Une cartographie du génocide à Gaza (Forensic Architecture)


« Une cartographie du génocide : la conduite d'Israël à Gaza depuis octobre 2023 » (Forensic Architecture).

Depuis le début de la campagne militaire israélienne à Gaza en octobre 2023, Forensic Architecture collecte des données relatives aux attaques contre les civils et à la destruction des infrastructures par l'armée israélienne. L'analyse de ces activités révèle la destruction quasi totale de la vie civile à Gaza. Le site a collecté et analysé également les ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne dirigeant les civils palestiniens vers des zones de Gaza désignées comme « sûres ». Ces ordres ont entraîné des déplacements répétés et à grande échelle de la population palestinienne à travers Gaza, souvent vers des zones qui ont ensuite été attaquées par Israël.

Les conclusions de Forensic indiquent que la campagne militaire israélienne à Gaza est organisée, systématique et vise à détruire les conditions de vie et les infrastructures civiles nécessaires à la vie.

À cette fin, la plateforme « Une cartographie du génocide » et le rapport qui l’accompagne élaborent une cartographie complète de la conduite militaire à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Elle déploie une gamme de méthodes pour observer la manière dont les opérations militaires d’Israël ont engendré des dommages généralisés et suggère comment ces observations pourraient éclairer des évaluations plus larges de la conduite militaire d’Israël pendant cette période.

Le terme « génocide » est utilisé au sens du juriste polonais Raphaël Lemkin, dont la réflexion a été déterminante pour la définition formulée à l'article II de la Convention de 1948. Le génocide, selon Lemkin, signifie un plan coordonné d'actions visant à la destruction des fondements essentiels de la vie des groupes nationaux, dans le but d'annihiler ces groupes eux-mêmes.

Les résultats de plus d'un an de surveillance et de recherche sont disponibles en ligne :

Les données collectées et analysées permettent de mettre en évidence 6 catégories spécifiques de conduite militaire  :

  1. Contrôle spatial – le façonnage physique de Gaza selon une conception stratégique ;
  2. Déplacement – les déplacements répétés et forcés de civils et une évaluation des « mesures humanitaires » d’Israël ;
  3. Destruction de l’agriculture et des ressources en eau – destruction des champs, des vergers, des serres, des infrastructures agricoles et hydrauliques ;
  4. Destruction des infrastructures médicales – ciblage systématique des hôpitaux et du personnel de santé ;
  5. Destruction des infrastructures civiles – ciblage des services publics, des routes, des écoles, y compris celles servant d’abris, des édifices religieux et des bâtiments gouvernementaux ;
  6. Ciblage de l’aide – ciblage systématique des infrastructures et du personnel nécessaires au transport et à la distribution de l’aide humanitaire et à la préparation de la nourriture.

Forensic Architecture (FA) est une agence de recherche basée à Goldsmiths (Université de Londres). Sa mission est de développer, utiliser et diffuser de nouvelles techniques, méthodes et concepts pour enquêter sur la violence provenant d'États ou d'entreprises. L'équipe comprend des architectes, des développeurs de logiciels, des cinéastes, des journalistes d'investigation, des scientifiques et des avocats.

Voir aussi :

Liens ajoutés le 18 novembre 2024
Lien ajouté le 23 novembre 2024
Lien ajouté le 31 mai 2025

« Gaza : au-delà des chiffres, visualiser la tragédie » (Politis)
À Gaza, les morts se comptent par dizaines de milliers, mais les chiffres seuls n’ont plus de sens. Iels s’appelaient Amina, Youssef, Amna… Des vies brisées qu’il faut regarder en face, une à une... Selon les données les plus récentes fournies par le ministère de la Santé de Gaza, 50 020 personnes ont été tuées par les forces israéliennes entre le 7 octobre 2023 et le 23 mars 2025. Dans le document de 1516 pages, les 27 premières listent uniquement des enfants de moins d’un an. Ils sont 867. En tout, 15 613 mineurs sont présents dans le document déjà obsolète. Cette estimation ne prend en compte que les victimes dont le nom et l’âge ont pu être identifiés. Derrière ce chiffre vertigineux, il y a des êtres humains : femmes, hommes, enfants, nourrissons, personnes âgées. La majorité d’entre eux sont des civils. Pour rompre avec l’abstraction des bilans chiffrés, Politis propose une visualisation en trois volets, qui permet de redonner un nom, un âge et une individualité à chaque victime.

Lien ajouté le 5 octobre 2025

« Une crise environnementale hante les ruines de Gaza : les bombardements ont laissé des sols contaminés, des eaux noires et des tas d’ordures qui propagent maladies et pollution » (Bloomberg).

Lien ajouté le 15 octobre 2025

« Cartographie de la façon dont Israël a dévasté Gaza : routes, récoltes, villes entières et une population détruite » (El Pais)
67 139 personnes, dont plus de 20 000 enfants, ont été tuées au cours des deux dernières années à Gaza, où la plupart des bâtiments ont été attaqués et où presque toutes les récoltes ont disparu. Les cartes proposées par le journal El Pais illustrent l'évolution des destructions de bâtiments dans la bande de Gaza. Les universitaires Jamon Van Den Hoek et Corey Scher ont cartographié ces destructions en comparant des images satellite. Selon leur étude, 60 % des bâtiments ont été endommagés au cours des deux dernières années. Les données de l’Observatoire Shireen, qui a compilé les noms de plus de 61 000 victimes gazaouies à partir d’articles de presse et de témoignages familiaux, montrent que le pourcentage de décès dans chaque tranche d’âge est assez similaire à la répartition de la population civile de Gaza par tranche d’âge, c’est-à-dire que le profil des victimes correspond à celui de la population civile.

18 octobre 2025

« Raconter Gaza : un récit impossible » (France Culture).
Malgré l’accord de cessez-le-feu signé le 10 octobre 2025, l'accès à Gaza reste interdit aux journalistes étrangers. Depuis deux ans, ils dépendent de l’information transmise par les journalistes palestiniens, qui ont continué à couvrir la guerre malgré les risques extrêmes pour leur sécurité. Les journalistes internationaux n’ont pas le droit de pénétrer dans l’enclave et seuls les journalistes palestiniens ont pu couvrir les déplacements de foules et l’ampleur des bombardements, au péril de leur vie. Si certains journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur fonction, d’autres ont été victimes des bombardements et de la famine. Les difficultés rencontrées par les journalistes pour couvrir la guerre interrogent aussi la capacité des médias français à raconter Gaza avec les mots justes.

Lien ajouté le 3 décembre 2025

La documentariste Hélène Lam Trong, pour “Dans Gaza” : “Les journalistes sont devenus des cibles pour l’armée israélienne” (Télérama).
Grand reporter, Hélène Lam Trong, lauréate du prix Albert-Londres 2023, s’est lancée il y a deux ans dans un projet singulier : raconter, sans pouvoir se rendre sur place, le travail des journalistes de l’Agence France-Presse à Gaza. Exode de la population, secours aux blessés, alignements de linceuls, peur, impuissance et effroi général… : ces derniers ont documenté ce conflit avant d’être contraints à l’exil. Disponibles dans le fil de l’AFP, leurs images, incroyables, sont inédites car elles ont été peu reprises par les médias internationaux. Hélène Lam Trong en a tiré un film choc, avec leurs témoignages d’une force exceptionnelle.

Lien ajouté le 19 février 2026

« Que reste-t-il de Gaza ? » par Cécile Marin et Fanny Privat (Carte du Monde diplomatique).
Depuis octobre 2023, Gaza est méthodiquement détruite. Que reste-t-il de l’enclave palestinienne - et que révèlent ces transformations du territoire ? Une analyse cartographique très pertinente du Monde diplomatique. « La destruction ne frappe pas que l'habitat mais aussi les conditions matérielles de l'autonomie alimentaire de la subsistance. Autrement dit ce qui est atteint, ce sont non seulement des lieux, mais la possibilité même de produire, de se nourrir et de rester... Ici la géographie pose une question politique fondamentale : que signifie gouverner, administrer ou reconstruire un territoire dont les conditions mêmes de l'habitabilité ont été méthodiquement démantelées ? ». 


Voir le dossier du Monde diplomatique « Gaza, témoigner, comprendre, résister  » (Manière de voir). Plus de 71 000 morts, 170 000 blessés, un territoire détruit à 80 %. Gaza est un champ de ruines et de vies brisées. Ce numéro témoin rassemble les faits pour ne rien oublier, comprendre l’ampleur de la destruction et résister par la mémoire, en attendant que les coupables soient jugés.

Lien ajouté le 20 février 2026

Spagat, Michael et al. (2026). « Violent and non-violent death tolls for the Gaza conflict: new primary evidence from a population-representative field survey » [Bilan des morts violentes et non violentes liées au conflit de Gaza : nouvelles données primaires issues d'une enquête de terrain représentative de la population]. The Lancet Global Healthhttps://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(25)00522-4/

Des estimations fiables de la mortalité sont essentielles pour comprendre le coût humain des conflits. Le ministère de la Santé de Gaza a régulièrement mis à jour son bilan des décès violents dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, mais ces rapports ont suscité à la fois des critiques et des soutiens. Des estimations indépendantes des décès, qu'ils soient violents ou non, étaient nécessaires. Les auteurs ont mené une enquête auprès des ménages, représentative de la population, intitulée « Enquête sur la mortalité à Gaza » entre le 30 décembre 2024 et le 5 janvier 2025. Ils ont interrogé 2 000 ménages répartis dans 200 unités primaires d’échantillonnage, documentant l’état civil de 9 729 membres de ces ménages au 6 octobre 2023, ainsi que celui des nouveau-nés. L’échantillon a été stratifié selon le type de logement et le gouvernorat d’origine. Ils ont utilisé des méthodes de redressement pour ajuster les données en fonction des caractéristiques démographiques et calculé les intervalles de confiance par linéarisation de Taylor. L’échantillonnage a été réalisé dans les zones accessibles, les populations déplacées représentant les gouvernorats inaccessibles. Ils ont estimé à 75 200 le nombre de décès violents (IC à 95 % : 63 600–86 800) entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, ce qui représente environ 3,4 % de la population de la bande de Gaza avant le conflit. Les femmes, les enfants (moins de 18 ans) et les personnes âgées (plus de 64 ans) représentaient 56,2 % (IC à 95 % : 50,4–61,9) de ces décès, soit un total de 42 200 décès (IC à 95 % : 33 100–51 300). Ils ont également estimé à 16 300 le nombre de décès non violents (12 300–20 200), dont 8 540 (4 540–12 500) constituent un excédent de mortalité par rapport aux projections d’avant le conflit. Le chiffre du ministère de la Santé pour cette période (49 090 décès violents) est inférieur de 34,7 % à cette estimation centrale. Cette première enquête indépendante sur la mortalité dans la bande de Gaza révèle que le nombre de décès violents dépasse largement les chiffres officiels, tandis que la composition démographique des victimes correspond aux données du ministère de la Santé. Le nombre de décès non violents en excès, bien que conséquent, est inférieur à certaines projections. Ces résultats démontrent la faisabilité de la surveillance de la mortalité dans les zones de conflit actif et fournissent des données empiriques essentielles pour évaluer le véritable coût humain du conflit.

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