Quand les artistes dessinaient les cartes (exposition aux Archives nationales)

Vues et figures de l'espace français, Moyen Âge et Renaissance



1) Une exposition aux Archives Nationales (25 septembre 2019 - 7 janvier 2020)

Archives nationales site de Paris - Hôtel Soubise
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/quand-les-artistes-dessinaient-les-cartes

Survoler ou parcourir les villes et campagnes de France du Moyen Âge et de la Renaissance ? Découvrir une autre cartographie, aux confins du relevé, de l'observation et de l'art ? C'est à cela qu'invite l'exposition Quand les artistes dessinaient les cartes. Vues et figures de l'espace français, Moyen Âge et Renaissance.


Ces « figures » (comme on les appelait à l'époque) sont spectaculaires : manuscrites, peintes sur du parchemin, parfois de très grand format (certaines font plus de 5 mètres de long), elles sont finement dessinées, joliment colorées, abondamment annotées, indéniablement pittoresques. Elles sont aussi très variées. De fait, la plupart ont été faites par des artistes, parfois parmi les plus renommés de leur époque : Léonard de Vinci, Bernard Palissy, Jean Cousin… Précédant la mise au point des normes et outils cartographiques « modernes », les auteurs ont usé de procédés originaux pour restituer l'espace : relevé empirique et observation du terrain depuis un point élevé (clocher, éminence), représentation des lieux en plan ou en perspective, par vue panoramique, aérienne ou plongeante. Elles se trouvent ainsi au confluent de l'art et de la cartographie dont l'évolution, à la même période, vers la construction mathématique et le support imprimé sera aussi évoquée.

Assez curieusement, aucune de ces cartes n'était faite pour montrer le chemin d'un lieu à un autre ou pour guider le voyageur. Faites à la demande de commanditaires prestigieux (rois, princes, abbayes, villes), elles étaient liées à des pratiques de gouvernement. Elles délimitaient une frontière ou des droits, aidaient à trancher des procès, illustraient des travaux d'aménagement, appuyaient des opérations militaires, décrivaient des événements historiques, cataloguaient des possessions ou célébraient l'identité d'un lieu ou d'un territoire. Ces usages expliquent le souci d'exactitude et de véracité du dessin, mais aussi parfois certaines déformations ou occultations de la réalité.

A l'heure du GPS, de Google View et Google Earth, qui remettent d'actualité l'ambition d'embrasser par le regard un large espace à l'aide d'une image le reproduisant, ces cartes « au vrai » ne laissent pas de nous surprendre et de nous faire réfléchir sur notre rapport à l'espace et sa retranscription. A travers cette exposition, les Archives nationales ont pour ambition de porter à la connaissance de tous ces documents méconnus, et dont la plupart seront exposés pour la première fois au public.
Accompagnement pédagogique
Vernissage pédagogique en présence de Juliette Dumasy, commissaire de l'exposition.
Mercredi 25 septembre  de 14h30 à 16h30. Ouvert aux enseignants de tous niveaux et de toutes les disciplines.
Inscription auprès du service éducatif

Visite-atelier - L'île des mers perdues De la carte rêvée à la carte scientifique
Après la visite de l'exposition, il est proposé aux élèves de réaliser une carte. Au choix : soit une carte imaginaire , soit une carte scientifique en utilisant les procédés cartographiques et géographiques du XVIIIe siècle.
Pour une meilleure circulation dans l'exposition, les classes sont systématiquement dédoublées.
Durée : 2h

Visite virtuelle de l'exposition


2) La presse en parle

"Expo : quand la cartographie du Moyen-Âge réglait les querelles de clocher" (Télérama)

Quand les artistes dessinaient les cartes (Le cours de l'histoire, France Culture)
Peut-on considérer une carte comme une oeuvre d'art ? Dans quelle mesure l’étude de la cartographie sous l’angle artistique remet également en question certains principes de l’histoire de la cartographie ?

Le journal The Guardian revient sur cette combinaison magique entre l'art et la science à travers un article : The perfect combination of art and science : mourning the end of paper maps (The Guardian).






3) Quelques cartes remarquables
Ce dessin appartenant à une histoire généalogique des rois de France est la première carte connue représentant la France indépendamment de l'Europe. La carte montre une France bien différente du fameux hexagone orienté vers le nord : au XVe siècle la France est décrite comme un losange ou comme un carré. Quatre rivières vertes définissent le royaume : de gauche à droite, la Meuse, a Seine, la Loire et la Gironde. En bas est figurée la Manche dénommée ici mer d'Angleterre. En haut se trouve la Saône à gauche, prolongée par le Rhône à droite. Il n'y a aucune mention de la mer Méditerranée (voir la carte de France à la mort de Charles VII en 1461).


Léonard Dauphant en donne une lecture dans un article publié dans L'Histoire (Comment on imaginait la France au Moyen Age, n°460, juin 2019). Même si très peu avaient accès aux cartes, les hommes et les femmes du Moyen Age savaient se représenter leur territoire.
http://factuel.univ-lorraine.fr/sites/factuel.univ-lorraine.fr/files/files/2019/u63/histoire.pdf

"Cette carte de France, qui est plutôt un schéma mental dessiné, a été découverte par la médiéviste américaine Camille Serchuk dans une chronique conservée à la BNF, A tous nobles, écrite en 1461. La France est une surface, peut-être un losange, semée de villes et orientée avec l’ouest en bas. .. Si on veut lire cette image comme un espace quadrillé et homogène (c’est-à-dire comme une carte moderne), on est forcé de conclure à une mauvaise maîtrise géographique. En fait, le peintre a associé plusieurs listes de lieux dans les deux dimensions du parchemin."

Découverte par Gaël Lebreto, la carte de Castelferrus est un document juridique commandité à un peintre, afin de régler un litige entre le village de Castelferrus et celui Saint-Aignan. Le litige concerne l'autorisation d'enterrer ou non les morts à Castelferrus et de délaisser l’église et le cimetière de Saint-Aignan. Avec près de deux mètres de long sur un de large, la carte de Castelferrus n’est pas un document de travail, c’est une fresque. Le concept de vue figurée comme pièce de procès reprend les principes de la preuve par le témoignage des anciens : elle se fixe pour objectif de fournir un point de vue clair et être reconnu de tous.

 



Articles connexes

Hors du monde : la carte et l'imaginaire - Exposition cartographique

L'exposition Mapping out : quand les artistes s'emparent de l'imaginaire des cartes

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center

Des cartes du monde dans le style d'artistes célèbres créées par intelligence artificielle



Simuler des scénarios de tremblement de terre en utilisant des cartes

Signalé par Google Mania, Mapping Earthquake Scenarios, 15 août 2019.

La simulation de scénarios de tremblement de terre commence à être à la portée du grand public grâce à des outils de cartographie proposés sur Internet. Le site Google Mania recense quelques ressources en la matière.

Le LA Times a publié une carte interactive qui permet de visualiser des scénarios de tremblement de terre en Californie. Le journal a travaillé avec l'USGS pour identifier 14 scénarios sismiques significatifs qui pourraient frapper le long des lignes de faille de la Californie. Il suffit d'entrer une adresse dans le moteur de recherche et aussitôt apparaissent les effets probables d'un séisme à partir de cet épicentre avec estimation des dommages matériels et humains. La carte montre le pire des 14 scénarios pour votre adresse. Ce n'est pas nécessairement le pire tremblement de terre qui pourrait se produire à cet endroit. L'USGS a en effet modélisé 300 scénarios rien que pour l'état de Californie. Pour des raisons de simplification et de rapidité, la carte du LA Times n’utilise que 14 de ces scénarios.



OpenQuake Map Viewer fournit des visualisations gratuites à code source ouvert sur les risques sismiques dans le monde. Chacune de ces visualisations est produite par OpenQuake, un logiciel de calcul du risque sismique. L'intérêt est de pouvoir disposer de trois types de cartes : celle des aléas, celle des risques et celle de l'exposition aux risques sismiques.



La carte mondiale permet d'évaluer les différents niveaux d'exposition aux risques sismiques selon les pays et les territoires. En cliquant sur un pays, on peut faire apparaître le coût annuel pour les bâtiments résidentiels, industriels ou commerciaux et télécharger le profil OpenQuake complet pour n’importe quel pays.


Un globe terrestre animé permet de montrer une année de séismes (de juillet 2017 à juillet 2018). Dans la version interactive en ligne, vous pouvez cliquer sur chaque tremblement de terre pour en savoir plus. Attention : la profondeur du séisme est exagérée d’un facteur 8. Les séismes ne pénètrent pas dans le noyau terrestre, mais restent en général en surface. Une data visualisation plus spectaculaire que scientifique. A voir : http://t.co/zK1x2jr7ok?amp=1


Liens ajoutés le 12 mars 2021



Articles annexes
 


Carte-poster des tremblements de terre dans le monde de 1900 à 2018 (USGS)

Cartes-posters sur les tsunamis, tremblements de terre et éruptions volcaniques dans le monde (NOOA, 2022)


Une anamorphose originale montrant l'exposition accrue des populations au risque volcanique

Cartographier la trajectoire des cyclones avec des données en temps réel

Analyser et discuter les cartes de risques : exemple à partir de l'Indice mondial des risques climatiques

Etudier les risques de pénurie d'eau dans le monde avec l'Atlas Aqueduct du WRI




Cartographie de la mémoire : espace et histoire au Mexique au XVIe siècle (exposition)


Signalé par le site NonAllergic, Mapping non european visions of the World, 14 août 2019.

Le Blanton Museum of Art d'Austin (Texas) propose, dans le cadre d'une exposition sur la Cartographie de la mémoire : espace et histoire au Mexique au XVIe siècle, 20 cartes dessinées par des artistes autochtones à la demande des Espagnols entre 1579 et 1581. Ces cartes illustrent la fusion de traditions visuelles au cours des premières années de contact entre les populations indigènes et les colonisateurs espagnols.

Les cartes ont été élaborées en Nouvelle-Espagne en 1577 par le Bureau de la Cronista Mayor-Cosmógrafo. À la suite des décrets du roi Philippe II, ce bureau a recensé officiellement les propriétés coloniales de l’Espagne. Il a rédigé, imprimé et distribué un questionnaire de 50 questions à des responsables locaux des vice-rois de Nouvelle-Espagne et du Pérou, afin de recueillir des informations sur le paysage et les peuples. Sous la dénomination générale de "géographiques", ces enquêtes portaient sur une très grande variété de thèmes : démographie, économie, implantations humaines, nature et viabilité des routes, conditions sanitaires, limites des circonscriptions administratives et ecclésiastiques, etc. Les questionnaires ont été retournés entre 1579 et 1585 et plusieurs d’entre eux étaient accompagnés de cartes. Les réponses à ces questionnaires sont connues sous le nom de Relaciones geográficas.

Pour voir les Relaciones geográficas, consulter la Benson Interactive Map :
http://arcg.is/WL9P1

Accès direct aux cartes avec les fichiers à télécharger :
http://llilasbensondigitalscholarship.carto.com/builder/29cc1ac0-493f-4f4a-92f0-dcfc23f614e2/embed

L'université du Texas à Austin a numérisé et mis en ligne en 2022 l'ensemble de la collection Benson des Relaciones Geográficas (voir cette sélection de 37 documents qui comportent des cartes).
 



La plupart des cartes ont été élaborées à l'aquarelle et à l'encre sur papier. Le style de chacune est unique, de même que les couleurs et les coups de pinceau ; la plupart mesurent de 16 à 24 pouces sur 24 à 36 pouces, et correspondent à des compositions de paysages et de portraits. Certaines sont de plus grande taille, telle par exemple la carte de la communauté de Teozacoalco (dans l'actuel Oaxaca).

Représentation visuelle de Teozacoalco, situé dans le diocèse d'Oaxaca



Créée par un artiste indigène inconnu, cette carte représente la région de Teozacoalco d'un point de vue à la fois géographique et historique. La représentation géographique apparaît sous la forme d'un cercle dans la partie droite de l'image. La frontière de ce cercle constitue la limite de la juridiction de Teozacoalco. Il y a 44 glyphes sur la limite extérieure représentant les communautés habitant dans ce royaume. La ville de Teozacoalco avec son église et sa place est visible au milieu gauche du cercle. Une légende identifie la ville ainsi qu'une description des maisons centrales comme "Estas son las casas de don Felipe y de don Francisco su hijo, señores naturales de este pueblo." [Ce sont les maisons de Don Felipe et Don Francisco son fils, seigneurs naturels de cette ville]. La représentation géographique de la région est parsemée de rivières, de routes et de chaînes de montagnes. On peut trouver 16 villes identifiées soit par une structure ressemblant à une église, soit par un toponyme et une légende correspondante répertoriant les noms des villes en espagnol et en mixteca. La partie gauche de la carte correspond à une généalogie historique des habitants de la région. Les deux colonnes de gauche sont à l'extérieur du cercle géographique tandis que la troisième colonne est posée dans la partie géographique, reliant les deux parties du manuscrit. La généalogie décrit les mariages ou unions entre les membres de la région au fil des générations. Selon le savant René Acuña, la généalogie représente les unions de 972 à 1580 après JC, l'année où la carte a été créée. 

L'exposition du Blanton Museum of Art d'Austin célèbre les 500 ans de la création du Mexique suite à l'expédition de Cortès en 1519. Elle s'accompagne de nombreux liens et ressources sur le site :

Sur les cartes des Relaciones geográficas et la cartographie autochtone


Barbara E. Mundy. The Mapping of New Spain: Indigenous Cartography and the Maps of the Relaciones Geograficas. Chicago: University of Chicago Press, 1996.

Alex Hidalgo. A Trail of Footprints. A History of Indigenous Maps From Viceregal Mexico. Austin: The University of Texas Press, 2019.

Logan Wagner, Hal Box, and Susan Morehead. Ancient Origins of the Mexican Plaza: From Primordial Sea to Public Space. Austin: The University of Texas Press, 2013

Alessandra Russo. El realismo circular: tierras, espacios y paisajes de la cartografía indígena novohispana siglos XVI y XVII. México City: Universidad Nacional Autónoma de México, Instituto de Investigaciones Estéticas, 2005.

Mercedes Montes de Oca Vega, et. al. Cartografía de tradición hispanoindígena: mapas de mercedes de tierra, siglos XVI y XVII. México City: Universidad Nacional Autónoma de México: Archivo General de la Nación, 2003.

Mapping Latin America: a cartographic reader. Edited by Jordana Dym and Karl Offen. Chicago and London: The University of Chicago Press, 2011.

Mary Elizabeth Haude. “Identification of Colorants on Maps From the Early Colonial Period of New Spain (Mexico),” Journal of the American Institute for Conservation, Vol. 37, Num. 3, 1998,  pp. 240-270. 

Sur la manière de repenser la conquête du Mexique


Sur la cartographie européenne


Denis Wood with John Fels. The power of maps. New York: Guilford Press, 1992.

Matthew H. Edney. Cartography. The Ideal and Its History. Chicago: University of Chicago Press, 2019.

Sur Mariana Castillo Deball

Mariana Castillo Deball : Finding oneself outside 
https://www.newmuseum.org/exhibitions/view/mariana-castillo-deball

Sur la collection latino-américaine Nettie Lee Benson


A Library for the Americas. The Nettie Lee Benson Latin American Collection. Julianne Gilland and José Montelongo, editors. Austin, The University of Texas Press, 2018.


Lien ajouté le 22 janvier 2022

Articles connexes


Étudier les risques de pénurie d'eau dans le monde avec l'Atlas Aqueduct du WRI


Le World Resources Institute (voir notre présentation de ce site) a publié en août 2019 un nouveau rapport concernant les risques de pénurie liés à l'eau.



Selon ce rapport du WRI, "plusieurs pays représentant un quart de la population mondiale sont de plus en plus confrontés à la perspective de manquer d’eau". À l’horizon 2030, environ 470 millions de personnes seront en proie à un manque d’eau. D'ores et déjà 17 pays (surtout en Afrique du Nord et au Moyen-Orient) sont confrontés au stress hydrique. Dans ces 17 pays confrontés à un stress hydrique "extrêmement élevé", les besoins pour l'agriculture, l'industrie et la consommation des ménages absorbent jusqu'à 80% des eaux de surface et des eaux souterraines disponibles au cours d'une année moyenne. 

Les experts ont identifié la pénurie d’eau comme un des facteurs pouvant exacerber les conflits et augmenter les migrations. Dans le nord de l'Inde, la pénurie d'eau est également inquiétante. L’Inde, classée 13ème sur la liste des pays soumis à un stress extrême, est plus de trois fois plus peuplée que les 16 autres pays de cette catégorie. Le nord de l’Inde est confronté à un grave épuisement des eaux souterraines. "Ce qu'on appelle aujourd'hui « le jour zéro » - le jour où les robinets se tarissent - concerne des grandes villes comme Le Cap, São Paolo ou Chennai. Ces villes ne sont que quelques exemples parmi d'autres de l'impact du stress hydrique sur les personnes, les moyens de subsistance et les entreprises du monde entier".

Les 17 pays les plus menacés par le stress hydrique (source : Bloomberg)


 
Le stress hydrique peut être réduit par des mesures allant du sens commun à la mise en oeuvre de technologies de pointe. Parmi les innombrables solutions, le rapport du WRI propose trois manières simples de réduire le stress hydrique :

1. Augmenter l'efficacité agricole : le monde doit faire en sorte que chaque goutte d'eau serve davantage son système alimentaire. Les agriculteurs peuvent utiliser des semences nécessitant moins d'eau et améliorer leurs techniques d'irrigation en utilisant un arrosage de précision plutôt qu'en inondant leurs champs. Les bailleurs de fonds peuvent fournir des capitaux pour les investissements dans la productivité de l'eau, tandis que les ingénieurs peuvent développer des technologies qui améliorent l'efficacité dans l'agriculture. Et les consommateurs peuvent réduire les pertes et les gaspillages alimentaires, qui représentent un quart de toute l'eau utilisée pour l'agriculture.

2. Investir dans les infrastructures "grises" et "vertes" : les nouvelles données d’Aqueduct montrent que le stress hydrique peut varier considérablement au cours de l’année. Les recherches de WRI et de la Banque mondiale montrent que les infrastructures bâties (comme les canalisations et les usines de traitement) et les infrastructures vertes (comme les zones humides et les bassins versants sains) peuvent concourir à résoudre les problèmes d’approvisionnement en eau et de qualité de l’eau.

3. Traiter, réutiliser et recycler : nous devons cesser de considérer les eaux usées comme des déchets. La traiter et la réutiliser créent une « nouvelle » source d’eau. Il existe également des ressources utiles dans les eaux usées qui peuvent être récoltées pour aider à réduire les coûts de traitement de l'eau. Par exemple, des usines de Xiangyang, en Chine et de Washington, D.C., réutilisent ou vendent les sous-produits riches en énergie et en nutriments capturés lors du traitement des eaux usées.

A partir des données Aqueduct du WRI, le New York Times a réalisé une carte de synthèse et des graphiques qui aident à se représenter les risques liés à la pénurie d'eau (avec une projection jusqu'en 2040) :

Les entreprises sont engagées dans cette lutte pour économiser l'eau. Mais comme le montre le rapport et la carte produits par l'organisation non lucrative CDP, les entreprises sont loin de toutes diminuer leurs prélèvements en eau :

Les outils d’Aqueduct permettent de cartographier différents risques liés à l’eau, tels que les inondations, les sécheresses et le stress hydrique, à l’aide de données en open source régulièrement mises à jour. Aqueduct inclut désormais 13 indicateurs de risque pour l’eau, y compris de nouvelles données tels que la disponibilité ou l’épuisement des eaux souterraines, ainsi que des instantanés mensuels concernant le stress hydrique ou la variabilité des ressources en eau.

Pour accéder aux différents outils proposés par Aqueduct : 

Pour consulter l'Atlas mondial des risques liés à l'eau :
http://www.wri.org/applications/aqueduct/water-risk-atlas/

Pour télécharger Aqueduct Global Maps 3.0 :
http://www.wri.org/aqueduct/data

Pour accéder aux données Aqueduct (y compris SIG) :
http://datasets.wri.org/

Le rapport du GIEC (voir résumé en français) publié en août 2019, qui concerne les moyens de lutter contre la dégradation des sols et de prévenir (ou de s'adapter) aux changements climatiques, évoque également ces risques liés à la rareté de l'eau en zones arides, aux dégâts causés par le feu, à la dégradation du pergélisol et à l'instabilité des systèmes alimentaires, même pour un réchauffement planétaire d'environ 1,5 °. 

Accès au rapport 2019 du GIEC :

Quelques exemples :

La cartographie de l'intensité de la sécheresse sur 5 ans aux États-Unis
https://t.co/hmFVEu5Rwr?amp=1

La localisation des terres dédiées respectivement à l'agriculture irriguée et à l'agriculture pluviale en Inde
https://t.co/uYREvofFag?amp=1


Liens ajoutés le 11 janvier 2021

Lien ajouté le 23 juillet 2022

Lien ajouté le 25 août 2023

L’ ensemble de données Aqueduct 4.0 sur les risques liés à l’eau à l’échelle mondiale, développé par le World Resources Institute (WRI), est désormais disponible dans ArcGIS Living Atlas of the World.



Lien ajouté le 30 septembre 2025

"La première émergence d’une pénurie d’eau mondiale sans précédent dans l’Anthropocène" (Nature Communications)

Vecchia Ravinandrasana (Université d'Helsinki) et Christian Franzke (Université d'Hambourg) expliquent que le réchauffement humain bouleverse le cycle de l’eau. Leur étude montre quand et où apparaîtront les premières sécheresses extrêmes menaçant directement l’approvisionnement mondial. Le changement climatique anthropique devrait provoquer une « sécheresse du jour zéro », lorsque la demande en eau dépassera l’offre, qui surviendra dès 2030 et se produira plus fréquemment que ne le permet la récupération, ce qui pose des risques croissants pour les régions du monde entier. Les chercheurs décrivent le "Day Zero Drought", moment où l’eau disponible ne suffit plus à la demande. L’exemple du Cap en 2018 illustre ce risque : après trois ans de déficit pluviométrique, les réservoirs qui fournissaient 96% de l’eau de la ville étaient presque vides. 

Contrairement aux sécheresses classiques, le "Day Zero Drought" combine manque prolongé de pluie, baisse durable des débits fluviaux et hausse de la consommation. C’est un événement rare et extrême qui peut mettre à l’arrêt des réservoirs essentiels à des millions d’habitants. L’étude mesure le "Time of First Emergence" (ToFE), c’est-à-dire la première décennie où un tel événement est attribuable avec 99% de certitude aux activités humaines. Cela permet d’identifier le rôle du changement climatique dans l’apparition de ces crises hydriques. Les résultats montrent que plusieurs régions sont très exposées : Méditerranée, Afrique australe, sud des États-Unis, Inde, nord de la Chine. Dans ces zones, la demande croissante et les sécheresses répétées font planer un risque de manque d’eau à grande échelle. Selon les projections, 35% des régions connaîtront un premier épisode de "Day Zero Drought" entre 2020 et 2030. À l’horizon 2100, près de 74% des terres habitées pourraient être concernées si le réchauffement suit un scénario d’émissions élevées. L’étude estime que 753 millions de personnes seront exposées, dont 467 millions en zones urbaines. La Méditerranée concentre à elle seule près de 200 millions d’urbains à risque, tandis que l’Afrique et l’Asie voient surtout leurs campagnes menacées. Les auteurs soulignent que ces sécheresses dureront parfois plus de 4 ans avec peu de répit, ce qui limitera la récupération des sociétés et des écosystèmes. L’étude conclut que le "Day Zero Drought" représente un défi global majeur pour le XXIe siècle.

Articles connexes





Utiliser la plateforme Urban TEP pour étudier les régions urbaines dans le monde


Signalé par GIS Lounge - Mapping the Human Footprint, 7 août 2019

L'Agence spatiale européenne (ESA) propose plusieurs plateformes d'exploration thématique (TEP) pour étudier la Terre à partir d'images satellitaires. Un portail permet d'accéder à ces différentes plateformes, chacune étant consacrée à une thématique : régions urbaines, espaces côtiers, zones forestières, risques majeurs, hydrologie, sécurité alimentaire : http://tep.eo.esa.int/


La plateforme d'exploration thématique Urban TEP est consacrée plus spécifiquement à l'étude des aires urbaines et à leurs évolutions : http://urban-tep.eu/

De l'espace, l'un des signes les plus visibles de l'activité humaine est la présence de grandes villes et de régions urbaines. Les aires urbaines ont connu une croissance très rapide au cours des deux derniers siècles, y compris dans les pays en développement. La cartographie de ce changement constitue un objectif majeur, notamment pour planifier l'aménagement urbain.

Parrainée par l'Agence spatiale européenne (ESA), Urban TEP est la première plateforme qui combine des images optiques et des images radars afin de proposer une carte de l'empreinte urbaine à l'échelle de l'ensemble de la planète. Cela permet aux chercheurs et aux aménageurs d’avoir accès à des cartes qui peuvent être utilisées pour documenter la croissance et le changement urbains dans différents pays, où la planification et l'aménagement des infrastructures constituent de grands défis (environ 70% de la population mondiale vit en milieu urbain). La carte a été créée à l'aide des données de 2014-2015 issues d'images radar du satellite Sentinel-1 (Copernicus) et d'images multispectrales de Landsat-8 (Nasa). Le Centre aérospatial allemand (DLR) a dirigé l'essentiel du développement du nouveau système et du traitement des données. La résolution spatiale globale est de 12 mètres, ce qui en fait une image de très bonne résolution pour étudier des systèmes urbains. Il est possible de comparer le niveau de croissance et d'étalement urbains tous les cinq ans de 1985 à 2015.

 Evolution de l'empreinte urbaine de la ville de Bangkok (Thaïlande) entre 1985 et 2015

 


Comparaison de l'étalement urbain à Shanghaï (Chine) entre 1992 et 2013

 



L’outil TimeScan permet l’intégration et l’analyse de données multi-scènes. Avec l'utilisation croissante des Big Data, Google et Urban TEP envisagent de s'associer pour la prochaine phase de développement, qui comprend l'intégration de la plupart des archives Landsat afin de documenter la croissance urbaine de 1985 à 2015. Urban TEP fournit d'ores et déjà des services en ligne afin que les utilisateurs puissent traiter les données, à mesure qu'ils téléchargent et appliquent des analyses sur leurs domaines de recherche.

Pour l'utilisateur, il est possible d'accéder à un grand nombre de couches d'information (en cliquant sur l'onglet Theme --> environment / people / settlements) :
- les aires urbaines et non urbaines (Urban or Non-urban areas 2012, 2015)
- la grille de population mondiale (Gridded Population World)
- la population par continent (de 2000 à 2015)
- la carte d'émissions lumineuses des villes la nuit (Nightlights 2015)
- l'empreinte urbaine globale (GUF 2012 précision 12m ou 84m)
- l'empreinte humaine par tête (Material Footprint Per Capita)...

Avec en sous-couches :
- CartoDB
- Bing aerial
- Wikimedia
- Sentinel-2


 


Urban TEP constitue un outil intéressant pour étudier l'expansion urbaine dans le monde. Cet outil devrait être progressivement enrichi de nouvelles données. Il peut être utilisé en complément de l'Atlas of urban expansion qui porte sur 200 villes dans le monde ainsi qu'avec le site SEDAC, qui permet de comparer des phénomènes très divers touchant à la répartition de la population, l'occupation du sol, l'urbanisation ou l'environnement.

Références

Pour en savoir plus sur la plateforme Urban TEP : 

Pour accéder aux dossiers thématiques :

Pour plus d'informations sur le projet d'empreinte humaine urbaine : Esch, Thomas, Félix Bachofer, Wieke Heldens, Andreas Hirner, Mattia Marconcini, Daniela Palacios-Lopez, Achim Roth & al., "Where We Live—A Summary of the Achievements and Planned Evolution of the Global Urban Footprint." Remote Sensing10, no. 6 (June 7, 2018) : 895. http://doi.org/10.3390/rs10060895.

Pour plus d'informations sur TimeScan : Esch, T., S. Üreyen, J. Zeidler, A. Metz – Marconcini, A. Hirner, H. Asamer, M. Tum & al., "Exploiting Big Earth Data from Space – First Experiences with the Timescan Processing Chain" Big Earth Data2, no. 1 (January 2, 2018) : 36–55. http://doi.org/10.1080/20964471.2018.1433790

Lien ajouté le 2 juillet 2024
Articles connexes



La Grande Migration des Noirs aux Etats-Unis à travers les romans de Toni Morrison


Le décès de l'écrivaine américaine Toni Morrison le 5 août 2019 est l'occasion de rappeler l'importance de cette romancière, "première afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature". Descendante d'une famille d'esclaves, elle a contribué à faire entrer l'histoire des Afro-Américains dans la littérature. Son roman Beloved a reçu le prix Pulitzer en 1988. Il raconte la tragédie d'une mère qui tue sa fille pour qu'elle échappe à l'esclavage. Ses romans publiés depuis 1970 explorent l'histoire des Noirs américains, de l'esclavage jusqu'à la société d'aujourd'hui. Elle y dénonce avec force le racisme aux États-Unis.

Toni Morrison naît en 1931 pendant la Grande Dépression. Sa famille suit la migration des Noirs quittant le Sud ségrégationniste pour un Nord en principe plus ouvert. Ses parents s'installent à Lorain, petite ville industrielle de l'Ohio. Ses romans évoquent la Grande Migration (The Great Migation), cet exode massif au cours duquel plus de six millions d'Américains noirs ont fui le Sud  entre 1916 et 1970.

La Grande Migration (source : America's Great Migrations Project)



La fin de la guerre de Sécession en 1865 a ouvert une période d'espoir pour les Noirs qui ont longtemps attendu cette promesse d'émancipation. Mais partout où ils se sont installés, les Noirs ont continué à faire face à des discriminations, y compris dans le nord dit "libre". Le père de Morrison, George Wofford, a été témoin d’un lynchage dans son État de Géorgie, qu'il a dû quitter pour se réfugier dans la ville de Lorain dans l’Ohio, où est née la romancière. En plus de lynchages et d’autres actes de terreur, les Noirs issus du Sud sont confrontés à une multitude d’obstacles alors qu’ils s’efforcent de revendiquer leurs droits civils, leur sécurité et leurs libertés promises par la proclamation d'émancipation du président Lincoln.

Le site Toni Morrison Database propose une cartographie très intéressante des déplacements des personnages dans deux romans de Toni Morrison : "Beloved" et "The Bluest Eye". L'idée est de mettre en évidence la manière dont ces déplacements traduisent la Grande Migration des Afro-Américains vers le Nord et le Middle West. "Bien que les raisons de la migration ne soient pas explicitement mentionnées dans les romans de Morrison, les principales raisons de se déplacer vers le nord (et parfois vers l'ouest) étaient de pouvoir échapper à la mentalité d'esclavage et au racisme du Sud et de profiter de l'essor de l'industrialisation et de la création de nouveaux emplois. Les États du Nord étaient plus tolérants envers les Noirs et leur offraient davantage de droits, notamment l'éducation".

Cartographie des déplacements des personnages du roman "Beloved"
(source : Toni Morrison Database)

Extrait du commentaire (source : Toni Morrison Database) :

"Le roman Beloved est représentatif de la Grande Migration. Le voyage de Paul D est très éparpillé en ce qui concerne les lieux qu'il a visités, mais dans le roman, il est le plus conscient de la liberté associée au Nord. Lorsqu'il quitte les Cherokees, il l'appelle "Nord libre, Nord magique, Nord accueillant, Nord bienveillant (Beloved, 132)". Le Nord devient son lieu de vie le plus convoité, car il lui offre un sentiment d'évasion de son rôle d'esclave au Sud. En outre, Paul D montre sa connaissance de l’industrialisation et des possibilités d’emploi dans l’Ohio, affirmant que, bien que les activités céréalières soient en plein essor ailleurs, "Cincinnati était toujours le port des cochons dans l’esprit des Ohioiens (181)" et, en hiver, Cincinnati a repris ses activités, son statut de capitale pour les abattoirs et les transport fluviaux (182)." Je voudrais noter que, dans ses romans, seuls les hommes ont effectivement profité des emplois industriels, tandis que les femmes s'occupaient généralement de la maison ou vendaient leur travail domestique ailleurs. La référence à la rivière Ohio dans "Beloved" est historiquement importante car c’était la ligne de démarcation entre les États libres et les États esclaves".

Cartographie des déplacements des personnages du roman "The Bluest Eye"
(source : Toni Morrison Database)

The Bluest Eye, publié en 1970, est le premier roman de Toni Morrison. Le roman, qui se déroule à Lorain dans l’Ohio, raconte la vie d’une jeune fille afro-américaine, Pecola, qui grandit au cours des années qui suivent la Grande Dépression. L'histoire se déroule en 1941 et révèle qu'en raison de ses manières et de sa peau foncée, elle est toujours considérée comme "laide". Pecola développe alors un complexe d'infériorité qui nourrit son désir d'avoir des yeux bleus qu'elle assimile à la "blancheur". En raison des sujets controversés abordés dans ce roman (racisme, inceste, maltraitance des enfants), le roman a été longtemps interdit dans les écoles et les bibliothèques.

Maryemma Graham s'est intéressée à la géographie critique que l'on peut dégager des romans de Toni Morrison. La romancière ne déclarait-elle pas : "Je veux, pour ainsi dire, dessiner la carte d’une géographie critique et utiliser cette carte pour ouvrir autant d’espace à la découverte que la carte originale du Nouveau Monde - sans mandat de conquête. (Toni Morrison, Playing in the dark, 1992)"

Extrait de Maryemma Graham, "From the Village to the World : Toni Morrison’s Critical Geography". Du local au global : géographie et reconfigurations critiques chez Morrison, Presses Universitaires de Vincennes, 2015, p 31-56 :

"Les lecteurs, qu’ils lisent en anglais ou en traduction, sont attirés par le caractère ordinaire des personnages de Morrison, leur inscription dans un environnement physique et des espaces sociaux qu’ils reprsentent. Nous lisons ses romans comme une résistance au silence, une rupture dans les récits nationaux, une chronique de l'oppression, de la violence et de la honte, comme un défi aux conceptions normatives de la connaissance et de l'être et comme des investissements dans la liberté et le libre arbitre, des lieux où la diversité diasporique est une donnée, où les cultures migratoires abondent et l'idée de la maison est constamment réinventée. Morrison en tant qu'archéologue littéraire, en tant que géographe critique, nous pousse constamment dans des discussions globales plus larges qui reposent sur des critiques contemporaines de l'inégalité sociale et des relations au pouvoir répressif...

Les romans de Morrison pourraient bien fonctionner comme une allégorie de la mondialisation en mettant l’accent sur la dislocation, la relocalisation, la migration et diverses formations sociales, mais sa géographie critique fonctionne de manière concrète... 

Ses géographies locales deviennent globales à mesure qu’elles effacent les frontières entre le présent et le passé et entre les expériences intérieures et extérieures, entre la mémoire historique et la mémoire traumatique. En bref, les romans de Morrison témoignent d’une histoire commune du colonialisme et du sujet en explorant des traditions et des façons de savoir qui transcendent des événements historiques spécifiques, défiant parfois tout ce qui est moderne dans le monde. Parce que le racisme a rarement observé les frontières nationales, l'expression de ses causes et de ses effets permet de renégocier le sens qui convient à une communauté transnationale.".


Liens sur Internet

Toni Morrison, rebelle Nobel, article de Libération de 1988 (republié en 2019).

Décès de Toni Morrison : Ses romans « sont des livres qui aident à survivre », 20 Minutes, 6 août 2019.

Toni Morrison, la mémoire en héritage, France Culture, série de 5 émissions diffusées en 2006.

Toni Morrison Database
http://morrisonscholar.blogspot.com/

America's Great Migations Project (University of Washington)
http://depts.washington.edu/moving1/map_black_migration.shtml

Maryemma Graham, From the Village to the World : Toni Morrison’s Critical Geography. Du local au global : géographie et reconfigurations critiques chez Morrison, Presses Universitaires de Vincennes, 2015, p 31-56.
http://www.cairn.info/toni-morrison--9782842924133-page-31.htm 

Biram Sene, Histoire, mémoire et économie politique dans la fiction de Toni Morrison. Sciences de l’Homme et Société. Faculté des lettres et sciences humaines de l’UCAD, thèse soutenue en 2018.
http://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02277128/document

W.E.B. Du Bois, Les Noirs de Philadelphie, une étude sociale (CR sur le site Aggiornamento). Voir les data visualisations de W.E.B Du Bois sur le site Medium et sur Visioncarto ainsi que ses graphiques.


Liens ajoutés le 17 février 2020



Lien ajouté le 13 mars 2020
 
 
Lien ajouté le 21 octobre 2020

Liens ajoutés le 8 décembre 2020


Lien ajouté le 16 janvier 2022

Lien ajouté le 10 septembre 2022


Articles connexes