroit exact où la frontière sera imposée , avec trois cartes distinctes publiées par la Maison Blanche, Donald Trump et l'armée israélienne à l'approche de l'accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre. Le 14 octobre, l'armée israélienne a publié la dernière version marquant la ligne jaune sur sa carte en ligne, qui est utilisée pour communiquer sa position aux habitants de Gaza. Mais dans le nord, près du quartier d'al-Atatra, des images de drones de Tsahal ont montré qu'une ligne de six blocs jaunes se trouvait jusqu'à 520 mètres plus loin à l'intérieur de la bande de Gaza que ce que l'on aurait pu attendre des cartes de Tsahal. Une situation similaire a été observée dans le sud de Gaza, où une image satellite prise le 19 octobre a montré dix bornes érigées près de la ville de Khan Younis. La ligne de blocs s'étend entre 180 et 290 mètres à l'intérieur de la Ligne jaune tracée par Tsahal. Si ces deux sections de frontière étaient typiques de la manière dont les marqueurs étaient placés le long de la totalité de la ligne, alors Israël exercerait un contrôle sur une zone nettement plus grande que celle prévue par l’accord de cessez-le-feu. Certains habitants ont dit à l’Agence France-Presse ne pas connaître clairement les limites exactes de la « ligne jaune », qui délimite la zone derrière laquelle l’armée israélienne s’est repositionnée depuis le cessez-le-feu, et que l’armée a commencé à matérialiser avec des blocs de béton jaunes. Cette dernière s’étend du nord au sud, à travers plusieurs villes et des blocs d’habitations.

« Gaza : comment maintenir la paix ? » (L'Essentiel du Dessous des Cartes, Arte)

Tandis que les Américains tentent de convaincre Israël que le fragile cessez-le-feu à Gaza doit tenir, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé les premières discussions à l’ONU pour créer une force internationale de stabilisation de 40 000 hommes, prévue par le plan Trump et censée remplacer le Hamas. Mais des casques bleus pour maintenir la paix à Gaza, est-ce possible ?


Sources 

« Ce que le plan de Donald Trump pour Gaza passe sous silence en dit beaucoup plus que ce qu’il propose » (Le Monde).
Si on ne peut que saluer la tentative de trouver une issue à la guerre entre Israël et le Hamas, le plan présenté par D.Trump omet de nombreux éléments déterminants pour l’avenir de la région et de ses peuples.

« Réponse du Hamas, retrait militaire israélien, gouvernance… Pourquoi le plan de paix de Donald Trump à Gaza reste fragile » (France-Info).
Le plan en 20 points, approuvé par le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et salué par la communauté internationale, est suspendu à la réponse du Hamas.

« Pourquoi le plan de Trump pour Gaza est très difficile à accepter pour le Hamas » (HuffPost).
Le mouvement palestinien souhaite amender certains points du plan américain pour l’enclave.

« L’attaque d’Israël au Qatar, le tournant qui a conduit Trump à imposer son plan de paix » (Courrier international).

« Le plan Trump ou le jeu du mikado au Proche-Orient » (Le Temps). Au-delà des caractéristiques propres de Donald Trump, son plan semble vouloir renouer avec la logique des petits pas, qui laisse les questions de fond pour plus tard. Un jeu de mikado auquel il est difficile de croire après deux ans de massacres à Gaza.

« Sur ce document, Gaza n’est plus qu’une tache bleue anonyme, cernée par une zone de sécurité dessinée à coups de hachures hâtives. Un schéma bâclé pour un destin confisqué. Une fois de plus » (Linked-in). Pour le géographe-cartographe Ryan Ibrahim-Bacha, « cette carte, d’un amateurisme dont Donald Trump lui-même ne renierait pas la patte, est censée incarner le plan pour l’avenir de Gaza. Ces quelques traits de couleur tracés à la main presque aléatoirement rappellent immanquablement le tracé arbitraire des frontières par les puissances coloniales d’autrefois. En apparence anodin, cet amateurisme est pourtant révélateur : il symbolise le peu de considération portée à un territoire abandonné par les politiques les plus cyniques, ceux qui voudraient en gommer l’histoire, le patrimoine, et avant tout le peuple ».

Il peut être intéressant de comparer le plan proposé par Trump avec le précédent Plan de paix américain de janvier 2020 qui avait déjà suscité des réactions (Wikipédia). Le contexte a cependant évolué depuis 2020 : ce nouveau plan de paix trouvera-t-il plus d'écho ?

« Guerre dans la bande de Gaza : le Hamas se dit prêt à libérer les otages dans le cadre du plan de paix de Donald Trump, sous réserve "que les conditions soient réunies sur le terrain" » (France-Info).

« La paix de Trump n'aura pas lieu » (Le Grand Continent). Pour Hakim El Karoui, auteur de « Israël Palestine, une idée de paix » (éditions de l’Observatoire, 2025), le président américain vante son « art de la paix ». Cette diplomatie de l’Air Force One peut-elle préparer autre chose que la prochaine guerre ?

The Economist a publié un graphique sur les résultats des cessez-le-feu au Moyen Orient pour la période 1989 à 2020. L'analyse suggère un optimisme très relatif au vu du nombre d'échecs (48% d'échecs pour 31% de réussites).

« À quelle fréquence les cessez-le-feu au Moyen-Orient fonctionnent-ils ? » (The Economist)


« Même si le fragile cessez-le-feu est maintenu, de nombreux Gazaouis n'ont plus de foyer où retourner » (Bloomberg Graphics). 

La majorité des 2,2 millions d'habitants ont été déplacés à l'intérieur et beaucoup n'ont plus de foyer où retourner, même si le cessez-le-feu est maintenu. Les Palestiniens sont entassés dans des tentes au sud de la ville de Gaza. Même si Trump a obtenu des promesses de cessez-le-feu, sa transformation en paix à long terme dépend de nombreux défis - le plus immédiat étant de reloger et nourrir la population de Gaza, puis de convenir d'une gouvernance et de la manière de financer une reconstruction coûteuse - tandis que les menaces d'une reconstruction du Hamas pour raviver les combat ou d'un retour d'Israël au conflit persistent. Une analyse satellite montrant des bâtiments endommagés et des tentes révèle des centaines de Palestiniens déplacés qui ont érigé des abris le long de la côte de la bande de Gaza, après avoir été contraints de quitter des zones urbaines qui ont été détruites. La reconstruction qui, selon la Banque mondiale en février 2025 pourrait coûter 53 milliards de dollars, et un avenir meilleur pour Gaza sont encore loin.

« Gaza : 70 milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire l'enclave dévastée » (ONU Info).
Environ 70 milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire la bande de Gaza et la rendre plus sûre après deux ans de guerre, ont déclaré mardi des experts de l'ONU, tandis que les agences humanitaires ont signalé que l'aide fournie était actuellement bien trop faible pour répondre aux besoins des Palestiniens désespérés. Pour lancer une opération de reconstruction de grande envergure, quelque 20 milliards de dollars seront nécessaires rien qu'au cours des trois prochaines années.

« Israël-Palestine : la solution à deux États, impasse géographique » (Géographie en mouvement).
Alors que s'esquisse une paix fragile à Gaza, que penser de la "solution" à deux États ? Renaud Duterme reprend quelques arguments contre cette idée, incompatible avec la situation (géo)politique actuelle. Point de vue à discuter car, même si la solution à  deux États ne semble guère envisageable au vu du rapport de force sur le terrain, elle reste un horizon pour les Palestiniens...

« La partition de Gaza, un risque imminent, alors que le plan de Trump s'enraye » (Reuters).
Sans progrès par rapport au plan Trump, la ligne jaune pourrait devenir une nouvelle frontière de facto, les travaux de reconstruction majeurs se limitant au côté israélien. Le désarmement du Hamas et l'opposition d'Israël à l'implication de l'Autorité palestinienne figurent parmi les principaux points de blocage.

« Les États-Unis prévoient une division indéfinie de Gaza, laissant le côté palestinien en ruines »  (Truthout).
Les États-Unis et d'autres puissances mondiales se prépareraient, selon certaines informations, à une division indéfinie de Gaza le long de la ligne jaune occupée par Israël, alors que les plans américains échouent et que des millions de Palestiniens sont sur le point d'en payer le prix.

« Gaza : comment l’armée israélienne rase la partie de l’enclave qu’elle est censée quitter »  (Le Monde).
Grâce aux images satellites, Le Monde a détecté des destructions massives dans de nombreuses zones depuis et malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Ce que nous voyons, c’est qu’Israël veut faire revenir les gens sur une terre vide, une terre désertique, ne laisser aucune maison debout. C’est la plus grande preuve. Ces territoires – notamment l’est de Khan Younès et de Rafah – jadis densément peuplés concentrent aussi l’essentiel des exploitations agricoles de l’enclave, tandis que la partie ouest, tournée vers la mer, est beaucoup moins fertile. En plus de la perte de leurs habitations, plus de 2 millions de Palestiniens se retrouvent privés d’accès à ces ressources vitales. L’organisation Human Rights Watch estime qu’Israël agit en violation des lois de la guerre qui continuent, selon le droit international, de s’appliquer, cessez-le-feu ou non. Les Israéliens seraient-ils en train de redessiner les frontières de la minuscule langue de terre, rétrécissant de moitié la surface réservée aux Gazaouis ?

« Bande de Gaza : pour le chef d’état-major de l’armée israélienne, la ligne de démarcation est la "nouvelle frontière" avec Israël »  (Le Monde).
Le lieutenant-général Eyal Zamir a déclaré, dimanche, que « la “ligne jaune” constitue une nouvelle frontière, une ligne de défense avancée pour les localités israéliennes et une ligne d’attaque ». Selon les termes du plan Trump, la « ligne jaune » matérialisait le premier retrait de l’armée israélienne, qui devait encore en opérer deux autres.

« Le bain de sang était censé cesser : aucun signe de retour à la normale à Gaza, où les massacres et la misère persistent » (The Guardian).
En moyenne, les armes israéliennes tuent aujourd'hui sept personnes par jour. Un tel taux de mortalité violente serait considéré comme un conflit actif dans de nombreux autres contextes, ce qui soulève des questions quant à la pertinence du terme « cessez-le-feu » pour décrire le nouveau statu quo. Amnesty International affirme qu’Israël continue de commettre un génocide à Gaza et que l’utilisation du terme cessez-le-feu « risque de créer une dangereuse illusion selon laquelle la vie à Gaza reprend son cours normal ». Sur la carte initiale du cessez-le-feu, Israël devait continuer d'occuper 53 % de la bande de Gaza, mais l'armée israélienne a unilatéralement étendu ce territoire à 58 % en posant des bornes pour le délimiter. Cette division est la nouvelle réalité de Gaza, l'armée américaine se préparant à une partition indéfinie en ce qu'elle appelle une « zone verte » sous contrôle militaire israélien et international, où la reconstruction commencerait, et une « zone rouge » destinée à être laissée en ruines. Selon une analyse géographique réalisée par Forensic Architecture, la majeure partie des terres agricoles fertiles de Gaza se trouve aux mains d'Israël, tandis que la population est principalement confinée aux dunes côtières arides, la « zone rouge ». Dans ce contexte d’incertitude et de retard, de plus en plus de signes indiquent que la « ligne jaune » se transforme en quelque chose de plus permanent : une partition de Gaza.

« Deux mois après le Israël continue de démolir Gaza, bâtiment par bâtiment » (The New York Times).
Plus de 2 500 structures ont été détruites depuis le début du cessez-le-feu, selon une analyse du New York Times, basée sur des images satellites de Planet Labs. Le pays affirme détruire des tunnels et des maisons piégées. Mais des dizaines de bâtiments ont été détruits au-delà de la ligne jaune, dans des zones effectivement contrôlées par le Hamas, où l'armée israélienne avait accepté de suspendre ses opérations. Sur des images satellites prises peu après la trêve, on aperçoit des groupes de bâtiments intacts dans le quartier de Shejaiya, qui s'étend de part et d'autre de la ligne jaune. Des clichés de la même zone, pris quelques mois plus tard, montrent qu'elle est en grande partie devenue un terrain vague. De nombreux bâtiments, comme le révèlent les images, ont été détruits au-delà de la ligne jaune, parfois jusqu'à 275 mètres de distance. L'ampleur des destructions en cours est frappante. Dans l'est de Gaza, dans les zones sous contrôle israélien, les images satellites révèlent que des pâtés de maisons entiers ont été rayés de la carte depuis le cessez-le-feu, ainsi que de vastes étendues de terres agricoles et de serres. « Israël raye des régions entières de la carte », a déclaré Mohammed al-Astal, analyste politique basé à Gaza. « L’armée israélienne détruit tout sur son passage : maisons, écoles, usines et rues. Rien ne justifie ses agissements sur le plan de la sécurité. »

 « Quels pays ont été invités par Trump à rejoindre le "Conseil de la paix" » ? (Le Grand Continent).
Au 19 janvier 2026, les dirigeants de 8 pays ont déclaré avoir accepté l’invitation de Donald Trump de siéger au sein d’une nouvelle organisation dirigée par le président américain. La Maison-Blanche a invité une soixantaine de pays à siéger au sein du « Conseil de la paix », une initiative intergouvernementale dirigée par Donald Trump qui vise à « promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits », selon un projet de charte rédigé par Washington. Plusieurs gouvernements européens ont déclaré nourrir des inquiétudes quant à l’impact qu’une telle organisation pourrait avoir sur la crédibilité et les travaux de l’ONU.

« Gaza : le "conseil de la paix" de Donald Trump n’enflamme pas les leaders mondiaux » (Le Monde).
Après avoir annoncé, le 17 janvier 2026, la seconde phase du plan de paix à Gaza, la Maison Blanche a invité une soixantaine de pays à participer au « conseil de la paix » ou « board of peace », pièce essentielle du programme adopté en octobre 2025 après le cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Initialement censé soutenir l’administration palestinienne, orchestrant la reconstruction et le développement économique de l’enclave dévastée par la guerre, ce « board », approuvé par un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 2025, devait limiter son rôle à Gaza et se clore en 2027. Mais plus rien ne semble trop grand pour Donald Trump. Le président américain s’imagine désormais en faiseur de paix et de prospérité dans le monde entier, s’érigeant en maître d’une « organisation internationale » à même de supplanter les lenteurs, et parfois la paralysie, de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Lien ajouté le 25 janvier 2026

De l'usage politique des projections géographiques. Tout le monde appréciera la différence entre :
- le logo du "Conseil de la paix" de Trump centré sur les États-Unis et vaguement bricolé à partir d'une projection Mercator de mauvaise qualité et ;
- l'emblème officiel de l'ONU en projection azimutale équidistante représentant l'ensemble du monde (sauf l'Antarctique) et ne privilégiant surtout aucun pays. Ne pas se fier aux rameaux d'olivier communs aux deux drapeaux. Uniquement là pour faire croire à la création d'une ONU bis, mais n'est pas ONU qui veut...



« Israël annonce une réouverture limitée du poste-frontière de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte » (Le Monde).
La réouverture partielle du passage frontalier sera « réservée aux piétons et soumise à un mécanisme d’inspection israélien complet », annonce l’Etat hébreu, sans en préciser la date. Le poste-frontière de Rafah est un point d’entrée essentiel de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Sa réouverture est réclamée de longue date par les Nations Unies (ONU) et la communauté humanitaire. Mais malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, le 10 octobre, les autorités israéliennes ne l’ont pas autorisée, invoquant le fait que le Hamas n’a pas encore restitué le corps du dernier otage israélien retenu à Gaza, le policier Ran Gvili, et la nécessité d’une coordination avec l’Egypte.

Lien ajouté le 7 février 2026

« Cette carte illustre ce qui arriverait à Gaza selon le "plan directeur" américain » (Al Jazeera).
Lors du Forum économique mondial qui s'est tenu à Davos en janvier 2026, Jared Kushner, promoteur immobilier et gendre du président américain Donald Trump, a dévoilé un « plan directeur » pour Gaza après la guerre lors d'une présentation. Ce plan, élaboré sans aucune consultation avec les Palestiniens de Gaza, promet de reconstruire Gaza à partir de zéro et comprend des tours résidentielles, des centres de données, des stations balnéaires, des parcs, des installations sportives et un aéroport. Mais une analyse plus approfondie du projet révèle une dure réalité ignorée par les images de synthèse : le plan nécessite la destruction totale du tissu urbain existant de Gaza. La carte du « Nouveau Gaza » présentée par Kushner propose la suppression de nombreux quartiers, sites historiques et monuments existants qui font partie intégrante de l'identité et de l'histoire de Gaza. Le projet part du principe d'une surface plane et prête à construire. Il s'agit là d'un fantasme immobilier plutôt que d'un projet d'urbanisme.

Le plan de reconstruction de Gaza présenté par Jared Kushner en janvier 2026 (source : Al Jazeera



Lien ajouté le 16 avril 2026

Le compte @ArabOSINT montre que l'armée israélienne s'emploie à construire un barrage de terre sur la ligne jaune (avec quelques incursions à l'intérieur). Les travaux de déblaiement et de démolition sont visibles par images satellites (à voir sur l'Atlas Soar) ainsi que les opérations conduites au Liban pendant la guerre contre l'Iran.



Liens ajoutés le 22 avril 2026

« Du large du Liban jusqu'à la Békaa, en passant par des villages du nord du Litani : Israël fixe les contours de sa zone tampon » (L'Orient le jour).

L'armée israélienne a continué de dynamiter des quartiers entiers de la bande frontalière, où des dizaines de bulldozers ont détruit des habitations et infrastructures. Le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, a publié pour la première fois une carte dessinant précisément les contours de la zone tampon que Tel-Aviv souhaite imposer de facto dans le sud du Liban, depuis une zone maritime au large du pays jusqu'à la vallée de la Békaa. Cette zone, qualifiée de « ligne de défense avancée » dans le communiqué, s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres carré le long de la Ligne bleue. Malgré la trêve de dix jours entrée en vigueur au Liban, l’armée israélienne a annoncé samedi 18 avril 2026 avoir établi une « ligne jaune » de démarcation au sud du Liban, comme dans la bande de Gaza, dans le but de créer une bande d’environ 10 kilomètres de profondeur en territoire libanais, destinée à devenir une zone tampon.

Carte tirée du compte X du porte-parole arabophone de l'armée israélienne Avichay Adraee



Ahmad Baydoun (@weatherwar) a élaboré une série de cartes qui montrent la nouvelle « zone de défense avancée » déclarée par Tsahal au sud du Liban. Sa frontière maritime englobe entièrement le champ gazier libanais de Qana, dont les droits d'exploration ont été explicitement garantis par l'accord de 2022 sur les frontières maritimes, négocié par les États-Unis. Plus de cartes dans ce fil de discussion.

« Zone de défense avancée » au sud Liban comprenant le champ gazier libanais de Qana



« Carte. Comme à Gaza, Israël cherche à imposer une “ligne jaune” dans le sud du Liban » (Courrier international).
L’armée israélienne a publié une carte montrant une “zone de sécurité avancée” sur la bande frontalière à l’intérieur du territoire libanais. Une zone militaire, le long de la frontière avec l’État hébreu, interdite aux civils et dans laquelle elle entend exercer une liberté d’action contre le Hezbollah malgré le cessez-le-feu extrêmement précaire, qui ressemble beaucoup à celle qu’elle occupe dans l’enclave palestinienne. 


« C'est exactement la même logique qu'à Gaza" : comment Israël impose sa "politique de terre brûlée" pour contrôler le sud du Liban » (France-Info).

"Il y a une volonté de destruction totale de cette région pour empêcher tout retour possible de ses habitants", analyse Agnès Levallois, présidente de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO). Tsahal justifie régulièrement ses frappes en accusant le Hezbollah d'utiliser les populations civiles comme "boucliers humains". Mais, pour plusieurs observateurs, la stratégie israélienne semble dépasser la seule logique sécuritaire. Aurélie Daher (enseignante-chercheuse à l'université Paris-Dauphine et spécialiste du Hezbollah) parle, elle, d'une politique de "grignotage". "On avance par petits pas, par petits bouts. On prend un premier village, on détruit tout, on explique qu'on a détruit des infrastructures du Hezbollah, puis on passe à la ville d'à côté", décrit-elle. Le mot "infrastructure", estime-t-elle, est au cœur du problème. "Etant donné que les Israéliens considèrent que chaque maison du sud du Liban est potentiellement un mini-entrepôt d'armes du Hezbollah, tout bâtiment, tout espace public peut entrer dans ce qu'ils qualifient d'infrastructures du Hezbollah." A ses yeux, il ne s'agit toutefois pas encore d'une occupation classique. "Ce qu'ils font, c'est plutôt une politique de terre brûlée : j'avance, je détruis tout, puis je passe ailleurs." Sa formule résume ce qui se joue : "Israël fabrique du no man's land". Autrement dit, Israël n'a pas besoin d'être partout présent pour garder la main sur ces territoires libanais. Il lui suffit d'empêcher les habitants de revenir y vivre.

« Villages concernés, superficie, habitants sommés d'évacuer : ce que l'on sait, en cartes, de la "zone tampon" » revendiquée par Israël au Liban-Sud (L'Orient-Le Jour)

Selon le décompte de L'Orient-Le Jour, 47 des 62 villages inclus dans la « zone tampon », telle que définie par l'État hébreu le 19 avril, sont occupés. Le 19 avril 2026, l'armée israélienne a précisé les contours de la « zone de sécurité avancée » qu'elle entend imposer au Liban-Sud avant tout arrêt des combats. Selon les calculs de L'Orient-Le Jour, cette zone couvre une superficie de 602 km², soit 5,8 % du territoire libanais, et englobe 62 villages du Liban-Sud. La stratégie israélienne consiste à en interdire totalement l'accès à leurs habitants. Faute de recensement fiable pour estimer la population des villages concernés, L'OLJ s'est appuyé sur les listes électorales de 2022 : au moins 200 000 adultes sont ainsi sommés de quitter leur foyer. Un chiffre qui ne tient donc pas compte des moins de 21 ans, non inscrits sur ces listes.L'armée israélienne n'est toutefois pas encore physiquement présente dans l'ensemble.

Lien ajouté le 28 avril 2026

« Quels sont les groupes armés soutenus par Israël qui combattent le Hamas à Gaza ? » (Acled).

Les groupes armés soutenus par Israël étendent leur influence à Gaza . Si la plupart des activités se sont concentrées près de la Ligne jaune, les récents affrontements à Khan Younis, dans le centre de Gaza, et à al-Mawasi, à Rafah, ont montré que les opérations s'étendent désormais plus profondément dans les zones contrôlées par le Hamas.

Violences impliquant des groupes armés soutenus par Israël à Gaza (source : Acled)

Lien ajouté le 20 mai 2026

« Gaza est devenue un trou noir diplomatique, politique et militaire » (Le Monde).

Les promesses de Donald Trump pour l’étroite bande de terre, détruite après deux ans de guerre, n’ont cessé d’être démenties au cours des mois qui ont suivi le cessez-le-feu avec Israël, observe, dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ». A l’initiative du président des Etats-Unis, ce trou noir a débuté en novembre 2025 avec l’adoption par l’Organisation des Nations unies (ONU) d’un plan en 20 points qui a fait table rase du corpus des résolutions adoptées depuis le vote du plan de partage de la Palestine mandataire, en novembre 1947, matrice de la solution des deux Etats. Le plan en 20 points lapidaires a congédié le passé et les racines du conflit en fixant l’objectif de faire de Gaza une « zone déradicalisée » et « réaménagée dans l’intérêt de la population de l’enclave ». L’avant-dernier point a mentionné mollement, au conditionnel, l’éventualité d’un Etat palestinien sans aucune référence au territoire sur lequel il pourrait s’établir. En sept mois, plus de 800 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne en dépit du cessez-le-feu théoriquement en vigueur. 

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L’année universitaire 2024-2025 est marquée par une baisse conséquente du nombre de boursiers. La part de boursiers, quant à elle, est à son taux le plus bas depuis 2012. Les années précédentes, la baisse des effectifs provenait en particulier de la hausse de l’apprentissage, statut qui n’ouvre pas droit aux bourses. Désormais, c’est avant tout l’absence de réévaluation du barème d’éligibilité combinée à l’inflation passée qui expliquent ces diminutions. Par ailleurs, pour la première fois en 6 ans, les montants de bourses n’ont pas été augmentés à la rentrée 2024. Enfin, les fortes différences de taux de boursiers entre formations, genres et académies demeurent.   

Carte de répartition par académie

Si un peu plus d’un quart des étudiants sont boursiers dans les académies de Paris et Versailles, les académies de Corse (48 %) et de Montpellier (45 %) sont celles où les proportions de boursiers sont les plus élevées dans l'Hexagone. Mais c'est en Outremer que les taux de boursiers sont les plus élevés. Ils varient de 52 % en Guyane à 63 % à La Réunion. En 2022, La Réunion comptait 1 334 logements étudiants pour 15 343 boursiers, soit un taux de couverture de 8,7 % contre 26 % dans l'hexagone (rapport de la Cour des comptes, novembre 2024). En 2022, avec 26 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, La Réunion accueillait 47 % des étudiants ultra-marins. L’université de La Réunion forme 71 % des étudiants réunionnais et connaît une très forte croissance de sa population (Diagnostic territorial La Réunion de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation)



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Atlas régional des effectifs d'étudiants dans l’enseignement supérieur

Les cartes, maîtresses du monde (France Culture)


France Culture propose une série en 4 épisodes sur le thème « Les cartes, maîtresses du monde » dans le cadre de l'émission Culture Mondes (du 22 au 25 septembre 2025).

Si la carte constitue un outil scientifique permettant l'orientation dans l'espace, elle est aussi un outil politique. À l'occasion du Festival international de géographie 2025, réinterroger la cartographie permet de comprendre les évolutions du monde.


Épisode 1/4 : Méridiens, planisphères : la fabrique du centre du monde

Représenter une sphère sur une feuille plane, voilà le tour de force réalisé par Gerardus Mercator en 1569. Mais produire une carte, c'est représenter son monde, son centre, ses limites, ses périphéries, et finalement ses ambitions pour ensuite, les imposer aux autres. Quels biais scientifiques mais aussi politiques la projection de Mercator porte-t-elle ? Plus largement, comment la science cartographique impose-t-elle un cadrage du monde, et comment celle-ci a-t-elle servi l’expansionnisme européen des siècles durant ? D’autres puissances mondiales rêvent-elles d’imposer d’autres représentations de notre monde afin de se placer à leur tour en son centre ? Et enfin, comment la cartographie façonne-t-elle notre regard sur le monde, et quelles réflexions critiques ont commencé à émerger pour que la discipline ne serve pas un ordre dominant ?

Avec 

  • Fabrice Argounès, géographe et géohistorien rattaché à l’INSPE et à l’université de Rouen
  • Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève

Épisode 2/4 : Geoint, les yeux du renseignement

Au carrefour de la géographie, de l'intelligence artificielle et des sciences humaines, le Geoint (pour Geosptial Intelligence) constitue une nouvelle façon de cartographier pour le militaire et le civil. Le Geoint, ou Geospatial Intelligence (intelligence géospatiale), est une discipline du renseignement qui repose sur l’exploitation de données géolocalisées. Né dans les sphères militaires américaines dans les années 1960, il devient central à partir des années 1990, notamment lors des conflits du Golfe, d’Afghanistan et d’Irak. Aujourd’hui, il dépasse largement le cadre militaire pour s’étendre aux domaines civils, humanitaires et industriels.

Avec

  • Philippe Boulanger, professeur des universités en géographie à Sorbonne Université
  • Jeff Reux, consultant avant-vente chez Esri France, chargé d’enseignement à Sorbonne Université, ainsi qu’à l’Institut Catholique de Paris

Épisode 3/4 : Cartographier l’actualité : un enjeu politique

Échelles, cadrage, choix des pictogrammes, tous les cartographes le disent : les cartes sont politiques. Un élément crucial à prendre en compte lorsque l'on représente des phénomènes d'actualité au cœur du débat, comme par exemple les migrations internationales. Simplificatrices et réductrices par définition, comment les cartes risquent-elles de donner une vision tronquée du réel ? Quels sont les principaux biais des cartes ? Comment construit-on une carte destinée à illustrer ou analyser un phénomène d’actualité ? En quoi la question migratoire est emblématique du phénomène ? Comment a-t-elle évolué ces dernières années ? Pourquoi les cartes restent-elles utiles et nécessaires malgré tout ? Quels débats au sein des médias qui produisent des cartes sur ces sujets ? Comment les rédactions produisent-elles leurs cartes ?

Avec

  • Françoise Bahoken, géographe et cartographe, chargée de recherche à l'université Gustave-Eiffel
  • Francesca Fattori, journaliste-cartographe au journal Le Monde
  • Laurent Gédéon, chercheur à l'Institut d'Asie Orientale de l'ENS Lyon

Épisode 4/4 : Google Maps : la boussole du profit

De concurrent parmi d'autres à leader mondial des cartes numériques, Google Maps est devenu un géant numérique et politique, forgeant notre vision du monde pour ses propres intérêts. Comment Google Maps a-t-il constitué une telle base de données géographiques et comment s’est-il imposé comme le leader des cartes numériques ? Quelles sont les conséquences de cette hégémonie sur notre perception du monde et sur nos usages des cartes ? Comment les différents acteurs, dont le fonctionnement dépend de Maps (commerces, mais aussi villes et États), négocient-ils auprès de Google pour défendre au mieux leurs intérêts ?

Avec

  • Matthieu Noucher, géographe, directeur de recherche au CNRS, membre du laboratoire Passages
  • Antoine Courmont, sociologue, maître de conférences en urbanisme à l’université Gustave-Eiffel, chercheur au LATTS (Laboratoire Technique, Territoire et Société)
  • Laure Guimbail, doctorante en sociologie au Centre de Sociologie des Organisations de Sciences Po

Lien ajouté le 30 septembre 2025

« Les batailles de la carte : quand les projections dessinent le monde » (Revue Conflits avec AFP)
Représenter une sphère sur un plan implique des choix. Les projections cartographiques privilégient soit les formes, soit les surfaces, soit les distances, mais jamais tout à la fois. Chaque carte reflète une vision du monde qui peut être technique mais aussi politique.

Lien ajouté le 2 octobre 2025

« Le pouvoir des cartes » (La Terre au carré - France Inter)
Qui fait les cartes, comment et pourquoi ? Que nous permettent-elles de saisir d’une planète en constantes évolutions ? Et si la cartographie pouvait être utilisée pour faire évoluer nos points de vue sur le monde ?

Avec :
  • Delphine Papin, journaliste et géographe, responsable du service Infographie et Cartographie du journal Le Monde
  • Nephtys Zwer, historienne, chercheuse en histoire et culture des pays de langue allemande
Liens ajoutés le 3 octobre 2025

Pour contribuer au thème du FIG 2025, Philippe Rekacewicz signale sur le site Visionscarto quelques textes qui abordent le thème du pouvoir de manière plus ou moins directe. 

« Je me dis souvent en regardant attentivement les cartes que son plus puissant pouvoir, c’est cette formidable capacité à nous emporter ailleurs, à nous emmener dans un monde revisité : c'est une véritable « machine à rêves » en ce qu’elle est, comme le cinéma ou la littérature, une évocation du réel, réceptacle de nos envies de découverte, de nos désirs, mais aussi la projection de nos imaginaires, de ce que nous comprenons du réel. Ce pouvoir évocateur se met naturellement au service de tous les acteurs politiques, sociaux et économiques qui trouvent dans la cartographie un outil efficace pour faire comprendre et exposer le rapport à l’espace. Elle permet aux pouvoirs en place de conforter leurs positions et de renforcer leur contrôle sur les territoires et les populations qu’ils administrent (dans le meilleur des cas), ou qu’ils aliènent (dans le pire des cas). Pour les représentants de la société civile, les acteurs sociaux, une pratique dite « critique » de la cartographie permet de déconstruire les approches, les représentations convenues, les narratifs du pouvoir, et proposer de visualiser le monde en mettant en lumière les inégalités et les injustices sociales et spatiales. Cette cartographie se met alors au service des luttes et des mobilisations citoyennes qui, dans une démarche d’émancipation, œuvre pour redonner aux citoyen·es une forme de souveraineté sur leurs lieux de vie. » (Philippe Rekacewicz)
Lien ajouté le 2 novembre 2025

« Le sens des cartes » (Big Bang - France Inter).

Christophe Galfard reçoit la navigatrice Isabelle Autissier, le géohistorien Christian Grataloup et la géologue marine Mathilde Cannat pour explorer le sens des cartes :
  • Isabelle Autissier, navigatrice, Présidente de la branche française du World Wide Fund for Nature(WWF)
  • Christian Grataloup, géographe, professeur émérite de l’université Paris Cité, spécialiste de géohistoire
  • Mathilde Cannat, géologue, directrice de recherche CNRS dans l’équipe de géosciences marines de l’Institut de Physique du Globe de Paris
Liens ajoutés le 28 janvier 2026

« Soudain j'ai reconnu l'écriture de Mercator  » : un professeur de l'Université d'Hasselt retrouve en Espagne un manuscrit perdu qui permet de suivre Mercator dans sa réflexion, ses calculs et sa conception (VRT.be).

Le professeur Koenraad Van Cleempoel de l'Université d'Hasselt a découvert par hasard un manuscrit vieux de presque cinq siècles, longtemps considéré comme perdu, du cartographe et humaniste flamand Gérard Mercator (1512-1594), sur le site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial, près de Madrid en Espagne. La projection de Mercator a posé les premières bases d'une cartographie précise et utile à la navigation. Le manuscrit retrouvé montre quant à lui l'étendue de l'influence intellectuelle du pionnier. "Ce document nous permet de suivre Mercator dans sa réflexion, ses calculs et sa conception. C'est ce qui le rend inestimable", indique Van Cleempoel. Il s'agit de l'écrit le plus complet de la main de Mercator jamais découvert à ce jour.

« The True Size, un outil pour se rendre compte des déformations liées à la projection de Mercator  »

The True Size permet d'afficher un pays sur une carte projetée en Mercator, puis de le déplacer sur la carte pour voir en direct l'impact des déformations qu'il subit. Sur une carte projetée en Mercator, les territoires se déforment et s'agrandissent à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur et que l'on se rapproche des pôles. C'est pour ça que le Groenland n'est pas forcément aussi grand qu'on le pense.

Rivières arborescentes par Perrin Remonté


« Et si on commençait à regarder les rivières et les fleuves de notre planète comme des arbres ? Songez-y  : le fleuve et son bassin versant — vaste réseau  d’affluents —  forment, à l’image de l’arbre, une ramification complexe  et  harmonieuse, une arborescence hiérarchisée, parcourue d’un flux  vital, de sève ou d’eau,  connaissant ses hauts et ses bas au fil des saisons. »

Le cartographe Perrin Remonté propose Rivières arborescentes, une série de 24 cartes aux airs de portraits botaniques, cartes de quelques grands fleuves de notre planète, toutes orientées de manière à évoquer la silhouette d’un organisme végétal. 

Cliquez sur une rivière pour découvrir son portrait botanique :

Autres ressources à découvrir :

Pour compléter

Cartapaname a consacré une émission de radio à Perrin Remonté, dont les cartes toujours originales et poétiques reflètent sa sensibilité au monde qui l'entoure. Toutes les cartes abordées pendant l'émission sont visibles sur son site internet perrinremonte.com

Et si… ? Fictions géographiques

« J'essaye de faire des cartes qui touchent les gens, des cartes comme des portraits : à 28 ans, il cartographie la France par passion » (France-Info)

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Un jeu de données SIG sur les fleuves qui servent de frontières dans le monde

L'histoire par les cartes : entre faits et légendes, la cartographie du fleuve Amazone du XVIe au XVIIIe siècle (Gallica)

Données de réanalyse hydrologique concernent les débits fluviaux et les inondations (GloFAS v4.0)

Une cartographie réglementaire incohérente menace silencieusement les rivières et les ruisseaux

Les barrages vieillissants constituent une menace croissante à travers le monde (rapport de l'ONU)

L'histoire par les cartes : plus de deux siècles d'aménagements fluviaux sur le Rhin

Cartes et données SIG sur les petits et moyens réservoirs d'eau artificiels dans le monde



Cartographier l'anthropocène - Le risque inondation (Atlas IGN, 2025)


L’IGN publie une nouvelle édition de son Atlas « Cartographier l’anthropocène » sur la thématique de la prévention des risques (Atlas IGN 2025).

Inondations : des data pour faire barrage. Quand les données nous aident à comprendre, à anticiper et à renforcer notre résilience collective face au risque inondation

Premier risque naturel en France par l'ampleur des dommages occasionnés et le nombre de communes concernées, les inondations gagnent en intensité tout en se révélant plus fréquentes. Pour comprendre ces phénomènes qu'exacerbe le changement climatique et s’y préparer, les cartes et data sont des alliées stratégiques. Au fil des pages, l'édition 2025 de l'Atlas publié par l'IGN illustre les enjeux d'une connaissance fine à tous les niveaux, que ce soit pour localiser l'aléa et le circonscrire, pour renforcer continuellement la fiabilité des systèmes de vigilance ou pour modéliser le risque et construire les scénarii les plus réalistes dans la perspective d'une France à +4 degrés à la fin de ce siècle. Les données sont résolument au cœur du système : des clés pour s'adapter à ce défi majeur de l'anthropocène.

Feuilleter l'Atlas

Télécharger l'Atlas en pdf

Radioscopie du risque inondation (infographie)

  • 1 français sur 4 exposé à l'aléa inondation
  • Près de 11 000 communes couvertes par un Plan de prévention des risques d'inondation (PPRI)
  • 15 à 30 % d'augmentation prévisionnelle des pluies quotidiennes maximales annuelles sur l'ensemble du pays en 2100 selon Météo-France

Lien ajouté le 19 octobre 2025

Azhar, M., Kane, B., Vahedifard, F. et al. (2025). « Comprehensive portfolio of adaptation measures to safeguard against evolving flood risks in a changing climate » [Portefeuille complet de mesures d'adaptation pour se prémunir contre l'évolution des risques d'inondation dans un climat en mutation]. Commun Earth Environment 6, 824, https://doi.org/10.1038/s43247-025-02779-z

Des chercheurs de l'Université de Californie ont étudié comment adapter les sociétés face aux inondations accrues par le changement climatique. Leur synthèse mondiale évalue 39 mesures d’adaptation classées en quatre catégories. Au cours des dernières décennies, l'accent des mesures d'adaptation aux inondations s'est déplacé des modifications structurelles vers des solutions centrées sur la communauté et fondées sur la nature, selon une synthèse et une classification mondiales. Le réchauffement planétaire (+1,1°C depuis l’ère préindustrielle) intensifie les pluies extrêmes et la montée des mers (3–4 mm/an), accroissant les risques d’inondation. Entre 2000 et 2019, ces catastrophes ont touché 1,6 milliard de personnes et causé 651 milliards de dollars de pertes. Les auteurs soulignent que la fréquence et la complexité des inondations imposent de dépasser les réponses purement techniques (digues, barrages). Les stratégies doivent intégrer nature, gouvernance, culture et participation locale pour construire une résilience durable. L’étude distingue quatre phases historiques de l’adaptation. Protection réactive locale avant 1950, ingénierie lourde au XXe siècle, approche écosystémique à partir des années 1970, puis solutions hybrides actuelles combinant infrastructures et participation communautaire. À partir de 173 études, les chercheurs recensent 39 mesures : 18 techniques (digues, relocalisation), 9 institutionnelles (politiques, gouvernance), 2 socioculturelles (éducation, pratiques locales) et 10 fondées sur la nature (zones humides, forêts, berges végétalisées). Les stratégies techniques restent majoritaires dans les pays du Nord, tandis que les solutions communautaires ou fondées sur la nature dominent dans le Sud. Les auteurs appellent à une recherche plus inclusive intégrant les savoirs autochtones et les publications locales. Les mesures structurelles assurent une protection rapide mais coûteuse et rigide. Les approches institutionnelles misent sur la planification et la gouvernance. Les leviers comportementaux reposent sur l’éducation et l’appropriation collective du risque. Les solutions fondées sur la nature restaurent les écosystèmes pour amortir les crues, améliorer la biodiversité et filtrer l’eau. Elles offrent des co-bénéfices écologiques mais nécessitent un suivi constant et un fort ancrage local pour être efficaces.
Les chercheurs insistent sur trois critères indissociables d’une adaptation réussie : la faisabilité pratique, la solidité technique et la justice sociale. Une mesure efficace doit être équitable, réaliste et robuste face à des climats incertains et évolutifs. L’étude met en lumière des écarts d’équité. Les populations les plus pauvres vivent souvent dans les zones à risque. Intégrer la justice distributive dans la gestion des crues permet de réduire ces inégalités et d’améliorer la répartition des ressources. Les auteurs proposent d’adopter une approche multi-attributs. Chaque projet doit être conçu selon son contexte technique, socio-économique et culturel. Négliger un de ces trois piliers réduit la durabilité et l’efficacité des politiques d’adaptation. Plusieurs pistes de recherche sont identifiées : mieux combiner données qualitatives et quantitatives, coordonner les politiques, clarifier les seuils de risque, utiliser l’intelligence artificielle et renforcer la participation communautaire aux décisions. Les nouvelles technologies (IA, télédétection) peuvent améliorer la prévision et la planification adaptative. Mais les auteurs rappellent que la technologie seule ne suffit pas. L’adaptation doit rester humaine, coopérative et fondée sur la connaissance locale.  Cette synthèse conclut qu’une adaptation réussie aux inondations doit être systémique, équitable et transdisciplinaire. L’eau devient ainsi un révélateur des relations entre société, climat et environnement dans l’Anthropocène. 

Lien ajouté le 13 novembre 2025

Nature Editorial (2025). « Official statistics are vastly undercounting deaths from extreme weather » [Les statistiques officielles sous-estiment largement le nombre de décès dus aux conditions météorologiques extrêmes]. Nature 647, 290, 12 novembre 2025, https://www.nature.com/articles/d41586-025-03669-2

Les décès liés aux pluies extrêmes sont massivement sous-estimés. Farah Samir montre que l’Asie du Sud subit des impacts majeurs avec 1500 morts en Inde en 2025 et 800 au Pakistan. Ces chiffres ne comptent pas les décès indirects qui gonflent la mortalité réelle. Des recherches révèlent que beaucoup plus de personnes perdent la vie à cause des effets des pluies et des inondations que ce qui est habituellement comptabilisé. Les certificats de décès n’indiquent pas toujours l’eau. Électrocution, maladies hydriques ou effondrements ne sont pas comptés. Cette méthode produit un biais qui invisibilise les populations vulnérables et fausse la mesure des risques climatiques. Mumbai illustre cette sous-estimation. Entre 2006 et 2015, 2500 personnes meurent chaque année des effets de la mousson alors que l’État n’en enregistre qu’une fraction. Les enfants, les femmes et les habitants des quartiers informels sont les plus exposés. Aux États-Unis, 7000 à 11000 personnes meurent chaque année des cyclones sur 1930-2015 contre 24 déclarées. Les personnes âgées, les nourrissons et les populations noires sont les plus touchées. Le risque climatique dépend donc fortement du territoire. Mesurer correctement cette mortalité permet d’adapter villes, financements et protections. Un quart des urbains vit en quartiers informels, espaces très sensibles aux pluies extrêmes. Cet enjeu guidera discussions et arbitrages pendant la COP30.

Lien ajouté le 4 décembre 2025

« Governments need to prepare for more frequent large floods » [Les gouvernements doivent se préparer à des inondations majeures plus fréquentes] (The Conversation).

Samadhee Kaluarachchi et Younes Alila (University of British Columbia) montrent que les crues deviennent plus fréquentes et plus difficiles à prévoir. Leur étude explique comment climat, sols et usages du territoire amplifient fortement ces dynamiques. Les auteurs rappellent que les crues touchent désormais toutes les régions. En 2021, en Colombie-Britannique, une inondation a isolé Vancouver et causé jusqu’à 14 milliards de dollars de dégâts. Cette intensification révèle une hydrologie plus instable sous pression climatique. L’étude montre qu’une hausse modeste de taille entraîne une fréquence bien plus grande. Le déboisement du centre de la Colombie-Britannique a accru les crues de 19 à 26% et transformé un événement centennal en crue décennale, soulignant une très forte sensibilité du paysage. Les pratiques actuelles se concentrent sur la taille, négligeant la fréquence. Mais même des crues moyennes surviennent plus souvent, accélérant l’usure des digues-barrages. Sans intégrer cette hausse, les infrastructures sont sous-dimensionnées face à des rythmes d’occurrence transformés. Les auteurs critiquent les archives hydrologiques trop brèves, qui masquent l’accélération récente des crues. Mélanger anciennes et nouvelles données revient à ignorer l’effet du climat et de l’occupation du sol, qui modifient aujourd’hui beaucoup plus fortement les régimes d’inondation. L’étude révèle un régime "fragile". Dans de nombreuses régions, une légère perturbation climatique ou paysagère suffit à rendre les très grandes crues beaucoup plus courantes. Les relations taille-fréquence évoluent plus vite que ce que supposent les modèles classiques. Cette sensibilité impose de repenser la gouvernance territoriale. Forêts, zones humides et plaines d’inondation réduisent la fréquence des crues. Les auteurs rappellent qu’une inondation urbaine peut trouver sa cause des centaines de kilomètres en amont, dans des bassins modifiés. Une stratégie efficace doit articuler climat, aménagement et hydrologie pour anticiper l’augmentation conjointe taille-fréquence. Améliorer les prévisions permettra d’éviter pertes humaines, coûts massifs et infrastructures dépassées. 

Lien ajouté le 4 décembre 2026

Sylvain Rode, Vassili Kypreos et Juliette Dereppe, « Restaurer des zones d’expansion des crues : une territorialisation à interroger », Territoire en mouvement, Revue de géographie et aménagement, http://journals.openedition.org/tem/13369

Les géographes Sylvain Rode, Vassili Kypreos et Juliette Dereppe analysent la restauration des zones d’expansion des crues en France. L’article montre comment ces solutions fondées sur la nature transforment les territoires urbains et agricoles. Les zones d’expansion des crues (ZEC) sont des espaces du lit majeur capables de stocker l’eau lors des inondations. Elles réduisent la hauteur et la vitesse des crues tout en restaurant des fonctions écologiques longtemps dégradées par l’endiguement. Depuis les années 2000, ces dispositifs sont encouragés par les politiques européennes et françaises. Ils traduisent un changement de paradigme. Il ne s’agit plus de maîtriser totalement l’aléa mais d’apprendre à vivre avec les inondations. En milieu urbain, la restauration des ZEC implique souvent une désurbanisation partielle. À Trèbes ou Villegailhenc, après les crues de 2018, des dizaines de bâtiments ont été rachetés et démolis pour redonner de l’espace aux rivières. L’après-catastrophe constitue une fenêtre d’opportunité. Le traumatisme facilite l’acceptation sociale et politique de choix radicaux. À Trèbes, la ZEC restaurée couvre 13 hectares et réduit fortement la vulnérabilité des quartiers riverains. À l’inverse, les projets préventifs sans catastrophe récente rencontrent plus de résistances. À Blois, la restauration d’une ZEC a nécessité plus de 20 ans de maîtrise foncière progressive face à une population peu convaincue du risque. La territorialisation réussie passe par l’inscription des ZEC dans un projet de territoire. Aménagements paysagers, parcs urbains et nouveaux usages permettent de transformer ces espaces hydrauliques en lieux de vie acceptés. En milieu agricole, les enjeux sont différents. Dans la Marne, les grandes cultures occupent une large part des zones inondables. La spécialisation céréalière accroît la vulnérabilité face aux crues estivales de plus en plus fréquentes. Des leviers existent. Diagnostics de vulnérabilité, cultures adaptées, prairies ou paiements pour services environnementaux. Dans le Châtillonnais, 480 hectares sont engagés avec 20 exploitations pour concilier élevage et inondation. Restaurer des ZEC suppose de dépasser la seule parcelle. Financements, filières agricoles, projets urbains et gouvernance locale conditionnent l’appropriation. Les ZEC deviennent alors des outils de résilience territoriale. 

Lien ajouté le 3 février 2026

« Guide méthodologique pour l’élaboration des plans de prévention des risques d’inondation par débordement de cours d’eau » (Cerema).

Le Cerema a publié en septembre 2024 un guide méthodologique pour l’élaboration des plans de prévention des risques d’inondation par débordement de cours d’eau (hors cours d’eau torrentiels). Ce guide vient en complément du guide méthodologique pour l’élaboration des plans de préventions des risques d’inondation des cours d’eau torrentiels (PPRI des cours d’eau torrentiels) publié en 2023 et du guide méthodologique pour l’élaboration des plans de prévention des risques d’inondation  par ruissellement (PPRI ruissellement) publié en 2025.

Lien ajouté le 17 avril 2026

Majszak, M., Zaki, A. et Wani, O. « What defines a flood ? » [Qu’est-ce qui définit une inondation ?)] Commun Earth Environ, 7 , 342 (2026). https://doi.org/10.1038/s43247-026-03491-2

Des chercheurs rappellent qu’une inondation n’est jamais seulement une montée d’eau. Définir une crue suppose aussi des choix humains sur ce qui est rare, normal, acceptable ou au contraire jugé problématique dans un territoire donné. Les auteurs partent d’un constat simple. Un même niveau d’eau peut être perçu comme banal dans une zone humide, mais comme anormal ailleurs. L’inondation dépend donc du lieu observé, de l’échelle de temps retenue et du seuil à partir duquel on considère qu’un événement devient exceptionnel. En hydrologie, ce seuil est souvent exprimé par une période de retour, de quelques années à plusieurs centaines d’années. Mais ce choix n’a rien de purement naturel. Il reflète aussi ce qu’une société veut protéger, le risque qu’elle accepte et les usages qu’elle juge prioritaires. L’article distingue alors l’"inondation physique", liée à une eau jugée rare dans un cadre défini, et l’"inondation anthropocentrée", quand cette eau est interprétée comme bonne ou mauvaise. Une même crue peut donc être utile aux milieux, mais néfaste pour certains groupes humains. Cette lecture aide à comprendre l’histoire longue des sociétés fluviales. Les crues du Nil, du Tigre, de l’Euphrate ou de l’Indus ont fertilisé les sols et soutenu des civilisations, mais elles ont aussi provoqué déplacements, destructions et ruptures dans l’organisation des territoires. Les auteurs insistent aussi sur les désaccords entre acteurs. Une eau favorable à la recharge des sols, aux zones humides ou à certains écosystèmes peut être vécue comme une menace par des riverains, des agriculteurs ou des aménageurs. Ils parlent ici d’"ambiguïté d’intervention".  Cette ambiguïté explique pourquoi la gestion des crues suscite autant de conflits. Endiguer, restaurer une plaine inondable, déplacer des habitants ou laisser l’eau circuler ne relève pas seulement de la technique. Chaque solution traduit une hiérarchie de valeurs et d’intérêts territoriaux. Au fond, une inondation est à la fois un fait hydrologique, un fait social et un objet politique. Mieux la définir permet de mieux dialoguer entre disciplines, d’éclairer les choix publics et d’affronter plus lucidement les risques climatiques à venir. 

Lien ajouté le 25 mai 2026

Lindersson, S., Raffetti, E., Rusca, M. et al. « Access The wider the gap between rich and poor the higher the flood mortality » [Plus l'écart entre riches et pauvres est grand, plus la mortalité due aux inondations est élevée]. Nature Sustainibility 6, 995–1005 (2023). https://doi.org/10.1038/s41893-023-01107-7

Les auteurs ont analysé les inégalités de revenus et les inondations dans 67 pays à revenu intermédiaire et élevé entre 1990 et 2018 et ont constaté que les pays les plus inégalitaires sont généralement les plus touchés par les inondations. Les inégalités économiques s'accroissent dans de nombreux pays à travers le monde, ce qui peut considérablement accroître la vulnérabilité sociale aux risques naturels. Cette étude intègre des données géocodées de mortalité issues de 573 inondations majeures à des données démographiques et économiques afin de réaliser une modélisation par régression linéaire mixte généralisée. Les résultats montrent que le lien significatif entre les inégalités de revenus et la mortalité liée aux inondations persiste même après prise en compte du PIB réel par habitant, de la taille de la population dans les régions inondées et d'autres variables potentiellement confondantes. L'effet protecteur de l'augmentation du PIB disparaît lorsqu'on tient compte des inégalités de revenus et de la taille de la population dans les régions inondées. À la lumière de ces résultats, les chercheurs estiment que la répartition de plus en plus inégale des richesses mérite une attention accrue dans les instances internationales de recherche et de politique en matière de risques de catastrophes.

Inégalités de revenus et mortalité due aux inondations dans 67 pays à revenu intermédiaire
de la tranche supérieure (source : Lindersson et al, 2023)

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Cartographier l'anthropocène. Atlas 2023 de l'occupation du sol (IGN)

Cartographier l'anthropocène. Changer d'échelle pour pouvoir agir (Atlas IGN, 2022)

Paul Crutzen et la cartographie de l'Anthropocène

Les territoires de l'anthropocène (cartes thématiques par le CGET)

Atlas de l'Anthropocène : un ensemble de données sur la crise écologique de notre temps





Cartes et données sur la pauvreté et les conditions de vie des jeunes dans le monde rural


Source :  Noor-Yasmin Djataou, Hélène Furnon-Petrescu, Carine Seiler (2024). « Pauvreté et conditions de vie des jeunes dans le monde rural : comment adapter les réponses institutionnelles ? », Inspection Générale des Affaires Sociales, novembre 2024.

Ce rapport produit par la mission de l'IGAS apporte un éclairage sur la pauvreté des jeunes ruraux de 16 à 29 ans, leurs conditions de vie et analyse leurs facteurs spécifiques de fragilité au regard de ceux de l’ensemble de la jeunesse. Longtemps qualifiés d’« invisibles », moins nombreux que les jeunes urbains, les jeunes ruraux focalisent moins l’attention alors que leur place – et les choix qu’ils réalisent (partir ou rester) – sont cruciaux pour l’avenir des territoires ruraux. Les annexes du rapport comportent de nombreuses cartes et données sur la pauvreté de la jeunesse qui réside dans les territoires ruraux (voir en particulier l'annexe 4 sur les distances et paniers de services).

Une jeunesse rurale qui se sent souvent délaissée

L’Igas en dresse un état des lieux inédit, à 360 degrés qui dessine le portrait d’une jeunesse rurale qui se sent souvent délaissée et met en lumière des freins spécifiques, dont l’éloignement et une mobilité empêchée. Il en recense les conséquences, domaine par domaine. Moindres opportunités d’insertion ou de formation, problèmes d’accès au logement, santé mentale, inégalités de genre présentent aussi des traits particuliers en ruralité. La mission estime que 338 000 jeunes ruraux vivraient sous le seuil de pauvreté. 

30 recommandations opérationnelles

L’action publique peine à répondre à ces vulnérabilités multiples et à certaines situations de « perte de chance », à agir en grande proximité dans des territoires très dispersés. Les politiques publiques transverses sont insuffisamment ciblées vers les jeunes ruraux précaires, cependant que les dispositifs sectoriels à destination des jeunes, trop souvent calqués sur le modèle urbain, prennent mal en compte les contraintes inhérentes à la ruralité. Le rapport livre une trentaine de recommandations opérationnelles, d’une part, pour apporter des réponses spécifiques aux besoins des jeunes ruraux à travers des mécanismes adaptés à la non-densité, notamment à travers un cadre de priorisation renouvelé, d’autre part, pour développer des réponses destinées à l’ensemble des jeunes précaires dont pourront bénéficier les jeunes ruraux. C’est aussi un enjeu démographique pour nos territoires.

Synthèse en FALC - Pauvreté et conditions de vie jeunes monde rural.pdf

Rapport Igas - Pauvreté et conditions de vie des jeunes dans le monde rural (rapport).pdf

Rapport Igas - Pauvreté et conditions de vie des jeunes dans le monde rural (annexes).pdf

Pour compléter 

« Rapport de l’IGAS sur la jeunesse rurale : de la mobilité sociale, scolaire, géographique empêchée » (Le Café pédagogique)

Quel rôle joue l’origine géographique sur le parcours scolaire et professionnel ? Les inégalités sociales sont un point d’orgue à la précarité, dans la France des bourgs comme dans celle des tours. L’origine sociale a des effets sur la réussite des élèves, cela est bien documenté. L’IGAS (inspection générale des affaires sociales) a publié un rapport de 112 pages en janvier 2025 « Pauvreté et conditions de vie des jeunes dans le monde rural : Comment adapter les réponses institutionnelles ? » Celui-ci s’appuie sur des travaux récents qui « permettent d’esquisser le portrait d’une jeunesse rurale, longtemps invisible, dont les risques d’isolement et d’éloignement forment des facteurs spécifiques ou aggravants de précarité ». Il souligne l’absence d’équité sociale et territoriale et des facteurs multiples liés au maillage territorial de l’offre de formation qui amoindrissent les choix d’orientation ou des phénomènes d’autocensure. Force est de constater la corrélation entre pauvreté, précarité, ruralité, et absence de mobilités.

« Double peine sociale et territoriale pour les élèves des zones rurales populaires » (Le Café pédagogique)

Pour sa 18e édition, l’AFEV braque les projecteurs sur les trajectoires, espoirs et difficultés des lycéens issus des classes populaires, en ville comme à la campagne. Une enquête qui confirme que le lieu de vie et surtout l’origine sociale pèsent sur les parcours et les projections d’avenir.

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