Aborder la question de l'inégalité des pays face au changement climatique

 

L'Agence France Presse propose une infographie intéressante pour aborder la question de l'inégalité des pays face au changement climatique. Est-ce à dire que les pays développés, notamment l'Europe, les Etats-Unis ou l'Australie, seraient véritablement plus épargnés que les pays en développement ?

L'exposition des pays au changement climatique (source : AFP)

Si on remonte à la source des données de cette infographie, il sagit d'un rapport publié en juillet 2022 par le cabinet Verisk Maplecroft spécialisé dans l'analyse de risques (surtout pour les entreprises) et qui montre l'impréparation globale de la plupart des pays. 

Source de l'étude : World "unprepared" for magnitude of cascading climate risks Environmental Risk Outlook 2022. Will Nichols and Dr Richard Hewston, 20 July 2022.

Le rapport de recherche (téléchargeable après remplissage d'un formulaire) contient plusieurs graphiques intéressants, notamment un schéma sur les "risques en cascade" face à la situation climatique, y compris pour des grands pays émergents comme le Brésil, le Mexique ou la Russie.

Schéma simplifié des "risques en cascades" (source : Verisk Maplecroft)

L'étude prend en compte 32 indicateurs répartis en 5 groupes (vulnérabilité au changement climatique, développement économique, santé, risque politique et problèmes sociaux). Il en ressort 3 groupes de pays : « protégés », « précaires » et « vulnérables ». Comme le montre l'étude, de petits changements dans les facteurs de risque pourraient faire basculer les pays « précaires » dans le groupe « vulnérable ». Plusieurs pays sont pris à titre d'exemples : le Brésil, le Mexique, la Russie, l'Ukraine, la Chine, le Vietnam. 

Un monde divisé en trois types de pays face au risque (source : Verisk Maplecroft)

Cette carte a tendance à reproduire celle du niveau économique des pays. On peut s'étonner par exemple que les Etats-Unis ou l'Australie, très touchés par la sécheresse et les incendies de forêt, soient classés comme pays « protégés ». Certes il s'agit d'une approche globale intégrant tous les types de risque et on peut penser que les puissances industrielles ont une plus forte capacité d'adaptation. Mais la méthodologie utilisée n'est pas très détaillée dans le rapport. Il est question d'"analyse en grappes" et de "modèle de résilience aux risques climatiques en cascade (CCRRM)". Comme souvent pour des indicateurs agrégés et des études de cabinets privés, on n'a pas accès au mode de traitement des données.

Si l'étude montre l'intérêt d'une vision holistique des risques, il s'agit surtout pour les entreprises d'éviter l'effet "boule de neige" entre eux. L'anamorphose qu'en tire l'AFP a tendance à ramener implicitement le risque au problème de (sur)population.


Le rapport publié par le cabinet Verisk Maplecroft corrèle plutôt la résilience des pays face au changement climatique à la pauvreté. Il est effectivement difficile pour les pays en développement ayant des programmes d'éradication de la pauvreté d'adopter une politique carbone exigeante. 

Indice du cadre réglementaire environnemental versus indice de pauvreté (source : Verisk Maplecroft)



Sans tomber dans le scénario catastrophe, "l'effet domino" et les points de bascule sont également à prendre en considération pour aborder aujourd'hui les conséquences du changement climatique.

Un terrible "effet domino" menace de transformer notre planète en une étuve
(source : Sciences et Avenir)

A propos des "rétroactions auto-renforçantes" et des "cascades de basculement potentielles", voir cette étude parue en 2018 : Trajectories of the Earth System in the Anthropocene

L'étude explore le risque que des rétroactions auto-renforçantes puissent pousser le système terrestre vers un seuil planétaire qui, s'il est franchi, pourrait empêcher la stabilisation du climat à des hausses moyennes de température et provoquer un réchauffement continu, même si les émissions humaines sont réduites. Le franchissement du seuil conduirait à une température moyenne mondiale beaucoup plus élevée que n'importe quel interglaciaire au cours des 1,2 million d'années passées et à des niveaux de la mer nettement plus élevés que pendant toutes les périodes de l'Holocène. 

Carte globale des cascades de basculement potentielles (source : PNAS, 2018)



Ces documents fournissent l'occasion d'aborder "l'effet domino" dans la géographie des risques qui peut être une notion ambiguë. Le terme est pris ici comme synonyme de "cascade climatique". Voir par exemple :

« Climat : la survenue d’un effet domino est-elle déjà engagée ? » (Science Post) et la référence scientifique : Interacting tipping elements increase risk of climate domino effects under global warming.

L'expression "effet domino" est généralement employée dans un sens différent pour désigner une catastrophe "naturelle" qui entraîne en chaîne une série de catastrophes technologiques (cf définition donnée sur le site Géoconfluences).

Lien ajouté le 23 mai 2023

Lenton, T.M., Xu, C., Abrams, J.F. et al. (2023). Quantifying the human cost of global warming. Nat Sustain 6, 1237–1247, https://doi.org/10.1038/s41893-023-01132-6

Les coûts du changement climatique sont souvent estimés en termes monétaires, mais cela soulève des questions éthiques. Dans cet article "Quantifier le coût humain du réchauffement climatique", les chercheurs ont choisi d'exprimer ces coûts en termes de nombre de personnes laissées en dehors de la « niche climatique humaine », définie comme la distribution historique à conserver de la densité relative de population humaine par rapport à la température annuelle moyenne. Ils montrent que le changement climatique a déjà placé environ 9 % de la population (> 600 millions) hors de cette niche. D'ici la fin du siècle (2080-2100), les politiques actuelles conduisant à un réchauffement climatique d'environ 2,7 °C pourraient laisser un tiers (22-39 %) de la population hors de cette niche. Réduire le réchauffement climatique de 2,7 °C à 1,5 °C pourrait permettre de diviser par cinq environ la population exposée à une chaleur sans précédent (température annuelle moyenne ≥ 29 °C). Les émissions sur toute une vie de 3,5 habitants moyens du monde aujourd'hui (ou d'environ 1,2 habitant moyen des États-Unis) exposent une personne future à une chaleur sans précédent d'ici la fin du siècle. Cette personne vient d'une région où les émissions actuelles représentent environ la moitié de la moyenne mondiale. Ces résultats soulignent la nécessité d’une action politique plus décisive pour limiter les coûts humains et les inégalités liés au changement climatique.

Lien ajouté le 5 mars 2025

« Terres cultivées : les régions qui seront les plus affectées par le réchauffement climatique » (Reporterre)

Blé, maïs, riz, pommes de terre, soja, lentilles, tomates, sorgho... Des chercheurs de l’université Aalto, en Finlande, ont analysé l’évolution des 30 principales cultures mondiales, selon l’intensité du changement climatique. Résultat : dans les latitudes basses (Moyen-Orient et Afrique du Nord surtout) jusqu’à 31 % de la production de ces cultures pourrait ne plus bénéficier de conditions climatiques adéquates, dès 2 °C de réchauffement global. Le chiffre pourrait monter à 48 % à 3 °C de réchauffement.

Leur étude, publiée le 4 mars dans la revue Nature Food, définit les cultures comme étant soumises à un « risque considérable » lorsque 25 % des zones où elles sont cultivées perdent leurs conditions climatiques actuelles (de précipitations, température, aridité). Selon cette définition, les chercheurs notent que les régions tropicales et subtropicales sont particulièrement vulnérables à ce genre de risques considérables. À 3 °C de réchauffement, 69 % des terres cultivées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et 60 % des terres cultivées en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne seraient soumises à de tels risques, alertent-ils.

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La carte, objet éminemment politique. Les tensions géopolitiques entre Taïwan et la Chine


Depuis plus de 70 ans, la Chine et Taiwan ont évité d'en venir à un affrontement direct, mais les tensions restent toujours vives entre les deux pays. Les deux territoires sont séparés depuis 1949, lorsque la guerre civile chinoise, qui avait commencé en 1927, s'est terminée par la victoire des communistes et le repli des nationalistes du Kuomintang sur l'île de Taiwan (ancienne Formose). 

Depuis lors, le détroit séparant Taïwan de la Chine continentale - seulement 130 kilomètres au plus étroit - a été le théâtre de crises et de tensions quasi permanentes. Le conflit entre Taïwan et la Chine est-il en train de s'aggraver ? Retour en cartes pour comprendre le conflit d'un point de vue géopolitique et géostratégique.

Carte politique visant à montrer que Taïwan constitue un pays distinct de la Chine (source : Jakub Janda)



1. Vers une aggravation des tensions entre les deux pays

La visite à Taïwan de Nancy Pelosi et de membres du Congrès américain a suscité début août 2022 des réactions vives de la Chine. Le gouvernement de Pékin a procédé de nouveau à des exercices militaires en représailles à ce qu'il considère comme une violation du principe "une seule Chine". 

Nancy Pelosi s'est voulue rassurante et a affirmé être venue en paix dans la région : "Notre visite fait partie de notre voyage plus large dans l'Indo-Pacifique - y compris Singapour, la Malaisie, la Corée du Sud et le Japon - axé sur la sécurité mutuelle, le partenariat économique et la gouvernance démocratique. Nos discussions avec les dirigeants de Taïwan porteront sur la réaffirmation de notre soutien à notre partenaire et sur la promotion de nos intérêts communs, notamment la promotion d'une région indo-pacifique libre et ouverte. La solidarité de l'Amérique avec les 23 millions d'habitants de Taiwan est plus importante aujourd'hui que jamais, alors que le monde est confronté à un choix entre l'autocratie et la démocratie." 

« A Taïwan, Nancy Pelosi dit être venue en paix dans la région ; la Chine annonce des actions militaires ciblées »
(source : Le Monde)


« Les visites de parlementaires n’ont pourtant rien d’inhabituel. Ces dix dernières années, selon les autorités taïwanaises, 71 élus américains se sont rendus sur l’île durant la seconde présidence de Barack Obama (2012-2016), 35 pendant le mandat de Donald Trump et 31 depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden. Mais elles prennent aujourd’hui une autre dimension. » (Le Monde).

"La situation actuelle montre clairement l'ingérence impudente des États-Unis", a déclaré le ministère des Affaires étrangères de Pyongyang selon les médias d'État nord-coréens. Tokyo et Séoul ont été eux-mêmes embarrassés par les conséquences de la visite de la présidente du Congrès à Taïwan. Le Japon s’est dit préoccupé par les exercices militaires chinois, dont certains ont débordé sur la zone économique exclusive (ZEE) japonaise.

« La Troisième Guerre mondiale va-t-elle commencer à Taïwan ? » (Ulyces). Depuis 2020, la Chine accroît la pression militaire sur Taïwan, avec la volonté de faire de l’île sa 23e province, par la force s’il le faut. Après l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, et l’affirmation récente de Joe Biden que les États-Unis défendraient l’île militairement si la Chine attaquait, se dirige-t-on vers un conflit généralisé ?

Une série de trois articles par Pierre Dagorn pour Le Monde - Les Décodeurs :


2. Sélection de cartes pour comprendre le conflit d'un point de vue géopolitique et géostratégique

2.1 Des tensions liées principalement à l'histoire ?

La tutelle des Qing sur Taïwan commence avec la conquête de l'île en 1683 et se termine en 1895, lorsque celle-ci est cédée à l'empire du Japon qui l'occupe jusqu'en 1945. Ce qui fait dire à Pékin que Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois de par son histoire, sa langue et sa culture.  

« Carte de ce qui appartient à l'empereur de la Chine dans l'île de Formose faite par ordre de l'empereur Kamhi - 1781 » (Gallica). La carte, extraite du volume XVIII des Lettres édifiantes et curieuses envoyées en Europe par des jésuites missionnaires en Chine, est censée montrer l'étendue du contrôle impérial chinois. En réalité, il s'agit d'une souveraineté limitée et partielle sur l'ouest de l'île, la partie orientale plus montagneuse étant restée longtemps peu connue. L'ouverture de cette partie sera justement un enjeu à partir de la fin du XIXe (voir l'exposition du National Palace Museum à ce sujet : « Ouvrir les montagnes et pacifier les aborigènes : l'empire Qing et les peuples autochtones taïwanais ») .

Carte de Jacques-Nicolas Bellin (1749) selon laquelle « l'intérieur de l'isle n'est pas connu » (source : Gallica)


Pour Antoine Bondaz, directeur du programme Taïwan à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), « c’est une réécriture totale de l’histoire ». Si une partie de Taïwan a été sous l’administration des Qing à la fin du XVIIe à partir de la province du Fujian, c'est l'occupation japonaise qui a beaucoup plus influencé Taïwan à partir du XXe siècle (voir ce thread d'Antoine Bondaz)

Carte du Fujian et de Formose (1684) à l’époque où elles appartenaient à la même province (Gallica)


« Taïwan n’a jamais appartenu à la République populaire de Chine » (La Croix). Pékin veut à tout prix une "réunification" avec Taïwan, laissant supposer que l’ancienne île de Formose aurait déjà fait partie de la République populaire de Chine. Ce qui relève d’une manipulation de la réalité historique par le parti communiste chinois depuis des décennies.

Le « Fujian, un porte-avions d’ambitions chinoises face à Taiwan » (Libération). Son nom ne doit rien au hasard. Le Fujian est la province qui fait face à Taiwan, le long du détroit de Formose. Une zone revendiquée par la Chine et source d’une tension grandissante entre Pékin et Washington.

Trois questions pour comprendre l'escalade des tensions entre la Chine et Taïwan (Geo).

Taïwan, l'histoire de l’autre Chine (France-Culture).

2.2 De simples tentatives d'intimidation ?

L'armée taïwanaise a signalé que des avions militaires chinois sont entrés dans ce qu'elle appelle sa « zone d'identification de défense aérienne » (ADIZ) ou ont traversé la ligne médiane du détroit de Taïwan au moins 131 fois depuis le 2 août 2022. Ces incursions sont en nette augmentation par rapport aux années précédentes. Au moins 11 missiles chinois sont tombés en mer au nord, au sud et à l'est de Taïwan. L'Armée populaire de libération a déclaré que ses missiles avaient "atteint tous précisément leurs cibles" (tirs effectués dans les 5 zones d'exercices prévues à cet effet), alors même que le Japon a déclaré que cinq missiles avaient atterri dans sa zone économique exclusive.

Taïwan-Chine : que signifient les termes géopolitiques ADIZ et ligne médiane ? (Geo).

Comparaison des exercices de tir réel de la Chine en 1995/1996 pendant la troisième crise du détroit de Taiwan et avec ceux qui annoncés en 2022 (ANU College of Asia & the Pacific).


2.3 Des manoeuvres pour encercler progressivement Taïwan ?

Les exercices militaires chinois sont en train de créer un précédent en franchissant la ligne médiane au sein de l'ADIZ et en encerclant progressivement Taïwan. 

« La nouvelle crise du détroit de Taiwan, expliquée en cinq graphiques » (El Mundo). On y trouve une représentation de la "pieuvre chinoise" (en rouge) enserrant Taiwan (en bleu). Voir également la série de représentations données par Dan Bejar pour Foreign Magazine.

« La nouvelle crise du détroit de Taiwan, expliquée en cinq graphiques » (El Mundo)

« La dernière illustration de l'exercice militaire chinois de "bouclage de Taiwan" pendant 72 heures ». Une storymap proposée par le Commonwealth Magazine (source taïwanaise).

« Comment la Chine pourrait étouffer Taïwan » (New York Times). La géographie de Taïwan la rend vulnérable à un blocus. Sa population, son industrie et ses ports sont concentrés sur son flanc ouest, le plus proche de la Chine.

2.4 Des problèmes liées aux délimitations des eaux territoriales et des ZEE ?

Les exercices militaires de la Chine « équivalent à un blocus aérien et maritime de Taïwan », a déclaré le général Yu Chien-chang, un haut responsable du département juridique du ministère de la Défense de Taïwan. "Ils chevauchent nos eaux territoriales et notre espace aérien et violent gravement notre souveraineté." 

La zone d’identification de défense aérienne (en anglais « Air defense identification zone » ou ADIZ) ne doit pas être confondue avec l’espace aérien. Des avions chinois pénètrent régulièrement dans l’ADIZ de Taïwan, ce qui n’a pas la même portée juridique ou militaire qu’une intrusion dans l’espace aérien proprement dit. La violation de l’ADIZ n’a pas d'autre portée que symbolique et politique. L'ADIZ de Taïwan a été créée par l'US Air Force après la Seconde Guerre mondiale. Elle est beaucoup plus grande que l'espace aérien souverain de Taïwan qui s'étend jusqu'à 12 milles marins de la côte. Les vols chinois ne sont pas entrés dans cet espace aérien souverain. Les incursions seraient donc plus un signal pour les États-Unis.

Quelles leçons tirer des manœuvres militaires chinoises dans le détroit de Taïwan ? (Source : RFI)



Les Chinois et les Taïwanais sont en désaccord sur les zones où sont tombés les missiles. Mais il semble que certains missiles aient débordé sur la ZEE du Japon.

Quatre  missiles balistiques auraient survolé l’île au-dessus de la capitale Taipei pour atterrir dans la ZEE du Japon (source : Ministère japonais de la Défense)



Le gouvernement taïwanais a par ailleurs déclaré qu'il étudiait si les routes aériennes et maritimes devaient être ajustées pour assurer la sécurité.

Taïwan est situé sur un couloir d'intense circulation maritime, ce qui accroît les risques d'accidents
(source : MarineTraffic)



Le réseau de câbles sous-marins de Taïwan tourne complètement le dos à la Chine (source : Submarine Map Cable)



3. Et si on changeait d'échelle : vers un conflit plus large au sein de l'aire indopacifique ?

Pour certains observateurs, la conquête de Taïwan s'inscrit dans des objectifs plus larges de la Chine. Il s'agit de briser la première chaîne d'îles alliées contre elle. Dans ce cas, la guerre impliquerait probablement le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis. Le plan serait d'expulser les États-Unis du Pacifique ouest et de forcer le Japon à accepter de facto l'hégémonie de la Chine dans la région.

Détail symbolique ou simple coïncidence ? La carte du commandement américain pour l'Indo-Pacifique montre Taïwan comme une sorte d'île sans nom au milieu des autres pays du Pacifique (US Indo-Pacom)



La carte publiée sur le site officiel du gouvernement chinois revendique non seulement le continent, mais aussi la mer de Chine méridionale et toutes ses îles, les îles Diaoyu (Senkaku) de la mer de Chine orientale, l'île de Taïwan, Aksai Chin au Cachemire et le Tibet du Sud (Arunachal Pradesh). La Chine a largement accru sa sphère d'influence en militarisant certains îlots de la mer de Chine méridionale (cf ligne en 9 traits visible sur la carte ci-dessous). La création d'une ADIZ en 2013 au-dessus de la mer de Chine orientale, qui chevauche également l'ADIZ de Taïwan et du Japon, fait partie de sa stratégie. 

Carte des divisions administratives de la République populaire de Chine, y compris les zones non réellement gouvernées (source : zh.wikipedia.org)



Faute de pouvoir briser le premier cercle d'îles, la Chine tente aujourd'hui de constituer un deuxième cercle dans le Pacifique (cf accord de sécurité signé en 2021 avec les Îles Salomon). Mais les pays insulaires du Pacifique sont eux-mêmes divisés sur la question de reconnaître Pékin ou Taipei.

La Chine riposte face à l'Australie concernant la "ligne rouge" des Îles Salomon (source : South China Morning Post)



Taïwan : un problème de reconnaissance internationale ?

Officiellement, la plupart des pays reconnaissent aujourd'hui une seule Chine, du fait que la République populaire de Chine (la RPC) menace de rompre toute relation officielle avec un pays qui reconnaîtrait Taïwan (la ROC). La double reconnaissance n’est donc pas possible. De fait, cela tend à accréditer la fiction d'"une seule Chine" défendue par Pékin.

Evolution de la reconnaissance de la RPC et de la ROC entre 1949 et 2018 (Wikipedia)



Dans les faits, beaucoup de pays reconnaissent la RPC en tant que gouvernement légitime de la Chine, mais entretiennent des relations avec la ROC (en brun clair sur la carte ci-dessous). Les pays qui ne reconnaissent que la RPC comme gouvernement légitime de la Chine (en orange) sont principalement des pays du Sud (une partie de l'Amérique du Sud, la majorité de l'Afrique et le Moyen-Orient).

Relations diplomatiques entre la République de Chine et les autres États du monde aujourd'hui
(source : Wikipedia)



« La loi américaine interdit les cartes "inexactes" de Taïwan » (Taipei Times). La loi de 2022 sur les crédits du Département d'État américain, des opérations à l'étranger et des programmes connexes stipule qu '« aucun des fonds mis à disposition par cette loi ne doit être utilisé pour créer, se procurer ou afficher une carte qui décrit de manière inexacte le territoire et le système social et économique de Taïwan et les îles ou groupes d'îles administrés par les autorités taïwanaises. »

« 34% des électeurs américains parviennent à localiser Taiwan sur une carte alors que la visite de Pelosi a attiré l'attention sur la situation de l'île » (Morning Consult).

De l’Ukraine à Taïwan : pourquoi les deux conflits sont liés ? Thread (Indopacifique.fr)


4. Une guerre de l'information qui passe aussi par la diffusion de "fake maps" ?

Les "fake maps" comme les "fake news" jouent un rôle de plus en plus important sur les réseaux sociaux : elles viennent étayer des discours et véhiculer des représentations. Même si elles ne sont pas à prendre au pied de la lettre, elles peuvent être intéressantes à analyser pour les visions qu'elles donnent. Certaines d'entre elles participent du mensonge et de la désinformation, d'autres sont plus ambiguës à interpréter par les discours implicites ou les valeurs qu'elles véhiculent. Plus ou moins trompeuses, ces "fake maps" donnent une image déformée et le plus souvent réductrice par rapport à la complexité des relations entre la Chine et Taïwan. 

Représentation artistique d'une Chine unique (source : Dan Bejar, Foreign Affairs Magazine)


La ligne rouge de la Chine repoussée par les Etats-Unis (un mème qui circule sur les réseaux sociaux)

« Nous avons à plusieurs reprises clairement exprimé notre ferme opposition à la visite potentielle de la présidente Pelosi à Taiwan. Si la partie américaine insiste pour effectuer cette visite et conteste la ligne rouge de la Chine, elle se heurtera à des contre-mesures résolues », a  déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijiang. 

Carte présentant la Chine comme une annexe de Taïwan (source : Terrible Map)

Réminiscence de l'époque où Taïwan revendiquait une partie de la Chine, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui, ou allusion à la force économique de Taïwan capable de rivaliser avec les ZES de la Chine ? Dans les faits, avec 23 millions d'habitants, Taïwan fait figure de nain démographique par rapport à la Chine (1,4 milliard d'habitants). Si l'on compare les forces militaires, la disproportion est encore plus plus manifeste (voir cette datavisualisation sur Statista).

En 1992, Taipei a ouvertement renoncé à sa revendication de juridiction sur la Chine continentale en déclarant que dans un esprit de pragmatisme, la juridiction de la ROC était désormais limitée aux régions de Taiwan, Penghu, Kinmen et Matsu. Plus tard, Taipei a également pris la décision d'indiquer sa volonté de tolérer la double reconnaissance - en acceptant l'extension pour tout gouvernement étranger de la reconnaissance diplomatique simultanée de la RPC et de la ROC.


« C'est maintenant le bon moment de revoir cette image des bases militaires américaines dans le monde. Qui encercle qui ? » (source : @zhang_heqing)


« S’ils font la nôtre, je vais faire la leur : un Taïwanais dresse une carte des installations militaires chinoises » (Libération).

Capture d'écran de la carte de Joseph Wen sur les bases de l’armée chinoise (source : Google Maps - Joseph Wen)


« Distribution de restaurants taïwanais, chinois, japonais, coréens à Taipei. Il y a plus de restaurants japonais que chinois, selon les données. Les assiettes ne trichent pas. » (source : @yanchen00). Ce type de comparaison destiné à montrer l'influence culturelle trouve rapidement ses limites. Si l'on prenait les MacDo implantés aussi bien en Chine qu'à Taïwan, en déduirait-on une américanisation des deux pays ? 

« Les cartes du site Baidu Maps montrent qu'il y a 38 restaurants de ravioli du Shandong et 67 restaurants de nouille du Shanxi à Taipei. Taiwan a toujours fait partie de la Chine. L'enfant perdu depuis longtemps finira par rentrer chez lui » (@AmbassadeChine).



L'ambassade de Chine en France a diffusé sur Twitter le 9 août 2022 un message selon lequel un train à grande vitesse Pékin-Taipei relierait la Chine à Taïwan (source : @AmbassadeChine). La ligne à grande vitesse Pékin-Fuzhou (LGV Jing-fu) existe en fait déjà, mais c'est Baidu Maps qui semble avoir ajouté en pointillés le projet de pont maritime de 120 km pour rejoindre Taipei. Vu les divisions politiques entre la Chine et Taiwan, il y a peu de chances que le projet aboutisse, même s'il a été annoncé à grand renfort de communication par le président Xi Jinping depuis 2016.




Lien ajouté le 23 mars 2023

Lien ajouté le 22 juin 2023

Lien ajouté le 26 août 2024

Lien ajouté le 13 juillet 2025

« La Chine étudie les fonds marins où des rivaux navals pourraient un jour s'affronter » (The New York Times). Les navires de recherche chinois étudient les mers à des fins scientifiques et pour en extraire des ressources, mais les données qu’ils recueillent pourraient également être utiles en cas de conflit avec Taïwan ou les États-Unis.


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Le rôle des arbres urbains dans la réduction de la température de surface des villes européennes


Source de l'étude

Schwaab, J., Meier, R., Bürgi, C., Mussetti, G., Seneviratne, S. I. & Davin, E. L. The Role of Urban Trees in Reducing Land Surface Temperatures in European Cities. Nature Communications, 2021. 

Résumé

Les arbres urbains influencent les températures dans les villes. Cependant, leur efficacité à atténuer la chaleur urbaine dans différents contextes climatiques et par rapport aux espaces verts urbains sans arbres n'a pas encore été suffisamment explorée. Ici, nous utilisons les températures de surface terrestre (LST) par satellite à haute résolution et les données d'occupation du sol de 293 villes européennes pour déduire le potentiel des arbres urbains à réduire les LST. Nous montrons que les arbres urbains présentent des températures plus basses que le tissu urbain dans la plupart des villes européennes en été et pendant les périodes de canicule. Par rapport au tissu urbain continu, les LST observées pour les arbres urbains sont en moyenne inférieurs de 0 à 4° C dans les régions d'Europe du Sud et de 8 à 12° C en Europe centrale. Les espaces verts urbains sans arbres sont globalement moins efficaces pour réduire les LST, leur effet de refroidissement est environ 2 à 4 fois inférieur au refroidissement induit par les arbres urbains.

Pistes d'analyse et accès aux données

La chaleur extrême est un problème croissant pour les villes d'Europe. Les arbres peuvent refroidir la température de surface du sol de 12°C. Une analyse des données satellitaires de 293 villes d'Europe montre que les arbres ont un effet rafraîchissant contrairement aux autres espaces verts. Jonas Schwaab de l'ETH Zurich (Suisse) et ses collègues ont utilisé les données de T° de surface collectées par satellites pour comparer les différences de température entre les zones couvertes d'arbres, les espaces verts sans arbres, tels que les parcs, et le tissu urbain. Les résultats montrent que les arbres peuvent avoir un impact important sur les villes, mais comme l'ampleur de leurs effets varie, les stratégies d'atténuation de la chaleur doivent être adaptées à chaque région.

Variation régionale des écarts de température lors des extrêmes chauds entre les zones couvertes à 100% par les arbres urbains et les zones couvertes à 100 % par le tissu urbain continu (source : Schwaab et al., 2021)

Données téléchargeables pour 293 villes européennes : différences de températures de surface entre tissu urbain, arbres urbains et espaces verts urbains pour chaque ville + estimations d'albédo du tissu urbain et des forêts urbaines.

Les données permettent de conduire des comparaisons entre villes européennes (albédo, évapotranspiration des arbres, différences entre zones avec arbres et tissu urbain...).

Comparaison de l'albédo dans 293 villes européennes (source des données : Schwaab et al., 2021)



Pour compléter

Mapping Heat Vulnerability from Satellite Data (GISLounge)

Lorenzo Mentaschia, Grégory Duveiller, Grazia Zulian, Christina Corbane, Martino Pesaresi, Joachim Maes, Alessandro Stocchino, Luc Feyen, Global long-term mapping of surface temperature shows intensified intra-city urban heat island extremes, Global Environmental Change, Volume 72, January 2022.
 
La cartographie mondiale à long terme des températures de surface (LST) montre une intensification des extrêmes d'îlots de chaleur urbains intra-urbains. Les températures de surface sont généralement plus élevées dans les villes qu'en milieu rural. Ce phénomène, connu sous le nom d'îlot de chaleur urbain de surface (SUHI), augmente le risque de maladies humaines et de mortalité liées à la chaleur. Des études mondiales ont analysé ce phénomène agrégé à l'échelle de la ville ou sur des périodes saisonnières et annuelles, tandis que les impacts humains dépendent fortement du stress thermique à plus court terme subi localement. Dans cet article, les auteurs développent un ensemble de données mondiales à haute résolution à long terme sur le SUHI diurne, offrant un aperçu de la variabilité spatio-temporelle des différences de température urbaines-rurales qui est sans précédent à l'échelle mondiale.

Cet article paru dans la revue Nature invite à nuancer la relation entre végétation urbaine et qualité de l’air qui est plus complexe qu’on ne le pensait auparavant. Bien que le verdissement urbain puisse avoir des effets positifs sur la santé des résidents, l'étude suggère qu’il ne s’agit peut-être pas d’une mesure efficace de réduction de la pollution atmosphérique. "Bien que nous ayons constaté des effets mineurs d’amélioration de la végétation à l’échelle de l’arrondissement et de la ville, la végétation au niveau des rues peut exacerber la pollution de l’air. La réduction des émissions anthropiques plutôt que le verdissement urbain devrait être la priorité principale de l’amélioration de la qualité de l’air."



Amélie Deschamps, « La végétalisation de Paris vue au travers d’une carte : une capitale verte ? », Mappemonde [En ligne], 137 | 2024, http://journals.openedition.org/mappemonde/9238


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Étudier les mobilités résidentielles des jeunes Américains à partir du site Migration Patterns


Ce billet présente le site Migration Patterns proposé par le Census Bureau et Opportunity Insights. Il fournit des pistes d'exploitation pédagogique pour travailler sur les mobilités résidentielles aux Etats-Unis à partir d'une carte interactive.


Interface de la cartographie interactive proposée par le site Migration Patterns



I) Présentation et prise en main du site Migration Patterns

Présentation de l'application en ligne

Migration Patterns est une carte interactive de l'US Census Bureau et de l'Université de Harvard qui montre les zones géographiques où les jeunes Américains s'installent. La carte permet de cliquer sur n'importe quelle "zone de navettage" (commuting zone) pour voir où les jeunes adultes « se déplacent entre l'enfance (lieu de vie à 16 ans) et le jeune âge adulte (lieu de vie à 26 ans) ». Le site peut être utilisé de plusieurs manières :

  • en déplaçant la souris à la surface de la carte interactive de manière à faire apparaître les aires d'origine/destination (plus la couleur est bleue, plus le pourcentage de jeunes adultes ayant déménagé depuis ou vers ces zones est important) ;
  • en cliquant sur une zone de navettage au choix (celle-ci devient orange) ou en utilisant le moteur de recherche pour savoir combien de jeunes adultes sont restés sur place et sur quelle distance ils ont déménagé en moyenne pour leur travail et si cette distance est inférieure ou supérieure à la moyenne nationale (181 miles) ;
  • en sélectionnant les options fournies qui permettent d'examiner les schémas de migration pour des groupes démographiques spécifiques (Noirs, Hispaniques, Blancs, Asiatiques) et par rapport au niveau de revenu des parents. L'application permet de comparer avec les zones de navettage du même Etat ou du reste des Etats-Unis.
La prise en main du site est guidée à travers la présentation de deux exemples différents : Indianapolis et Denver, où 73% et 52% de jeunes sont respectivement restés sur place. 


Données et méthodologie

Le site utilise les données fiscales de l'Etat fédéral pour les années 1994, 1995, 1998-2018 en lien avec les données de recensement 2000 et 2010, les données de l'American Community Survey de 2005-2018 et les informations d'adressage du ministère du Logement et du Développement urbain. L'échantillon d'analyse couvre les enfants nés entre 1984 et 1992 à partir de leur lieu de vie à 16 ans et à 26 ans. Les données sont sujettes à des erreurs dues à la variation d'échantillonnage et à l'ajout de bruit pour éviter la divulgation de données privées. 

Il s'agit de montrer l'incidence géographique de la croissance du marché du travail local en fonction des lieux de résidence dans l'enfance. La question principale est la suivante : lorsque les salaires augmentent sur un marché du travail américain donné, les avantages vont-ils aux individus qui grandissent dans des aires proches ou dans des aires éloignées ? Cette matrice de migration montre que 80% des jeunes adultes migrent à moins de 100 miles de l'endroit où ils ont grandi. 90% migrent à moins de 500 miles. Les distances de migration sont plus courtes pour les personnes noires et hispaniques et pour celles issues de familles à faible revenu. Ces modèles de migration fournissent des informations sur l'incidence géographique de premier ordre de la croissance des salaires locaux. Ils sont issus de résultats de recherche dans le cadre d'une collaboration entre l'US Census Bureau et l'Université de Harvard. Les opinions et conclusions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément les vues de l'US Census Bureau. 

Atouts et limites de ce site de cartographie interactive

Les données sont téléchargeables sous forme de fichier zip (274 Mo). Il convient de remarquer qu'elles ne prennent pas en compte le dernier recensement de 2020 et qu'elles sont représentées assez classiquement sous forme de carte choroplèthe (aires de départ/arrivée), alors qu'on pourrait avoir des cartes de flux origine-destination. La cartographie interactive est malgré tout intéressante, elle permet de faire ressortir des schémas (patterns) de mobilité et de mettre en évidence des logiques de proximité/éloignement géographique. L'idée que les mobilités résidentielles des 16-26 ans seraient principalement motivées par le marché du travail peut également être discutée. 

Pour en savoir plus sur la méthodologie, voir l'article de Ben Sprung-Keyser, Nathaniel Hendren et Sonya Porter (juillet 2022) :
The Radius of Economic Opportunity : Evidence from Migration and Local Labor Markets


II) Pistes d'exploitation pédagogique pour analyser les mobilités résidentielles

1) Faire apparaître les logiques de proximité en montrant les aires d'attraction à l'échelle locale ou régionale

Voici par exemple le cas de Kansas City dont l'aire d'attraction est principalement locale. On peut prendre d'autres cas semblables ou différents...


2) Mesurer les limites des logiques de proximité, notamment pour les grandes villes qui peuvent attirer des jeunes (ou en envoyer vers) d'autres régions des Etats Unis. 

Voici par exemple le cas de San Francisco. On peut prendre d'autres cas semblables ou différents...


3) Montrer les différences selon l'appartenance ethnique et/ou les revenus des parents

Voici le cas Saint-Louis. 81% des jeunes adultes noirs restent dans la ville. Lorsqu'ils déménagent, c'est par exemple vers Atlanta, surtout pour les Noirs à revenus supérieurs. On peut prendre des exemples montrant des schémas migratoires semblables ou différents.





Ces analyses sont à recroiser avec les dynamiques démographiques des différents états des Etats-Unis, mais également avec le capital social des jeunes Américains. En utilisant des données de Facebook, l'Atlas du capital social produit par Opportunity Insights mesure plusieurs types de capital social dans chaque quartier, lycée et établissement d'enseignement supérieur des États-Unis.


Liens ajoutés le 15 août 2022


Lien ajouté le 20 août 2022
Lien ajouté le 3 février 2025

"Explorer les territoires autrement : défis et potentiels des données dérivées" (Institut Paris Région).

Que ce soit par l’essor du télétravail, l’émergence de nouvelles aspirations résidentielles ou encore des arbitrages financiers inédits, ces transformations, parfois combinées, ont influencé les dynamiques territoriales et amené les collectivités à s’interroger sur la pertinence et le dimensionnement de leurs politiques publiques. Dans ce contexte, les évolutions démographiques ont constitué l’un des questionnements les plus prégnants pour réorganiser rapidement les services aux populations à la sortie de la crise sanitaire. Mais quelles données mobiliser lorsque les statistiques institutionnelles se trouvent dépassées par la rapidité des transformations des modes de vie ? Si l’on se tourne vers des données alternatives comme les données dérivées, plusieurs précautions s’imposent. Cette chronique propose un retour d’expérience sur l’utilisation des données de réexpéditions de courrier produites par le Groupe La Poste. 

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La carte, objet éminemment politique. La vision réciproque de la Russie et de l'Europe à travers la guerre en Ukraine


Sources : fil Twitter de @Saveliev_David et de @IanRicksecker (historien, spécialiste de la propagande russe) "Russian imperialist fantasy map".

Les relations de la Russie et de l'Europe ont toujours été complexes et ambiguës. La guerre en Ukraine a conduit récemment à une dégradation de ces relations. Deux cartes diffusées sur Internet et sur les réseaux sociaux viennent en témoigner. Au delà de leur caractère satirique, elles renvoient à deux visions antagonistes.

La première carte, publiée dans le cadre du Forum des Nations libres de Russie réuni à Prague en juillet 2022, montre une « Communauté libre de Russie » composée de 34 entités. Le Free Russia Forum a été fondé par l'ancien champion du monde d'échecs et militant politique Garry Kasparov et Ivan Tyutrin, ancien directeur exécutif de Solidarnost, un mouvement politique (libéral, anti-Poutine) fondé en 2008. Le Forum a adopté une déclaration sur la « décolonisation de la Russie » prônant une « reconstruction radicale et une transformation structurelle » du pays ainsi qu'une « transition d'un État impérial autoritaire à un accord volontaire de pays libres, indépendants et démocratiques ». La carte, relayée sur le site Euromaidan et sur le réseau de messagerie Telegram, a été reçue comme une véritable provocation par le Kremlin. 


Titre : « Décolonisation de la Russie et recommandation. Il est temps pour les peuples et les régions autochtones de retourner à leur indépendance et à leur souveraineté » (source : Euromaidan)



Cette carte renvoie à une vision politique : celle d'un empire colonial à détruire et à démembrer au profit de nations indépendantes. On en trouve un écho par exemple dans un article d'Atlantic (Decolonize Russia) qui se conclut ainsi : « La Russie a lancé la plus grande guerre que le monde ait connue depuis des décennies, le tout au service de l'empire. Pour éviter le risque de nouvelles guerres et d'autres effusions de sang, le Kremlin doit perdre l'empire qu'il conserve encore. Le projet de décolonisation russe doit enfin être achevé. » 

Comme le montre Kevork Oskanian, aborder les tendances néo-impériales de la Russie est tout sauf simple (The fraught complexities of decolonising Russia) : « cette perception de la Russie comme un empire conquérant a une histoire mouvementée en Occident au gré des relations avec Moscou, qui ont connu des hauts et des bas depuis la fin de la Guerre froide. En fait, la Fédération de Russie était rarement qualifiée d'empire avant l'invasion de la Géorgie en 2008 [...] Les plans visant à démembrer la Fédération de Russie elle-même sont farfelus et dangereux, notamment pour les nations et les peuples qui l'habitent et qui l'entourent [...] Il est donc important de voir le problème de la "décolonisation" de la Russie non pas en termes d'entité territoriale, mais en tant que rapport à un pouvoir vertical, autoritaire et hiérarchique ». 

La deuxième carte, diffusée par @Ordinaryszarizm sur Twitter et Russia Telegram, est une réponse à la précédente. Elle montre une Europe fragmentée en micro-territoires correspondant à la division de l'Occident avant la construction des états-nations : une vision très slavophile d'un Occident morcelé où seule la Russie et la Serbie ont un grand territoire (la Russie ayant annexé l'Ukraine, la Finlande, la Biélorussie et les pays baltes). Cette deuxième carte traduit tout un imaginaire impérial russe. La recréation de la Yougoslavie avec l'Albanie ainsi que la renaissance de l'Union soviétique sont le message explicite de cette carte. 

Titre : « Décolonisation de l'Europe. Carte des nations libres dans une post Europe. Il est temps pour les peuples et nations autochtones de recouvrer leur souveraineté »  (source : Russia Telegram)


Cette carte, pour le moins anachronique, mélange des références au Moyen-Age, à la Seconde mondiale et à l'époque récente. Elle montre des Etats européens démembrés : le Royaume-Uni et l'Espagne éclatés en plusieurs royaumes dont les noms évoquent le Moyen-Age, la France divisée en plusieurs républiques fédératives, l'Allemagne morcelée en principautés comme au temps du Saint Empire romain germanique (mais avec le couloir de Danzig et la RDA), "l'Etat islamique de Rome et Naples" sans parler des "émirats de Paris" ou "de Londres" (sic) !

Même si elles sont très différentes, les deux cartes ont en commun de montrer des pays morcelés et opposés les uns aux autres. On est très loin de la fraternité des peuples entre eux comme en témoigne un article de Mediapart (L'amitié entre les peuples, un mythe en miettes) : «  Alors que la guerre se fige à l’est de l’Ukraine, plusieurs voix dénoncent avec fracas un énième épisode colonial russe, ultime avatar de l’impérialisme tsariste puis soviétique, visant à placer Kyiv sous la domination définitive de Moscou. Ces intellectuels en appellent à un regard "décolonial" sur la Russie, passant en premier lieu par la culture. Le débat n’est pas circonscrit à l’Ukraine. Dans le Caucase comme en Asie centrale, la perspective décoloniale fait son chemin, même si elle bute souvent sur des élites politiques frileuses à engager un travail mémoriel susceptible de remettre en cause leur propre pouvoir. » 


Pour compléter

Guerre en Ukraine : Poutine accuse l'Occident de vouloir faire de la Russie une "colonie" (L'Express).

Jean-Paul Bord (2003). Cartographie, géographie et propagande. De quelques cas dans l'Europe de l'après-guerre. Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2003/4, n°80, p. 15-24 (consultable sur Cairn).

Sabine Dullin (2022). Un impérialisme révélé dans la guerre. La Russie à nu (Cogito).

Botakoz Kassymbekova, Aminat Chokobaeva (2023). Expropriation, assimilation, elimination : Understanding Soviet Settler Colonialism (South South Movement).

Cartes de propagande (Persuasive maps).
La Cornell University Library consacre une collection complète aux cartes de propagande. Voir notamment les cartes de propagande portant sur la Russie et sur l'URSS.

Carte satirique de l'Europe à la fin de la guerre de Crimée (Wikimedia). L'ours russe, enchaîné par le traité de Paris (1856) s'est blessé la patte en Crimée.

Carte caricature montrant la situation politique en Europe en 1877 (dans la vision occidentale, l'empire russe est identifié à une pieuvre qui étend ses tentacules sur l'Europe et le Moyen-Orient). 



Lien ajouté le 24 novembre 2022

Lien ajouté le 25 février 2023

Liens ajoutés le 4 juin 2023


Lien ajouté le 5 septembre 2023

Lien ajouté le 8 septembre 2023

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Cartographier les dommages subis par les populations civiles en Ukraine (Bellingcat)