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Derrière chaque carte, une histoire. La carte de Gough et les îles perdues de la baie de Cardigan

 
Source : The Gough Map and the Lost Islands of Cardigan Bay (The Map Room)

De nombreuses études ont été consacrées à la carte de Gough, une carte de la Grande-Bretagne à la fin du Moyen Age, dont la date exacte et l'auteur sont inconnus et qui a été donnée à la Bodleian Library en 1809 par Richard Gough (d'où son nom). Une version interactive est disponible en ligne. 

La carte de Gough (datée d'environ 1300) représente le pays de Galles avec deux grandes îles qui n'existent plus aujourd'hui : une sorte de mythe de l'Atlantide galloise. Un nouveau projet mené par Catherine Delano-Smith et Nick Millea explore la carte à plusieurs niveaux : en tant qu'objet physique, combinant imagerie hyperspectrale, analyse pigmentaire et numérisation 3D, le processus d'élaboration de la carte ainsi qu'une analyse minutieuse des lieux et des noms trouvés sur la carte. Certaines des découvertes du projet ont été publiées dans la revue Imago en 2016.

La carte de Gough consultable en haute résolution sur le site de la Bodleian Library


Un nouvel article paru en 2022 dans Atlantic Geoscience soutiendrait que la carte de Gough offrirait la preuve que la légende galloise du royaume englouti de Cantre'r Gwaelod - une sorte d'Atlantide galloise - est réelle. En fait il n'en est rien contrairement à ce que laisserait entendre un article de BBC News. L'étude scientifique suggère que les îles ont peut-être existé et ont depuis été perdues à cause des inondations, de l'érosion et d'autres changements post-glaciaires.

« Les chercheurs ont utilisé la carte et la légende pour essayer de comprendre l'histoire de la Baie de Cardigan, et non la carte pour prouver la légende ».

Pour accéder à l'étude scientifique : 

Simon K. Haslett, David Willis (2022). The "lost" islands of Cardigan Bay, Wales, UK: insights into the post-glacial evolution of some Celtic coasts of northwest Europe. Atlantic Geoscience, vol. 58 (2022). https://doi.org/10.4138/atlgeo.2022.005

Lien ajouté le 26 septembre 2025

« Une carte médiévale révèle que les routes romaines n'ont jamais disparu en Grande-Bretagne » (Géo)
Elles ont vu passer les légions romaines, puis les chevaliers médiévaux. En Grande-Bretagne, certaines routes vieilles de 2 000 ans ont, malgré les bouleversements sociaux et politiques entre l'Antiquité et le Moyen Âge, survécu aux siècles… et révèlent aujourd'hui leurs secrets grâce à la carte de Gough.

80 000. C'est le nombre de kilomètres de routes créées par les Romains en 200 apr. J.-C. à travers leur zone d'influence, s'étendant des Indes jusqu'à la Grande-Bretagne. Sur cette dernière île, conquise en 43 apr. J.-C., a ainsi été déployé un réseau routier dense afin de permettre un déplacement efficace des troupes et des marchandises. Or, au Moyen Âge, ces voies romaines ont continué d'être utilisées. Et ce, pendant plus de mille ans après la chute de l'Empire romain, révèle une étude publiée dans le Journal of Archaeological Science de juillet 2025.


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Derrière chaque carte, une histoire : Colombia Prima ou l'Amérique du Sud en 1807


Colombia Prima est le nom d'une carte détaillée de l'Amérique du Sud avec ses différentes possessions coloniales, telles qu'elles pouvaient exister sur le continent au début du XIXe siècle. La carte monumentale mesure 110 cm par 79 cm. Elle a été dessinée par le cartographe anglais Louis Stanislas D'Arcy Delarochette et publiée en 1807 par William Faden, géographe de Sa Majesté et de Son Altesse Royale le Prince de Galles. Elle se compose de 8 feuilles détaillées avec différentes échelles. Il s'agit d'une compilation réalisée à partir de nombreuses sources qui sont toutes énumérées en dessous du titre. Le but est de « délimiter l'étendue de notre connaissance de ce continent à partir des dernières enquêtes espagnoles et portugaises ». 

Colombia Prima (1807) ou l'Amérique du Sud par William Faden (source : David Rumsey Map Collection)

La carte constitue une référence et a été utilisée pour régler de nombreux conflits frontaliers à travers le continent. Les limites des dominations espagnoles, portugaises, françaises et hollandaises y sont nettement reconnaissables par des couleurs vives réhaussant les frontières. Par sa taille et sa précision, la carte de William Faden ne peut être comparée qu'à la carte d'Aaron Arrowsmith publiée à la même époque. Si on la compare à la carte de Cruz Cano y Olmedilla de 1775, rééditée par Faden en 1790, elle est beaucoup plus précise et montre le découpage colonial de l'Amérique du sud juste avant la vague des indépendances des années 1810-1820. La carte de Faden de 1807 a fait l'objet de plusieurs rééditions, dont celle de James Wyld dans les années 1860 montrant l'apparition de nouveaux états ainsi que le développement du chemin de fer dans certaines zones.

Colombia Prima ou carte de l'Amérique du Sud vers 1860 (source : David Rumsey Map Collection)


La carte de 1807 Colombia Prima fait référence à une Colombie qui contient encore toute l'Amérique du Sud. Si on la compare à la Mapa de Colombia publiée quelques années plus tard en 1827 par José Manuel Restrepo, on s'aperçoit que la Colombie ne couvre plus tout le continent, mais seulement les territoires que nous reconnaissons aujourd'hui comme appartenant à la Colombie, au Panama, à l'Équateur, au Venezuela et à certaines parties de la Guyane et du Brésil. Comme le montre Lina Del Castillo, « Restrepo a besoin d'une carte de la Colombie scientifiquement informée qui permettrait de faire reconnaître son indépendance vis-à-vis de toutes les puissances étrangères » (Castillo, 2018).

Mapa de Colombia (1827) par José Manuel Restrepo (source : David Rumsey Map Collection)

Carmen Marques Rodrigues a écrit un article sur les conditions de production de la carte de 1807 dans un numéro spécial de la revue História e Cultura consacré à La culture imprimée à l’époque moderne : débats et possibilités (XVe-XVIIIe) publié en portugais en 2023. Dans cet article (disponible en open data), elle s'intéresse aux relations entre la culture imprimée et les intérêts diplomatiques portugais à la fin du XVIIIe siècle. Elle met notamment en évidence le rôle de Luís Pinto de Sousa Coutinho (1735-1804), vicomte de Balsemão, pour fournir plusieurs cartes du Brésil au géographe anglais William Faden (1749-1836), dans le but d'influencer la conception d'une Amérique portugaise sur la carte Colombia Prima publiée en 1807. Selon Carmen Rodrigues, la carte Colombia Prima représente la synthèse des connaissances géographiques portugaises sur la Brésil, accumulées tout au long du XVIIIe siècle. En participant à cette construction, le Vicomte de Balsemão avait l'intention d'utiliser l'autorité de la carte pour montrer les limites des possessions portugaises en Amérique du Sud, consolidant ainsi auprès d'une opinion publique éclairée les limites continentales du Brésil face à une Amérique espagnole sur le point de s'effondrer.  

Selon l'historienne Lina del Castillo, Francisco Miranda a eu une grande influence sur ce travail et « l’indice le plus évident qui suggère que Colombia Prima pourrait refléter la vision de Miranda, c’est précisément le titre » (Castillo, 2012, p. 385). En renommant l'Amérique du Sud Colombie, Faden corroborait les aspirations indépendantistes de Miranda, qui utilisait cette nouvelle appelation pour faire référence à un continent indépendant (Castillo, 2012, p. 385 et 2017, p. 119). Quelques années plus tôt, en 1783, Miranda entreprit un voyage à travers les États-Unis et c'est lors de cette tournée qu'il découvrit le nom par lequel les Républicains nord-américains désignaient autrefois l’Amérique : Columbia. « L'argument selon lequel le Nouveau Monde devrait porter une partie du nom de Christophe Colomb à la place d'Américo Vespucci circulait déjà dans les Amériques et en Europe depuis le début du XVIe siècle » (Castillo, 2017, p. 116). En effet, comme le montre l'historienne Andréa Doré, les cartes avec leurs « éléments rhétoriques de persuasion, de propagande ou de spéculation » sont capables de nommer et de renommer la géographie selon les circonstances (Doré, 2020, p. 213). C'est ainsi qu'au XVIe siècle, certains cartographes ont décidé d'appeler la partie sud du nouveau continent découvert par Colomb Peruana, s'inspirant des immenses richesses du Pérou. En élargissant le nom à l'ensemble continent, ces hommes voulaient que les richesses péruviennes soient également présentes sur l'ensemble de ces terres. 

Comme le montre Carmen Rodrigues, « la cartographie, souvent considérée comme un miroir objectif de la réalité géographique est, en fait, profondément influencée par une myriade d’intérêts sociaux, politiques et économiques. Les représentations visuelles des territoires et des frontières dans les cartes ne sont pas simplement une transcription impartiale des contours géographiques, mais reflètent activement les intentions et les perspectives des individus qui ont façonné ces représentations. Au sein de la société des Lumières, hommes politiques et individus liés à l’État, la circulation de l'information et des objets cartographiques devient une composante stratégique. Le réseau de relations entre géographes, diplomates, dirigeants et collectionneurs influence la production et la diffusion de cartes, qui ne se sont pas produites en vase clos. Grâce à ces connexions, les cartes n'étaient pas seulement des représentations neutres de données géographiques, mais reflétaient des programmes plus larges » (Rodrigues, 2023, p. 118-119).

Sources : 

Rodrigues, Carmen (2023). Colombia Prima : As Relações entre Cultura Impressa e os Interesses Diplomáticos Portugueses no Final do Século XVIII [Colombia prima. Les relations entre la culture imprimée et les intérêts  diplomatiques portugais à la fin du XVIIIe siècle], História e Cultura. Dossiê Temático. Cultura impressa no período moderno : debates e possibilidades (XV-XVIII), v.12, n.2, dez/2023. URL : https://seer.franca.unesp.br/index.php/historiaecultura/issue/view/206

Del Castillo, Lina. (2012). La cartografía impresa en la creación de la opinión pública en la época de la independencia [Le rôle de la cartographie imprimée dans la création de l'opinion publique pendant la période de l'indépendance]. Dans Francisco A. Ortega Marínez et Alexander Chaparro Silva (éd.), Disfraz y pluma de todos: Opinión pública y cultura política, siglos XVIII y XIX (377-420). Bogotá : Universidad Nacional de Colombia et Helsinki URL : https://razoncartografica.files.wordpress.com/2012/10/lina-del-castillo-cartografia-impresa-independencia.pdf


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Derrière chaque carte, une histoire : découvrir les récits de la bibliothèque Bodleian d'Oxford


Source : Bodleian Map Room Blog (Items of interest from the wonderful world of maps)



La bibliothèque Bodleian de l'Université d'Oxford propose sur son blog des articles (en anglais) sur l'histoire des cartes avec des détails étonnants. A la manière d'un salon de cartes virtuel, le Bodleian Map Room Blog se propose de montrer des éléments qui échappent souvent au regard des profanes et qui font l'objet de discussion entre spécialistes. Le tout de manière très accessible pour le grand public.

Qu'il s'agisse d'archives conservées par la Bodleian ou de documents provenant d'autres blibliothèques, ces récits prennent appui sur des cartes historiques souvent méconnues et qui peuvent faire écho à l'actualité. Nous en donnons ci-dessous une petite recension pour vous permettre de découvrir la richesse et la diversité des thèmes abordés. Le blog publie des articles depuis 2012 (utiliser le moteur de recherche interne au site pour sélectionner des thèmes qui vous intéressent).

  • Ephemeral Maps. Les cartes éphémères pour suivre la guerre ne datent pas d'aujourd'hui comme le montrent des coupures de journaux de la Première Guerre mondiale.  « En étant un instantané dans le temps, elles fournissent aux chercheurs une vision contemporaine très intéressante des flux et reflux de la situation sur le terrain et non un dossier historique complet avec tous les avantages du recul ».

  • Copy, reconstruction or fake ? Il n'est pas toujours facile de reconnaître un fac-similé de carte historique d'une simple contrefaçon. Exemple à partir de la carte "Lutetia vulgo Paris Anno 1575" de Daniel Derveaux, 1958.

  • Hurrah! Hurrah! for Japan. En 1877, le satiriste politique Frederick Rose a sorti sa « carte de guerre sério-comique pour l'année 1877 ».  Rose y comparait la Russie à une pieuvre.

  • My dearest friend… La correspondance étonnante, au milieu du XVIIIe siècle, entre un antiquaire William Stukeley et un habitant de Copenhague d'origine anglaise Charles Bertram, permet de découvrir des cartes manuscrites.

  • Advertisements: looking around the map. Les publicités sur les cartes sont souvent une source intéressante d'histoire sociale.

  • The Free State of IkariaChartēs tēs nēsoy Ikarias est une carte de l'île d'Ikaria, dans le nord de la mer Égée. Selon la légende, l'île tire son nom d'Icare, qui est tombé dans la mer près de l'île.

  • Winter short, but very cold. En préparation de l'invasion de la Russie en juin 1941, l'armée allemande a produit une grande quantité de cartes que l'on peut comparer aux cartes exaltant la "Grande guerre patriotique de l'Union soviétique".

  • Brrr. Au cours du petit âge glaciaire du XVIe au XIXe siècle, la Tamise a parfois gelé d'une rive à l'autre. 

  • Sleigh miles. Une sélection de cartes pour célébrer un Noël cartographique.

  • Chalk. Cartographie de la géologie crayeuse de la Manche en préparation d'un éventuel tunnel.

  • Wonderful things. La rive ouest du Nil cartographiée par l'un des premiers égyptologues John Gardner Wilkinson. 

  • An idealised landscape and a common mistake. Un diagramme montrant différents types de relief dans un paysage imaginaire, représenté à la fois sous forme de dessin en perspective et de carte conventionnelle.

  • Maps to justify your existence. Des cartes pour justifier l'existence de la Pologne dont le territoire a longtemps été pris dans les rivalités entre l'Allemagne et la Russie.

  • A lease for life. Arpentage et propriété privée au XVIIIe à partir d'une carte du domaine de Gagingwell dans le comté d'Oxon en 1713.

  • Do [not] touch. Les cartes tactiles thermoformées s'adressent principalement aux utilisateurs malvoyants, mais elles peuvent également servir à comprendre le relief et l'environnement.

  • On the last day of September. Carte panoramique du Manchester Ship Canal conçue, lithographiée et publiée par J. Galloway and Son (1894) et vue à vol d'oiseau du Manchester Ship Canal (1883).

  • Maps for the Aironauts…engravings by the best masters. Les premières cartes à inclure des nuages ​​​​au-dessus de la Terre.

  • …and in less than a quarter of an hour went all to pieces. Une carte de la côte sud de l'Afrique, du cap de Bonne-Espérance à la baie de Dalagoa (1794).

  • Road maps, but not as you’d imagine. Comment on représentait les cartes routières au XVIIIe au Royaume-Uni.

  • Same but different. Les compétences des arpenteurs qui ont mesuré, effectué des sondages, tenu des registres ainsi que vécu à bord des navires dans un environnement hostile.

  • Woodcuts. Des blocs de bois utilisés comme des cartes par les peuples Inuits.

  • Te pito o te henua. Le voyage du capitaine Don Felipe Gonzalez à l'île de Pâques en 1770, précédé d'un extrait du journal officiel de Jacob Roggeveen en 1772 (1903).

  • A very dark Dark Ages. La bibliothèque Bodleian a acquis du matériel de prépublication de l'Ordnance Survey grâce à un récent don de cartes.

  • Cartographic detection. Carte de domaine manuscrite à grande échelle intitulée Hen's Farm in Bordesley in the Paris of Aston in the County of Warwick appartenant à Brazen:nose College Oxford, the Free School of Birmingham and Haverford West (J. Tomlinson, 1761).

  • Dedicated with great disrespect and contempt. Il arrive que la dédicace d'une carte puisse être très irrespectueuse. A new & exact map of Toryland, with the dangerous rocks & shoals of all the Jacobite Islands lying in the same parralell with the Red Sea, whose lattitude is 1588 & longitude 1714. Dedicated with great disrespect & contempt to the Knight of ye Warming Pan & King of No-Land ye Pretender & all his Brainless adherents.

  • The voyage of the Hero. Une traversée de l'Atlantique par le prince de Galles. Journal of the progress of H.R.H. the Prince of Wales through British North America and his visit to the United States (1860).

  • A volume of London. Une véritable somme de connaissances cartographiques sur Londres à partir de l'oeuvre de John Rocque. An exact survey of the citys of London, Westminster, ye Borough of Southwark and the country near ten miles round (John Rocque, 1746).

  • Cycling Then and Now. Des cartes d'itinéraires cyclistes d'autrefois.

  • Dryness pleaseth. Carte de l'utilisation des terres des Great Fens, un important site marécageux qui avait été drainé au XVIIe siècle. To the most noble the Governor, the Bailiffs, and Conservators of the Great Level of the Fens, called Bedford Level, this map of the said Great Level and parts adjacent is most gratefully dedicated (Samuel Wells. 1829).

  • Teberda. Carte soviétique de la réserve naturelle de Teberda, l'une des plus visitées de toute la Russie.

  • Casablanca. Comparaison de plans de Casablanca (carte française de 1935 et carte allemande de 1941).

  • The roads of England and Wales. Carte routière de l'Angleterre et du Pays de Galles au XVIIe. A new map of England and Wales with the direct and cros roads : also the number of miles between the townes on the roads by inspection in figures. [London] : Sold by Philip Lea Globemaker, [1689?].

Pour compléter

La Bibliothèque Bodleian de l'Université d'Oxford détient près de deux millions de cartes et environ 20 000 atlas, des documents datant du XIVe au XXIe siècle. La collection comprend des cartes du monde entier, bien qu'elle soit plus riche en cartes d'origine britannique et de pays ayant un lien historique avec le Royaume-Uni. Cela concerne des cartes imprimées anciennes, des plans de ville, des cartes manuscrites de domaines fonciers, des séries topographiques, des cartes scientifiques et géologiques, des cartes marines, des cartes aériennes, des cartes du ciel et des étoiles. Près de 2500 cartes sont disponibles directement en ligne :
https://digital.bodleian.ox.ac.uk/search/?q=map

Cartes, manuscrits et livres imprimés chinois
https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/chinese/

Cartes et manuscrits arabes
https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/arabic/

La Bodleian produit également des story maps à partir de ses collections. Il s'agit, grâce à l'utilisation de textes et d'illustrations interactives, de révéler les histoires derrière ces cartes :

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Annoter et partager des images et des cartes numériques en haute résolution en utilisant des outils IIIF


Comment annoter, animer et partager des images et des cartes numériques en haute résolution en laissant à l'utilisateur la possibilité de les explorer par lui-même ? C'est possible en utilisant les outils de visualisation et de traitement d'images IIIF. 

L'IIIF (International Image Interoperability Framework) est un ensemble de normes ouvertes permettant de manipuler en ligne des objets numériques en haute résolution. C'est aussi une communauté qui développe et met en œuvre des services web (API) dans le cadre d'un consortium international. Au delà de l'objectif d'assurer l'interopérabilité entre les bibliothèques numériques, l'enjeu est de pouvoir permettre aux chercheurs, aux enseignants ou même aux simples utilisateurs de partager des ressources dans le cadre des humanités numériques.



La liste des musées, archives et autres organismes culturels qui utilisent le format IIIF est de plus en plus longue. On y trouve aussi bien des grandes bibliothèques comme la Bibliothèque nationale de France ou la Bibliothèque du Congrès que des musées ou encore des universités.

Gallica propose plusieurs exemples d'animation à partir d'images numériques en IIIF, notamment le plan routier de la ville et des faubourgs de Paris en 1789 et une vue de Venise à vol d'oiseau. Voir également l'outil Gallicarama qui permet de créer un récit à partir de toutes les images de Gallica.

Nous proposons un petit tutoriel en 4 étapes pour apprendre à utiliser ces images au format IIIF :

ÉTAPE 1 : trouver le code manifeste IIIF de l'image source que l'on souhaite utiliser 

Il faut d'abord récupérer le code manifeste (au format json), soit directement sur certains sites qui le fournissent, soit à travers une extension du navigateur en installant le plugin Open in IIIF Viewer.

Sur le site Gallica, utiliser le bouton IIIF qui permet de récupérer le code manifest  : 
Par exemple pour un plan de Nicolas de Ferhttps://gallica.bnf.fr/iiif/ark:/12148/btv1b53042903w/manifest.json

ÉTAPE 2 : annoter et animer la carte que l'on a choisie

On peut ensuite annoter et animer la carte directement sur un site sans rien avoir à installer. On peut utiliser l'application en ligne ADNO et coller l'URL contenant le code manifeste de l'image source.

ADNO est une application web de visualisation, d’édition et de partage de récits et de parcours sur des images statiques et des images IIIF. Elle s'adresse principalement aux médiateurs culturels et scientifiques ainsi qu'aux enseignants. Elle concerne notamment les fonds patrimoniaux, les archives, les bibliothèques, la recherche scientifique, les humanités numériques, et plus généralement la valorisation de données culturelles et scientifiques.

Exemple d'utilisation d'ADNO à partir d'une carte des Cévennes de 1703 :



ÉTAPE 3 : ajouter en mode édition des zones sensibles, un titre, des commentaires, des liens vers Internet

Les annotations nécessitent en mode édition de définir préalablement des zones sensibles (à délimiter par des polygones) ou d'insérer des balises cliquables directement sur la carte. Une fois ces zones définies, on peut leur affecter du texte, des images, des vidéos, des liens sur Internet, etc. Il convient de définir un pas de temps pour régler la vitesse de défilement des images. L'utilisateur pourra ensuite reprendre le contrôle pour naviguer lui-même avec les flèches et prendre le temps d'observer les détails de la carte.

Exemples d'annotations avec l'application ADNO (voir le mode d'emploi rapide)

 Autres éditeurs d'images IIIF utilisables en ligne :

 

ÉTAPE 4 : diffuser et partager sur Internet via une URL

Une fois l'animation construite, on peut la diffuser avec son adresse URL. De quoi commenter et partager beaucoup de cartes anciennes sans aucune installation en local.

Pour certains documents sources, il n'est pas obligatoire d'utiliser le plugin Open in IIIF Viewer. De même, il existe d'autres outils d'édition en IIIF (voir la sélection donnée plus bas).


Pour aller plus loin

La collection de cartes historiques David Rumsey permet, par exemple, d'enregistrer directement le code manifeste. Il suffit de cliquer sur le menu SHARE --> IIIF Manifests pour enregistrer l'URL.

Exemple ici pour utiliser la projection de Buckminster Fuller :


En copiant le code manifeste dans un éditeur open source comme Leaflet-IIIF-Geojson, on va pouvoir produire une surcouche graphique avec différents figurés (points, lignes, polygones). Une fois les zones sensibles tracées, on sauvegarde la couche d'interprétation en geojson. On peut produire autant de calques d'interprétation que l'on veut en enregistrant plusieurs fichiers geojson.




Pour accéder à la liste des organismes qui adhèrent au consortium international IIIF, c'est par là :
https://iiif.io/community/consortium/members/

Il en existe beaucoup d'autres à l'échelle nationale, notamment à travers France Archives :

Le principe de la carte cliquable et annotable est utilisé depuis longtemps par les sites officiels dans le domaine de l'histoire et de la culture (c'est le principe du rich media). Avec un peu d'entraînement, les utilisateurs eux-mêmes doivent pouvoir s'en emparer. Exemple ici pour s'inspirer : la carte annotée de l'Angleterre (1250).



Ces pistes sont  à explorer notamment pour l'interprétation et l'enrichissement de plans anciens. Elles sont aussi certainement adaptables à des cartes ou des plans urbains plus récents. Exemple du plan de Versailles annoté.



On peut tester aussi à partir des plans urbains de Paris de la BNF. L'application JADIS permet d'aller directement récupérer les sources sur Gallica. 



Liste de viewers / éditeurs d'images IIIF en ligne
  • Allmaps : un ensemble d'outils qui permettent de conserver, explorer, annoter ou même géoréférencer des cartes IIIF. Pour un serveur de tuiles en ligne, utiliser Allmaps tile server.
  • Adno : une application web de visualisation, d’édition et de partage de récits et de parcours à partir d'images statiques et des images IIIF.
  • Leaflet-IIIF-Geojson : une application qui, combinée avec le plugin Leaflet-IIIF et Leaflet-Draw, permet d'annoter une image IIIF.
  • IIIF Manifest Editor : une application pour importer, afficher, mettre à jour et exporter des manifestes proposé par la Bibliothèque Bodleian.
  • Mirador : permet de rassembler des images issues de différents sites fournissant des manifestes IIIF.
  • API IIIF de Gallica  pour récupérer des images.
  • Open in IIIF Viewer : un plugin à installer dans le navigateur pour récupérer le code manifeste et enregistrer des images IIIF sur son disque dur.
  • detektIIIF3 : une extension Chrome qui détecte automatiquement les ressources IIIF dans les pages web et offre aux utilisateurs un moyen pratique de les collecter et de les réutiliser.
  • Gallica IIIF Image Downloader : le plugin IIIF download de Chrome ne semblant plus fonctionner, Laurent Gontier a fabriqué un outil pour télécharger les versions HD des documents Gallica.
  • Movie Maps : utilise les annotations IIIF pour fournir une narration vidéo avec une visualisation guidée. 
  • Plateformes IIIF : liste très complète d'ouils et plateformes IIIF à consulter sur le site du consortium international iiif.io.
  • Chronoscope : méthode pour rechercher ou importer des cartes dans l'application en ligne Chronoscope qui utilise déjà le format IIIF pour les cartes figurant sur le site.

Des ressources utiles en français (source : Biblissima)  

Lien ajouté le 7 juin 2024

Lien ajouté le 5 mai 2026

Arnaud Léonard partage GeoGallica, une application pour faire revivre les cartes anciennes de Gallica. Le principe : copier sur le site Gallica l'identifiant ARK (Archival Resource Key) de la carte qui vous intéresse et superposez la carte historique sur un fond moderne.de la carte qui vous intéresse et superposez la carte historique sur un fond moderne. Principaux avantages :
  • Très haute définition native (pas de compression)
  • Calage par points de contrôle pour une superposition quasi parfaite
  • Export HTML léger et partageable en un clic : la fonction “opacité” permet aux élèves en cours d’histoire-géographie de comparer la carte ancienne aux fonds modernes
Deux pépites pour tester :
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Chronoscope World, une machine à remonter le temps avec des cartes


Chronoscope World est une machine à remonter le temps avec laquelle on peut revenir plusieurs siècles en arrière en voyageant à travers des cartes. Plus de 6700 cartes historiques sont consultables à partir de la même interface cartographique. Le site comprend environ 1 200 cartes de l'Institut de géographie régionale de Leibniz et du projet ChronoAtlas, auxquelles s'ajoutent les collections de 35 grandes bibliothèques qui ont ouvert leurs cartes en open data à l'échelle mondiale. 

Interface de navigation du site Chronoscope World


Le site peut être utilisé à partir de la barre chronologique qui permet de sélectionner des cartes par dates ou bien en définissant une zone géographique à l'aide de l'outil de sélection. La recherche se fait ensuite à partir de ces choix initiaux auxquels on peut encore ajouter des filtres. Les résultats apparaissent sous la forme d'un mur de vignettes : en cliquant sur celles-ci, les cartes choisies s'affichent automatiquement sur un planisphère ou sur un globe grâce à leur géoréférencement. On peut saisir des coordonnées ou des liens provenant d'autres applications cartographiques. On peut également y ajouter des géo-liens à partir de liens manifeste Wikipédia ou IIIF. Le format IIIF fournit un cadre international d'interopérabilité pour toutes les images. Il s'agit d'un format ouvert permettant de fournir des images haute résolution provenant de bibliothèques et d'archives du monde entier. 

ChronoAlex, un récit cartographique à partir des expéditions d'Alexandre Humboldt



Des récits sont proposés à partir de séries de cartes commentées, par exemple sur les expéditions de Humboldt ou sur un tour du monde à partir de cartes. Un Atlas des cartographes permt de faire un voyage des premiers atlas à aujourd'hui. Quasiment toutes les cartes de Chronoscope sont fournies sous licence gratuite. Le site propose également des podcasts, des diffusions vidéo, des parcours à 360° et une webcam en direct.

Chronoscope World dérive d'un projet antérieur, Chronoscope Hambourg qui réunissait déjà plus de  650 cartes sur la ville d'Hambourg. 

Le site du Chronoscope a été conçu par le Chrono Research Lab dont l'objectif est de faire partager le patrimoine culturel à un large public afin de « donner du sens à notre présent et donner une cause à notre avenir ». Il repose sur des données culturelles ouvertes, collectées dans le cadre du mouvement d'ouverture des données openGLAM (Galleries, Libraries, Archives, Museums). Matthias Mueller-Prove, co-fondateur du site, est concepteur informatique d'expériences utilisateurs créatives, spécialisé en UX et IIIF.


Suivre Chronoscope sur Twitter ou sur Mastodonte.


En complément

Le site de la David Rumsey Map Collection propose un moteur géographique qui permet de rechercher des cartes à partir d'une zone et d'une période choisie. L'utilisateur peut en outre raffiner les résultats en y ajoutant des mots-clés. Ce moteur est très pratique pour sélectionner des cartes historiques selon différents critères.



En France, l'IGN met à disposition le site Internet Remonter le temps afin de pouvoir comparer sur une même zone des cartes anciennes et actuelles de la France. Cela concerne essentiellement, pour les cartes historiques, la carte de Cassini (XVIIIe siècle), les cartes d'état-major (XIXe siècle), les cartes et les photographies aériennes des années 1950. 



Le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France ne dispose pas d'interface cartographique permettant de superposer toutes les cartes contenues sur le site. Mais le moteur de recherche interne donne accès à plus de 4 000 cartes anciennes par continent et par siècle. Une page d'accueil donne un accès direct aux portulans, globes et cartes du monde entier classés par région (EuropeFranceAfriqueAmériquesJapon). Utiliser ce tutoriel pour télécharger les cartes en haute résolution sur le site de Gallica. Voici un autre tutoriel pour apprendre à géoréférencer une carte disponible dans Gallicarte. La BNF a en outre numérisé 55 globes en 3D.


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Derrière chaque carte, une histoire : la carte des chemins royaux dans les Cévennes (1703)


A la fin du XVIIe siècle, De Basville, intendant de Louis XIV pour l'État du Languedoc, fait réaliser en Cévennes 22 chemins royaux « assez larges pour qu'on puisse mener du canon partout ». Cette carte des Cévennes « où se retirent les Fanatiques du Languedoc » (1703) constitue un symbole politique et religieux. Dans le contexte de la guerre des Camisards, ces chemins royaux étaient d'abord destinés à traquer les protestants comme cela est rappelé dans le médaillon de la carte.

« Les montagnes des Sevennes ou se retirent les fanatiques de Languedoc et les plaines des environs ou ils font leurs courses, avec les Grands chemins royaux faicts par lordre du Roy pour rendre des Montagnes praticables » - carte éditée par Nolin en 1703 (source : © Gallica-BNF)


Assez vite, la carte des chemins royaux est déclinée en plusieurs versions et va devenir un document médiatique pour l'époque. Une première carte, dont la réalisation semble remonter à fin 1697, distingue les grands chemins royaux de 20 pas (en jaune), des chemins de traverse de 10 pas (en rose). Élaborée « sous les soins de M. de Basville » et imprimée à Paris par l'éditeur Nolin en 1703, la carte a été « dessiné sur les lieux » comme il est indiqué. Il est vraisemblable qu'elle ait été en fait réalisée par Henri Gautier, ingénieur du Roi et inspecteur des travaux, par ailleurs auteur d'un Traité de la construction des chemins (1693). 

« Les montagnes des Sevennes où se retirent les Fanatiques de Languedoc... sous les soins de M. de Basville » - carte éditée par Nolin en 1703 (source : © Gallica-BNF)


Selon Philippe Joutard, deux versions de la carte ont vraisemblablement circulé de manière contemporaine. Celle évoquant "les Fanatiques" était destinée au camp des catholiques, celle parlant de "Malcontents" s'adressait davantage aux protestants d'Europe. Cette dernière a d'ailleurs fait l'objet d'une double version français et néerlandais de manière à pouvoir être diffusée aux Pays-Bas.

« Les Montagnes des Sevennes ou se retirent les Malcontents de Languedoc et les Plaines d'Environ ou ils font leurs Courses avec les Grands Chemins royaux » (source : Wikimedia, domaine public)


Au delà des différences entre ces deux cartes, il est intéressant de voir comment la question du désenclavement par la route était, déjà au XVIIe siècle, intimement liée à des considérations politiques : il s'agit de « rendre ces montagnes praticables  » mais aussi de pouvoir pourchasser « les fanatiques ».

Il convient de ne pas (toujours) se fier à la date d'édition des cartes. L'éditeur Jean-Baptiste Nolin a publié différentes versions datées de 1703. Certaines semblent antérieures comme par exemple la carte ci-dessous. La mention "Suivant le copye" renvoie à une carte originelle (peut-être celle élaborée par Henri Gautier ?).

« Les montagnes des Sevenes dans le Languedoc et les plaines de Environs d'où les Mécontents font leurs courses - Levée par ordre du Roi de France » (source : © Gallica-BNF)



Jean-Baptiste Nolin (1657-1708), fils d’un graveur de la rue Saint-Jacques, devint géographe du duc d’Orléans puis géographe du roi. Les quatre collections de cartes de Nolin sont assez exceptionnelles (à découvrir sur Gallica). Trois d’entre elles se rapportent aux événements militaires des Pays Bas, d’Italie et d’Allemagne. La quatrième est une collection sur le monde, baptisée le Théâtre du monde dont fait partie le "Théâtre de la guerre dans les Sevennes avec les Montagnes et les Plaines des environs". Il est l'éditeur également d'une très belle carte du Canal royal de Languedoc. Jean-Baptiste Nolin s'était spécialisé comme éditeur de cartes à large diffusion. Ses cartes rapportant les événements militaires et autres faits de guerre lui apportèrent fortune et notoriété. Ce qui le conduisit, semble-t-il, à reproduire certaines cartes dont il n'était pas l'auteur comme en témoigne le procès pour plagiat qui l'opposa à Delisle.

En 1703, la même année où paraît la carte de Nolin, est éditée à Londres, puis à Berlin une « Description et état des Sevennes par rapport à ce qui s'y passe aujourd'hui » qui décrit bien les montagnes cévenoles comme lieux de refuge et de résistance pour les protestants :

« Les Sevennes sont un pays de montagne qui a environ 13 lieues de longueur et autant de largeur. Il y en a trois fort hautes du côté du septentrion, savoir Esperou, Lauzere et les Guals, d’où sortent quantité de petites rivières [...]. On n’y saurait y ranger une armée de mille hommes, n’étant pas possible d’y observer de la distance pour les bataillons si on y rangeait les bataillons à la queue l’un de l’autre [...]. Si ceux qui commandent dans les Sevennes entendent le métier de la guerre, ils attireront les troupes que le Roi y envoiera dans les lieux étroits où cent en pourront battre mille et mille dix mille, et bien qu’on y ait fait accommoder les chemins, tant ceux qui sont le long des rivières, que ceux par lesquels on monte jusqu’au sommet des montagnes, ou qu’un carrosse ou un chariot y puisse monter en tournoyant, les chemins sont pourtant si étroits qu’on n’y saurait mettre un bataillon en ordre de bataille. La cavalerie est absolument inutile en ces pays-là et ils y feraient plus de mal que de bien ».


Références

« La carte des chemins royaux des Cévennes » par Florence Arnaud (Découverte des Cévennes).

« Description et état des Sevennes par rapport à ce qui s'y passe aujourd'hui ». Ce texte anonyme de 1703 est reproduit in extenso dans la revue Le lien des chercheurs cévenols, n°160, janvier-mars 2010, p.14-16. 

Numa Broc, Les montagnes au siècle des Lumières : perception et représentation, Paris, Edition du CTHS, 1991.

François de Dainville, Cartes anciennes du Languedoc, XVIe-XVIIIe siècles, Société languedocienne de Géographie à Montpellier, 1961.  Les Chemins des Cévennes sont abordés dans le chapitre III : Cartes de Gouvernement, p. 77 à 81, avec la reproduction de la carte des "montagnes des Sevennes où se retirent les Fanatiques".

Localisation de la carte des chemins royaux sur une carte actuelle (Université d'Utrecht). L'occasion de découvrir que la carte est orientée vers l'ouest, ce qui pourrait correspondre à la vision des régiments de dragons venant de la vallée du Rhône.

Différentes versions de la carte des chemins royaux éditée par Jean-Baptiste Nolin (à consulter sur le site Gallica-BNF). La carte est également mise à disposition en haute résolution (au format tiff) par la Bibliothèque universitaire de Bâle.

La carte par Charles Allard en version bilingue (en français et en néerlandais) destinée aux protestants d'Europe :
http://www5.kb.dk/maps/kortsa/2012/jul/kortatlas/object60674/da/

« Le Théâtre de la Guerre dans les Sevennes le Languedoc et le Pays aux Environs » par Pierre Mortier. Cette carte, imprimée à Amsterdam en 1704, donne une vision encore plus large du théâtre de la guerre contre les protestants :

Henri Gautier (1693). Traité de la construction des chemins. Disponible sur Gallica en édition originale et en réédition de 1755.

Le gouvernement général de Languedoc divisé en trois lieutenances générales par Jean-Baptiste Nolin (1697) :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85927796

Numa Broc, Une affaire de plagiat cartographique sous Louis XIV : le procès Delisle-Nolin, Revue d'histoire des sciences, 1970, n°23-2,  p. 141-153.



L'histoire par les cartes : Cortès et la fin de l’empire aztèque (13 août 1521)


Le 13 août 2021, le Mexique a commémoré les 500 ans de la chute de Tenochtitlán, la capitale de l’empire aztèque qui a été prise par le conquistador espagnol Hernan Cortez et ses troupes le 13 août 1521. Retour en cartes et en images sur un événement qui continue à faire débat.


Tableau du XVIIe siècle représentant le siège de Tenochtitlán (source : Wikipedia, domaine public)

Le 22 mai 1521, les forces espagnoles et leurs alliés autochtones ont commencé à assiéger la puissante capitale aztèque de Tenochtitlán, où se trouve aujourd'hui la ville de Mexico. La bataille a duré près de trois mois, se terminant par la chute de l'empire aztèque et la consolidation du pouvoir de l'Espagne dans une grande partie de l'Amérique du Nord. Aujourd'hui, la ville de Mexico célèbre le 500e anniversaire de la conquête avec des événements qui mettent en évidence les manières complexes dont elle a façonné la société du pays. La commémoration historique s’est transformée en polémique après que le président Andrés Manuel Lopez Obrador a demandé à nouveau des excuses à l’Espagne pour les violences et les violations des droits de l’homme commises pendant la conquête et la colonisation espagnoles.

« Qu'est-ce que représente vraiment la Conquista ? Qu'est-ce qu'on nous en a dit ? Qui a gagné  et qui a perdu ? » se demande l'archéologue guatémaltèque Margarita Cossich. « C'est tellement plus complexe que de simplement parler des méchants contre des gentils, des Espagnols contre des groupes autochtones. »

L'empire aztèque et ses provinces tributaires en 1519 (MapPorn)


Comme presque tous les grands États mésoaméricains, l'empire aztèque s'appuyait largement sur des méthodes indirectes pour établir une influence politique sur ses États sujets. Ce type d'administration politique avait tendance à encourager la sécession et les rébellions : lors de la mort d'un roi de Tenochtitlán, c'était une tradition pour les provinces aztèques lointaines d'arrêter de payer les impôts, le nouveau roi devant reconquérir ces régions pour prouver son pouvoir. Cortés a pu conquérir Tenochtitlán en partie grâce à des alliances avec des peuples indigènes que les Aztèques avaient opprimés. Ces groupes ont fourni des milliers de soldats pour le combat, rejoignant les 900 Espagnols de la troupe de Cortès. 

A partir de 1519, Cortès prend l'ascendant sur l'empereur Moctezuma grâce notamment à La Malinche qui assure les traductions entre les émissaires et lui. Durant quasiment un an, les Aztèques hésitent sur la conduite à tenir. Obligé de fuir la capitale aztèque en 1520, Cortès revient quelques mois plus tard pour l’assiéger. Malgré une résistance menée par le nouvel empereur, Cuauhtémoc, la ville est détruite par les Espagnols. Le 13 août 1521, l’empereur est capturé et l’empire aztèque définitivement vaincu. Un facteur clé de la bataille fut la propagation de la variole dans la ville. Au moins la moitié des 300 000 habitants de la ville sont probablement morts avant l'entrée des Espagnols, laissant l'empereur aztèque Cuauhtémoc avec "peu de troupes ayant la force de se battre".

La défaite des Aztèques a ouvert la voie à la poursuite des conquêtes espagnoles. Les Espagnols semblaient tellement convaincus que ce modèle fonctionnait bien que Pedro de Alvarado était sur le point de lancer une expédition en Chine depuis le port d'Acapulco lorsqu'il s'est retrouvé impliqué dans une autre bataille dans l'ouest du Mexique où il est décédé en 1541. La domination espagnole du Mexique a véritablement contribué à créer un monde global, en reliant le monde transatlantique au monde transpacifique et à tous les continents habités. Elle a donné le coup d'envoi à ce que nous appelons aujourd'hui la mondialisation.

L’ouvrage L'Aigle et le Dragon de Serge Gruzinski montre à quel point il n’est pas aisé d’écrire une histoire symétrique des rencontres au XVIe siècle. La démesure alimente ainsi les débuts de la mondialisation : « l’émergence d’une sphère globale (…) les premiers balbutiements d’une synchronisation planétaire, l’avènement d’une conscience-monde et d’un imaginaire planétaire"..."Si “clash de civilisations” il y a eu, ce n’est donc que dans la perspective d’une histoire globale que cette formule peut avoir un sens. »

Le plan de Tenochtitlán - 1524
(source : Newberry’s American Indian and Indigenous Studies digital database)


Cette carte de Tenochtitlán accompagnait la deuxième lettre d'Hernán Cortes envoyée au roi d'Espagne Charles Quint. Cortes a écrit ses lettres en 1520, mais elles n'ont été publiées qu'en 1524 à Nuremberg (Allemagne). C'est la première image que les Européens ont vue de la ville de Mexico (Tenochtitlán) écrite sur la carte "Temixtitan", la capitale de l'empire aztèque au XVIe siècle. A gauche figure une représentation du golfe du Mexique, avec la Floride tout à gauche et le Yucatan représenté comme une île. Dans ces lettres, le conquistador espagnol Hernán Cortés mettait en avant ses exploits et décrivait les habitants et les merveilles de la nouvelle terre qu'il avait conquise. La date de la carte est très importante (octobre 1520. Au moment où elle est publiée en février 1524, la ville de Tenochtitlán était déjà en ruines à cause de la guerre de conquête. 

Au cœur de la ville se trouvait une zone sacrée entourée d’un mur. Dans l’enceinte se trouvaient plus de soixante-dix bâtiments et ceux-ci étaient entourés d’un mur décoré d’images de serpents, appelés "coatepantli". Les archéologues essaient toujours de déterminer exactement à quoi ressemblait cette zone sacrée et comment elle a évolué au fil du temps. La plus grande structure que les Espagnols ont appelé Templo Mayor (temple principal) était dédiée aux dieux Huitzilopochtli et Tlaloc. D’une hauteur de 27 mètres, elle se composait de deux pyramides à degrés s’élevant côte à côte sur une immense plate-forme. Elle dominait à la fois la Cité Sacrée et la ville entière. 

A explorer : une reconstitution en 3D de la ville de Tenochtitlán. Cette reconstitution de la ville de Tenochtitlan, capitale de l’empire aztèque, restitue la ville telle qu’elle était lorsque les Espagnols l’ont conquise. Par la suite elle a été détruite, son lac asséché, et elle est devenue Mexico, capitale du Mexique.

Sources

  • La chute de l'empire aztèque (Wikipédia)

  • L'empire aztèque et ses provinces tributaires en 1519 (MapPorn)

  • Aire maximum approximative des territoires tributaires de la Triple alliance (Wikipédia)

  • Le plan de Tenochtitlán - carte de Nuremberg de 1524 (Newberry’s American Indian and Indigenous Studies digital database). Téléchargeable également sur Wikipédia. Voir ce commentaire détaillé de la carte (en anglais).

  • Deuxième lettre narrative d'Hernán Cortés contenant le premier plan jamais publié de la cité aztèque de Tenochtitlán (Bibliothèque numérique mondiale). Traduction en français par Désiré Charnay en 1896 (Gallica)

  • L'Aigle et le Dragon. Démesure européenne et mondialisation au XVIe siècle. Par Serge Gruzinski (Non fiction)

  • Conversation avec un métis de la Nouvelle-Espagne : une autre vision de la conquête du Mexique par Serge Gruzinski (Sciences et Avenir)

  • La conquête du Mexique dans l'art. Cinq siècles pour montrer comment la chute de Tenochtitlán a marqué l'identité culturelle du pays (El Pais).

  • Mexique : la demande d'excuses du président à l'Espagne pour la colonisation fait polémique (RFI)

  • Tenochtitlán, de la cité précolombienne à Mexico, capitale de la Nouvelle-Espagne - séance pédagogique (Clionautes)

  • Mexico-Tenochtitlan, vie et mort de la capitale des Aztèques (Archeologue.com)

  • La Controverse de Valladolid (EHNE)