Cartographie du surpoids et de l’obésité aux États-Unis et dans le monde


Source : Ng, Marie et al., National-level and state-level prevalence of overweight and obesity among children, adolescents, and adults in the USA, 1990–2021, and forecasts up to 2050. [Prévalence du surpoids et de l’obésité aux États-Unis (1990-2021) et prévisions jusqu’en 2050]. The Lancet, article en accès ouvert.

Présentation

D’après la définition de l’OMS, une personne est en surpoids lorsque son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 25 et elle est obèse lorsque celui-ci est supérieur à 30. Le surpoids et l’obésité ne cessent d'augmenter aux États-Unis. L'obésité a presque triplé au cours des 50 dernières années. Le monde compte plus d'un milliard de personnes obèses dont l'indice de masses corporelle (IMC) dépasse les 30 kg/m2. Il convient de comprendre les tendances actuelles et les trajectoires futures au niveau national et au niveau des États pour évaluer le succès des interventions actuelles et éclairer les futurs changements de politique de santé. Dans cet article, les auteurs ont estimé la prévalence du surpoids et de l’obésité de 1990 à 2021 avec des prévisions jusqu’en 2050 pour les enfants et les adolescents (âgés de 5 à 24 ans) et les adultes (âgés de plus de 25 ans). En outre, ils ont établi des estimations et des projections spécifiques pour chaque État concernant les adolescents âgés de 15 à 24 ans et les adultes pour les 50 états et Washington DC.

Prévalence estimée du surpoids et de l'obésité dans 50 États américains en 2021 chez les adolescents et les adultes, par sexe (source : The Lancet)

Principaux résultats

En 2021, on estime qu'environ 15,1 millions d'enfants et jeunes adolescents (âgés de 5 à 14 ans), 21,4 millions d'adolescents (âgés de 15 à 24 ans) et 172 millions d'adultes (âgés de plus de 25 ans) étaient en surpoids ou obèses aux États-Unis. 

Le Texas avait la prévalence standardisée selon l'âge la plus élevée concernant le surpoids ou l'obésité chez les adolescents de sexe masculin (âgés de 15 à 24 ans), soit 52,4 % (47,4-57,6), tandis que le Mississippi avait la prévalence la plus élevée chez les adolescentes (âgées de 15 à 24 ans), soit 63,0 % (57,0-68,5). 

Chez les adultes, la prévalence du surpoids ou de l'obésité était la plus élevée dans le Dakota du Nord pour les hommes, estimée à 80,6 % , et dans le Mississippi pour les femmes à 79,9 % . La prévalence de l'obésité a dépassé l'augmentation du surpoids au fil du temps, en particulier chez les adolescents. 

Entre 1990 et 2021, la variation en pourcentage de la prévalence standardisée de l'obésité selon l'âge a augmenté de 158,4 % chez les adolescents de sexe masculin et de 185,9 % (139,4–237,1) chez les adolescentes. Chez les adultes, la variation en pourcentage de la prévalence de l'obésité était de 123,6 % chez les hommes et de 99,9 % chez les femmes. 

Les résultats des prévisions suggèrent que si les tendances et les schémas passés se poursuivent, 3,33 millions d'enfants et de jeunes adolescents supplémentaires, 3,41 millions d'adolescents et 41,4 millions d'adultes supplémentaires seront en surpoids ou obèses d'ici 2050. Le nombre total d'enfants et d'adolescents en surpoids et obèses atteindra 43,1 millions et le nombre total d'adultes en surpoids et obèses atteindra 213 millions en 2050. Dans la plupart des états des États-Unis, on prévoit qu'un adolescent sur trois et deux adultes sur trois souffriront d'obésité. Bien que les États du Sud, tels que l’Oklahoma, le Mississippi, l’Alabama, l’Arkansas, la Virginie-Occidentale et le Kentucky, devraient continuer à connaître une prévalence élevée de l’obésité, les changements de pourcentage les plus élevés à partir de 2021 sont prévus dans des États comme l’Utah pour les adolescents et le Colorado pour les adultes.

Interprétation

Les politiques actuelles n’ont pas réussi à lutter contre le surpoids et l’obésité. Sans réforme majeure, les tendances annoncées seront dévastatrices au niveau individuel et collectif, le poids de la morbidité et les coûts économiques associés continueront d’augmenter. Une gouvernance plus forte est nécessaire pour soutenir et mettre en œuvre une approche systémique multidimensionnelle visant à lutter contre les facteurs structurels du surpoids et de l’obésité aux niveaux national et local. Bien que les innovations cliniques doivent être exploitées pour traiter et gérer de manière équitable l’obésité existante, la prévention au niveau de la population reste au cœur de toute stratégie d’intervention, en particulier pour les enfants et les adolescents.

Les données et les cartes sont disponibles dans les annexes de l'article.

Fiche d'information de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l'obésité et le surpoids.

Pour compléter 

« Tendances mondiales de l'insuffisance pondérale et de l'obésité de 1990 à 2022 : une analyse groupée de 3 663 études représentatives de la population portant sur 222 millions d'enfants, d'adolescents et d'adultes » (The Lancet). Accès aux données de l'article sur Zenodo ou sur le site de la Ncdrisc (National Adult Body-Mass Index).

« Quel État américain a le taux d’obésité le plus élevé ? »  (Visual Capitalist, 30 juillet 2024).
Taux d'obésité chez les adultes en 2022 par État et territoire des États-Unis. L'obésité est définie comme un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 30. Les chiffres proviennent des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies et sont mis à jour en janvier 2024. Les chiffres sur l'obésité sont basés sur la taille et le poids autodéclarés. Accès aux données sur le site du CDC (Centers for Disease Control and Prevention)

« Une personne sur huit vit désormais avec de l’obésité dans le monde » (Organisation mondiale de la Santé).

« L'obésité touche surtout les personnes d'âge moyen et les pauvres » (Robert Wood Johnson Foundation).

« Cartes. Géographie de l’obésité ». Par Hervé Théry, Patrick Caron (Diploweb, 30 octobre 2019).
Il existe, dans nombre de pays du monde, une correspondance entre offre abondante de viande et obésité. 

« Comment les villes aggravent l'épidémie d'obésité » (Fast Company).
Le mythe selon lequel l'obésité n'est qu'une question personnelle ne tient pas compte du rôle que jouent les villes pour décourager les modes de vie sains.

« Relation entre obésité et vote électoral des États américains » (Data Is Beautiful).
On sait que l’obésité est liée au statut socio-économique, qui est lui-même l'un des déterminants du vote électoral. Si les États qui comptent le plus d'obèses votent républicain, il faut cependant faire la distinction entre corrélation et causalité. D'autres facteurs entrent en considération tels que l’appartenance religieuse ou l'éducation. Il convient de conduire des études au niveau individuel et non uniquement au niveau des Etats ou des comtés. Étant donné que les systèmes politique, économique et de santé aux États-Unis sont très différents de ceux d'autres pays, les recherches menées aux États-Unis sont difficilement généralisables (voir cette étude sur le Royaume-Uni).

Lien ajouté le 15 janvier 2026

« L’obésité explose en France : découvrez les régions les plus touchées » (Le Parisien).

L'obésité "explose" en France. 18% de la population est désormais touchée, soit 10 millions d'habitants, contre 10% il y a 25 ans. Un nouveau plan de lutte est dévoilé sur cette "priorité de santé publique". Une personne est qualifiée d’"obèse" lorsque son indice de masse corporelle est supérieur à 30. L’obésité est "sévère" quand l’IMC atteint 35, et "massive" après 40. Toutes les tranches d’âge sont concernées, les 35-44 ans étant les plus touchés (dernière enquête Odoxa). La carte de France fait ressortir des régions plus ou moins impactées. Les Hauts-de-France et les territoires ultramarins affichent les parts d’habitants obèses les plus élevées, supérieures à 22 %. À l’inverse, c’est en Île-de-France et en Occitanie qu’on en trouve le moins (15 %). Les raisons ? Il y a notamment le niveau de vie. Les ouvriers et les personnes précaires sont beaucoup plus souvent obèses que les cadres et les habitants aisés. Or, les Hauts-de-France affichent le taux de pauvreté le plus élevé en métropole (et c'est bien plus en outre-mer). Les précaires se tournent plus souvent vers la "malbouffe" et les produits alimentaires low-cost, "généralement moins chers mais de moins bonne qualité nutritionnelle". Les Hauts-de-France affichent un élément aggravant : le moins d’adeptes d’une activité sportive. La région a d’ailleurs ouvert deux nouveaux centres spécialités obésité (CSO). Elle en compte désormais 7, sur un total de 42 en France. Le gouvernement promet aussi de former davantage d’internes en spécialité endocrinologie-diabétologie-nutrition, notamment. C’est le nerf de la guerre. On n’y arrivera pas sans augmenter drastiquement le nombre de praticiens spécialisés !" Mais bon, rien de révolutionnaire. Et rien de nouveau concernant les nouveaux traitements contre l’obésité. 

Lien ajouté le 14 mai 2026

« La progression de l'obésité se stabilise dans les pays développés et s'accélère dans les pays en développement ». Nature 653, 510-518 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10383-0

Des chercheurs de l'Imperial College London ont analysé l’obésité mondiale de 1980 à 2024. Leur étude montre un basculement géographique : le Nord riche ralentit, tandis que de nombreux Suds accélèrent. L’équipe s’appuie sur 4.050 études de population et 232 millions de personnes mesurées, sans données autodéclarées. Elle suit 200 pays et calcule la "vitesse" de l’obésité, c’est-à-dire la variation annuelle de sa prévalence. Chez les enfants et adolescents, l’obésité a augmenté presque partout depuis 1980, mais sa progression ralentit dans beaucoup de pays riches dès les années 1990. Elle se stabilise ensuite au milieu des années 2000, parfois avec un léger recul. Les plateaux n’ont pas la même signification selon les lieux. L’obésité des filles reste autour de 3 à 4% au Japon, au Danemark ou en France, tandis qu’elle atteint 23% chez les garçons aux États-Unis, ce qui révèle des modèles alimentaires très différenciés. Chez les adultes, le ralentissement arrive environ dix ans plus tard que chez les jeunes dans les pays occidentaux riches. En 2024, l’Espagne, l’Italie ou la France pour les femmes montrent même de petits reculs, encore modestes mais géographiquement significatifs. Dans beaucoup de pays à revenu faible ou intermédiaire, la hausse reste stable ou s’accélère, parfois alors que les niveaux dépassent déjà ceux des pays riches. Les îles du Pacifique, l’Amérique latine, le Moyen-Orient et certaines régions d’Afrique sont très exposés. L’étude montre que l’urbanisation ou la mondialisation alimentaire n’expliquent pas tout. Normes sociales, prix des aliments, revenus, école, mobilité quotidienne, sport et politiques publiques modifient les trajectoires, parfois entre pays économiquement proches. L’obésité n’est pas une vague uniforme, mais une transition inégale des modes de vie, des systèmes alimentaires et des inégalités sociales. Les politiques doivent donc être situées et ciblées. Les résultats standardisés et spécifiques à l'âge de cette étude sont disponibles sur NCD-RisC sous forme numérique et visuelle. Les données d'entrée issues de sources publiques et les coordonnées des fournisseurs de données peuvent être téléchargées depuis le même site) et sur Zenodo.

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L'insécurité alimentaire dans le monde (rapport du FSIN)

L’autosuffisance alimentaire est-elle possible pour La Réunion ?

Ilots de chaleur et inégalités urbaines en France


Céline Grislain-Letrémy, Julie Sixou, Aurélie Sotura. « En milieu urbain, les ménages modestes sont en général plus exposés aux îlots de chaleur » (Insee Analyses, octobre 2024).

Les vagues de chaleur se traduisent par des températures significativement plus élevées en milieu urbain que dans la campagne environnante. Au sein même des villes, ce phénomène d’îlot de chaleur affecte différemment les quartiers selon la densité et la qualité des bâtiments, selon la végétation et selon les niveaux d’activité humaine. À Paris, Bordeaux, Lille et Nantes, ce sont à la fois les ménages les plus aisés et les plus modestes qui sont les plus exposés, car ils habitent dans les centres-villes. À Lyon, Marseille, Montpellier, Nice et Strasbourg, les ménages modestes sont les plus exposés au phénomène d’îlot de chaleur urbain et les ménages aisés sont les moins exposés, car ils habitent dans des quartiers périphériques moins denses, plus verts et aux constructions récentes. De façon générale, les ménages pauvres avec au moins une personne particulièrement jeune ou âgée sont exposés à des températures en moyenne légèrement plus élevées que les autres ménages. Ces ménages sont plus vulnérables aux fortes températures, et disposent de moins de possibilités pour y faire face : ils ont notamment plus rarement la climatisation ou une résidence secondaire.

Au sein même des villes, certains quartiers sont davantage exposés aux îlots de chaleur en raison notamment de différences de densité, de caractéristiques des bâtiments, de végétation et de niveaux d’activité humaine [Institut Paris Région, 2010]. Le centre des agglomérations est ainsi nettement plus exposé aux îlots de chaleur, comme l’illustrent les exemples de Paris et Lyon. Selon leur lieu de résidence, souvent très lié au revenu, certaines populations sont ainsi davantage exposées. La relation entre niveau de vie et exposition aux îlots de chaleur découle principalement de l’organisation spatiale des villes. Parmi les neuf villes étudiées ici, deux configurations apparaissent.

Indice d’îlot de chaleur nocturne, Paris et Lyon été 2017 (source : (Insee Analyses, octobre 2024)

Les autres exemples de villes françaises sont disponibles dans le rapport complet de l'INSEE :

Céline Grislain-Letremy, Julie Sixou, Aurélie Sotura. « Urban Heat Islands and Inequalities : Evidence from French Cities » (Insee, octobre 2024)

Pour les îlots de chaleur à Paris, il est possible de se référer aux ressources mises à disposition par l'APUR : 

Voir également les guides et méthodes fournis par le site Adaptaville :

Pour compléter

Fontès-Rousseau C., Lardellier R., Soubeyroux J.-M., « Un habitant sur sept vit dans un territoire exposé à plus de 20 journées anormalement chaudes par été dans les décennies à venir » (Insee Première n°1918, août 2022).

Institut Paris Région, « Les îlots de chaleur urbains », Répertoire de fiches connaissance (Institut Paris Région, novembre 2010).

Lien ajouté le 7 avril 2025

Yuan, Y., Santamouris, M., Xu, D. et al. « Surface urban heat island effects intensify more rapidly in lower income countries » [Les effets d'îlot de chaleur urbain de surface s'intensifient plus rapidement dans les pays à faible revenu]. npj Urban Sustain 5, 11 (2025). https://doi.org/10.1038/s42949-025-00198-9

Les effets d’îlot de chaleur urbain de surface s’intensifient plus rapidement dans les pays à faible revenu. Le phénomène d’îlot de chaleur urbain de surface (SUHII) progresse de 0.021°C/an à l’échelle mondiale. Ce réchauffement touche particulièrement les pays à faible revenu, où les villes connaissent une urbanisation rapide mais disposent de peu de moyens d’adaptation. Les pays riches (Etats-Unis, Japon, France) connaissent aussi une hausse du SUHII, mais elle y est souvent mieux maîtrisée grâce à la végétation, des matériaux adaptés et des politiques urbaines. À Dublin, par exemple, les parcs réduisent le réchauffement urbain. 

Lien ajouté le 21 juin 2025

« Berlin. Des journées sans chaleur pour les riches » (Taz.de).

Le risque sanitaire lié à la chaleur est inégalement réparti dans les villes. En général, les zones les plus fraîches sont aussi les plus chères. Vivre dans des pavillons en périphérie, le long de larges avenues peu fréquentées, ou à proximité d'un grand parc, d'une forêt ou d'un lac, est plus frais que vivre près d'une autoroute, d'une zone industrielle ou dans le centre-ville bétonné. Le changement climatique rend les étés berlinois dangereusement chauds. L'analyse conduite par le journal allemand Taz montre qu'à Berlin, les riches vivent dans des zones plus fraîches tandis que les pauvres n'ont pas d'autre choix que d'avoir chaud. Le Sénat de Berlin travaille actuellement sur un plan d'action contre la chaleur. Annoncé en mai 2024, il devrait être présenté à la Chambre des représentants en automne 2025. Ce plan comprend des mesures telles que des zones de rafraîchissement, des distributeurs d'eau et des informations sur les mesures de protection contre la chaleur. Dans le cadre de la loi berlinoise sur l'adaptation au changement climatique, des centaines de milliers d'arbres doivent également être plantés d'ici 2040.

La corrélation entre revenus et chaleur a également été démontrée par une étude réalisée en 2024, qui a examiné la relation entre chaleur et revenus dans 14 villes européennes, dont Berlin (données à télécharger sur Zenodo). Les populations les plus pauvres sont partout exposées à des niveaux de chaleur supérieurs à la moyenne. Une étude urbaine menée aux États-Unis arrive à la même conclusion. 

Rocha, AD, Vulova, S., Förster, M. et al. Unprivileged groups are less served by green cooling services in major European urban areas [Les groupes défavorisés sont moins bien desservis par les services de refroidissement écologique dans les principales zones urbaines européennes]. Nature Cities 1 , 424–435 (2024). https://www.nature.com/articles/s44284-024-00077-x.epdf

Liens ajoutés le 25 juin 2025

« On n’est pas égaux devant la chaleur : la canicule dans un quartier populaire, sans climatisation, ni ventilateur » (France-Info).

Des habitants des quartiers populaires de Carcassonne subissent de plein fouet la forte vague de chaleur, aggravée par des conditions de vie précaires dans les HLM. Lundi 23 juin 2025, il a fait 37°C à Carcassonne et la température est montée jusqu’à 39,4°C dans le département de l’Aude. Reportage dans des quartiers presque désertés en journée. "On est inégaux face à la chaleur (...) Le pauvre, il sort de l'usine et il va dans son appart où il n’y a pas la clim", résume le jeune homme. Dans les cités HLM "il n'y a pas de climatisation (...) pas de moyens", déplore Mohamed Binaoui. Derrière le volant de sa voiture, à l'arrêt au pied d'un immeuble, il pointe du doigt le manque d'entretien à La Conte dont les conséquences sont aggravées par la canicule. "Les poubelles sont restées pendant une semaine (...) C'était une odeur pestilentielle, insupportable", raconte le cinquantenaire. Pourtant, la plage n'est qu'à une heure en voiture. Or, s'y rendre "coûte trop cher",  regrette Wakifati Hamadi, qui est loin d'être la seule dans cette situation, à La Conte ou dans d'autres quartiers défavorisés de Carcassonne, comme Le Viguier, une autre cité importante de la ville.

« Carte des bornes fontaines et îlots de fraîcheur ». Il est possible de localiser l'emplacement des fontaines en France à partir des données mises à disposition sur le site Data.gouv.fr. Voir un exemple d'application pour la ville d'Avignon

Lien ajouté le 3 juillet 2025

Françoise Bahoken (2025). Spatialisation avec Arabesque d’un réseau de collaborations scientifiques sur les îlots de chaleur urbains. Carnet (neo)cartographique. https://neocarto.hypotheses.org/22337

Le cluster sémantique cartographié avec Arabesque révèle un réseau de collaborations scientifiques sur les îlots de chaleur urbains formant un motif en quadrilatère centré sur l’Océan Atlantique, pour relier des chapelets de villes (les lieux d’affiliations des chercheurs sur le sujet) situées sur la façade orientale des États-Unis d’Amérique à d’autres situées en Europe Occidentale (du Nord et au Portugal), de l’Afrique Centrale (Gabon et Cameroun) et de l’Amérique du Sud (Brésil).

Lien ajouté le 16 octobre 2025

« Analyse des schémas spatiaux des infrastructures vertes urbaines pour le refroidissement urbain et l'équité sociale » (ScienceDirect).

Lingshan Li, doctorante à l’Université Concordia, et son équipe du Next Generation Cities Institute montrent dans la revue Urban Forestry & Urban Greening que la répartition des espaces verts à Montréal crée des inégalités face aux fortes chaleurs urbaines. La « verdurisation » des zones urbaines est une stratégie clé pour contrer la hausse des températures urbaines et ses effets négatifs sur la santé et le bien-être humains. Grâce à des images satellites et des données LiDAR, les chercheurs démontrent qu’une hausse de 10% du couvert arboré réduit la température de surface de 1,4°C, tandis qu’une augmentation similaire d’herbes ou d’arbustes n’abaisse la chaleur que de 0,8°C. L’efficacité du rafraîchissement dépend de la taille et de la continuité des zones végétalisées : de grands massifs d’arbres abaissent davantage les températures que des plantations dispersées, soulignant l’importance de la planification spatiale urbaine. En croisant ces données avec le recensement canadien de 2021, les chercheurs montrent que les quartiers les plus aisés et majoritairement blancs, comme Outremont ou le West Island, bénéficient d’une meilleure couverture végétale et donc d’un confort thermique supérieur. À l’inverse les secteurs + pauvres ou + diversifiés comme Saint-Léonard, Anjou ou Montréal-Nord subissent un double désavantage : une moindre végétation et une population + vulnérable aux vagues de chaleur notamment les enfants et les personnes âgées. 

Lien ajouté le 24 mars 2026

Agnès Thouvenot, « Intégrer un risque majeur de surchauffe urbaine dans la planification ? », Métropolitiques, 16 mars 2026. https://metropolitiques.eu/Integrer-un-risque-majeur-de-surchauffe-urbaine-dans-la-planification.html

Le changement climatique met les villes à rude épreuve et provoque des réactions politiques et techniques peu anticipées ni coordonnées. Agnès Thouvenot, élue à Villeurbanne, défend la nécessité d’intégrer la surchauffe urbaine comme un risque majeur et de modifier les habitudes de planification. Le chemin qu’il reste à parcourir pour les îlots de chaleur urbains ressemble à celui réalisé pour le risque inondation, le risque d’érosion côtière ou les risques technologiques, déjà encadrés par des plans de prévention et des servitudes d’utilité publique. À Villeurbanne (Rhône), le système d’information géographique « Santé Ville » constitue une première tentative de dresser le carnet de santé bioclimatique des parcelles : il permet d’établir un portrait relativement fiable de la ville sur une maille de vingt-cinq mètres, agrégeant une trentaine de données environnementales publiques mais jusque-là dispersées.

Lien ajouté le 5 mai 2026

« Barcelone, des super-îlots aux axes verts : mésaventures des politiques urbaines innovantes – Métropolitiques » (ScienceDirect).

L'urbaniste Antonio Gonzalez Alvarez (Bordeaux Métropole) analyse les axes verts de Barcelone. Dans l'Eixample, cette expérimentation issue des super-îlots cherche à rafraîchir la ville, réduire la voiture et rendre l'espace public plus hospitalier. Dans l'Eixample, traversé chaque jour par 350.000 voitures, l'adaptation climatique passe par la rue ordinaire. Les axes verts offrent fraîcheur, marche, jeux et repos, tout en réduisant bruit, pollution, émissions et accidents liés au trafic. Le projet prolonge les super-îlots pensés par Salvador Rueda au début des années 2000. En retirant le trafic traversant, ils apaisent la ville, mais leur généralisation imposait de supprimer deux voies sur trois et de réduire le trafic automobile de 25%. Le test de Poblenou en 2016 a montré un possible, mais aussi ses limites, avec des espaces peu utilisés et très critiqués. À Sant Antoni, en 2019, la même idée fonctionne mieux, car elle donne à un quartier dense des lieux de promenade, de pause et de voisinage. En 2020, la mairie choisit donc les axes verts, plus lisibles que les super-îlots. Le plan prévoit 21 axes et 21 places, presque sans voitures. Les quatre premiers, soit 4,5km de voirie, ouvrent en 2023 et deviennent vite des rues-jardins très fréquentées. Le succès d'usage ne suffit pas à protéger le projet. Après la défaite d'Ada Colau en 2023, Jaume Collboni interrompt le déploiement, au nom d'un dispositif jugé trop controversé et difficile à entretenir, tandis que commerces et médias locaux restent critiques. Les données de mobilité nuancent pourtant la peur du blocage. Barcelone dispose du métro, de bus orthogonaux et de 100km de pistes cyclables créées depuis 2015, tandis que la motorisation baisse de 442 à 410 véhicules pour 1.000 habitants entre 2016 et 2024. Barcelone montre qu'une innovation urbaine exige plus qu'un bon dessin de rue. Sans entretien, coalition politique durable et adhésion sociale large, l'îlot de fraîcheur reste une vitrine fragile, au lieu de devenir une trajectoire collective d'adaptation. 

Liens ajoutés le 21 mai 2026

« Infographie. Dans la métropole de Bordeaux, plus d’un habitant sur dix vit dans un îlot de chaleur, et vous ?  » (Sud-Ouest). Les fortes chaleurs ne touchent pas toute la population uniformément. Entre les quartiers denses du centre de Bordeaux et les zones pavillonnaires de Mérignac, le lieu de vie, le profil social ou les caractéristiques du logement peuvent influer sur les risques sanitaires courus par les habitants

« Ilot de chaleur ou de fraicheur urbain basé sur l'analyse des températures de surface de 2022 » (Datahub de Bordeaux métropole). Ce jeu de données vise à mieux connaître et lutter contre les îlots de Chaleur Urbains et a pour objectifs : 1) dans un premier temps, d'aider les aménageurs (internes ou externes à la métropole) à mieux identifier les zones chaudes et fraîches du territoire afin de mieux adapter les aménagements aux spécificités locales, 2) dans un deuxième temps, de mieux informer les citoyens sur la localisation des zones chaudes et fraîches du territoire.

« Des images satellites pour étudier les ilots de chaleur urbains à Bordeaux » (Pixstart). En combinant l’infrarouge thermique du satellite Landsat avec la précision du satellite Sentinel-2, les algorithmes à base de réseaux de neurones de Pixstart sont capables de détecter précisément la température en ville.

Sabine Sofiane. « La gestion des îlots de chaleur dans les centres urbains : le cas de Bordeaux Métropole ». Mémoire de master en architecture et aménagement de l'espace. 2021. Ce mémoire de master en architecture analyse les îlots de chaleur urbains (ICU) et plus particulièrement ceux de Bordeaux : comment peut-on les (re)définir ? Partant du concept de confort thermique, l'autrice identifie les ICU, leurs causes, leurs conséquences ainsi que les outils d'aménagement permettant de limiter leurs effets à l'instar de l'eau et de la végétation. Quatre études de cas d'ICU de la métropole bordelaise ont pour but de tester les méthodologies d'analyse basées sur la perception des usagers. Une autre question apparaît alors : comment se servir des îlots de fraîcheur (IFU) pour limiter le réchauffement de la métropole ?

Articles connexes





La France est-elle préparée aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 ?


12 événements cartographiques qui ont bouleversé notre monde (Map Happenings)


Le site MapHappenings.com, dédié à l'information et à la réflexion sur l'industrie de la cartographie, consacre une série de billets sur 12 événements cartographiques qui ont bouleversé notre monde. Racontées par James Killick, cartographe qui a travaillé sur le projet Mapquest, puis pour ESRI et Apple Maps, ces histoires renvoient à un passé qui semble déjà ancien, celui du début de l'ère informatique et de l'essor du géoweb. Que les initiatives proviennent de la sphère publique ou de la sphère privée (souvent des deux), on y découvre l'importance des grands projets qui ont permis l'essor des technologies et de la cartographie numérique.


Vous pouvez découvrir ces histoires en anglais. Votre navigateur devrait facilement faire la traduction si vous n'êtes pas familier avec la langue de Shakespeare. En voici les principales entrées thématiques :
  • Part 1 — The First Map
    « La première carte » est difficile à déterminer, tout dépend de ce que l'on appelle carte (une représentation rupestre, une tablette d'argile, un papyrus...)

  • Part 2 — The Birth of Coordinates
    « La naissance des coordonnées » remonte au moins à Eratosthène qui a inventé le système des latitudes et des longitudes, mais il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu'on soit capable de mesurer avec un peu d'exactitude la longitude.

  • Part 3 — Road Maps !
    « Cartes routières » : les atlas routiers ont une longue histoire. Aujourd'hui, la plupart des jeunes savent à peine lire une carte papier, et encore moins s'en servir (l'index des rues, ça vous dit quelque chose ?). Les cartes routières papier existent pourtant encore ! Au cas où vous ne me croiriez pas…

  • Part 4 — The Epic Quest for Longitude
    « La quête épique de la longitude » a une longue histoire qui remonte au moins au début du XVIIIe siècle.

  • Part 5 — The Dawn of Tube Maps
    « L’aube des plans de métro ». Depuis la carte d'Harry Beck publiée pour la première fois en 1933, les cartes de métro ont beaucoup évolué gagnant en complexité et schématisme. Est-ce à dire qu'elles ont perdu leur simplicité attrayante au profit de la complexité et de l'incohérence ?

  • Part 6 — The Advent of Computer Based Mapping
    « L’avènement de la cartographie assistée par ordinateur ». Premier programme civil à avoir réussi à mettre au point un ordinateur en 1943, UNIVAC I a joué un rôle clé dans l'avènement de l'ère informatique. Il faut attendre les années 1960 pour que le Harvard Laboratory for Computer Graphics invente le système de cartographie synagraphique (SYMAP).

  • Part 7 — Those Views from Above…
    « Ces vues d’en haut…». C'est au cours de la Première Guerre mondiale qu'apparaissent les premières images prises par avion. En 1972, la NASA lance le premier satellite Landsat annonçant une nouvelle ère, celle de la télédétection terrestre depuis l'espace.

  • Part 8 — Oh Brother, Where Art Thou?
    « Oh frère, où es-tu ? ». Ce n'est qu'en 2016 que la pénétration mondiale des smartphones a dépassé les 50 %, on peut donc affirmer que cela ne fait que 8 ans que la majorité des gens sur cette planète sont capables de déterminer rapidement leur emplacement. Retour sur les techniques de positionnement, leur histoire et celles qui se profilent pour demain.

  • Part 9 — A Curious Phenomenon Called ‘Etak’
    « Un phénomène curieux appelé Etak ». En 1985, les systèmes de navigation GPS n'existaient pas encore. Etak Navigator, lors de sa sortie, en étant le premier système de navigation automobile au monde, faisait figure de produit révolutionnaire.

  • Part 10 — A Relentless Quest for Maps
    « Une quête incessante de cartes » revient sur l'histoire de Mapquest, un projet de 1996 qui semble déjà ancien. A son lancement, MapQuest ne fournissait même pas d'itinéraire. Il ne faisait qu'une chose : il affichait une carte statique pour une adresse, et seulement si cette adresse se trouvait aux États-Unis. Mais MapQuest savait où vous vouliez aller. MapQuest a donc été le premier site à proposer des publicités « géocentriques ». Les hôtels, les compagnies aériennes et les chaînes de restauration rapide ont adoré.

Pour compléter

Minds behind maps. « Les cartes sont partout. Internet a fait exploser le besoin de savoir ce qui se passe, où et quand. Ce sont les conversations avec des personnes derrière les cartes qui alimentent le monde moderne.  De longues conversations qui prennent le temps de poser le contexte et d'expliquer la complexité de ces projets ». Voir l'interview de James Killick, cartographe qui a travaillé sur le projet Mapquest, puis chez ESRI et Apple et qui administre le site Map Happenings.


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Une cartographie du génocide à Gaza (Forensic Architecture)


« Une cartographie du génocide : la conduite d'Israël à Gaza depuis octobre 2023 » (Forensic Architecture).

Depuis le début de la campagne militaire israélienne à Gaza en octobre 2023, Forensic Architecture collecte des données relatives aux attaques contre les civils et à la destruction des infrastructures par l'armée israélienne. L'analyse de ces activités révèle la destruction quasi totale de la vie civile à Gaza. Le site a collecté et analysé également les ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne dirigeant les civils palestiniens vers des zones de Gaza désignées comme « sûres ». Ces ordres ont entraîné des déplacements répétés et à grande échelle de la population palestinienne à travers Gaza, souvent vers des zones qui ont ensuite été attaquées par Israël.

Les conclusions de Forensic indiquent que la campagne militaire israélienne à Gaza est organisée, systématique et vise à détruire les conditions de vie et les infrastructures civiles nécessaires à la vie.

À cette fin, la plateforme « Une cartographie du génocide » et le rapport qui l’accompagne élaborent une cartographie complète de la conduite militaire à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Elle déploie une gamme de méthodes pour observer la manière dont les opérations militaires d’Israël ont engendré des dommages généralisés et suggère comment ces observations pourraient éclairer des évaluations plus larges de la conduite militaire d’Israël pendant cette période.

Le terme « génocide » est utilisé au sens du juriste polonais Raphaël Lemkin, dont la réflexion a été déterminante pour la définition formulée à l'article II de la Convention de 1948. Le génocide, selon Lemkin, signifie un plan coordonné d'actions visant à la destruction des fondements essentiels de la vie des groupes nationaux, dans le but d'annihiler ces groupes eux-mêmes.

Les résultats de plus d'un an de surveillance et de recherche sont disponibles en ligne :

Les données collectées et analysées permettent de mettre en évidence 6 catégories spécifiques de conduite militaire  :

  1. Contrôle spatial – le façonnage physique de Gaza selon une conception stratégique ;
  2. Déplacement – les déplacements répétés et forcés de civils et une évaluation des « mesures humanitaires » d’Israël ;
  3. Destruction de l’agriculture et des ressources en eau – destruction des champs, des vergers, des serres, des infrastructures agricoles et hydrauliques ;
  4. Destruction des infrastructures médicales – ciblage systématique des hôpitaux et du personnel de santé ;
  5. Destruction des infrastructures civiles – ciblage des services publics, des routes, des écoles, y compris celles servant d’abris, des édifices religieux et des bâtiments gouvernementaux ;
  6. Ciblage de l’aide – ciblage systématique des infrastructures et du personnel nécessaires au transport et à la distribution de l’aide humanitaire et à la préparation de la nourriture.

Forensic Architecture (FA) est une agence de recherche basée à Goldsmiths (Université de Londres). Sa mission est de développer, utiliser et diffuser de nouvelles techniques, méthodes et concepts pour enquêter sur la violence provenant d'États ou d'entreprises. L'équipe comprend des architectes, des développeurs de logiciels, des cinéastes, des journalistes d'investigation, des scientifiques et des avocats.

Voir aussi :

Liens ajoutés le 18 novembre 2024
Lien ajouté le 23 novembre 2024
Lien ajouté le 31 mai 2025

« Gaza : au-delà des chiffres, visualiser la tragédie » (Politis)
À Gaza, les morts se comptent par dizaines de milliers, mais les chiffres seuls n’ont plus de sens. Iels s’appelaient Amina, Youssef, Amna… Des vies brisées qu’il faut regarder en face, une à une... Selon les données les plus récentes fournies par le ministère de la Santé de Gaza, 50 020 personnes ont été tuées par les forces israéliennes entre le 7 octobre 2023 et le 23 mars 2025. Dans le document de 1516 pages, les 27 premières listent uniquement des enfants de moins d’un an. Ils sont 867. En tout, 15 613 mineurs sont présents dans le document déjà obsolète. Cette estimation ne prend en compte que les victimes dont le nom et l’âge ont pu être identifiés. Derrière ce chiffre vertigineux, il y a des êtres humains : femmes, hommes, enfants, nourrissons, personnes âgées. La majorité d’entre eux sont des civils. Pour rompre avec l’abstraction des bilans chiffrés, Politis propose une visualisation en trois volets, qui permet de redonner un nom, un âge et une individualité à chaque victime.

Lien ajouté le 5 octobre 2025

« Une crise environnementale hante les ruines de Gaza : les bombardements ont laissé des sols contaminés, des eaux noires et des tas d’ordures qui propagent maladies et pollution » (Bloomberg).

Lien ajouté le 15 octobre 2025

« Cartographie de la façon dont Israël a dévasté Gaza : routes, récoltes, villes entières et une population détruite » (El Pais)
67 139 personnes, dont plus de 20 000 enfants, ont été tuées au cours des deux dernières années à Gaza, où la plupart des bâtiments ont été attaqués et où presque toutes les récoltes ont disparu. Les cartes proposées par le journal El Pais illustrent l'évolution des destructions de bâtiments dans la bande de Gaza. Les universitaires Jamon Van Den Hoek et Corey Scher ont cartographié ces destructions en comparant des images satellite. Selon leur étude, 60 % des bâtiments ont été endommagés au cours des deux dernières années. Les données de l’Observatoire Shireen, qui a compilé les noms de plus de 61 000 victimes gazaouies à partir d’articles de presse et de témoignages familiaux, montrent que le pourcentage de décès dans chaque tranche d’âge est assez similaire à la répartition de la population civile de Gaza par tranche d’âge, c’est-à-dire que le profil des victimes correspond à celui de la population civile.

18 octobre 2025

« Raconter Gaza : un récit impossible » (France Culture).
Malgré l’accord de cessez-le-feu signé le 10 octobre 2025, l'accès à Gaza reste interdit aux journalistes étrangers. Depuis deux ans, ils dépendent de l’information transmise par les journalistes palestiniens, qui ont continué à couvrir la guerre malgré les risques extrêmes pour leur sécurité. Les journalistes internationaux n’ont pas le droit de pénétrer dans l’enclave et seuls les journalistes palestiniens ont pu couvrir les déplacements de foules et l’ampleur des bombardements, au péril de leur vie. Si certains journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur fonction, d’autres ont été victimes des bombardements et de la famine. Les difficultés rencontrées par les journalistes pour couvrir la guerre interrogent aussi la capacité des médias français à raconter Gaza avec les mots justes.

Lien ajouté le 3 décembre 2025

La documentariste Hélène Lam Trong, pour “Dans Gaza” : “Les journalistes sont devenus des cibles pour l’armée israélienne” (Télérama).
Grand reporter, Hélène Lam Trong, lauréate du prix Albert-Londres 2023, s’est lancée il y a deux ans dans un projet singulier : raconter, sans pouvoir se rendre sur place, le travail des journalistes de l’Agence France-Presse à Gaza. Exode de la population, secours aux blessés, alignements de linceuls, peur, impuissance et effroi général… : ces derniers ont documenté ce conflit avant d’être contraints à l’exil. Disponibles dans le fil de l’AFP, leurs images, incroyables, sont inédites car elles ont été peu reprises par les médias internationaux. Hélène Lam Trong en a tiré un film choc, avec leurs témoignages d’une force exceptionnelle.

Lien ajouté le 19 février 2026

« Que reste-t-il de Gaza ? » par Cécile Marin et Fanny Privat (Carte du Monde diplomatique).
Depuis octobre 2023, Gaza est méthodiquement détruite. Que reste-t-il de l’enclave palestinienne - et que révèlent ces transformations du territoire ? Une analyse cartographique très pertinente du Monde diplomatique. « La destruction ne frappe pas que l'habitat mais aussi les conditions matérielles de l'autonomie alimentaire de la subsistance. Autrement dit ce qui est atteint, ce sont non seulement des lieux, mais la possibilité même de produire, de se nourrir et de rester... Ici la géographie pose une question politique fondamentale : que signifie gouverner, administrer ou reconstruire un territoire dont les conditions mêmes de l'habitabilité ont été méthodiquement démantelées ? ». 


Voir le dossier du Monde diplomatique « Gaza, témoigner, comprendre, résister  » (Manière de voir). Plus de 71 000 morts, 170 000 blessés, un territoire détruit à 80 %. Gaza est un champ de ruines et de vies brisées. Ce numéro témoin rassemble les faits pour ne rien oublier, comprendre l’ampleur de la destruction et résister par la mémoire, en attendant que les coupables soient jugés.

Lien ajouté le 20 février 2026

Spagat, Michael et al. (2026). « Violent and non-violent death tolls for the Gaza conflict : new primary evidence from a population-representative field survey » [Bilan des morts violentes et non violentes liées au conflit de Gaza : nouvelles données primaires issues d'une enquête de terrain représentative de la population]. The Lancet Global Healthhttps://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(25)00522-4/

Des estimations fiables de la mortalité sont essentielles pour comprendre le coût humain des conflits. Le ministère de la Santé de Gaza a régulièrement mis à jour son bilan des décès violents dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, mais ces rapports ont suscité à la fois des critiques et des soutiens. Des estimations indépendantes des décès, qu'ils soient violents ou non, étaient nécessaires. Les auteurs ont mené une enquête auprès des ménages, représentative de la population, intitulée « Enquête sur la mortalité à Gaza » entre le 30 décembre 2024 et le 5 janvier 2025. Ils ont interrogé 2 000 ménages répartis dans 200 unités primaires d’échantillonnage, documentant l’état civil de 9 729 membres de ces ménages au 6 octobre 2023, ainsi que celui des nouveau-nés. L’échantillon a été stratifié selon le type de logement et le gouvernorat d’origine. Ils ont utilisé des méthodes de redressement pour ajuster les données en fonction des caractéristiques démographiques et calculé les intervalles de confiance par linéarisation de Taylor. L’échantillonnage a été réalisé dans les zones accessibles, les populations déplacées représentant les gouvernorats inaccessibles. Ils ont estimé à 75 200 le nombre de décès violents (IC à 95 % : 63 600–86 800) entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, ce qui représente environ 3,4 % de la population de la bande de Gaza avant le conflit. Les femmes, les enfants (moins de 18 ans) et les personnes âgées (plus de 64 ans) représentaient 56,2 % (IC à 95 % : 50,4–61,9) de ces décès, soit un total de 42 200 décès (IC à 95 % : 33 100–51 300). Ils ont également estimé à 16 300 le nombre de décès non violents (12 300–20 200), dont 8 540 (4 540–12 500) constituent un excédent de mortalité par rapport aux projections d’avant le conflit. Le chiffre du ministère de la Santé pour cette période (49 090 décès violents) est inférieur de 34,7 % à cette estimation centrale. Cette première enquête indépendante sur la mortalité dans la bande de Gaza révèle que le nombre de décès violents dépasse largement les chiffres officiels, tandis que la composition démographique des victimes correspond aux données du ministère de la Santé. Le nombre de décès non violents en excès, bien que conséquent, est inférieur à certaines projections. Ces résultats démontrent la faisabilité de la surveillance de la mortalité dans les zones de conflit actif et fournissent des données empiriques essentielles pour évaluer le véritable coût humain du conflit.

Lien ajouté le 30 avril 2026

« Gaza : MSF dénonce la privation systématique et délibérée d'eau qu'Israël continue d'infliger aux Palestiniens »  (Médecins Sans Frontières).

Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce la poursuite par Israël du génocide à Gaza, par la privation d’eau systématique et délibérée imposée à ses habitants. Dans un rapport, MSF appelle les autorités israéliennes à rétablir immédiatement un accès à l’eau suffisant pour les Palestiniens de Gaza. Les alliés d’Israël doivent user de leur influence pour que les entraves à l’aide humanitaire soient levées, notamment celles qui affectent les infrastructures hydrauliques. Le rapport de MSF, intitulé « L’eau comme arme : la destruction et la privation d’eau et d’assainissement par Israël à Gaza », montre que l’instrumentalisation répétée de l’eau par les autorités israéliennes relève d’un schéma récurrent, systématique et cumulatif. Elle vient s’ajouter aux meurtres directs de civils, à la destruction des structures de santé et à la démolition des habitations, provoquant des déplacements massifs de population. Ensemble, ces éléments témoignent d’une volonté de rendre la vie littéralement impossible aux Palestiniens de Gaza.  

Lien ajouté le 27 mai 2026

« Cartographie de la destruction de Gaza par Israël à partir d'archives numériques d'images de guerre »  (Genocide.live).

Genocide.live est un site web qui documente les crimes d'Israël en fournissant des données géolocalisées, les dates, les catégories de crimes et des images des incidents eux-mêmes. Il se veut "une immense archive numérique créée pour que justice soit faite". Une carte interactive associée à une base de données permet d'accéder aux événements et à leurs sources (recherche par lieux et par catégories d'événements).

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L'histoire par les cartes : histoire du quartier Richelieu à Paris (1750-1950)


Le site dédié au projet de recherche Richelieu. Histoire du quartier (1750-1950) est né de la collaboration de plusieurs institutions publiques situées au cœur du IIe arrondissement de Paris dont la BNF, l'Institut national d'histoire de l'art, l'École nationale des chartes, le Centre Allemand d'histoire de l'art DFK Paris, et le Centre André Chastel Sorbonne Université.

Ce projet étudie le patrimoine du quartier compris entre le Louvre, l’Opéra, la place des Victoires et les grands boulevards, communément désigné sous le nom de "Richelieu" , à travers ses dynamiques architecturales, humaines et économiques et en croisant des sources iconographiques et cartographiques.

La navigation s'effectue à partir de thèmes regroupant des documents iconographiques ou à partir de la carte qui permet d'identifier l'implantation des rues, des bâtiments, des jardins à l'échelle des parcelles cadastrales. La carte interactive donne un accès direct à chaque source avec son descriptif.

Site du projet de recherche Richelieu. Histoire du quartier (1750-1950).

Le project Richelieu donne accès aux données de la recherche produites et réutilisées, ainsi qu'au code et aux outils numériques produits, sous des licences libres. L'ensemble des données du projet sont disponibles sous licence Creative Commons CC BY-BC-SA 4.0, qui permet le partage, la réutilisation et la modification des données.

Pour accéder aux données brutes, une API est disponible et permet une réutilisation facile. Un datapaper est en cours de constitution pour faciliter la réutilisation des données du projet. Pour citer les données du projet :

Duvette, C., Thiroux, L., Gain, J., Kervegan, P., Akgönül, T., Dasilva, E., & Baranger, L. (2024). Richelieu. Histoire du quartier (données de recherche) (1.0). https://quartier-richelieu.inha.fr

L'intégralité des outils produits par le projet Richelieu sont accessibles sur le dépôt GitLab de l'INHA. Plus spécifiquement, le code du site est disponible à cette adresse. Le code produit par le projet Richelieu est rendu disponible sous la licence libre GNU GPL v. 3.0. Pour citer le site :

Kervegan, P., Hervieu, M., Duvette, C., Thiroux, L., Gain, J., Akgönül, T., Dasilva, E., & Baranger, L. (2024). Richelieu. Histoire du quartier (site) (1.0). 2024-11. https://gitlab.inha.fr/snr/rich.data/application

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L'histoire par les cartes : Atlas historique du Ciel




Toutes les sociétés ont cherché à comprendre l’Univers. Les premiers passionnés du ciel étaient aussi bien mathématiciens que philosophes, horlogers que navigateurs. Ils s’appelaient Thalès, Ptolémée, Al-Khwarizmi, Kepler, Galilée, Newton, Shoujing, Einstein, Herschel, Hubble… Grâce à eux, nous envoyons aujourd’hui des fusées dans l’espace, nous explorons la Lune et les planètes, nous cherchons à savoir s’il existe une vie extraterrestre… Cet atlas raconte l’histoire des découvertes de ces hommes et de ces femmes, connus ou anonymes, qui sur tous les continents ont participé à cette formidable épopée. Avec le concours de Sciences et Avenir/La Recherche, Pierre Léna et Christian Grataloup ont réuni les meilleurs chercheurs (physiciens, anthropologues, historiens, astronomes…) pour rendre accessibles 6000 ans de découvertes. Un atlas qui est autant un livre d’histoire qu’un livre de science.

Pour la sortie en librairie de l'Atlas historique du Ciel de Christian Grataloup et Pierre Lena, les éditions Les Arènes présentent plusieurs double-pages :
Christian Grataloup : « Il est urgent d'avoir une vision du ciel comme on l'a de l'Antarctique » (Radio France).
« L’Atlas historique du ciel relate les découvertes humaines qui ont contribué à notre connaissance du ciel, de Copernic, "celui qui dit non, il faut mettre le soleil au centre", à Einstein, grâce à qui "on va s'apercevoir que les lumières que l'on voit sont des informations qui viennent à des dates différentes". [...]. Le ciel, nous ne le voyons presque plus alors que ce fut un spectacle familier, une interrogation quotidienne pour pratiquement tous les hommes jusqu'à une période très récente », rappelle Christian Grataloup. « Nous qui vivons dans des villes illuminées, on ne voit plus le ciel [...] Cet atlas est sorti au moment où est parue une comète nommée Tsuchinshan-Atlas. Beaucoup ne l’ont pas vu ou seulement sur des écrans... Inquiétude de ne plus voir le ciel vu de la Terre à cause des satellites d’Elon Musk. Au-delà de 100 km, c’est le Far West ». #BlancsDesCartes

« Satellite Starlink ou météore : quel était l’objet lumineux vu dans le ciel en France ? » (Numerama). La lumière qui a traversé le ciel français le mardi 27 août 2024 était bien due au retour sur Terre de l'un des 6000 satellites Starlink d'Elon Musk. Il pourrait en envoyer jusque 40 000 dans l'espace.

« Le ciel vu des Missions » (Esquisa Fapesp).
Avec des télescopes fabriqués avec le peuple Guarani du sud du Brésil, le jésuite Buenaventura Suárez a observé avec précision les éclipses lunaires et solaires et les lunes de Jupiter auXVIIIème siècle.

L'Atlas Coelestis de John Seller (1700) est l'un des premiers atlas céleste de poche et le premier atlas céleste publié en Angleterre. C'est grâce aux progrès de l'astronomie que les bases de la géographie vont être posées au XVIIIe siècle, notamment à travers la fixation des grands repères (voir par exemple l'Atas Coelestis de Johann Gabriel Doppelmayr, 1742)

« Atlas international des nuages et des types de ciels » (Office international météorologique, 1939).
La première classification des nuages qui ait été publiée ne remonte qu'au début du XIXe siècle et est due à Lamarck (1802). Le célèbre naturaliste ne se proposait pas de classer tous les nuages possibles. La Conférence Météorologique Internationale, tenue à Munich en 1891, recommanda expressément une classification et accrédita un Comité spécial chargé de la mettre au point définitivement et de la publier avec illustrations sous forme d'Atlas.

L'Atlas Farnèse est une sculpture en marbre du IIe siècle après JC. C qui s'inspire d'un original hellénistique. C'est la plus ancienne représentation du globe céleste avec un total de 42 constellations.

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Quand les cartes révèlent les frontières fantômes


Certaines frontières continuent à vivre après leur mort. Dans son ouvrage, Les Provinces du temps. Frontières fantômes et expériences de l’histoire (2023), Béatrice von Hirchhausen piste les traces qu’elles laissent dans nos imaginaires géographiques et qui structurent l’expérience politique - présente et future. 

« La frontière fantôme désigne les traces laissées par des frontières défuntes dans les sociétés contemporaines et dont on repère l’actualisation fluctuante dans des cartes exprimant des choix sociétaux... L’intuition de ce concept vient d’une question qui m’obsède depuis longtemps, celle des longues durées, des traces du passé et des rémanences que j’observais dans les paysages et sur les cartes de l’Europe centrale et orientale [...]  J’en suis effectivement venue à réserver le terme "fantôme" aux traces que l’on observe dans les cartes qui engagent les choix des acteurs locaux. Ce sont par exemple les cartes électorales. Quand on prend les cartes électorales depuis les élections libres de Pologne de 1989, on voit apparaître une géographie structurée entre les trois anciens empires qui se partageaient ce territoire. On voit même apparaître quatre blocs car la partie de l’ancien empire allemand qui n’a été intégrée au territoire polonais qu’après 1945 présente un visage singulier. Ces cartes électorales sont compliquée à expliquer ». Source :  « Traverser les frontières fantômes, une conversation avec Béatrice von Hirschhausen » (Le Grand Continent)

« La métaphore de la "frontière fantôme" permet à l’auteure d’enquêter sur l’apparition de discontinuités d’ordre géoculturel, celles-ci pouvant à la fois relever du passé et des circonstances présentes, de la réalité et des imaginaires. En même temps, la métaphore du fantôme se démarque d’autres métaphores utilisées pour traiter des longues durées géographiques, comme les « prisons de longue durée » dont parlait Fernand Braudel.Les frontières fantômes peuvent être définies comme des "traces de territorialités défuntes dans les sociétés contemporaines". Avec un travail de terrain, la géographe montre que ces frontières sont liées à des géorécits, des récits articulés à l’espace ». (CR des Cafés géographiques)

Béatrice von Hirchhausen (2023). Les Provinces du temps. Frontières fantômes et expériences de l’histoire ( 2023), CNRS éditions.

Les cartes électorales de l’Ukraine et de la Pologne de ces dernières décennies ont souvent donné à voir le dessin des empires passés qui s’étaient partagé ces territoires. Les frontières fantômes sont ces traces laissées par des entités politiques défuntes dans les pratiques sociales contemporaines. Comment et pourquoi des limites territoriales, qui n’ont plus de réalité politique, peuvent-elle réapparaître après plusieurs générations ? Pourquoi semblent-elles s’être imprimées dans l’esprit des gens ?
C’est à partir de terrains menés en Europe centrale et orientale, et notamment en Roumanie, que Béatrice von Hirschhausen, directrice de recherche au CNRS au laboratoire Géographie-cités, tente de comprendre ce phénomène fascinant. Sillonnée d’anciennes frontières d’empires, la région permet d’observer certains de leurs fantômes. Elle offre un véritable laboratoire pour étudier la production des espaces : entre histoire et culture, entre routines et imaginaires. Cette analyse géographique de l’action individuelle comme des attitudes collectives, montre comment les sociétés se pensent à partir de l’espace. Elle permet d’expliquer des comportements non par un « nous » identitaire ou par des mentalités mais par des conventions locales plus ou moins stables : « ici, on fait comme ça ». Une réflexion neuve sur les différences culturelles.

Justine Tentoni, « A la recherche des frontières effacées ». A propos de Béatrice Von Hirschhausen, Les Provinces du temps. Frontières fantômes et expériences de l'histoire (Non fiction)

À (re)lire : un très beau numéro de la revue L'Espace géographique sur  « Frontières fantômes et ambivalence des espaces d’identification ».

« Religion et frontières fantômes en Europe de l’Est » (Geographie-cités).

L’Europe de l’Est reste traversée par les frontières fantômes des empires défunts. Ce legs ne vaut que par son actualisation dans le présent, et par rapport au futur espéré, attendu ou redouté. Certaines de ces frontières fantômes sont d’ordre religieux. Entretien Avec Béatrice von Hirschhausen, directrice de recherche au CNRS, membre de l’UMR Géographie-cités, membre du Centre Marc Bloch (Berlin), dans le cadre de la série « A Point nommé (Chaire « Yves Oltramare – Religion et politique dans le monde contemporain ») de Jean-francois Bayart, Geneva Graduate Institute, 22 mars 2023.

(Re)écouter le podcast « Avez-vous déjà franchi une frontière fantôme ? » (Géographie-cités)
Les frontières fantômes : l’exemple des cartes électorales en Pologne : Visio-conférence de Beatrice Von Hirschhausen / Traduction en russe : Ivan Savchuk @EHESS_fr

« Les frontières fantômes, un nouveau concept pour penser le mur dans les têtes ? » (Revue Abibac)

« Avez-vous déjà franchi une frontière fantôme ? » (Radio France)

« On a vu des frontières fantômes apparaître, par exemple au moment des élections en Allemagne. Sur la carte, les territoires de l'ancienne RDA affichaient des votes très spécifiques. La frontière fantôme est une frontière politique qu'on voit réapparaître dans certaines circonstances, soit dans le paysage, soit dans des attitudes et des pratiques sociales »

Nous sommes en 2023, 109 ans après le début de la Première Guerre mondiale, et pourtant les frontières impériales d’avant la Première Guerre mondiale sont toujours visibles sur la carte électorale de la Pologne – et sur bien d’autres, d’ailleurs. Par Szymon Pifczyk, @sheemawn

C'est le fantôme du passé de la Pologne. Les Polonais appellent ce type de carte « widać zabory » (partition visible).

Vous avez peut-être vu récemment un gif animé montrant le retard de l’Allemagne de l’Est. Même si le communisme a un rôle à jouer dans ce retard, ce n’est pas le seul facteur. Il s’avère que l’Allemagne de l’Est était différente du reste de l'Allemagne avant même d'être communiste.
Lien ajouté le15 janvier 2025

Frontière fantôme. Les élections présidentielles roumaines de 2014 reproduisent les limites de l'Europe ottomane de 1876 (source : Reddit).

Ce type de carte donne l'impression que le schéma des élections modernes est influencé par les anciennes frontières de l'Empire ottoman. Alors que les deux phénomènes pourraient avoir une cause commune, à savoir des frontières naturelles comme les Carpates qui ont défini les limites de l'expansion ottomane et influencent encore aujourd'hui le paysage politique à leur manière ( opposition rural/urbain et tendance correspondante dans le comportement électoral).


La carte de l'Empire austro-hongrois (1867-1918) superposée aux résultats des élections présidentielles de 2014 en Roumanie (source : Reddit)

Lien ajouté le 23 janvier 2025
Lien ajouté le 20 février 2025
Lien ajouté le 16 avril 2026

« La frontière viking invisible de l'Angleterre » (MapPorn). Une frontière tracée il y a plus de 1000 ans apparaît encore aujourd'hui dans les noms de villes et de villages à travers l'Angleterre.

La ligne pointillée sépare grosso modo la partie viking (avec des suffixes en -by, -thorpe, -toft) et la partie anglo-saxonne (avec des suffixes en -ton, -ham, -ford). La domination viking était en effet plus forte au nord et à l'est de l'Angleterre. C'est là que les éléments toponymiques vieux norrois se sont profondément enracinés. La carte fait l'objet de discussions sur le forum MapPorn. D'une part le Pays de Galles apparaît en orange, alors qu'il n'était pas anglo-saxon (deméeuré celte). D'autre part, on observe de nombreuses exceptions avec des toponymes viking répertoriés à l'ouest et à l'inverse des toponymes anglo-saxons à l'est de cette frontière fantôme (voir cette carte Google Maps qui recense en détail les toponymes anglais en fonction de leurs différents suffixes).


Lien ajouté le 24 avril 2026

Toutes les frontières sont discutables, c'est pour cela qu'on devrait souvent les représenter en pointillés sur les cartes. "Border Message" ou l'humour façon Randall Munroe...

Border Message (source : © xkcd)


Lien ajouté le 4 mai 2026

« Carte des religions en Allemagne par Land : protestants, catholiques et personnes sans religion » (Brilliant Maps).

La différence significative de religiosité entre l'ancienne Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest peut être attribuée à plusieurs facteurs historiques, politiques et sociaux. Et ce qui est encore plus intéressant, c'est que cette division remonte à la fin de la guerre de Trente Ans en 1648.


Lien ajouté le 6 mai 2026

« Quand une journaliste-cartographe du Monde se rend au Somaliland pour dessiner cet "État qui n’existe pas" » (Le Monde).

Francesca Fattori et Noé Hochet-Bodin, journalistes au Monde, racontent le Somaliland par l’enquête et le croquis. Leur reportage montre comment une carte peut rendre visible un État non reconnu, entre frontières, port stratégique et rivalités. Le Somaliland s’est déclaré indépendant de la Somalie en 1991, mais demeure presque absent de la reconnaissance internationale. La reconnaissance annoncée par Israël le 26 décembre le fait entrer dans un jeu diplomatique où exister suppose d’être validé par d’autres. Le trajet vers Hargeisa révèle déjà la géopolitique du non-reconnu. Il faut une invitation somalilandaise, mais aussi un visa somalien exigé depuis septembre, alors que Mogadiscio n’exerce plus de contrôle réel sur le territoire depuis une génération. L’Éthiopie, voisine et proche du Somaliland, facilite l’accès sans franchir le seuil de la reconnaissance. Les Émirats arabes unis offrent une autre voie, mais la guerre Iran-Israël de février 2026 rappelle que chaque route dépend d’équilibres régionaux instables. Sur place, une vingtaine d’entretiens et trois reportages donnent chair au territoire. Une maternité rurale, un refuge pour guépards arrachés au trafic et Berbera, grand port littoral, dessinent un espace à la fois quotidien, fragile et très stratégique. Berbera concentre les promesses économiques et les inquiétudes géopolitiques. Le port ouvre le Somaliland sur la mer Rouge et les échanges mondiaux, tandis que les Émirats y développent discrètement des infrastructures militaires, désormais plus sensibles depuis la reconnaissance israélienne. La carte devient un outil d’enquête, pas seulement une image finale. Un croquis tracé sur un carnet, près du port, ouvre parfois la conversation, là où une photographie aérienne ou une image satellite peut susciter soupçon, contrôle et peur de l’espionnage. Le dossier final mobilise cinq cartes, dans l’esprit du diatope d’Yves Lacoste. Changer d’échelle permet de relier Hargeisa, Berbera, la Corne de l’Afrique, la mer Rouge et les puissances extérieures qui transforment ce territoire en objet géopolitique. Le terrain oblige à reconsidérer la frontière. La ligne Somaliland-Somalie est souvent effacée, car elle n’apparaît pas sur les cartes de l’ONU. Mais trente-cinq ans d’institutions, de visas, de routes et d’administrations rendent cet effacement moins évident. Cette expérience rappelle qu’une carte n’est jamais un simple décor. Les mots corridor, hub ou axe peuvent masquer des projets politiques plus que des réalités. Le terrain aide à voir ce que les données effacent dans les territoires vécus. 

Lien ajouté le 15 mai 2026

« La ceinture verte européenne qui suit le corridor de l'ancien rideau de fer » (Brilliant Maps).

La ceinture verte européenne est l'épine dorsale d'un réseau écologique paneuropéen qui s'étend sur 12500 kilomètres, de la mer de Barents au nord aux mers Adriatique et Noire au sud. Suivant le tracé de l’ancien rideau de fer, elle relie 3 272 zones protégées, dont 40 parcs nationaux. Paradoxalement, ce symbole de conflit et de misère humaine s'est révélé une aubaine pour la nature. La création de cette bande de terre largement préservée de toute occupation et développement humain est devenue un refuge pour de nombreuses espèces d'oiseaux, d'animaux et de plantes, dont certaines sont très rares. L'idée d'une ceinture verte paneuropéenne a été formulée formellement pour la première fois en 2002 et a été établie lors d'une conférence internationale à Bonn en 2003, à laquelle ont participé environ 150 organisations gouvernementales et non gouvernementales qui ont convenu de fusionner diverses initiatives régionales existantes en une initiative européenne commune sous les auspices de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Plus d'informations sur site web de la ceinture verte européenne.

Carte de la ceinture verte européenne (source : Smaack via Wikimedia)


Lien ajouté le 21 mai 2026

Cartes, frontières fantômes et mémoire de la 2e Guerre mondiale :

« Pouvez-vous tracer la frontière des Sudètes ? Les cartes montrent qu’elle est encore visible en République tchèque aujourd’hui » (e15.cz).



Une étude examine le sujet en détail. Selon les chercheurs, le déplacement de la population d'origine a interrompu la continuité culturelle et sociale et a conduit à l'émergence d'une nouvelle société aux multiples facettes, sans traditions ni valeurs partagées :

Netrdová, P., Korčák, M. et Nosek, V. (2024). « Measuring and mapping the existence of phantom borders at a local scale: example of Sudetenland in Czechia » [Mesure et cartographie de l’existence de frontières fantômes à l’échelle locale : l’exemple des Sudètes en République tchèque]. Journal of Maps, 20 (1). https://doi.org/10.1080/17445647.2023.2300260

On en trouve des traces encore très vives dans l'histoire et la mémoire :
- "En Tchéquie, une réunion d’Allemands des Sudètes réveille de vieux démons" (Le Monde)
- "A Brno, la tenue du congrès des Allemands des Sudètes ravive une mémoire toujours à vif" (Radio Prague International)


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