La cartographie du Tour de France d'hier à aujourd'hui


L'édition 2022 du Tour de France a connu un parcours pour le moins inhabituel et pas très écologique en "saut de puces". Les organisateurs du Tour de France ont annoncé que l'édition 2023 reprendra sinon l'itinéraire originel qui faisait le tour du pays, du moins un tracé visitant les cinq massifs montagneux. Au delà de l'anecdote, la cartographie du Tour de France a connu bien des changements depuis sa première édition en 1903. Quels ont été les différents parcours ? En quoi la cartographie du Tour de France témoigne de l'évolution des techniques cartographiques ? Au delà des cartes, quel enjeu géographique, politique et mémoriel de la Grande Boucle qui se déroule chaque année dans l'Hexagone ?

1) L'histoire du Tour de France en cartes

Le site de Gallica (BNF) a sélectionné un ensemble de cartes des différentes éditions du Tour de France cycliste de 1903 à 1951 :

  • Cartes des éditions du Tour de France cycliste de 1903 à 1914 : cette page rassemble les cartes d'époque, disponibles dans Gallica, des différentes éditions du Tour de France cycliste disputées de 1903 à 1914, principalement publiées dans le journal organisateur L'Auto

  • Cartes des éditions du Tour de France cycliste de 1919 à 1929 : cette page rassemble l'ensemble des cartes d'époque, disponibles dans Gallica, des différentes éditions du Tour de France cycliste disputées de 1919 à 1929. Ces cartes sont issues de divers périodiques sportifs, tels L'Auto et Le Miroir des sports.

  • Cartes des éditions du Tour de France cycliste de 1930 à 1939 : cette page rassemble l'ensemble des cartes d'époque, disponibles dans Gallica, des différentes éditions du Tour de France cycliste disputées de 1930 à 1939. Ces cartes sont issues des journaux toujours plus nombreux couvrant la course à partir des années 1930 ou sont des documents cartographiques publiés à l'unité, telle la carte officielle de chaque édition.

  • Cartes des éditions du Tour de France cycliste de 1947 à 1951 : cette page rassemble l'ensemble des cartes d'époque des différentes éditions du Tour de France cycliste disputées de 1947 à 1951. Soit toutes les cartes des Tours de l'après-guerre, organisés à partir de 1947 par les journaux L'Équipe et Le Parisien Libéré, disponibles dans les collections de la BnF, la bibliothèque numérique Gallica et le domaine public. 

« Le Tour de France en cartes » (source : Gallica)

En complément, on peut consulter les cartes routières dites « vélocipédiques » ainsi que les plans vélocipédiques de Paris et ses environs, sur le site de Gallica. 

« En 1904, le pire Tour de France de l'histoire » (Le Monde). Dès sa 2e édition, la Grande Boucle vacille, subissant les foudres du public, gangrénée par la tricherie. Au point que son fondateur annonce la mort de l'épreuve.

Pour Jean-François Mignot (Histoire du Tour de FranceLa Découverte, 2014), « le passage du Tour en Alsace-Moselle allemande de 1906 à 1909 lui permet de réaffirmer les "frontières naturelles" de la France, ainsi que son passage en 1919 par les provinces reconquises, Strasbourg et Nancy ».

« 1919, le Tour de France reprend la route après 5 ans d'interruption à cause de la Première Guerre mondiale » (Libération-Retronews).

« Quand le Tour de France faisait vraiment le tour de la France » (Le Parisien). Jusqu’aux années 1950, le peloton suivait scrupuleusement les contours du pays sans jamais passer par les terres. C’était l’époque du « chemin de ronde », entre patriotisme et besoin d’impressionner le grand public avec des distances ahurissantes. Victor Alexandre a reconstitué pour Le Parisien l'historique des parcours du Tour depuis sa création en gif animé.


« Les étapes du Tour de France par années de 1947 à 2022 » (Le Dico du Tour).

« Tour de France de 1903 à 2022 : quels sont les départements gagnants et perdants du tracé ? » (Le Monde). L'équipe du Monde-Les Décodeurs a recueilli les données des parcours du Tour de France depuis sa création en 1903 : quelques départements vedettes comme la Savoie, la Haute-Savoie, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Atlantiques, la Haute-Garonne... et des oubliés comme L'Indre, la Creuse, la Corse. Une carte animée  représente le nombre de  passages du Tour de France entre 1903 et 2022 par département métropolitain. Le jeu de données construit par Pierre Breteau est mis à disposition en licence Creative Communs CC BY-SA 3.0.

« Le Tour de France, c’est aussi le tour de la France, peut-on entendre chaque année ou presque sur les ondes depuis que la course est télévisée, soit depuis 1948. Jusqu’aux années 1950 et 1960, le peloton se livrait bien volontiers à la circumambulation sur les routes de France et puis, il a fallu renouveler l’exercice. A partir des années 1970, on voit arriver des demi-étapes saucissonnées sur la journée, et des tracés exotiques qui coupent à travers l’Hexagone, ou qui passent (enfin) par la Corse. Les relevés montrent les changements dans le tracé du Tour, qui passe d’une course circulaire autour des côtes et des frontières en une douzaine d’étapes à un Tour de France international qui part aussi bien de chez nos voisins belges, néerlandais ou allemands, que d’outre-Manche. » 

Du tour de la France au tour des Alpes et des Pyrénées (source : Le Monde - Les Décodeurs).

Dans son ouvrage La France du Tour : le Tour de France, un espace sportif à géographie variable, (L'Harmattan, 19997), Paul Boury distingue quatre formes de parcours depuis 1951 : l'Hexagone déformé, le parcours diagonal, le parcours débordant et le parcours discontinu (une typologie à découvrir sur la page Wikipédia consacrée aux parcours du Tour de France).

L'arrivée finale du Tour a lieu sur la célèbre avenue des Champs-Élysées depuis 1975. Il a fallu attendre la centième édition en 2013 et le grand départ en Corse pour que chaque département français (hors outre-mer) reçoive une ville-étape pour la première fois. Si l'on excepte l'île de beauté, la Creuse était le dernier département de France continentale à recevoir une étape du Tour pour la première fois, c'était à Guéret en 2004.

« Géopolitique du Tour de France et pourquoi il débute de plus en plus depuis l'étranger » (@FCGeopolitics). Les années 1930 voient le début des équipes nationales. A partir des années 1950, la Grande Boucle s’ouvre peu à peu à l’international, toujours sous la formule des équipes nationales pour devenir le Tour de la francophonie. Dans les années 1990-2000, les départs depuis d'autres pays sont censés donner une dimension plus européenne.

Comment l’aménagement sert le Tour de France ? (@AntoninVDS).
 

2) La cartographie du Tour de France et l'évolution des techniques cartographiques

Les techniques cartographiques ont beaucoup évolué de la carte papier statique publiée dans la presse à la cartographie animée et interactive. Il suffit de comparer la première carte du Tour de France parue dans le journal L'Auto en 1903 avec celle du site Internet officiel du Tour 2022

Au delà des changements (passage du N&B à la couleur, possibilité d'accéder à des informations détaillées en hypertexte), on observe des permanences : toutes les étapes sont annotées ; celles-ci sont souvent l'occasion d'y greffer des informations sur le plan sportif et géographique. Voir cette carte officielle du journal L'Auto pour le Tour de France 1938 où tous les résultats sportifs sont reportés à la main ou encore les pages de Gallica qui viennent enrichir les étapes du Tour de France 2022 par des commentaires historiques et géographiques. Le passage dans les Pyrénées lors de l'étape Saint-Gaudens Peyragudes est par exemple l’occasion d’évoquer le géographe Franz Schrader (1844-1924), un des grands pyrénéistes. L'occasion également de goûter les spécialités culinaires des principales villes-étapes en découvrant la carte gastronomique établie par Alain Bourguignon en 1929. 

Pour Paul Fournel, « les cartes routières sont des machines à rêves... Ce que j’aime dans une carte, c’est ce qui est à côté, à côté de l’itinéraire. Pour ne pas laisser quelque chose d’important qu’on pourrait voir ou aimer. Ou un défi qu’on pourrait essayer de se lancer à tel ou tel endroit... ». 

« Le tracé du Tour de France en lui-même répond à des contraintes (sportives, économiques, géographiques…). Peut-on parler d’une cartographie oulipienne qui serait exercée par les organisateurs du Tour de France ? Il y a un Oucarpo, ouvroir de cartographie potentielle. Donc je leur laisse la responsabilité des cartes, ils font ça très très bien. Je ne pense pas que cela soit oulipien, mais que cela répond quand même à une gamme de contraintes assez fortes. La gamme de contrainte est d’abord gouvernée par la géographie. Il se trouve que si on tire une diagonale de Strasbourg à Biarritz, la France est montagneuse à droite et plate à gauche. Donc il y a déjà un première contrainte si on veut panacher les étapes de plaines, les étapes de montagne, et offrir des difficultés à la mesure de chaque type de coureurs. C’est une première contrainte. La deuxième contrainte qui se pose : l’hébergement. C’est un village entier qui se déplace de jour en jour. Et donc il est difficile d’aller faire une étape à Triffouilly-les-Oies parce qu’il faut avoir une quarantaine d’hôtel à disposition dans les parages, donc c’est une logistique importante. Il y a une troisième contrainte qui s’applique maintenant : la contrainte de la « Belle France ». On fait plus passer les coureurs dans les usines, dans les zones inhospitalières, dans les banlieues sordides… C’est la « Belle France » ou pas. Depuis le jour où la boule Wescam [la caméra sur hélicoptère] a permis de tourner l’œil et de regarder les châteaux, les lacs, les montagnes et les gouffres qui se présentaient, on est condamné à un tour de la « Belle France ». On peut plus aller n’importe tout. Tout cela pèse. Et puis il y a aussi une contrainte économique très lourde, qui pèse sur le Tour de France : les villes payent pour accueillir le Tour de France. » (extrait de l'entretien avec Paul Fournel sur Gallica). 

Carte officielle du Tour de France 2022 (source : letour.fr)

Cartes itinéraires sur le site officiel du Tour de France avec les plans détaillés de chaque étape souvent repris par la presse régionale et nationale (letour.fr/fr/parcours-general).

Carte animée du Tour de France 2022 assorti d'images géographiques (Mappingforyou.eu)

Le parcours du Tour de France 2020, étape par étape (Le Monde, 2020).

Comparaison des parcours 2009 à 2016 (Cartesfrance.fr).

Les 100 Tours. L'intégralité des parcours année par année de 1903-2013 (Agence Idé).

Le Tour de France et sa cartographie, un outil de valorisation pour la géomatique ? (Veille Carto 2.0).

« Faut pas s'étonner que les jeunes Français soient nuls en géo si tu leur dis que ça c'est le tour de la France » (humour par @Nain_Portekoi).

Comment faire le tour de France (métropolitaine) à vélo sans quitter Paris (humour par Jules Grandin).


3) Le Tour de France : un enjeu géographique, politique et mémoriel

Au delà des cartes, la Grande Boucle qui se déroule chaque année dans l'Hexagone constitue  un enjeu à la fois géographique, politique et mémoriel. Les extraits ci-dessous permettent d'aborder ces trois dimensions.

Édith Fagnoni et Léo Castoldi, « De l’événement sportif au sport busines : le Tour de France » (Bulletin de l’association de géographes français, 95-1, 2018, p. 129-143).

« Circuit sportif, le Tour de France s’est en moins d’un siècle installé dans le paysage français. Événement festif et rassembleur, il revendique aujourd’hui le long des routes qu’il emprunte chaque mois de juillet, la présence de 12 à 15 millions de spectateurs... Diffusé dans 190 pays, le Tour est une occasion de montrer la France... Symbole fort pour les amateurs de cyclisme du monde entier, le Tour de France est un ensemble de lieux reliés par la course sur un tracé proche de 3500 km. » 

Gilles Fumey, « Le Tour de France ou le vélo géographique » (Annales de géographie 2006/4, n° 650, p. 388-408).

« Le succès du Tour de France dépasse l’enjeu cartographique mais c’est bien sur la carte du Tour, publiée chaque année, que se construit une petite part de la mémoire de la France, une leçon annuelle de géographie nationale, qui borne et jalonne la France et ses voisins de repères symboliques, constitutifs de l’identité française et, peut-être un jour, européenne. » 

Claire Bommelaer, « Tour de France : un vrai cours d'histoire et de géographie » (Le Figaro, 2013).

« Grâce au GPS, il n'y a, indique Jean-Paul Ollivier, plus d'erreur possible. C'est aussi bien : le Tour de France est diffusé dans 190 pays, et regardé par des dizaines de millions de téléspectateurs. Il est le véhicule idéal pour découvrir et faire connaître les paysages et les monuments qui témoignent de l'histoire de notre pays, juge Christian Prud'homme, directeur d'ASO. On peut même estimer que le Tour contribuera à aider à les conserver, ce qui constitue un juste retour des choses. Quand le vélo vole au secours des cathédrales…»

Frédéric Hervé, « Le Tour épouse la géographie… et l’histoire » (Ouest-France, 2013).

« Le Tour de France est une compétition sportive, mais c’est aussi, et peut-être surtout, une certaine idée de la France. Cette « France des départementales », comme l’appelle joliment l’écrivain amoureux du Tour Christian Laborde, mise à l’honneur chaque été depuis 1903 par la Grande Boucle. Sur les routes de l’Hexagone, à travers la campagne, le long du littoral ou par-dessus les montagnes, c’est le monde du vélo qui passe chaque année devant la porte des Français. Seules les deux guerres mondiales auront eu raison de l’événement. »

Sylvain Kahn, « Le Tour de France » (France Culture, 2013). 

« Vue par le Tour, la géographie proprement dite de la France est réduite à sa plus simple expression – il n’est qu’à se reporter au site internet. La géo du Tour, c’est, je cite, des plaines, du relief accidenté, de la montagne et quelques toponymes de villes. Hors de toute hiérarchie urbaine et de toute réalité spatiale, le Tour souligne leur mythification hors sol dans l’imaginaire géographique français. »  

Georges Vigarello, « Premier tour de France cycliste » (France Archives, 2003).

« Mythologie de l’espace national : avec le Tour, triomphe l’image d’une France unifiée par le sol, plus forte, sans doute, que celle d’une France unifiée par la langue ou par les moeurs. La montagne, par exemple, ne "guette-t-elle pas les coureurs comme autant de proies", en même temps qu’elle représente l’"infranchissable" ? Ses hauteurs ne sont-elles pas autant de remparts ? La France y acquiert une totale unité : installée entre mers et neiges, protégée, homogène. Elle renoue avec une représentation séculaire, celle du pays naturellement assemblé et défendu par son sol. Il faut mesurer la force inaugurale de ces grands principes fédérateurs. Il faut mesurer combien une telle course a pu charrier de mémoire. Il faut mesurer surtout combien cette course a pu s’identifier à l’histoire du siècle, combien elle s’identifie, aujourd’hui encore, à l’image d’un pays : cartes postales distillées en continu par une télévision ayant pris avec opportunisme le relais du journal. » 

Fabien Wille, « Le Tour de France, un modèle médiatique » (Septentrion, 2003).

« Pour Vigarello (1993), c'est une longue tradition que reprend la course de Desgrange. Tous ces voyages circulaires qui ont exploité la valeur symbolique du pourtour lui-même : le tour monarchique déjà avec sa prise de possession et ses manifestations de souveraineté, le tour des compagnons aussi avec son parcours initiatique et ses gestes de formation, le tour pédagogique avec ses apprentissages scolaires et ses jeux de fiction littéraire (cf Le Tour de France de deux enfants de Georges Bruno 1877). Le circuit qu'invente le journal L'Auto est un peu tout cela : démonstration processionnaire, parcours du bon ouvrier, dispositif d'édification... Le Tour de France est un spectacle qui doit son existence aux médias. Il ne faut pas oublier qu'il est aussi la plus grande fête du monde : il nous rend visite, c'est un spectacle qui met la France sur le pas de la porte lors de ses passages. » 


Liens ajoutés le 31 octobre 2022


Liens ajoutés le 1er décembre 2022
Lien ajouté le 21 février 2023
Lien ajouté le 19 juin 2023
Lien ajouté le 3 juillet 2023
Lien ajouté le 25 août 2023

Le site Cycling Board Games propose de jeux de plateaux d'hier et d'aujourd'hui concernant le cyclisme. Un grand nombre d'entre eux portent sur le Tour de France, mais on y trouve aussi le Giro italien, la Vuelta espagnole, le Tour d'Allemagne, etc. Ces jeux de plateaux utilisent souvent des cartes picturales. 

Lien ajouté le 7 juin 2024
Lien ajouté le 19 juin 2024
Lien ajouté le 14 juin 2025

« La géologie du Tour de France 2025 » (Planet-Terre).
Un livret géologique du Tour 2025 : pour les médias, les diffuseurs et tous les amateurs de géologie.

Lien ajouté le 7 juillet 2025

« Tour de France : les 40 ans de disette du cyclisme français en chiffres et en infographies » (Le Parisien). Bernard Hinault, vainqueur en 1985, attend toujours un successeur. Quatre décennies marquées par un déclin des performances françaises, après une longue période de domination.


Lien ajouté le 3 novembre 2025
Lien ajouté le 6 juillet 2026

Sur les routes du Tour de France avec Gallica (BNF -Les rencontres de Gallica)

Le Tour de France cycliste, événement sportif majeur et mythe contemporain, occupe une place privilégiée dans Gallica : presse, photographies, cartes, objets… Cette conférence propose d’explorer, de 1903 aux années 1950, à travers quelques étapes dans les régions traversées par la course, ce que la mise en récit du Tour dit de la France. Le Tour est consubstantiellement lié à la presse : créé en 1903 par Henri Desgrange et Géo Lefevre avec pour but premier de promouvoir leur journal, l’Auto, l’épreuve a bien vite essaimé dans de nombreux titres, généralistes ou spécialisés, et participe grandement à la popularisation de la presse illustrée sportive à partir des années 1930. Outre les journaux eux-mêmes, les photographies numérisées d’agences de presse, comme Meurisse ou Rol, offrent un point de vue original sur la course dans son contexte géographique et social. Le Tour de France crée une culture visuelle commune, où l’image et l’objet occupent une place prépondérante : Gallica en offre une sélection, des petits cyclistes en plomb jusqu’aux cartes géographiques à compléter au fil de la course, en passant par quelques échantillons publicitaires de la caravane.

Articles connexes











Évolution de la mixité sociale des collèges : des écarts croissants de composition sociale entre secteurs public et privé


Source
: Guillerm M., Monso O., Évolution de la mixité sociale des collèges, Note d'Information, n° 22.26, DEPP, juillet 2022.

Les collèges ont des compositions sociales très différentes, ce qui est régulièrement décrit comme un facteur renforçant les inégalités scolaires. Le niveau et les composantes de la ségrégation varient d’un département à l’autre, compte tenu notamment du degré de ségrégation entre communes et quartiers, du poids du secteur privé et des inégalités économiques. Au niveau national, la ségrégation entre collèges est peu variable au cours du temps. La ségrégation parmi les collèges publics suit une tendance à la baisse et les écarts de composition sociale entre secteurs public et privé sont croissants, le secteur privé scolarisant de plus en plus d’élèves de milieu favorisé. Depuis 2014, la ségrégation a sensiblement diminué dans une vingtaine de départements situés majoritairement dans le Nord et l’Ouest. La ségrégation entre collèges publics y a baissé, et les écarts entre secteurs public et privé n’y ont pas augmenté. Inversement, dans une vingtaine de départements situés plutôt dans la moitié sud, la ségrégation a augmenté, avec une hausse marquée des écarts entre secteurs public et privé.

En 2015, une politique pour favoriser la mixité sociale au collège a été lancée par le ministère chargé de l’Éducation nationale. À l’échelle locale, les décideurs ont été incités à mettre en oeuvre des mesures favorisant la mixité au collège. L’objet de cette Note d’Information n’est pas d’évaluer ces actions, mais de proposer un état des lieux de la ségrégation sociale au collège à la rentrée 2021, en actualisant l’état des lieux que la DEPP a réalisé à la rentrée 2015 et de rendre compte de l’hétérogénéité entre départements en matière de niveau et d’évolution de la ségrégation sociale au collège. En effet l’évolution de la ségrégation sociale des collèges n’est pas seulement liée aux politiques éducatives, mais intègre aussi par exemple celles du logement ainsi que les conséquences des mobilités géographiques des familles.

1) Un indice d'entroprie pour mesurer la ségrégation sociale

Les indices de ségrégation visent à mesurer de façon synthétique les disparités entre les collèges. Ils permettent la comparaison des disparités entre collèges d’un territoire à l’autre, et au cours du temps. Les écarts de milieu social entre collèges sont ici mesurés par un indicateur de ségrégation, l’indice d’entropie. Cet indicateur varie entre 0 et 1. Quand il est élevé (proche de 1), cela signifie que les écarts sociaux entre collèges sont très importants et qu’au sein de chaque collège, la diversité des milieux sociaux représentés est plutôt faible ; quand l’indicateur est bas (proche de 0), cela indique que les écarts sociaux entre collèges sont moins importants et que la composition sociale de chaque collège est proche de la composition sociale de l’ensemble des collégiens du territoire considéré. On dira alors qu’il y a une plus grande mixité sociale entre les collèges.



2) Des disparités géographiques dans la ségrégation

La ségrégation est plus forte dans les départements les plus urbains. En métropole, l’indice de ségrégation atteint ses valeurs maximales dans les Hauts-de-Seine, à Paris et dans les Bouches-du-Rhône. En effet, les trois composantes de la ségrégation tendent à être plus élevées lorsque le degré d’urbanisation est plus fort. Tout d’abord, dans ces départements, la ségrégation résidentielle est plus forte, ce qui se traduit dans la composition sociale des collèges publics et privés. Ensuite, la proximité et le nombre des collèges exacerbent la concurrence entre établissements et peuvent inciter les familles à éviter le collège de secteur, principalement en recourant à un collège privé. Ces choix sont majoritairement faits par des familles de milieu social favorisé et tendent à accentuer la ségrégation. Les écarts de composition sociale entre secteurs public et privé sont forts dans les départements du bassin parisien, dans le sud méditerranéen et les départements et régions d’outre-mer (sans Mayotte où les collèges privés sont hors contrat et donc hors du champ de cette étude).



3) Des évolutions disparates de la ségrégation entre les départements

Entre 2014 et 2021, pour une moitié de départements, la ségrégation a peu varié, comme au plan national. Dans une vingtaine de départements, la ségrégation a diminué de façon plus sensible (baisse supérieure à 0,005). Ces départements sont majoritairement situés dans le nord et l’ouest de la métropole. La ségrégation entre collèges publics y a baissé, en moyenne, et les écarts de composition sociale entre secteurs public et privé n’y ont pas augmenté, voire ont diminué dans certains départements æfigure 7. Inversement, dans une vingtaine de départements, la ségrégation a augmenté, avec une hausse marquée des écarts de composition sociale entre secteurs public et privé. Ces départements se situent plutôt dans la moitié sud de la France. Ainsi, les évolutions de la ségrégation ne suivent pas les mêmes tendances d’un département à un autre. Ces différences pourraient refléter des politiques plus ou moins actives en matière de mixité sociale, mais aussi des différences de positionnement du secteur privé, ou encore de contexte démographique. Ainsi, les migrations des familles peuvent renforcer ou affaiblir la ségrégation sociale entre établissements, par l’intermédiaire de la ségrégation résidentielle. Or sur cette période, 6 % à 7 % des élèves de niveau collège ont changé de commune de résidence d’une année sur l’autre.

Les écarts de milieu social entre collèges sont ici mesurés par un indicateur de ségrégation, l’indice d’entropie. Cet indicateur varie entre 0 et 1. Quand il est élevé (proche de 1), cela signifie que les écarts sociaux entre collèges sont très importants et qu’au sein de chaque collège, la diversité des milieux sociaux représentés est plutôt faible ; quand l’indicateur est bas (proche de 0), cela indique que les écarts sociaux entre collèges sont moins importants et que la composition sociale de chaque collège est proche de la composition sociale de l’ensemble des collégiens du territoire considéré. On dira alors qu’il y a une plus grande mixité sociale entre les collèges.


4) Téléchargement et utilisation des données

Les données sont à télécharger sur le site de la DEPP. Elles comprennent des statistiques à l'échelle départementale utilisées pour l'étude ainsi que l'ensemble des cartes et des graphiques. Pour en savoir plus sur le mode de calcul de l'indice d'entropie, il est possible de se reporter à cet article de la Depp paru en 2016.

Pour compléter

Acquis des élèves au collège : les écarts se renforcent entre la sixième et la troisième en fonction de l’origine sociale et culturelle (Note d'information de la Depp, n°25, avril 2015).

La ségrégation sociale entre les collèges. Quelles différences entre public et privé, aux niveaux national, académique et local ? (Éducation & formations n°91, septembre 2016).

La ségrégation sociale entre collèges. Un reflet de la ségrégation résidentielle nettement amplifié par les choix des familles, notamment vers l’enseignement privé (Insee Analyses, n°40, 2018).

L’Education nationale condamnée à révéler l’indice de position sociale des collèges et des CM2. Quels effets sur la mixité sociale ? (OZP, à partir de l'article du journal Le Monde).

Mixité sociale dans les collèges publics et privés de Toulouse selon le pourcentage de professions et catégories socio-professionnelles défavorisées (AEF).

Lien ajouté le 26 octobre 2025

Lise Lécuyer & Marco Oberti & Quentin Ramond, « Carte scolaire et ségrégation. Quelle place pour la mixité sociale au collège ? », La Vie des idées, 2 septembre 2025. URL : https://laviedesidees.fr/Carte-scolaire-et-segregation

La carte scolaire ne se limite pas à organiser l’affectation des élèves : elle participe aussi à façonner les inégalités et la mixité sociale entre collèges. En comparant Paris, Lyon et Marseille, cette étude révèle comment la sectorisation et les choix des familles contribuent – différemment selon les contextes – à la ségrégation scolaire. Les travaux de Boutchenik, et al. (2021) montrent que la ségrégation scolaire résulte pour moitié de la ségrégation résidentielle, et pour moitié des choix scolaires des familles. Ce résultat demande cependant à être interprété avec prudence : cela ne signifie pas que le niveau de ségrégation diminuerait de moitié sans carte scolaire. La ségrégation scolaire pourrait persister, voire s’aggraver, sous l’effet des choix scolaires différenciés des familles selon les milieux sociaux. Si la sectorisation ne garantit pas la mixité sociale à l’école, sa suppression ne la favorise pas non plus. À l’inverse, une sectorisation totalement rigide pourrait renforcer la ségrégation résidentielle, en incitant les familles à choisir leur lieu de résidence en fonction de l’offre scolaire et leurs ressources.

Lien ajouté le 22 avril 2026

Rapport public annuel 2026, « Adapter la carte des collèges aux enjeux de la démographie et de la mixité sociale », Cour des comptes, 2026

Entre le manque de mixité sociale dans certains quartiers urbains et la déprise démographique qui fragilise les établissements ruraux, la Cour des comptes tire la sonnette d'alarme pour les collèges. Elle prône une réforme d'ampleur, demande de repenser le maillage territorial et imagine même des regroupements entre écoles, collèges et lycées.

Articles connexes

Une base de données historique sur les personnages célèbres dans le monde (de 3500 avant JC à 2018)


Source
: Morgane Laouenan, Palaash Bhargava, Jean-Benoît Eyméoud, Olivier Gergaud, Guillaume Plique, Etienne Wasmer (2022) A cross-verified database of notable people, 3500BC-2018AD, Scientific Data, volume 9, juin 2022.

Les auteurs de cet article paru dans la revue Nature en juin 2022 ont recueilli une quantité massive de données provenant de diverses éditions de Wikipédia et de Wikidata. La base de données contient plus de 2 millions d'individus ; elle peut être utilisée à des fins de recherche. En utilisant des techniques de déduplication des sources qui se chevauchent partiellement, ils ont pu vérifier chaque information. Cette stratégie aboutit à une base de données vérifiée de 2,29 millions d'individus uniques dont 30% proviennent de 6 éditions non anglaises de Wikipédia, une amélioration significative par rapport aux travaux antérieurs qui se concentraient uniquement sur la version anglaise de cette encyclopédie gratuite. 

La collecte des données est guidée par des questions spécifiques de sciences sociales sur le genre, la croissance économique, le développement urbain et culturel. Les personnages historiques les plus célèbres peuvent par exemple être répartis par période et par sexe, mais aussi par aires géographiques ou domaines d'activités

En utilisant les longitudes et les latitudes des lieux de naissance et de décès, on peut suivre l'évolution des centres géographiques mondiaux. La précision spatiale varie cependant beaucoup d'un lieu à l'autre : par exemple, tout le monde est né avec les mêmes coordonnées géographiques à Helsinki, alors qu'à Londres les données, basées sur Wikidata, sont beaucoup plus précises à l'échelle des quartiers.





Voir des pistes d'analyse et d'utilisation de la base de données sur Github et Medialab.

Topi Tjukanov, géographe et concepteur chez Mapbox, en a tiré une cartographie interactive qui  affiche directement sur un globe 3D les noms des personnes célèbres sur leur lieu de naissance (avec possibilité de classer par domaine : culture, science, pouvoir et sport). La taille des noms est proportionnel au degré de notoriété. L'application s'inspire de A People Map of the USLes critères déterminants pour choisir chaque personne sont : 

  • la longueur (exprimé par le nombre total de mots trouvés dans une biographie)
  • le nombre moyen de consultations pour chaque individu entre 2015 et 2018 
  • le nombre d’éléments non manquants récupérés sur Wikipédia ou Wikidata pour la date de naissance, le sexe et le domaine d’influence. L’idée ici est que plus l’individu est notable, plus ses biographies seront documentées. 
  • le nombre total de liens externes (sources, références, etc.) provenant de Wikidata. 
     

Lien ajouté le 30 juin 2022

Topi Tjukanov met en avant les personnalités les plus célèbres nées dans des lieux spécifiques du monde. La désignation de « personnalité la plus célèbre » est déterminée en fonction du plus grand nombre de pages vues des personnes répertoriées sur les pages de Wikipédia :  https://tjukanovt.github.io/notable-people

Lien ajouté le 14 septembre 2022


Lien ajouté le 1er décembre 2024

Le site Net Elevation met l'accent sur la relation entre le parcours de vie d'une personne et les altitudes géographiques. Il présente une perspective poétique et basée sur les données, mettant l'accent sur la différence d'altitude entre le lieu de naissance et le lieu de décès d'une personne comme mesure simple permettant de réfléchir à la vie d'un individu. C'est assez basique et quelque peu intrigant. Si toutes les données sur les lieux de décès pouvaient être exploitées pour créer une carte des décès notables (montrant la personne la plus célèbre décédée à chaque endroit du monde), cela serait encore plus intéressant. 


Articles connexes

Les ressources cartographiques de Wikipédia

Utiliser Wikidata pour chercher des informations géographiques

L'histoire par les cartes : la carte interactive des déportés du Vel d'Hiv (1942)


Début juillet 1942, les négociations entre les responsables SS en France et le gouvernement de Vichy aboutissent à ce que seule la police française procède à l'arrestation des familles juives qui vivent dans le département de la Seine d'alors (Paris et sa banlieue). Lors de la rafle du Vel'd'Hiv, les 16 et 17 juillet 1942, environ 13 000 personnes (hommes, femmes et enfants) sont arrêtées. 

Carte interactive des déportés du Vel d'Hiv (source : veldhiv42.huma-num.fr)



La carte interactive représente les lieux d'arrestations de plus de 11 500 personnes. Seules celles dont il a pu être établi que les dates d'arrestation correspondaient bien aux 16 et 17 juillet 1942, sont atteignables par ce moteur de recherche. Les informations nécessaires à l'établissement de la carte proviennent des travaux de Serge Klarsfeld, Sabine Zeitoun et Laurent Joly.

La géolocalisation et la préparation des données a été faite par Jean-Luc Pinol et la mise en ligne réalisée par Laurent Costa dans le cadre du consortium Paris Time Machine de l'lR Huma-Num du CNRS.

En dépit du soin apporté à la géolocalisation des adresses, il est possible que subsistent des erreurs ou des lacunes. L'outil interactif permettra d'ajouter à la dimension historique de l'approche spatiale une dimension mémorielle. Pour accéder à la carte en plein écran cliquez ici.

Les textes des premiers panneaux de l'exposition installée rue de la Roquette donnent de plus amples informations. A découvrir sur le site veldhiv42.huma-num.fr.

Pour aller plus loin : 
Travailler sur la Shoah avec des archives numériques (Christine Guimonnet)


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L'histoire par les cartes : cartographier la déportation des Juifs de France

L'histoire par les cartes : la carte animée des missions aériennes des Alliés pendant la 2e Guerre Mondiale




Les archives de la revue Mappemonde en ligne sur Persée

 
Les archives papier de la revue Mappemonde depuis 1986 sont rassemblées en ligne sur le site de Persée : https://www.persee.fr/collection/mappe 


Mappemonde vise à l’amélioration des connaissances géographiques et de l’information sur les lieux et les territoires. Elle s’intéresse plus particulièrement aux images géographiques sous toutes leurs formes. Elle n’est pas restreinte à une discipline. Mappemonde s’adresse aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants, mais aussi à tous ceux qui ont à travailler sur le territoire ou qui sont curieux des configurations de la Planète et des activités humaines.

La revue est fondée par Roger Brunet et Robert Ferras dans le cadre du GIP RECLUS à Montpellier. Le premier numéro paraît en 1986, entièrement en couleurs, chose exceptionnelle à cette date. Dès les premiers numéros, les images sont au cœur de la politique de publication. Le comité de rédaction a pris le parti de retenir des articles brefs fondés sur l’analyse de documents.

La revue est soutenue par le CNRS depuis 2001.

Dès 1997, la revue accompagne l’émergence d’Internet et ses usages dans la recherche en géographie et en SHS ; elle saute le pas de l’édition électronique gratuite en mars 2004. Adhérant aux principes d’une science libre et accessible, à l’automne 2015, la revue décide de placer ses contenus sous licence libre, rejoignant ainsi plus formellement les initiatives de « Science ouverte », via le DOAJ. Au printemps 2019, Mappemonde intègre la plateforme Open Edition Journals.

Les archives web depuis 2004 sont, quant à elles, consultables sur le site de Mappemonde : http://mappemonde.mgm.fr

Articles connexes






Journée mondiale de la population : 8 milliards d'habitants en 2022

"Atteindre une population mondiale de huit milliards est un jalon numérique, mais nous devons toujours nous concentrer sur les personnes. Dans le monde que nous nous efforçons de construire, 8 milliards de personnes signifient 8 milliards d'opportunités de vivre une vie digne et épanouie." (António Guterres, secrétaire général de l'ONU)

En 1989, le Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a recommandé de faire du 11 juillet la Journée mondiale de la population. Cette journée, issue de la Journée des cinq milliards, célébrée le 11 juillet 1987, a pour objet d’appeler l’attention sur l’urgence et l’importance des questions de population, notamment dans le cadre des plans et programmes généraux de développement et sur la nécessité de trouver des solutions.

La population de la Terre va dépasser les 8 milliards d’habitants en novembre 2022 selon le nouveau rapport de l’ONU sur la population mondiale. Selon le département onusien auteur de la prévision, la population mondiale croît actuellement à son rythme le plus lent depuis 1950. La population mondiale pourrait atteindre malgré tout 8,5 milliards en 2030 et 9,7 milliards en 2050. Un possible pic à environ 10,4 milliards de personnes pourrait être atteint dans les années 2080 avant un maintien à ce niveau jusqu'en 2100. Alors qu'une chute nette de la fécondité est constatée dans plusieurs pays dits développés, l'augmentation de population attendue dans les prochaines décennies sera concentrée pour plus de la moitié dans huit pays. Il s'agit de la République démocratique du Congo, de l'Egypte, de l'Ethiopie, de l'Inde, du Nigeria, du Pakistan, des Philippines et de la Tanzanie. Le Covid-19 a provoqué une surmortalité de 14,9 millions d’individus en 2020 et en 2021.

Le rapport publié par l'ONU s'appuie sur les perspectives démographiques de 2019. Il comprend de nombreuses données et cartes accompagnées de graphiques. Il permet de montrer différents scénarios de prévision par région d'ici 2100. 

Pour compléter

Tableau de bord de la population mondiale sur le site du Fonds des Nations Unies pour la population

Fichiers de données sur la population sur le site du Département des affaires économiques et sociales

Comprendre l'imperceptible. Agir pour résoudre la crise oubliée des grossesses non intentionnelles (rapport de l'UNFPA)

Lien ajouté le 18 novembre 2022


Lien ajouté le 12 juillet 2024

Lien ajouté le 7 février 2026

Christophe Guilmoto et Alain Vaguet, « L’Union Indienne, première population de la planète », Espace populations sociétés, hors-série 2 | 2025, http://journals.openedition.org/eps/16335

Le démographe Christophe Guilmoto (IRD) et le géographe Alain Vaguet (Université de Rouen) analysent la trajectoire démographique de l’Union indienne. Ils montrent comment l’Inde devient la 1ère population mondiale tout en restant marquée par de fortes inégalités spatiales et sociales. Avec environ 1,4 milliard d’habitants en 2024, l’Inde dépasse la Chine. Sa population a été multipliée par quatre depuis 1947. Cette croissance massive n’a pas bloqué le développement économique, mais elle s’accompagne de vulnérabilités sanitaires, sociales et nutritionnelles persistantes. La répartition de la pop est très contrastée. La moitié des Indiens vit sur 1/4 du territoire, surtout dans les plaines fertiles du Nord. La densité moyenne atteint près de 485 habitants/km², avec des records dans la plaine du Gange, contre des espaces peu peuplés au Rajasthan ou au Cachemire. La transition démographique indienne est lente et progressive. La mortalité baisse fortement depuis un siècle, faisant passer l’espérance de vie d’environ 25 ans au début du XXe siècle à 70 ans aujourd’hui. La fécondité diminue régulièrement mais sans rupture brutale. La croissance démographique ralentit. Le taux d’accroissement est proche de 1%, soit environ 10 millions d’habitants supplémentaires par an. La fécondité nationale est passée sous le seuil de renouvellement, mais la jeunesse de la population maintient la hausse jusqu’au milieu du siècle. L’urbanisation progresse mais reste modérée. Environ 31% des Indiens vivent en ville. Les grandes métropoles comme Delhi dépassent 30 millions d’habitants, tandis que la moitié des urbains vit dans des villes de moins de 100.000 habitants, révélant une urbanisation diffuse et inégale. Les conditions sanitaires se sont améliorées mais restent très inégales. La mortalité infantile est 12 fois plus faible au Kerala qu’au Bihar. La pandémie de Covid-19 a révélé ces fragilités avec plus de 4 millions de décès estimés, malgré une population globalement jeune. Le pays bénéficie d’un bonus démographique. La part des adultes en âge de travailler augmente fortement et atteindra un pic vers 2030. Cependant, ce potentiel est limité par le faible taux d’activité féminine, autour de 28%, bien inférieur à celui de l’Asie orientale. Les mobilités internes st importantes mais surtout locales. Près de 500M de personnes sont concernées par des migrations de courte distance, souvent liées au mariage ou au travail saisonnier. Les migrations interna concernent environ 32M d’Indiens, surtout vers le Golfe et l’Amérique du Nord. La démographie indienne se caractérise par une forte inertie. Les projections prévoient un pic autour de 1,7 milliard d’habitants vers 2065, puis un lent déclin. Les enjeux futurs sont surtout régionaux, opposant un Sud plus riche mais vieillissant à un Nord jeune et très peuplé. 

Articles connexes

Cartes et données sur la population mondiale (Population & Sociétés, 2024)

Cartes et fictions (XVIe-XVIIIe siècle) par Roger Chartier


Roger Chartier,
Cartes et fictions (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, Éditions du Collège de France, "Faire savoir", 2022, 112 p. A découvrir sur le site de la Fondation Maison des sciences de l'homme. Accéder à la vidéo de présentation de l'ouvrage sur Canal-U : https://www.canal-u.tv/116982

L'ouvrage

Bilbo le Hobbit, les Chroniques de Narnia et Le Seigneur des anneaux ont habitué leurs lecteurs à rencontrer dans le livre une ou plusieurs cartes des territoires qu’ils décrivent. En allait-il de même pour les lecteurs des fictions de la première modernité, entre les XVIe et XVIIIe siècles ? L’introduction de cartes n’allait pas de soi. Leur impression augmentait le coût des ouvrages, et la capacité des mots à produire des images mentales les rendait inutiles. Néanmoins, les cartes apparurent dans les œuvres d’imagination.

Initiée avec les cartes des itinérances de don Quichotte et menant jusqu’aux éditions vénitiennes d’œuvres de L’Arioste et de Pétrarque, cette enquête s’est principalement attachée à deux généalogies. La première, anglaise, donne à voir les périples d’un voyageur imaginaire présenté comme bien réel : elle conduit des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift à L’Utopie de Thomas More. La seconde, française et allégorique, a pour origine la Carte de Tendre, insérée dans la Clélie de Mademoiselle de Scudéry, et inclut les cartes galantes ou polémiques qui l’ont imitée. Selon les époques et les lieux, les cartes des fictions ont assumé divers rôles. Elles ont représenté des mondes à l’envers, satiriques, critiques ou utopiques ; elles ont brouillé la distinction entre le monde du livre et celui du lecteur ; elles ont nourri la raison et les rêves, au-delà même de la lettre du texte.

Cheminant d’œuvre en œuvre, Roger Chartier offre dans cet essai une nouvelle approche de la mobilité des fictions et de leurs interprétations. Historien, spécialiste de l'histoire du livre, de l'édition et de la lecture, Roger Chartier est professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire Écrit et cultures dans l'Europe moderne de 2007 à 2016. Il a notamment codirigé, avec Henri-Jean Martin, une Histoire de l'édition française en quatre volumes (rééd. Fayard, 1989-1991).

Lien ajouté le 2 novembre 2022


Articles connexes

Mapping fiction, une exposition sur les rapports complexes entre auteurs et cartes littéraires

Utiliser des générateurs automatiques de territoires imaginaires





Rubrique Cartes et atlas imaginaires


L’imaginaire des élèves en géographie à l’école et au collège


David Bédouret, Jean-François Thémines, Anne Glaudel, Sylvain Genevois et Patricia Grondin, « L’imaginaire des élèves en géographie à l’école et au collège », Cybergeo: European Journal of Geography [En ligne], Epistémologie, Histoire de la Géographie, Didactique, document 1023, mis en ligne le 07 juillet 2022.


Résumé

Les programmes scolaires actuels de géographie, à l’école élémentaire et au collège, insistent sur la prise en compte des représentations et de l’expérience géographique des élèves ainsi que sur le développement de leur créativité et de leur imaginaire. L’article propose une analyse de l’imaginaire mobilisé par des élèves scolarisés du CM1 à la troisième en situation de production cartographique d’une île à aménager. L’analyse montre que les productions réalisées se réfèrent à des expériences géographiques variées et pas seulement d’origine scolaire. La géographie scolaire semble pourtant construire un imaginaire disciplinaire qui prend une place grandissante au fur et à mesure du cursus. Cependant cet imaginaire disciplinaire peine à mettre en forme des données issues de la perception et de la représentation d’espaces du quotidien et à les articuler avec une activité de conception d’espace géographique organisé.

Pour compléter 

Géodusocle (équipe de recherche collective), « La géographie apprise à l’école et au collège : quelques clés de lecture à partir d’une recherche conduite dans plusieurs académies », Géoconfluences, mai 2022. 

S'appuyant sur une enquête inédite réalisée auprès de 1 022 élèves du CM1 à la troisième, l'article montre la façon dont se consolident les acquis scolaires en géographie. Les résultats font apparaître une lente et très progressive appropriation des fondamentaux de la géographie (utiliser le vocabulaire de la discipline, mobiliser la sémiologie graphique, représenter l'espace en vue zénithale, varier les échelles, etc.). L'enquête met aussi en évidence les inégalités entre élèves dans l'acquisition de ces savoirs et savoir-faire, et la porosité de la discipline aux expériences extérieures à l'école.

Articles connexes

Jouer avec les stéréotypes en géographie, est-ce les renforcer ou aider à comprendre le monde ?


Utiliser des générateurs automatiques de territoires imaginaires


Rubrique Cartes et atlas imaginaires


L'histoire par les cartes : les photographies de la Commission du Vieux Paris


La Ville de Paris met à disposition une cartographie regroupant
les photographies de la Commission du Vieux Paris. Il s'agit d'environ 6 200 photographies prises entre 1916 et le début des années 1930 auxquelles s'ajoutent des clichés des années 1960-70. 

Dix mille clichés du Paris d'hier sur une carte interactive (source : Commission du Vieux Paris)



Parmi les missions de la Commission du Vieux Paris figurent la réalisation de campagnes photographiques pour documenter, arrondissement par arrondissement, les édifices dont la conservation était souhaitable. L’entreprise appelée « Casier artistique et archéologique » a permis de rassembler entre 1916 et le début des années 1930 plus de 6200 photographies sur plaques de verre illustrant les quelques 2000 dossiers portant aussi bien sur des hôtels particuliers, des immeubles de rapport, que des équipements publics ou des ensembles industriels. Ces images, uniques pour l’histoire de la capitale, portent témoignage d’un Paris souvent disparu et sont essentiellement dues à deux photographes, Charles Lansiaux et son successeur Edouard Desprez. D’autres reportages furent réalisés au fil des demandes de démolitions, pour garder des traces du bâti destiné à disparaître. Le médium passe alors progressivement de la plaque de verre au négatif souple.

L’outil cartographique, mis au point par le département d’histoire de l’architecture et archéologie de la Ville de Paris (DHAAP) et le consortium scientifique Paris Time Machine, référence la totalité des clichés issus du Casier et une partie des relevés avant démolition effectués dans les années 1960 et 1970. Il sera progressivement enrichi, en fonction de l’avancement des campagnes de numérisation en cours.

La réutilisation des images est placée sous licence Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0). Toute autre utilisation est soumise à l’autorisation du DHAAP, merci de contacter Dac-ContactDHAAP@paris.fr.

Le fonds photographique conservé par le Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie au sein de la direction des Affaires culturelles de Paris, porte témoignage du Paris des années 10 et 20, du bâti de cette époque avec boutiques, immeubles et vues urbaines. La carte interactive rassemble plus de 6000 photographies réalisées sur plaques de verres rangées par adresses.

Articles connexes

Les plans historiques de Paris de 1728 à nos jours (APUR - Cassini Grand Paris)

Découvrir le Paris de la Révolution française en arpentant la ville