Carte des gisements d'uranium connus dans le monde (AIEA)


Source : L’AIEA dévoile une carte unique en son genre des réserves mondiales d’uranium (AIEA, 2018)

L’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a mis en ligne une carte très complète sur la répartition de l’uranium et de ses gisements dans le monde. Cette 2e édition montre la répartition mondiale par types de gisements d’uranium en 2018. 


« L’objectif était d’élaborer une carte complexe mais très facile à utiliser », explique Martin Fairclough, l’un des concepteurs de la carte, spécialiste de la production d’uranium à l’AIEA. La carte a été créée pour différents usages, notamment pour la gestion des ressources et des stocks d’uranium, la recherche géoscientifique, ou encore la promotion de la découverte et de l’exploitation de gisements d’uranium. Elle fournit également des données utiles à la mise en œuvre de programmes électronucléaires dans le monde.

La carte se fonde sur des informations provenant de la base de données de l’AIEA sur la Répartition mondiale des gisements d’uranium (UDEPO), reprises dans les documents Geological Classification of Uranium deposits and Description of Selected Examples et UDEPO 2016 edition de l’AIEA (disponibles en anglais). L’UDEPO est continuellement mise à jour et contient des informations techniques ainsi que des données géologiques détaillées sur plusieurs régions, territoires et gisements. Les deux documents susmentionnés, qui complètent la carte, peuvent être téléchargés.

Depuis la publication de la première édition de la carte en 1995, le nombre de supports et la diversité des informations disponibles dans le monde ont considérablement augmenté, et des progrès ont été accomplis en ce qui concerne la compréhension des gisements d’uranium. La première édition recensait 582 gisements d’uranium dans le monde ; cette dernière édition en dénombre 2831.

Les gisements d’uranium sont classés en 15 catégories différentes, qui contiennent également des sous-catégories. Ces catégories sont représentées par des symboles divers dont la taille est proportionnelle à celle du gisement. Par exemple, une étoile représente tous les gisements de type volcanique, la couleur de l’étoile indique la sous-catégorie et sa taille est proportionnelle à celle du gisement, déterminée en tonnes d’uranium. Ainsi, une étoile verte représente un gisement volcano-sédimentaire, et plus elle est grande, plus le gisement est important.

Les fonctionnalités spéciales de la carte permettent aux utilisateurs d’organiser et de personnaliser toutes ces données. Ceux-ci peuvent dévoiler ou masquer les couches en les faisant apparaître ou disparaître. Par exemple, ils peuvent choisir d’afficher un seul type de gisements d’uranium en dissimulant les 14 autres et imprimer ensuite une version de la carte indiquant les données précises qu’ils recherchent. L’avantage réside dans le fait qu’un seul produit, la carte, réunit une quantité considérable d’informations classées d’une manière structurée qui permet aux utilisateurs de produire rapidement un document contenant exactement ce dont ils ont besoin.

Une autre fonctionnalité unique de cette carte est la possibilité qu’elle offre aux utilisateurs d’effectuer des recherches sur chaque gisement par un simple clic sur un gisement donné pour faire apparaître au format texte des informations relatives à celui-ci. La carte contient également un arrière-plan de relief ombré qui recrée la topographie et montre les liens entre la géologie et les gisements.

La carte (en anglais) est téléchargeable en haute résolution au format PDF.

Accès aux données structurelles du World Distribution of Uranium Deposits (UDEPO)

Pour compléter 

Cartes interactives et données téléchargeables sur les ressources minérales dans le monde (Mineral Resources Online Spatial Data, USGS)

Uranium : des gisements aux usages. Par Olivier Dubourdieu et Pierre Thomas (Planet-Terre).

Antoine Monnet. Disponibilité à long terme des ressources mondiales d’uranium. Economies et finances. Université Montpellier, 2016 (Thèse de doctorat).

Controverse : L'uranium est ses conséquences environnementales et sanitaires (SciencesPo).


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Les inégalités sociales et géographiques face aux formes sévères de Covid-19


Source : « Caractéristiques socioéconomiques des individus sensibles aux formes sévères de Covid19 »  (Étude Drees - Insee)

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en collaboration avec l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publie une étude originale sur les caractéristiques socio-économiques des personnes qui ont développé une forme sévère de Covid-19, définie par une hospitalisation, parfois suivie de complications à l’hôpital (admission en soins critiques ou décès). Cette analyse a été rendue possible grâce à l’appariement inédit des données SI-VIC, relatives aux patients hospitalisés et atteints du Covid-19 et des données de Fidéli, le fichier démographique de l’Insee sur les logements et les individus. Cette analyse couvre la période de mars 2020 à novembre 2021, soit les quatre premières vagues de l’épidémie de Covid-19 et s’appuie sur les données de 67,32 millions d’individus résidant en France métropolitaine, dont 382 000 ont été hospitalisés avec Covid-19.


Si l’étude confirme que l'âge est le facteur de risque prépondérant d’hospitalisation, elle met en évidence d'autres facteurs de risque au niveau social et géographique. La population hospitalisée réside dans des logements plus densément occupés et appartenant plus fréquemment au parc social. Les individus hospitalisés vivent moins souvent dans des maisons individuelles et résident plus souvent dans des logements sociaux (21 % contre 15 % de l’ensemble de la population). Autre constat, les individus hospitalisés résident dans des logements plus densément occupés que la moyenne : 33 % des individus hospitalisés et âgés de 50 à 74 ans résident dans un logement dont la surface par personne est inférieure à 30 mètres carrés, contre 24 % de l’ensemble des individus de cette classe d’âge. Plus précisément, le risque d’hospitalisation augmente à mesure que diminue la surface disponible par habitant et il est plus élevé pour les occupants du parc social, indépendamment de la surface disponible. Les conditions de logement n’affectent cependant pas le risque de complication à l’hôpital, ce qui suggère qu’elles captent essentiellement un risque accru d’exposition au virus dans des espaces confinés où les contacts sont plus fréquents et les gestes barrières plus difficiles à mettre en place. L'étude met en évidence également des effets départementaux vague par vague.



Pour télécharger l'étude de la DRESS-INSEE au format pdf.

Pour télécharger les données de l'étude au format xlxs.

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Comment cartographier la guerre à distance ?

 

« Il n'y a pas de guerre qui commence sans cartes, et pas de guerre qui se termine sans elles » 
(Karl Schlögel, Nous lisons le temps dans l'espace. À propos de l'histoire de la civilisation et de la géopolitique. Hanser, Munich, 2003).

Depuis plusieurs mois, la guerre en Ukraine fait la « une » des journaux télévisés, lesquels décryptent la situation sur place à grands renforts de cartes. La guerre en Ukraine a vraiment consacré le rôle de l'OSINT (renseignement de type open source), mais aussi de la cartographie et de l'infographie pour rendre compte de la « guerre à distance ». Comment peut-on cartographier en temps de guerre, sachant que les frontières peuvent bouger rapidement et que les cartographes travaillent à distance et non sur les lignes de front ? 

Nous débutons ce billet par la présentation de Jules Grandin dans l'émission Le Cartographe sur TMC qui pose la question de la manière dont les médias essaient aujourd'hui de « cartographier la guerre à distance ». Puis nous proposons des liens et ressources permettant d'aller plus loin dans l'analyse, notamment avec un parallèle avec la Syrie où les réseaux sociaux étaient déjà beaucoup utilisés. Enfin nous donnons en contrepoint quelques pistes sur la manière dont on cartographiait autrefois la guerre. 


Comment cartographier la guerre en Ukraine ?

  • Les cartes de suivi du conflit russo-ukrainien ont tendance à surreprésenter les « zones sous contrôle russe » indiquées en aplats de couleurs vives, alors que le contrôle du territoire n'est pas uniforme et laisse des poches de résistance ukrainienne. Plutôt que de « zones d'occupation » , il vaudrait mieux parler de « zones d'offensives russes » avec des « contre-offensives ukrainiennes ». Qui plus est, le conflit est évolutif et ne s'apparente pas à une guerre de front, même si elle en emprunte certaines caractéristiques (voir ce fil Twitter concernant l'approche critique de la cartographie des mouvements de troupes en temps de guerre).

  • Conscients du problème, les services de cartographie des grands quotidiens ont cherché des solutions pour essayer de rendre compte des réalités mouvantes sur le terrain. Le Parisien, par exemple, a opté pour une cartographie ponctuelle témoignant de la situation ville par ville avec une animation montrant les évolutions. Le Monde a choisi de représenter les "zones où les armées russes mènent des opérations" par des trames plus légères en indiquant la direction des offensives russes par des flèches. Les Echos propose sensiblement le même type de cartographie en y ajoutant les sites bombardés et les couloirs humanitaires. La carte du  New York Times montre l'intensité des bombardements établie à partir d'images disponibles quasiment en direct, ce qui est relativement nouveau en terme de cartographie des conflits. Les journalistes du NYT ont analysé des milliers de vidéos, photos et reportages sur le terrain et identifié plus de 1 500 bâtiments, véhicules et structures civils endommagés par les forces russes.

  • Le quotidien Zeit Online représente plus sobrement les zones conquises ou perdues par chacun des deux camps. Le Financial Times établit une cartographie assez détaillée indiquant les zones peuplées ainsi que les centrales nucléaires. La BBC, comme d'autres médias également, propose de comparer les cartes d'une semaine à l'autre pour mettre en évidence, région par région, les phases de stagnation ou au contraire d'évolution des opérations militaires. 

  • Les cartes montrent et masquent des informations clés sur la guerre en Ukraine. Selon Timothy Barney, "elles ont tendance à exagérer l'idée qu'il s'agit d'un assaut coordonné et contrôlé alors que, bien sûr, la guerre est notoirement chaotique" (The Conversation).

  • Les cartes qu’on utilise sont souvent trompeuses car on a l’impression qu’il y a un continuum territorial sur tout ce qui est envahi par les Russes (voir ce fil Twitter). Il faudrait faire une carte en peau de léopard avec des tâches et des discontinuités. Pour tenter de traduire l'incertitude, les cartographes de The Economist ont choisi d'estomper légèrement les bords des zones contrôlées par les Russes. L'AFP cartographie, à partir des données de l'ACLED, l'ensemble des frappes (artillerie et missiles) au bout d'un mois de guerre. L'Express représente en double couleur bleu/rouge les villes disputées ou en cours de siège. 

  • Le site Edmaps.com (@EdmapsCom) assortit ses cartes d'un commentaire sur le "contrôle territorial" qui peut être direct ou indirect et rappelle que «  l'intensité du contrôle exercé par la puissance occupante sur une ville ukrainienne ou une partie du territoire ukrainien est dépendante des rapports de force sur le terrain ». Les zones de combat où la maîtrise du terrain est indécise sont indiquées comme des franges. Le site Cartes Du Monde (@CartesDuMonde) choisit d'incruster les images de la guerre directement sur la carte en indiquant "les villes avec affrontements" et les "zones sous pression russe". Pour éviter les aplats souvent biaisés et trompeurs, Nathan Ruser (@Nrg8000) a préféré opté dès le départ pour une cartographie par flèches montrant les offensives et délimitant les zones contestées par un simple trait (à ne pas confondre avec ce qui serait un front). A partir du 22 mars, il a commencé à proposer des cartes par zones dont on peut estimer après vérification - mais sous réserve de nouveaux changements - qu'elles sont sous contrôle des forces ukrainiennes (en bleu) ou sous contrôle des forces russes (en rouge). Les données SIG de Nathan Ruser sont téléchargeables au format shp et kml (crédit de l'auteur à mentionner en cas de réutilisation).

  • L'agence de presse russe RiaFan, proche du Kremlin, présente une toute autre version de la guerre. Les "événements en Ukraine et dans le Donbass" y sont relatés comme une opération défensive face aux "nationalistes ukrainiens" (Riafan.ru). Cette version des faits a valu à l'agence russe une attaque DDos (déni de service sur Internet) sur fond de cyberguerre de l'information. Dans les journaux russes, la guerre est souvent présentée comme  une opération de libération de l'Ukraine. Avec des tâches roses sur la carte qui ne sont pas sans rappeler la manière dont on représentait naguère les territoires colonisés (RossaPrimavera.ru) et le retour de l'iconographie soviétique qui refait surface ("Soyez sur vos gardes", affiche soviétique de 1919).

  • Dès lors que les cartographes ne sont pas sur le terrain pour observer les mouvements de troupes comme cela se faisait autrefois, la question des sources devient particulièrement sensible. Le suivi cartographique réalisé par l'Institute for the Study of War constitue une source de référence avec une mise à jour quotidienne et une vérification systématique des informations. Voir également la carte de Wikipedia qui fait une synthèse et fournit un tableau complet de données sur les villes. En France, on peut aussi consulter le point de situation cartographique réalisé par le Ministère de la Défense.

  • Des experts et analystes produisent des comptes rendus réguliers, à partir de cartes qu'ils ont produites ou qu'ils réutilisent. Il s'agit assez souvent d'une cartographie d'inventaire montrant le positionnement des armées et la localisation des différents théâtres d'opération : voir par exemple Olivier Kempf (@egea_blog), Michel Goya (@Michel_Goya), Henri Schlottman (@HN_Schlottman), The Study of War (@TheStudyofWar), PolGeoNow (@PolGeoNow), Jomini of the West (@JominiW), Mick Rayan (@WarintheFuture), Nathan Ruser (@Nrg8000), J comme Jéjé (@HeliosRunner),  Pouletvolant3 (@PouletVolant3), Ukraine Battle Map (@ukraine_map), WarMonitorUA (WarMonitor3).

  • La guerre en Ukraine a consacré le rôle des fixeurs, qui guident les journalistes étrangers à travers leur propre pays, souvent au péril de leur propre vie. « Profession  fixeur  : ces Ukrainiens qui aident les journalistes à raconter la guerre » (La Revue des médias, INA).

  • Le site Cen4infoRes propose un carte de surveillance avec vérifications. Il s'agit d'une démarche participative pour cartographier, documenter et vérifier les informations afin de fournir des informations fiables pour les décideurs politiques et les journalistes. Cette cartographie est tenue à jour par le Center For Information Resilience (@Cen4infoRes) dans le cadre d'un effort plus large pour lutter contre la désinformation et promouvoir des informations transparentes et vérifiées (voir le dossier réalisé pour les 6 mois de guerre en Ukraine).

  • Le site de journalisme d'investigation Bellingcat, spécialisé dans la vérification des faits,  propose une carte interactive documentant jour par jour (time-map) les dommages causés aux civils - une ressource importante pour les recherches et enquêtes futures ainsi qu'un premier pas vers l'évaluation des responsabilités en termes de crimes de guerre.  Une page est consacrée à la manière d'utiliser des données FIRMS d'incendie de la NASA pour surveiller les zones de guerre.

  • Geoconfirmed (@GeoConfirmed) fait partie des équipes de bénévoles qui vérifient les opérations et les événements en Ukraine (#OSINT). Leur carte les répertorie par types et par périodes (48h, une semaine, un mois) sur un espace partagé sur Google Maps ainsi que sur leur propre site geoconfirmed.org/ukraine. Les données sont téléchargeables sous forme de fichiers kml-kmz ou csv. 

  • Le site MilitaryLand.net suit la guerre en Ukraine d'un point de vue militaire. Il contient une base de données des unités militaires, régulières et volontaires, impliquées dans la guerre ainsi que des cartes très détaillées montrant l'évolution des opérations par secteurs géographiques.

  • Cette sélection de cartes permet de comparer la manière dont les journaux internationaux ont choisi de cartographier l'invasion du territoire ukrainien par la Russie le 24 février 2022. Sur Russia Today, il est assez édifiant de découvrir à l'inverse "une guerre sans image et sans faits" (Arrêts sur images, Arte). 

  • Les cartes de suivi des opérations militaires en Ukraine de @War_Mapper sont consultables sur un SIG en ligne et peuvent être superposées à d'autres informations (Soar.earth). Voir notamment ce croquis qui superpose les opérations militaires en Ukraine avec la carte des ressources en pétrole et en gaz.

  • Le site ukrainien texty.org.ua répertorie toutes les attaques par bombardement (fusée, air ou artillerie). La carte indique chaque type de bombardement, la date de l'attaque russe, avec des liens et reportages des médias. Une chronologie permet d'afficher les attaques par dates et périodes. Le site présente également des images satellite sélectionnées à partir de Planet.com. 

  • La "bataille de Kiev" (l'encerclement et la prise de la capitale ukrainienne) devenant un enjeu majeur, les médias proposent des plans détaillés du déroulement des opérations à l'échelle de la ville. Voir par exemple les plans et infographies proposés par l'AFP, la BBC, Le Figaro, Les Echos. Le Monde propose de son côté un making of de la carte sur Mykolaïv, une ville du sud de l'Ukraine prise entre forces ukrainiennes et russes, où un correspondant et une photographe ont passé plusieurs jours durant le premier mois du conflit.

  • Sur terre, sur mer et dans les airs, le bouclage de Marioupol en cartes : Le Monde, Institute for Study of War.  La carte du Ministère de la Défense russe montre bien le plan qui consiste à enfermer le gros des troupes ukrainiennes dans la défense de Kiev, Kharkiv, Marioupol et Odessa.

  • « Attention à l’effet Diagoras : alors que cette guerre est abondamment filmée à l’âge des smartphone, ce n’est pas forcément dans les lieux où sont les journalistes et où des images sont produites qu’ils se passe les choses les plus importantes. » (Michel Goya, Le Grand Continent, 3 mars 2022).

  • "Comment les erreurs de la Russie et la résistance ukrainienne ont modifié la guerre de Poutine". Une storymap du Financial Times qui reflète la mise en récit de la guerre côté occidental et un certain  storytelling (hypothèse que l'on sait ce que veut Poutine). En tous les cas pas forcément une guerre d'écrasement, même si on pense évidemment aux précédents en Tchétchénie et en Syrie.

  • Rhétorique de la carte en temps de guerre. La chaîne TF1 a décidé de transformer le plateau télévisé de son Vingt-heure en carte animée géante pour montrer "l’enlisement de l’armée de Vladimir Poutine" au 20 mars 2022.

  • La situation alimentaire pour les Ukrainiens devient difficile dans les zones des combats. Une carte réalisée par le réseau humanitaire @REACH_info afin de rendre compte des ruptures d’approvisionnement alimentaire et non-alimentaire constatées dans les magasins.

  • Des cartes et des données sur la crise humanitaire en Ukraine par @IMPACT_init. Notamment sur le nombre d'écoles situées dans les zones de conflit, les migrations et déplacements de population, l'impact sur les activités.

  • Réhumaniser l’exode des réfugiés passe aussi par la cartographie. Des centaines de milliers d’Ukrainiens fuient leur pays pour trouver refuge en Europe. Pour les représenter sur les cartes, on utilise le plus généralement d’énormes flèches pour montrer leur trajectoire. En plus d’être impersonnelles et simplificatrices, ces flèches ont aussi le défaut d’avoir été utilisées dans de nombreuses images de propagande à travers l’Histoire (Le Cartographe, TMC).

  • L’avènement du « géo journalisme » ou journalisme satellitaire (Meta-medias). "Le géo journalisme, ou géo investigation, est un moyen de vérifier des images très connues, mais aussi de faire émerger des images enfouies, dans des conflits que les rédactions ne parviennent pas à couvrir. Des images d’amateurs qui ne seraient pas diffusables sans nos vérifications". 

  • Le suivi de la guerre en Ukraine se fait en grande partie par photo interprétation d'images satellites et de cartes, qui hybrident souvent les sémiologies. Ces cartes d'interprétation assez précises dressent un inventaire des opérations sans donner une vision d'ensemble. Voir par exemple les analyses de WarMonitorUA.

  • Révéler les attaques militaires dans le conflit russo-ukrainien de 2022 à l'aide de données d’enregistrement de secousses sismiques (Researchsquare).

  • Quand la guerre se déroule sur plusieurs fronts et que son issue reste incertaine, finalement une carte mettant en regard les objectifs des deux camps semble plus pertinente qu'une carte des gains et pertes jour par jour. « Guerre en Ukraine : menacés d’enlisement sur le terrain, Kiev et Moscou adaptent leur stratégie » (Le Monde en cartes).

  • « La carte de la guerre en Ukraine, jour après jour ». Le Monde a regroupé sur une page l'ensemble de ses cartes et infographies. Le conflit russo-ukrainien y est abordé à différentes échelles, selon un mode de traitement cartographique qui a lui-même évolué. Les cartes d'analyse sur un temps long diffèrent quelque peu du suivi effectué au jour par jour.

  • L'atlas ante-chronologique de la guerre en Ukraine, réalisé jour après jour par les équipes @LM_enCartes et les @decodeurs, permet de remonter le cours des six mois de ce conflit.
     
  • Where is Russia est un site indépendant d'actualités et d'informations dédié aux reportages précis, détaillés et factuels sur les mouvements militaires russes. Les événéments, tous géolocalisés, vérifiés et documentés, sont affichables sur une carte de l'Ukraine et un globe permettant de suivre les opérations à l'échelle mondiale (@WhereisRussia)

  • Comment la Russie utilise des drones quadricoptères pour traquer et tuer des civils à Kherson, en Ukraine (Human Rights Watch). Le reportage est disponible aussi sous forme de story map.

Comment cartographier la guerre en Syrie ? 

  • La Syrie morcelée après dix ans de guerre (Le Courrier international).

  • « Le Monde » a mesuré le recul de l’organisation terroriste en cartographiant la situation en Irak et en Syrie depuis la proclamation du califat en 2014 (Le Monde - Les Décodeurs).

  • « Thomas van Linge, l'adolescent néerlandais qui cartographie les djihadistes » (Le Nouvel Observateur). "Ses cartes ont été reprises par de nombreux médias comme CNN, le New York Times, USA Today, le Huffington Post, le Daily Star, Der Spiegel... et même par le site de l'Université du Texas d'Austin. Ses cartes illustrent la complexité du conflit syrien, avec la nébuleuse de groupes en présence. Plus que la cartographie, ce sont les mouvements populaires de rébellion qui motivent le jeune homme" (voir son compte Twitter).

  • Le meilleur cartographe de la situation en Syrie est un lycéen hollandais qui ne s'y est jamais rendu (Slate). "Pour faire ces cartes, Van Linge utilise tout simplement le logiciel Paint. Son activisme sur les réseaux sociaux lui a permis de se faire des contacts sur place : il skype régulièrement avec des combattants sur le front, des activistes ou encore des membres d’association qui lui donnent des informations pour élaborer ses cartes".


Et avant Internet, comment cartographiait-on la guerre ?
  • Au XVIIe et XVIIIe siècle, l'art de la guerre se perfectionne en Europe. Des ingénieurs cartographes issus de l'armée et ayant été formés à la topographie étaient souvent envoyés sur le terrain pour rendre compte des opérations. Sébastien Pontault de Beaulieu a obtenu en 1647 le privilège de publier des plans et relevés des différents sièges et batailles (cf son plan remarquable du siège d'Armentières). Jean-Baptiste Naudin, ingénieur ordinaire du roi sous Louis XIV a également produit une série de plans manuscrits directement relevés sur le théâtre des opérations (à découvrir sur Gallica). A compléter par cet article : Du terrain à la carte : les ingénieurs du roi Louis XIV entre exigences et réalisations (Michèle Virol, 2019).

  • La Cartographie militaire : La Bataille de Fontenoy (Sur le champ). Durant la Guerre de Succession d'Autriche, une bataille imposante s'engage autour du siège de Tournai à Fontenoy entre Français et Anglo-Néerlandais. Sur un terrain contraint par un fleuve et un bois et fortifié temporairement par les Français, la bataille engage plus de 90000 hommes à quoi s'ajoutent les troupes chargées du siège à moins de 10 km. Comment dès lors se repérer et s'assurer du bon déplacement de tant de troupes dans des régions dont les réseaux routiers et la production agricole est forcément déstabilisée par les armées qui y passent ? De quoi parler des nombreuses variations et applications des cartes militaires au XVIIIe siècle.

  • Le plan de la bataille d'Austerlitz exécuté par le capitaine du génie Calmet Beauvoisin est un chef d'oeuvre du genre. Il est visible en 4 planches sur Gallica (planche 1, 2, 3 et 4). Bien que les travaux réalisés par les officiers d’état-major soient dans l’ensemble d’une qualité inférieure à ceux réalisés par les ingénieurs-géographes, "Calmet Beauvoisin nous laisse des cartes égalant la qualité de réalisation de ses confrères ingénieurs-géographes" (Puyo, Carlos & Álvarez, 2016).

  • Pendant la guerre de Sécession aux Etats-Unis, les informations étaient relayées par des télégrammes. La carte de Louis Prang (1862) était vendue avec des crayons de couleur. Bon marché, elle invitait le grand public à suivre les opérations à partir de ces télégrammes. War telegram marking map : un article à découvrir sur le site du Leventhal Center.

  • Grandes batailles de la première guerre mondiale entre 1916 et 1918. Cette série de plans sur Gallica met en évidence l'organisation des lignes défensives et les fronts successifs en fonction des dates d'opérations militaires. Il s'agit dans certains cas de lignes approximatives. Différents procédés sont utilisés pour représenter les lignes de front (traits fins ou épais, lignes continues ou discontinues, tirets serrés ou espacés...). 

  • La guerre en cartes et en illustrations dans le journal L'Excelsior, quotidien français édité de 1910 à 1940.

  • Faire face à la guerre (Exposition virtuelle Vidal-Lablache, laboratoire EHGO). Le carnet 33 de Paul Vidal de la Blache permet de voir comment, depuis sa propriété de Rusquerolles près de Castres, le géographe suit dans la presse quotidienne l’entrée en guerre et les premiers revers des armées françaises. La géographie lui sert à prendre la mesure du conflit, de ses enjeux territoriaux à travers les lieux et leurs noms. « Quelle question se pose le géographe ? Non pas quelles batailles ont été gagnées, quelles politiques ont été suivies par Richelieu - mais pourquoi les hommes se sont-ils groupés là plutôt qu'ailleurs ? »

  • Robert Knox Sneden (1832-1918), peintre paysagiste américain, a cartographié la guerre de Sécession pour l'armée de l'Union. Il était un illustrateur prolifique et un mémorialiste documentant la guerre et d'autres événements.

  • Aujourd'hui les officiers du renseignement naval dépendent fortement des outils numériques qui peuvent fournir des réponses rapides, mais ne permettent pas d'approfondir la compréhension et l'apprentissage comme le font les outils analogiques tels que la prise de notes et les cartes physiques. Embrace Analog Tools in a Digital Intelligence : un article de l'US Naval Institute qui retrace l'histoire du renseignement cartographique et prône un équilibre entre les outils numériques et les outils analogiques. 

  • Pour l'historien militaire Michael Howard, The Use and Abuse of Military History (Royal United Services Institution Journal, 1962, 107, 625), les cartes historiques des champs de bataille, avec « de jolis petits blocs et des flèches se déplaçant de manière rationnelle et ordonnée… sont une parodie quasiment blasphématoire de la vérité chaotique". Comme le montre Andrew Rhodes, il faut s'appuyer aussi sur des cartes mentales si l'on veut comprendre les stratégies mises en oeuvre et aider à la décision en matière de sécurité nationale (Thinking in space, the role of geography in national security decision-making, Texas National Security Review, vol. 2, n°4,  2019).

  • L'ouvrage History of military cartography issu du Congrès de l'ICA 2014 (disponible en téléchargement sur PDFdrive) contient de nombreux articles sur la manière de cartographier la guerre, notamment la Guerre de 1914-18.

Liens ajoutés le 27 septembre 2022



Lien ajouté le 29 octobre 2022


Lien ajouté le 16 novembre 2022

Lien ajouté le 9 mars 2023

Lien ajouté le 16 mars 2023
Lien ajouté le 24 septembre 2023 

«  Désinformation : une guerre du XXIe siècle » (Le dessous des cartes, Arte)

La guerre en Ukraine se joue sur le champ de bataille, sur le plan économique mais également dans le domaine de l’information. "Le dessous des cartes" vous invite cette semaine à comprendre les ressorts de cette nouvelle guerre de la désinformation.  Que ce soit pour justifier l’invasion illégale du territoire ukrainien, pour tenter de diviser la communauté internationale ou pour mobiliser les opinions publiques, la manipulation des faits réels est caractéristique du régime de Vladimir Poutine et, au-delà, des régimes non-démocratiques. Cette manipulation de la vérité en temps de guerre n’est pas nouvelle : de l’Allemagne nazie à l’Union soviétique, la propagande a toujours été au cœur de la stratégie des régimes autoritaires. Mais ces dernières années, l’apparition d’outils technologiques permettant d’amplifier la crédibilité et la portée de ces fausses informations, comme l’intelligence artificielle ou les réseaux sociaux, leur conférent une puissance décuplée.
 
Lien ajouté le 28 août 2024
Lien ajouté le 2 mars 2025

«  Le véritable coût d’un missile. Voilà comment les armes de guerre ukrainiennes brisent le corps humain » (El Confidencial). 

Îlots, bombes, artillerie, drones, mines, balles... L'invasion russe de l'Ukraine est devenue la guerre la plus brutale depuis des décennies , avec l'utilisation d'armes jamais vues depuis la Seconde Guerre mondiale. La brutalité des armes ouvre également un débat sur les images. Face au métal et à la poudre, au sang et à la douleur, beaucoup préfèrent détourner le regard. En Ukraine, cependant, la société semble de plus en plus insensible à l’avalanche de photographies de morts et de blessés. Un dilemme journalistique, mais aussi humain .

Pour reproduire l’ampleur réelle de la guerre, loin de la morbidité et de l’engourdissement, El Confidencial reconstitue en modèles 3D certaines blessures causées par six des armes russes les plus courantes. De vraies blessures. Des histoires vraies. Civils et militaires. Contenu qui n'est généralement pas vu. Les journalistes rencontrent des blessés du conflit et retracent en 3D leurs blessures, toutes causées par des armes différentes (mines, fusils d'assaut, obus, antichars…). Leur histoire est racontée de manière factuelle sans apitoyer le lecteur, le jugement étant laissé à ce dernier.

Lien ajouté le 4 novembre 2025

«  Photo de presse ou pièce à conviction judiciaire ? Quand les photojournalistes enquêtent en zone de guerre » (La Revue des médias). Le travail des photographes peut constituer une aide précieuse pour documenter les lieux de crimes de guerre et aider une justice débordée, comme en Ukraine. Le photojournaliste devient en quelque sorte un témoin-rapporteur des faits. Du reportage à l’enquête judiciaire, « on n’imagine pas toujours la portée que peut avoir une photo ». La photo ne fait pas tout. « Nous interrogeons survivants et témoins de crimes de guerre et transmettons les témoignages et preuves aux procureurs et aux forces de l’ordre. Puis ces personnes sont soumises à l’expertise de médecins, détaille-t-elle. Les photos ne jouent qu’un rôle limité dans ce travail, elles sont des éléments d’appui plutôt que des preuves ».

Lien ajouté le 7 décembre 2025

«  Photoreporter en zone de guerre. Avec les drones FPV, tout a changé» (L'Oeil de l'Info). 

Depuis les premiers photographes de guerre durant le siège de Rome par l’armée française en juin 1849 jusqu’aux plus récents conflits du Mali (2012), du Mozambique (2017) ou d’Ethiopie (2018), le photographe pouvait approcher très près des lignes ennemies. Depuis l’apparition des drones au Soudan et en Ukraine en 2023 et encore plus depuis l’utilisation massive des drones FPV depuis l’été 2024 sur la ligne de front russo-ukrainienne, une aire de près de 30 000 km² le long du front est devenue « zone de non-droit journalistique ».

Lien ajouté le 16 janvier 2026

Google Earth a mis a jour les images satellites de l'Est de l'Ukraine, dont celles de la région de Bakhmut où ont eu lieu de terribles combats. Les nouvelles photos datent pour la plupart de juillet à octobre 2024. Il est possible de relever l'emplacement de la ligne de front en 2024 sur le site Liveuamap, puis d'entrer les coordonnées géographiques de lieux de combat dans Google Earth (version web). Les images font apparaître l'ampleur des destructions. Voir par exemple des villes comme Zolotarivka (Louhansk), Verkhn'okam'yanka (Louhansk), Chasiv Yar (Donetsk), Niu york (Donetsk), Avdeevki (Donetsk), Marinka (Donetsk).

Lien ajouté le 8 mars 2026

« Call of Duty, Epic Fury : pourquoi la Maison-Blanche montre la guerre d’Iran comme un jeu vidéo » (Le Grand Continent).

Louis Lapeyrie analyse une nouvelle communication de guerre. Ds une vidéo sur l’opération vs l’Iran, les USA utilise les codes visuels des jeux vidéo militaires comme Call of Duty. La guerre est montrée comme une séquence spectaculaire et technologique.  La vidéo reprend le point de vue subjectif des jeux de tir à la première personne (FPS). L’interface rappelle le HUD utilisé dans ces jeux. Le spectateur croit voir un gameplay. Ce choix transforme l’action militaire en expérience familière pour des millions de joueurs. Un détail renforce cette mise en scène. La frappe finale correspond à une MGB, équivalent d’une "killstreak" dans Call of Duty. Dans le jeu, cette arme apparaît quand la victoire est assurée. La vidéo met ainsi en scène une domination militaire totale sur l’Iran. Le politiste James Der Derian décrit ce modèle comme une "virtuous war". La guerre est présentée comme propre et technologique. Les victimes civiles disparaissent de l’image. La supériorité militaire devient une démonstration technique plutôt qu’un conflit humain. Depuis les années 1990, une convergence s’est développée entre Pentagone, cinéma et jeux vidéo. Le Département de la Défense a créé en 1999 l’Institute for Creative Technology à Los Angeles pour développer simulations militaires et coopérations avec Hollywood. James Der Derian parle d’un réseau militaro-industriel-médiatique-divertissant. Ce système diffuse une esthétique de la guerre dans la culture populaire. Les jeux vidéo installent l’idée que l’intervention militaire américaine est efficace, technologique et moralement évidente. Battlefield 3 illustre cette construction culturelle. Sorti en 2011, le jeu met en scène une intervention américaine en Iran face à une menace nucléaire. Des millions de joueurs ont virtuellement bombardé l’aéroport Mehrabad à Téhéran bien avant les frappes réelles de 2025. Des chercheurs influencés par Edward Saïd montrent que ces jeux construisent un Moyen-Orient imaginaire. Les décors répètent désert, villes arabes et ennemis anonymes. Le soldat américain devient l’unique acteur moral capable de restaurer l’ordre. L’administration Trump reprend aujourd’hui ces codes culturels. Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth incarne une figure de "warrior". La communication militaire valorise virilité, efficacité technologique et rejet des contraintes juridiques ou diplomatiques. Selon Louis Lapeyrie cette communication ne cherche plus à justifier la guerre. Elle cherche à produire un spectacle reconnaissable. Dans ce système médiatique global, la domination visuelle et technologique devient elle-même un objectif politique. 

Lien ajouté le 23 mars 2026

« DeepStateMap, l’application qui cartographie la guerre en Ukraine » (Le Monde).

Thomas d’Istria présente DeepStateMap, une application ukrainienne devenue une référence mondiale pour suivre la guerre. Créée en 2021, elle cartographie en temps réel les territoires contrôlés et les zones de combat. La carte repose sur un code simple. Rouge pour les zones russes, vert pour les territoires repris, gris pour la zone de combat. Elle permet aussi de remonter jour après jour, offrant une lecture dynamique de l’évolution du front depuis février 2022. Le projet mobilise près de 100 analystes, souvent bénévoles, spécialisés en OSINT. Ils croisent images, témoignages et données militaires. Cette densité d’informations explique pourquoi les centres d’analyse internationaux utilisent régulièrement cet outil. Les chercheurs comme Emil Kastehelmi soulignent sa fiabilité, tout en rappelant des contraintes politiques. La carte peut subir des pressions, mais elle révèle souvent des évolutions absentes du débat public grâce à son réseau proche du terrain militaire. La géographie du front évolue fortement. La ligne n’est plus continue mais fragmentée. La « zone grise » devient un espace d’infiltration où les positions se chevauchent, parfois à l’échelle d’une rue ou d’une maison, rendant la cartographie plus incertaine. DeepStateMap participe aussi à la guerre de l’information. L’équipe vérifie les images diffusées en ligne et corrige les annonces exagérées. Elle privilégie la sécurité militaire, retardant parfois les données, ce qui renforce sa crédibilité scientifique et stratégique. 


Lien ajouté le 2 avril 2026

Romain Méjean (2026), « De Marioupol à Gaza : Google Maps et la mémoire des lieux meurtris par la guerre », caGéa - Carnets de géographies artificielles, https://carnets.geographies.art/posts/marioupol-gaza/

La géonumérisation à l’épreuve de la guerre. Que deviennent les représentations (géo)numériques du monde lorsque le monde réel est détruit par la guerre ?  Puisque la géonumérisation du monde rend aujourd’hui possible l’exploration de lieux sans s’y rendre physiquement, il nous est possible de parcourir sur Google Maps ou Google Earth des pays en guerre, des théâtres de conflits armés. Comment évolue la cartographie de Google lorsque la guerre s’installe durablement dans les espaces de vie ? Que reste-t-il de la vie de la population sur la carte après le passage des bombes ? Des lieux rayés du monde, mais pas rayés de la carte ? Lorsque la destruction de la guerre engloutit l’espace urbain réel, une partie de la datasphère peut encore demeurer intacte pendant plusieurs mois, et conserver la mémoire d’une ville qui n’existe plus vraiment, pour une durée indéterminée. Dans les territoires en guerre, Google Maps se mue en une archive involontaire des lieux détruits.

Lien ajouté le 2 avril 2026

« La lourde contribution du jeu vidéo à la guerre moderne » (Le Monde).

Des chercheurs en sciences politiques analysent une relation ancienne entre jeu vidéo et guerre. Depuis la guerre froide, simulations, interfaces et imaginaires ludiques influencent les pratiques militaires et transforment la manière de combattre. Sur le front ukrainien, des drones FPV sont pilotés avec des manettes proches de celles de consoles. Cette continuité technique réduit le temps d’apprentissage et mobilise des compétences acquises dans le jeu vidéo, facilitant l’intégration de nouveaux opérateurs. Cette convergence s’inscrit dans un « complexe militaro-industriel du divertissement ». Dès les années 1960, la Rand Corporation simule des guerres nucléaires. Dans les années 1980, des jeux comme Battlezone servent à l’entraînement militaire. Dans les années 2000, la logique s’inverse. Les armées s’appuient sur les studios privés. Le jeu America’s Army, financé à hauteur de 7 millions de dollars, est téléchargé plus de 20 millions de fois et devient un outil majeur de recrutement. En Ukraine, la guerre se "gamifie". Le programme Army of Drones attribue des points selon les cibles détruites. En 2025, 820.000 cibles sont neutralisées et 90% à 95% des unités participent à ce système inspiré des logiques du jeu. Cette transformation repose sur la centralité des données et de la vitesse. Des plateformes comme Brave1 proposent plus de 1.600 équipements militaires. La guerre devient un système logistique numérisé, où la performance est mesurée et optimisée. Des analyses philosophiques montrent une mutation du rapport à la violence. La distance écran-corps transforme l’acte de tuer en geste technique. L’intelligence artificielle, comme le système Lavender, automatise même la sélection des cibles. Cette évolution redéfinit la guerre contemporaine. Elle devient plus distante, plus rapide et plus algorithmique. Les frontières entre simulation et réalité s’estompent, transformant les pratiques militaires et les représentations sociales du conflit. 

Articles connexes











Pollution de l'air et zones urbaines dans le monde


Des scientifiques financés par la NASA ont, pour la première fois, connecté les résultats de santé dans les villes aux données satellitaires et terrestres sur la pollution de l'air. Les chercheurs ont conclu que, malgré des améliorations dans certaines parties du monde et pour certains polluants, la qualité de l'air continue d'être un facteur important de maladies. L'atténuation de la pollution est cruciale pour la santé publique, en particulier pour les enfants qui peuvent être particulièrement sensibles aux maladies respiratoires telles que l'asthme.

À l'échelle mondiale, la pollution de l'air est le quatrième facteur de risque de décès. Certains polluants sont concentrés autour des zones urbaines, où vit environ la moitié de la population mondiale. Les études d'Anenberg et de ses collègues se sont concentrées sur le dioxyde d'azote (NO²) et les particules fines (PM2,5). Le dioxyde d'azote, qui est en grande partie produit par les émissions de voitures,  camions et autobus, est associé à la prévalence de l'asthme chez les enfants. C'est également un précurseur de l'ozone et des PM2,5, la principale cause de décès liée à la pollution de l'air. La carte ci-dessous montre l'évolution des concentrations moyennes annuelles de dioxyde d'azote entre 2000 et 2019.

Changements dans la concentration annuelle en NO² entre 2000 et 2019 (source : NASA Earth Observatory)

  • Source : « No Breathing Easy for City Dwellers : Nitrogen Dioxid » (NASA Earth Observatory)
  • Article scientifique (disponible en Creative Commons) : « Long-term trends in urban NO2 concentrations and associated paediatric asthma incidence: estimates from global datasets » (The Landset)

Dans une nouvelle étude publiée en 2022 et portant sur les agglomérations urbaines dans le monde, les chercheurs ont découvert que les concentrations en particules fines (PM2,5) et la mortalité associée avaient diminué dans certaines régions en raison de la réduction de certains polluants (tels que les oxydes de soufre et d'azote) après l'adoption de lois sur la qualité de l'air. Cependant, le taux moyen de mortalité attribuable aux PM2,5 est resté relativement stable de 2000 à 2019. La carte ci-dessous montre le changement en concentrations de particules PM2,5 pondérées par rapport à la population. Les villes d'Asie du Sud-Est ont connu des augmentations annuelles très importantes.


Changements dans la concentration annuelle en NO² entre 2000 et 2019 (source : NASA Earth Observatory)
  • Source : « No Breathing Easy for City Dwellers : Particulates » (NASA Earth Observatory)
  • Article scientifique (disponible en Creative Commons) : « Global urban temporal trends in fine particulate matter (PM2·5) and attributable health burdens: estimates from global datasets » (The Landset)

Lien ajouté le 13 avril 2026

« Identifying and detecting sources of air pollution in South Asia and Africa » [Vers un air pur : pollution atmosphérique et santé publique en Asie du Sud], Rapport de la Banque mondiale (2023)

Neuf des dix villes les plus polluées au monde se trouvent en Asie du Sud. Dans certaines des zones les plus densément peuplées et les plus pauvres de la région, les concentrations de particules fines (PM2,5 ) sont jusqu'à 20 fois supérieures au seuil considéré comme sain par l'OMS (5 µg/m³). Cette pollution est responsable d'environ deux millions de décès prématurés chaque année dans la région et engendre des coûts économiques considérables. Maîtriser la pollution atmosphérique est complexe sans une meilleure compréhension des activités émettrices de particules. En Asie du Sud, la pollution se propage sur de longues distances et se retrouve piégée dans de vastes bassins atmosphériques, façonnés par le climat et la géographie. Ce rapport identifie six grands bassins atmosphériques dans la région, analyse quatre scénarios de réduction de la pollution atmosphérique selon différents niveaux de mise en œuvre des politiques et de coopération entre les pays, et propose une feuille de route pour la gestion de la qualité de l'air à l'échelle de ces bassins.

Lien ajouté le 14 mai 2026

« La remarquable transformation des transports urbains à Jakarta » (In Development Mag).

Nithin Coca, journaliste indépendant, analyse les mutations urbaines de Jakarta. Une ville longtemps définie par le "macet", l’embouteillage, devient un laboratoire de transport public grâce aux bus rapides, au rail et aux prêts internationaux. En 2015, moins de 20% des habitants vivaient à distance de marche d’un transport collectif. Dix ans plus tard, près de 90% de la ville accède au BRT ou au train, signe qu’un réseau dense peut recomposer les mobilités d’une mégapole très étalée. Le contraste est fort avec les années 2000. Aux heures de pointe, 5km pouvaient prendre plus d’une heure, les trottoirs manquaient et la voiture privée gagnait 10% par an, tandis que Jakarta attirait 400.000 nouveaux habitants chaque année. Le basculement tient au choix politique de Jokowi, élu président en 2014 après avoir gouverné Jakarta. Avec un prêt japonais de 77 milliards de yens, soit 623 millions de dollars à 0,1% d’intérêt, la première ligne de métro ouvre en 2019. Mariko Utsunomiya, de Japan International Consultants for Transportation, insiste sur le transfert de savoir-faire. Les entreprises japonaises apportent trains, signaux et méthodes, mais l’exploitation et la maintenance doivent devenir indonésiennes. Pour I Made Vikannanda, du WRI Indonesia, le saut quantitatif du réseau est net. En 2024, 10% des trajets du Grand Jakarta se font en transport public, contre 2% en 2015, avec un tarif intégré plafonné à 10.000 roupies, environ 70 cents. La réussite reste incomplète, car la métropole dépasse 41 millions d’habitants et pourrait en gagner 10 millions en 25 ans. Danny Djarum, du WRI, rappelle que les particules PM2,5 restent 8 à 10 fois au-dessus des seuils de l’OMS, malgré l’essor du rail. Gonggomtua Eskanto Sitanggang, de l’ITDP, souligne le maillon faible des premiers et derniers kilomètres. Trottoirs, zones à faibles émissions et accès aux gares doivent maintenant transformer le réseau en vraie ville respirable. 

Lien ajouté le 31 août 2026

« Delhi prévoit d'interdire les rickshaws et les scooters à essence afin de réduire les émissions de gaz toxiques. Le gouvernement espère que 30 % du parc automobile de la ville sera électrique d'ici 2030, une mesure saluée comme un tournant décisif en matière de pollution atmosphérique (The Guardian). 

Delhi veut remplacer progressivement scooters, motos et autorickshaws à essence par des modèles électriques » Amit Bhatt, de l’International Council on Clean Transportation, estime que cette réforme peut changer la lutte contre une pollution devenue une urgence sanitaire. Les transports constituent la première source de pollution atmosphérique de Delhi, avec 23% des émissions en moyenne. Les deux-roues et les rickshaws, encore largement alimentés par l’essence ou le gaz fossile, représentent plus des deux tiers des véhicules de la capitale. La réforme suivra un calendrier précis : dès 2027, seules les petites camionnettes et les trois-roues électriques pourront être nouvellement immatriculés ; en 2028, la règle s’étendra aux scooters et aux motos. Le gouvernement vise 30% de véhicules électriques en 2030. Pour rendre cette conversion crédible, Delhi promet plus de 30.000 bornes publiques. Sans réseau dense, les conducteurs hésitent à abandonner les moteurs thermiques : une recharge longue réduit leurs trajets, leur clientèle et, pour les plus modestes, leur revenu quotidien. Vikas Nimesh, enseignant à l’IIT Delhi, rappelle que la capitale est déjà le premier marché indien du véhicule électrique. Il espère que cette politique stimulera l’investissement, multipliera les modèles disponibles et fera baisser les prix par une concurrence accrue. Les conducteurs redoutent pourtant une transition trop rapide. Rajesh Gopi craint l’autonomie limitée, une à deux heures perdues chaque jour pour recharger, le vol des batteries et des coûts d’entretien inconnus. Il veut un air plus sain, sans payer seul le prix du changement. Le gouvernement prévoit aussi des exonérations fiscales pour l’achat de voitures électriques. Mais Bhavreen Kandhari avertit qu’électrifier les véhicules ne suffit pas : davantage de voitures, même propres, ne résoudront ni les embouteillages, ni la poussière, ni les inégalités de mobilité. Delhi dispose d’un vaste métro, mais sa desserte reste incomplète. La transition doit associer véhicules propres, transports collectifs et liaisons du dernier kilomètre ; sinon, elle réduira les fumées sans transformer la mobilité.

Articles connexes

La pollution de l'air est la première menace mondiale pour la santé humaine (rapport de l'EPIC, août 2023)

Suivi de la pollution atmosphérique dans plus de 32 000 villes (Banque mondiale)

Air quality stripes, un site pour comparer la pollution de l'air en ville depuis 1850

Quels sont les États qui ont le plus contribué au réchauffement climatique dans l’histoire ?

Les plus gros émetteurs directs de CO2 en France

Impact de l’exposition à la pollution de l’air ambiant sur la survenue de maladies chroniques

Quand la carte du dioxyde d'azote (NO2) crée comme une ombre fantomatique de l'humanité

L'empreinte carbone des villes dans le monde selon le modèle GGMCF 

Le tourisme international et son impact sur les émissions de CO₂

Des cartes pour alerter sur la pollution de l'air autour des écoles à Paris et à Marseille


Cartoprodig, des cartes pour comprendre le monde


Cartoprodig est un projet cartographique porté par Prodig (UMR 8586 - CNRS). Il s'agit d'une collection originale d'environ 400 cartes exploitant plus de 60 indicateurs statistiques produits par une dizaine d’organismes. 

Ces cartes, répondant toutes au même modèle et proposant un traitement simple de chaque indicateur statistique, sont conçues pour être des documents facilement exploitables, qui garantissent au lecteur-utilisateur la validité des données, la rigueur des traitements et la fiabilité des fonds de carte. 

Cartoprodig se présente comme une ressource utile aux chercheur.e.s, enseignant.e.s-chercheur.e.s, étudiant.e.s, enseignant.e.s du secondaire, expert.e.s, et tout.e.s celles et ceux qui ont besoin de cartes simples, fiables, pour illustrer un propos ou faire le point sur une situation mesurable à travers un indicateur statistique. 

Le traitement des indicateurs de taux nécessite de découper (ou discrétiser) la série statistique (ensemble des valeurs portées par tous les pays présents sur une carte) en un nombre de classes limité. Nous avons choisi d’appliquer un traitement simple et unique à tous les indicateurs, dénommé Q6 (figure 2). Cette méthode, proposée par Philippe Waniez dans le logiciel Philcarto® puis reprise par Magrit®, repose sur un découpage en 4 classes d’effectifs égaux, après avoir isolés dans deux classes extrêmes, 5 % des individus (3 à 10 pays selon les cartes) portant les valeurs les plus fortes et autant d’individus portant les valeurs les plus faibles (soit 6 classes au total). L’intérêt de ce mode de découpage est qu’il est indépendant des valeurs spécifiques à chaque indicateur, de l’étendue de la série statistique (écart entre le minimum et le maximum) et de la dispersion relative des individus (les pays) sur cette étendue. Cette propriété permet de faciliter la comparaison de cartes traitant d’indicateurs fort différents. On pourra par exemple comparer facilement la carte de l’IDH des pays du continent africain avec celle de la mortalité infantile du même continent en observant simplement la position de tel ou tel pays dans une classe ou une autre, sachant qu’elles sont construites, dans les deux cartes, selon le même procédé (figure 2, cartes A, B et C).

En complément de la collection de cartes découpées selon le procédé Q6, sont proposées, pour certains indicateurs, d’autres cartes adoptant des discrétisations spécifiques, ajustées aux caractéristiques des indicateurs traités. Elles permettent à la fois d’intégrer des valeurs repères (par exemple le 0 dans les taux de croissance) dans la répartition des pays en classes, et de prendre en compte l’existence de discontinuités remarquables dans la distribution des pays (figure 2, cartes C et D) sur l’échelle de valeurs (l’étendue de la série statistique).

Les cartes sont publiées sous licence Creative Commons BY-NC-ND 4.0 et sont téléchargeables librement au format pdf (idéal pour l’impression) ou jpg (idéal pour les écrans).

Articles connexes

Indicateurs statistiques et cartes interactives de la CNUCED (édition 2020)

Espace mondial : l’Atlas de Sciences Po 2018 en version numérique

Rubrique cartographie thématique et webmapping

Rubrique Cartes et atlas thématiques

Rubrique données


Cartes et données sur la géographie de la délinquance à l'échelle communale


Source : Géographie de la délinquance à l'échelle communale - Interstats Analyse N°44 (1er mars 2022).

Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie régulièrement des données sur les actes de délinquance commis par communes. La délinquance n’est pas répartie de manière uniforme sur le territoire métropolitain, selon les enregistrements effectués par les services de police et de gendarmerie pour dix grandes catégories de crimes et délits (dont 3 sur les atteintes aux personnes).

La carte du nombre de crimes et délits par catégories reflète principalement la carte des densités de population : un biais assez connu en cartographie statistique. 


En métropole en 2021, 1% des communes concentrent entre 50 % des cambriolages ou des coups et blessures volontaires intrafamiliaux et 85 % des vols violents sans arme. 46 des 50 plus grosses communes de métropole sont parmi les 100 les plus touchées par 9 ou 10 formes de délinquance étudiées. À l’inverse, 15 % des communes n’enregistrent aucun fait pour la sélection complète de 10 indicateurs.  42 % des communes n’ont enregistré aucun vol sans violence contre des personnes. Cette part monte à 95 % pour les vols avec armes. 

Rapporté à leur population, les communes de plus de 100 000 habitants sont plus exposées à la délinquance que les autres. Une loi rang-taille presque parfaite qui voudrait que l'insécurité soit proportionnée à la taille de la commune ? Dans le détail, des écarts intéressants à observer selon le type de délinquance comme le montre le graphique ci-dessous.




Les cambriolages sont répartis de manière relativement homogène entre les communes de différentes tailles. Paris se situe dans la moyenne nationale. De quoi relativiser un peu les discours sur l'insécurité urbaine touchant uniquement les grandes métropoles.



Pour télécharger les données

Liens ajoutés le 30 janvier 2026

Bases statistiques communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales (data.gouv.fr)

Afin de favoriser l’ouverture des données sur la délinquance et l’insécurité, le SSMSI met à disposition, 3 bases de données annuelles (communale, départementale et régionale) sur les principaux indicateurs des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie nationales, toutes les trois selon le lieu de commission. Ces bases ont vocation à être enrichies au fur et à mesure que les données pour d’autres indicateurs seront fiabilisées. Depuis janvier 2025, l’indicateur relatif aux tentatives d’homicides a été intégré à l’échelon départemental et régional. Depuis mars 2025, un indicateur relatif aux escroqueries et des amendes forfaitaires délictuelles pour usage de stupéfiants ont été ajoutés à l’échelon communal. Depuis juillet 2025, l’indicateur des « coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus » a été remplacé par deux nouveaux indicateurs : les « violences physiques intrafamiliales » et les « violences physiques hors cadre familial ». Les données diffusées sont limitées aux communes pour lesquelles plus de 5 faits ont été enregistrés pendant 3 années successives. 

Atlas départemental de la délinquance enregistrée en 2025 (à télécharger en pdf, 165 Mo)

« Insécurité et délinquance en 2025 : une première photographie » (Ministère de l'Intérieur)

Dans le détail, les violences physiques repartent à la hausse (+5 %) en 2025 après une année de quasi-stabilisation (+1 %). L’évolution 2025 reste cependant inférieure à l’évolution en moyenne par an depuis 2016 (+8 %). Cette croissance est observée tant pour les violences intrafamiliales (+5 %) que celles commises hors cadre familial (+5 %). Dans le même temps, les violences sexuelles progressent nettement (+8 %), comme en 2024 (+7 %), mais en léger ralentissement par rapport aux dix dernières années (hausse d’en moyenne 11 % par an). Les viols et tentatives de viol enregistrés s’accroissent encore rapidement (+9 %). Sur l’année 2025, le nombre de victimes d’homicide augmente très légèrement (+1 %) pour s’établir à 982 victimes. Les tentatives d’homicide poursuivent leur progression (+5 %), mais avec un rythme de hausse inférieur à celui observé depuis 2016 (+8 % par an), et en ralentissement par rapport aux trois années précédentes. Les infractions liées aux stupéfiants progressent nettement en 2025, que ce soit pour l’usage (+6 %) ou le trafic (+8 %). Ces hausses confirment les croissances observées en 2024 qui s’expliquaient en partie par l’augmentation du nombre de mis en cause pendant les mois de juillet et août 2024, en lien avec la mobilisation exceptionnelle des forces de sécurité intérieure pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Ces augmentations s’inscrivent dans une tendance haussière observée depuis 2020 : + 14 % en moyenne par an pour l’usage de stupéfiants porté par la mise en place des amendes forfaitaires délictuelles et +7 % pour le trafic de stupéfiants. Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement poursuivent également leur hausse en 2025 (+8 %), s’inscrivant dans le rythme des hausses continues depuis 2016 (+7 % en moyenne par an), malgré une croissance ralentie en 2024 (+1 %). Les évolutions sur les vols sont contrastées. Si les vols avec armes diminuent nettement (‑7 %) en 2025, après plusieurs années de quasi-stabilité, les vols violents sans arme et les vols sans violence contre des personnes sont en légère hausse (+2 % chacun), après avoir baissé les deux années précédentes. Notamment, les vols violents sans arme augmentent pour la première fois depuis 2016. En 2025, 13 % des vols sans violence contre des personnes ont été commis dans les transports en commun. Les cambriolages de logement, les vols de véhicule, les vols dans les véhicules présentent des profils très similaires : après un creux observé en 2020 et 2021, le nombre de délits s’accroît pour ces indicateurs jusqu’en 2023/2024, et diminue en 2025. Sur la dernière année, les vols de véhicule et les vols dans les véhicules baissent nettement (‑9 % chacun), revenant à un niveau proche de celui observé pendant la crise sanitaire. Les cambriolages de logement baissent de 3 % en 2025. Les vols d’accessoires sur véhicule sont plus volatiles et diminuent très légèrement (‑1 %) en 2025, après une année de hausse (+4 %).

« Violences physiques en hausse, vols de véhicule en baisse : les chiffres contrastés de la délinquance en 2025 » (Le Monde).

"Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie une première « photographie » des infractions enregistrées par les services de police et de gendarmerie en 2025. La question est aussi ancienne que celle de la statistique : les chiffres donnent-ils à voir la réalité, en traduisent-ils seulement une fraction et, surtout, comment les interpréter ? La première « photographie » de la délinquance enregistrée en 2025 dessine les contours d’un bilan contrasté, dressé avec les précautions d’usage. Logiquement, ces données proviennent avant tout de l’activité des services de police et de gendarmerie et, plus particulièrement, des plaintes qui y sont déposées. Or, celles-ci n’offrent qu’une vision partielle de la masse des infractions véritablement commises. Ainsi, en matière de violences sexistes et sexuelles, le taux de dépôt de plainte n’atteint-il que 6 % d’après les estimations du SSMSI ; celui des violences physiques s’établit à 21 %."

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La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales en France : une carte incohérente ?

La carte, objet éminemment politique : la cartographie des inégalités urbaines à Marseille