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Géographie des états-majors : une base de données sur les cartes et plans du Service historique de la Défense


La base de données Géographie des états-majors référence les documents iconographiques (cartes et plans du XVIe au XXe siècles) numérisés par le Service historique de la Défense, et provenant du Dépôt de la guerre ou du Service géographique de l'armée. Ces fonds sont d'une très grande richesse documentaire et ne se cantonnent pas aux seules cartes dressées par les ingénieurs militaires : on y trouve de nombreuses cartes produites par d'autres institutions à différentes échelles (métropolitaine, régionale et locale) et sur des thématiques très variées (juridictions d'Ancien Régime, marine, réseau routier, réseau ferré, cartes géologiques, forêts, divisions religieuses...). La base permet d'explorer les cartes et plans en interrogeant la typologie, les producteurs de contenu ou encore les emprises spatiales ; elle permet aussi d'accéder aux documents numérisés et de les télécharger.

Géographie des états-majors (source : https://gem.huma-num.fr)


Sous l'égide de l'UMR 5136 FRAMESPA, et avec le concours du consortium Huma-Num Projets Time Machine, ces documents sont redocumentés (identifiés, typologisés, dotés de métadonnées descriptives) puis spatialisés afin d'en permettre l'interrogation dans la base de données. Il s'agit d'un projet au long cours entamé en 2025 et qui se prolongera pendant plusieurs années, le temps d'indexer plusieurs centaines de Giga octets de cartes numérisées. N'hésitez pas à revenir régulièrement sur la base pour découvrir de nouvelles cartes (2509 au 3 juillet 2026).

1) Origine et descriptif du projet

Commencé en juin 2025, ce projet est né suite à la découverte de la numérisation partielle des fonds cartographiques du Dépôt de la guerre et du Service géographique de l'armée par le Service historique de la Défense (SHD, dans les locaux du château de Vincennes). Jusqu'à aujourd'hui, ces numérisations n'étaient accessibles qu'au SHD, via les ordinateurs de la salle des inventaires, et ne disposaient pas de métadonnées permettant d'identifier chaque fichier. En conséquence, il était impossible d'identifier précisément les lieux figurés sur les cartes et plans, et encore moins de rechercher simplement les différentes représentations d'un lieu ou d'un territoire. De cet immense lot, seules les cartes d'Amérique et des Antilles avaient été déposées sur le site Mémoire des Hommes (comme le site l'indique, l'ensemble de la sous-série GR 6M J10 devrait progressivement être mis en ligne).

Pour pallier les manques, un projet de redocumentarisation visant à identifier le contenu de chaque fichier a vu le jour au laboratoire FRAMESPA. Les membres du projet identifient manuellement chaque carte et plan numérisé en vue de leur adjoindre les informations descriptives présentes dans l'ouvrage de Marie-Anne Corvisier de Villèle et Claude Ponnou, La France vue par les militaires, Paris, SHAT tome 1 et 2 (inédit). Une fois les documents identifiés, les fichiers correctements renseignés sont déposés dans une base de données relationnelle développée sous Heurist. Celle-ci permet d'explorer les cartes et plans en interrogeant la typologie, les producteurs de contenu ou encore les emprises spatiales ; elle permet aussi d'accéder aux documents numérisés et de les télécharger. Toutes ces données sont librement accessibles et réutilisables sous réserve de citer le Service historique de la Défense et le laboratoire FRAMESPA comme redocumenteur.

L'enrichissement de la base est effectué par des stagiaires (étudiant·es en histoire) accueillis au sein du laboratoire. À terme, près de 13 000 cartes et plans du Dépôt de la guerre et du Service géographique de l'armée devraient être hébergés dans la base, ainsi que plusieurs dizaines de registres de la bibliothèque historique de Vincennes.

3) Mode d'utilisation du site

La recherche s'effectue en cliquant sur "Les cartes et plans" puis via la colonne de gauche "Cartes". Plusieurs possibilités de recherche sont offertes par la base :

  • Recherche spatiale : cliquer sur "Définir" pour rechercher un toponyme sur une carte via un moteur de recherche ou pour dessiner un polygone sur une carte pour identifier les cartes et plans qui figurent l'espace dessiné.
  • Recherche tout champs : interroger l'intégralité des médatonnées documentaires présentes sur chaque fiche.
  • Recherche par mots-clefs du titre : rechercher exclusivement parmi les mots du titre (un titre se présente toujours sous la forme date, titre originel de la carte ou du plan, nom de l'auteur).
  • Recherche plein texte dans la description des cartes : recherches portant exclusivement sur la matérialité des documents (nombre de feuilles, dimensions...).
  • Typologie des cartes : rechercher des cartes à partir de typologies regroupant les documents en grandes catégories d'analyse. Ces dernières sont essentiellement celles des archivistes militaires.
  • Auteur(s) des cartes : rechercher par producteur de contenu (individu ou institution).
  • Lieux des cartes : il s'agit d'un classement automatique par ordre de grandeur et par lieu. Le nombre et les lieux mentionnés évoluent en fonction des critères de recherche sélectionnés ci-dessus.
  • Échelle : rechercher par échelle de carte (en lieues ou kms).
  • Cote : rechercher par cote d'un document.
  • Date de production des cartes : utiliser le slider (glissière) pour définir un interval temporel.
  • Carte remarquable : naviguer dans les cartes remarquables identifiées lors de l'indexation des documents.

Naviguer et télécharger

Le résultat de la recherche s'affiche au centre de la page sous forme de liste. Le côté droit génère une carte représentant l'ensemble des emprises spatiales des documents, ainsi qu'une frise chronologique.

Pour accéder à un document, cliquez sur le titre : la fiche s'ouvrira, présentant la numérisation (recto et verso) et les métadonnées documentaires.

Pour afficher et agrandir la carte, cliquez sur le bouton Mirador : une fenêtre s'ouvrira et il sera possible de zoomer dans le document.

Pour télécharger la carte, cliquez sur le bouton Download au-dessus de chaque document numérisé.

4) Une collection exceptionnelle de cartes et plans

La collection est exceptionnelle. Elle comporte plus de 750 cartes anciennes sur la France, près de 200 concernant Paris. Elle couvre une longue période de 1540 à 1921. 

A noter : une sélection de 43 cartes et plans remarquables dont un plan de la Bastille, un plan de Versailles en 3D, ainsi que diverses cartes agronomiques, hydrologiques ou de défense.

Toutes les cartes sont consultables en haute résolution avec leurs données de géolocalisation concernant leur emprise géographique. Les données présentes sur le site sont librement accessibles et réutilisables sous réserve de créditer :

  • le Service historique de la Défense comme producteur de contenu ;
  • le laboratoire FRAMESPA comme redocumenteur.

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Cartes et atlas historiques

L'histoire par les cartes

Des précipitations plus concentrées diminuent le stockage de l'eau sur Terre


Source : Corey S. Lesk & Justin S. Mankin (2026). More concentrated precipitation decreases terrestrial water storage [Des précipitations plus concentrées diminuent le stockage de l'eau sur Terre], Nature, vol. 653 , pages 425–432 (2026) https://www.nature.com/articles/s41586-026-10487-7

La disponibilité en eau terrestre est un déterminant essentiel du bien-être humain et des écosystèmes. Outre les variations des précipitations moyennes et de l'évaporation, l'impact de la concentration des précipitations journalières en événements moins nombreux mais plus intenses sur le partage hydrologique et le bilan hydrique des terres émergées reste inconnu. Les chercheurs montrent ici, par l'observation, qu'une concentration accrue des précipitations diminue la disponibilité en eau terrestre sous tous les climats à l'échelle mondiale, un effet asséchant d'une ampleur comparable à l'effet humidifiant d'une augmentation des précipitations totales. Des modèles de surface terrestre, simples et complexes, reproduisent cet effet observé, tandis que des simulations idéalisées indiquent qu'il résulte d'une évaporation accrue due aux modifications du partage hydrologique à la surface terrestre. Les impacts projetés sur le stockage d'eau terrestre d'une concentration des précipitations induite par le réchauffement climatique (environ 2 °C) plongent la surface terrestre dans des conditions anormalement sèches pour 27 % de la population mondiale, indépendamment de toute variation des précipitations totales ou de l'irrigation. Les résultats mettent en évidence de nouveaux déterminants clés du bilan hydrique terrestre, soulignant sa sensibilité à la distribution temporelle des précipitations, avec de vastes implications pour la disponibilité future en eau.

Impacts historiques et projetés de la concentration des précipitations sur la Sensibilité du stockage total en eau ou TWS (source : Lesk & Mankin)


Le stockage des eaux est un terme large désignant à la fois le stockage de l'eau potable pour la consommation, et de l'eau non potable pour l'agriculture. Dans les pays en développement comme dans certains pays développés des climats tropicaux, il s'avère nécessaire de stocker l'eau potable pendant la saison sèche.

Toutes les données ayant servi à étayer les résultats de cette étude sont disponibles gratuitement aux adresses indiquées dans l'article. Les données dérivées sont disponibles gratuitement sur Zenodo (https://doi.org/10.5281/zenodo.19116027 et https://doi.org/10.5281/zenodo.19191145). L’ensemble des codes de traitement, d’analyse et de visualisation permettant de reproduire les résultats et les figures de cette étude sont disponibles gratuitement sur Zenodo aux mêmes adresses. Toutes les cartes ont été produites à l’aide de la bibliothèque Python Cartopy v.0.18.0 (https://scitools.org.uk/cartopy/docs/v0.18/), qui utilise les données géographiques de Natural Earth (https://www.naturalearthdata.com).

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Les cartes d'assurance-incendie, une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines


Si l’utilisation d'outils et de données SIG est assez récente pour les compagnies d’assurance, cela fait déjà longtemps que celles-ci utilisent la cartographie pour être en mesure de fixer les zones à risques et déterminer le montant des primes d'assurance immobilière. Les cartes produites constituent à leur tour une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines. Nous présentons ici quelques exemples d'Atlas d'assurance-incendie de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

1) Les cartes d'assurance-incendie d'Istanbul par Goad et Pervititch sur Gallica 

Isabelle Gilles, « Les plans d’assurance incendie comme source d’histoire urbaine », Dipnot.

Les plans d’assurances incendie ont fait l’objet d’un investissement précoce et ont donné lieu à une recherche originale dans le champ des études urbaines pour Istanbul.  La cartographie pour l’assurance des biens immobiliers et mobiliers se diffuse dans les grands centres urbains à la fin du XIXe siècle, témoignant d’une gestion plus élaborée du risque incendie ; la richesse de ses index, de sa légende chromatique, l’image précise, quasi-instantanée, des centres villes ou zones portuaires représentés, font du plan incendie une source très sollicitée, un « trésor » documentaire, et ce, alors qu’il est rarement considéré comme un objet de recherche autonome. 

Jean-François Pérouse, « Les cartes d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch », BNF Bibliothèques d'Orient.

La collection cartographique de l'Institut Français d'Études Anatoliennes (IFEA) d'Istanbul comprend deux séries de cartes d'assurance incendie du plus grand intérêt pour l'histoire sociale et économique de la Méditerranée orientale. L'une date du début du 20ème siècle et l'autre de la période 1920-1945. Leur objectif était de cartographier le risque incendie pour les compagnies d'assurances qui les avaient mandatés, en fournissant un maximum de données sur les caractéristiques des bâtiments et les sources de vulnérabilité. Ainsi, l'échelle des plans Goad est de 1/600e (et 1/3600e pour les plans globaux) ; les cartes de Pervititch sont encore plus fines, variant du 1/250e au 1/1000e (à l'exception de quelques plaques de la rive anatolienne et des plaques index et globale). La production de ces cartes est directement liée à l'émergence d'une économie d'assurance à la fin de l'Empire ottoman, elle-même expression du poids des intérêts occidentaux et européens dans la région. C'est la raison pour laquelle les zones représentées par Goad et Pervititch (dans une moindre mesure) sont très ciblées et soigneusement sélectionnées en fonction d'une demande provenant uniquement de milieux particuliers. L'image des espaces urbains qui est suggérée par ces documents est donc assez partielle. Mais c'est quand même précieux.

Le site Gallica de la BNF donne accès à 202 plans d'assurance incendie d'Istanbul par CH. E. Goad et J. Pervititch. Ce fonds cartographique exceptionnel permet d'explorer toute la richesse et la diversité de ces plans. Une page spéciale « Bibliothèques d’Orient : cartographier les villes turques au XIXe siècle » restitue la beauté, la rareté et la minutie de ces plans qui sont "un vibrant témoignage du dynamisme des villes turques". On y découvre que ce marché émergent de l’assurance dans l’Empire ottoman est à l'époque très largement contrôlé par des compagnies européennes. Ils privilégient les zones où se concentrent les intérêts étrangers, c’est-à-dire des assurés effectifs ou prospects, faisant l’impasse sur les "quartiers turcs" (sic).

Un extrait de l'Atlas de l'assurance incendie de 1905 de Smyrne (İzmir, Turquie) en français
(source : Gallica)

Niels van Manen, Les plans d'assurance incendie de Goad : cartographie des risques d'incendie et normalisation des risques industriels (1885-1903), Le Mouvement Social 2014/4 (n° 249), pages 163 à 185. 

Cet article conteste l’idée selon laquelle une évaluation scientifique du risque d’incendie et une ingénierie rationnelle de la sécurité incendie étaient unanimement acceptées à partir de la fin du XIXe siècle en Angleterre et en Amérique du Nord. Il démontre que des convictions rationalistes coexistaient avec des positions plus sceptiques en désaccord avec les stratégies empiriques systématiques. L’auteur se penche sur les origines des plans d’assurance incendie (cartes représentant la localisation des risques dans les centres urbains et industriels) et sur leur prépondérance dans les débats des années 1880 à 1900 entre rationalistes et sceptiques sur la sécurité industrielle au Royaume-Uni. Il s’appuie sur les archives de Goad Ltd, qui joua un grand rôle dans la diffusion des plans d’assurance incendie en Grande-Bretagne dans les années 1880 et qui continua de dominer le marché durant la première moitié du XXe siècle. Ces archives comprennent une vaste collection de cartes des risques et des sinistres, une correspondance avec des assureurs, des industriels et des ingénieurs, des rapports d’inspections, des croquis et des plans. Ont également été utilisés les documents et archives du British Fire Prevention Committee (Comité britannique de prévention des incendies), afin de reconstituer cet épisode fascinant et déterminant de l’histoire des risques urbains et industriels. Cet article fait état de la coexistence d’une multitude de comportements et de pratiques face aux risques industriels et urbains. Le point de vue historique adopté s’inscrit plutôt dans le cadre du « régime du risque industriel » défini par Melling et Sellers que dans la perspective sociologique évolutionniste de la « société du risque » de Beck.


2)
Les cartes d'assurance-incendie de la Sanborn Map Company à la Bibliothèque du Congrès (LOC)

À la fin du XVIIIe siècle, les compagnies d'assurance londoniennes commencèrent à élaborer des cartes détaillées afin de fournir aux assureurs les informations nécessaires à l'évaluation des risques d'incendie. Cette pratique fut adoptée par les compagnies d'assurance américaines au milieu du XIXe siècle. Daniel Alfred Sanborn, ingénieur civil et géomètre, commença à travailler sur des cartes d'assurance incendie en 1866. Pressentant un marché lucratif pour ce type de carte, il fonda à New York le DA Sanborn National Insurance Diagram Bureau afin de publier l'atlas de Boston et de développer et vendre des cartes d'autres régions. En quelques décennies, l'entreprise devint la plus grande et la plus prospère société cartographique américaine. Cette croissance fut le fruit d'une gestion avisée et du rachat d'entreprises concurrentes (source : Wikipedia). 

Contenant des informations détaillées sur les propriétés et les bâtiments d'environ 12 000 villes américaines, ces cartes lithographiques sont précieuses pour documenter l'évolution du paysage urbain américain sur plusieurs décennies. Sanborn a détenu le monopole des cartes d'assurance incendie pendant la majeure partie du XXe siècle, mais son activité a décliné lorsque les compagnies d'assurance américaines ont cessé d'utiliser ces cartes dans les années 1960. Les dernières cartes d'incendie de Sanborn ont été publiées sur microfilm en 1977, mais les anciennes cartes Sanborn restent utiles pour la recherche historique en géographie urbaine. Aux débuts de l' assurance incendie, les assureurs visitaient chaque propriété susceptible d'être assurée. Avec l'expansion de leurs zones de couverture, il devint impossible d'envoyer des représentants sur place pour évaluer les risques. Les cartes Sanborn leur permirent d'assurer les propriétés depuis leurs bureaux, en mutualisant les coûts avec d'autres compagnies d'assurance abonnées à ces cartes. On disait qu'à une époque, les compagnies d'assurance et leurs agents leur faisaient une confiance quasi aveugle.

La Bibliothèque du Congrès fournit un guide de ressources sur les cartes d'assurance-incendie de Sanborn. La recherche avancée de la collection de cartes Sanborn offre une base de données interrogeable des cartes d'assurance incendie publiées par la Sanborn Map Company entre 1890 et 1953 pour les volumes conservés dans les collections de la Division de la géographie et des cartes de la LOC. La liste en ligne est basée sur la publication de 1981 de la Bibliothèque du Congrès intitulée « Fire Insurance Maps in the Library of Congress ». Une interface cartographique permet d'accéder directement à la ville que l'on cherche. Des collections de cartes d'assurance Sanborn se trouvent dans d'autres bibliothèques nord-américaines. 

Les plans d'assurance-incendie se distinguent par leur système de symboles sophistiqué qui permet de représenter clairement des informations complexes. Lors de leur utilisation, il est important de se rappeler qu'ils ont été conçus pour un usage très spécifique et que, même s'ils sont aujourd'hui utiles à diverses fins, le secteur des assurances a dicté le choix des informations à cartographier et leur mode de représentation. La connaissance des légendes et des couleurs est essentielle à la bonne interprétation des informations figurant sur ces plans. Un code couleurs permettait de distinguer les briques et les tuiles (en rose-rouge), les structures à ossature bois (en jaune), les constructions résistantes au feu (en vert olive). 

Clé d'interprétation des plans d'assurance-incendie Sanborn (source : © Library of Congress)

Les pages préliminaires des atlas et de la première page des éditions de petit format comportaient généralement une légende ou un glossaire des symboles. La grande majorité des cartes d'assurance incendie étaient établies à l'échelle de 1 pouce pour 50 pieds (1/600). Une échelle plus petite ou moins détaillée était employée pour les zones suburbaines et les grands sites industriels. Pour ces zones, on utilisait des échelles de 1 pouce pour 100 pieds (1/1 200) ou de 1 pouce pour 200 pieds (1/2 400). Dans de rares cas, des échelles encore plus petites étaient utilisées. La plupart des cartes comportent une échelle graphique facilitant la mesure des éléments ou des distances, et cette échelle est généralement indiquée dans le titre de la carte. 

Pour illustrer l'intérêt des cartes d'assurance incendie pour la recherche historique, des cartes de plusieurs localités des Etats-Unis sont reproduites sur la page Echantillons Sanborn. On y retrouve des bâtiments caractéristiques (mines, abattoirs, instituts, auditoriums...) et des entreprises, qui sont très bien documentés sur les cartes d'assurance-incendie. La collection de cartes David Rumsey a numérisé et mis en ligne l'atlas d'assurance Sanborn de 1905 pour San Francisco (quelques mois seulement avant le séisme et l'incendie dévastateurs de San Francisco en avril 1906). 

S’appuyant sur des travaux de recherche récents, cet article examine la division genrée du travail dans la production des cartes d’assurance incendie pour la Sanborn Map Company. Principal producteur de cartes aux États-Unis au XXe siècle, Sanborn employait l’un des plus importants groupes de cartographes féminines (entre 200 et 350). L’article se concentre sur trois aspects de la vie des femmes chez Sanborn : leur travail quotidien, leur rôle au sein de l’entreprise et la manière dont la discrimination s’y reproduisait (ou non). À travers ces analyses, l’article réfute l’idée que la contribution des femmes chez Sanborn se limitait à des tâches cartographiques administratives et démontre qu’elle a été essentielle au succès de l’ensemble des activités de l’entreprise. Ce faisant, cet article vise à montrer comment une approche processuelle de l’histoire de la cartographie permet de mettre en lumière les acteurs marginalisés.

« Cartes Sanborn : les secrets fascinants cachés dans les cartes historiques américaines » (The Cartographic Institute). 

L'une des meilleures façons d'utiliser les cartes Sanborn n'est pas d'examiner une seule édition, mais d'en comparer plusieurs. Les grands atlas comportent généralement une carte graphique ou « légende » indiquant quelle feuille couvre quelle partie de la ville. Les index des rues permettent ensuite d'identifier la feuille contenant une adresse précise. Ensuite, consultez la légende. Ne présumez pas qu'un symbole a la même signification dans toutes les éditions. Enfin, comparez plusieurs dates chaque fois que c'est possible. Une carte est utile ; trois, quatre ou cinq éditions permettent une reconstitution remarquablement détaillée de l'évolution urbaine. N'oublions pas la finalité de ces cartes : cartographier l'environnement bâti à des fins d'assurance, et non dresser un portrait neutre de la société. Le contenu et la méthode de relevé ont été dictés par les besoins des assureurs incendie.


3) Cartes et plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies sur Hagley

Les archives numériques de la bibliothèque d'Hagley proposent une collection de cartes et de plans des Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies, qui comprend soixante-dix plans et cartes, représentant principalement des usines textiles, des usines de papeterie et des fonderies en Nouvelle-Angleterre et à New York. Les Associated Factory Mutual Fire Insurance Companies regroupaient vingt-huit mutuelles d'assurance spécialisées dans l'assurance incendie industrielle. L'association disposait d'un laboratoire central d'essais pour tester et homologuer les appareils de lutte contre l'incendie et les équipements électriques, de services d'ingénierie et d'évaluation, ainsi que d'un service de planification chargé de produire et de diffuser des cartes et des plans d'assurance incendie des biens assurés. 

Certains plans comportaient des vues isométriques de bâtiments destinés à servir de preuves visuelles en cas de catastrophe. Ces documents très détaillés pouvaient comprendre un plan des bâtiments (avec leurs dimensions), des vues en élévation (avec la fonction des étages et des pièces), une vue isométrique des bâtiments et des environs. A Boston, l'Associated Factory Mutual fournissait même une description de la propriété, de l'énergie et du combustible, des stocks et des produits, ainsi que des sources d'eau et des moyens de protection existants contre les incendies. 

Compagnies d'assurance-incendie Associated Factory Mutual. Winthrop Mills Company (tissu de coton et de laine), Winthrop, Maine. Boston, (source : © Digital Commonwealth - Massachusetts collection online) 


Liens ajoutés le 16 mai 2026

La fabrication de la Schlitz, la bière qui a fait la renommée de la ville de Milwaukee, est arrêtée après 175 ans d'existence. En 1870, Schlitz avait construit une brasserie gigantesque à Milwaukee. On retrouve la trace du complexe brassicole de Joseph Schlitz sur le plan de la Sanborn Insurance Company avec la description détaillée des bâtiments et des moyens de lutte contre l'incendie à l'époque. Une mine d'informations pour l'histoire et l'archéologie urbaines ainsi que pour la protection du patrimoine industriel.

Plan détaillé des bâtiments de la Joseph Schlitz Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)


La marque Schlitz a été rachetée par Pabst en 1999 qui devait la relancer avec une nouvelle recette censée s'inspirer des années 1960. On retrouve aussi les bâtiments de la Pabst Brewing Company, autre grande brasserie de Milwaukee.

Plan détaillé des bâtiments de la Pabst Brewing Co en 1910 (source : University of Milwaukee)



Cartographie et mémoire industrielle. Une publicité imprimée de 1942 montrant que la Schlitz avait fait connaître la ville de Milwaukee dans le monde entier (source : Milwaukee Journal Sentinel)


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L'histoire par les cartes : les cartes de la Société de documentation industrielle, un inventaire du patrimoine industriel de la France de l'entre-deux-guerres

Les femmes et les cartes (The Cartographic Journal)

 

The Cartographic Journal (mars-avril 2026) a publié un double numéro spécial sur les femmes et les cartes. On considère souvent que les domaines techniques sont masculins. Pourtant les femmes ont largement contribué à l'élaboration, la conservation et la diffusion des cartes. Il s'agit de rendre visibles leurs travaux à travers l'histoire de la cartographie. Nous donnons ici les titres et résumés en français de ce numéro spécial en anglais. Certains articles sont disponibles en accès gratuit.

Extrait de Pieter van den Berge, "Image des inondations inhabituellement élevées en Hollande en 1702"
(crédit : © Rijksmuseum)


« Des filles, des filles, partout où vous regardez, rien que des filles !  Femmes, cartes et cartographie »  par Elizabeth Baigent et Nick Millea (en accès gratuit).

La cartographie est encore souvent perçue comme un domaine masculin, malgré plusieurs décennies de recherches visant à établir la place des femmes dans ce domaine. Ces recherches ont montré que les femmes (et, dans une moindre mesure, les filles) étaient à la fois cartographes et exerçaient des métiers connexes, comme la vente de cartes. Leurs corps figurent sur les cartes comme éléments décoratifs, parfois de manière voyeuriste ou avec des messages subliminaux de violence sexuelle. Les femmes et les filles utilisaient et utilisent encore les cartes aux mêmes fins que les hommes, notamment pour s'orienter ou découvrir le monde par l'apprentissage de la géographie ou le jeu. L'existence et l'expérience des femmes et des filles sont au cœur de cartes thématiques. Les femmes ont joué un rôle important dans la recherche cartographique, et plus particulièrement dans la gestion des collections de cartes et l'administration des bibliothèques de recherche. La richesse des recherches sur ces thèmes et d'autres encore est présentée ici, en complément d'une bibliographie plus complète en fin d'éditorial, qui peut servir de guide pour les chercheur.e.s dans leurs travaux futurs. La nécessité de telles recherches a motivé une conférence organisée par The Oxford Seminars in Cartography (TOSCA) en 2021. Des versions remaniées de certains articles de cette conférence sont incluses dans ce double numéro spécial du Cartographic Journal, auquel cet éditorial sert d'introduction, tout en expliquant pourquoi il est toujours nécessaire de se concentrer sur les femmes et les types de biais méthodologiques et de sources qui rendent ces recherches difficiles. Voir également l'ouvrage de Judith Tyner paru en 2020 « Les femmes dans la cartographie américaine : une histoire sociale invisible »

« Octavia aimait beaucoup les cartes : Octavia Hill, les cartes et les réformatrices victoriennes » par Elizabeth Baigent (en accès gratuit).

Octavia Hill, la célèbre réformatrice sociale britannique de l'époque victorienne, communiquait avec assiduité et habileté avec son public, auprès duquel elle sollicitait fréquemment un soutien politique et financier, ainsi que des bénévoles. Oratrice éloquente et auteure publiée, elle ne publia pourtant qu'une seule carte. La principale raison de ce choix résidait dans son désir d'établir un lien affectif avec son public – un lien qu'elle jugeait impossible à créer avec les cartes, contrairement à la prose. Elle considérait ce lien affectif comme essentiel pour obtenir l'aide pratique et financière dont dépendait son travail. Néanmoins, ses nombreux écrits, publiés ou non, témoignent de son usage fréquent et systématique des cartes dans ses espaces verts, son jardin et son logement, ainsi que de son attente que ses correspondantes féminines les maîtrisent tout autant. Son utilisation des cartes est comparée à celle d'autres réformateurs sociaux, comme Charles Booth et les cartographes de Hull House.

« Au-delà de la "cartographie cléricale" : genre et (re)production des cartes d'assurance incendie Sanborn » par Jack Swab.

S’appuyant sur des travaux de recherche récents, cet article examine la division genrée du travail dans la production des cartes d’assurance incendie pour la Sanborn Map Company. Principal producteur de cartes aux États-Unis au XXe siècle, Sanborn employait l’un des plus importants groupes de cartographes féminines (entre 200 et 350). L’article se concentre sur trois aspects de la vie des femmes chez Sanborn : leur travail quotidien, leur rôle au sein de l’entreprise et la manière dont la discrimination s’y reproduisait (ou non). À travers ces analyses, l’article réfute l’idée que la contribution des femmes chez Sanborn se limitait à des tâches cartographiques administratives et démontre qu’elle a été essentielle au succès de l’ensemble des activités de l’entreprise. Ce faisant, cet article vise à montrer comment une approche processuelle de l’histoire de la cartographie permet de mettre en lumière les acteurs marginalisés.

« La représentation des femmes sur les cartes manuscrites françaises du monde du XVIe siècle : ornement, séduction et admonition » par Camille Serchuk.

Cet article examine un petit ensemble de cartes manuscrites normandes du XVIe siècle afin de démontrer que la disposition et les caractéristiques des figures féminines qui y figurent étaient délibérées et stratégiques. Il recense les emplacements où apparaissent ces figures et conclut que les femmes servaient non seulement d'éléments de design et de décoration, mais aussi d'objets de désir, destinés à susciter l'intérêt et à rehausser l'attrait des territoires lointains où les navigateurs français espéraient établir des relations commerciales et des colonies. Ces figures féminines, souvent nues et placées en évidence, véhiculaient la beauté et la fertilité des colonies potentielles, ainsi que leur passivité et leur docilité. Les femmes sur les cartes constituaient à la fois un appât et une récompense pour les puissants destinataires masculins auxquels elles étaient adressées.

« Où sont passées toutes les femmes cartographes ? Le cas de Selina Hall »  par Debbie Hall (en accès gratuit).

Les femmes participent à la cartographie et à l'édition de cartes depuis au moins le XVIe siècle, mais les retrouver peut s'avérer complexe. Nombre d'entre elles étaient des veuves qui reprenaient l'entreprise familiale à la mort de leur mari ; Selina Hall (vers 1781-1853), graveuse de cartes, en est un exemple. Selina travailla principalement à Londres dans les années 1830 et 1840 et resta largement méconnue jusqu'à une période relativement récente. Outre la beauté de son œuvre, elle illustre deux difficultés liées à la recherche sur les premières femmes cartographes : leur absence de documentation ou leur dissimulation, peut-être par choix, stratégique ou autre. Bien que le travail de Selina Hall soit important, elle fait partie de ces nombreuses femmes dont le rôle dans la cartographie, comme dans d'autres domaines, a été jusqu'à récemment négligé, voire ignoré.

« Les cartographies politiques de Marthe Rajchman » par Michael Heffernan et al.

Cet article propose une analyse critique de la carrière brève mais prolifique de Marthe Rajchman (1910-1964), cartographe et conceptrice d'atlas polonaise engagée politiquement. Ses cartes novatrices, aujourd'hui largement oubliées, d'un monde en crise avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, ont toujours défendu le pacifisme et l'internationalisme et figurent parmi les images cartographiques emblématiques de cette époque. Son succès éphémère, favorisé par ses relations avec des journalistes et des militants politiques plus connus, illustre l'importance de la demande publique de cartes et de représentations visuelles en période de crise géopolitique et de guerre, et met en lumière à la fois les possibilités et les limites de la cartographie en tant qu'outil politique.

« Objets perdus et retrouvés à la cartothèque : Ena L. Yonge (1895-1971) et l'histoire de la cartobibliothéconomie » par Géorgie Brown.

Ena L. Yonge, employée du département des cartes de l'American Geographical Society (AGS) de 1917 à 1962 et conservatrice de ses cartes de 1924 à 1962, a déclaré à propos de son travail : « Tout cela me tient tellement à cœur que je suis sûre que si quelqu'un m'ouvrait, il trouverait une carte à l'intérieur, avec des rivières et des routes pour veines ». La même phrase fut gravée sur la plaque commémorative de la salle de l’Atlas de l’AGS après son décès. La reconstitution de la biographie de Yonge permet d’analyser l’histoire intimement liée de la géographie, des cartothèques et du métier de cartographe. Elle révèle la féminisation de la profession de bibliothécaire aux États-Unis et son lien avec la cartothèque, explore la figure du « bibliothécaire gentleman », examine les transformations du métier de cartographe vécues par Yonge et met en lumière l’influence du genre sur son expérience et celle d’autres femmes bibliothécaires cartographes.

« Les contributions de Myriem Foncin (1893–1976) et de Monique Pelletier (1936–2020) à l’histoire de la cartographie et de la bibliothéconomie » par Hugh Clout (en accès gratuit).

Myriem Foncin et Monique Pelletier étaient reconnues comme des figures emblématiques de la Bibliothèque nationale de France (BN) à Paris. Toutes deux ont dirigé le département des cartes et des plans et ont apporté une contribution majeure au développement de la bibliothéconomie et à l'étude de l'histoire de la cartographie. Leurs travaux leur ont valu une renommée internationale. Myriem Foncin fut une véritable pionnière au sein de la bibliothèque nationale, alors dominée par les hommes, dans les années 1920. Arrivée à la BN en 1960, Monique Pelletier y découvrit une atmosphère différente ainsi qu'un espace de travail considérablement amélioré grâce aux efforts de sa prédécesseure. Les parcours de ces deux femmes marquantes du monde de la bibliothéconomie et de l'histoire de la cartographie présentent des similitudes notables, mais aussi des différences significatives.

« Alice Hudson et la communauté cartographique de la bibliothèque publique de New York » par Daniel Anger et Elizabeth Baigent (en accès gratuit).

Le décès, fin 2024, d'Alice Hudson, qui a longtemps œuvré au sein du département des cartes de la Bibliothèque publique de New York, est l'occasion d'un examen approfondi de sa vie et de son œuvre, ainsi que du travail accompli par ce département dans son ensemble. Alice Hudson a incarné le rôle essentiel des femmes dans la conservation des cartes, en tant que responsable d'une collection d'importance internationale. Elle a enrichi cette collection et maintenu la politique d'accès libre de la Bibliothèque, tout en encourageant la recherche et en menant ses propres travaux. Ces recherches ont principalement donné lieu à des expositions, notamment celles mettant en valeur la richesse des collections de la Bibliothèque. Il convient de souligner son exposition pionnière sur les femmes et la cartographie. Cette exposition visionnaire, accompagnée d'un site web, a suscité un vif intérêt dans ce domaine et est largement considérée comme un moment fondateur dans l'historiographie du rôle des femmes en cartographie.

« Femmes et enfants d'abord : Genre, inondations et victimisation dans les cartes narratives des inondations néerlandaises de 1740 et 1741 » par Anne-Rieke Van Schaik (en accès gratuit).

Cet article explore le langage visuel genré des cartes d'inondations néerlandaises du début de l'époque moderne, en particulier les cartes narratives d'inondations du XVIIIe siècle, en prenant pour exemple la gravure de Jan l'Amiral représentant la seconde inondation de Noël de 1740-1741. Il examine la manière dont les femmes sont représentées dans ces récits, à la fois comme des figures réelles et symboliques, comme des victimes impuissantes et des sauveuses actives. Cette étude révèle comment ces cartes intègrent les femmes aux récits de catastrophes contemporains de manière complexe et nuancée. S'appuyant sur des concepts issus des études sur les catastrophes, de l'histoire de l'art et de l'histoire des médias, l'article soutient que ces cartes servaient non seulement d'outils géographiques, mais représentaient également des traumatismes et des mythes collectifs, des messages religieux et appelaient à l'empathie et à la charité. En définitive, cet article propose un cadre d'interprétation de la cartographie des inondations du début de l'époque moderne et approfondit notre compréhension de leurs significations culturelles potentielles.

« Cartographies des corps de femmes : une analyse sémiologique des cartes féministes latino-américaines » par Anne-Rieke Van Schaik.

Cet article présente une analyse sémiologique de cartes produites par des cartographes féministes latino-américaines pour révéler et dénoncer les violences faites aux femmes. Les trois cartes analysées – la cartographie des féminicides réalisée par l’artiste mexicaine Sonia Madrigal ; celle du Collectif de géographie critique d’Équateur ; et l’œuvre « Signos Cardinales » de l’artiste et médecin colombienne Libia Posada – illustrent quelques-uns des nombreux langages, pratiques et discours adoptés par les cartographes féministes de la région, mais elles incarnent aussi les stratégies mises en œuvre. Par l’appropriation et la subversion des codes normatifs de la cartographie, ces cartographies rompent avec la conception naturalisée des cartes et de leurs systèmes de signification complexes, et par conséquent avec les mythes qui sous-tendent l’autorité cartographique. Elles produisent de nouvelles façons d’appréhender l’espace dans leur multiplicité contemporaine, riche de conflits et d’espaces interdits aux corps genrés et racialisés, faisant de la carte l’image d’un monde d’expériences vécues.

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La figure de la Terre. Un débat scientifique franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle)


L’Académie des sciences et la Royal Society présentent, du 1er avril au 20 juin 2026, l’exposition « La figure de la Terre. Un débat scientifique franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle) », dans les locaux de la bibliothèque Mazarine, au coeur de l’Institut de France. Conçue par l’Académie des sciences et la Royal Society, avec le concours des bibliothèques Mazarine et de l’Institut de France, l'exposition retrace plus de trois siècles de débats, d’expériences et de coopérations autour d’une question fondamentale : quelle est la forme exacte de la Terre ? 


Exposition Royal Society/Académie des sciences, Londres, 2024 :
Exhibit: Figuring the Earth - perspectives from the Académie des Sciences and the Royal Society

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Cette exposition propose une traversée historique et scientifique de plus de trois siècles de recherches consacrées à la mesure, la modélisation et la compréhension de la forme de notre planète, depuis le XVIIe siècle jusqu’à l’ère spatiale. Depuis l’Antiquité, on sait que la Terre est, dans ses grandes lignes, une sphère. Reste une question essentielle : est-elle légèrement aplatie aux pôles, ou bien allongée ? Pour répondre à cette question, savants, astronomes, mathématiciens et géodésiens ont élaboré des modèles théoriques, conçu des instruments innovants et mené de vastes campagnes d’observation à travers le monde. L’exposition met en regard des sources exceptionnelles issues essentiellement des collections de l’Académie des sciences et de la Royal Society, témoignant de l’intensité des échanges scientifiques entre Paris et Londres et du rôle décisif de la coopération internationale dans la production des savoirs.

POURQUOI S’INTÉRESSER À LA FIGURE DE LA TERRE ?

Pour les savants des Lumières, cette question répond d’abord à un puissant désir de comprendre le monde, animé par la rationalité, la curiosité et l’ambition d’universalité. Cette quête intellectuelle conduit notamment, à la fin du XVIIIe siècle, à la création d’une unité de mesure de longueur universelle et non arbitraire, le mètre, fondée sur les dimensions de la Terre. Mais cette ambition ne saurait occulter les réalités politiques et économiques de l’époque. Les grandes expéditions scientifiques s’inscrivent aussi dans un contexte de rivalités nationales, d’expansion coloniale et de stratégies militaires, où la maîtrise des mesures astronomiques et géodésiques devient un enjeu de pouvoir et de domination maritime.

UNE CONTROVERSE SCIENTIFIQUE EUROPÉENNE

Dès la fin du XVIIe siècle, la question de la figure de la Terre oppose deux conceptions : celle défendue par Isaac Newton, pour qui la Terre est aplatie aux pôles en raison de sa rotation, et celle soutenue par certains astronomes français, notamment Cassini, qui, s’appuyant sur des relevés géodésiques, privilégient une Terre allongée. Publiée en 1687, la première édition des Philosophiae naturalis principia mathematica de Newton, conservée à la Bibliothèque de l’Institut de France, constitue un tournant majeur de la science moderne. Elle introduit le concept de gravitation universelle et s’appuie sur les outils naissants du calcul différentiel et intégral. Newton y montre notamment que la rotation terrestre doit entraîner un aplatissement aux pôles, qu’il tente de quantifier à partir des mesures disponibles à son époque. 
Face à ces développements théoriques, l’Académie des sciences engage un vaste programme de vérification expérimentale. Les mémoires de Jacques Cassini, d’Alexis Clairaut ou encore de Pierre Louis Moreau de Maupertuis, présentés dans l’exposition, témoignent de la vigueur des débats scientifiques au sein des académies.Voltaire a résumé ce vaste débat en 1734 dans ses Lettres philosophiques, par une formule restée célèbre : « À Paris, vous vous figurez la Terre faite comme un melon ; à Londres, elle est aplatie des deux côtés ».
 
SAVANTS-EXPLORATEURS ET GRANDES EXPÉDITIONS 

L’exposition met en valeur la dimension exploratoire de la recherche. Ces savants, aussi explorateurs, ont quitté les observatoires et académies pour partir aux confins du monde mesurer des arcs de méridien et confronter leurs modèles théoriques à la réalité du terrain. La mission géodésique en Laponie (1736–1737), dirigée par Pierre Louis Moreau de Maupertuis, est illustrée par des manuscrits conservés à la Royal Society, dont la lettre adressée par Maupertuis à ses homologues londoniens avant même la publication officielle de ses résultats. Ces mesures confirment l’aplatissement de la Terre aux pôles et participent à la validation de la théorie de la gravitation de Newton. 
En parallèle, l’expédition menée au Pérou par Charles Marie de La Condamine, Pierre Bouguer et Louis Godin est documentée par des manuscrits, cartes et tableaux de triangulation issus des archives de l’Académie des sciences. Les Tables des triangles de la méridienne de Quito ou les épreuves annotées des schémas de terrain montrent concrètement comment les données étaient collectées, vérifiées et exploitées sur plusieurs années. 
Ces entreprises reposaient sur une collaboration entre officiers espagnols, savants français et correspondants britanniques qui participaient à la collecte et à l’analyse des données. Une collaboration internationale, illustrant son importance comme moteur du progrès scientifique.
 
INSTRUMENTS, MÉTHODES ET CIRCULATION DES SAVOIRS 

Au-delà des textes, l’exposition présente des instruments emblématiques de la géodésie et de l’astronomie. Le pied de roi (longueur d’un pied de Charlemagne) ayant appartenu à La Condamine, utilisé comme instrument de mesure proportionnelle, ou encore le cercle azimutal d’Edward Troughton, employé lors de la grande triangulation des Indes, incarnent la matérialité du travail scientifique. 
Ces instruments circulaient entre pays, tout comme les données et les publications. La traduction anglaise, par Richard Waller, de la Mesure de la Terre de Jean Picard (1688), conservée à la Royal Society, témoigne des premiers échanges savants entre les deux académies et de la diffusion rapide des résultats scientifiques à l’échelle européenne. Dans cet ouvrage, Picard présente la mesure de la longueur d’un degré de latitude du méridien de Paris qu’il a réalisée par triangulation. À partir de ses relevés, il détermine que le rayon de la Terre à l’équateur mesure 6328 km, soit une erreur relative de 0,8 % par rapport à la valeur acceptée aujourd’hui.

CALCULS, MODÈLES ET RENOUVELLEMENT THÉORIQUE 

Les observations accumulées au fil des expéditions alimentent un travail de calcul et de modélisation de plus en plus sophistiqué. Alexis Clairaut, dans ses manuscrits et traités présentés dans l’exposition, corrige par exemple l’hypothèse de Newton d’une Terre homogène en la remplaçant par un sphéroïde hétérogène, intégrant de cette façon les résultats expérimentaux aux modèles mathématiques. Au XIXe siècle, les travaux d’Henri Poincaré sur l’équilibre d’une masse fluide en rotation soumise à la gravitation, illustrés par le manuscrit de l’une des notes qu’il a publiées à ce sujet dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, proposent un cadre mathématique général pour les formes d’équilibre. Poincaré y montre qu’une masse fluide en rotation, pouvant être comparée par certains aspects à la Terre, ne se réduit pas nécessairement à un simple ellipsoïde, ouvrant la voie à des conceptions plus complexes de sa forme, comme celle d’une poire.
 
DE LA TRIANGULATION AUX SATELLITES 

Le parcours s’achève sur les développements contemporains, marqués par l’avènement des techniques spatiales. La maquette de Spoutnik 1 rappelle le rôle décisif des satellites dans l’affinement des mesures de la forme de la Terre. Les travaux d’Anny Cazenave, qui a contribué à mesurer l’élévation du niveau des océans, à mieux comprendre le phénomène El Niño et dont des portraits et publications sont présentés, montrent comment l’altimétrie satellitaire et l’étude du champ gravitationnel ont conduit à la notion moderne de géoïde.

FEMMES DE SCIENCES ET CIRCULATION DES IDÉES 

L’exposition présente conjointement des ouvrages d’Émilie du Châtelet et de Mary Somerville. Traductrices et commentatrices majeures des oeuvres de Newton et de Laplace, respectivement, elles ont joué un rôle essentiel dans la diffusion, la compréhension et l’appropriation des théories scientifiques à l’échelle européenne, contribuant pleinement à l’histoire intellectuelle de la figure de la Terre.

COOPÉRATION ET ÉMULATION SCIENTIFIQUES 

Fondées à six ans d’intervalle, la Royal Society à Londres en 1660 et l’Académie des sciences à Paris en 1666, les deux institutions incarnent, depuis plus de trois siècles et demi, une relation singulière mêlant rivalité intellectuelle, admiration mutuelle et coopération durable. Leurs devises respectives, Nullius in verba (« Ne croire personne sur parole ») et Invenit et perficit (« Découvrir et perfectionner »), résument un même idéal scientifique fondé sur l’expérience, la démonstration et l’amélioration continue des connaissances. 
Isaac Newton occupe une place centrale dans cette histoire partagée. Sa démonstration de l’aplatissement de la Terre aux pôles, exposée dans le Livre III des Principia, constitue l’un des sommets de la pensée scientifique. Traduit en français par Émilie du Châtelet, ce texte fondateur est présenté dans l’exposition. Newton, premier membre étranger de l’Académie des sciences élu en 1699, incarne à lui seul la reconnaissance mutuelle entre les deux communautés scientifiques. Depuis lors, près de 190 savants britanniques ont été élus à l’Académie, témoignant de la profondeur et de la continuité de ces échanges. 
De Newton à Poincaré, en passant par Maupertuis, Clairaut ou Maclaurin, les échanges, les débats et l'estime réciproque entre savants français et britanniques ont façonné une histoire scientifique commune, que cette exposition met en lumière. L’histoire de la figure de la Terre rappelle ainsi que la science progresse à la croisée de motivations intellectuelles, techniques et géopolitiques, une tension toujours d’actualité, que cette exposition invite à interroger.
Un événement unique, entre patrimoine, nature et savoirs scientifiques, à destination de tous les passionnés, des élèves et des enseignants.

Pour compléter

« Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume Uni » (The Conversation).

Étienne Ghys, mathématicien et directeur de recherche émérite CNRS (ENS de Lyon, Académie des sciences) revient sur l'histoire de la triangulation et montre à quel point elle a constitué une affaire de patience. A partir du XVIIe siècle, la Terre devient un objet mesurable, arpenté, calculé. Les conditions sont extrêmes, les instruments fragiles, les incertitudes nombreuses. Mais le verdict tombe : la Terre est bien légèrement aplatie aux pôles. Les savants français, par leurs propres observations, confirment la prédiction newtonienne.

« La forme de la Terre : histoire d'une aventure scientifique » (France Inter - La Terre au carré)

Au-delà de sa résolution scientifique, cet épisode interroge notre rapport actuel à la vérité scientifique. Selon plusieurs enquêtes, une part "non négligeable" de Français exprime aujourd'hui des doutes sur la rotondité de la Terre. Pour le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, le phénomène s'explique en partie par une transmission défaillante du savoir : "On a le sentiment qu'on nous assène des vérités scientifiques, sans les valider, sans les justifier, et c'est selon moi le problème principal. La science ne doit pas fonctionner uniquement en termes de confiance, la science doit fonctionner en termes de validation, de compréhension rationnelle". Étienne Ghys plaide ainsi pour une meilleure place de l'histoire des sciences dans l'enseignement : "On n'enseigne pas l'erreur de Cassini, par exemple. Or, montrer aux enfants, aux élèves, que la science progresse bien sûr par progrès, mais aussi par erreurs, et comment s'est passé le développement des concepts, je pense que c'est une chose très importante."

« L'expédition de Maupertuis en cartes » (The Conversation).

En 1736, le mathématicien français Pierre Louis Maupertuis menait l'expédition en Laponie pour mesurer la latitude et la forme de la Terre, mettant en évidence un aplatissement aux pôles. L'objectif de l'expédition géodésique de Maupertuis était de préciser la forme de la Terre. Plus les dimensions de la Terre étaient connues avec précision, plus les cartes pouvaient être exactes. L'expédition de Maupertuis ne put planifier ses mesures avec précision à l'avance, faute de cartes précises des régions septentrionales. À Stockholm, elle obtint une carte du littoral du fond du golfe de Botnie auprès du service topographique. L'expédition avait initialement prévu d'effectuer des mesures sur des îles du golfe de Botnie, mais celles-ci s'avérèrent trop basses. Durant le voyage, Outhier dressa plusieurs cartes, notamment celles de la vallée de Torne, de Pello, de Tornio et de Piteå. Il s'agissait des cartes les plus précises de ces régions à l'époque. À Piteå, par exemple, Outhier arpentait les rues silencieuses de la ville la nuit, en mesurant leur longueur à chaque pas. La Fondation Maupertuis propose des ressources sur cette expédition, des cartes publiées dans différents ouvrages notamment dans le Journal d’un voyage au Nord de Réginald Outhier et dans La Figure de la Terre de Maupertuis. Ces cartes d'Outhiers et d'autres peuvent être téléchargées ici. Malheureusement, la page n'est actuellement disponible qu'en finnois.

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Sur les traces des cartes. Littérature américaine et cartographie


« Sur les traces des cartes. Littérature américaine et cartographie ». Exposition du 19 mars au 26 mai 2026. Bibliothèque Diderot de Lyon.

L’exposition « Sur les traces des cartes » explore la manière dont les cartes issues de la tradition cartographique occidentale ont façonné la littérature américaine anglophone, du XVIᵉ siècle à nos jours. Des cartes coloniales aux expérimentations contemporaines, en passant par des auteurs et autrices comme Susan Fenimore Cooper ou Herman Melville, le parcours montre comment la carte peut servir à mesurer, quadriller, posséder, mais aussi à déplacer le regard et contester les récits dominants. À travers des ouvrages issus des collections patrimoniales de la Bibliothèque Diderot, des reproductions de cartes anciennes et des dispositifs invitant à observer les documents de près, l’exposition explore l’expansion territoriale, le motif de la ligne droite, les cartographies maritimes et les récits afro-américains et féministes.

Visuel : création Marion GAIGEOT (IHRIM) ; illustration G. Mercator et J. Hondius, Atlas, ou représentation du monde universel, 1633, collections de la Bibliothèque Diderot de Lyon.

Commissariat de l’exposition : Julien NÈGRE (ENS de Lyon – IHRIM / IUF), avec le concours de la Bibliothèque Diderot de Lyon.

Organisation : Aurore CLAVIER (u. Paris Cité), Monica MANOLESCU (u. Strasbourg – USIAS), Julien NÈGRE (ENS de Lyon – IHRIM / IUF) et Pauline PILOTE (u. Bretagne Sud).

Cette exposition a lieu dans le cadre d'un symposium international : 

The “Maps in American Literature” international symposium will take place at ENS de Lyon, France, on April 1-3, 2026. The symposium explores how maps have shaped American literature from the era of exploration to the present day.

Pour compléter

« Quand l’Amérique apparaît sur les cartes » (Les Essentiels - BnF)

Après la découverte du continent américain, l’Amérique se dessine progressivement sur les cartes occidentales. Un processus complexe sur lequel revient Julie Garel-Grislin, conservatrice au département des Cartes et plans de la BnF.

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L'histoire par les cartes : comment le continent européen s'est pensé et construit du 16e au 20e siècle (BnF - Gallica)

Cartes imaginaires. Inventer des mondes (exposition de la BnF)


Du 24 mars au 19 juillet 2026, la Bibliothèque nationale de France (BnF) présente une exposition exceptionnelle intitulée « Cartes imaginaires. Inventer des mondes ». Ce projet explore les liens étroits qui unissent depuis toujours la géographie à l’imaginaire et au fantasme humains. Accueillie dans la galerie 2 du siège de François-Mitterrand, l'exposition rassemble environ 200 pièces exceptionnelles, allant de parchemins médiévaux et d'atlas rares à des installations d'art contemporain et à des éléments de l'univers du jeu vidéo. Il s'agit d'une exploration immersive de la cartographie de l'invisible, conçue par deux expertes : Julie Garel-Grislin et Cristina Ion, directrice adjointe du Département des cartes et des plans de la BnF.

Le parcours de l'exposition est structuré en quatre étapes distinctes, destinées à guider le visiteur de l'exploration de l'inconnu à la déconstruction artistique moderne.

La première partie plonge le spectateur au cœur de l'iconographie médiévale, où les cartes n'étaient pas de simples itinéraires géographiques, mais de véritables encyclopédies visuelles peuplées de figures fabuleuses et de créatures chimériques puisées dans des sources antiques et religieuses. Ces cartes, dominées par des apparences fantastiques, témoignent de la manière dont l'esprit humain projetait le mystère sur les territoires encore à découvrir sur les cinq continents.

La seconde section est consacrée aux mondes légendaires, ces lieux imaginaires que l'humanité a crus réels pendant des siècles et auxquels les cartographes ont attribué des coordonnées précises sur le globe. Les visiteurs peuvent y découvrir comment des royaumes mythiques tels que l'Atlantide, l'Eldorado, le pays du Prêtre Jean ou encore le Paradis terrestre ont pris forme, à la frontière entre le monde terrestre et le monde céleste. Une attention particulière est portée aux cartes non européennes, comme celles représentant le mont Meru dans le bouddhisme.

La troisième étape de l'exposition explore les univers littéraires, où la fiction affranchit totalement la géographie des contraintes du réel. Des cartes confèrent une densité presque palpable aux récits, le parcours traverse les paysages de « L'Île au trésor » et des « Chroniques de Narnia », pour atteindre la cartographie complexe de la Terre du Milieu de Tolkien ou les univers modernes de « Game of Thrones », « Final Fantasy » et autres jeux vidéo qui utilisent des codes cartographiques pour gagner en crédibilité.

La scénographie de l'exposition, signée Marion Golmard, utilise des projections à grande échelle et des décors immersifs qui alternent entre l'atmosphère marine et celle de la forêt, le tout sublimé par un univers sonore poétique. La technologie y joue un rôle essentiel, notamment grâce au dispositif tactile développé en collaboration avec Ubisoft, qui permet aux visiteurs de naviguer de manière interactive au sein des cartes de la section dédiée aux mondes légendaires. 

Dans la dernière partie de l'exposition, l'art contemporain entre en dialogue avec des œuvres anciennes, déconstruisant le dispositif cartographique pour montrer que toute représentation du monde, aussi scientifique qu'elle puisse paraître, repose sur un acte d'imagination.

La Bibliothèque nationale de France a mis à disposition pour ce projet des trésors rarement exposés au public provenant du Département des cartes et des plans, une institution qui gère environ un million de cartes et 10 000 atlas. Fondé en 1828 par Edme François Jomard, ce département représente un pôle d’excellence international, collectant par dépôt légal tout document cartographique diffusé sur le territoire français. 

Pour l'exposition « Cartes imaginaires », l'institution française a été rejointe par d'importants prêts d'institutions renommées telles que la British Library, la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, le musée Guimet et la Bibliothèque apostolique vaticane. Le jeune public bénéficie d'un parcours pédagogique dédié, avec à l'entrée une carte à gratter regorgeant d'indices et d'énigmes à résoudre au cours de la visite. Dix œuvres majeures sont présentées sur des fiches illustrées de créatures marines, offrant des clés de lecture simplifiées et imaginaires pour faciliter la compréhension de la cartographie. L'événement est complété par un programme culturel dense, comprenant une conférence inaugurale le 24 mars 2026, à laquelle participeront Cristina Ion et d'autres chercheurs prestigieux, ainsi qu'une journée d'étude consacrée à la « Popcartographie » et au lien entre les cartes et la culture populaire en avril et juin.

La BnF met à disposition une banque de 98 cartes imaginaires, une sélection de vues des collections exposées à cette occasion. Trois feuilles du célèbre Atlas Miller peuvent être admirées dans l’exposition « Cartes imaginaires » à la BnF.


Visionner la table ronde "Les cartes et leurs mondes". Intervenants :
  • Julie Garel-Grislin (Conservatrice, cheffe du service conservation et communication, département des Cartes et plans, BnF)
  • Cristina Ion (Département des Cartes et plans, BnF)
  • Jean-Marc Besse (Directeur de recherche au CNRS, dirige l’équipe EHGO/UMR, Géographie-cités (CNRS/Paris I/Paris VII), Co-directeur de la rédaction de la revue Les Carnets du paysage)
  • Anne Besson (Professeure en littérature comparée, UFR Lettres et Arts, université d’Artois)
  • Frank Lestringant (Sorbonne université)
  • Guillaume Monsaingeon (Philosophe, commissaire d’expositions)
  • Chet Van Duzer (Lazarus Project, université de Rochester, USA)

Pour compléter

« Voyage dans les cartes imaginaires : du fantasme à la fiction » (RFI).
La carte, écrivait Julien Gracq, est un « objet magique, qui permet en quelques décimètres carrés, de voir, de posséder un pays… » Cette dimension symbolique est encore plus forte lorsque les lieux représentés sont des projections fantasmatiques, que celles-ci soient des suppositions sur des explorations à venir, la tentative de donner forme à des contrées de légende ou encore de simples fictions littéraires, lesquelles peuvent chercher la vraisemblance ou délibérément s'en écarter.

« Retour d'expo "Cartes imaginaires" à la BNF » (Hypometac).
Loin d’être une fantaisie graphique, les cartes zoomorphes et anthropomorphes montrent aussi la tradition ancienne de représenter des monstres sur les cartes et souligne la portée symbolique de l’objet. Au fil de l’exposition, on (re)découvre aussi la célèbre Carte du Tendre de François Chauveau (1654), qui transpose l’expérience humaine en un territoire aux contours symboliques. À ses côtés, le Guide psychogéographique de Guy Debord (1957) explore, lui aussi, les liens entre espace physique et réalités sociales. Et si, au fond, les véritables monstres des cartes… c’était nous ?

Lien ajouté le 28 octobre 2026

« La Carte de Tendre, ou comment se faire des imaginations » (France Culture).

La Carte de Tendre est la première carte allégorique française. Imaginée en 1654 par Madeleine de Scudéry pour son roman "Clélie", elle nous interroge encore aujourd'hui : comment se repérer dans la géographie de nos imaginaires, comment se frayer un chemin dans le dédale de nos sentiments ? Manifeste des précieuses, fruit d’une réflexion collective avant qu’elle ne trouve sa place au sein du roman à l’endroit précis où les protagonistes la décrivent, cette représentation allégorique des sentiments a rebattu les cartes des relations entre littérature et cartographie, sentiments et géographie. À l’occasion de sa présentation au sein de l’exposition Cartes imaginaires. Inventer des mondes jà la Bibliothèque nationale de France, Patrick Boucheron s’entretient avec plueisuers invités et nous fait "entrer dans ses méandres, confiants dans le fait que nous ne serons point trop sots ou trop grossiers".

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Dark Light Viewer, un outil pour repérer les changements à partir d'images satellites (OSINT)


Source : « Quand les lumières s'éteignent, les satellites veillent » (benjaminstrick.com).

Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, les images et vidéos en ligne provenant des zones de conflit sont devenues monnaie courante. Cependant, ces images ne sont pas toujours fiables ni exactes. Benjamin Strick, responsable de la recherche au Centre for Information Resilience (CIR) de Londres, utilise des techniques open source et l'imagerie satellite pour analyser les zones de conflit à travers le monde. Entre octobre 2023 et janvier 2024, 84% de la lumière nocturne de Gaza avait disparu. Que l'on interprète ce changement comme des dommages au réseau électrique, une pénurie de carburant, des déplacements de population, des couvre-feux ou un mélange de tout cela, le fait est que l'obscurité est mesurable.

1) Dark Light Viewer, un outil d'observation dérivé de Google Earth Engine

Dark Light Viewer est un outil gratuit et open source qui permet de suivre l'évolution nocturne des villes, des zones de conflit, des secteurs d'aménagement ou de transformation de l'espace. Basé sur Google Earth Engine, l'outil permet de repérer, puis de télécharger au format geojson, les zones de changement perceptibles à partir des images satellites. Dark Light Viewer génère une couche de détection des changements en comparant la capture VIIRS la plus récente à une période antérieure de son choix. Par défaut, on peut sélectionner une période d'un mois, d'un an, de cinq ans ou de dix ans. Pour une période plus précise, les paramètres avancés permettent de définir une plage personnalisée.

Interface de l'outil Dark Light Viewer dérivé de Google Earth Engine (source : Dark Light Viewer)

L'idée de base est simple : la nuit, là où il y a des gens, il y a généralement de la lumière. Usines, maisons, routes, magasins, presque toute activité économique humaine produit une forme d'éclairage visible depuis l'espace. Les scientifiques savent depuis des décennies que cette lueur peut servir à mesurer des phénomènes autrement très difficiles à quantifier. Par exemple, des chercheurs ont établi des corrélations entre la luminosité nocturne et le PIB. Cette observation a été formalisée par les économistes Henderson, Storeygard et Weil dans un article de référence publié en 2012 dans l'American Economic Review, démontrant que les données lumineuses satellitaires pouvaient permettre de mesurer indépendamment la croissance économique dans des pays où les statistiques officielles étaient peu fiables. Dans le cadre des conflits et de l'aide humanitaire, les applications sont encore plus directes. L'outil qui rend ces données particulièrement utiles est VIIRS, actuellement embarqué sur trois satellites : Suomi NPP, NOAA-20 et NOAA-21. Contrairement aux capteurs satellitaires précédents, VIIRS effectue des mesures précises de l'intensité lumineuse avec une résolution d'environ 750 mètres. Il peut distinguer un village d'une autoroute. Ses mesures restent nettes même dans les centres-villes très lumineux. Et il couvre l'ensemble du globe chaque nuit. Toutes ces données sont hébergées gratuitement sur Google Earth Engine , une plateforme de cloud computing pour l'analyse des données satellitaires.

2) Comment fonctionne l'outil Dark Light Viewer ?

Dark Light Viewer est basé sur Google Earth Engine mais élimine tout besoin de programmation. Vous l'ouvrez dans un navigateur, vous vous rendez sur la carte, vous choisissez une période de comparaison (de un mois à dix ans) et vous cliquez sur « Analyser ». L'outil se charge du reste. Vous obtenez ainsi une carte en écran partagé. À droite, l'image satellite nocturne de la période de départ choisie. À gauche, la vue satellite hybride de Google Maps. Un calque de changement de couleur met en évidence précisément les zones où la lumière a augmenté ou diminué, et de combien. Les couleurs chaudes indiquent une forte diminution de la luminosité (généralement entre 30 et 70 % de réduction). Les couleurs vertes/froides signalent les zones de croissance. Cliquez n'importe où sur la carte et l'outil génère un graphique montrant comment les niveaux de lumière à cet endroit précis ont évolué sur l'ensemble des données VIIRS, mensuellement, depuis 2012.

L'outil dispose également d'une bibliothèque de lieux préchargés permettant aux nouveaux utilisateurs d'explorer immédiatement des exemples avant d'effectuer leurs propres recherches où bon leur semble. C’est cette caractéristique qui distingue un déclin économique progressif d’un effondrement soudain, ou une fluctuation saisonnière d’une véritable crise. Le site propose cinq études de cas : 1) Gaza après octobre 2023, l'un des exemples les plus alarmants de l'évolution de la luminosité nocturne jamais documentés, 2) la ville de Sumy plongée dans l'obscurité dès le début de la guerre en Ukraine, 3) les serres regroupées de la province de Flevoland aux Pays-Bas, 4) la frontière Thaïlande/Myanmar après les combats au Myanmar, 5) la nouvelle capitale adminsitrative de l'Egypte.

Nouveau Caire : l'arrivée progressive de la lumière, quartier par quartier, année après année, avant même toute annonce officielle déclarant la ville achevée (source : Dark Light Viewer)

3) Interpréter les données avec objectivité : ce que l’outil peut et ne peut pas révéler

Les données satellitaires sur la luminosité nocturne sont précieuses, mais elles présentent des limites réelles que tout utilisateur se doit de comprendre.

Le problème le plus fréquent est la couverture nuageuse. Le capteur VIIRS ne peut pas voir à travers les nuages ; par conséquent, dans les régions constamment nuageuses, comme une grande partie des tropiques ou le nord de l’Europe en hiver, les composites satellitaires mensuels peuvent présenter des lacunes importantes. Comparer des images de deux saisons présentant une couverture nuageuse très différente peut donner des résultats trompeurs.

Les incendies et les torchères à gaz apparaissent comme des sources de lumière intense et peuvent être confondus avec l'éclairage urbain. Les régions où s'effectuent des brûlis agricoles, où se trouvent des plateformes pétrolières en mer ou en activité volcanique présentent des variations de luminosité sans lien avec les zones habitées ou les infrastructures.

Les régions polaires présentent un problème particulier : durant l’été, le soleil ne se couche pas complètement aux hautes latitudes, ce qui empêche le capteur de détecter la moindre lumière artificielle. L’outil émet une alerte pour les zones situées au-delà de 65 degrés de latitude.

Surtout, il est essentiel de contextualiser les variations en pourcentage. Une étude universitaire de 2025 a révélé que près d'un quart de la population mondiale vit dans des zones totalement dépourvues d'éclairage nocturne, ce qui rend cet outil intrinsèquement moins pertinent pour le suivi des communautés les plus pauvres et les plus rurales. Une réduction de 50 % de la luminosité nocturne n'a pas la même signification dans une ville européenne densément éclairée que dans une zone rurale faiblement éclairée.

Le Dark Light Viewer doit être considéré comme un outil parmi d'autres, et non comme une preuve définitive de l'état du terrain. Il est particulièrement efficace pour signaler un changement. Déterminer la cause exacte de ce changement exige des recherches complémentaires, des rapports et un jugement éclairé.

Pour compléter

« Les images satellites cartographient avec précision les conséquences de la violence » (interview de Benjamin Strick pour le site MO).

« Documenter la guerre israélo-gazaouie : réflexions et perspectives d'avenir » (Centre for Information Resilience).
La carte du conflit israélo-palestinien est une carte des incidents documentés par le CIR couvrant les territoires palestiniens occupés (la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est), Israël et le Liban depuis le 7 octobre 2023. Le CIR publie et met à jour régulièrement cette carte afin d'améliorer l'accès du public et sa compréhension des informations vérifiées relatives au conflit.

« Cartographie et visualisation des incidents de frappes aériennes au Soudan » (story map).
Le Centre de ressources sur les frappes aériennes au Soudan présente l'ampleur et l'impact des frappes aériennes menées par les Forces armées soudanaises (FAS) à travers le Soudan depuis le début du conflit armé qui les oppose aux Forces de soutien rapide (FSR) rivales en avril 2023, comme documenté par Sudan Witness. En décembre 2025, le projet Sudan Witness avait recensé 384 frappes aériennes des FAS à travers le Soudan, ayant entraîné au moins 1 719 morts et plus de 1 000 blessés parmi les civils.

Lien ajouté le 11 mars 2026

« Cruauté extraordinaire : des images révèlent une "stratégie de famine" à long terme au Soudan » (The Guardian)

Des chercheurs de l'Humanitarian Research Lab de Yale utilisent l’imagerie satellitaire pour montrer comment les Rapid Support Forces ont détruit des villages agricoles du Darfour afin d’affamer les populations durant la guerre au Soudan. Exemple à Ammar Jadid, au Darfour. Ce village agricole produisait mil et maïs pour nourrir la région et la ville d’El Fasher située à 30 km. Entre mars et juin 2024, la milice RSF a attaqué sept fois la zone et incendié maisons, champs et infrastructures agricoles. Les chercheurs de Yale identifient 41 villages agricoles attaqués dans le nord du Darfour durant cette période. L’objectif semble clair. Détruire les campagnes pour couper l’approvisionnement alimentaire d’El Fasher avant le siège de la ville. Les données satellitaires montrent une forte hausse des incendies agricoles. Les capteurs détectent une augmentation de 2040% des feux dans les zones étudiées. Un quart des villages ont subi plusieurs attaques et 68% ne montrent plus de signes de vie normale. Nathaniel Raymond, directeur du Humanitarian Research Lab, parle d’une stratégie délibérée. Les milices ont détruit ce qu’il appelle le « grenier à blé » d’El Fasher afin d’affamer la ville et affaiblir les populations civiles pendant le siège. Les juristes Tom Dannenbaum (Stanford) et Oona Hathaway (Yale) estiment que ces destructions constituent un crime de guerre. Les milices ont ciblé des biens essentiels à la survie. Bétail, greniers, infrastructures agricoles et villages entiers. Le siège d’El Fasher a duré environ 18 mois, d’avril 2024 à octobre 2025. Les RSF ont bloqué nourriture, eau et médicaments. Elles ont même construit une digue de terre d’environ 30 km pour empêcher les civils de quitter la ville. La crise alimentaire s’étend. À Kadugli, autre ville touchée par la guerre, les prix explosent. Entre 2023 et 2026, les prix du sorgho ont augmenté d’environ 1061% et ceux des oignons de 1340% selon les données du Programme alimentaire mondial. Les attaques agricoles se multiplient aussi dans l’État du Nil Bleu. Des agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs champs. Des récoltes restent abandonnées tandis que le prix de la farine a encore augmenté de 43% en janvier selon l’ONG Avaaz. Les analyses des images satellites documentent une stratégie militaire utilisant la faim comme arme. Les chercheurs estiment que ces preuves pourraient être utilisées par la justice internationale pour qualifier ces pratiques de crimes de guerre. 

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