Typologie communale de l'accessibilité aux soins de premier recours en France (IRDES)


L'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) propose une typologie communale de l'accessibilité aux soins de premier recours en France.

Dans un contexte de raréfaction et de répartition inégale des médecins généralistes sur le territoire, il apparaît nécessaire de renouveler la description de l'accessibilité aux soins de premier recours en considérant la présence d'un ensemble de professionnels de santé aux côtés du médecin généraliste.

Cette typologie à l'échelle de la commune décrit ainsi l'accessibilité aux soins de premier recours en tenant compte du médecin généraliste, de ses partenaires du quotidien (infirmier∙ière∙s, kinésithérapeutes, pharmacies), de ceux servant d'appui au diagnostic (laboratoires et radiologues) et des services d'urgence. Elle s'appuie sur un classement des communes selon leur niveau d'accessibilité, son évolution récente et les besoins potentiels de soins.

La typologie repose sur trois critères principaux : 

  • le classement des communes selon leur niveau d'accessibilité à partir d'une matrice de distance (temps d'accès moyen en voiture)
  • l'évolution récente de l'offre en densité de soins (en fonction du type de soins)
  • les besoins potentiels en fonction du type de population (âge et revenu), ce qui permet de définir une accessibilité potentielle localisée (APL).

La méthode utilisée est la classification ascendante hiérarchique (CAH) qui permet de classer les communes en catégories selon les différentes dimensions (groupes de professions, offre dynamique et besoins de soins). Elle permet de dégager 7 niveaux d'accessibilité :

  • Classe 1 : communes avec la moins bonne accessibilité aux soins tous services confondus
  • Classe 2 : communes avec une faible accessibilité aux soins, en désertification médicale et avec de forts besoins
  • Classe 3 : communes avec une faible accessibilité aux soins de proximité et favorisées aux plans socio-économique et sanitaire
  • Classe 4 : communes maintenant une bonne accessibilité aux médecins généralistes mais avec une faible accessibilité aux autres soins
  • Classe 5 : communes avec une accessibilité aux soins relativement bonne qui se raréfie et avec de forts besoins
  • Classe 6 : communes favorisées sur le plan socio-sanitaire avec une bonne accessibilité aux soins
  • Classe 7 : communes avec l’accessibilité aux soins la plus élevée pour tous les types de soins

La répartition des clusters dessine principalement deux types de structures spatiales : un gradient urbain-rural et des contrastes régionaux nord/sud pour la France métropolitaine. Tout d’abord, cette classification fait apparaître un gradient urbain/rural classique pour les services d’urgence et les partenaires diagnostiques intermédiaires avec une meilleure accessibilité au centre urbain (clusters 7 et 5), puis une bonne accessibilité en première couronne (cluster 6), pour se déplacer progressivement vers les banlieues plus éloignées avec une accessibilité moyenne (cluster 3) et enfin une plus faible accessibilité dans les marges rurales (clusters 4, 1 et 2). Cependant, ce gradient n’est pas le même pour les services de proximité les plus proches comme les médecins généralistes, les infirmières, les kinésithérapeutes et les pharmacies. Au-delà de l’opposition classique urbain/rural, c’est l’importance des petites centralités dans l’accessibilité aux services de proximité qui est soulignée. Le cluster 4, bien que situé dans des zones rurales isolées, présente un niveau d’accessibilité aux médecins généralistes aussi élevé que les clusters 5 et 6, voire meilleur que le cluster 3, plus proche des grands centres urbains. Cela tient au fait que le cluster 4 est structuré en petites villes qui jouent le rôle de centralités locales et leur permettent d’être bien desservies par les services de proximité. Cela illustre le rôle des petites villes dans l’offre de soins en milieu rural. L'accessibilité ne dépend plus de l'éloignement des grandes villes mais de l'éloignement des centres de services et d'équipements locaux.

Cette typologie de l'IRDES permet de nuancer la notion de "déserts médicaux". Construite à l'échelle des communes, elle est plus précise que celle établie à l'échelle des départements ou des bassins de vie.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet prOmoting evidence-bASed rEformS on medical deserts (OASES), financé par la Commission européenne (Programme 2020 du 3e Programme sur la santé). Il a donné lieu à une publication : 

Bonal M., Padilla C., Chevillard G., Lucas-Gabrielli V. (2025). Une approche multiprofessionnelle  de l'accessibilité aux soins de premier recours : des configurations territoriales très diverses, IRDES, DT n°93, mars 2025 (voir 3 questions aux auteurs à l'occasion de la parution de leur article)


Lien ajouté le 15 mars 2025

La MSA (Mutualité Sociale Agricole) propose une carte de synthèse concernant la Typologie des territoires de vie selon l’accessibilité aux soins et l’attractivité territoriale (données IRDES : Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé). Pour plus d'information sur cette typologie proposée par Guillaume Chevillard et Julien Mousquès, voir cet article paru dans Cybergéo. Les données peuvent être téléchargées en csv pour être intégrées à un logiciel de cartographie. Le site de la MSA comporte également d'autres cartes concernant le taux d'hospitalisation, l'accès aux urgences, la part de médecins généralistes (avec données disponibles au format csv).

Liens ajoutés le 22 mars 2025

« Visualiser la pénurie de médecins ruraux aux États-Unis ». Par Dan Snow.
https://sno.ws/rural-docs/

L'Amérique rurale est confrontée à une pénurie massive et croissante de médecins. Ces dernières décennies, les médecins ont afflué vers les villes en quête de meilleures perspectives de carrière, de salaires plus élevés et de commodités urbaines. Par conséquent, seuls 10 % des médecins vivent désormais en zone rurale, contre 20 % de la population américaine totale. Cette mauvaise répartition a des conséquences potentiellement désastreuses : des études ont montré que l'accès physique à un médecin est un déterminant important de la santé. Pour de nombreux Américains vivant en zone rurale, cet accès nécessite un long trajet et une attente potentiellement plus longue, ce qui peut avoir des conséquences sur la santé, telles qu'un risque accru de mortalité infantile, d'obésité et d'invalidité. La pénurie et ses effets risquent de s'aggraver dans les décennies à venir, car un pourcentage croissant de médecins choisissent d'exercer en zone urbaine.

Pour des millions de femmes américaines, l'accès à l'avortement est hors de portée (New York Times)
https://www.nytimes.com/interactive/2019/05/31/us/abortion-clinics-map.html

Après la fermeture de dizaines de cliniques d'avortement à travers le pays ces dernières années, plus de 11 millions de femmes aux États-Unis vivent à plus d'une heure de route d'un centre d'avortement, selon une analyse des données démographiques et des temps de trajet.

Lien ajouté le 4 juillet 2025

« Cartographier les temps d'accès routiers moyens à un centre d'équipements et de services (Observatoire des territoires).

Le temps de trajet routier à un centre d'équipements et de services vise à mesurer l’accès aux services et aux équipements dans les communes de l'hexagone. Cet indicateur a été construit à partir de la typologie des niveaux de centres d'équipements et de services issue des travaux de l'étude « Centralités : comment les identifier et quels rôles dans les dynamiques locales et intercommunales ? », réalisée par l'INRAE-CESAER pour l'ANCT en 2019. Il est calculé à partir des polarités intermédiaires, structurantes et majeures (centres de niveau 2 et plus).

Lien ajouté le 10 mars 2026

Maryame Amarouche, Aurélie Delage, Nora Nafaa (2026). Quand les services de proximité s’éloignent, La Vie des Idéeshttps://laviedesidees.fr/Quand-les-services-de-proximite-s-eloignent

La disparition des services de proximité inquiète. Les électrices et les électeurs avouent très souvent se déterminer en fonction de ces enjeux locaux, au détriment des considérations nationales ou internationales. Cet éloignement progressif des services essentiels relève en partie d’évolutions démographiques (baisse de la population) ; il s’explique également, sans y être réductible, par des contraintes géographiques (le relief ou l’isolement). Il s’inscrit aussi, et c'est le cœur du propos tenu dans cet essai, dans les transformations profondes des politiques publiques de ces dernières décennies, marquées par des logiques de « renoncement de l’État », entre austérité, rationalisation et concentration, mais aussi dématérialisation de l’offre. Ce « crépuscule des services publics » affecte de nombreux domaines : écoles, services de santé, mais aussi tribunaux, centres des impôts, gares et bureaux de poste ont vu leur géographie bouleversée en quelques décennies à peine. Cet essai se concentre sur la santé et l’éducation, car ce sont des services essentiels couvrant des besoins fondamentaux de la vie quotidienne, avec des caractéristiques particulières : ils sont difficilement délocalisables, fortement encadrés par l’État, et traversés par des formes d’hybridation (public/privé, présence physique/numérique) qui complexifient la question de leur accès. Surtout, ils cristallisent des enjeux de continuité (dans l’espace et dans le temps) sans lesquels la promesse d’égalité d’accès aux droits perd sa substance. Observer la santé et l’éducation permet ainsi de saisir, de manière particulièrement nette, comment la proximité aux services essentiels se fabrique, se défait, et se recompose. Loin d’affecter uniformément l’espace, ces dynamiques contribuent à différencier les territoires entre ceux qui conservent un maillage dense et ceux qui voient ce maillage historique se distendre. Ces derniers attirent particulièrement l’attention : espaces ruraux de faible densité, petites et moyennes villes, anciens bassins industriels, mais aussi banlieues populaires. Ils rassemblent des réalités spatiales diverses, mais partagent des expériences sociales comparables en matière de sentiment de relégation et d’abandon.

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Analyser les cartes et les données des élections législatives de 2024 en France


Les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet sont les dix-septièmes élections législatives sous la Cinquième République. À bien des égards, elles apparaissent comme un scrutin exceptionnel : décision surprise de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République au soir des élections européennes du 9 juin, perspective d’une alternance gouvernementale à l’issue du second tour du scrutin, formation de nouvelles coalitions électorales à gauche comme à droite du système partisan pendant la campagne, contexte politique particulièrement anxiogène.

L'objectif de ce billet est de fournir une approche critique des cartes et des graphiques que l'on peut trouver dans les médias. Il s'agit de donner accès aux données et à la fabrique de l'information, mais aussi de comparer les choix opérés par les médias en regard des cartes et analyses proposées par des géographes, des sociologues ou des politistes.

I) Analyser les cartes et les données du 1er tour des législatives (30 juin 2024)

1) Accès aux données

Le taux de participation a été de 66,7% au 1er tour, soit nettement au dessus du taux de participation aux législatives de 2022 qui était de 48,5%. A lui seul, le Rassemblement national a rassemblé  29,25% des voix au 1er tour. En deuxième position, le Nouveau Front populaire obtient 27,99% des suffrages. Le camp présidentiel n'arrive, lui, qu'en troisième place, avec 20,04% des voix. Loin derrière, avec leurs alliés Divers droite, Les Républicains qui ont refusé de suivre Eric Ciotti dans une alliance avec le RN, obtiennent 10,23% des suffrages. 

Seulement 76 candidats ont été élus au premier tour. C’est le Rassemblement National et la France insoumise qui ont le plus de candidats élus au premier tour le 30 juin 2024.

Liste des candidats au 1er tour avec leur parti et leur profession (Data.gouv.fr)

Résultats définitifs du 1er tour des élections législatives du 30 juin 2024 (Data.gouv.fr)

2) Cartes des résultats dans les médias

  • La carte des résultats des législatives au premier tour et le tableau des candidats qualifiés (Le Monde)
  • Législatives 2024 : voici les résultats définitifs du premier tour, parti par parti (Le Parisien)
  • Les résultats du premier tour des législatives 2024 dans chaque circonscription (Libération)
  • Résultats du 1er tour des législatives 2024 : découvrez les scores des candidats et les députés qualifiés (France Info)
  • Législatives 2024 : la carte des résultats du premier tour (Les Echos)
  • Élections législatives 2024: découvrez les résultats définitifs dans votre circonscription et dans votre ville (Le Figaro)
  • Législatives : le Rassemblement National aurait la majorité absolue au deuxième tour sans désistement généralisé ou front républicain - projection exclusive (Le Grand Continent)
  • Cartographie électorale et symbolisme des couleurs. Le choix du bleu marine (au lieu du brun) pour représenter le RN et ses alliés n'est pas anodin. On le retrouve par exemple pour l'AFP, France Info ou Le Parisien. Au contraire, Libération et Les Echos font le choix de représenter le RN en noir, Le Monde et Mediapart en brun. Le Figaro n'est pas très clair dans ses choix sémiologiques (violet pour le candidat RN en tête et bleu lorsqu'il est élu). Voir cet article de Wikipedia sur le symbolisme des couleurs en politique.
  • Triangulaires : le désistement de la gauche change la donne dans 160 circonscriptions. Quels scénarios pour le second tour ? (Le Grand Continent)
  • Outre les triangulaires qui devraient se réduire avec certains désistements, le site Contexte identifie les points chauds où l'écart de points est faible entre le 1er et le 2e candidat (cela ne présage pas des reports de voix en provenance d'autres candidats).
  • Législatives : et revoilà les fragiles projections de sièges. Les grandes chaînes continuent d'afficher des diagrammes qui n'ont aucune valeur (Arrêt sur Images)

3) Piste d'analyses pour approfondir

  • Décryptage des résultats au lendemain du 30 juin 2024 par Pierre-Henri Bono (Cevipof - SciencesPo)
  • Sociologie des électorats et profil des abstentionnistes (sondage IPSOS - 30 juin 2024)
  • Quelles circonscriptions peuvent faire basculer les élections ? (The Conversation). Accès à l'outil de cartographie interactive proposé par Claude Grasland
  • Votes aux législatives : explorations géographiques (Olivier Bouba-Olga)
  • « Ce qui explique vraiment les différences de vote RN entre les villes et les campagnes » par Olivier Bouba-Olga et Vincent Grimault (Alternatives économiques)
  • Législatives 2024 : vote des champs et vote des villes, une question de diplômes plus que de géographie (Le Monde)
  • Eric Charmes, géographe : « Face à l’extrême droite, les autres forces politiques devront imposer une lecture différente de la France périphérique » (Le Monde)
  • Carte des résultats du premier tour des élections législatives 2024 par bureau de vote (Julien Gaffuri)
  • Tendances politiques des quartiers de Nantes Métropole selon les résultats des législatives du 30 juin 2024 (Martin Vanier)
  • « Entre foyers pauvres et modestes, une classe d'écart mais des votes aux antipodes » (Charivari). Hervé Mondon croise les résultats du premier tour des législatives avec le niveau de vie de chaque circonscription (données issues du portrait statistique des circonscriptions législatives de l’Insee de 2022)

4) Réflexion sur le mode de scrutin 

Outre les effets pervers du scrutin majoritaire, pour les législatives se pose le problème du découpage et de la forte disparité des circonscriptions électorales :

  • « Législatives : le maillage des circonscriptions »  (Les Cartes en mouvement)
  • « Législatives : les fortes disparités entre les 577 circonscriptions sur le nombre d’habitants ou d’inscrits, le taux de chômage, l’âge moyen... » (Le Monde - Les Décodeurs)
  • « Quel est votre poids électoral ? » par Cédric Rossi (Visionscarto)
  • « Faut-il que ces élections législatives soient les dernières au scrutin majoritaire à deux tours ? » (France Inter)

II) Analyser les cartes et les données du 2nd tour des législatives (7 juillet 2024)

La participation finale s'élève à 66,63%, soit une hausse de 20,4 points par rapport à 2022 où elle avait été l’une des plus faibles sous la Ve République : seulement 46,23% des inscrits s'étaient rendu aux urnes pour le second tour. 1094 candidats (656 hommes, 438 femmes) dans 409 duels, 89 triangulaires et 2 quadrangulaires étaient en lice dans les 501 circonscriptions pour lesquelles un second tour était organisé le dimanche 7 juillet 2024. 

Le Front Populaire arrive en tête du 2nd tour avec 170 sièges, Ensemble en 2e position avec 150 sièges, le Rassemblement et ses alliés en 3e position avec 143 sièges suivis par Les Républicains et apparentés avec 66 sièges. Les désistements ont profité au Nouveau Front Populaire (NFP), mais aussi à l'ancienne majorité. C'est le Rassemblement National (RN) qui réunit le plus de suffrages exprimés (8,7 millions de voix), suivi par le Nouveau Front populaire (7 millions de voix) et Ensemble (6,3 millions). Du point de vue de la répartition géographique, le NFP réalise de gros scores à Paris et en petite couronne. Ensemble est très implanté dans le centre et l'ouest, tandis que le RN et ses alliés s'implantent durablement dans le sud-est et dans une grande partie du nord-est de la France.

1) Accès aux données

Résultats officiels publiés par le Ministère de l'Intérieur

Liste des candidats au 2e tour avec leur parti et leur profession (Data.gouv.fr). Selon les premières analyses de la sociologie des député(e)s de la nouvelle Assemblée nationale, on observe en moyenne trois fois plus de députés parmi les professions cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures que dans la population active (Cevipof). On compte 36% de femmes parmi les élu.e.s (contre 37,3% en 2022). Sur 577, on dénombre 423 sortants (soit 73 %). Sur les 154 nouveaux députés, 141 n’ont jamais siégé à l’Assemblée nationale.

2) Cartes des résultats dans les médias

  • La carte des résultats des législatives 2024 au second tour : la composition de l’Assemblée et le tableau des candidats élus (Le Monde). 155 circonscriptions changent de couleur politique (Le Monde-Les Décodeurs)
  • Les résultats du second tour des élections législatives 2024 par commune (Libération)
  • Législatives 2024 : la carte de France des résultats du second tour des élections (Le Parisien)
  • Législatives : comment la mécanique du barrage a fonctionné ? 6 leçons clefs (Le Grand Continent). Quelle efficacité pour le "front républicain” ?" (mesure de l'écart entre le candidat RN ou alliés et le candidat qui lui était opposé dans les duels du second tour)
  • Législatives : formation politique arrivée en tête des élections, par circonscription (Les Echos). Résultats des législatives : 3 cartes pour comprendre la géographie du vote au second tour (Les Echos)
  • Résultats Législatives : la carte complète des députés élus par parti (Le Figaro)
  • La carte des résultats circonscription par circonscription (Ouest France)
  • Résultats des élections législatives 2024 : une circonscription sur quatre a changé de couleur politique, la vôtre est-elle concernée ? (France Info)
  • Résultats des législatives : tentez de composer une majorité absolue avec un simulateur de coalitions (Le Figaro)
  • Quelle coalition ? Composez votre majorité absolue avec un simulateur de coalitions (Le Grand Continent)

3) Piste d'analyses pour approfondir
  • « Décryptage des résultats  au lendemain du 7 juillet 2024 » (Cevipof). Huit chercheurs proposent une analyse des résultats du second tour des législatives 2024.
  • « NFP, Ensemble, LR : qui sont les électeurs qui ont le plus fait barrage au RN ? » (CheckNews-Libération)
  • « France de l’abstention, France de gauche, France de droite ou d’extrême droite : une radiographie politique du pays » (L'Humanité). L’éclairage des cartographes Nicolas Lambert, Antoine Beroud et Ronan Ysebaert à partir de cartes par interpolation (UAR RIATE). Avec méthodologie et code source disponibles sur Observable.
  • « Quelles cartes pour comprendre les élections de 2024 en France ? » (Géoconfluences)
  • Alexandre Blin, étudiant du master SIGAT, propose une datavisualisation donnant une vision générale de la répartition géographique des trois blocs accompagnée de deux histogrammes (nombre de voix et transformation au 2nd tour).
  • « Vents contraires de la politique française. Evolution du vote entre les élections de 2024 et celles de 2022 » par Sylvain Lesage.
  • « On est peut-être à l’aube d’une révision constitutionnelle majeure ». En l’absence de majorité absolue, les parlementaires élus vont devoir inventer un chemin non prévu par la Constitution de la Ve République, estime la constitutionnaliste Charlotte Girard (Politis).
  • « Législatives 2024. Qu'a voté la France des villes moyennes ? » par Ivan Glita et Achille Warnant (Fondation Jean Jaurès).
  • Comprendre la géographie du vote RN en 2024 » par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach (Institut Terram)

Lien ajouté le 27 janvier 2025


« Entre crises et revendications. Les évolutions des courants politiques au sein de l’Assemblée Nationale »
https://legislatures.vercel.app/

Le site se présente comme une frise de 233 ans, dans laquelle on voit évoluer les rapports de forces entre les courants politiques. Chaque bande représente une législature, avec des segments colorés pour les différents partis élus. La largeur correspond au pourcentage de sièges. Cette visualisation a été réalisée à partir de données de sources variées, mais principalement depuis la liste des législatures françaises sur Wikipédia. Elle est inspirée du superbe travail de Tom Février et Marie Patino pour cet article de Bloomberg

Lien ajouté le 20 février 2026

« Infographie. Passer à la proportionnelle, OK, mais laquelle ? » (Contexte).

C’est une vieille promesse du président de la République, faite à l’un de ses principaux alliés, François Bayrou. Le changement du mode de scrutin des élections législatives, pour y instiller une « dose » de proportionnelle, figurait dans le programme d’Emmanuel Macron lors des deux dernières campagnes présidentielles. Désormais installé à Matignon, François Bayrou a l’occasion de faire adopter cette réforme qu’il défend depuis longtemps, estimant qu’elle assure une meilleure représentation de la population. La donne a changé à l’issue des scrutins législatifs de 2022 et de 2024. Leurs résultats n’ont pas permis à un camp de s’imposer à l’Assemblée nationale, malgré le mode de scrutin majoritaire à deux tours, censé produire à coup sûr des majorités solides, voire écrasantes. L’hémicycle compte désormais onze groupes politiques, un record. Malgré cet émiettement, les partisans de la proportionnelle continuent de la défendre. Sa vertu, selon eux ? Favoriser une culture du compromis entre les formations politiques. Elles ne seraient plus forcées de nouer des alliances artificielles avant le scrutin pour éviter l’élimination au premier tour. Et une fois connu le sort des urnes, elles seraient incitées à travailler ensemble à une majorité fondée sur un projet politique plus modeste, mais mieux partagé. Il existe beaucoup de formules possibles pour élire des députés à la proportionnelle. Le site Contexte en a testé plusieurs dans des simulations basées sur les résultats des européennes et des législatives.

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Connaître l'état des eaux souterraines de l'Union européenne (projet Under the Surface)


Un groupe de journalistes de toute l'Europe a travaillé pour collecter, analyser et présenter des informations sur l'état de la ressource en eau. Le projet Under the Surface est basé sur les données que chaque État membre doit communiquer à l'Union européenne sur l'état qualitatif et quantitatif de ses eaux souterraines. Le projet a été initié par Arena for Journalism in Europe et Datadista. Inspiré par les précédentes enquêtes de Datadista sur les eaux souterraines en Espagne, Arena a invité un groupe de journalistes européens à sa conférence Climate Arena en novembre 2023, pour partager des idées et discuter de la faisabilité du projet. Après avoir choisi les partenaires et les méthodes, cette nouvelle équipe de 14 journalistes a démarré ses travaux en janvier 2024.

Le projet "Under the Surface" trouve, en l'absence de données de tous les pays, que l'Europe manque d'eau : plus de 15% des aquifères sont en mauvais état. L'UE exige en principe que tous les États membres, ainsi que l'Islande et la Norvège, fournissent des données sur l'état de leurs aquifères. Sur ces 29 pays, 16 ont soumis des données complètes et accessibles au public, celles de l'Allemagne et du Portugal n'étant que partiellement accessibles. Onze pays ne figurent pas du tout sur la carte : dix n’ont fourni aucune information à l’UE et un, l’Autriche, a choisi de cacher des parties clés de ses données qui empêchent leur cartographie. Les experts scientifiques, informés des résultats du projet Under the Surface, ont averti que sans données complètes, ils ne pouvaient pas connaître l'étendue réelle des dégâts causés aux eaux souterraines du continent. 

Carte interactive montrant l'état des nappes phréatiques pour 17 pays européens (Source : Under the Surface)

La carte interactive montre la qualité et la quantité des eaux souterraines dans 18 pays (pour 17 membres de l’UE + la Norvège). Il couvre les nitrates et une gamme limitée de pesticides et de métaux. Les substances problématiques telles que les PFAS – connues sous le nom de « produits chimiques éternels » – et les produits pharmaceutiques ne sont pas inclus car l'UE n'exige pas de tests. 

La carte révèle que 15 % des masses d’eau incluses dans la carte sont en « mauvais état », ce qui représente 26 % des aquifères par zone de couverture. Un épuisement ou une pollution importante des aquifères est susceptible d’avoir un impact très large, car celles-ci desservent souvent une région plus vaste et une population plus importante. En République tchèque et en Belgique, le nombre d’aquifères qualifiés de « pauvres » dépasse celui des aquifères sains. Ils sont suivis de près par l'Espagne, la France et l'Italie. La Bretagne fait partie des régions particulièrement touchées par la pollution de ses nappes phréatiques.

Les données sont disponibles à travers un formulaire à remplir.

Pour compléter 

« Explorez la carte inédite de la pollution des eaux souterraines en France ». Le Monde a agrégé les mesures correspondant à 300 contaminants (pesticides, métaux, médicaments...) dans 24 700 stations de surveillance. La carte des contaminations des eaux souterraines en France a été conçue par Le Monde, dans le cadre du projet « Under the surface », mené avec six médias partenaires, initié par le média espagnol Datadista et coordonné par Arena for Journalism in Europe.

La carte des contaminations des eaux souterraines (source : Le Monde-Les Décodeurs)


Le Centre commun de recherche de la Commission européenne a produit des cartes indiquant la localisation des aquifères, leur profondeur et leurs interactions avec la géologie et le climat locaux. Ce type de données peut éclairer de nombreux domaines, de l'agriculture à l'adaptation au changement climatique. Le Programme mondial de cartographie et d'évaluation hydrogéologiques (WHYMAP) est une initiative mondiale visant à mieux étudier et gérer les ressources aquifères. En utilisant des sources de données infranationales, nationales et régionales très diffuses et de qualité différente, une image cohérente de la situation hydrogéologique à l'échelle mondiale a été obtenue pour la première fois. WHYMAP montre « divers environnements d'eaux souterraines caractéristiques dans leur étendue surfacique :
  • La couleur bleue est utilisée pour les bassins d'eaux souterraines de grande taille et plutôt uniformes.
  • La couleur verte symbolise les environnements hydrogéologiques de structure géologique complexe.
  • La couleur marron délimite les zones avec des aquifères locaux et peu profonds dans lesquels un substrat rocheux relativement dense est exposé à la surface
Cinq catégories définissent les taux de recharge potentiels de plus de 300 mm à moins de 2 mm/an (allant dans les trois couleurs principales du foncé (taux de recharge très élevés) au clair (potentiel de recharge très faible).

Bassins d'eaux souterraines et recharge (source : Richts A., WHYMAP, 2011)

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Nappes d'eau souterraine : bilan de l’évolution des niveaux en 2022-2023 (BRGM)



Latitudes et longitudes géographiques dans l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert


Le dossier de Colette Le Lay sur le site ENCCRE se propose d'étudier les latitudes et longitudes fournies par les articles de géographie de l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Il s'agit d'en déterminer les contributeurs et les sources à partir d'un important corpus. Librement accessible, l’Édition Numérique, Collaborative et CRitique de l’Encyclopédie (ENCCRE) met à disposition les connaissances des chercheurs d’hier et d’aujourd’hui sur l’Encyclopédie, en s’appuyant sur un exemplaire original et complet de l’ouvrage conservé à la Bibliothèque Mazarine, intégralement numérisé pour l’occasion (soit 17 volumes de textes et 11 volumes de planches). Le dossier s'ouvre par une très belle projection de Jacques Cassini (1696) figurant la Terre vue du pôle Nord avec l'ensemble des méridiens disposés tout autour.

Planisphère Terrestre où sont marquées les Longitudes de divers Lieux de la Terre par Mr. de Cassini  (1696)
Source : Gallica


Le choix de cette projection azimuthale polaire de Jacques Cassini est l'occasion d'aller découvrir la très belle représentation du périple de Magellan autour du monde par le cartographe Scherer (1702). Heinrich Scherer (1628-1704), à la fois mathématicien et cartographe, a développé une œuvre colossale qui a influencé la cartographie européenne du XVIIIe siècle. Plusieurs de ses atlas sont à découvrir sur le site de la Bibliothèque numérique de Munich. Au XVIIe siècle, les parallèles et les méridiens apparaissent comme les lignes remarquables pour se repérer à la surface du globe. Mais les coordonnées géographiques restent encore assez imprécises. Déterminer la longitude va devenir un grand enjeu au XVIIIe siècle.

Heinrich Scherer, Geographia Artificialis Sive Globi Terraquei Geographice Repraesentandi Artificium, 1703


La longitude et la latitude tendent à s’imposer de plus en plus fréquemment dans les dictionnaires et encyclopédies à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle comme en atteste l'étude conduite par Denis Vigier, Ludovic Moncla, Isabelle Lefort, Thierry Joliveau et Katherine McDonough : « Les articles de géographie dans le Dictionnaire Universel de Trévoux et l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert » (Revue Langue française, 2022/2, n° 214). Selon les auteurs, c'est avec F. L. Vosgien (1747 et éditions suivantes) que l’on trouve la mention quasi-systématique de longitude et de latitude, modèle que réutilise D. Diderot dans l’Encyclopédie.

Dictionnaire géographique portatif ou Description de tous les royaumes, provinces, villes, patriarchats, éveschés, duchés, comtés, marquisats des quatre parties du monde par M. Vosgien (1757). Source : Gallica



Pour Paris par exemple, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert indique une latitude de 48° 51' 20''. On y voit la mention de deux longitudes différentes, l'une notée Long. orient. 20° 21' 30", l'autre dite Long. de Paris à l'observatoire de Paris suivant Cassini 19° 51' 30'' : preuve qu'il y avait plusieurs manières d'indiquer la longitude à l'époque. Dans les deux cas, on observe que le point d'origine reste l'île de Fer qui servait encore de référence au cours du XVIIIe siècle.


Comme l'explique le dossier de Colette Le Lay sur le site de l'ENCCRE, déterminer la longitude constitue un enjeu considérable au XVIIIe siècle. Le méridien de Paris comme méridien d'origine va s'imposer progressivement en France à partir des Cassini, sans qu'il s'agisse d'une référence unique. Pour la longitude, l'Encyclopédie prend comme origine l'île de Fer dans l'Atlantique (estimée à l'époque à environ 20° ouest de Paris) sans pour autant mentionner explicitement un méridien origine.

Méridien de l'île de Fer dans l'Atlantique


Outre le Dictionnaire géographique portatif de Vosgien, Jaucourt qui a rédigé avec Diderot les articles de géographie de l'Encyclopédie s'est inspiré vraisemblablement du Dictionnaire de Trévoux (1752). Celui-ci comporte à la fin de l'ouvrage un tableau des coordonnées géographiques de tous les lieux et auteurs cités. La longitude y est indiquée en degrés, minutes, secondes (D. M. S.) par rapport à l'île de Fer ainsi que par rapport au méridien de Paris en heures, minutes, secondes (H.M.S.).

Tableau des coordonnées géographiques des noms de lieux (source : Dictionnaire de Trévoux, 1752)


Il fallut attendre la fin du XVIIIe siècle pour stabiliser les mesures de longitude. En 1789, l'expédition de Verdun, Borda et Pingré plaça définitivement l'île de Fer à 20°2’31" de Paris. Au XIXème siècle, la carte d'état major ne se réfère plus qu'au méridien de Paris et les cartes topographiques des autres États à leur observatoire national. C'est le développement des transports et la nécessité d'adopter une heure universelle et des fuseaux horaires avec des décalages d'heures rondes pour les heures locales qui vont aboutir au choix du méridien international de Greenwich en 1884. La France résistera jusqu'en 1911 (source : « Quelle est la différence entre le méridien de Greenwich et le méridien de Paris ? », IGN)

Articles connexes



L'histoire par les cartes : il a fallu plus de 25 ans à la France pour fixer les coordonnées géographiques des Seychelles au XVIIIe siècle

AllThePlaces : géodonnées et vision du monde commercial à travers Internet

 

Le projet All The Places extrait les données concernant les « emplacements de magasins » à partir de sites web du monde entier. Les données sont extraites ("scrapées") à partir d'Internet et regroupées par des robots d'indexation (spiders) selon plus de 2500 catégories. La carte reflète une vision du monde commercial tel qu'il se donne à voir sur Internet, laissant de fait les sites de petits commerces de détail dans l'invisibilité, particulièrement dans les pays du Sud (#BlancsDesCartes).

Vision du monde commercial à travers Internet (source : All The Places)


Les données d'emplacement de magasins ont été extraites avec Scrapy, un outil de web scraping assez connu basé sur le langage Python. En sortie, près de 5 millions de lignes ont été extraites en juin 2024 réparties ensuite en 2555 catégories de manière à fournir un ensemble de données POI au format GeoJSON. Disponibles sous licence Creative Communs CC-0 et régulièrement mises à jour, ces données sont téléchargeables en open data sur le site Alltheplaces.xyz.

Une interface web permet de visualiser directement les données sans avoir besoin de les télécharger. En zoomant, on accède au détail des POI. On voit apparaître surtout des enseignes commerciales, des réseaux de banques et assurances, des chaînes de restauration, des concessions autos, etc... Il s'agit des enseignes les plus visibles sur Internet. D'une certaine manière, la carte reflète les enseignes commerciales capables de faire le plus de branding sur Internet.

Zoom sur les sites commerciaux géolocalisés à travers l'interface web d'AllThePlaces

Pour les banques on constate que ce sont surtout l'emplacement des distributeurs de billets ("visa") qui ressortent. Ils représentent plus de la moitié de la base de données. Pour les mobilités, on voit apparaître principalement les bornes de véhicules deux roues en libre-service dans les espaces urbains ("gbfs" ou "General Bikeshare Feed Specification").

Le téléchargement des fichiers geojson (plus de 300 Mo de données géolocalisées) permet de conduire des analyses géographiques, comme par exemple l'implantation de grandes chaînes de distribution alimentaire. A noter que l'indexation par robots laisse des "trous dans la raquette" si l'on peut dire : les magasins Casino, Carrefour, Aldi, Lidl sont bien indexés pour la France, alors qu'Auchan par exemple n'y figure pas ou seulement pour d'autres pays. Les données n'étant pas homogènes selon les catégories et selon les pays, on aura intérêt à utiliser ce type de données en complément d'autres jeux de données issues de Wikidata ou d'OpenStreetMap. 

Comparaison de l'implantation de quelques grandes chaînes de distribution en France

Articles connexes


Utiliser Wikidata pour chercher des informations géographiques

Une base de données historiques sur les personnages célèbres dans le monde (de 3500 avant JC à 2018)

Geonames, une base mondiale pour chercher des noms de lieux géographiques

OpenDataSoft : une plateforme avec plus de 1800 jeux de données en accès libre

Data France, une plateforme de visualisation de données en open data

Numbeo, une banque de données et de cartes sur les conditions de vie dans le monde

Mapping Diversity, une plate-forme pour représenter la diversité des noms de rues en Europe

Le forum d'OpenstreetMap, un lieu d'échange autour des enjeux de la cartographie collaborative et de l'open data

Cartes et graphiques sur les élections européennes de 2024


La participation aux élections européennes du 9 juin 2024 a atteint le score le plus élevé depuis 1994 en mobilisant 51,5% des Français (ce qui reste néanmoins modeste en comparaison d'autres élections). Au niveau national, la liste du Rassemblement national menée par Jordan Bardella arrive largement en tête avec 31,4 % des votes exprimés. Loin derrière, la liste Renaissance de Valérie Hayer est à 14,6 %, suivie de celle de Place publique - Parti Socialiste menée par Raphaël Glucksmann avec 13,8 %. Après le trio de tête, la liste LFI menée par Manon Aubry, 9,9 % des voix, ne franchit finalement pas la barre des 10 %. Les Républicains et leur tête de liste François-Xavier Bellamy atteignent 7,2 % devant la liste Les Ecologistes de Marie Toussaint qui dépasse de peu les 5 %, avec 5,5 %. Le même score (5,5 %) est enregistré par la liste Reconquête menée par Marion Maréchal.

Les résultats des élections européennes du 9 juin 2024 sont accessibles sur le site Data.gouv.fr. Les données sont disponibles par départements, cantons, communes et même bureaux de vote. Dans la perspective des élections législatives du 30 juin et 7 juillet 2024, les données ont été mises à disposition également par circonscriptions. Ce qui permet de faire des simulations avec toutes les précautions d'usage à prendre étant donné les différences de scrutin, d'enjeux politiques, de taux de participation entre les deux types d'élections. L'équipe Data.gouv.fr propose un jeu de données qui agrège l'ensemble des résultats des élections publiés par le Ministère de l'Intérieur de 1999 à 2024. Il est possible également d'utiliser le croisement des données démographiques INSEE 2020 au niveau IRIS avec les résultats des élections européennes 2024.


I) La carte du parti en tête en France et dans les autres pays de l'UE

La comparaison cartographique avec les résultats des Européennes de 2019 montre une explosion sans précédent du Rassemblement national. En 2024, la liste menée par Jordan Bardella est en première place dans tous les départements français à l’exception de Paris (PS) et de sa petite couronne — Val-de-Marne (LFI), Hauts-de-Seine (LREM) et Seine-Saint-Denis (LFI). Sur 96 départements, le RN en prend 92.

La plupart des médias ont choisi de présenter une carte du parti en tête, ce qui accentue l'impression que la France a connu une "vague brune". De nombreux internautes ont réagi en évoquant une forme d’angoisse ou de peur face à ce type de carte. Il convient de rappeler que ce sont les populations qui votent et non les territoires. Comme le rappelle Jean Rivière, « il faut vraiment arrêter avec ces cartes de la liste en tête (même dans la maille communale). Elles sont pauvres, dramatisent les clivages socio-géographiques, et poussent à une lecture en terme de fractures ».

« Résultats élections européennes : cette carte anxiogène a beaucoup circulé, comment la comprendre » (HuffPost)

Quelle couleur pour le Rassemblement national sur les cartes ? Le Monde a choisi le marron, le Figaro est sur du violet. Les autres sont dans des nuances de bleu foncé (voire bleu clair pour Marianne).

Le Monde fournit une carte interactive par aplats. Libération donne aussi une carte des résulats par communes mais avec des cercles proportionnels au nombre de suffrages, ce qui permet de relativiser quelque peu. Les métropoles et leur couronne semblent constituer un rempart face au RN. En cliquant sur ces cartes interactives, on peut afficher le détail des votes, de manière à aller au delà du premier parti en tête.

Carte interactive des résultats par commune (source : Libération)

Ouest-France fournit une carte de comparaison visuelle pour montrer la disparition du macronisme entre 2019 et 2024. 

En contraste avec les cartes que l'on trouve dans les médias, Cédric Rossi a élaboré une carte des résultats aux élections européennes 2024 redimmensionnés par rapport au nombre d'inscrits (inspiré de Kenneth Field et de ses travaux sur la cartographie des élections américaines). Voir également sa carte en mode points regroupant gauche, centre et droite et extrême-droite (1 point = 1 votant) ainsi que sa carte choroplèthe des bureaux de vote (à comparer à la cartographie par densité de points proposée par Julien Gaffuri).

Résultats aux élections européennes 2024 en France métroplitaine (source : Cédric Rossi)

Karim Douïeb a repris la carte par aplats du parti en tête par communes proposé par le Monde pour élaborer, avec le même code couleurs, une carte par cercles proportionnels (même procédé pour la Belgique). Même rapporté à l'importance des votants, le cartogramme maintient un biais d'analyse dès lors que l'on ne voit que le parti arrivé en tête. 

«  Méfiez-vous des cartes … électorales » par Françoise Bahoken et Nicolas Lambert (Néocarto). Les cartes produites ont été explicites : des images teintées de bleu ou de brun qui semblent démontrer que l’arrivée de Jordan Bardella à Matignon n’est plus qu’une question de temps. Ces images cartographiques reflètent-elles vraiment le rapport de force qui s’instaura entre les formations politiques françaises, dans la perspective des élections législatives ?

Claude Grasland proposze une cartographie citoyenne des résultats à l’échelle infra-communale afin de permettre une autre lecture des résultats et d’ouvrir des perspectives inédites pour les militants politiques, les élus locaux et les citoyens en général : « Pour une cartographie citoyenne du vote en Île-de-France » (The Conversation, 24 juin 2024). Application de cartographie interactive pour les circonscriptions d’Île-de-France.

Eric Mauvière propose d'observer les lignes de force du vote RN aux européennes à travers une cartographie lissée à partir de la grille des communes (Icem7).

Le Parisien propose une série de cartes thématiques avec deux cartes pour chaque parti de manière à pouvoir analyser son score par commune en 2024 et son évolution par rapport à 2019. En ce qui concerne Paris, on retrouve la forte opposition Est-Ouest. Cl. Graslan propose une application pour analyser plus en détail les résultats à l'échelle de l'Ile-de-France

Les Echos s'en tient à sept cartes pour résumer la géographie du vote à l'échelle des départements (avec la même échelle et la même légende).

En Allemagne, les résultats attestent de la persistance de "frontières fantômes", même s'il faut se méfier des cartes de résultats électoraux ne donnant que le parti en tête. Le clivage entre l'Allemagne de l'ouest et l'Allemagne de l'est reste perceptible ainsi que les spécificités de la Bavière avec la CSU : la carte regroupe en noir la droite libérale, en bleu l’AfD. De rares points verts apparaissent pour les écologistes et en rouge les sociaux-démocrates. Ensemble, les trois partis de la coalition d’Olaf Scholz font à peine plus que la CDU-CSU à elle seule. Le Grand Continent montre comment, en cinq ans, l’AfD a conquis tout l’Est de l'Allemagne.

La poussée d’extrême droite a été plus spectaculaire en France, mais aussi en Allemagne où l’AFD arrive deuxième. Mais c’est en formant des coalitions dans les pays européens qu’elle a le plus d’influence aujourd’hui et pèse sur les décisions. Le Grand Continent synthétise les résultats par état membre au niveau européen et compare ces résultats au niveau de confiance accordé à l'Union européenne à différentes échelles. Voir également le site de France-Info ou encore celui plus complet d'Europe Elects pour comparer avec d'autres pays de l'Union européenne.

Malgré la poussée de l'extrême droite en France et en Allemagne, la physionomie du prochain Parlement européen ne sera finalement pas si différente du précédent : les deux coalitions rivales d’extrême droite augmentent leur surface, mais sans renverser la table. Les deux principales formations politiques du Parlement restent le Parti populaire européen (la droite), dont font partie la CDU allemande ou les Républicains français, suivi des socio-démocrates. Leur nombre de sièges varie assez peu. Seul le groupe libéral, dominé par le groupe macroniste, baisse fortement, et l’influence française y sera plus réduite.

Projection des sièges au Parlement européen 2024 - 2029 d'après le site officiel de l'UE (source :  results.elections.europa.eu/)


II) Des ressources pour aller plus loin dans l'analyse

Afin d'avoir une vue détaillée à l'échelle européenne, Le Monde propose un cartogramme représentant les 720 députés européens répartis par pays et par tendance politique (voir également le cartogramme donnant la répartition du nombre de députés d’extrême droite par pays et l'évolution depuis 2019).

Répartition des députés européens par pays (source : Le Monde)

Le quotidien allemand Zeit online propose une cartographie détaillée des résultats dans les 83 000 municpalités des 27 pays de l'Union européenne. Par rapport aux élections de 2019, le turquoise des populistes de droite et le bleu des partis d’extrême droite ont augmenté notamment en France, en Autriche, aux Pays-Bas, en République tchèque, en Lettonie et en Allemagne. Dans certains pays, comme la Pologne ou la Suède, leur influence a diminué. Le jaune des libéraux (par exemple en France, en République tchèque, aux Pays-Bas) et le vert des partis écologistes (notamment en Allemagne) sont moins visibles par rapport à 2019. A Bruxelles, les Verts forment un groupe parlementaire avec des partis régionaux (comme le parti régional catalan de gauche ERC), qui sont donc également colorés ici en vert. Dans plusieurs régions, les partis d’extrême gauche ont réalisé des progrès significatifs et, dans certains endroits, ils sont devenus la force politique la plus puissante. Par exemple en Irlande, en Catalogne ou à Chypre.  

Explorez la carte des résultats électoraux la plus détaillée d'Europe (Zeit online)

En France, le sondage jour du vote réalisé par IPSOS permet d'en savoir plus sur les clés du scrutin et le profil des électeurs.

Le taux de  participation aux élections européennes du 9 juin 2024 est le plus élevé depuis 30 ans.


Plus de la moitié des moins de 35 ans ne sont pas allés voter le 9 juin 2024. Hormis le RN et LFI, aucun parti ne fait plus de 5% chez les jeunes. En faisant apparaître l'abstention au même titre que les autres partis, cela relativise quelque peu les résultats. Compte tenu de l'importance de l'abstention, la tendance aujourd'hui est de représenter les résultats électoraux en part des inscrits et non plus seulement en part des votants (sondage IPSOS).

« Européennes : âge, revenus, niveau d’études… qui sont les électeurs du Rassemblement national ? » (Le Parisien).

« Pourquoi les européennes ne sont pas proportionnelles » par Théo Delmazure. Les votes perdus de l'élection européenne avec l'expérience conduite et les explications.

« La géographie du mécontentement à l’égard de l’UE et le piège du développement régional » par Andrés Rodríguez-Pose, Lewis Dijkstra et Hugo Poelman (Economic Geography). Cette analyse de géographie économique, parue avant les élections, relie la montée de l'euroscepticisme aux régions piégées par le développement.

Alain Ottenheimer propose sur le site Politiscope une série de cartogrammes permettant de mettre en perspective les résultats des européennes 2024 par rapport aux élections précédentes (comparaison sur la période 1999-2024 à l'échelle des communes françaises). Les grandes villes et leurs couronnes y apparaissent souvent comme des ilots par rapport au reste de la France.

Pour Olivier Bouba-Olga ("Le vote Bardella : un vote rural ?"), la différence rural-urbain dans le vote Bardella est un effet de diplôme et d’âge, bien plus qu’un effet de localisation.

Emmanuel Macron a annoncé le soir même des résultats la dissolution de l'Assemblée nationale. En appelant les Français aux urnes pour les 30 juin et 7 juillet 2024, le Président a suscité la surprise. Cela pourrait déboucher sur une cohabitation avec le Rassemblement national en cas de victoire de ce parti aux élections législatives. En réaction, les partis de gauche en appellent à constituer un "front populaire" face à la montée de l'extrême droite.

Lien ajouté le 12 juin 2024

Lien ajouté le 14 juin 2024

Liens ajoutés le 17 juin 2024

Lien ajouté le 19 juin 2024
Lien ajouté le 25 juin 2024
Liens ajoutés le 28 juin 2024

Lien ajouté le 10 septembre 2024

Lien ajouté le 24 octobre 2024

Lien ajouté le 31 janvier 2025

Lien ajouté le 28 février 2024

Lien ajouté le 12 mars 2025
Lien ajouté le 13 avril 2025
Lien ajouté le 28 avril 2025
Lien ajouté le 27 mai 2025

La montée de l'extrême-droite dans tous les pays européens (ElDiario.es)
L'extrême droite a progressé dans presque tous les pays européens qui ont organisé des élections générales depuis 2023 : elle est déjà autour de 30 % en France, en Roumanie et en Autriche, tandis qu'elle monte en flèche aux Pays-Bas, en Allemagne et au Portugal. Le journal El Diario propose une série de graphiques comparatifs montrant l'évolution comparée des parties d'extrême droite en Europe depuis les années 1980-90.

La montée de l'extrême droite dans tous les pays européens (source : ElDiario.es)



Articles connexes



La carte, objet éminemment politique : exemple des élections européennes

Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 en cartes et en graphiques