Cartes et données sur l'évolution des terres cultivées dans le monde (2000-2024)


Source : Potapov, P., Turubanova, S., Hansen, M.C. et al. (2022). « Global maps of cropland extent and change show accelerated cropland expansion in the twenty-first century » [Les cartes mondiales de l’étendue et de l’évolution des terres cultivées montrent une expansion accélérée des terres cultivées au XXIe siècle), Nature Food 3, 19–28. https://doi.org/10.1038/s43016-021-00429-z

Étendue et évolution des terres cultivées à l’échelle mondiale, 2000–2019 (source : Potapov & al, 2022)

Résumé

Des données spatiotemporelles cohérentes concernant les terres cultivées à l'échelle mondiale sont essentielles pour suivre les progrès vers une production alimentaire durable. Dans cette étude, les chercheurs présentent une analyse de l'évolution de la superficie mondiale des terres cultivées au cours des deux premières décennies du XXIe siècle, dérivée de séries chronologiques de données satellitaires (images Landsat). Ils estiment qu'en 2019, la superficie des terres cultivées était de 1 244 Mha avec une production primaire nette annuelle totale correspondante (PPN) de 5,5 Pg C an −1. De 2003 à 2019, la superficie des terres cultivées a augmenté de 9 % et la PPN des terres cultivées de 25 %, principalement en raison de l'expansion agricole en Afrique et en Amérique du Sud. L'expansion mondiale des terres cultivées s'est accélérée au cours des deux dernières décennies, avec un quasi doublement du taux d'évolution par an, plus particulièrement en Afrique. La moitié des nouvelles superficies cultivées (49 %) ont remplacé la végétation naturelle et le couvert arboré, ce qui est en contradiction avec l'objectif de protection durable des écosystèmes terrestres. Entre 2003 et 2019, la superficie mondiale des terres cultivées par habitant a diminué de 10 % en raison de la croissance démographique. Cependant, la production nationale de terres cultivées par habitant a augmenté de 3,5 % en raison de l'intensification de l'utilisation de certaines terres agricoles. 

Données disponibles

La cartographie des cultures a été réalisée par périodes de quatre ans (2000-2003, 2004-2007, 2008-2011, 2012-2015 et 2016-2019). Chaque période comprend une couche de terres cultivées (cinq couches au total), le nom du fichier faisant référence à la dernière année de la période. Les cartes mondiales des terres cultivées sont disponibles pour les années 2003, 2007, 2011, 2015, 2019 et 2023 ainsi que les cartes dynamiques des terres cultivées (gain et perte nets de terres cultivées) avec des exemples de données. 

Les données MODIS NPP sont également accessibles au public.

Des données statistiques sur l'étendue des terres arables et la population au niveau national sont disponibles sur le site de la FAO et de l'ONU. Les frontières SIG des pays sont disponibles sur le site GADM. Les données sources sont fournies dans l'article.

Lien ajouté le 9 octobre 2025

Xu Wang, Ye Xu, Wei Li & Fan de Yurui (2025). « Unequal impacts of future droughts on global croplands: contributions of climate and land-use changes across different income groups » [Impacts inégaux des futures sécheresses sur les terres cultivées mondiales : contributions des changements climatiques et d'utilisation des terres selon les différents groupes de revenus], npj Natural Hazards.

Des chercheurs de la Chinese Academy of Sciences publient une analyse mondiale des risques de sécheresse pour les terres agricoles. Leur modèle relie changement climatique, usage des sols et inégalités de revenus pour anticiper les crises alimentaires à venir. Les chercheurs montrent que la superficie cultivée mondiale a augmenté de 9% entre 2003 et 2019 sous la pression d’une demande alimentaire en hausse de 35 à 56% d’ici 2050. Cette expansion rend les terres plus vulnérables aux sécheresses déjà responsables de pertes évaluées à 166 milliards de dollars. En combinant les indices SPI et SPEI, l’étude révèle que les sécheresses extrêmes augmenteront fortement sous le scénario SSP585. L’effet de l’évapotranspiration liée à la hausse des températures multiplie jusqu’à 60% la probabilité d’épisodes extrêmes, notamment en Afrique et en Europe. Les terres agricoles des pays à revenu faible ou intermédiaire sont les plus exposées. Sous SSP585, la surface affectée par les sécheresses extrêmes pourrait augmenter de plus de 5000% dans ces pays, contre environ 250% dans les économies développées, accentuant les inégalités climatiques. La dynamique des sécheresses évolue aussi : les épisodes courts de 3 mois tendent à se prolonger en sécheresses de 6 mois. Ce basculement accroît les pertes agricoles et la pression sur l’eau, en particulier dans les régions tropicales et méditerranéennes déjà soumises à un stress hydrique. Les scénarios à fortes émissions confirment la domination du facteur climatique : sous SSP585, plus de 98% de l’exposition des terres cultivées aux sécheresses est imputable au climat. Les changements d’usage des sols n’atténuent plus les effets, et peuvent même amplifier les risques. Les auteurs soulignent que les modèles de sécheresse tenant compte de la température (SPEI) prévoient des impacts bien plus sévères que ceux basés sur les seules précipitations (SPI). L’évapotranspiration devient le moteur majeur de l’aridification dans un monde à +3°C. Cette recherche démontre que la vulnérabilité agricole mondiale est avant tout climatique et sociale. Les pays pauvres peu équipés pour s’adapter supporteront l’essentiel des pertes. Prévoir, diversifier les cultures et réduire les émissions devient vital pour la sécurité alimentaire. 

Lien ajouté le 27 mars 2026

« Le changement climatique va affaiblir l’agriculture du sud de l’Europe » (Reporterre)

Le changement climatique pourrait bouleverser le secteur agricole européen, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). La productivité des régions du sud pourrait chuter, mais pas celle des régions du nord. Dans son rapport publié le 4 septembre 2019, l’AEE craint une « alarmante cascade de répercussions du changement climatique sur les écosystèmes agricoles et la production de cultures », qui affecterait les prix, la quantité et la qualité des produits en Europe. Les conditions météorologiques extrêmes et les événements climatiques comme les sécheresses et les gelées risquent en effet de bouleverser les habitudes commerciales et la distribution du revenu agricole en Europe. Ainsi, l’Italie, la Grèce, le Portugal, le sud de la France et l’Espagne pourraient réduire leur rentabilité agricole. La valeur des terres arables dans les régions du sud de l’Europe devrait chuter de 60 à 80 % d’ici à 2100. Les deux tiers de cette baisse de valeur se concentreront en Italie, où la perte totale pourrait se situer entre 58 et 120 milliards d’euros d’ici à 2100, soit une chute de 34 à 60 % par rapport à la période de référence de 1961-1990. La fréquence des sécheresses devrait augmenter, surtout dans la région méditerranéenne au printemps et en été. Les températures élevées pourraient aussi affecter le secteur de l’élevage, en empirant la santé animale et en réduisant la production de bétail.

Pourcentage de changement prévu dans la valeur des terres agricoles pour la période 2071-2100 comparé à la période 1961-1990 (source : European Environment Agency)

Lien ajouté le 23 avril 2026

Ahmad Khan, Peter Potapov, Svetlana Turubanova et al. (2026). Global annual cropland dynamics 2015–2024 [Dynamique mondiale annuelle des terres cultivées 2015-2024], Remote Sensing of Environment, volume 340, 2026, https://doi.org/10.1016/j.rse.2026.115438.

La sécurité alimentaire mondiale est de plus en plus menacée par la croissance démographique, l'évolution des régimes alimentaires, les conflits géopolitiques et les impacts du changement climatique. Un suivi opérationnel annuel des terres cultivées est indispensable pour atteindre l'objectif de développement durable « Faim Zéro » des Nations Unies. Les données satellitaires Landsat constituent un socle pour ce suivi mondial, indépendant et à haute cadence, avec une résolution spatiale de 30 m, adapté aux politiques et interventions de gestion agricoles, aux réponses politiques et aux ajustements du marché. Dans cette étude, des chercheurs ont utilisé les données Landsat prêtes à l'emploi, développées par le Laboratoire mondial d'analyse et de découverte des terres (GLAD-ARD), et l'apprentissage automatique pour cartographier annuellement l'étendue des terres cultivées à l'échelle mondiale de 2015 à 2024. Les résultats montrent que la superficie mondiale des terres cultivées a augmenté de plus de 6 % au cours de la dernière décennie. En combinant les estimations de superficie des terres cultivées issues de notre recherche et de l'analyse précédente (2003-2019), ils estiment que cette superficie a progressé de près de 14 % depuis 2003. Entre 2015 et 2024, l'Afrique a enregistré la plus forte augmentation régionale (+24,5 millions d'hectares). À l'échelle nationale, le Brésil a enregistré le plus fort gain (+16,5 Mha) et le Maroc la plus forte perte (–0,38 Mha). Un tiers (33,3 %) des nouvelles terres cultivées a été créé par défrichement de la végétation naturelle ou par extension de l'irrigation dans les zones arides naturelles. La précision globale des cartes des terres cultivées de 2015 et 2024 était respectivement de 97,8 % (erreur type : 0,3 %) et de 97,3 % (erreur standard : 0,4 %). Malgré l'expansion des terres cultivées, la croissance démographique a été plus rapide que cette expansion ; entre 2015 et 2024, la superficie des terres cultivées par habitant a diminué, passant de 0,166 à 0,161 ha. Les données illustrent les effets combinés des changements de priorités en matière d'utilisation des terres, du climat, des ressources en eau, du commerce international et des conflits armés sur la dynamique mondiale de l'étendue des terres cultivées au cours de la dernière décennie.

Étendue des terres cultivées et variation de superficie pour chaque tuile de 1×1 degré (source : Kahn & al., 2026) 

A. Superficie totale des terres cultivées, 2024. B. Variation nette de la superficie des terres cultivées, 2003-2024

Lien ajouté le 25 mai 2026

Stephen Polasky, David Tilman, Erik Nelson, Craig Packer, "Reversing the great degradation of nature by reducing factors related to cropland expansion" [Inverser la grande dégradation de la nature en réduisant les facteurs liés à l'expansion des terres cultivées], https://doi.org/10.1073/pnas.2506601123

La croissance économique et la protection de la biodiversité ne sont pas antinomiques. Dans une nouvelle étude de l’université du Minnesota, des chercheurs démontrent que, pour protéger la biodiversité et le climat, il faut aider les pays en développement à sortir au plus vite de la pauvreté. La croissance rapide de l'activité économique mondiale au cours du siècle dernier a certes réduit la pauvreté et amélioré le niveau de vie, mais au prix d'un lourd tribut environnemental. Les résultats suggèrent toutefois qu'une accélération du développement économique dans les pays à faible revenu pourrait limiter l'expansion future des terres cultivées, favorisant ainsi la biodiversité et l'atténuation du changement climatique grâce à une croissance démographique plus faible, des rendements agricoles accrus et une augmentation des volumes d'échanges agricoles mondiaux, compensant largement la croissance anticipée de la demande agricole par habitant. L'impact serait encore plus important si ce développement ciblé s'accompagnait d'une réduction de la demande agricole dans les pays à revenu élevé et d'une expansion des échanges agricoles. Les conclusions ouvrent la voie à la promotion d'un développement économique et d'une durabilité environnementale multiples.

Articles connexes


EuroCrops, un ensemble de données harmonisées et en open data sur les parcelles cultivées au sein de l'UE

OneSoil, la carte interactive des parcelles et des cultures en Europe et aux Etats-Unis

Utiliser les données CORINE Land Cover

Copernicus : accès libre et ouvert aux cartes concernant la couverture des sols (2015-2019)

WorldCover (ESA), une couverture terrestre de l'occupation du sol à 10m de résolution

Mise à jour de la base de données sur la couverture du sol aux Etats-Unis (NLCD)


La République des Cartes, une initiative collective pour révéler le pouvoir des cartes


La carte n'est pas qu'un outil : c'est une invitation à voir le monde autrement, à agir collectivement et à imaginer des futurs communs. Telle est la vision portée par la République des Cartes, un projet collectif inédit qui invite chacun à s'emparer du pouvoir des cartes pour regarder le monde autrement, faire débat et contribuer à décider du devenir de nos territoires. La République des cartes est une initiative collective pour révéler le pouvoir des cartes comme levier démocratique

Un collectif diversifié et engagé

La République des cartes fédère des chercheurs, des artistes, des élus, mais aussi des entreprises et associations, des institutions culturelles et des citoyens. Elle est portée par l’IGN, la Banque des territoires, Leonard (Groupe Vinci), la Fabrique de la cité, OVHcloud, CY école de design (CY Cergy Paris Université) et le Conseil national de l’information géolocalisée (CNIG), rejoints récemment par l’agence Nodesign, le média AOC et Ubisoft. Son comité d'orientation, présidé par Maxime Blondeau, réunit des personnalités de référence dans les domaines de la cartographie, écologie, géopolitique, culture, sciences sociales et philosophie. 

Cinq leviers d’actions pour donner leur place aux cartes

À travers des publications régulières, un podcast et une grande journée annuelle, la République des cartes entend rendre visible le rôle essentiel de la cartographie pour comprendre, décider et agir ensemble. 

  • une journée nationale de la carte
  • une bannière commune pour rassembler
  • un atelier et une expo clés en main pour faire vivre l’initiative partout
  • une série du podcast Sismique pour faire entendre les voix de la cartographie
  • des publications pour nourrir le débat.
Rendez-vous le 4 février 2026 pour le premier Jour de la carte
Le 4 février 2026 se tiendra partout en France et à l'international la première édition du Jour de la carte qui aura lieu chaque année le premier mercredi du mois de février. 

Des podcasts réalisés en partenariat avec Sismique

Sismique est une chaîne de podcasts qui explore les grandes transitions de notre époque. Nous vous invitons à découvrir leur univers et leurs contenus passionnants sur leur chaîne. Une carte raconte des histoires, révèle des enjeux, ouvre des débats. Avec cette série, nous explorons comment les cartes peuvent être des outils de pouvoir ou d'émancipation, des médias qui transforment nos consciences, des leviers de souveraineté… et peut-être aussi des boussoles pour imaginer nos futurs communs.

La République des Cartes, une série en 5 épisodes en partenariat avec l'IGN (l'Institut national de l'information géographique et forestière) :

Saison 1 - Les 5 épisodes à écouter en podcast sur Sismique créé et animé par Julien Devaureix
 
Christian Grataloup, géographe

Une plongée dans l’histoire longue des cartes. Derrière chaque frontière, chaque capitale, chaque nom inscrit sur une carte, il y a une décision. Un choix. Parfois une conquête. Pendant des siècles, les cartes ont servi les puissants : rois, empires, États, ingénieurs de la modernité. Outils de pouvoir, elles ont aussi été des instruments de conquête, d’aménagement, de contrôle. Mais une carte peut-elle montrer autre chose ? D’autres réalités, d’autres vécus, d’autres récits du monde — ceux des citoyens, des oubliés, des marges ? Dans cet épisode, on explore cette histoire longue et politique des cartes avec Christian Grataloup, historien de la géographie mondiale. Et on essaie de comprendre ce que nos cartes disent de nous… et de ce que nous pourrions choisir de voir autrement.

Virginie Raisson-Victor, Présidente du Giec Pays de la Loire

La géopolitique vue d’en haut : territoires, frontières, ressources. Lire les tensions du XXIe siècle autrement. Pendant quelques décennies, on a cru que la mondialisation effaçait les frontières, que les flux économiques et numériques reléguaient la géographie au second plan. Mais l’histoire se charge de nous rappeler que le territoire reste au cœur des rapports de force. L’Ukraine, Gaza, Taïwan, l’Arctique, les grands fleuves d’Afrique ou d’Asie : partout, les lignes sur une carte disent quelque chose des tensions qui s’exacerbent autour des sols, de l’eau, des routes maritimes, des ressources critiques. Comprendre la géopolitique, c’est comprendre cette articulation entre espace, ressources et pouvoir. Et c’est là que les cartes deviennent essentielles : elles permettent de voir en un instant ce qu’aucun texte ne peut raconter, mais elles sont aussi des récits en elles-mêmes, parfois des instruments de légitimation ou de manipulation. Aujourd’hui, alors que le changement climatique reconfigure les routes maritimes, que la transition énergétique redessine les rapports de force, et que de nouvelles vulnérabilités apparaissent, il est urgent de réapprendre à lire le monde à travers ses territoires. Il est important d'apprendre à déchiffrer les cartes, leur intention, le récit qu'elles portent. 

Sébastien Soriano, Directeur général de l'IGN

La carte comme bien commun. Comment penser une géographie souveraine, ouverte et partagée ? Qui produit aujourd’hui les cartes du monde que nous utilisons au quotidien ? Dans un contexte de dépendance croissante aux plateformes numériques, la cartographie est devenue un enjeu stratégique, politique et culturel. Représenter nos territoires, nos ressources, nos choix collectifs ne peut pas être laissé aux seuls intérêts privés. Alors comment reprendre la main ? Quelle place pour l’État, les citoyens, les communs ? Et quel rôle pour une agence publique comme l’IGN, à l’heure du cloud, de l’IA et des grands bouleversements territoriaux ?

Clara Dealberto, responsable infographiste au Point

Dans un monde saturé d’images et de données, les cartes occupent une place particulière : elles semblent objectives, neutres, évidentes. Mais en réalité, chaque carte raconte une histoire, simplifie le réel, oriente un regard. Comment on représente le monde, comment on le rend lisible, et comment ces choix influencent nos perceptions collectives, parfois sans qu’on s’en rende compte ? Clara Dealberto, graphiste et data-journaliste, responsable de l’infographie au Point, conçoit des cartes et des visualisations qui circulent largement dans l’espace public, et elle connaît mieux que personne les arbitrages, les biais, mais aussi la force de ces images pour éclairer le débat.

Maxime Blondeau (cosmographe et auteur du livre Géoconscience) & Marine Le Breton (cartographe)
Les cartes comme support de récits, d'imaginaires et de création artistique. 

Notre manière de dessiner la Terre, les territoires , oriente la façon dont on les pense et donc dont nous décidons de les habiter ou de les transformer. C’est pour éclairer ce lien entre représentation et action collective que j’ai accueilli deux regards complémentaires : Marine Le Breton, illustratrice dont les Cartes Marines ravivent notre attachement sensible aux littoraux et Maxime Blondeau, cosmographe qui scrute la carte comme langage de pouvoir et d’imaginaire. Ensemble, ils interrogent ce que les tracés, les vides et les légendes disent de nous et ce qu’ils peuvent encore nous apprendre pour affronter les transitions qui viennent.

Articles connexes


Les cartes produites par l'atelier de cartographie thématique de l'IGN

Cartographier l'Anthropocène. Changer d'échelle pour pouvoir agir (Atlas IGN, 2022)

La carte, objet éminemment politique. Le plan de retrait de Gaza proposé par Trump


La Maison Blanche a publié le 29 septembre 2025 un plan de retrait de Gaza. Le plan de paix global présenté par Donald Trump prévoit un retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza et la reconstruction de la région au bénéfice de sa population, durement touchée par des années de conflit. Ce "plan de paix", qui s'apparente plus à une tentative de cessez-le-feu, a été salué par la France et la communauté internationale. Mais il ne fait pas l'unanimité parmi les belligérants. L’accord propose un retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza, mais reste flou sur la question palestinienne.


Légende du plan :
  • en bleu : contrôle actuel par les Forces de défense israéliennes (FDI)
  • en jaune : 1er retrait juste après la libération des otages 
  • en rouge : 2ème retrait lorsqu’une Force internationale de stabilisation (FSI) sera mobilisée
  • en hachure : 3ème retrait, zone tampon de sécurité.
La légende du plan prévoit un retrait progressif de Tsahal sans pour autant de fixer de dates précises. Le 1er retrait est conditionné à la libération des otages, le 2nd retrait est conditionné à la mobilisation d'une force internationale de stabilisation, le 3e retrait viserait à terme à former un tampon de sécurité.

Le plan en 20 points présenté par Donald Trump après son entretien avec Benyamin Nétanyahou est en retrait par rapport au projet franco-saoudien adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Même s’il connait un début d’exécution, il n’ouvre pas la voie à une solution politique. Le rêve de riviera ("Côte d'Azur du Moyen Orient") ébauché par Donald Trump en février 2025 n'est pas mort. Et un revenant, le premier ministre britannique Tony Blair, participe à sa résurrection.

« Le Plan Trump pour Gaza : des espoirs et des doutes » (L'Essentiel du Dessous des cartes - Arte)
L'émission résume, cartes à l'appui, les principaux enjeux de ce "plan de paix" qui suscite des débats. Si le plan de paix américain suscite de nombreux espoirs, des questions demeurent sur la bonne foi des belligérants à qui il est demandé de s’effacer derrière une "Autorité de transition pour Gaza" et une "Force internationale de stabilisation temporaire", constituée notamment de partenaires arabes. D’autres questions abyssales restent également en suspens.


« Plan Trump pour Gaza : un plan pour la paix ou un plan en trompe-l’œil ? » (28 minutes - Arte)
Sans reconnaître explicitement l'Etat palestinien, le plan semble ouvrir la porte à un cessez-le-feu. Mais tous les acteurs n'y voient pas la même chose...


« Le plan Trump pour Gaza : les acteurs de la région » (L'Essentiel du Dessous des Cartes, Arte)
Le président américain a posté sur Truth Social une carte indiquant une première ligne de retrait de l'armée israélienne, mais aussi une zone tampon entrant plus profondément dans le territoire gazaoui que ce qui semblait avoir été convenu. Parallèlement, les négociations autour du "plan Trump" pour Gaza s'ouvrent en Égypte avec les principaux acteurs de la région.


Sur la nouvelle carte sans légende partagée par Trump le 4 octobre 2025, une ligne jaune coupe le territoire en deux. Celle-ci correspondrait au premier retrait de l'armée israélienne dans la zone après la libération des otages. "Après des négociations, Israël a accepté la ligne de retrait initiale, que nous avons montrée et partagée avec le Hamas", écrit Donald Trump dans la publication. Contrairement à la carte dévoilée par Washington le 29 septembre, on ne retrouve par l'idée de retrait progressif de Tsahal. Il y a donc du flou pour cette nouvelle carte, avec un contrôle de l'armée israélienne qui serait plus important que ce qui a été proposé auparavant au Hamas. En effet, la ligne de contrôle israélienne se situerait au minimum à deux kilomètres à l'intérieur de la bande de Gaza. En outre, Israël continue de contrôler tous les points de passage entrant et sortant de Gaza, y compris le point de passage de Rafah avec l’Égypte. Si Benyamin Netanyahou a affirmé qu'Israël ne se retirerait pas entièrement de la bande Gaza, à l'inverse, le Hamas demande un retrait total et s'oppose à l'idée d'une zone tampon contrôlée par Israël.

La ligne de retrait initial de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, selon le plan de paix de Trump proposé fin septembre. - Truth Social @Donald Trump


Dans la première phase du plan de cessez-le-feu, Israël conserverait le contrôle de près de 60 % de la bande de Gaza, comme le montre une carte plus détaillée publiée par le quotidien Aljazeera. Conformément au plan, l'armée israélienne s'est retirée jusqu'à la « ligne jaune »/ Des observateurs font remarquer qu'Israël garde ainsi le contrôle sur la plupart des terres arables.

La "ligne jaune" : nouvelle ligne provisoire de découpage du territoire gazaoui (source : AFP)



« Israël maintient son contrôle plus profondément que prévu à l'intérieur de Gaza, selon de nouveaux marqueurs frontaliers ? » (BBC)

Selon une analyse de BBC Verify, l'armée israélienne exerce un contrôle sur une plus grande partie de Gaza que prévu par l'accord de cessez-le-feu avec le Hamas. L'armée israélienne place des blocs de béton jaunes pour délimiter la nouvelle ligne jaune établie à Gaza. Le problème est qu'elle est décalée de plus de 500 mètres dans certaines zones, réduisant ainsi la zone de sécurité palestinienne. Il y a eu un manque constant de clarté quant à l'endroit exact où la frontière sera imposée , avec trois cartes distinctes publiées par la Maison Blanche, Donald Trump et l'armée israélienne à l'approche de l'accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre. Le 14 octobre, l'armée israélienne a publié la dernière version marquant la ligne jaune sur sa carte en ligne, qui est utilisée pour communiquer sa position aux habitants de Gaza. Mais dans le nord, près du quartier d'al-Atatra, des images de drones de Tsahal ont montré qu'une ligne de six blocs jaunes se trouvait jusqu'à 520 mètres plus loin à l'intérieur de la bande de Gaza que ce que l'on aurait pu attendre des cartes de Tsahal. Une situation similaire a été observée dans le sud de Gaza, où une image satellite prise le 19 octobre a montré dix bornes érigées près de la ville de Khan Younis. La ligne de blocs s'étend entre 180 et 290 mètres à l'intérieur de la Ligne jaune tracée par Tsahal. Si ces deux sections de frontière étaient typiques de la manière dont les marqueurs étaient placés le long de la totalité de la ligne, alors Israël exercerait un contrôle sur une zone nettement plus grande que celle prévue par l’accord de cessez-le-feu. Certains habitants ont dit à l’Agence France-Presse ne pas connaître clairement les limites exactes de la « ligne jaune », qui délimite la zone derrière laquelle l’armée israélienne s’est repositionnée depuis le cessez-le-feu, et que l’armée a commencé à matérialiser avec des blocs de béton jaunes. Cette dernière s’étend du nord au sud, à travers plusieurs villes et des blocs d’habitations.

« Gaza : comment maintenir la paix ? » (L'Essentiel du Dessous des Cartes, Arte)

Tandis que les Américains tentent de convaincre Israël que le fragile cessez-le-feu à Gaza doit tenir, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé les premières discussions à l’ONU pour créer une force internationale de stabilisation de 40 000 hommes, prévue par le plan Trump et censée remplacer le Hamas. Mais des casques bleus pour maintenir la paix à Gaza, est-ce possible ?


Sources 

« Ce que le plan de Donald Trump pour Gaza passe sous silence en dit beaucoup plus que ce qu’il propose » (Le Monde).
Si on ne peut que saluer la tentative de trouver une issue à la guerre entre Israël et le Hamas, le plan présenté par D.Trump omet de nombreux éléments déterminants pour l’avenir de la région et de ses peuples.

« Réponse du Hamas, retrait militaire israélien, gouvernance… Pourquoi le plan de paix de Donald Trump à Gaza reste fragile » (France-Info).
Le plan en 20 points, approuvé par le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et salué par la communauté internationale, est suspendu à la réponse du Hamas.

« Pourquoi le plan de Trump pour Gaza est très difficile à accepter pour le Hamas » (HuffPost).
Le mouvement palestinien souhaite amender certains points du plan américain pour l’enclave.

« L’attaque d’Israël au Qatar, le tournant qui a conduit Trump à imposer son plan de paix » (Courrier international).

« Le plan Trump ou le jeu du mikado au Proche-Orient » (Le Temps). Au-delà des caractéristiques propres de Donald Trump, son plan semble vouloir renouer avec la logique des petits pas, qui laisse les questions de fond pour plus tard. Un jeu de mikado auquel il est difficile de croire après deux ans de massacres à Gaza.

« Sur ce document, Gaza n’est plus qu’une tache bleue anonyme, cernée par une zone de sécurité dessinée à coups de hachures hâtives. Un schéma bâclé pour un destin confisqué. Une fois de plus » (Linked-in). Pour le géographe-cartographe Ryan Ibrahim-Bacha, « cette carte, d’un amateurisme dont Donald Trump lui-même ne renierait pas la patte, est censée incarner le plan pour l’avenir de Gaza. Ces quelques traits de couleur tracés à la main presque aléatoirement rappellent immanquablement le tracé arbitraire des frontières par les puissances coloniales d’autrefois. En apparence anodin, cet amateurisme est pourtant révélateur : il symbolise le peu de considération portée à un territoire abandonné par les politiques les plus cyniques, ceux qui voudraient en gommer l’histoire, le patrimoine, et avant tout le peuple ».

Il peut être intéressant de comparer le plan proposé par Trump avec le précédent Plan de paix américain de janvier 2020 qui avait déjà suscité des réactions (Wikipédia). Le contexte a cependant évolué depuis 2020 : ce nouveau plan de paix trouvera-t-il plus d'écho ?

« Guerre dans la bande de Gaza : le Hamas se dit prêt à libérer les otages dans le cadre du plan de paix de Donald Trump, sous réserve "que les conditions soient réunies sur le terrain" » (France-Info).

« La paix de Trump n'aura pas lieu » (Le Grand Continent). Pour Hakim El Karoui, auteur de « Israël Palestine, une idée de paix » (éditions de l’Observatoire, 2025), le président américain vante son « art de la paix ». Cette diplomatie de l’Air Force One peut-elle préparer autre chose que la prochaine guerre ?

The Economist a publié un graphique sur les résultats des cessez-le-feu au Moyen Orient pour la période 1989 à 2020. L'analyse suggère un optimisme très relatif au vu du nombre d'échecs (48% d'échecs pour 31% de réussites).

« À quelle fréquence les cessez-le-feu au Moyen-Orient fonctionnent-ils ? » (The Economist)


« Même si le fragile cessez-le-feu est maintenu, de nombreux Gazaouis n'ont plus de foyer où retourner » (Bloomberg Graphics). 

La majorité des 2,2 millions d'habitants ont été déplacés à l'intérieur et beaucoup n'ont plus de foyer où retourner, même si le cessez-le-feu est maintenu. Les Palestiniens sont entassés dans des tentes au sud de la ville de Gaza. Même si Trump a obtenu des promesses de cessez-le-feu, sa transformation en paix à long terme dépend de nombreux défis - le plus immédiat étant de reloger et nourrir la population de Gaza, puis de convenir d'une gouvernance et de la manière de financer une reconstruction coûteuse - tandis que les menaces d'une reconstruction du Hamas pour raviver les combat ou d'un retour d'Israël au conflit persistent. Une analyse satellite montrant des bâtiments endommagés et des tentes révèle des centaines de Palestiniens déplacés qui ont érigé des abris le long de la côte de la bande de Gaza, après avoir été contraints de quitter des zones urbaines qui ont été détruites. La reconstruction qui, selon la Banque mondiale en février 2025 pourrait coûter 53 milliards de dollars, et un avenir meilleur pour Gaza sont encore loin.

« Gaza : 70 milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire l'enclave dévastée » (ONU Info).
Environ 70 milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire la bande de Gaza et la rendre plus sûre après deux ans de guerre, ont déclaré mardi des experts de l'ONU, tandis que les agences humanitaires ont signalé que l'aide fournie était actuellement bien trop faible pour répondre aux besoins des Palestiniens désespérés. Pour lancer une opération de reconstruction de grande envergure, quelque 20 milliards de dollars seront nécessaires rien qu'au cours des trois prochaines années.

« Israël-Palestine : la solution à deux États, impasse géographique » (Géographie en mouvement).
Alors que s'esquisse une paix fragile à Gaza, que penser de la "solution" à deux États ? Renaud Duterme reprend quelques arguments contre cette idée, incompatible avec la situation (géo)politique actuelle. Point de vue à discuter car, même si la solution à  deux États ne semble guère envisageable au vu du rapport de force sur le terrain, elle reste un horizon pour les Palestiniens...

« La partition de Gaza, un risque imminent, alors que le plan de Trump s'enraye » (Reuters).
Sans progrès par rapport au plan Trump, la ligne jaune pourrait devenir une nouvelle frontière de facto, les travaux de reconstruction majeurs se limitant au côté israélien. Le désarmement du Hamas et l'opposition d'Israël à l'implication de l'Autorité palestinienne figurent parmi les principaux points de blocage.

« Les États-Unis prévoient une division indéfinie de Gaza, laissant le côté palestinien en ruines »  (Truthout).
Les États-Unis et d'autres puissances mondiales se prépareraient, selon certaines informations, à une division indéfinie de Gaza le long de la ligne jaune occupée par Israël, alors que les plans américains échouent et que des millions de Palestiniens sont sur le point d'en payer le prix.

« Gaza : comment l’armée israélienne rase la partie de l’enclave qu’elle est censée quitter »  (Le Monde).
Grâce aux images satellites, Le Monde a détecté des destructions massives dans de nombreuses zones depuis et malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Ce que nous voyons, c’est qu’Israël veut faire revenir les gens sur une terre vide, une terre désertique, ne laisser aucune maison debout. C’est la plus grande preuve. Ces territoires – notamment l’est de Khan Younès et de Rafah – jadis densément peuplés concentrent aussi l’essentiel des exploitations agricoles de l’enclave, tandis que la partie ouest, tournée vers la mer, est beaucoup moins fertile. En plus de la perte de leurs habitations, plus de 2 millions de Palestiniens se retrouvent privés d’accès à ces ressources vitales. L’organisation Human Rights Watch estime qu’Israël agit en violation des lois de la guerre qui continuent, selon le droit international, de s’appliquer, cessez-le-feu ou non. Les Israéliens seraient-ils en train de redessiner les frontières de la minuscule langue de terre, rétrécissant de moitié la surface réservée aux Gazaouis ?

« Bande de Gaza : pour le chef d’état-major de l’armée israélienne, la ligne de démarcation est la "nouvelle frontière" avec Israël »  (Le Monde).
Le lieutenant-général Eyal Zamir a déclaré, dimanche, que « la “ligne jaune” constitue une nouvelle frontière, une ligne de défense avancée pour les localités israéliennes et une ligne d’attaque ». Selon les termes du plan Trump, la « ligne jaune » matérialisait le premier retrait de l’armée israélienne, qui devait encore en opérer deux autres.

« Le bain de sang était censé cesser : aucun signe de retour à la normale à Gaza, où les massacres et la misère persistent » (The Guardian).
En moyenne, les armes israéliennes tuent aujourd'hui sept personnes par jour. Un tel taux de mortalité violente serait considéré comme un conflit actif dans de nombreux autres contextes, ce qui soulève des questions quant à la pertinence du terme « cessez-le-feu » pour décrire le nouveau statu quo. Amnesty International affirme qu’Israël continue de commettre un génocide à Gaza et que l’utilisation du terme cessez-le-feu « risque de créer une dangereuse illusion selon laquelle la vie à Gaza reprend son cours normal ». Sur la carte initiale du cessez-le-feu, Israël devait continuer d'occuper 53 % de la bande de Gaza, mais l'armée israélienne a unilatéralement étendu ce territoire à 58 % en posant des bornes pour le délimiter. Cette division est la nouvelle réalité de Gaza, l'armée américaine se préparant à une partition indéfinie en ce qu'elle appelle une « zone verte » sous contrôle militaire israélien et international, où la reconstruction commencerait, et une « zone rouge » destinée à être laissée en ruines. Selon une analyse géographique réalisée par Forensic Architecture, la majeure partie des terres agricoles fertiles de Gaza se trouve aux mains d'Israël, tandis que la population est principalement confinée aux dunes côtières arides, la « zone rouge ». Dans ce contexte d’incertitude et de retard, de plus en plus de signes indiquent que la « ligne jaune » se transforme en quelque chose de plus permanent : une partition de Gaza.

« Deux mois après le Israël continue de démolir Gaza, bâtiment par bâtiment » (The New York Times).
Plus de 2 500 structures ont été détruites depuis le début du cessez-le-feu, selon une analyse du New York Times, basée sur des images satellites de Planet Labs. Le pays affirme détruire des tunnels et des maisons piégées. Mais des dizaines de bâtiments ont été détruits au-delà de la ligne jaune, dans des zones effectivement contrôlées par le Hamas, où l'armée israélienne avait accepté de suspendre ses opérations. Sur des images satellites prises peu après la trêve, on aperçoit des groupes de bâtiments intacts dans le quartier de Shejaiya, qui s'étend de part et d'autre de la ligne jaune. Des clichés de la même zone, pris quelques mois plus tard, montrent qu'elle est en grande partie devenue un terrain vague. De nombreux bâtiments, comme le révèlent les images, ont été détruits au-delà de la ligne jaune, parfois jusqu'à 275 mètres de distance. L'ampleur des destructions en cours est frappante. Dans l'est de Gaza, dans les zones sous contrôle israélien, les images satellites révèlent que des pâtés de maisons entiers ont été rayés de la carte depuis le cessez-le-feu, ainsi que de vastes étendues de terres agricoles et de serres. « Israël raye des régions entières de la carte », a déclaré Mohammed al-Astal, analyste politique basé à Gaza. « L’armée israélienne détruit tout sur son passage : maisons, écoles, usines et rues. Rien ne justifie ses agissements sur le plan de la sécurité. »

 « Quels pays ont été invités par Trump à rejoindre le "Conseil de la paix" » ? (Le Grand Continent).
Au 19 janvier 2026, les dirigeants de 8 pays ont déclaré avoir accepté l’invitation de Donald Trump de siéger au sein d’une nouvelle organisation dirigée par le président américain. La Maison-Blanche a invité une soixantaine de pays à siéger au sein du « Conseil de la paix », une initiative intergouvernementale dirigée par Donald Trump qui vise à « promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits », selon un projet de charte rédigé par Washington. Plusieurs gouvernements européens ont déclaré nourrir des inquiétudes quant à l’impact qu’une telle organisation pourrait avoir sur la crédibilité et les travaux de l’ONU.

« Gaza : le "conseil de la paix" de Donald Trump n’enflamme pas les leaders mondiaux » (Le Monde).
Après avoir annoncé, le 17 janvier 2026, la seconde phase du plan de paix à Gaza, la Maison Blanche a invité une soixantaine de pays à participer au « conseil de la paix » ou « board of peace », pièce essentielle du programme adopté en octobre 2025 après le cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Initialement censé soutenir l’administration palestinienne, orchestrant la reconstruction et le développement économique de l’enclave dévastée par la guerre, ce « board », approuvé par un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 2025, devait limiter son rôle à Gaza et se clore en 2027. Mais plus rien ne semble trop grand pour Donald Trump. Le président américain s’imagine désormais en faiseur de paix et de prospérité dans le monde entier, s’érigeant en maître d’une « organisation internationale » à même de supplanter les lenteurs, et parfois la paralysie, de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Lien ajouté le 25 janvier 2026

De l'usage politique des projections géographiques. Tout le monde appréciera la différence entre :
- le logo du "Conseil de la paix" de Trump centré sur les États-Unis et vaguement bricolé à partir d'une projection Mercator de mauvaise qualité et ;
- l'emblème officiel de l'ONU en projection azimutale équidistante représentant l'ensemble du monde (sauf l'Antarctique) et ne privilégiant surtout aucun pays. Ne pas se fier aux rameaux d'olivier communs aux deux drapeaux. Uniquement là pour faire croire à la création d'une ONU bis, mais n'est pas ONU qui veut...



« Israël annonce une réouverture limitée du poste-frontière de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte » (Le Monde).
La réouverture partielle du passage frontalier sera « réservée aux piétons et soumise à un mécanisme d’inspection israélien complet », annonce l’Etat hébreu, sans en préciser la date. Le poste-frontière de Rafah est un point d’entrée essentiel de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Sa réouverture est réclamée de longue date par les Nations Unies (ONU) et la communauté humanitaire. Mais malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, le 10 octobre, les autorités israéliennes ne l’ont pas autorisée, invoquant le fait que le Hamas n’a pas encore restitué le corps du dernier otage israélien retenu à Gaza, le policier Ran Gvili, et la nécessité d’une coordination avec l’Egypte.

Lien ajouté le 7 février 2026

« Cette carte illustre ce qui arriverait à Gaza selon le "plan directeur" américain » (Al Jazeera).
Lors du Forum économique mondial qui s'est tenu à Davos en janvier 2026, Jared Kushner, promoteur immobilier et gendre du président américain Donald Trump, a dévoilé un « plan directeur » pour Gaza après la guerre lors d'une présentation. Ce plan, élaboré sans aucune consultation avec les Palestiniens de Gaza, promet de reconstruire Gaza à partir de zéro et comprend des tours résidentielles, des centres de données, des stations balnéaires, des parcs, des installations sportives et un aéroport. Mais une analyse plus approfondie du projet révèle une dure réalité ignorée par les images de synthèse : le plan nécessite la destruction totale du tissu urbain existant de Gaza. La carte du « Nouveau Gaza » présentée par Kushner propose la suppression de nombreux quartiers, sites historiques et monuments existants qui font partie intégrante de l'identité et de l'histoire de Gaza. Le projet part du principe d'une surface plane et prête à construire. Il s'agit là d'un fantasme immobilier plutôt que d'un projet d'urbanisme.

Le plan de reconstruction de Gaza présenté par Jared Kushner en janvier 2026 (source : Al Jazeera) 



Lien ajouté le 16 avril 2026

Le compte @ArabOSINT montre que l'armée israélienne s'emploie à construire un barrage de terre sur la ligne jaune (avec quelques incursions à l'intérieur). Les travaux de déblaiement et de démolition sont visibles par images satellites (à voir sur l'Atlas Soar) ainsi que les opérations conduites au Liban pendant la guerre contre l'Iran.



Liens ajoutés le 22 avril 2026

« Du large du Liban jusqu'à la Békaa, en passant par des villages du nord du Litani : Israël fixe les contours de sa zone tampon » (L'Orient le jour).

L'armée israélienne a continué de dynamiter des quartiers entiers de la bande frontalière, où des dizaines de bulldozers ont détruit des habitations et infrastructures. Le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, a publié pour la première fois une carte dessinant précisément les contours de la zone tampon que Tel-Aviv souhaite imposer de facto dans le sud du Liban, depuis une zone maritime au large du pays jusqu'à la vallée de la Békaa. Cette zone, qualifiée de « ligne de défense avancée » dans le communiqué, s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres carré le long de la Ligne bleue. Malgré la trêve de dix jours entrée en vigueur au Liban, l’armée israélienne a annoncé samedi 18 avril 2026 avoir établi une « ligne jaune » de démarcation au sud du Liban, comme dans la bande de Gaza, dans le but de créer une bande d’environ 10 kilomètres de profondeur en territoire libanais, destinée à devenir une zone tampon.

Carte tirée du compte X du porte-parole arabophone de l'armée israélienne Avichay Adraee



Ahmad Baydoun (@weatherwar) a élaboré une série de cartes qui montrent la nouvelle « zone de défense avancée » déclarée par Tsahal au sud du Liban. Sa frontière maritime englobe entièrement le champ gazier libanais de Qana, dont les droits d'exploration ont été explicitement garantis par l'accord de 2022 sur les frontières maritimes, négocié par les États-Unis. Plus de cartes dans ce fil de discussion.

« Zone de défense avancée » au sud Liban comprenant le champ gazier libanais de Qana



« Carte. Comme à Gaza, Israël cherche à imposer une “ligne jaune” dans le sud du Liban » (Courrier international).
L’armée israélienne a publié une carte montrant une “zone de sécurité avancée” sur la bande frontalière à l’intérieur du territoire libanais. Une zone militaire, le long de la frontière avec l’État hébreu, interdite aux civils et dans laquelle elle entend exercer une liberté d’action contre le Hezbollah malgré le cessez-le-feu extrêmement précaire, qui ressemble beaucoup à celle qu’elle occupe dans l’enclave palestinienne. 


« C'est exactement la même logique qu'à Gaza" : comment Israël impose sa "politique de terre brûlée" pour contrôler le sud du Liban » (France-Info).

"Il y a une volonté de destruction totale de cette région pour empêcher tout retour possible de ses habitants", analyse Agnès Levallois, présidente de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO). Tsahal justifie régulièrement ses frappes en accusant le Hezbollah d'utiliser les populations civiles comme "boucliers humains". Mais, pour plusieurs observateurs, la stratégie israélienne semble dépasser la seule logique sécuritaire. Aurélie Daher (enseignante-chercheuse à l'université Paris-Dauphine et spécialiste du Hezbollah) parle, elle, d'une politique de "grignotage". "On avance par petits pas, par petits bouts. On prend un premier village, on détruit tout, on explique qu'on a détruit des infrastructures du Hezbollah, puis on passe à la ville d'à côté", décrit-elle. Le mot "infrastructure", estime-t-elle, est au cœur du problème. "Etant donné que les Israéliens considèrent que chaque maison du sud du Liban est potentiellement un mini-entrepôt d'armes du Hezbollah, tout bâtiment, tout espace public peut entrer dans ce qu'ils qualifient d'infrastructures du Hezbollah." A ses yeux, il ne s'agit toutefois pas encore d'une occupation classique. "Ce qu'ils font, c'est plutôt une politique de terre brûlée : j'avance, je détruis tout, puis je passe ailleurs." Sa formule résume ce qui se joue : "Israël fabrique du no man's land". Autrement dit, Israël n'a pas besoin d'être partout présent pour garder la main sur ces territoires libanais. Il lui suffit d'empêcher les habitants de revenir y vivre.

« Villages concernés, superficie, habitants sommés d'évacuer : ce que l'on sait, en cartes, de la "zone tampon" » revendiquée par Israël au Liban-Sud (L'Orient-Le Jour)

Selon le décompte de L'Orient-Le Jour, 47 des 62 villages inclus dans la « zone tampon », telle que définie par l'État hébreu le 19 avril, sont occupés. Le 19 avril 2026, l'armée israélienne a précisé les contours de la « zone de sécurité avancée » qu'elle entend imposer au Liban-Sud avant tout arrêt des combats. Selon les calculs de L'Orient-Le Jour, cette zone couvre une superficie de 602 km², soit 5,8 % du territoire libanais, et englobe 62 villages du Liban-Sud. La stratégie israélienne consiste à en interdire totalement l'accès à leurs habitants. Faute de recensement fiable pour estimer la population des villages concernés, L'OLJ s'est appuyé sur les listes électorales de 2022 : au moins 200 000 adultes sont ainsi sommés de quitter leur foyer. Un chiffre qui ne tient donc pas compte des moins de 21 ans, non inscrits sur ces listes.L'armée israélienne n'est toutefois pas encore physiquement présente dans l'ensemble.

Lien ajouté le 28 avril 2026

« Quels sont les groupes armés soutenus par Israël qui combattent le Hamas à Gaza ? » (Acled).

Les groupes armés soutenus par Israël étendent leur influence à Gaza . Si la plupart des activités se sont concentrées près de la Ligne jaune, les récents affrontements à Khan Younis, dans le centre de Gaza, et à al-Mawasi, à Rafah, ont montré que les opérations s'étendent désormais plus profondément dans les zones contrôlées par le Hamas.

Violences impliquant des groupes armés soutenus par Israël à Gaza (source : Acled)

Lien ajouté le 20 mai 2026

« Gaza est devenue un trou noir diplomatique, politique et militaire » (Le Monde).

Les promesses de Donald Trump pour l’étroite bande de terre, détruite après deux ans de guerre, n’ont cessé d’être démenties au cours des mois qui ont suivi le cessez-le-feu avec Israël, observe, dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ». A l’initiative du président des Etats-Unis, ce trou noir a débuté en novembre 2025 avec l’adoption par l’Organisation des Nations unies (ONU) d’un plan en 20 points qui a fait table rase du corpus des résolutions adoptées depuis le vote du plan de partage de la Palestine mandataire, en novembre 1947, matrice de la solution des deux Etats. Le plan en 20 points lapidaires a congédié le passé et les racines du conflit en fixant l’objectif de faire de Gaza une « zone déradicalisée » et « réaménagée dans l’intérêt de la population de l’enclave ». L’avant-dernier point a mentionné mollement, au conditionnel, l’éventualité d’un Etat palestinien sans aucune référence au territoire sur lequel il pourrait s’établir. En sept mois, plus de 800 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne en dépit du cessez-le-feu théoriquement en vigueur. 

Articles connexes

Décrypter le conflit Israël-Hamas à partir de cartes

Israël-Hamas. Cartographie des massacres du 7 octobre 2023


Les cartes produites par l'atelier de cartographie thématique de l'IGN


Lancé en 2024, l'atelier de cartographie thématique de l'IGN a pour vocation de venir en appui aux services publics dans la mise en valeur cartographique de leurs données et d'être un espace de réflexion autour de la sémiologie graphique et des façons les plus efficaces de représenter les évolutions des territoires. Les réalisations de l'atelier de cartographie de l'IGN sont consultables dans la rubrique Terrain de l'IGN Mag. Ces cartes sont disponibles en licence Creative Commons avec l'indication des sources utilisées. Les choix sémiologiques opérés sont intéressants et méritent d'être analysés et discutés.

Voici une recension des cartes d'ores et déjà publiées :

#30DayMapChallenge : 30 jours, 30 cartes inédites pour célébrer la créativité cartographique :

Articles connexes

Carte de répartition des risques naturels en France métropolitaine (IGN)

Cartographier l'anthropocène - Le risque inondation (Atlas IGN, 2025)

Cartographier l'anthropocène à l'ère de l'intelligence artificielle (IGN, 2024)

Cartographier l'anthropocène. Atlas 2023 de l'occupation du sol (IGN)

Cartographier l'anthropocène. Changer d'échelle pour pouvoir agir (Atlas IGN, 2022)

Cartes IGN, une application mobile pour comprendre le territoire et découvrir la France autrement

Disparités dans la répartition des étudiants boursiers par académie


Source : Les boursiers sur critères sociaux en 2024-2025 (Note flash du SIES, Ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche, septembre 2025)

Présentation de la note

L’année universitaire 2024-2025 est marquée par une baisse conséquente du nombre de boursiers. La part de boursiers, quant à elle, est à son taux le plus bas depuis 2012. Les années précédentes, la baisse des effectifs provenait en particulier de la hausse de l’apprentissage, statut qui n’ouvre pas droit aux bourses. Désormais, c’est avant tout l’absence de réévaluation du barème d’éligibilité combinée à l’inflation passée qui expliquent ces diminutions. Par ailleurs, pour la première fois en 6 ans, les montants de bourses n’ont pas été augmentés à la rentrée 2024. Enfin, les fortes différences de taux de boursiers entre formations, genres et académies demeurent.   

Carte de répartition par académie

Si un peu plus d’un quart des étudiants sont boursiers dans les académies de Paris et Versailles, les académies de Corse (48 %) et de Montpellier (45 %) sont celles où les proportions de boursiers sont les plus élevées dans l'Hexagone. Mais c'est en Outremer que les taux de boursiers sont les plus élevés. Ils varient de 52 % en Guyane à 63 % à La Réunion. En 2022, La Réunion comptait 1 334 logements étudiants pour 15 343 boursiers, soit un taux de couverture de 8,7 % contre 26 % dans l'hexagone (rapport de la Cour des comptes, novembre 2024). En 2022, avec 26 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, La Réunion accueillait 47 % des étudiants ultra-marins. L’université de La Réunion forme 71 % des étudiants réunionnais et connaît une très forte croissance de sa population (Diagnostic territorial La Réunion de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation)



Articles connexes

Atlas régional des effectifs d'étudiants dans l’enseignement supérieur