Source : Les stations de montagne face au changement climatique (Rapport de la Cour des comptes, février 2024)
Synthèse du rapport
Si la France est une destination majeure pour le tourisme hivernal (2e rang mondial après les Etats-Unis), le modèle économique du ski français s’essouffle. Ce phénomène est accentué par le changement climatique qui se manifeste en montagne de manière plus marquée qu’en plaine, avec une hausse des températures, en accélération depuis les années 2010. Inégalement vulnérables en fonction de leur exposition au risque climatique, du poids de l’activité économique et de la surface financière de l’autorité organisatrice, toutes les stations seront plus ou moins touchées à horizon de 2050. Quelques stations pourraient espérer poursuivre une exploitation au-delà de cette échéance. Celles situées au sud du massif des Alpes seront en revanche plus rapidement touchées que les autres. Avec une gouvernance centrée sur l’échelon communal et des regroupements insuffisants, l’organisation actuelle ne permet pas aux acteurs de la montagne de s’adapter aux réalités du changement climatique à l’échelle d’un territoire pertinent. Afin de permettre l’adaptation dans une approche non concurrentielle, les très fortes inégalités entre stations et le montant important des fonds publics déjà mobilisés justifieraient la mise en place d’une solidarité financière entre collectivités. Ainsi, devrait être mis en place d’un fonds d’adaptation au changement climatique destiné à financer les actions de diversification et de déconstruction des installations obsolètes, alimenté par la taxe locale sur les remontées mécaniques.
Récapitulatif des recommandations
Mettre en place un observatoire national regroupant toutes les données de vulnérabilité en montagne accessibles à tous les acteurs locaux (ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires).
Faire évoluer le cadre normatif afin que les autorisations de prélèvements d’eau destinés à la production de neige tiennent compte des prospectives climatiques (ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires).
Formaliser des plans d’adaptation au changement climatique, déclinant les plans de massifs prévus par la loi Climat et résilience (autorités organisatrices, ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires).
Conditionner tout soutien public à l’investissement dans les stations au contenu des plans d’adaptation au changement climatique (ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, régions, départements).
Mettre en place une gouvernance des stations de montagne ne relevant plus du seul échelon communal (ministère de l’intérieur et des outremer, collectivités territoriales).
- Mettre en place un fonds d’adaptation au changement climatique destiné à financer les actions de diversification et de déconstruction des installations obsolètes, alimenté par le produit de la taxe sur les remontées mécaniques (ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, ministère de l’économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique).
Données disponibles sur les stations de ski
S'il n'existe pas encore de véritable observatoire national permettant de regrouper toutes les données, le site du Stationoscope du massif des Alpes permet d'obtenir des informations sur les types de station, leurs altitudes moyennes, leurs remontées mécaniques, leur mode de gestion. Les données téléchargeables sous forme de fichier Excel concernent l'ensemble des massifs montagneux en France.
Aperçu de l'interface de consultation du site du Stationoscope du massif des Alpes

Une base mondiale des stations de ski est disponible sur le site Openskimap, qui reprend les données collaboratives d'OpenStreetMap. Concernant les stations en Europe, l'Agence européenne de l'environnement fournit une cartographie des massifs montagneux en Europe (fichier shp à télécharger). Le site Esquiades.com, quant à lui, rassemble les cartes de grands domaines skiables dans le monde. Pour compléter
« Les stations de ski vont-elles disparaître avec le réchauffement climatique ? » (Huffington Post). Une nouvelle étude donne l’alerte sur l’avenir des stations de ski européennes avec le réchauffement climatique. L’étude publiée dans Nature Climate Change (Le changement climatique exacerbe les défis liés à la neige, à l'eau et à l'énergie pour le tourisme de ski européen) n’annonce rien de bon pour celles situées sur le continent européen. Elles représentent la moitié des stations de ski dans le monde et sont toutes menacées par la raréfaction de la neige à cause du réchauffement climatique. Dans un scenario à +4 °C, la quasi-totalité d’entre elles devraient faire face à un manque de neige malgré l’utilisation de la neige artificielle.
François, H. et al. (2025). Enneigement des massifs montagneux et stations de sports d’hiver dans une France à +2,7 et +4 °C, La Météorologie, 129, 46-55. Cet article synthétise l'évolution de l'enneigement dans les massifs montagneux français et ses conséquences pour les stations de sports d'hiver, dans le cadre de la trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (Tracc), qui considère des niveaux de réchauffement national de +2,7 °C et de +4 °C, depuis la période préindustrielle, en 2050 et 2100, respectivement
« Dans les Alpes, des vacances au ski de plus en plus élitistes » (Le Monde). Des résidences et des commerces plus luxueux, des forfaits de plus en plus chers, des prix de l’immobilier prohibitifs. Avec la « montée en gamme » des grandes stations d’altitude, la clientèle française ne cesse de se réduire.
« Les stations de ski fantômes : mythes et réalité d’un angle mort de la géographie du tourisme » par Pierre-Alexandre Metral (
Les Cafés géographiques). La « fin touristique » : normalité ou anomalie ? Pourquoi un domaine skiable ferme-t-il ? Quelle est la géo-histoire du phénomène de fermeture ? Les stations fantômes sont-elles réellement des stations ? Une incarnation de la station fantôme : la friche touristique. Vers la fin des friches touristiques ? La reconversion des anciennes stations de ski.
« Dans les Hautes-Alpes, les stations de ski à l’épreuve du changement climatique » (
The Conversation). Une diversification ski-centrée. Une diversification hésitante. Des usages spontanés par les usagers.
« Les stations de ski survivent au changement climatique. Avec plus d'argent et moins de neige » (
Bloomberg). Les stations de ski disposant de plus de ressources financières, situées à une altitude plus élevée ou dont la plupart des pistes sont orientées vers le nord sont en principe mieux placées pour résister aux chocs du réchauffement climatique, selon une étude. Le changement climatique n’est donc pas la fin pour l’industrie, mais seuls les plus aptes survivront.
« Production de neige : le piège de la dépendance pour les stations de ski ? » (
The Conversation). Dans un
article scientifique récemment publié, les auteurs ont décrypté les mécanismes de dépendance présents dans l’industrie des sports d’hiver vis-à-vis de cette production de neige. Voici les principaux enseignements de notre recherche.
« On ne peut pas abandonner le ski : dans les Pyrénées-Orientales, la station de Font-Romeu à fond sur la neige artificielle » (
France Info). Dans un département confronté à une sécheresse historique, la station réalise une de ses meilleures saisons. Et compte sur ses canons pour survivre jusqu'en 2050.
« Les stations de ski, c’est fini ? » (
France Culture). "Partir à la neige", c’est peut-être bientôt terminé. Changement climatique, disparition de la neige, sites inadaptés, la période de gloire des stations touche-t-elle à sa fin ? Et pourquoi les politiques de l’après-guerre ont-elles vendu à tout prix le rêve des fameuses vacances à la neige ?
« Avec les JO d’hiver 2030, les Alpes sont sur la mauvaise pente » (
Libération). En concentrant les moyens sur une infime partie du massif pour seulement quinze jours de compétition, les Jeux risquent d’aggraver les fractures territoriales et freiner l’adaptation de la région au réchauffement climatique. Un total contresens, estime la présidente de l’ONG Mountain Wilderness France, Fiona Mille.
« Du blanc sur beaucoup de vert, l'image des stations avec neige artificielle en hiver » (
France Inter).
« Dessinateur de pistes : un métier qui sent bon le sapin » (
Graphein). Pierre Novat est le dessinateur de plans de pistes de ski français. De l'autre côté de l'Atlantique, même métier pour un seul et unique homme à l'origine des plans des meilleures pistes de ski américaines : James Niehues.
« Cartes en 3D des grands domaines skiables dans le monde » (
Esquiades.com).
Liens ajoutés le 22 novembre 2025« Visualisez les 204 domaines de ski fermés depuis 1950 dans les massifs français » (
France-Info).

Il s'agit essentiellement de petits sites en difficultés économiques, dans un contexte de réchauffement climatique et de baisse de l'enneigement en basse et en moyenne montagne. Les données proviennent des recherches du géographe Pierre-Alexandre Metral, dans le cadre d'une thèse soutenue en 2025. Ce chercheur de l'université de Grenoble a recensé les pistes de ski abandonnées dans les massifs français. Un travail inédit. "Quand j'ai commencé en 2018, je me suis aperçu qu'il y avait une profonde méconnaissance du sujet, aussi bien du côté de la recherche que de celui de la filière. Personne ne disposait d'une liste des stations fermées. Pas même les services de l'Etat", explique Pierre-Alexandre Metral. Le géographe a donc dressé cet inventaire en s'aidant de témoignages déposés sur des forums internet, de cartes postales, d'ouvrages anciens, de cartes topographiques, d'images aériennes et de témoignages de terrain.
Pierre-Alexandre Metral (2025).
La montagne désarmée, une analyse des trajectoires territoriales des stations de ski abandonnées françaises. Thèse de doctorat de Géographie. Université Grenoble Alpes,
https://theses.hal.science/tel-05140065v1
Loin des grands domaines skiables alpins faisant la renommée du ski français à l’échelle internationale, des dizaines de petits stades de neige de la moyenne montagne, bien secondaire dans la hiérarchie tacite des stations, ont été contraints de cesser leurs exploitations de manière définitive, mettant fin à une brève aventure locale dans « l’or blanc ». Longtemps négligés par les observateurs, ces modestes sites mis à l’arrêt ont récemment attiré l’attention des médias, suscitant nombre de controverses faute d’un phénomène de fermeture encore peu maîtrisé, ouvrant ainsi la voie aux exagérations. Partant de cette situation à la fois « floue » et d’actualité, cette thèse de doctorat porte l'ambition d'améliorer la compréhension de cet objet de recherche atypique et encore peu interrogé par la géographie du tourisme. Le questionnement général posé par cette recherche examinera les significations susceptibles d'être attribuées au mouvement français de « sortie du ski » suivant deux approches distinctes. La première lecture est purement géo-historique. À partir d’un recensement inédit des centres de ski français mis à l’arrêt, cette thèse souhaite caractériser le profil des sites ayant renoncé au ski, mesurer les évolutions de la dynamique de fermeture au cours du temps et identifier les incidences géographiques produites par la disparition des micro-développements sur la carte nationale du ski. Cette relecture de la grande histoire du ski par le prisme « désaménagiste » porte l'ambition de mieux appréhender la place des mises à l’arrêt au sein dans le cycle de vie général du ski, en tant que produit touristique. En ce sens, cette thèse vise à déterminer si la fermeture est une dynamique « ordinaire » du tourisme de neige, ou si elle esquisse un déclin plus généralisé du ski alpin. La seconde approche est territoriale, étayée par différents cas d’étude. Elle cherche à comprendre les facteurs ayant participé à l’obsolescence des exploitations et à mesurer les incidences induites par la « fin du ski » sur les territoires supports. Cette thèse souhaite enfin porter un regard approfondi sur trajectoires territoriales de « l’après-ski », confrontant les réalités du terrain à la représentation médiatique omniprésente de la « station de ski fantôme », souvent consacrée comme paysage inévitable du phénomène de fermeture. En dressant un ensemble de trajectoires post-touristiques caractéristiques, cette thèse souhaite relativiser le regard dépréciatif du renoncement au ski en l’envisageant plutôt comme un mode singulier de la transition récréative en montagne. Ainsi s’observeraient sur les cendres du ski disparu les signaux faibles de la montagne du futur ; les centres de ski fermés comme laboratoires du tourisme de demain.
Lien ajouté le 25 janvier 2026Alexandre Tannai, « Quelle transition écologique du tourisme hivernal dans les territoires de montagne français ? »,
Géoconfluences, janvier 2026.
Le géographe Alexandre Tannai (Cittanova) analyse la transition écologique du tourisme hivernal dans les montagnes françaises. Il interroge la viabilité du modèle du ski face au changement climatique et compare les trajectoires des massifs. Le tourisme de montagne repose sur un héritage du XXe siècle centré sur le ski alpin. En France, il représente 82% du chiffre d’affaires touristique montagnard, avec 250 stations, 10 millions de touristes par an et près de 140.000 emplois, mais une forte dépendance à la neige. Le réchauffement climatique fragilise ce modèle. Une hausse moyenne de 1 à 2°C suffit à menacer l’enneigement et la biodiversité alpine. Le recul des glaciers, la mortalité forestière (+54% pour les sapins en dix ans) et les sécheresses accentuent la vulnérabilité territoriale. Les effets varient selon les massifs. Alpes et Pyrénées, très spécialisées dans le ski, sont les plus exposées. Jura, Vosges, Massif central ou Corse disposent d’une offre plus diversifiée, combinant randonnée, VTT ou tourisme estival, offrant des marges d’adaptation plus importantes. La transition écologique implique une recomposition des modes d’habiter et de produire. Dans le tourisme, elle passe par la diversification des pratiques, la valorisation des patrimoines naturels et une gouvernance renouvelée, afin de construire des trajectoires territoriales plus résilientes. Certaines stations anticipent cette mutation. À Métabief, des projections climatiques montrent la fin du ski alpin vers 2050. Le territoire engage une transformation en station de montagne quatre saisons, associant élus, habitants et acteurs économiques dans une démarche collective. Les politiques publiques accompagnent ces transitions de manière inégale. Le programme Avenir Montagnes mobilise 330 M€ et soutient 669 projets, majoritairement portés par les collectivités. Toutefois, la dépendance aux infrastructures lourdes et la concurrence entre territoires persistent. La transition du tourisme montagnard est nécessaire mais différenciée. Elle dépend du degré de spécialisation au ski, des ressources locales et de la gouvernance. Les montagnes deviennent ainsi des laboratoires territoriaux des adaptations à l’Anthropocène.
Lien ajouté le 31 janvier 2026
Valérie Masson-Delmotte et Nicolas Nova, « Montagnes en transition : regards croisés d’une climatologue et d’un anthropologue »,
Revue de géographie alpine, Transitions,
http://journals.openedition.org/rga/16216
Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au CEA et membre du Ht Conseil pour le climat, et Nicolas Nova, anthropologue à la Haute École d’art et de design de Genève, croisent leurs regards sur les montagnes comme laboratoires du changement climatique. Les montagnes concentrent et accélèrent les effets du réchauffement. Recul des glaciers, baisse de l’enneigement, déstabilisation des sols gelés modifient les paysages et les risques. Ces milieux révèlent plus vite qu’ailleurs les impacts climatiques globaux. La connaissance scientifique reste difficile en altitude. Le relief complique la modélisation climatique. Pour comprendre les phénomènes montagnards, il faut des données fines, parfois à l’échelle du kilomètre, encore rares pour le cycle de l’eau ou les vents. L’article insiste sur le décalage entre rapidité des transformations et lenteur des réponses. En montagne, l’adaptation reste souvent incrémentielle. Les stations de ski cherchent à maintenir les modèles existants, créant des effets de verrouillage territorial. Les transformations climatiques provoquent un sentiment de perte. Disparition de glaciers, mutation des paysages, fragilisation des pratiques agricoles et touristiques affectent les identités locales. Ces pertes écologiques et culturelles sont parfois irréversibles. Valérie Masson-Delmotte et Nicolas Nova soulignent l’importance de la justice sociale. Les impacts ne touchent pas tous les habitants de la même manière. Accès à l’eau, conflits d’usages et dépendance économique au tourisme accentuent les vulnérabilités territoriales. La science est appelée à devenir transformative. Au-delà de l’alerte, climatologues et sciences sociales doivent accompagner les territoires, éclairer les rapports de force, produire des outils de médiation et aider à construire des trajectoires collectives. La transition en montagne est autant sociale que climatique. Penser l’avenir implique d’articuler savoirs scientifiques, expériences locales et choix politiques pour transformer durablement les territoires face au changement climatique.