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Le monde luso-hispanique à travers les cartes : un guide de la Bibliothèque du Congrès

 

Ce guide de ressources, proposé par la Bibliothèque du Congrès à Washington, fournit une sélection de cartes manuscrites réalisées par des cartographes espagnols et portugais, ou dans des zones liées à l'Espagne et au Portugal. Il est issu de l'ouvrage The Luso-Hispanic World in Maps : A Selective Guide to Manuscript Maps to 1900 in the Collections of the Library of Congress, publié en février 1999 par John R. Hébert et Anthony P. Mullan. Une version en ligne de ce guide a été proposée en 2011. Elle a donné lieu à une mise à jour en 2024 de manière à intégrer les cartes cataloguées et numérisées depuis la première publication de cette bibliographie. Ce guide comporte aujourd'hui plus de 1000 documents accessibles sur le site de la Bibliothèque du Congrès : l'occasion de s'interroger sur la délimitation et a définition de ce "monde luso-hispanique" ainsi que sur l'imago mundi produite par ces cartes. S'il existe aujourd'hui une américanisation du monde, la mondialisation au XVIe siècle passait d'abord par son hispanisation. 

Atlas mondial (1630) de Joao Teixeira, cosmographe du roi du Portugal (source : Bibliothèque du Congrès)


Les cartes élaborées par les Portugais et les Espagnols

De nouvelles découvertes et explorations ont entraîné la nécessité d'améliorer les cartes au moment où le monde luso-hispanique commençait à se former au début du XVIe siècle. De vastes étendues des Amériques, de l’Asie, des océans Atlantique, Indien et Pacifique ont été découvertes et explorées permettant une compréhension du monde entier. L'Espagne et le Portugal étaient à l'avant-garde de cette expansion, permettant ainsi le passage progressif d'une Europe tournée vers l'intérieur à une Europe en quête de territoires et d'échanges commerciaux à l'échelle mondiale.

Cette poussée ibérique nécessitait des cartes soigneusement construites et précises concernant de vastes régions du monde restées jusqu’alors inconnues. Dès le début, les Espagnols et les Portugais ont été contraints, pour des raisons pratiques, de créer des agences spécialisées de cartographie pour fournir des informations précises qui puissent être mises régulièrement à jour. La volonté des deux puissances ibériques d’élargir les limites de la connaissance européenne du monde atlantique reposait sur des efforts importants, propres à chacun des deux royaumes. Au début du XVe siècle, Henri le Navigateur du Portugal a réuni les meilleurs cosmographes, navigateurs et cartographes pour compiler des informations sur le monde atlantique et la côte africaine. En 1507, le roi Ferdinand d'Espagne a établi le bureau du Piloto Mayor dans la Casa de Contratación à Séville pour rassembler les dernières données géographiques et cartographiques des terres nouvellement découvertes depuis le voyage de Colomb en Amérique en 1492. L'Espagne et le Portugal étaient à l'avant-garde de la connaissance géographique. Cet héritage s’est transmis tout au long de la période coloniale et se reflète dans les cartes élaborées par les Portugais et les Espagnols.

Le monde luso-hispanique correspond aux pays et régions du monde gouvernés par l’Espagne et le Portugal à l’apogée de leur puissance. Selon cette définition, toute l'Amérique latine, les Caraïbes, des parties importantes des États-Unis et du Canada actuels, diverses îles du Pacifique et de l'océan Atlantique, certaines parties de l'Asie continentale, les Philippines, des parties importantes des régions côtières d'Afrique et de la péninsule ibérique - en d'autres termes, une grande partie du monde peut être considéré comme faisant partie du monde luso-hispanique (non réductible uniquement aux régions parlant le portugais et l'espagnol).

Guide pour consulter les documents

Le Guide est construit sur la base d'un découpage géographique correspondant à la façon dont les Portugais et les Espagnols (se) représentaient le monde à l'époque. S'y ajoute un classement propre aux auteurs qui ont cherché à répertorier et classer les cartes à partir des pays actuels. De fait le Guide proposé par la Bibliothèque du Congrès participe à construire un regard et à s'interrroger sur ce que l'on qualifie de "monde luso-hispanique".

  • Introduction
    L'introduction présente les auteurs et la portée de ce guide, ce que l'on peut entendre par "monde luso-hispanique" et comment les cartes, par leur richesse et leur diversité, contribuent à la représentation de ce monde.

  • Atlas (1-9)
    Cette section contient des descriptions d'atlas (entrées numérotées de 1 à 9), principalement des portulans.

  • Cartes du monde (10-15)
    Cette section contient des cartes de l'océan Atlantique et de l'océan Pacifique.

  • Hémisphère oriental (16-26)
    Cette section contient des cartes de l'Asie et de la Méditerranée, alors considérées comme faisant partie de l'hémisphère oriental (Ancien Monde).

  • Hémisphère occidental (27-126)
    Cette section contient des cartes des Amériques, des Caraïbes et du Pacifique, alors considérés comme faisant partie de l'hémisphère occidental (Nouveau Monde).

  • Pays, États et villes (127-1006)
    Cette section présente des cartes de pays, d'États, de villes et de régions en conservant l'ordre numérique original de la cartobibliographie publiée par The Luso-Hispanic World in Maps. Chaque page couvre cinq pays classés par ordre alphabétique, à l'exception de la page relative aux États-Unis, qui comprend des cartes générales des États-Unis ainsi que des sections pour plusieurs États.

  • Documents divers (1007-1011)
    Les cartes de cette section montrent des lieux non identifiés, ne rentrant pas parfaitement dans les autres catégories. La plupart sont des cartes d’entraînement militaire.

  • Bibliographie sélectionnée
    La bibliographie sélective renvoie aux auteurs utilisés pour réaliser le guide.

  • Utiliser la Bibliothèque du Congrès
    La section présente le fonds documentaire de la Bibliothèque du Congrès qui possède des collections parmi les plus importantes au monde et donne des informations sur les conditions d'accès aux documents sous forme numérique ou en salle d'accès à la bibliothèque.

La Bibliothèque du Congrès propose d'autres guides de ressources classés par discipline et centres d'intérêt. Ces guides fournissent un moyen pratique d'accéder à des collections de cartes classées par époque, auteur ou thématique. Nous donnons ci-dessous la liste des guides concernant la rubrique "Géographie". En même temps qu'ils répertorient des ressources et favorisent un accès direct aux documents, ces guides construits par des conservateurs de bibliothèque contribuent à façonner notre imago mundi.

Articles connexes

Utiliser le lion pour politiser la géographie (blog de la Bibliothèque du Congrès)

Atlas ptolémaïques de la Bibliothèque du Congrès : un guide de ressources


La Bibliothèque du Congrès propose un guide sur les atlas ptolémaïques qui rassemble un grand nombre de ressources et de liens sur le sujet. 

A travers ses ouvrages, Claude Ptolémée a connu une très grande notoriété. Sa Geographia (également appelée Cosmographia) a exercé une grande influence dans le monde islamique. Elle a été traduite du grec et rééditée à de nombreuses reprises en Europe à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Entre le XVe et le XVIIe siècle, plus de 40 éditions de la Géographie de Ptolémée ont été publiées dans des villes d'Europe. La plupart des éditions sont en latin, en grec ou dans les deux langues, certaines éditions ultérieures paraissant en italien et en français.

La Bibliothèque du Congrès possède des exemplaires des éditions de la Geographia dans sa Division de géographie et cartes ainsi que dans sa Division de livres rares et collections spéciales. Quelques éditions plus récentes, ainsi que de nombreux ouvrages universitaires sur Ptolémée et son monde, sont conservés dans les collections générales de la bibliothèque. Le guide contient une liste de toutes les éditions de l'ouvrage conservées à la Bibliothèque du Congrès, avec des notes sur les contributeurs, la date, le lieu et la langue de publication, les salles de lecture qui en détiennent des exemplaires. 

La galerie des collections numériques présente des copies numérisées des atlas ptolémaïques qui peuvent être consultées sur le site web de la bibliothèque. Des sources de référence sélectionnées, imprimées et en ligne, sont également décrites dans les deux sections suivantes. Enfin, le guide suggère des stratégies de recherche pour rechercher des documents de l'époque pré-moderne et moderne. 


Pour compléter

Traduction du traité de géographie de Ptolémée (1036) par Mohammad ibn Mousa al-Khwarizmi, avec des cartes. A découvrir sur Numistral.

Scenographia systematis mundani Ptolemaici (1708) par le cartographe Andreas Cellarius. A découvrir sur Numistral.

Livre VIII de la Cosmographie de Ptolémée (1889) par Iacobo Angelo, avec des cartes. A découvrir sur la Bibliothèque Vaticane.

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L'histoire par les cartes : comment la cartographie s'est développée à travers les époques

L'histoire par les cartes : comment le continent européen s'est pensé et construit du 16e au 20e siècle (BnF - Gallica)

L'histoire par les cartes : les collections numérisées de la Bibliothèque Vaticane

Le monde en sphères. Une exposition virtuelle de la BnF

Rubrique Cartes et atlas historiques


L'histoire par les cartes : les collections numérisées de la Bibliothèque Vaticane


La Bibliothèque Vaticane, située à Rome, est l'une des plus anciennes bibliothèques du monde. C'est la bibliothèque du Saint-Siège. Le grand public n’est pas autorisé à la fréquenter, mais fort heureusement la bibliothèque a entrepris de numériser ses archives depuis plusieurs années. 

Le site DigiVatLib donne accès aux collections numérisées de la Bibliothèque vaticane. On y trouve des cartes historiques depuis l'époque du Moyen Age. Les entrées thématiques proposées concernent les manuscrits, ouvrages imprimés, incunables, monnaies et médailles. 

Il n'existe par d'entrée spécifiquement dédiée à la cartographie. On peut néanmoins utiliser des mot-clés (cartography, map, mappamundi...) à partir du moteur de recherche interne et raffiner la recherche avec des noms d'auteurs. On y retrouve des oeuvres connues, comme par exemple un exemplaire de la Cosmographie de Ptolémée ou encore une mappemonde de la Renaissance représentant l'Amérique (avec l'Est en haut).


Extrait de la Cosmographie de Claudius Ptolémée 1482 (Vat.lat.3811 et Vat.lat.5698)




De cosmographia, geographia et navigatione libri I-VII. (Arch.Cap.S.Pietro.H.27)



D'autres cartes historiques de la Bibliothèque vaticane sont à découvrir, notamment : 
  • Une série de cartes nautiques d'époque médiévale (Borg.Carte.naut)
  • Des cartes du Secretum fidelium du XIVe siècle (Vat.lat.2972)
  • Une carte turque du Nil vers 1685 (Vat.turc.73)
  • Une carte de la région de Canton (Chine) par Battista Maoletti De Serravalle - 1715 (Borg.cin.507)
  • Une carte du monde vu de la Chine par Giulo Aleni (Barb.or.151.pt.1)
  • Un livre de volvelles triple couche et de diagrammes célestes (Reg.lat.1139). La volvelle est une carte tournante, utilisée pour l'astronomie, la navigation et la médecine. Il s'agit d'un instrument de calcul. Elle met en forme les principes de l'astrolabe dans un livre. Voir par exemple cettte volvelle du XIIIe siècle conservée par la Bibliothèque interuniversitaire de Montpellier, Section Médecine (H 18 f. 223)
La Galerie des cartes géographiques fait partie de la Bibliothèque vaticane. C'est une magnifique salle de 120 mètres de long. Aux murs sont accrochées d'immenses cartes topographiques et des fresques de villes italiennes. Les cartes et les peintures au plafond datent du XVIe siècle. A découvrir sur Wikipédia.

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L'histoire par les cartes. La mappa mundi de Leardo (1452)

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L'histoire par les cartes : La France aux Amériques ou la naissance des mondes atlantiques (BnF)

L'histoire par les cartes : la septentrionalisation de l'Europe à l'époque de la Renaissance par Pierre-Ange Salvadori

L'histoire par les cartes : le Rijksmuseum met à disposition plus de 700 000 œuvres sur le web, notamment des cartes

Numérisée en haute résolution, la carte médiévale de Fra Mauro peut être explorée en détail

La carte médiévale d'Ebstorf en version interactive et en téléchargement

Atlas ptolémaïques de la Bibliothèque du Congrès : un guide de ressources

Rubrique Cartes et atlas historiques


L'histoire par les cartes. La mappa mundi de Leardo (1452)


Source : « Le projet Lazarus va apporter un nouvel éclairage sur la plus ancienne carte de la collection de l'UWM » (Université du Wisconsin à Milwaukee)

La mappa mundi de Leardo est une carte du monde dessinée à la main datant de 1452. Il s'agit de l'un des éléments phares de la collection de la bibliothèque de l'American Geographical Society, hébergée depuis près de 50 ans à l’University of Wisconsin Milwaukee (UWM). Le cartographe Giovanni Leardo a réalisé cette mappemonde à Venise pour un commanditaire inconnu – probablement un dignitaire religieux. La carte place Jérusalem en son centre, avec l'est pointé vers le haut. Dans le cercle qui l'entoure figure un calendrier, avec les phases de la lune, les fêtes des saints ainsi que d'autres informations.

La mappa mundi de Leardo - 1452 (source : Université du Wisconsin)

La bibliothèque de l'American Geographical Society contient aujourd'hui plus de deux millions d'ouvrages, dont des cartes, des photos, des atlas, des globes. Mais la carte de Leardo est l'ouvrage le plus ancien de la collection. L'original est conservé dans une pièce sombre et à température et humidité contrôlées, ce qui fait qu'elle était difficile à montrer aux visiteurs. L'obtention d'une reproduction de pointe est l'une des raisons pour lesquelles l'UWM accueille le Projet Lazarus à l'université en mars 2025. La numérisation en haute résolution pourrait mettre en lumière des détails qui se sont estompés au fil des siècles. Le projet Lazarus utilise l'imagerie multispectrale pour faire ressortir les détails manquants ou ternis sur des documents fragiles ou endommagés. Le traitement des photos prises sous différentes fréquences lumineuses permet d'en extraire de nouveaux détails. L'original est sur vélin ou peau d'animal traitée. La bibliothèque disposera désormais d'une image numérique pour un fac-similé de meilleure qualité, elle pourra l'imprimer sur un support semblable au vélin. 

Outre l'Université du Wisconsin qui en propose une version numérique, la mappa mundi de Leardo est consultable sur le site de la bibliothèque du Congrès.

Extraits de la notice :

"La plus ancienne carte du monde conservée à la bibliothèque de l'AGS est la Mappamundi de Leardo. Il s'agit de l'une des trois cartes du monde connues signées et datées par le cartographe vénitien du XVe siècle, Giovanni Leardo. Les deux autres, similaires mais non identiques, se trouvent à la Bibliothèque communale de Vérone, en Italie, et la troisième au Musée civique de Vicence, en Italie. Cette carte représente les régions du monde connues des Européens à la fin du Moyen Âge. Elle est considérée comme l'un des plus beaux exemples de carte du monde d'époque médiévale conservée dans l'hémisphère occidental." 

"On sait peu de choses sur Giovanni Leardo, géographe et cosmographe vénitien du XVe siècle, si ce n'est que trois de ses cartes du monde, signées par leur auteur, datent de la fin du Moyen Âge. Il s'agit de la plus ancienne carte du monde conservée à la bibliothèque de l'American Geographical Society et elle est considérée comme le plus bel exemple de mappemonde médiévale de l'hémisphère occidental. Les deux autres cartes de Leardo, similaires mais non identiques, se trouvent en Italie, à la Bibliothèque communale de Vérone et au Musée civique de Vicence. La carte représente les régions du monde connues des Européens à la fin du Moyen Âge – l'Europe, l'Asie et l'Afrique – et, comme sur de nombreuses cartes murales médiévales, elle montre Jérusalem au centre et est oreintée vers l'est. Archer M. Huntington acheta la carte et la présenta à l'American Geographical Society en 1906. En 1928, la société publia un fac-similé en couleur grandeur nature accompagné d'un texte de John K. Wright, intitulé The Leardo Map of the World: 1452 or 1453. L'ouvrage de Wright consistait essentiellement en une description détaillée du tracé, des noms et des caractéristiques de la carte elle-même. Rand McNally reproduisit également la carte pour une carte de Noël en 1952."

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L'histoire par les cartes : 30 cartes qui racontent l'histoire de la cartographie (sélection de l'IGN)

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Le monde en cartes (1400-1600) : une exposition de la Beinecke Library (Yale University)


Du 22 juillet 2022 au 8 janvier 2023, la bibliothèque Beinecke de l'Université de Yale organise une exposition : The World en Maps 1400-1600. L'occasion de découvrir quelques-unes de ses 20 000 cartes réparties sur plus de 24 000 feuilles, accompagnées de plus de 4 000 atlas et de quelques dizaines de globes anciens. Cette riche collection cartographique a été en partie numérisée et peut être découverte directement en ligne.

Cette exposition présente des cartes manuscrites de la bibliothèque Beinecke parmi les plus importantes sur le plan historique, de la fin du Moyen Âge et du début de l'ère moderne. Elle se concentre sur les cartes portulans - de grandes cartes colorées qui montraient le littoral de la Méditerranée et étaient utilisées par les marins pour naviguer de port en port. Ces cartes ont joué un rôle crucial dans l'expansion du commerce européen aux 15e et 16e siècles. La bibliothèque de l'Université de Yale possède l'une des collections de cartes les plus importantes de cette période. Lorsque les fonds précédemment conservés dans la salle des cartes de la Sterling Memorial Library ont été regroupés avec les collections de la bibliothèque de livres rares et de manuscrits de Beinecke en 2018, celle-ci est devenue le plus grand référentiel de cartes portulans de l'Amérique du Nord.  

Cette exposition présente des cartes de plusieurs périodes historiques et montre comment les cartes ont pu contribuer à ouvrir vers un horizon mondial. Tout en se concentrant principalement sur les cartes européennes, elle comprend également des cartes du Moyen-Orient et d'Asie pour illustrer les éléments communs et également mettre en évidence les différences significatives. De plus, l'exposition présente des cartes falsifiées et comment elles ont pu être identifiées comme des contrefaçons à l'aide d'analyses scientifiques et historiques.

Points forts de l'exposition :

  • La carte d'Aguiar de 1492, la plus ancienne carte portulan portugaise, montre de façon spectaculaire le monde tel que Christophe Colomb et son équipage ont pu le voir lors de leur premier voyage en 1492. Avec la carte du monde d'Henricus Martellus (ci-dessous), ces cartes indiquent les vrais dangers auxquels Christophe Colomb a dû faire face et répondre aux questions fondamentales sur son premier voyage. Cette carte est présentée dans le livre d'Alida C. Metcalf, Mapping an Atlantic World, c. 1500 publié en 2020 avec de nombreuses illustrations commentées (à découvrir en ligne, voir ce billet de présentation de l'ouvrage).

  • La carte du monde d'Henricus Martellus, composée vers 1490, est une étonnante survivance du monde avant l'expédition de Colomb. L'une des plus grandes cartes de la collection, elle est trop grande pour être exposée avec les portulans, c'est pourquoi un fac-similé est présenté dans l'exposition publique. L'original se trouve au niveau de la cour de la bibliothèque accessible aux chercheurs. La carte montre une perspective très différente de celle des portulans - elle est basée sur les anciennes cartes composées par Ptolémée, transmises en Europe par des scientifiques et des géographes arabes. 

  • La carte-portulan de Beccari (1403) est plus ancienne que la carte Aguiar mais contient un cartouche crucial qui décrit comment les cartographes tels que Beccari ont composé ces cartes, en particulier leur recours aux connaissances orales des marins utilisées pour mesurer avec précision les distances entre les ports. Raison pour laquelle la carte de Beccari est l'une des plus étudiées par les cartographes.

  • La carte d'Abenzara est unique pour des raisons très différentes. Judah Ben Zara (ou Abenzara) était l'un des rares cartographes juifs européens. Sa religion a eu une profonde influence sur ses cartes et sa vie. Seules trois cartes lui ont survécu. C'est le seul portulan fabriqué sur peau de chèvre dans la collection ; il semble probable qu'il s'agisse d'une forme d'adaptation car le climat ne permettait pas de fournir des peaux de grand animaux comme pour d'autres portulans. 

  • La fameuse carte du Vinland ainsi que le matériel acquis en 1965 qui prétendait étayer son authenticité. Le travail effectué en 2019 par l'Institut pour la préservation du patrimoine culturel de Yale a permis de prouver que la carte était un faux. Sont présentées également d'autres contrefaçons récentes pour permettre aux historiens et aux scientifiques d'étudier les techniques employées par les faussaires.  

Cartes accessibles via les collections numériques de la Bibliothèque Beinecke :

Articles connexes



L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BnF)

La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale










Cartographier en dehors des lignes (Exposition de la bibliothèque Newberry)


Source :  « Mapping Outside the Lines ». Exposition de la bibliothèque Newberry de Chicago (9 octobre 2025 - 14 février 2026), https://www.newberry.org/calendar/mapping-outside-the-lines


« On peut faire une carte sans ombres ni couleurs, mais pas sans lignes. » (Erwin Raisz, Principes de cartographie, 1962)

Les lignes sont fondamentales à la communication cartographique. Elles vous guident vers un nouveau restaurant, vous indiquent la hauteur d'une montagne ou vous mettent en garde contre les risques de vous égarer. Parfois elles racontent même l'histoire de la carte. Au fil des siècles, les cartographes ont développé (et abandonné) une incroyable variété de façons d'utiliser les lignes pour donner vie à notre monde. Cette exposition, proposée par la bibliothèque Newberry de Chicago, explore l'utilisation des lignes sur les cartes, à travers des exemples allant des manuels scolaires les plus ordinaires à des oeuvres artistiques d'avant-garde. Par leurs lignes, les cartes justifient leur vision du monde, tout en révélant des perspectives ni neutres ni universelles.

« Les règles d'une carte sont faites pour être transgressées. »

Découvrez comment les lignes définissent – et parfois subvertissent – les règles qui rendent les cartes lisibles. Chaque section de l'exposition explore un type fondamental de ligne sur les cartes, tel qu'il s'est développé en Europe et en Amérique. Tout au long de cette exposition, on peut découvrir des artistes qui manipulent, déforment, voire détruisent des cartes. Pour Michael Wynne, les lignes cartographiques constituent un outil puissant lui permettant d'associer des éléments typiques des cartes, tels que les frontières et les côtes, à des insertions inattendues, comme des corps et du sang. En dessinant et en peignant sur les pages d'un atlas national, Wynne relie différents types de lignes – dessin d'un corps, lignes de sang, lignes de texte, lignes de chemin de fer – pour méditer sur l'identité, le nationalisme et la sexualité. À l'instar de nombreux artistes de cette exposition, Wynne modifie et remplace des parties de la carte pour la critiquer et la remettre en question.

La bibliothèque Newberry met ses collections à disposition pour toute utilisation légale, commerciale ou non commerciale, sans frais de licence ni d'autorisation pour la bibliothèque.

Articles connexes

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center

Environnement et justice dans les paysages anthropisés. Une exposition virtuelle du Leventhal Center

L'exposition Mapping out : quand les artistes s'emparent de l'imaginaire des cartes



Géoréférencer des cartes anciennes sur le site de la Bibliothèque centrale de Zürich


La Bibliothèque centrale de Zurich, qui contient plus de 2 900 cartes numérisées issues de magnifiques atlas, propose aux personnes intéressées de géoréférencer elles-mêmes des cartes anciennes des XVe-XVIIe siècles.



La localisation géographique d'une carte avec le « Georeferencer » sur la plateforme web Old Maps Online est intuitive et ne nécessite en principe aucune connaissance préalable. La localisation se fait en quelques clics, elle peut s'avérer une tâche plus difficile dans certains cas (certaines cartes n'étant pas orientées au nord).

Au fur et à mesure des documents géoréférencés, le matériel cartographique est mis en accès libre sur la plateforme Old Maps Online.

Les copies numériques sont d'ores et déjà accessibles au public sur la plateforme e-rara dans la collection « Magnificent Atlases : From the Beginnings to the Golden Age ».

Voir par exemple les monstres et autres îles imaginaires découverts dans les cartes et atlas qui ont été numérisés.

L'initiative s'inscrit dans le cadre d'un projet de science citoyenne conduit par la Bibliothèque centrale de Zürich. Une fois numérisées, les cartes sont intégrées dans le projet Chronoscope qui intègre plus de 2000 cartes historiques consultables en open data à partir d'une seule interface cartographique.

Accès au catalogue en ligne de cartes et de vues panoramiques de la Bibliothèque centrale de Zürich.

Kartenportal.ch permet de rechercher dans les fonds de la ZB et dans les bibliothèques suisses à partir d'un moteur de recherche spatial.


Articles connexes

Galligeo, un outil en ligne pour géoréférencer les plans et cartes de Gallica




La paternité de deux cartes allégoriques du XVIIIe siècle enfin résolue


Source : « An intriguing late 18th century mystery of map authorship finally solved. The french pimpernel is at last unveiled » (source : Barron Maps)

Le Royaume de France représenté comme un chêne (source : © Barron Maps)

L'histoire est d'autant plus singulière que l'on pourrait croire la paternité des cartes anciennes connue depuis longtemps. Elle est racontée par Debbie Hall dans l'ouvrage Treasures Map Room paru en 2016 et reprise récemment sur le site Barron Maps. Après des recherches approfondies dans les archives et les documents, l'auteur de l'une des cartes les plus remarquables de la Bibliothèque Bodléienne a été identifié, mettant fin à 228 ans d'anonymat. Il s'agit d'une carte de 1796 représentant la France révolutionnaire sous la forme d'un chêne malade, avec en dessous de la carte la liste des départements français. Titrée et légendée en anglais, la carte est à rapprocher d'une autre carte toute aussi allégorique représentant la France sous la forme d'un navire échoué.

Le Royaume de France représenté sous la forme d'un navire (source : Bibliothèque du Congrès)

Ces deux cartes allégoriques brossent le tableau d'une France menacée par « les anarchistes actuels qui ont essayé de fixer leurs infâmes principes ». Publiées à la même date mais diffusées séparément, les deux cartes présentent des similitudes dans leur facture et dans la manière de dérouler le détail des événements révolutionnaires. En réalité en 1796, le royaume de France balayé par la Révolution n'existait plus. Leur auteur ne pouvait être qu'un monarchiste nostalgique de l'Ancien Régime. Il restait à en découvrir l'identité. Les textes qui accompagnent ces cartes fournissent des indices quant à l’identité de l’auteur. Il s'agit d'un aristocrate français, vivant en exil à Londres, d'un homme qui était clairement un confident très proche de la famille royale française. Le texte suggère qu'il a vécu et travaillé dans les cercles les plus intimes de la Cour royale à Versailles pendant de nombreuses années. Après différents recoupements, il s'agit du baron Charles Antoine de Thierry (1755-1824), réfugié à Londres depuis 1794. Il présenta en 1796 à Edimbourg des exemplaires de ces deux cartes au prince Bourbon, comte d'Artois, frère cadet de Louis XVI guillotiné trois ans auparavant. Pour en savoir plus sur le détail de cette découverte, lire l'enquête détaillée décrite sur le site Barron Maps.

Pour compléter

Le site commercial Barron Maps propose une série de cartes satiriques et de cartes de propagande. Roderick Barron (@barronmaps) est spécialisé dans le domaine des cartes de propagande et des cartes imaginaires. Il alimente un blog associé au site qui contient des articles de fond. Il y explore notamment le phénomène des cartes « sério-comiques » de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (voir cette présentation vidéo en anglais). On y trouve les oeuvres de Fred W. Rose qui s'est rendu célèbre par ses cartes caricaturales de l’époque victorienne (avec des pieuvres).

La Bibliothèque Bodleian de l'Université d'Oxford détient près de deux millions de cartes et environ 20 000 atlas, des documents datant du XIVe au XXIe siècle. A la manière d'un salon de cartes virtuel, le Bodleian Map Room Blog se propose de mettre en avant une partie de ces éléments qui échappent souvent au regard des profanes et qui font l'objet de discussion entre spécialistes. La collection comprend des cartes du monde entier, bien qu'elle soit plus riche en cartes d'origine britannique et de pays ayant un lien historique avec le Royaume-Uni. Près de 2500 cartes sont disponibles directement en ligne.

Articles connexes

Derrière chaque carte, une histoire : découvrir les récits de la bibliothèque Bodleian d'Oxford

Cartes et caricatures. Recension de cartes satiriques et de cartes de propagande

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Utiliser le lion pour politiser la géographie (blog de la Bibliothèque du Congrès)

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

La carte, objet éminemment politique


Le globe de Coronelli et les cultures géographiques dans la France de Louis XIV


Martin Vailly. Le monde au bout des doigts : François Le Large, le globe de Coronelli et les cultures géographiques dans la France de Louis XIV. Thèse soumise au jury pour approbation en vue de l’obtention du grade de Docteur en Histoire et Civilisation de l’European University Institute, 2020. https://hal.science/tel-03177970v1 (mise en accès libre sur Hal en juin 2025).

Cette thèse explore la constitution de cultures géographiques parmi les courtisans et les élites du royaume de France à la fin du règne de Louis XIV, entre 1680 et 1720 environ. L'analyse est principalement menée à partir de l’étude des globes terrestres de Vincenzo Coronelli, de leur circulation dans les cabinets curieux, ainsi qu’à partir des travaux de François Le Large, garde du globe du roi à Marly. Martin Vailly interroge deux espaces différents, mais pourtant complémentaires, de la pratique géographique : la cour de Louis XIV, où une paire de grands globes cosmographiques est exposé, et les différents lieux du travail savant que sont les bibliothèques, les cabinets ou encore les jardins. En analysant à la fois la constitution de savoirs géographiques, leur exposition sur les globes, leur acquisition et leur discussion par les curieux de géographie, il montre la place de ces connaissances dans la vie sociale, politique et culturelle du royaume de France. 

À partir de l’étude de la persona savante et des travaux de François Le Large, il met en évidence le lien entre la constitution d’une culture géographique, et les jeux de positionnement et d’ascension sociale, dans une démarche qui s’inscrit dans l’histoire sociale des sciences et dans l’anthropologie historique des pratiques savantes. En reconstruisant les sociabilités curiales qui s’articulent tant autour du grand globe de Coronelli que de l’acquisition d’une culture géographique, il montre que le goût pour ces savoirs est un enjeu tant politique que mondain, qui caractérise le roi savant, le bon courtisan ou le gentilhomme éduqué. Cette thèse révèle ainsi l’importance de ces objets de distinction sociale que sont les globes en général, et les globes terrestres de Coronelli en particulier. Ils sont au cœur d’un tissu de sociabilités savantes, mondaines et politiques, et forgent les imaginaires géographiques de leurs possesseurs. L’étude détaillée de la surface du grand globe terrestre de Louis XIV, et de son analyse par François Le Large, montre en outre la place des savoirs géographiques dans la symbolique du règne louis-quatorzien. La surface du globe participe à sa manière aux « guerres de plume » qui opposent Louis XIV et ses rivaux. Elle met en scène et légitime les ambitions impériales d’un souverain présenté comme protecteur des arts et sciences, dans ce lieu privilégié de son pouvoir absolu qu’est le palais de Marly.

Pour compléter

Cartes et globes de Coronelli sur Gallica
Les globes qu'il a créé ont fait la renommée de Vincenzo Coronelli (1650-1718). Mais le moine franciscain a des centaines de cartes à son actif. La Bibliothèque nationale de France en conserve de nombreuses, notamment cette carte en deux plans-hémisphères assez originale assortie de diverses autres projections. Les sources de ces cartes et plans sont référencées à la page 447 de la thèse de Martin Vailly.

Le Globe terrestre représenté en deux plans-hémisphères et en diverses autres figures par P. Coronelli (source : Gallica)

Offerts par le cardinal d’Estrées à Louis XIV, les globes réalisés en 1683 par le cosmographe vénitien Vincenzo Coronelli offrent une représentation synthétique de la Terre et du ciel. Objets de science et emblèmes du pouvoir, ces globes de 4 m de diamètre, exceptionnels par leur dimension, sont les deux pièces les plus monumentales conservées par la Bibliothèque nationale de France. 

Les globes de Coronelli (source : Bibliothèque nationale de France)

A découvrir : « Les globes de Coronelli. Exposition virtuelle sur les globes du Roi soleil » (BNF). Aujourd'hui les Globes de Louis XIV sont installés à la BNF dans l'aile ouest de la bibliothèque François-Mitterrand. Il existe aussi des copies miniatures de ces globes à la Bibliothèque nationale de Vienne. Comme le montre Martin Vally dans sa thèse, il y a un parallèle à faire entre les bibliothèques et les globes qui sont des sources majeures de savoirs. Coronelli lui-même a consigné les principales informations dans un « Recueil des inscriptions des remarques historiques et géographiques qui sont sur le globe terrestre de Marly ». François Le Large, qui était le garde du globe de Coronelli, a  transcrit les connaissances géographiques à travers ses « Explications pour les figures qui accompagnent la dédicace du globe terrestre de Louis XIV » que l'on peut considérer comme un véritable guide d'éducation géographique. 

« Le garde du globe terrestre, François Le Large, entreprit la transcription de toutes les légendes et son travail, nécessaire déjà en 1710, a préservé certains textes qui allaient par la suite s’effacer. Il se lança dans l’explication des figures, dont certaines étaient traitées avec "la fantaisie du peintre" et rechercha les sources. Mais, plus qu’à une simple transcription, François Le Large se livre à une sévère analyse des éléments inscrits par Coronelli et lui reproche de ne pas mettre à jour sa cartographie. En effet, les travaux de l’Académie des sciences ont permis de multiplier les observations sur le terrain et de corriger beaucoup de positions géographiques. » (Exposition virtuelle sur les globes du Roi soleil, BNF). 

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Cartes et atlas historiques


La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale

https://www.academia.edu/108778146/URBANO_MONTES_WORLD_MAPS_SOURCES_AND_DEVELOPMENT?email_work_card=title

Cette carte marine du XVe siècle, anonyme et non précisément datée, a été attribuée en 1924 à Christophe Colomb par Charles de La Roncière, attribution toujours débattue aujourd’hui. Dessinée sur parchemin à l'encre rouge et noire, elle se divise en deux parties, séparées par un trait rehaussé d’or, représentant deux espaces distincts. A droite, figure une carte marine de la Méditerranée, qui inclut les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée comme des terres hypothétiques dans l’océan Atlantique Nord. Sur la gauche est représentée une petite mappemonde, qui synthétise les connaissances géographiques européennes à la veille de la découverte de l’Amérique ; elle est inscrite dans neuf cercles célestes, selon la conception géocentrique de l’univers qui prévalait encore à l’époque.

La carte dite de « Christophe Colomb » (source : © Bibliothèque Nationale de France)


La carte est conservée au département des Cartes et plans de la BNF sous la cote Rés. Ge AA 562. On peut la retrouver sur Gallica. Elle fait l'objet d'une présentation vidéo de la BNF accessible sur Youtube dans le cadre de sa série « Au coeur des cartes ».

La carte dite de « Christophe Colomb » (1488-1492) | Au cœur des cartes (source : BNF)


« Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard  » (The National Geographic).

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures. Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage. La carte, établie à l’origine par le cartographe allemand Henricus Martellus, était recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, notamment le planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom d'« Amérique ».


Chet Van Duzer (2018). Henricus Martellus’s World Map at Yale (c. 1491). Multispectral Imaging, Sources, and Influence [Carte du monde d'Henricus Martellus à Yale (vers 1491). Imagerie multispectrale, sources et influence], Springer International Publishing.


Cet ouvrage présente des recherches inédites sur la carte du monde réalisée par Henricus Martellus vers 1491 et conservée à la bibliothèque de l'université de Yale (à découvrir en haute résolution). L'importance de cette carte était pressentie depuis longtemps, mais son étude restait impossible en raison de l'illisibilité des textes. L'imagerie multispectrale, réalisée avec le soutien du National Endowment for the Humanities en 2014, a permis de rendre les textes lisibles pour la première fois, incitant Chet Van Duzer à en reprendre l'étude. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus. L'ouvrage propose des transcriptions, des traductions et des commentaires sur les textes latins de la carte, notamment leurs sources, ainsi que sur la toponymie de plusieurs régions. Il en ressort une relation étroite entre la carte de Martellus et la célèbre carte de Martin Waldseemüller de 1507. L'une des découvertes les plus passionnantes concerne l'arrière-pays de l'Afrique australe. Les informations qu'elle contient proviennent de sources africaines ; la carte constitue ainsi un document unique et d'une importance capitale pour la cartographie africaine du XVe siècle. Henricus Martellus a rempli les océans d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il détestait vraisemblablement lui aussi les espaces laissés vides sur la carte. Cet ouvrage constitue une lecture essentielle pour les spécialistes des humanités numériques et les historiens de la cartographie.

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. Outre son ouvrage sur la carte d'Henricus Martellus publié en 2018, il est l'auteur d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. Il a publié en 2023 Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past (disponible en accès libre), qui fait l'objet d'une présentation dans ce billet.

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Source
: Chet Van Duzer (2023). Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past, vol. 2 (ouvrage en accès libre)

Cet livre richement illustré est la première exploration systématique des cartouches cartographiques, ces cadres décorés qui entourent le titre, ou d'autres textes ou images, sur des cartes historiques. L'ouvrage aborde l'histoire de leur développement, les sources utilisées par les cartographes pour les créer et les messages politiques, économiques, historiques et philosophiques que véhiculent leurs symboles. Les cartouches constituent les parties les plus attrayantes des cartes. Le cartographe utilise ces espaces de décoration pour montrer leurs intérêts. Les cartouches sont donc essentiels à l'interprétation des cartes. Le livre traite en détail de trente-trois cartouches, qui vont de 1569 à 1821, et ont été choisis pour la richesse de leur imagerie. 

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. En 2018, il a publié un ouvrage chez Springer Henricus Martellus's World Map at Yale (c. 1491): Multispectral Imaging, Sources, and Influence. Il est l'auteur aussi d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. 

Plan de l'ouvrage avec les cartes de référence

  • Introduction
  • Chapitre 1. Remplir le vide avec un espoir de paix
    Gérard Mercator, Nova et aucta orbis terrae descriptio ad usum navigantium, 1569
  • Chapitre 2. Le regard du monstre marin
    Carte de la Sardaigne d' Ignazio Danti dans la Galleria delle carte geografiche, 1580–82
  • Chapitre 3. Une médecine exotique issue des tombeaux d'Égypte
    Daniel Cellarius, Asiae nova description, vers 1590
  • Chapitre 4. Nouvelles personnifications des continents.
    Jodocus Hondius, Nova et exacta totius orbis terrarum descriptio, 1608
  • Chapitre 5. Cosmographes dans l'océan Austral.
    Pieter van den Keere, Nova totius orbis mappa, vers 1611
  • Chapitre 6. L'ingratitude mord la gentillesse.
    Jodocus Hondius, Novissima ac exactissima totius orbis terrarum descriptio, 1611 / 1634
  • Chapitre 7. L'eurocentrisme à l'honneur.
    Arnold Floris van Langren, globe terrestre, 1630-1632
  • Chapitre 8. Les plaisirs vertigineux de la mise en abyme.
    Willem Hondius, Nova totius Brasiliae et locorum a Societate Indiae Occidentalis captorum descriptio, 1635
  • Chapitre 9. L'autoportrait du cartographe.
    Georg Vischer, Archiducatus Austriae inférioris, 1670 / 1697
  • Chapitre 10. Comploter pour le contrôle dans le Nouveau Monde.
    Claude Bernou, Carte de l'Amérique septentrionale et partie de la méridionale, vers 1682
  • Chapitre 11. Dévoiler le texte, interpréter l'allégorie.
    Vincenzo Coronelli, globe terrestre, 1688
  • Chapitre 12. Dissimulation et révélation de la source du Nil.
    Vincenzo Coronelli, L'Africa divisa nelle sue parti, 1689
  • Chapitre 13. Propagande dans un cartouche.
    Vincenzo Coronelli, Paralello geografico dell'antico col moderno archipelago, 1692
  • Chapitre 14. Si ça saigne, c'est porteur.
    David Funck, Infelicis regni Siciliae tabula, vers 1693
  • Chapitre 15. Célébrer un triomphe de l'ingénierie.
    Jean-Baptiste Nolin, Le canal royal de Languedoc, 1697
  • Chapitre 16. La bataille entre la lumière et les ténèbres.
    Heinrich Scherer, Repraesentatio totius Africae, 1703
  • Chapitre 17. Une carte dans la carte comme prophétie.
    Nicolas Sanson et Antoine de Winter, Geographiae Sacrae Tabula, 1705
  • Chapitre 18. "L'une des histoires les plus singulières de difficultés extrêmes".
    Pieter van der Aa, Scheeps togt van Iamaica gedaan na Panuco en Rio de las Palmas, 1706
  • Chapitre 19. Splendeur cramoisie.
    Nicolas Sanson, Théâtre de la Guerre en Flandre & Brabant, vers 1710
  • Chapitre 20. Généraux présentant des cartes à l'empereur.
    Johann Baptist Homann, Leopoldi Magni Filio Iosepho I . Augusto Romanorum & Hungariae Regi, vers 1705–11
  • Chapitre 21. Comment construire un cartouche géant.
    Nicolas de Fer, Carte de la mer du Sud et de la mer du Nord, 1713
  • Chapitre 22. La publicité fait son entrée.
    George Willdey, Carte de l'Amérique du Nord, 1715
  • Chapitre 23. L'effondrement de la bulle du Mississippi.
    Matthäus Seutter, Accurata delineatio Ludovicianae vel Gallice Louisiane, vers 1728
  • Chapitre 24. « Le lien de la race humaine pour l'utilité et le plaisir ».
    Matthäus Seutter, Postarum seu cursorum publicorum diverticula en mansiones per Germaniam, vers 1731
  • Chapitre 25. Tuez les cannibales et convertissez les autres.
    Jean-Baptiste Nolin, II , L'Amérique habillée sur les relations les plus récentes, 1740
  • Chapitre 26. Le cartographe et le shogun.
    Matthäus Seutter, Regni Japoniae nova mappa geographica, vers 1745
  • Chapitre 27. Le rouleau illusionniste du cartouche.
    Gilles et Didier Robert de Vaugondy, Carte de la terre des Hébreux ou Israélites, 1745
  • Chapitre 28. Une loi d'équilibre cartographique.
    Matthäus Seutter, Partie orientale de la Nouvelle France ou du Canada, vers 1756
  • Chapitre 29. Frontière impartiale, cartouche partisane.
    Juan de la Cruz Cano y Olmedilla, Mapa geográfico de America Meridional, 1775
  • Chapitre 30. Une illusion tactile qui légitime la carte.
    Henry Pelham, Un plan de Boston en Nouvelle-Angleterre avec ses environs, 1777
  • Chapitre 31. Lutte contre la cartographie coloniale.
    José Joaquim da Rocha, Mappa da Comarca do Sabará pertencente a Capitania de Minas Gerais, vers 1778
  • Chapitre 32. Les acteurs commencent à quitter la scène.
    Jean Janvier, Cartes de 1761, 1769 et 1774 ; Robert de Vaugondy, Carte de 1778 ; John Purdy, Carte de 1809
  • Chapitre 33. Une carte sur une carte sur une carte.
    John Randel, Jr., La ville de New York telle que présentée par les commissaires, 1821
  • Conclusion


Pour compléter

Chet Van Duzer a publié aussi un article sur les symboles coloniaux présents dans les cartouches. ll y étudie l'imagerie colonialiste de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle afin de montrer le vocabulaire visuel de cette imagerie et de stimuler des études plus approfondies sur le sujet. Chet Van Duzer (2021). Colonialism in the Cartouche: Imagery and Power in Early Modern Maps. Figura, vol.9, 2. 

Les cartouches sont des caractéristiques importantes des cartes, comme en témoignent les superbes cartes conservées à la Bibliothèque royale de Belgique. La série Cartes et Plans de la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) comporte plus de 100 000 cartes et plans, généralement de grand format ainsi que 600 atlas et une 30e de globes anciens. 

Extrait d'une carte de Frederick De Witt représentant les côtes de l'Afrique 1671
(source : Bibliothèque royale de Belgique, visible aussi sur David Rumsey Map Collection)



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