Le changement climatique par les données (La graphothèque - Bon Pote)


Le nouveau projet Bon Pote est en ligne : la Graphothèque, une base de données visuelles pour mieux appréhender les enjeux écologiques. Le but est de mieux comprendre le climat par les chiffres.

Bon Pote est un média indépendant sur l'environnement, 100% financé par ses lecteurs. « La mission de Bon Pote est d’informer sur le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, tout en montrant le rôle actif que chacun peut jouer pour un futur plus respectueux de la planète. Il est certes trop tard pour éviter certaines conséquences, mais il n’est et ne sera jamais trop tard pour agir et éviter le pire. Nous démystifions les idées reçues avec rigueur, en nous appuyant sur la littérature scientifique disponible. Dans la mesure où le changement climatique est politique, une veille médiatique quotidienne est assurée afin de faire le lien entre l’actualité politique et les conséquences que les décisions peuvent avoir sur notre avenir climatique. »


Les graphiques sont regroupés par rubrique (climat, énergies, biodiversité, conséquences, solutions). Les données sont sourcées et les graphiques sont tous téléchargeables (dommage que l'export en png ne conserve pas le format vectoriel utilisé en ligne). Un des atouts du site est de permettre de faire des sélections et des comparaisons à partir de graphiques interactifs.

Des parcours thématiques sont proposés en lien avec des articles et des infographies :


Le site Bon Pote comporte d'autres ressources intéressantes : une boîte à outils pour calculer son empreinte carbone ou encore un jeu de cartes sur le thème 12 discours de l’inaction climatique. La rubrique Idées reçues donne des pistes de réflexion sur des questions importantes en matière de société et d'environnement : « Adaptation : les modèles climatiques sont-ils fiables ? », « la France est-elle prête à faire face au changement climatique ? », « Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ? »... 

Lien ajouté le 23 octobre 2025

« Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens » (QuotaClimat).
Plus de 529 cas de mésinformation climatique ont été détectés en huit mois dans les médias audiovisuels français. C’est le constat du rapport publié par QuotaClimat avec Data for Good et Science Feedback. Ces contenus s’inscrivent dans 19 campagnes coordonnées, portées par des acteurs bien identifiés : secteurs fossiles, automobile, énergétique, agricole, ingérences étrangères… et parfois certains médias eux-mêmes. L’objectif n’est plus de nier le réchauffement clima tique, mais de délégitimer les solutions de la transition, semer le doute et retarder l’action. Pendant ce temps sur les réseaux sociaux, ces mécaniques sont aussi présentes avec des lobbies et grands groupes industriels qui investissent dans les influenceurs pour imposer leurs narratifs sur les solutions au réchauffement climatique.

Lien ajouté le 24 octobre 2025

« TotalEnergies condamné partiellement pour greenwashing  » (‪Reporterre).
Le tribunal judiciaire de Paris a partiellement condamné TotalEnergies le 23 octobre 2025 pour pratiques commerciales trompeuses liées à sa communication sur la neutralité carbone. Saisie en 2022 par plusieurs ONG, dont Greenpeace, Les Amis de la Terre France et Notre affaire à tous, la justice a jugé que certaines déclarations du groupe étaient susceptibles « d’altérer le comportement d’achat du consommateur » et de « l’induire en erreur ». En cause, la campagne de communication lancée en mai 2021 lors du changement de nom de Total en TotalEnergies, qui mettait en avant son ambition « d’atteindre la neutralité carbone » et « d’être un acteur majeur de la transition énergétique ». Pour les associations, cette promesse relevait du « greenwashing », le groupe continuant parallèlement d’accroître sa production d’hydrocarbures.

Lien ajouté le 5 décembre 2025

« Chiffres clés du climat - France, Europe et Monde - Édition 2025 » (SDES).
L’Etat publie en infographie ses données sur le climat afin "d’informer un public le plus large possible sur le changement climatique, ses mécanismes, causes et effets ainsi que sur les dispositifs mis en place pour le circonscrire, aux échelles internationale, européenne et nationale". Avec les données associées à la publication sous forme de tableaux et graphiques (disponibles depuis 2015).

Le changement climatique en infographie - Données 2025 (source : © SDES)

L’Inventaire national prête un peu à confusion quand il est rapporté par habitant (prise en compte uniquement des GES émis sur le territoire français). Les déplacements sont le principal poste d’émission avec 24% de l'empreinte carbone des Français, juste devant l’alimentation (23%) suivi par l'habitat (21%). Le transport de marchandises ne fait pas l’objet d’un calcul détaillé, mais représente 5% à 15% de l'empreinte carbone. Ces chiffres ont donc tendance à minimiser la réalité.

Lien ajouté le 11 décembre 2025

« Révisionnisme. Aux Etats-Unis, l’agence de l’environnement efface de son site l’impact de l’homme dans le réchauffement climatique » (Libération).
Sascha Garcia explique que l’EPA, sous l’administration Trump, a modifié son site en retirant l’impact humain sur le réchauffement. Les pages mentionnant CO₂, méthane ou fonte des glaces ont été réécrites ou supprimées, malgré un large consensus scientifique. Des climatologues dénoncent un « revirement spectaculaire ». Pour eux, masquer l’origine anthropique du réchauffement affaiblit les politiques publiques. La suppression d’informations clés rend l’accès aux données plus difficile et accroît la défiance institutionnelle.L’affaire illustre l’usage politique de l’expertise dans la gouvernance climatique. Entre effacement numérique et réécriture des causes, elle montre comment certains États réorientent leurs récits pour justifier des choix énergétiques carbonés. 

Lien ajouté le 14 janvier 2026

« La cartographie du déni climatique » (deni-climatique.fr).

Jules Xénard, journaliste indépendant, a réalisé une enquête en sources ouvertes concernant les auteurs et relais du déni climatique dans la sphère publique, essentiellement médiatique, en France. Le choix d’utiliser les expressions « déni climatique » et « climato-dénialisme » découle d’une volonté de faire la distinction entre des discours affirmatifs et répétés de figures publiques, médiatiques, et le climatoscepticisme qui touche une partie de la population générale. Les premiers relèvent de la désinformation dans l’espace public, tandis que le second, en partie seulement alimenté par cette désinformation, n’a pas la même portée. C’est aussi pourquoi ne figurent dans cette cartographie que des personnes physiques ou morales dont les discours climato-dénialistes sont répétés et significatifs.

Le déni climatique ou climato-dénialisme est compris comme le rejet du consensus scientifique sur le changement climatique. Il ne se limite pas au rejet de l’existence du changement climatique. Pour en délimiter les bornes, l'auteur de cette cartographie s'est appuyé sur une taxonomie des arguments climato-dénialistes réalisée par des chercheurs en 2021, qui distingue cinq grandes catégories :

  1. le déni de l’existence du changement climatique ;
  2. le déni de l’origine humaine du changement climatique ;
  3. la minimisation ou la négation des impacts du changement climatique ;
  4. le rejet avec des arguments fallacieux des politiques climatiques ;
  5. le dénigrement des sciences et scientifiques du climat ou plus largement du mouvement pour le climat.

Lien ajouté le 4 février 2026

« Vérification des faits : Le changement climatique ne rend pas les vagues de froid extrêmes plus fréquentes » (The Climate Brink).

Alors que les souvenirs de la tempête hivernale de janvier 2026 s'estompent aux Etats-Unis et que de nouvelles perturbations se profilent à l'horizon, un refrain familier revient sur les réseaux sociaux : l'accusation de changement climatique serait responsable d'une nouvelle chaque vague de froid extrême. En 2025, face à cette situation, Zeke Hausfather (chroniqueur sur les questions climatiques au New York Times) avait publié un article dans CarbonBrief analysant les données scientifiques, qu'il republie sur son site (voir également son Tableau de bord des températures mondiales). Les modèles climatiques les plus récents prévoient très largement que les épisodes de froid extrême continueront de diminuer à mesure que les concentrations de gaz à effet de serre augmenteront. Cela signifie que, même si certains phénomènes transportent occasionnellement de l'air polaire glacial vers le sud, les hivers seront globalement probablement plus doux que par le passé.

Évolution du nombre de jours avec des températures minimales quotidiennes inférieures à 0 °C
entre 1970 et 2024. Données issues de Berkeley Earth (source : 
(The Climate Brink)

Lien ajouté le 15 février 2026

« Climat : 665 fausses informations "propagées" dans les médias audiovisuels en 2025, d'après l'Observatoire des médias sur l'écologie » (FranceInfo).

Une étude de l'Observatoire des médias sur l'écologie publiée le 5 février 2026 relève que 665 fausses informations sur le climat ont été "propagées" dans les médias audiovisuels en France en 2025. Il s'agit d'une analyse minutieuse des centaines d'heures d'antenne passées au peigne fin grâce à une intelligence artificielle pour détecter ces fake news. Le tout est ensuite revérifié "à la main", par les humains d'une agence de fact checking. L’Observatoire des médias sur l'écologie est porté par un consortium de huit acteurs, dont l'association QuotaClimat. La désinformation climatique n'est plus cantonnée aux réseaux sociaux. Dans ce rapport, l’audiovisuel public se distingue "par un meilleur traitement des enjeux environnementaux" et "couvre deux fois plus les enjeux environnementaux que l’audiovisuel privé". Exemple avec la COP 30 au Brésil, trois fois plus couverte par l'audiovisuel public que les médias privés.

Lien ajouté le 17 février 2026

« Vos candidat(e)s sont-ils à la hauteur des enjeux de votre ville ?  » (villesfutures.bonpote.com). 

"Explorez les projections climatiques, consultez les programmes des candidats aux municipales 2026 et interpellez-les". La carte interactive contient plus de 1000 candidatures. Il est possible de filtrer par type de commune (villes moyennes, grandes ou très grandes), couleur politique, taux d'abstention, changement de bord, projection climatique, programme politique...

Lien ajouté le 19 février 2026

« Qui est derrière l’Association des climato-réalistes, le navire amiral du déni du réchauffement en France ? » (Le Monde - Les Décodeurs). 

Les déclarations climatosceptiques, qui ont trouvé leur place ces dernières années sur CNews, dans Le Figaro Vox ou sur les écrans publicitaires des gares françaises, ont un point commun : elles émanent toutes de membres de l’Association des climato-réalistes (ACR), une structure discrète qui apparaît aujourd’hui comme le navire amiral du déni du changement climatique en France. Ce collectif, né au moment de l’accord de Paris, ne compte dans ses rangs quasiment aucun spécialiste des sciences du climat. Certains de ses membres bénéficient pourtant d’une importante visibilité, notamment dans les médias libéraux et d’extrême droite. 

Lien ajouté le 27 février 2026

Tamara Ben Ari, Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant, Le Moment orwellien. La science face aux nouveaux obscurantismes, Le Seuil. Préface de Valérie Masson-Delmotte.

Pourquoi la science est-elle aujourd’hui devenue l’objet d’attaques d’une ampleur inédite ? À partir d’événements récents aux États-Unis et en France, cet ouvrage mobilise les concepts développés par George Orwell dans 1984 pour analyser la mécanique contemporaine de brouillage du réel, qui a fait de la science une cible politique. Il montre comment les savoirs et celles et ceux qui les produisent ont d’abord été fragilisés par leur soumission à la logique de marché, puis discrédités par le pouvoir à travers une succession de procès idéologiques. Cet affaiblissement a ouvert la voie à un glissement vers un autoritarisme assumé, fondé sur la manipulation du langage, la réécriture du passé et l’effacement de la vérité au nom de la liberté. Dans ce moment orwellien, la science, en tant que langage universel de description du réel, n’a plus lieu d’être. Nommer et comprendre ces mécanismes est une condition essentielle pour pouvoir y résister. Tamara Ben Ari, chercheuse en sciences de l’environnement, conduit des recherches sur la stabilité de la production agricole ainsi que sur la transition écologique de la recherche. Olivier Berné, astrophysicien spécialiste de la nébuleuse d’Orion, est responsable de projets scientifiques avec le télescope spatial James Webb. Emmanuelle Perez Tisserant, maîtresse de conférences en histoire, travaille sur l’histoire nord-américaine et son héritage colonial, notamment en Californie. Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en sciences du climat, est membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie des Technologies. Ensemble ou séparément, elles et il ont contribué à l’émergence de plusieurs collectifs engagés dans la défense de la science, notamment Stand up for Science France.

« Déni et obscurantisme contre science et démocratie » (France Culture). Olivier Berné rappelle le contexte de la montée d'un mouvement de désinformation : "Il y a cette instrumentalisation de la peur en fabriquant des contre-vérités, qui est beaucoup utilisée par les régimes illibéraux et cette manière de se détacher des faits et du réel, et déjà on voit poindre George Orwell." Valérie Masson-Delmotte analyse le déni climatique comme une stratégie politique dont l'objectif est le démantèlement du cadre réglementaire. Elle interroge les enjeux de la régulation publique. Il est ensuite question de l'impact de cette attaque contre la science sur le débat démocratique dans nos sociétés contemporaines.

Lien ajouté le 26 mars 2026

Subir le réchauffement climatique coûte bien plus cher que limiter les émissions de gaz à effet de serre. Deux études publiées dans la revue Nature mettent en lumière les conséquences économiques, sociales et écologiques du changement climatique :

Burke, M., Zahid, M., Diffenbaugh, NS et al. « Quantifying climate loss and damage consistent with a social cost of carbon » [Quantification des pertes et dommages climatiques en tenant compte du coût social du carbone]. Nature, 651 , 959–966 (2026), https://www.nature.com/articles/s41586-026-10272-6

À Stanford, Solomon Hsiang et Marshall Burke comparent le CO₂ à un déchet. Chaque tonne émise génère des dommages durables et cumulés. Une tonne émise en 1990 a causé 180$ de dégâts jusqu’en 2020 mais en causera 1.840$ d’ici 2100. Les chercheurs montrent un effet d’accumulation. Les émissions passées continuent de produire des impacts pendant des décennies. Au total, les dommages futurs liés aux gaz déjà émis seront environ 10 fois supérieurs à ceux déjà subis. Les effets sont très inégalement répartis dans l’espace. Les pays des latitudes élevées subissent des impacts limités, tandis que les régions tropicales et intermédiaires, souvent plus pauvres, concentrent les pertes économiques les plus importantes. Les émissions américaines depuis 1990 ont causé plus de 10.000 milliards de dollars de dommages mondiaux. Une grande partie touche des pays comme l’Inde (500 milliards) ou le Brésil (330 milliards), révélant une forte injustice climatique. L’étude permet même d’estimer les impacts individuels. Les vols privés de grandes figures économiques en 2022 pourraient générer chacun plus d’un million de dollars de dommages d’ici 2100, illustrant le poids des choix de consommation.

Bevacqua, E., Fischer, E., Sillmann, J. et al. « Moderate global warming does not rule out extreme global climate outcomes » [Un réchauffement climatique modéré n’exclut pas des scénarios climatiques extrêmes]. Nature, 651 , 946–953 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10237-9

Cette seconde étude, menée par Emanuele Bevacqua (Helmholtz), montre que même avec +1,5°C ou +2°C, des événements extrêmes majeurs resteront probables. Leur impact dépend fortement des territoires concernés. Les risques se concentrent dans des espaces stratégiques. Pluies extrêmes en Europe et en Asie, sécheresses dans les régions agricoles clés et incendies en zones forestières. L’exposition et la vulnérabilité territoriale déterminent l’ampleur des impacts. Il est essentiel de communiquer efficacement les projections les plus pessimistes du climat mondial futur - ci-après dénommées scénarios climatiques les plus défavorables - pour l’évaluation des risques et l’élaboration de stratégies d’adaptation robustes au réchauffement climatique. Alors que le réchauffement climatique approche les 1,5 °C, ces résultats soulignent l'urgence d'une atténuation rapide pour limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C, car même un réchauffement de 2 °C pourrait avoir des conséquences graves.

Lien ajouté le 9 avril 2026

« Baisse des émissions de CO2 : le bilan catastrophique de la France en 2025 » (BonPote).

Le Citepa a publier une estimation des émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2025 en France. Et les résultats sont catastrophiques : les émissions territoriales n’ont baissé que de 1,5 % au cours de l’année qui vient de s’écouler. C’est encore plus mauvais que les années précédentes (-3,9 % entre 2021 et 2022, -6,8 % entre 2022 et 2023, -1,8 % entre 2023 et 2024). Autrement dit, alors que les effets du dérèglement climatique s’intensifient (plus de 2000 décès lors des canicules de l’été 2025, dont une majorité est due au changement climatique), la France traîne des pieds et va même jusqu’à ralentir ses efforts de baisse des émissions. À l’occasion de la publication du baromètre du Citepa, Bon Pote fait le point sur les efforts très insuffisants de la France. 

Lien ajouté le 21 avril 2026

« Réchauffement climatique : pourquoi des scientifiques appellent à oublier l’objectif de limitation à + 1,5 °C » (Le Monde).

A. Garric et P. Mouterde décrivent le débat scientifique autour de l’objectif de +1,5°C. Certains chercheurs en contestent désormais la pertinence face aux trajectoires observées, tandis que d’autres insistent sur son rôle structurant dans l’action et la gouvernance. Les observations empiriques confirment un dépassement déjà engagé. La température moyenne mondiale a franchi +1,5°C sur les trois dernières années. Si les tendances actuelles se prolongent, le réchauffement pourrait atteindre +2,8°C d’ici 2100, malgré l’essor rapide des énergies renouvelables. Pour Erle Ellis, professeur à l’Université du Maryland, cet objectif a perdu son efficacité politique. Il n’a pas déclenché de transformation à la hauteur des enjeux et contribue à installer un récit d’échec, susceptible de freiner l’engagement des décideurs publics. Certains scientifiques proposent alors de changer d’indicateur. Ils suggèrent d’évaluer la transition en comparant la croissance des énergies bas carbone à celle de la demande totale. Lorsque les premières dépassent la seconde, le recul des énergies fossiles devient effectif. Cette approche transforme la lecture du climat. Elle met l’accent sur les dynamiques industrielles, la production énergétique et la création d’emplois, en laissant aux États la possibilité d’adapter leurs objectifs à leurs trajectoires de développement et à leurs contraintes économiques. D’autres chercheurs défendent au contraire le maintien du seuil de +1,5°C. Joeri Rogelj souligne que son dépassement doit renforcer l’action. Il constitue un repère essentiel pour limiter l’intensification des événements extrêmes et éviter l’activation de seuils irréversibles. L’objectif conserve également une forte dimension politique et juridique. Valérie Masson-Delmotte rappelle qu’il structure les principes de justice climatique en définissant les responsabilités différenciées. Son abandon risquerait d’affaiblir la protection des territoires les + vulnérables. Ce débat met en lumière les tensions dans la gouvernance climatique mondiale. Entre indicateur scientifique, outil d’action publique et référence morale, le seuil de +1,5°C cristallise les arbitrages entre développement économique, justice et stabilisation du climat.

Liens ajoutés le 26 avril 2026

« Pour une juste reconnaissance de la méthode scientifique dans le débat public (tribune) » (Nouvel Obs). Fausses informations sur la toxicité de certaines molécules, sur les pratiques d’élevage, sur l’intégrité de journalistes et d’ONG environnementales. Pour Marc-André Selosse, Philippe Grandcolas et Diane Strauss et une quarantaine de scientifiques, la méthode scientifique est en train de perdre sa place dans les discours politiques et médiatiques.

« Désinformation climatique : analyse dans les médias français, espagnols, polonais et brésiliens » (Quota Climat).

QuotaClimat, Data For Good et Science Feedback publient un nouveau rapport sur l’état de la désinformation climatique à la télévision et à la radio dans quatre pays – la France, l’Espagne, la Pologne et le Brésil – couvrant au total 44 médias. Parmi les 815 cas de mésinformation climatique identifiés, 85 % ont été détectés dans des médias privés. La désinformation ne se limite plus au déni de la science, mais s’attaque frontalement à l’action climatique en instrumentalisant les coûts associés. En Europe, les énergies renouvelables figurent parmi les thèmes les plus ciblés. L’exposition nationale à la désinformation climatique est par ailleurs fortement tirée à la hausse par un nombre limité de chaînes : 

  • 14 médias diffusent plus d’un cas de désinformation toutes les deux heures de temps d’antenne consacrés aux enjeux environnementaux : Sud Radio, Jovem Pan, Cuatro News, CNEWS, TV Trwa, Europe 1, TV Brazil, wPolsce24, RMC, Band, TV Republika, Radio Maryj, Telecinco NEWS et LCI.
  • 5 des 14 médias concernés sont français, 4 sont polonais, 3 sont brésiliens, et 2 sont espagnols.
  • En France et en Pologne, les chaînes d’information en continue apparaissent comme les plus poreuses à la désinformation que les chaînes généralistes. 

Liens ajoutés le 22 mai 2026

« "Le GIEC a exagéré" : quand la désinformation climatique refait surface » (Bon Pote).

Au mois d’avril 2026 ont été publiés de nouveaux modèles qui alimenteront le prochain rapport du GIEC, les CMIP7 (Coupled Model Intercomparison Project). Ce papier scientifique a fait du bruit car le "scénario RCP8.5" disparait, et ce serait la preuve que les "écolos ont exagéré". Les "RCP" (Representative Concentration Pathways) sont des scénarios utilisés par les scientifiques dans les précédents rapports du GIEC pour montrer à quel point la température pouvait potentiellement monter selon la concentration en ppm. Ce scénario, appelé à tort par certains le "business as usual", était le scénario sans politique climatique, avec une exploitation sans limite des énergies fossiles. Il était encore plausible à sa sortie au début des années 2010, et déjà hautement improbable. Il est important de préciser que les auteurs eux-mêmes se défendent de l’appeler le scénario "Business As Usual". Ce n’est pas un scénario Business as usual. Le monde a par ailleurs depuis plutôt suivi la trajectoire moyenne RCP4.5, avec un réchauffement d’environ +3°C. Dans la nouvelle étude, les scientifiques ont présenté 7 trajectoires possibles d’évolution des émissions. Ces scénarios ne sont pas des prédictions, mais des scénarios d’émissions. Ce papier est un non évènement “médiatique” pour la communauté scientifique, mais une bonne occasion comme toujours pour les manipulateurs et menteurs sur le réchauffement climatique.

« Climat : les bonnes nouvelles sont-elles tabou ?  » (Le Temps). A la lumière d’une étude écartant le scénario climatique du GIEC le plus pessimiste, y aurait-il une gêne à admettre que la situation théorique s’améliore ? 

Dans Le Temps, Marie-Hélène Miauton analyse le reflux politique de l’écologie. Elle montre que le climat reste une question mondiale, mais que les opinions arbitrent davantage entre protection de la planète, énergie chère et souveraineté industrielle. La dynamique verte s’affaiblit dans les urnes européennes. Après 9% aux élections européennes de 2019, le Green Deal s’est édulcoré. Il visait la neutralité climatique en 2050, mais il s’oriente désormais vers l’industrie, les entreprises et la souveraineté. La Suisse illustre ce reflux électoral. En 2019, Les Verts atteignent 13,2% et semblent proches d’un siège au Conseil fédéral. En 2023, ils retombent à 9,8%, tandis que les Vert’libéraux stagnent. L’écologie politique perd une partie de son élan. Le sondage international Ipsos éclaire ce recul. L’engagement individuel baisse depuis 2021, avec -29% en Pologne, -24% au Japon et -14% en Suisse. Le fatalisme progresse aussi, jusqu’à 62% en Inde, où beaucoup pensent qu’il est trop tard pour agir. Le coût de la vie recompose les priorités climatiques. En moyenne, 74% des sondés s’inquiètent de la hausse des prix de l’énergie, jusqu’à 86% au Royaume-Uni. Pour la moitié de l’échantillon, garder des prix bas passe avant la baisse des émissions. Detlef van Vuuren, climatologue néerlandais et coauteur du GIEC, estime que le scénario le plus noir s’éloigne. La hausse atteindrait +3,5°C en 2100, non +5,7°C. Ce mieux reste grave et mal discuté publiquement.

Liens ajoutés le15 septembre 2026

« Les Français face à l’amnésie climatique : combien de temps trouverons-nous ces étés caniculaires anormaux ? » (Vert, le média qui annonce la couleur).

Le géographe George Adamson, du King’s College London, montre que les extrêmes rendent le changement climatique concret, mais qu’ils sont vite normalisés. Après quelques étés brûlants, l’exception devient une nouvelle référence, au risque d’effacer la mémoire du climat passé. L’été 2026 est le plus chaud jamais mesuré en France. Près de la moitié de l’Hexagone a dépassé 40°C au moins une fois. Christine Berne, climatologue à Météo-France, rappelle que la moyenne est passée de 11,82°C en 1960-1990 à 12,97°C en 1990-2020, soit +1,15°C en trente ans. Une étude publiée en 2019 montre qu’environ cinq ans suffisent pour banaliser des températures autrefois jugées exceptionnelles. Les chercheurs ont analysé des milliards de messages sur les réseaux sociaux. Ce qui choquait hier cesse alors d’être perçu comme une anomalie climatique. Le changement climatique rend les vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Elles touchent aussi des territoires plus vastes et débordent l’été. En 2026, une canicule survient dès mai, puis sept départements sont encore placés en alerte début septembre. Le biologiste Daniel Pauly parle de "seuil de référence changeant". Nous comparons le présent à un passé déjà dégradé. Son travail sur les stocks de poissons montre qu’en oubliant les niveaux plus anciens, on sous-estime l’ampleur réelle des pertes. Adamson applique ce mécanisme au climat. Pour Adamson, la mémoire climatique se construit dans les paysages familiers. Moins de neige pendant les vacances ou des feuilles tombant plus tôt marquent davantage qu’une moyenne nationale. Ces signes concrets entretiennent une mémoire individuelle et collective des bouleversements. Le Hellfest devient un repère climatique parlant. De 2007 à 2013, pluie, boue et fraîcheur dominaient. En 2017, 27°C paraissaient déjà "infernaux". En 2022, la chaleur provoque 800 malaises en deux jours. En 2025 et 2026, le festival atteint 37°C, parfois 40°C. La norme a glissé.L’oubli est un risque majeur du réchauffement. En 2026, les canicules auraient causé 7.300 morts selon un bilan provisoire. Serge Zaka alerte : notre perception s’adapte en quelques années, mais pas la physiologie d’un chêne, d’une vigne ou d’un écosystème. Le danger, lui, demeure. 

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Climate Change Tracker, un tableau de bord pour étudier le changement climatique global

Climate Trace, une plateforme pour visualiser et télécharger des données sur les émissions de gaz à effet de serre (GES)

La carte, objet éminemment politique. Les manifestations « No Kings » aux États-Unis et dans le monde


Des millions d'Américains ont manifesté le samedi 18 octobre 2025. Rassemblés autour du mot d’ordre « No Kings » (Pas de rois), environ 7 millions de manifestants, selon les organisateurs, ont défilé pour dénoncer le pouvoir autoritaire du président Donald Trump. Plus de 2 700 rassemblements se sont tenus dans les grandes villes américaines ainsi que dans des petites villes du centre des États-Unis, et des bourgades d’Etats républicains. Le mouvement de contestation s'est également étendu à quelques grandes villes en Europe. 

L'appel à l'action a été lancé à partir d'une carte publiée sur le site No Kings, largement diffusée sur Internet et sur les réseaux sociaux. Les cartes de manifestations jouent un rôle central dans la naissance et la propagation des mouvements sociaux, en raison du fait qu’elles sont conçues dès le départ pour être diffusées et reproduites à la fois par les médias et par les sites Internet. Ces cartes, souvent associées à des textes, des images ou des slogans, participent d’une forme de contre-pouvoir, voire de contre-culture. De la carte-slogan à l'action politique, voyons comment cette carte a circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux et comment elle peut être interprétée en lien avec d'autres symboles.

I) Au départ, une simple carte d'appel à l'action

La carte publiée sur le site No Kings est assez classique. Elle s'inscrit dans le répertoire d'actions utilisé aujourd'hui pour sensibiliser l'opinion publique et encourager à l'action. Il s'agit, pour les organisateurs, de répertorier les lieux prévus de manifestations plusieurs jours ou semaines avant qu'elles n'aient lieu. Elle a vocation au départ à informer pour trouver le lieu de rassemblement le plus proche de chez soi. Plus de 2500 rassemblements, réunions ou événements sont annoncés le 14 octobre dans 1700 villes des États-Unis. Même si cette « protest map » relève seulement d'un appel et ne présage pas du succès de la manifestation, elle a vocation à mobiliser un maximum d'opposants à la politique autoritaire de Trump, y compris en Europe. L'accumulation de gros points sur la carte accrédite l'idée d'un mouvement d'ampleur.

La carte d'appel à l'action sur le site No Kings - 2500 lieux de manifestation prévus le 14 octobre 2025



La mobilisation « No Kings » du 18 octobre s'inscrit dans une certaine continuité puisqu'il s'agit d'une deuxième journée de manifestation. Les premiers rassemblements No Kings ont eu lieu le 14 juin en réponse à un défilé militaire que Trump avait prévu pour le 250e anniversaire de l'armée américaine et son 79e anniversaire. Selon les estimations, la première manifestation avait réuni entre 2 et 4,8 millions de personnes au cours de 2 150 actions à l'échelle nationale. Elle était déjà elle-même supérieure aux manifestations « Hands Off » du 5 avril, qui avaient également  mobilisé un nombre important de personnes, entre 919 000 et 1,5 million de personnes.

Il convient de noter que, par rapport à la première carte qui comptait 2 000 points de rassemblement, la nouvelle carte en compte 500 de plus. Il s'agit de montrer que le mouvement de contestation prend de l'ampleur. Cette nouvelle vague de manifestations survient dans un contexte de frustration croissante et d'opposition généralisée à la répression militaire du président Trump contre les villes dirigées par les démocrates à travers l'Amérique. Autre point de différence : lors de la manifestation du 14 octobre, la décision d'organiser des événements No Kings dans toutes les villes sauf Washington D.C correspondait au choix délibéré de mettre l'accent sur le contraste par rapport aux cérémonies officielles (cf forme de contre-événement) et de ne pas donner à l'administration Trump l'occasion d'attiser le conflit et de le mettre en avant. Lors de la manifestation du 18 octobre, toutes les villes sont concernées y compris Washington D.C.

La carte interactive « No Kings » n'est pas particulièrement intéressante en soi, si ce n'est comme visualisation de l'ampleur géographique du sentiment anti-Trump aux États-Unis. Il s'agit en apparence d'une simple carte interactive indiquant les lieux des manifestations contre l'autoritarisme croissant de l'administration Trump. Pourtant si on l'observe de plus près, on s'aperçoit qu'elle donne lieu à quelques variations. Ainsi en Europe notamment pour Londres, Madrid, Porto ou Stockohlm, le slogan "No Kings" a été remplacé par "No Tyrants" ou "No Dictators", de manière à élargir la contestation à toute forme de pouvoir autoritaire voire dictatorial. Le trumpisme ne concerne pas que les États-Unis. La montée de l'autoritarisme et la restriction des libertés concernent beaucoup d'autres pays dans le monde. Ce qui ferait de l'Amérique un symbole d'un mouvement de contestation beaucoup plus large à l'échelle mondiale.

La carte d'appel à l'action sur le site No Kings pour la partie Europe - "No Tyrants, No Dictators"



Le site No Kings ne permet pas de télécharger la liste des lieux prévus de manifestation. Il est conseillé d'utiliser le site We the people dissent qui recense tous les événements liés au mouvement No Kings à partir d'une carte et d'une base de données mise à jour quotidiennement depuis juin 2025. La carte distingue les lieux de manifestation en fonction de leur coloration politique à l'élection présidentielle (pro démocrate ou pro républicain). 

Manifestations prévues le 18 octobre aux Etats-Unis à partir du site We the people dissent
(en rouge les comtés favorables à Trump / en bleu ceux favorables à Harris / en violet plus mixtes)


II) Le message et sa diffusion sur les réseaux sociaux

A l'heure d'Internet et des réseaux sociaux, la carte entend faire passer un message. Elle n'est pas seulement destinée à informer sur les lieux de rassemblement les plus proches. Elle a vocation à être reprise et diffusée sur les réseaux sociaux. On la retrouve aux côtés d'autres images ou slogans destinés à renforcer le message. 

La carte des rassemblements accompagnée du slogan "No Thrones, No Crowns, No Kings"
(« Pas de trônes. Pas de couronnes. Pas de rois ») - Source : @indivisible.org



Les membres de la génération Z, qui ont grandi à l'ère d'Internet, utilisent couramment les médias sociaux comme plate-forme pour organiser et coordonner les manifestations. La diffusion de la carte est le fait d'activistes, mais aussi de simples manifestants ou sympathisants du mouvement. Cette diffusion est variable en fonction des réseaux sociaux et mériterait une étude plus poussée. On remarque par exemple une diffusion bien moindre sur le réseau Twitter contrôlé par Elon Musk, proche du président républicain.

Ces rassemblements, nés à Portland avant de s’étendre au pays entier, marquent le retour d’une opposition organisée. "Les démocrates montrent enfin de la colonne vertébrale", souligne Ezra Levin, cofondateur du mouvement Indivisible (une carte recense les nombreuses actions conduites par ce groupe). Plus de 200 organisations se sont engagées comme partenaires des manifestations du 18 octobre ; aucune n'a abandonné par crainte d'une réaction négative de Trump. L'Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union), association de défense des droits civiques, est partenaire, tout comme le groupe de défense Public Citizen. Des syndicats, dont la Fédération américaine des enseignants (American Federation of Teachers) et le SEIU, font partie de la coalition. Le nouveau mouvement de protestation 50501, né auparavant d'un appel à manifester dans les 50 États sur une seule journée, est également partenaire. Parmi les autres partenaires figurent la Human Rights Campaign, MoveOn, United We Dream, la League of Conservation Voters et Common Defense.

III) Le traitement de l'information par les médias

Les médias ont également relayé la carte publiée par le site No Kings. Mais à la différence des réseaux sociaux, ils ne reprennent pas la carte telle quelle. Afin d'éviter de servir de relais de propagande et sans doute aussi par souci d'assurer un traitement de l'information, les médias proposent en général des versions reconstruites à partir des données fournies par le site officiel No Kings, qui reste malgré tout la source des données. Cela peut aller de la simple carte par points afin de conserver une certaine neutralité ou lisibilité de l'information jusqu'à un traitement plus poussé mettant en lumière les hauts-lieux de la contestation. Ce faisant, le but des organisateurs de voir largement circuler le message via les medias est en partie atteint. 

Le journal The Guardian diffuse une carte par points uniformes en ajoutant quelques noms faisant ressortir les zones concentrant le plus de rassemblements. Le message se veut assez neutre, nonobstant le titre qui ne prend pas la précaution de mentionner qu'il s'agit seulement des lieux prévus pour les rassemblements. 

« Les manifestations No Kings aux États-Unis » (source : The Guardian)


La chaîne d'information CNN s'en tient à une carte également assez minimaliste indiquant le nombre de manifestations prévues par comté, ce qui a tendance à uniformiser l'information à l'échelle du territoire. Les cercles sont pourtant proportionnels au nombre d'événements (de 1 à 30). Mais ils sont de taille beaucoup plus petite que sur la carte du site officiel No Kings. Sous la carte est ajoutée une note : « L'ampleur et la portée de chaque événement prévu sont inconnues et le site web du groupe indique qu'il s'engage à mener une action non violente ». De fait, CNN semble avoir conscience du risque de répression et de la peur éventuelle que peut inspirer ce type de carte (d'où aussi la volonté de neutraliser le message et de lisser l'information).

« Des manifestants se rassemblent contre l'administration Trump lors d'événements No Kings  à travers le pays » (source : CNN)


A partir des mêmes données, Axios propose une carte rapportant le nombre d'événements par ville (voir la carte déjà réalisée pour la manifestation du 14 juin). On y voit ressortir les grandes métropoles du Nord-Est et de la côte ouest des États-Unis qui ont voté contre Trump, mais aussi des villes de rang plus modeste.

« Rassemblements, réunions et événements de mise en visibilité No Kings prévus le 8 octobre 2025 » (source : Axios)


On retrouve parmi les lieux de rassemblement les places symboliques de défense des droits civiques, notamment Grant Park à Chicago, ville surveillée par la Garde nationale et où la mobilisation est particulièrement forte. « Même dans les villes où les troupes sont déployées, des millions de personnes devraient manifester contre le président dans le cadre d'une 2e manifestation... Nous ne nous laisserons pas intimider » (The Guardian).

IV) De la carte-slogan à son interprétation par rapport à d'autres symboles

Les Républicains ont qualifié les manifestations No Kings de « rassemblements de haine contre l'Amérique », en les assimilant à des ennemis de l'intérieur, des partisans du mouvement antifa, voire des terroristes (voir le témoignage de Mark Bray, menacé de mort pour ses travaux sur l’antifascisme et qui a fui les États-Unis pour l'Europe). Les manifestants ont répliqué avec des panneaux « We love America » comme symbole de défense de la liberté et de la démocratie ou encore « l'Amérique appartient à son peuple et non aux rois ». À Austin (Texas), le gouverneur Greg Abbott a déployé la Garde nationale, la division des Texas Rangers, des policiers d'État et le Département de la sécurité publique du Texas avant le rassemblement, avec le soutien d'avions et d'autres moyens tactiques. Il a déclaré dans un communiqué que « la violence et la destruction ne seront jamais tolérées au Texas » et qu'il avait donné l'ordre à tous les agents des forces de l'ordre et à toutes déployé toutes les ressources nécessaires pour assurer la sécurité des habitants ». Cette décision a suscité de vives critiques de la part des Démocrates. 

Face à l'administration Trump qui souhaite réprimer les manifestations, le mouvement No Kings entend montrer qu'il s'agit de la « plus grande manifestation pacifique de l'histoire américaine ». Des manifestants ont rempli Times Square à New York, où la police a déclaré n'avoir procédé à « aucune arrestation liée aux manifestations », alors même que plus de 100 000 personnes se sont rassemblées pacifiquement dans les cinq arrondissements. De l'avis général, les manifestations étaient essentiellement festives, avec souvent des personnages gonflables et des manifestants costumés. La foule, d'une population diversifiée, comprenait des parents poussant des enfants en poussette, des retraités et des personnes accompagnées d'animaux de compagnie. Des manifestations comme celles-ci rassemblent des groupes multigénérationnels et leur côté ludique peut contribuer à créer un élan et à renforcer une communauté. Elles reflètent le malaise croissant de nombreux Américains face à des événements tels que les poursuites pénales contre les ennemis politiques de Trump, sa répression militarisée de l'immigration et l'envoi de troupes de la Garde nationale dans les villes américaines - une mesure qui, selon le président américain, visait à lutter contre la criminalité et à protéger les agents de l'immigration (les déploiements de la Garde nationale à Chicago et Portland ont été temporairement suspendus par décision de justice).


Ce n'est pas tant le pays qui est célébré que l'Amérique en tant que symbole de liberté. « Pendant 250 ans, partout dans le monde, malgré toutes nos erreurs, les États-Unis sont restés un symbole de liberté, de démocratie, d’espoir et d’indépendance », selon le chanteur Bruce Springsteen. Dans les dessins et caricatures, on trouve de nombreuses références à la Déclaration d'indépendance de 1776, événement fondateur de la constitution et de la démocratie américaine.

« Trump et Johnson ignorent clairement l'histoire américaine. No Kings par Rob Rogers - Tinyview (©)


Par son pouvoir performatif, la carte est à interpréter conjointement avec d'autres symboles brandis pendant les manifestations. Lors des défilés, elle laisse la place à une autre iconographie propre aux manifestants qui expriment leur point de vue à travers des affiches, banderoles et autres panneaux affichant leur réprobation.

Lors des manifestations à travers les États-Unis, certains manifestants portent du jaune – un symbole d’unité et une référence à d’autres mouvements de résistance non violente, selon les organisateurs. « Tout au long de l'histoire, les personnes qui se sont rassemblées pour protester contre les régimes autoritaires ont utilisé une couleur facilement reconnaissable parmi des milliers de personnes », peut-on lire sur un tract publié sur le site web No Kings. « Le jaune est un rappel éclatant et sans équivoque que des millions d'entre nous sommes unis par la conviction que l'Amérique appartient à son peuple, et non aux rois ». Le site du mouvement évoque également Hong Kong, où les manifestants portaient des parapluies jaunes, déclarant que les rubans jaunes sont des symboles d'espoir, de responsabilité et de réforme. Le mouvement des rubans jaunes des Ukrainiens est un signe de résistance à l'agression russe. On pourrait aussi faire allusion au mouvement des Gilets jaunes, bien que la symbolique soit quelque peu différente. Partout en Europe, des manifestations ont également eu lieu à Berlin, Madrid et Rome, en signe de solidarité avec leurs homologues américains. À Londres, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade des États-Unis.

Banderoles géantes, fanfares et pancartes ont envahi les rues (voir les images des manifestations populaires relayées par The Guardian). L'idée de porter des costumes d'animaux gonflables farfelus a fait son chemin après que Seth Todd, un membre de la communauté mexicaine, a été aspergé de gaz lacrymogène par un agent fédéral alors qu'il portait un costume de grenouille gonflable lors d'une manifestation devant un centre de l'ICE à Portland, dans l'Oregon. La nouvelle génération d’activistes, a choisi la voie de l’humour avec ces nouveaux costumes de la contestation. 

La grenouille comme symbole de résistance publique (source : @gwenckatz.bsky.social)


Une immense bannière reprenant le préambule de la Constitution américaine "We the People" (Nous, le peuple) a circulé pour être signée, symbole d’un sursaut civique et d’une réaffirmation démocratique face à la concentration du pouvoir. Cette fois, la foule comprenait une nouvelle vague de manifestants, indignés par les raids des services d'immigration, le déploiement de troupes fédérales dans les villes, les licenciements gouvernementaux, les coupes budgétaires drastiques, la réduction progressive du droit de vote, la réduction des exigences vaccinales, l'annulation des traités avec les tribus et le projet de loi dit « One Big Beautiful Bill ». Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a repris à son compte le statut de roi dénoncé par les manifestants dans plusieurs vidéos générées par l'intelligence artificielle. Sur une vidéo, il s'imagine en Tom Cruise à bord de son avion de chasse - siglé King Trump - comme dans Top Gun. Alors que la bande originale du film résonne, Donald Trump survole les manifestants sur lesquels il largue un liquide brun qui ressemble à de la boue ou à des excréments. De son côté, Scared Ketchup a composé le clip  No Kings 2.0 en soutien aux manifestants (On ne s'arrêtera pas tant que la liberté n'aura pas sonné. Pas de rois ! Pas de couronnes ! Pas de trônes ! Hors de question !). Des publications sur les réseaux sociaux ont affirmé qu'une chaîne de télévision avait utilisé d’anciennes images pour gonfler les rangs des manifestations "No Kings", mais il s'agit d'une fausse information alimentée par l'IA d'Elon Musk.

Seth Abramson a réuni plus de 250 photographies lors de la 1ère manifestation « No Kings » du 14 juin 2025. Son but est de rassembler le plus grand nombre possible de photos de foules lors des manifestations qui ont lieu aux États-Unis, mais aussi dans le monde. Ces photos sont accessibles à travers une interface cartographique qui permet de les consulter par lieux. Une performance artistique a été réalisée sous la forme de banière humaine reproduisant le slogan « No Kings » sur la plage de San Francisco lors de la manifestation du 14 juin. La performance a été renouvelée le 18 octobre avec le slogan « No Kings Yes On 50 », en référence à la California proposition 50, un amendement constitutionnel visant à revoir le découpage électoral. La proposition, si elle est votée, entraînerait l'entrée en vigueur de la loi sur la lutte contre la fraude électorale, qui permettrait à l'État de Californie d'utiliser un nouveau découpage électoral établi par la législation pour les élections de 2026, 2028 et 2030. Les Démocrates souhaiteraient compenser le récent redécoupage électoral du Texas par les changements proposés en Californie. Les Républicains semblent avoir pratiquement abandonné leurs efforts pour empêcher le redécoupage électoral démocrate des districts de la Chambre des représentants de Californie, une semaine avant qu'il ne soit soumis aux électeurs. Les électeurs californiens ont finalement approuvé la Proposition 50 le 5 novembre 2025.

Bannière humaine réalisée à Ocean Beach (San Francisco) le 14 juin (source : Seth Abramson)


La même performance artistique réalisée le 18 octobre avec le slogan « No Kings, Yes On 50 »
Ocean Beach est devenue 

Affiche cartographique invitant à voter oui pour la proposition 50 visant à redécouper les circonscriptions électorales en Californie (source : @realTuckFrumper)

Selon l'étude d'Erica Chenoweth, Soha Hammam, Jeremy Pressman et Christopher Wiley Shay qui ont analysé les données à partir du décompte des manifestants, « No Kings » pourrait bien faire partie des plus grandes journées de protestation de l’histoire des États-Unis. Le nombre de participants et l’étendue géographique des manifestations sont des signes de l’opposition populaire persistante à la deuxième administration Trump. Leurs estimations suggèrent qu'entre 2 et 4,8 millions de personnes ont participé à plus de 2 150 actions à l'échelle nationale lors de la journée du 14 juin. 

Avec 7 millions de personnes (estimations), la 2e journée de manifestation organisée le 18 octobre constitue une mobilisation encore plus importante. « Alors que l'attention des médias se concentre souvent sur les acteurs qui se plient aux exigences de Trump, dans la rue, le mouvement de protestation populaire continue de s'opposer à l'administration avec une persistance notable au fil du temps [...]. La mobilisation populaire par la protestation ne constitue ni l'intégralité de l'opposition à l'administration Trump, ni ne suffit à elle seule à imposer un changement. Pourtant, historiquement, le grand public, de concert avec d'autres acteurs sociétaux tels que les opposants politiques, les avocats, les syndicats et les tribunaux, continuera probablement à jouer un rôle crucial aux États-Unis et ailleurs dans la défense de l'État de droit et des normes démocratiques. » 

Selon le journaliste et auteur spécialisé dans les données Elliott Morris, qui s'est appuyé sur des estimations de comptage participatif, la deuxième manifestation « No Kings Day » se situerait entre 5 et 6,5 millions de participants. L'estimation, basée sur les rapports des responsables et des organisateurs locaux ainsi que des participants, suggère que le chiffre des organisateurs – qui font état de 7 millions de participants à l'échelle nationale – est peut-être un peu optimiste (mais pas impossible). Que le nombre exact soit de 5, 6, 7 ou 8 millions, les manifestations de samedi constituent très probablement la plus grande manifestation sur une journée depuis 1970, surpassant même les manifestations de la Marche des femmes contre Trump en 2017. Ces estimations participatives sont accessibles gratuitement ici en espérant qu'elles seront utiles aux chercheurs et aux journalistes qui cherchent à améliorer la compréhension collective de l'activité politique et des manifestations aux États-Unis. Au 18 octobre 2025, Strength in Numbers estime qu'au moins 12,8 millions de personnes, soit 3,7 % de la population, ont manifesté contre le président depuis son entrée en fonction.

Selon les politologues Erica Chenoweth (Université Harvard) et Maria Stephan (organisatrice en chef du projet Horizons), le taux important de participation représente un « seuil critique », celui qui peut conduire à l’expulsion d’un parti au pouvoir et de sa figure de proue. Elles ont étudié les mouvements de résistance civiques de 1900 à 2006 partout dans le monde pour en arriver à ce constat : la seule façon de contrecarrer ce genre de mobilisation citoyenne pacifique est finalement de s’assurer qu’elles deviennent violentes, la violence divisant par deux son pouvoir de changement.

Dana Fisher, professeure à l'Université de Washington DC et autrice de plusieurs livres sur l'activisme américain, estime que les marches du 18 octobre pourraient constituer l'une des plus grandes manifestations de l'histoire récente des États-Unis. Pour elle, ces manifestations « ne vont pas changer la politique de Trump, mais elles pourraient renforcer à tous les niveaux les élus qui s'opposent à Trump ». Un vent de résistance se lève, sera-t-il durable ?

Lien ajouté le 11 janvier 2026

Plusieurs centaines de personnes ont formé une banderole humaine proclamant « C'ÉTAIT UN MEURTRE — DEHORS L'ICE ! » à Ocean Beach, à San Francisco, lors d'une manifestation le 10 janvier 2026 en réaction à la mort par balle de Renée Nicole Good à Minneapolis, tuée par un agent fédéral de l'immigration. Ocean Beach à San Francisco semble devenu un haut-lieu de la résistance face à la politique répressive de Donald Trump. 

Lien ajouté le 14 janvier 2026

« Comment Trump bombarde sa communication ordurière » (Arte - Le dessous des images)

Dans une vidéo générée par l’intelligence artificielle, Donald Trump bombarde d’excréments les millions d’Américains qui ont osé manifester contre lui. Si cette séquence surprend par sa vulgarité, elle illustre la nouvelle stratégie de communication transgressive du président. Aux millions d’Américains qui ont manifesté lors du mouvement "No kings" en octobre 2025, le président des États-Unis a choisi de répondre par une vidéo spectaculaire, générée par l’intelligence artificielle. Pour Donald Trump, l’IA est devenue une arme politique redoutablement efficace. Jake Lahut, journaliste politique, nous explique comment cette stratégie de communication permet au président de railler ses opposants tout en saturant l’espace médiatique. Andrew Rojecki, professeur en communication, revient sur cette communication décomplexée qui inspire d’autres dirigeants. 

Lien ajouté le 30 janvier 2026

« "Streets of Minneapolis" : Bruce Springsteen critique la politique anti-immigration de Donald Trump dans une chanson en hommage aux victimes » (France-Info).

Après la mort de deux Américains tués par balles par les agents fédéraux, le "Boss" a sorti mercredi 28 janvier 2026 une chanson composée en une seule journée, intitulée "Streets of Minneapolis". Le "Boss" s’en prend à "l’armée privée du roi Trump", "aux voyous fédéraux" et nomme les membres de l’administration, comme le conseiller du président, Stephen Miller, ou la ministre de l’Intérieur, Kristy Noem. Il rend également hommage aux citoyens qui "se lèvent pour la justice". Et à ces deux personnes "laissées pour mortes dans les rues enneigées", Alex Pretti et Renee Good.

Streets Of Minneapolis - Bruce Springsteen (Youtube)

Lien ajouté le 30 mars 2026

« Feu rouge pour Trump : les rassemblements "No Kings" sont une démonstration de force politique » (Usa Today).

Les manifestations, reprenant le slogan révolutionnaire dénonçant le président Donald Trump comme un aspirant monarque et un dirigeant autoritaire, ont eu une portée géographique sans précédent pour une manifestation d'une seule journée aux États-Unis depuis plus d'un demi-siècle. Elles ont touché non seulement les quartiers habituels de New York, Los Angeles et Austin, mais aussi des communautés dans les 50 États et chaque circonscription électorale, y compris les zones rurales et républicaines. Bien que l'ambiance ait été généralement sereine et les marches largement pacifiques, les troisièmes manifestations « No Kings » ont constitué une démonstration indéniable de force politique qui pourrait avoir des répercussions lors des élections de mi-mandat de 2026 et au-delà. Le décompte des organisateurs, non vérifié par des analystes indépendants, évaluait la foule à 8 millions de personnes, dépassant les 7 millions estimés lors de la précédente Journée sans rois, en octobre. Cette fois-ci, davantage d'événements étaient prévus (3 300 contre 2 700) et une affluence plus importante a été constatée dans certains endroits, en partie due à l'opposition à la guerre en Iran. Les manifestants étaient unis par leur opposition à Trump et leur soutien aux institutions démocratiques qu'ils l'accusent de mettre en danger. Mais le mouvement No Kings ne dispose pas du programme détaillé d'un parti politique, et il y avait également un mélange de priorités et de conflits potentiels concernant les tactiques et les priorités. Les pancartes des manifestants dénonçaient la guerre en Iran, le coût du logement et des soins de santé, soutenaient l'Ukraine dans son conflit avec la Russie et évoquaient le scandale Jeffrey Epstein. Certains réclamaient la destitution de Trump. Lors de certains rassemblements, on pouvait voir des pancartes appelant à « Abolir l'ICE ». Un drapeau palestinien flottait au milieu de la foule lors d'une marche à Washington, D.C. L'unité contre Trump ne signifiait pas automatiquement que tous les membres de la foule étaient favorables aux démocrates. Les rassemblements terminés, les divergences idéologiques pourraient compliquer les efforts déployés pour obtenir leurs votes. L'histoire montre que les manifestations de masse peuvent avoir un impact lors des élections de mi-mandat, en libérant l'énergie politique et en stimulant la mobilisation des électeurs. Les manifestations contre la guerre du Vietnam ont galvanisé les jeunes électeurs et les démocrates libéraux. Mais la réaction négative des électeurs plus âgés et plus conservateurs a alimenté les discours de Richard Nixon, républicain, sur le maintien de l'ordre en 1968, une élection qu'il a remportée de justesse face au démocrate Hubert Humphrey.

Thank you for making No Kings 3 the biggest day of mass protest that America has ever seen. #NoKings

[image or embed]

— Indivisible ❌👑 (@indivisible.org) 29 mars 2026 à 17:44

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La carte, objet éminemment politique : les cartes de manifestations à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux

Utiliser l’outil de cartographie infracommunale de l’INSEE


Un outil de visualisation très pratique

L'outil de cartographie infracommunale de l'Insee permet de visualiser des données fines à l'échelle des ilots Iris et des données carroyées de 200m et 1km de côté pour l'ensemble du territoire français (hexagone et outre-mer). Cet outil est très pratique dans la mesure où il évite d'avoir à télécharger les données. Il fournit un outil de visualisation directe et permet de croiser avec d'autres informations, notamment l'implantation des principaux équipements des communes dans les domaines de la santé, de l’enseignement ou du commerce.

Outil de cartographie infracommunale (source : Insee)



Les cartes proposées représentent des données issues du recensement de la population, de la source Filosofi et de la base permanente des équipements : population par âge, par lieu de résidence, part des ménages pauvres, niveau de vie des individus, équipements et services accessibles à la population. L'outil sera enrichi ultérieurement d'autres indicateurs et sources de données.

Exemples d'utilisation

Cela reste un visualisateur : il n'est pas possible de choisir les couleurs des symboles ni de seuiller les données (pour cela il vaut mieux utiliser l'outil Statistiques locales proposé par l'INSEE). Malgré tout, les exemples ci-dessous montrent tout l'intérêt de pouvoir croiser des informations issues de différentes bases de données. 

Part des personnes âgées de 65 ans ou plus et implantation des médecins généralistes en France (source : INSEE)



Part des ménages pauvres et implantation des collèges à Marseille (source : INSEE)



Part de la population diplômée du supérieur et psychologues à Lyon (source : INSEE)



Documentation sur les Iris et les données carroyées

Cartographier les inégalités en France à partir des données carroyées de l'INSEE

L'inégale accessibilité financière au logement au sein des régions de l'Union européenne (projet House4All - Espon)


Le projet de recherche européen « Accès à un logement abordable et de qualité pour tous » (House4All) propose des données immobilières qui mettent en évidence la crise du logement ainsi que l'inégale accessibilité au logement en fonction des pays et des régions de l'UE.

Le projet House4All et son contexte

L'Europe est actuellement confrontée à une crise du logement, car de plus en plus de personnes peinent à faire face à la hausse du coûts des loyers. C'est particulièrement vrai dans les grandes villes, où de nombreuses personnes rencontrent des difficultés. Dans l'UE, les prix des logements ont augmenté plus vite que les revenus ces dernières décennies. La pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine ont aggravé la situation et, à court et moyen terme, l'insécurité du logement et les difficultés économiques pourraient s'accentuer. Il est donc difficile pour les habitants de payer leur logement, et certains risquent même d'être expulsés et de se retrouver sans abri. Globalement, la pénurie croissante de logements abordables dans un grand nombre d'États membres est un facteur indéniable d'aggravation des inégalités, qui devient par conséquent une préoccupation majeure pour la poursuite des objectifs de cohésion territoriale.

Le projet de recherche européen « Accès à un logement abordable et de qualité pour tous » (House4All) vise à fournir une vue d'ensemble complète et comparative de la mise en œuvre des politiques de logement et à élaborer une définition exhaustive de l'accessibilité au logement à l'échelle de l'UE, en tenant compte d'un large éventail d'indicateurs et de la diversité des territoires européens et de leurs spécificités. Par ailleurs, le projet étudie et cartographie les politiques publiques actuelles en matière de logement abordable et de qualité en Europe. Il met en évidence leur degré de coordination à différents niveaux géographiques et d'intégration dans les politiques d'aménagement du territoire et de développement territorial, ainsi que leur alignement sur les stratégies de développement territorial.

Sélection des données

Actuellement, il n'existe pas de données systématiques à l'échelle européenne sur l'accessibilité au logement à l'échelle régionale, issues de sources de données traditionnelles. Les auteurs du projet se sont donc tournés vers la collecte de données web pour obtenir une indication des coûts du logement, tant à l'achat qu'à la location. L'accessibilité financière étant également une question de revenu, ils ont complété les données collectées par scraping avec des sources de données traditionnelles afin de calculer plusieurs indicateurs d'accessibilité financière. Cette approche permet ainsi de produire une carte paneuropéenne de l'accessibilité financière au logement.

Les cartographies d'accessibilité financière qui sont proposées dans le cadre du projet s'appuient sur deux sources principales : les annonces immobilières collectées par scraping web et les données administratives sur les revenus obtenues auprès d'Eurostat. L'unité spatiale d'analyse est la région NUTS 3. Les prix sont des moyennes par région, calculées à partir d'un ensemble de données collectées le 7 mars 2024.

Après nettoyage des données (suppression des valeurs aberrantes et des annonces incomplètes), le revenu est estimé à partir du PIB par habitant en euros, qui apparaît actuellement comme le meilleur indicateur disponible de manière constante au niveau NUTS3. Il convient de noter que les données sont actuellement lacunaires pour la Slovénie, la Finlande, la Hongrie et la Lituanie, mais elles seront bientôt disponibles dans leur intégralité. Les territoires ultramarins sont également incomplets.

Analyse des résultats

La carte ci-dessous synthétise les résultats de manière provisoire (work in progess). Plusieurs étapes doivent être vérifiées avant une version finale (nettoyage et harmonisation des données, données manquantes à compléter). Malgré tout, la carte permet de mettre en évidence des écarts significatifs à l'échelle européenne, nationale et locale.

Pourcentage du revenu mensuel nécessaire pour louer 100 m² par région européenne (source : House4All)



La Pologne, la Bulgarie et la Roumanie semblent présenter des niveaux d'accessibilité très faibles, ce qui pourrait s'expliquer par le caractère restreint du marché locatif dans ces systèmes de logement. Les régions entourant des capitales telles que Paris, Berlin, Lisbonne et Madrid sont souvent moins abordables que le reste du pays. De plus, les régions côtières ont tendance à être moins abordables que les régions de l'intérieur, notamment en Espagne et en France. En Italie, on observe une différence substantielle entre la côte ouest et la côte est.

Les zones rurales et périphériques présentent un marché immobilier moins dynamique, avec des durées d'annonces de vente plus longues, ce qui peut indiquer une inadéquation entre l'offre et la demande, dans certains cas liée à des défis structurels tels que le déclin démographique, les pénuries de main-d'œuvre et une offre de services limitée.

Il convient de rapporter ces écarts à la part des propriétaires qui varie grandement d'un pays à l'autre de l'UE. Ainsi la Pologne connaît des loyers très élevés, mais une grande partie de la population est déjà propriétaire de son logement (plus de 80%), ce qui n'est pas le cas de l'Allemagne où les loyers sont moins élevés mais concernent plus de personnes (moins de 50% des Allemands sont propriétaires). La France occupe une position médiane.

Le rapport House4All-Espon contient d'autres cartes qui permettent de rapporter l'effort financier à la part de salaire et au nombre d'années nécessaires pour acheter un logement :

Un logement pour tous : Accès à un logement abordable et de qualité pour tous (Rapport House4All - Espon) à télécharger en anglais.

Dynamiques du marché immobilier en Europe - Suivi de la durée des annonces pour les locations et les ventes au niveau local

Portail de données et de connaissances ESPON


Lien ajouté le 7 novembre 2025

Le site desALojamento.pt aborde le problème des hébergements locaux à Lisbonne et à Porto. "L'hébergement local, qui a connu une croissance significative au cours de la dernière décennie, est considéré comme l'un des principaux facteurs à l'origine de la crise du logement que connaît le Portugal. Cette crise du logement s'est aggravée ces dernières années et est devenue insoutenable pour la plupart des jeunes et des familles. L'hébergement local a été conçu au départ pour accueillir les visiteurs à petite échelle, dans un esprit familial. Mais dans les grandes villes, il a rapidement révélé sa véritable nature. Au lieu de stimuler un tourisme durable au sein d'une économie collaborative, il est devenu un marché de masse concentré, souvent contrôlé par des entreprises se faisant passer pour des hôtels. Le résultat est sans appel : des quartiers entiers se transforment en centres touristiques, tandis que les habitants, qui font l'âme de la ville, en sont chassés. Suspendre purement et simplement les nouvelles inscriptions revient à fermer le robinet une fois la maison inondée. Le mal est fait ; les centres-villes sont déjà devenus de véritables parcs d’attractions. Il ne suffit plus de contenir l’inondation ; il faut l’empêcher, rendre à ses habitants leur droit au logement et restituer l’espace à des habitations permanentes. Heureusement, de nombreuses grandes villes ont choisi de limiter les locations de courte durée et de rendre la ville à ses habitants. Là comme ici, il faut du courage et une volonté politique".

Lien ajouté le 4 avril 2026

Dans l'ensemble de l'UE, environ une personne sur deux vit encore dans une maison (51,4 %). Cependant, les écarts sont importants. En Irlande, 90 % des personnes vivent dans une maison, tandis qu'en Suisse, ce chiffre n'est que de 34 %. L'Allemagne, avec 38,5 %, se situe parmi les dernières (données Eurostat).

Appartement ou maison ? Type d'habitation en Europe (source  : Home24)

Lien ajouté le 6 mai 2026

« Comment la crise du logement en Grande-Bretagne contribue au déclin de l'espérance de vie en bonne santé » (The Conversation).

Emma Baker et Amy Clair, Adelaide University, avec Mark Stephens, University of Glasgow, montrent que la crise du logement britannique réduit les années vécues en bonne santé. Le logement apparaît comme une infrastructure sociale qui distribue les risques. Le Royaume-Uni vit moins d'années en bonne santé qu'il y a dix ans et figure presque au bas d'une comparaison de 21 pays, devant seulement les États-Unis. Derrière les comportements individuels, le logement organise l'exposition au froid, au stress et à la pauvreté. Quand le logement devient trop cher, les ménages arbitrent contre leur santé. Ils réduisent chauffage, nourriture, soins, transports ou vie sociale, s'éloignent parfois des services et acceptent des habitats humides, surpeuplés ou plus instables. La qualité du bâti agit directement sur les corps. Froid, humidité, moisissures, mauvaise ventilation et logements dangereux augmentent maladies respiratoires, risques cardiovasculaires, troubles psychiques et fatigue quotidienne, surtout chez les plus fragiles. Le Building Research Establishment estime que le mal-logement coûte 1,4 milliard de livres par an au NHS en Angleterre. Plus de la moitié vient des logements froids, qui exposent fortement personnes âgées, bébés et malades chroniques. Le recul du logement social pousse davantage de ménages vers un secteur locatif privé cher, court et incertain. La peur des loyers, des réparations, des impayés ou de l'expulsion devient une charge mentale continue, mesurable jusque dans le vieillissement biologique. L'hébergement temporaire concentre les vulnérabilités. Début 2025, plus de 130.000 ménages y vivent, soit +156% depuis 2010. Entre 2019 et 2025, ce contexte a contribué à la mort d'au moins 104 enfants en Angleterre, dont 76 bébés. Les écarts territoriaux disent la violence sociale du logement. En 2022-2024, l'espérance de vie en bonne santé atteint 49,8 ans pour les hommes des zones les plus pauvres d'Angleterre, contre 69,2 ans dans les zones favorisées. 

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Données géospatiales de recensement agricole à l'échelle de l'Europe (Eurostat)


Eurostat, le site de statistiques officielles de l'Union européenne, poursuit sa publication de données par mailles d'1 km² à travers son application cartographique GridViz. Cette fois, il ne s'agit pas de données de population, mais de données agricoles acquises dans le cadre de l'Enquête européenne sur la structure des exploitations agricoles (ESEA).

Pourquoi ces statistiques sont-elles utiles ?

Les données géospatiales du recensement agricole fournissent des informations sur la localisation géographique des exploitations, par exemple l'emplacement des principaux bâtiments, le lieu d'exercice des principales activités ou le village le plus proche. Elles offrent également des informations plus détaillées sur la structure et le nombre d'exploitations, les surfaces cultivées, le cheptel ou la main-d'œuvre agricole. Ceci est très utile pour les utilisateurs qui souhaitent analyser ces données à des niveaux de résolution spatiale élevés.

Données géospatiales de recensement agricole au niveau de l'UE (source : Eurostat)



Pourquoi sagit-il de données expérimentales ?

Les données de localisation des exploitations agricoles sont collectées via l'Enquête européenne sur la structure des exploitations agricoles depuis 2010. La publication des données de grille, qui fournissent des informations sur un ensemble de variables telles que les cultures, l'élevage, l'irrigation et l'agriculture biologique, n'a pas été possible en raison de l'absence d'une méthodologie harmonisée appliquant un traitement de confidentialité et produisant des indicateurs fiables à l'échelle européenne. Les informations relatives aux exploitations agricoles ne peuvent être divulguées dans une grille à une résolution de 1 km que si celle-ci contient plus de 10 exploitations.

Afin de rendre les données géospatiales du recensement agricole accessibles aux utilisateurs, une nouvelle méthode a été développée pour garantir qu’aucune information confidentielle provenant d’une unité statistique individuelle ne soit divulguée. Les données sont expérimentales car il s’agit de la première tentative de publication de données géospatiales issues du recensement agricole à l’échelle européenne.

Comment sont-elles produites ?

Basée sur l'approche Quadtree (une méthode visant à conserver à la fois la précision et la confidentialité des données), une grille multirésolution est produite à partir des données du recensement agricole. Cette approche a été développée par Eurostat en collaboration avec le Centre commun de recherche. La grille contient des données géoréférencées d'une taille minimale de 1 km, imbriquées dans des grilles de résolution croissante, par exemple de 5 km, 10 km, 20 km, 40 km ou 80 km. La taille des cellules de la grille varie en fonction du respect des aspects de confidentialité statistique, tels que le seuil et la règle de concentration. Cette méthode garantit également la qualité des indicateurs en évaluant que le coefficient de variation estimé ou l’erreur standard relative se situe en dessous d’un niveau acceptable.

Pour plus de détails, veuillez consulter le note méthodologique ou les articles scientifiques publiés dans le Journal of Geographical Systems and Earth System Science Data.

Accès aux cartes et aux données

Les statistiques expérimentales sont présentées sous forme de carte statistique interactive et visualisées dans l'outil GridViz, conçu par le Système d'information géographique de la Commission (GISCO). 

Pour télécharger les données, vous pouvez sélectionner l'ensemble complet de données ou choisir parmi des jeux de données individuels (taille de l'exploitation, zone agricole, agriculture biologique, terres irrigables, bétail, main d'oeuvre, âge du manager, formation de chef d'exploitation agricole, écart entre les sexes). 

Les données d'enquête ESEA pour la France sont disponibles sur Agreste. La taille totale de l’échantillon est comprise entre 60 et 80 000 exploitations agricoles tirées dans les 416 000 recensées en 2020 toujours actives et dans la population des exploitations agricoles créées depuis. En 4 ans, la France a perdu 40 000 exploitations. Il ne reste plus, en France métropolitaine, que 349 600 exploitations agricoles en 2023 : 40 000 de moins qu’en 2020 et 314 000 de moins qu’en 2000. L’effectif a fondu de 10,3% entre 2020 et 2023, affectant les micro-exploitations et dans une moindre mesure les petites, moyennes et grandes structures, et davantage l’élevage côté Otex. Avec une SAU moyenne de 93 ha, l’agrandissement se poursuit, tout comme le recours aux salariés et aux prestataires extérieurs.

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