La carte, objet éminemment politique : peut-on évaluer la qualité d'une démocratie ?


Le 2 février 2021, le journal The Economist a publié une carte qui a suscité beaucoup de débats et de réactions sur Internet. Celle-ci montre un recul général des libertés démocratiques dans le monde au cours de l'année 2020. D'aucuns y voient la preuve d'une remise en cause de nos démocraties sur fond de pandémie et de montée des autoritarismes. D'autres tentent de nuancer l'analyse en discutant les critères utilisés, notamment autour de la notion d'indice de perception de la démocratie.

La source : « Global democracy has a very bad year » (The Economist)
http://www.economist.com/graphic-detail/2021/02/02/global-democracy-has-a-very-bad-year

 Indice de démocratie 2020 pour 167 pays selon 60 indicateurs (source : The Economist)


Le site de data visualisation Statista en a tiré une infographie intégrable sur un site.

1) Un recul général des libertés démocratiques dans le monde en 2020

L'enquête conduite chaque année par The Economist Intelligence Unit (EIU) évalue l'état de la démocratie sur la base de cinq critères : processus électoral et pluralisme, fonctionnement du gouvernement, participation politique, culture politique et libertés civiles. A partir de ces critères, on observe que seuls 8,4% de la population mondiale vit dans une démocratie "complète", tandis que plus d'un tiers vit sous un régime autoritaire. Le score global de 5,37 sur 10 est le plus bas enregistré depuis le début de l'indice créé en 2006 par l'EIU. Les confinements et autres mesures de contrôle imposés par les gouvernements  ont conduit à un énorme recul des libertés civiles en 2020, entraînant des déclassements pour la majorité des pays. La pandémie n'a pas pour autant mis fin aux engagements politiques et citoyens. Le taux de participation à l'élection présidentielle américaine a été le plus élevé depuis 120 ans et le pays a enregistré son meilleur score de participation politique depuis le début de l'indice. Mais la confiance du public dans le processus démocratique a été stoppé par le refus de Donald Trump et de nombre de ses partisans d'accepter le résultat des élections, ce qui fait que les États-Unis restent dans la catégorie « démocratie imparfaite ».

Au total; ce sont plus de 50 pays qui ont ont dû reporter leurs élections ou référendums pour raison de pandémie en 2020 et 2021 (voir la liste)

Le pays qui connaît les meilleures scores en termes de libertés démocratiques est Taïwan en progressant de 20 places dans le classement (de la 31e à la 11e place). La population taïwanaise s'est rendue aux urnes en janvier 2020 et le fort taux de participation, y compris parmi les jeunes, témoigne de la résilience de sa démocratie. Des élections ne conduisent pas toujours à des progrès démocratiques. Le Mali a organisé des élections législatives en mars 2020 (globalement libres et équitables), mais les résultats ont été annulés et le pays a subi un coup d'État militaire en août. La chute du Mali de 11 places dans le classement est caractéristique de l’Afrique subsaharienne dans son ensemble, qui a subi une année terrible pour la démocratie. L'année 2021 n’est guère prometteuse, avec l'insurrection au Capitole et un coup d’État militaire au Myanmar. Tous ceux qui sont attachés à la démocratie espèrent un assouplissement progressif des restrictions liées au Covid-19.


2) Des indices de démocratie qui méritent d'être interrogés

En réalité le nombre de pays par catégories n'a pas beaucoup changé. Selon le classement de The Economist, il y a 23 démocraties "complètes" en 2020 (pour 19 en 2017), 52 démocraties "imparfaites" (pour 57 en 2017), 35 régimes "hybrides" (pour 39) et 57 régimes autoritaires (pour 52). Ce qui a surtout changé, c'est le classement de certains pays qui ont gagné ou perdu des rangs. L'Algérie, le Mali et le Burkina Faso sont sortis de la catégorie « régime hybride » et sont devenus autoritaires. Les pays aux scores les plus bas sont la Corée du Nord, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo. Les pays européens les moins bien notés sont la Biélorussie, l'Azerbaïdjan et la Russie.

Le fait que la France et le Portugal soient désormais rangés parmi les démocraties "imparfaites" a suscité beaucoup de débats. Cela s'est joué de très près (0,01 point) pour la France qui obtient pour 2020 un score de 7,99 au lieu de 8, nécessaire pour faire partie des démocraties "complètes". Comme le fait remarquer Louis Pétiniaud sur Twitter, la France plonge surtout à cause de sa culture politique ("political culture"). Il y a de nombreuses manières de définir cette dernière. The Economist en donne la définition suivante : "une culture de passivité et d'apathie - une citoyenneté obéissante et docile - ne sont pas compatibles avec la démocratie" (les Français apprécieront !). Après les Gilets jaunes, "l'apathie du peuple" interroge un peu. Si on regarde comment est mesurée la "political culture", c'est une somme de question auxquels les experts doivent répondre (souvent entre 0 et 1), sur notamment la perception de la démocratie par la population (lire ce thread de Louis Pétiniaud sur Twitter).L'I

L'indice de démocratie établi par The Economist repose sur 60 critères appartenant à 5 catgéories (tableau d'évolution depuis 2006 à consulter sur Wikipedia) :

  • le processus électoral et le pluralisme ;
  • les libertés civiles ;
  • le fonctionnement du gouvernement ;
  • la participation politique ;
  • la culture politique.

On en arrive à l'idée qu'il s'agit en fait d'un indice de perception de la démocratie qui dépend de critères en partie subjectifs (en tous les cas à discuter). S'appuyer sur un indice de perception pour évaluer le degré de démocratie d'un pays peut s'avérer tout-à-fait utile et intéressant, à condition que cela soit explicite et que cela repose sur des échantillons et des méthodes d'analyse suffisamment robustes. L'institut Dalia Research a par exemple mis au point un Democracy Perception Index. Ce dernier repose sur des entretiens menés auprès d'un échantillon de 177 870 personnes dans 54 pays. En 2019, 45% des répondants vivant en démocratie estimaient que leurs pays n'était pas réellement démocratique. L'année 2019 avait déjà été une année mouvementée pour la démocratie dans le monde : selon Freedom House, ce fut la 13e année consécutive de déclin démocratique au niveau mondial. Cela ne change donc pas le constat global (une "vague d'autocratisation" qui balaierait le monde), mais cela permet de le nuancer.

Les principaux indices existants (ceux de Freedom House, de Polity IV, de DD/Democracy and Dictatorship, de l'Economist Intelligence Unit) sont trop restrictifs et négligent des critères d’évaluation importants comme par exemple la participation des femmes. Une autre source de biais majeur est liée au fait que l'on mesure principalement la "démocratie libérale" et la "démocratie électorale", l'une et l'autre réduites au respect basique des libertés et du processus électoral. Le concept même de démocratie étant très controversé, les chercheurs se sont intéressés à la question : « qu'est-ce qu'une démocratie » ? À partir d'analyses empiriques et de recherches documentaires, l'institut V-Dem (Variety of democracy) a défini 7 types de démocratie (participative, consensuelle, majoritaire, délibérative, égalitaire en plus des deux autres types plus familiers que sont la démocratie électorale et la démocratie libérale). Ces sept types de démocratie ont ensuite été décomposés en 37 indices (comme le droit des femmes, le respect de l'état de droit, l'organisation d'élections libres), lesquels ont été affinés plus encore en 350 indicateurs (harcèlement des journalistes, liberté d'expression des femmes, achats de votes, etc.). La moitié des indicateurs se base sur des évaluations, tandis que l'autre moitié, plus difficile à mesurer, est analysée par des experts locaux, desquels proviennent près de 63 % des données brutes du projet. 

Bien que le système de calcul du V-Dem se distingue des autres bases de données de par le nombre et la précision des indices utilisés, on voit qu'il dépend lui aussi d'appréciations en partie subjectives. D'où l'importance à ce que ces rapports et analyses soient établis par des experts locaux et non uniquement par des experts étrangers. C'est l'un des arguments mis en avant par le directeur de Freedom House face aux récriminations de la Pologne qui accusait l'organisation de l'avoir mal classée. Concernant les allégations de deux poids deux mesures, l'organisation souligne le fait que le rapport Freedom in the World, publié en mars 2020, donnait aux États-Unis un score similaire à la Pologne et à la Croatie.

Pour aller plus loin

Rapport de l'Economist Intelligence Unit « Democracy Index 2020 : In sickness and in health ? » (inscription demandée) : http://www.eiu.com/topic/democracy-index

Accès aux données de l'institut V-Dem (Variety of democracy)
http://www.v-dem.net/en/data/data/

Accès aux graphiques et cartes interactives de l'institut V-Dem (Variety of democracy)
http://www.v-dem.net/en/online-graphing/

Explorer la carte interactive de Freedom House :
http://freedomhouse.org/explore-the-map

Accès aux données de Freedom House 2013-2020 :
http://freedomhouse.org/sites/default/files/2020-02/2020_All_Data_FIW_2013-2020.xlsx

Lien ajouté le 29 mai 2023

Lien ajouté le 15 avril 2024

Liens ajoutés le 10 avril 2025

« Données sur la démocratie : différences entre les sources et quand utiliser l’une ou l’autre » (OurWorldInData)
Il existe de nombreuses façons de classer et de mesurer les systèmes politiques. Quelles approches adoptent les différentes sources ? Et quand est-ce que l'approche est la plus appropriée ? Dans son travail sur la démocratie, le site OurWorldInData fournit des données issues de 8 principales approches de mesure de la démocratie :
« Rapport sur la démocratie 2025 : 25 ans d’autocratisation : la démocratie vaincue ? » (V-Dem Institute)

Le monde est entré dans une « troisième vague d’autocratisation », plus graduelle que par le passé, mais désormais mondiale. Depuis 2009, plus d’États basculent vers l’autoritarisme que vers la démocratie. En 2024, seuls 3 pays progressent, tandis que 45 régressent. Les 3/4 de la population mondiale vivent dans une autocratie, soit un record depuis 1978. Cette vague d’autocratisation s’installe par érosion interne : les dirigeants élus réduisent peu à peu les libertés sans supprimer les institutions. Le cas des États-Unis sous Trump illustre cette lente dérive autoritaire au cœur même d’une démocratie libérale.  Les anciens ressorts des démocratisations s’affaiblissent : la chute du bloc soviétique avait favorisé des transitions, mais ces démocraties restent fragiles. La perte d’influence des États-Unis renforce aujourd’hui la confiance des régimes autoritaires. La résistance populaire ne suffit pas si les régimes autoritaires gardent leurs moyens de répression. L’autocratie se réinvente par des discours identitaires et une gestion agressive des crises alors que les démocraties peinent à répondre aux attentes sociales.

« Quatre pays ont réussi à inverser le déclin démocratique ces dernières années : le Brésil, la Pologne, la Thaïlande, et la Zambie » (OurWordlInData). Dans chaque cas, les populations ont résisté à la montée de l'autoritarisme. Ces pays ont ainsi pu restaurer partiellement ou totalement leur niveau antérieur de démocratie libérale. Ces exemples montrent que lorsque la démocratie se détériore, son sort n’est pas scellé et les institutions démocratiques peuvent être reconquises.

Lien ajouté le 24 avril 2025

« L’état de la démocratie dans le monde en 2024 » par  Jean-Christophe Fichet (Cartolycée)
L’activité pédagogique s'inscrit dans le cadre du programme d’EMC de la classe de Terminale. Le corpus peut aussi servir sur l’actuel programme de Seconde sur la notion d’État de droit ou sur le futur programme de terminale. Il est enfin utile sur le thème 1 du programme de première en HGGSP « Comprendre un régime politique : la démocratie ».

L'état de la démocratie dans le monde (2024). #EMC terminale #HGGSP première www.cartolycee.net/spip.php?art...

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— Jean-Christophe Fichet (@cartolycee.bsky.social) 24 avril 2025 à 18:32
Lien ajouté le 29 janvier 2026

« Les Français ne se détournent pas de la démocratie, ils en attendent davantage » (The Conversation).

Frédéric Gonthier (Sciences Po Grenoble–Université Grenoble Alpes) analyse le rapport des Français à la démocratie. L’article montre un fort attachement au régime démocratique, mais une insatisfaction croissante face à son fonctionnement concret. Les enquêtes européennes de 2020 indiquent qu’une large majorité juge essentiel de vivre en démocratie. Pourtant, 47% des Français se déclarent « démocrates insatisfaits ». Ils soutiennent le principe démocratique mais critiquent la manière dont les décisions sont prises. Cette insatisfaction ne traduit pas un rejet du régime. Elle révèle des attentes élevées. Plus les citoyens valorisent la démocratie, plus ils évaluent sévèrement ses pratiques. La tension entre idéaux démocratiques et réalité institutionnelle structure désormais la vie politique. Depuis 2016, des mobilisations comme Nuit debout ou les gilets jaunes ont remis au centre la question de la souveraineté populaire. Elles contestent les formes représentatives classiques et interrogent qui décide, comment et au nom de qui. Les pouvoirs publics ont répondu par des dispositifs participatifs. Les conventions citoyennes ou le grand débat national ont élargi la délibération, mais les écarts entre promesses et traductions politiques ont nourri de nouvelles frustrations démocratiques. L’étude distingue trois attentes démocratiques. La dimension libérale, la souveraineté populaire et la justice sociale. Les déficits perçus sont surtout forts sur la participation directe et la protection sociale, davantage que sur les libertés fondamentales. Ces déficits orientent les comportements électoraux. Le sentiment d’une souveraineté confisquée alimente abstention et vote populiste. À l’inverse, les attentes sociales renforcent plutôt la participation et le vote pour des forces de gauche. Les Français ne se détournent donc pas de la démocratie. Ils cherchent à l’approfondir et à la transformer. "French Democracy in Distress" éclaire ces fragilités contemporaines et aide à comprendre les tensions qui menacent aujourd’hui les régimes démocratiques. 

Cet article est tiré de l'ouvrage French Democracy in Distress. Challenges and Opportunities in French Politics (Palgrave Macmillan, 2025), sous la direction de Élodie Druez, Frédéric Gonthier, Camille Kelbel, Nonna Mayer, Felix-Christopher von Nostitz et Vincent Tiberj. 

Lien ajouté le 1er mars 2026

« Cartographie : Les pays du monde par système politique » (Visual Capitalist).

Selon le rapport 2024 de l'Institut V-Dem, près des trois quarts de la population mondiale vivent aujourd'hui sous des régimes autocratiques. Il s'agit de la proportion la plus élevée depuis 1978. Les autocraties électorales — où des élections existent mais manquent d'équité — sont aujourd'hui le type de régime le plus répandu dans le monde. Les démocraties libérales restent concentrées en Europe occidentale, en Amérique du Nord, en Océanie et dans certaines régions d'Asie orientale.

Lien ajouté le 29 mars 2026

« En 2025, le nombre d’autocraties dépasse celui des démocraties » (Alternatives économiques). 

Pour la deuxième année consécutive, il y a plus d’autocraties que de démocraties sur la planète. Le rapport annuel de l’institut V-Dem dresse un tableau assez sombre. Près des trois quarts de la population mondiale (74 %) vit désormais en autocratie contre seulement un quart (26 %) de la population qui habite dans une démocratie électorale ou libérale. L’institut suédois agrège un ensemble de données pour mesurer la démocratie à l’aune de cinq indices clés : électoral, libéral, égalitaire, participatif et délibératif. Pour la première fois depuis plus de cinquante ans, les Etats-Unis sont relégués au rang de « démocratie électorale » et perdent leur rang de démocratie libérale. Sous la présidence Trump II, le pays est même revenu à son niveau de démocratisation de… 1965. Le rapport pointe notamment les reculs en matière d’Etat de droit, les intimidations contre les médias et les voix dissidentes, ou encore la suppression de droits civiques. Plus globalement, V-Dem insiste sur le fait que le nombre de démocraties libérales est en baisse en 2025 (31) depuis son pic de 2009 (45), alors que le nombre de démocraties électorales a augmenté sur la même période (passant de 46 à 56). Cela signifie donc que « les caractéristiques libérales des démocraties établies – les contrepouvoirs à l’exécutif, le respect des libertés civiles et l’Etat de droit – s’érodent ». Tandis que dans le même temps, les autocraties deviennent de plus en plus répressives.

La démocratie continue de reculer dans le monde 👉 Analyse complète dans notre graphorama : https://www.altereco.media/eB8
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— Alternatives Economiques (@alternatives-economiques.fr) 28 mars 2026 à 21:49
Lien ajouté le 29 mars 2026

« Visualiser l'érosion de la démocratie américaine » (Pbump.net). La démocratie américaine demeure plus robuste que celle de la plupart des autres pays, y compris des voisins comme le Mexique. Toutefois, si les démocraties européennes ont également connu des reculs, l'ampleur du récent bouleversement aux États-Unis est exceptionnelle.


Lien ajouté le 17 septembre 2026

« Consulter sans débattre en Chine » (La Vie des idées). 

En Chine, les processus consultatifs sont une prise de parole guidée par le parti-État. L’opposition binaire entre régimes démocratiques et autoritaires ne permet pas d’éclairer ce système de réactivité sans redevabilité — l’État répond aux demandes sans avoir à rendre de comptes. Le paradoxe d’une prise de parole sans choix n’est pas propre à la gouvernance autoritaire. C’est une possibilité structurelle à laquelle est confronté tout système de gouvernance dès lors que la forme de la participation est autorisée à se substituer à sa substance. La contribution la plus importante que la théorie démocratique puisse apporter au moment présent consiste peut-être à insister sur cette distinction — et à maintenir ouverte, de manière permanente et inconfortable, la question de savoir si la participation relie véritablement la prise de parole au pouvoir collectif. C’est précisément pour clore cette question que le système consultatif chinois, dans ses formes les plus sophistiquées, a été conçu. La tâche de la politique démocratique, comme celle de la recherche sur la démocratie, est de veiller à ce qu’elle ne soit jamais close pour longtemps.

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L'histoire par les cartes : les archives du Musée mémorial de l'Holocauste à Washington


Le Musée mémorial de l'Holocauste à Washington (USHMM), qui a ouvert ses portes en 1993, contient un important fonds d'archives sur l'histoire et la mémoire de la Shoah. Outre ses expositions temporaires et permanentes, le musée propose de nombreuses ressources sur son site Internet. On y trouve beaucoup d'affiches et de cartes de propagande nazie, utiles pour étudier la période de la Deuxième Guerre mondiale et de l'Occupation.

L'Encyclopédie de l'Holocauste contient des cartes historiques et des cartes animées sur les camps de concentration et d'extermination : http://encyclopedia.ushmm.org/search?query=carte&languages%5B%5D=fr

Un moteur de recherche permet également de consulter les collections à partir de mots-clés au choix :
https://collections.ushmm.org/search/

André Loez, qui anime le podcast Parole d'histoire, a attiré notre attention sur une affiche de propagande nazie assez saisissante. Celle-ci représente une vue aérienne de l'Europe avec des villes en flammes correspondant à des événements révolutionnaires, avec une série de dates allant de la Révolution française de 1789 à la Révolution allemande de 1919. L'affiche cherche à montrer une "relation entre Juifs, Franc-Maçons et Révolutions" et à prouver l'existence d'un complot juif international.

 Affiche de propagande nazie de 1938 (source : USHMM, n° 1990.120.7)


Pour chaque document, le Musée mémorial de l'Holocauste propose une notice détaillée qui permet d'identifier les sources et de replacer le document dans son contexte. Cette affiche fait partie d'un ensemble de panneaux pédagogiques conçus par Alfred Vogel, directeur d'école et membre du parti nazi. Ces affiches permettent d'aborder les documents utilisés dans l'enseignement pendant la période de l'Occupation. Elles montrent à quel point l'éducation nazie était fondée sur la supériorité de la race aryenne contre les Juifs accusés de répandre la révolution mondiale. En faisant quelques recherches, on retrouve d'autres affiches de propagande produites par Alfred Vogel. Celui-ci avait compris le pouvoir de persuasion des cartes comme le montre cette autre série de planches.

La carte de Vogel peut être restituée dans le cadre de l'importante production de cartes et d'affiches en couleurs qui commencent à être produites et diffusées début XXe auprès du grand public et notamment du public scolaire. Elle semble reprendre et détourner les symboles utilisés par la franc-maçonnerie qui avait essayé de créer une Internationale de la paix dès avant la Première Guerre mondiale. L'iconographie de la carte postale ci-dessous reflète cette revendication. Joachim Berger consacre une étude détaillée à cette forme d'internationalisme dans son ouvrage Mit Gott, für Vaterland und Menschheit ? Eine europäische Geschichte des freimaurerischen Internationalismus (1845-1935).

Carte postale "VII. Internationale Frmr. Zusammenkunft" (source : European history on line)


Le Musée mémorial de l'Holocauste de Washington contient beaucoup d'autres documents iconographiques. Ce sont des cartes de propagande que l'on connaît déjà en partie grâce à la collection Persuasive Maps. Mais on y trouve aussi d'autres cartes moins connues.

 Affiche de propagande avertissant d'une menace britannique sur l'empire français en 1940
(source : USHMM, n° 2003.189.8)

 

 
Affiche de propagande antisémite en France en 1941
(source : USHMM, n° 2009.213.)



 Affiche de propagande exhibant les conquêtes militaires allemandes en 1942
(source : USHMM, n°1990.333.8)

 


Outre des affiches de propagande, le Musée mémorial de l'Holocauste fournit des documents cartographiques tout-à-fait originaux comme par exemple cet extrait vidéo du procès de Nuremberg où la cartographie est convoquée pour administrer la preuve des agressions territoriales de l'Allemagne nazie dès 1938.

Cartes d'agression de l'Allemagne présentées au procès de Nuremberg. Extrait filmé.
(source : USHMM, n° 2001.358.1)
 


L'usage des cartes animées dans les films documentaires était largement répandu pendant l'Occupation, qu'il s'agisse de films de propagande nazie ou alliée. Le Musée mémorial de l'Holocauste propose toute une série de films de propagande fondés sur des cartes animées. Ces cartes servent aussi bien à suivre le déroulement des campagnes militaires qu'à célébrer la puissance des armées, avec des procédés d'animation assez sophistiqués pour l'époque.

Invasion de la Pologne par les troupes allemandes sous forme de carte animée
(source : USHMM, n° 242 MID 6158 R-2)


Des cartes d'évasion en soie ont été utilisées par des soldats prisonniers en Allemagne. Les cartes en soie étaient plus résistantes que les cartes papier. Elles étaient surtout plus faciles à dissimuler sur soi. Elles pouvaient être introduites clandestinement dans des camps de prisonniers afin de les aider dans leur projet d'évasion. Les pilotes de la Royal Air Force les portaient en foulard avant qu'elles ne deviennent un objet culte de la Deuxième Guerre mondiale.

Exemple de carte d'évasion en soie diffusée par le MI9 (section britannique du renseignement militaire)
Source : USHMM, n° 2012.427.5


On a retrouvé des cartes également dans les papiers et journaux des détenus des camps de concentration. Certains prisonniers ont pu dessiner des plans des installations et témoigner de leurs conditions de vie atroces dans ces camps.

Plan du camp de Theresienstadt extrait des papiers d'Hana et Charles Bruml
(source : USHMM, n° 1989.303.57)







 




Pour compléter

La Cornell University Library consacre une collection complète aux cartes de propagande (persuasive maps). Rassemblée par P.J. Mode (voir son interview), puis donnée à l'Université Cornell, la collection rassemble plus de 800 cartes de propagande, classées par thème et par époque. Il s'agit d'un ensemble de cartes "persuasives", donc destinées principalement à influer sur l'opinion publique. Les cartes de cette collection abordent un large éventail de messages : religieux, politiques, militaires, commerciaux, moraux et sociaux (voir une sélection sur le site du National Geographic). Ces cartes sério-comiques que l'on a pu connaître au début du XXe siècle font l'objet d'un grand intérêt encore aujourd'hui de par les techniques utilisées et les messages puissants qu'elles cherchaient à délivrer. Jules Grandin  consacre par exemple un thread aux cartes utilisant la pieuvre comme outil de propagande. Voir aussi cet Atlas conservateur du monde.

RJ Andrews, spécialiste des données, montre que les graphiques et les cartes d'information ont joué un grand rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. En explorant les archives liées aux procès de Nuremberg, il a découvert une série de graphiques qui, bien qu’ils ne représentent qu’une fraction des preuves présentées, révèlent l’immense portée et le sérieux des procédures. Ce qui est le plus frappant dans bon nombre de ces graphiques, c’est leur taille immense et une position centrale proéminente dans la salle d’audience (Chartography.net).

Le premier numéro de Captain America entre dans les collections du Musée de l’Holocauste de Washington (Le Figaro). La bande dessinée de Joe Simon et Jack Kirby, parue en décembre 1940, alertait sur les dangers du nazisme pour une Amérique qui hésitait à entrer en guerre.

Visualisation de Lubartworld, une ville polonaise prise entre migration et persécution des années 1930 aux années 1950 (Visualizing-lubartworld.org)

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L'histoire par les cartes : cartographier la déportation des Juifs de France 

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L'histoire par les cartes : découvrir la collection Steegh-Teunissen des Bibliothèques de l'Université de Leiden

Des images aériennes déclassifiées prises par des avions-espions U2 dans les années 1950

L'histoire par les cartes : la guerre de 1870-1871 (à partir du site LaContempo.fr)

Page de ressources sur les Cartes et atlas historiques


Une carte topologique pour voir le monde autrement

Carte topologique du monde par Tom (source : Tafc.space)



Tom, dont on ne connaît que le prénom, a créé une carte topologique du monde tout-à-fait originale. L'auteur s'est inspiré des cartes médiévales (mappa mundi) dites « T en O » figurant tous les pays du monde encerclé d'un océan. Le but est de montrer à quel point les pays sont reliés entre eux par des frontières communes. La tâche n'est pas aisée car il est quasiment impossible de représenter toutes les frontières en gardant une position cohérente pour chaque pays. L'auteur dit n'avoir fait aucun calcul mathématique, mais avoir commencé par des croquis à la main pour voir quels étaient les pays limitrophes avant d'en arriver à tracer des réseaux entre eux (voir le making-off de la carte sur le site Tafc.space). Dans le logiciel Inkscape, il a ensuite dessiné des diagrammes de Voronoï (voir la carte des Etats-Unis qui l'a inspiré), puis il a utilisé des calques pour finir l'habillage avec la nomenclature (voir la version sans étiquettes).

L'auteur a volontairement exclu les enclaves et exclaves (trop difficiles à représenter). Il a choisi de placer les îles tout autour, ce qui contribue à la vision actuelle d'un monde en archipel. L'auteur concède lui-même quelques imperfections à sa carte. « Certains pays sont vraiment déformés, surtout lorsqu'ils se trouvent au centre d'un continent. Je pense notamment à l’Allemagne représentée au centre de l’Europe, mais surtout à l’Autriche et à la Hongrie qui sont vraiment étirées et qui finissent par être limitrophes de pays situés de part et d’autre du continent européen. »

Afin de recueillir des suggestions pour l'améliorer, l'auteur a déposé sa carte sur le forum de discussion MapPorn où elle a suscité plus de 1700 commentaires ! Certains ont voulu y voir une ressemblance avec une carte du XIe siècle (Dîwân lughât 'at-turk de Mahmud de Kachgar). D'autres n'ont pas manqué de déplorer certains oublis ou approximations. Il manque par exemple la Guyane française. Mais si l'on voulait indiquer la frontière entre la France et le Brésil qui est la plus longue frontière française, il faudrait déplacer l'Amérique du Sud, ce qui reviendrait à refaire entièrement la carte ! Et encore, cela ne suffirait pas : la France a aussi une frontière avec les Pays-Bas sur l'île de Saint-Martin. Il est donc quasi impossible de représenter les frontières d'outre-mer. S'agissant de territoires contigus, la Pologne a une frontière avec la Russie, mais elle n'apparaît pas non plus sur la carte. En Afrique, il n'est pas facile de représenter les pays avec des côtes donnant sur la mer Rouge, la mer Méditerranée ou l'océan Atlantique. L'auteur a proposé une version actualisée tenant compte de certaines suggestions. On peut s'amuser à chercher les noms des pays à partir de cette version muette (pas vraiment facile, mais intéressant pour essayer de retrouver la logique topologique suivie par l'auteur).

D'autres auteurs n'ont pas hésité à faire leurs propres réalisations La carte topologique de la France n'a pas suscité autant de commentaires sur le forum MapPorn. Elle n'est pourtant pas inintéressante avec son découpage régional assez cohérent. Mais le placement des DROM est un peu dérangeant à la lecture et l’absence du Royaume-Uni avec la liaison Eurostar, un peu discutable (elle serait à indiquer en ligne pointillée).

Carte topologique de la France et ses régions (source : MapPorn)

On peut comparer cette carte avec la suivante qui donne une toute autre vision de la France et de ses territoires d'outre-mer. On y perçoit les frontières communes avec des pays d'Europe, mais aussi avec le reste du monde. L'emplacement des territoires ultramarins y est plus conforme et la carte donne à voir des frontières terrestres et maritimes avec beaucoup d'autres pays. Une carte topologique à la fois originale et pédagogique qui permet d'interroger notre vision des frontières...

 Carte topologique de la France et de son outre-mer avec ses voisins proches ou lointains (source : Vividmaps)


Si vous aimez les cartes topologiques qui montrent les frontières d'un pays ou d'une région indépendamment de sa forme ou de sa taille, nous vous conseillons d'aller consulter la belle série proposée par Vividmaps qui couvre beaucoup de pays au monde. Il convient d'accéder aux commentaires sous la carte pour faire apparaître des cartes topologiques sur les Etats-Unis, la Russie, l'Inde, l'Allemagne, la France, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, la Turquie.


A quoi ressembleraient les frontières internationales si elles avaient existé il y a 250 millions d'années ? (MapPorn)


Lien ajouté le 30 mai 2021
Lien ajouté le 13 janvier 2026

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La Terre du Milieu de Tolkien a désormais son SIG

 

Le projet ME-DEM a consisté à développer un Modèle numérique d'élévation (MNE ou DEM en anglais) en haute résolution de la Terre du Milieu de Tolkien. L'équipe de passionnés de jeux vidéos qui a développé les couches SIG avaient trois objectifs :

  • fournir un modèle d'élévation en couleurs avec ombrage
  • proposer une nomenclature similaire à la carte originale de Tolkien (avec les mêmes emplacements et la même taille de caractères pour les noms de lieux)
  • pouvoir utiliser ces cartes détaillées pour les jeux Adventures in Middle Earth (D&D5)

La Terre du Milieu de J. R. R. Tolkien représentée avec son MNE et ses noms de lieux (source : Github) 

 Les données SIG sont à télécharger à deux adresses différentes sur Github :

  • Données vecteurs : http://github.com/jvangeld/ME-GIS
    Le jeu de données est très fourni. Il comprend le trait de côte, les courbes de niveau, les villes, les hameaux, les places fortes, les tours, les routes, les collines, les lacs, les forêts, les ruines...

  • Données rasters : http://github.com/bburns/arda
    Le modèle numérique d'élévation (MNE ou DEM) est reproduit en mode pixel dans un fichier jpg de 10k x 10k. La carte entière couvre 2000 km x 2000 km, la résolution du DEM est de 200 mètres / pixel.

Une fois les couches vecteurs et rasters téléchargées et copiées dans leurs sous-dossiers respectifs data/vectors et data/rasters, on peut ouvrir directement le jeu de données dans le logiciel SIG libre et gratuit QGIS (à installer) en cliquant sur le fichier projet arda.qgs. Arda, pour ceux qui découvrent l'univers de Tolkien, est le nom de la Terre plate et ronde, dont la Terre du Milieu correspond à la partie connue.  

Conçue par des passionnés de jeux vidéo, la carte de la Terre du Milieu est en coordonnées non projetées, mais on peut s'essayer à lui appliquer des projections géographiques.

Pour plus d'informations sur la genèse du projet, on peut consulter les discussions sur différents forums : 
http://worlds.outercraft.com/forum/index.php#c1

Pour acquérir la police de caractères Tolkien :
http://fontzone.net/font-details/tolkien

Le jeu de données a commencé à inspirer des utilisateurs. Lubin Picard en propose une version en relief avec l'outil de rendu 3D Aerialod (tutoriel de prise en main disponible sur Geotribu).

 Rendu 3D de la Terre du Milieu avec Aerialod (source : @Lubin Picard)


Lien ajouté le 7 février 2021

La France façon Seigneur des anneaux (crédits : Jérémy Cuykens)
http://www.instagram.com/p/CK9VlNkpGRQ/



Pour compléter

LOTR Project fournit également une cartographie très précise de la Terre du Milieu. A l'aide d'une "chronologie géospatiale", on y suit tous les événements des œuvres de Tolkien du Hobbit (1937) et du Seigneur des Anneaux (1954) jusqu'à Silmarillion. 

L’éditeur Harper Collins prévoit la publication, en juin 2021, d’un livre inédit de l’auteur J.R.R. Tolkien, 45 ans après sa mort. L' ouvrage The nature of Middle-Earth révélera les voyages que l'auteur a entrepris alors qu’il cherchait à mieux comprendre sa création originale. La Nature de la Terre du Milieu couvrira des sujets tels que l’immortalité elfique et la réincarnation, la nature des Valar, les esprits divins de la Terre du Milieu, les terres et les bêtes de Númenor, la géographie du royaume du Gondor.

Les cartes des mondes imaginaires de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, ont fait l'objet de beaucoup de déclinaisons :

C. Tufféry, « Le Seigneur des Anneaux » : les cartes des mondes imaginaires de Tolkien (Spacefiction).

La carte originale de la Terre du Milieu dessinée à la main par Christopher Tolkien est à découvrir sur le site de la British Library et sur MapPorn. Voir également cet exemplaire annoté de la main de l'auteur découvert en 2015.

Le site officiel Tolkien Estate fournit une page complète sur les cartes élaborées par Tolkien.

Voir également cette belle adaptation en relief.

Carte d'Europe de style Tolkien (MapPorn).

Lien ajouté le 12 mars 2021

Lien ajouté le 18 mars 2021

Lien ajouté le 29 avril 2021

Lien ajouté le 26 août 2021


Lien ajouté le 16 janvier 2022

Lien ajouté le 7 février 2022
Lien ajouté le 16 mars 2022
Lien ajouté le 6 septembre 2022

Lord of the Maps permet de générer des cartes façon Seigneur des Anneaux à partir de l'application MapTiler. Ces cartes, basées sur OpenStreetMaps, peuvent être produites à toutes les échelles.


Lien ajouté le 19 décembre 2023

« The Climate of Middle Earth : définir le climat d’un lieu imaginaire » (VeilleCarto 2.0)

Dans l’univers de la Terre du Milieu, décor du Seigneur des Anneaux, imaginé par J.R.R Tolkien, le climat façonne les paysages et les différents espaces. De la forêt luxuriante des elfes à la verte campagne des Hobbits en passant par les montagnes enneigées du territoire des nains et les paysages volcaniques du Mordor, Terre de Sauron, l’auteur a pris un soin particulier à intégrer le climat dans ces espaces imaginaires... Toutefois cela reste de l’ordre de l’imaginaire. Mais alors, à quoi ressemblerait le climat de la Terre du Milieu si on le simulait de la même manière que l’on simule celui de la Terre ?  C’est ce que Dan Lunt, climatologue à l’Université de Bristol a fait.

Lien ajouté le 24 janvier 2024

« La Terre du Milieu a désormais son recensement : la démographie déséquilibrée de l'univers de Tolkien (Big Think). De nombreuses créatures étranges et merveilleuses peuplent la Terre du Milieu, mais pas un seul recenseur. Ne vous inquiétez pas : quelqu'un s'est chargé de cette tâche et a dressé les statistiques et les graphiques requis. L'analyse démographique révèle à quel point le monde de Tolkien est déséquilibré en matière de genre (et plus encore). »

Lien ajouté le 27 avril 2024
Lien ajouté le 9 septembre 2024
Lien ajouté le 9 avril 2025

Santiago Reyes a représenté toute l'Amérique latine dans le style de World of Warcraft. Cette œuvre d’art numérique combine une passion pour les jeux vidéo avec un intérêt pour la science et la connaissance de la Terre. Le créateur du projet utilise des outils tels que Google Earth et Photoshop pour concevoir des cartes avec le plus grand détail et réalisme possible, en respectant l'échelle, le relief, la végétation et les ressources naturelles de chaque zone.

Lien ajouté le 13 avril 2025

« Karen Wynn Fonstad, le cartographe du Wisconsin qui a cartographié le monde fantastique de Tolkien » (Wisconsin Public Radio)

Comme beaucoup de lecteurs, Karen Wynn Fonstad s'est passionnée pour la série fantastique et en a lu de nombreuses. Contrairement à la plupart des lecteurs, elle avait une formation de cartographe et a élaboré un projet ambitieux : utiliser les textes pour créer des cartes réalistes à partir des textes de Tolkien. Fonstad est décédée il y a 20 ans. Aujourd'hui, son mari et son fils, tous deux géographes, se sont lancés dans une nouvelle quête : numériser ses cartes originales et trouver des archives pour les conserver.

Lien ajouté le 15 juin 2025

One map to rule them all par John Nelson. Voici comment créer votre propre carte de style fantastique, avec des données géographiques réelles, inspirée de cette cartographie emblématique du Seigneur des Anneaux. Mode d'emploi avec ArcGis Pro.


S'inspirant de la méthode proposée par John Nelson, Huanlin Hu a proposé des cartes vintages du Royaume-Uni et de la France. Il a utilisé GIMP pour dessiner les formes des montagnes et des collines, puis appliqué des remplissages graphiques pour leur donner vie. Contrairement à de nombreuses cartes fantastiques où le placement des montagnes est purement arbitraire, il a intégré des données du monde réel.

Lien ajouté le 14 juin 2026

« La Terre du Milieu de Tolkien, un lieu imaginaire pour repenser notre rapport à la nature » (The Conversation)

Les géographes Véronique André-Lamat et Léa Menard (CNRS) analysent la Terre du Milieu imaginée par J. R. R. Tolkien comme un outil géographique. Elles montrent comment la fiction aide à penser nos rapports contemporains à la nature. Les cartes de la Terre du Milieu structurent le récit. Montagnes, forêts et fleuves sont à la fois obstacles, refuges et acteurs. La géographie n’est pas décorative. Elle façonne les trajectoires, les conflits et les choix politiques des sociétés imaginées. La Comté incarne un modèle d’habiter fondé sur la polyculture vivrière, l’autarcie et un bocage protecteur. Ce système limite l’érosion et favorise la biodiversité. Il renvoie à des paysages ruraux européens antérieurs à l’agriculture intensive et remembrée. Fangorn représente une nature qui résiste. Les Ents défendent la forêt face à l’industrialisation d’Isengard. Les autrices rapprochent ce conflit des luttes écologiques actuelles, comme certaines ZAD, où les milieux vivants imposent des limites aux projets d’aménagement. La Lothlórien figure une écotopie. Espace rare et fragile, elle évoque des réserves intégrales réelles comme la forêt de la Massane. Ces territoires reposent sur une gestion discrète, la régénération naturelle et l’acceptation collective de la nature comme bien commun. À l’inverse, Isengard symbolise l’exploitation totale du milieu. Forêts rasées, cours d’eau détournés, paysages mécanisés servent une industrie de domination. Les autrices rapprochent cette logique des exploitations modernes destructrices, comme les schistes bitumineux. La Moria illustre l’impasse de la surexploitation. Le mithril a enrichi les Nains mais provoqué l’effondrement du royaume. Ce récit fait écho à des bassins miniers réels, comme le Donbass, marqués par l’instabilité des sols et l’abandon urbain. Enfin, Bree ou la Montagne du Destin montrent des lieux de bascule. Des choix localisés y produisent des effets globaux. La fiction éclaire ainsi l’Anthropocène, où certaines zones clés peuvent déclencher des ruptures écologiques irréversibles. La fiction constitue un puissant vecteur de réflexion quant à notre responsabilité collective dans la gestion de la nature, quant à nos choix éthiques et politiques dans la manière d'habiter la Terre en tant que bien commun et ainsi éviter d'atteindre un point de bascule qui sera celui d'un non-retour.

Lien ajouté le 9 février 2026

« La Terre du Milieu de Tolkien, un lieu imaginaire pour repenser notre rapport à la nature » (Paroles d'histoire). Les invité-e-s de l'émission sont Emilie Fissier et Frédéric Manfrin, du département d’histoire de la Bibliothèque Nationale de France, commissaire associée et commissaire principal (avec Vincent Ferré) de l’exposition Tolkien
L’événement : « Tolkien, voyage en terre du Milieu », du 22 octobre 2019 au 16 février 2020 à la Bibliothèque Nationale de France.

La discussion :
  • Les origines de l’exposition « Tolkien, voyage en Terre du milieu », en lien avec la Bodleian library d’Oxford, et le « Tolkien estate » (1:15)
  • Les choix d’objets mis en regard des œuvres de Tolkien (5:50)
  • Un parti-pris de l’exposition : ne rien montrer de postérieur à 1972, pour replonger les visiteurs dans l’imaginaire propre à l’auteur (7:20)
  • Le genre de la « fantasy », déjà en partie constitué quand Tolkien commence à écrire (8:20)
  • Les anneaux de Tolkien ne sont pas le Ring de Wagner ! (10:15)
  • L’enfance de Tolkien près de Birmingham, et la sensibilité à la nature, aux paysages, qui en découle (12:40)
  • Le rapport complexe de Tolkien à Shakespeare, et à l’antiquité gréco-latine (15:10)
  • L’invention linguistique comme source fondamentale de son inspiration (17:00)
  • L’entrée en guerre de 1914, moment ambigu pour qui travaille sur les langues et l’aire germanique (19:10)
  • La marque de la Grande Guerre sur l’œuvre de Tolkien, travaillée par la mort (21:00)
  • Tolkien dans l’entre-deux-guerres, savant et écrivain pour ses enfants (24:20)
  • Son talent graphique et la variété de sa palette (26:00)
  • Le succès du Hobbit (1937) et le début d’une véritable carrière d’écrivain (28:30)
  • Le travail propre de Tolkien sur la langue anglaise, et sa musicalité (30:00)
  • La cosmogonie de la Terre du Milieu (31:45)
  • La réception du Seigneur des anneaux, et son ampleur sur les campus américains dans les années 1960 en particulier (32:45)
  • Les paradoxes d’une lecture pacifiste de Tolkien, alors qu’un personnage comme Faramir souligne la légitimité de la guerre (34:25)
  • Le Moyen âge de Tolkien, antérieur à la conquête normande, et loin de la matière arthurienne (37:00)
  • La juxtaposition de périodes et de régions dans le monde imaginaire de Tolkien : Minas Tirith, allusion à Byzance (41:20)
  • Le thème de la quête, fonctionnant de manière inversée dans le Hobbit et le Seigneur des anneaux (42:40)

  • Un Tolkien « médiéviste » qui va jusqu’à inventer une tradition manuscrite de son propre texte ! (44:10)
  • Les sources d’inspiration de Tolkien pour les créatures fantastiques dont il peuple son œuvre (45:15)
  • Un Tolkien qui ne sépare pas les créatures en « races » (48:00)
  • L’apparence des manuscrits de Tolkien, qui évoquent à leur façon le Moyen âge (50:10)
  • Quels objets, quelles œuvres ont le plus marqué les commissaires de l’exposition ? (51:50)
Articles connexes


Paul Crutzen et la cartographie de l'Anthropocène

 

Paul Crutzen est mort à l'âge de 87 ans en ce mois de janvier 2021. Ce chercheur avait reçu le prix Nobel de chimie en 1995 avec Mario Molina et Frank Rowland, en reconnaissance de leurs travaux communs sur la diminution de la couche d'ozone. Crutzen a contribué, avec Eugene Stoermer, à promouvoir le terme d'Anthropocène dans un célèbre article publié dans l'IGBP Newsletter (n° 41, mai 2000).

Si l'Anthropocène a été très discuté dans la communauté scientifique (voir la chronologie de la controverse), le terme commence à être accepté par de nombreux scientifiques et se trouve aujourd'hui largement repris dans les médias. Les indices montrant la capacité des activités humaines à provoquer des modifications importantes dans l'environnement terrestre se multiplient aujourd'hui, au point qu'il semble nécessaire d'utiliser le terme pour qualifier une nouvelle ère géologique. 

Crutzen avait déjà eu des prédécesseurs qui avaient travaillé sur l'hypothèse Gaïa. Bruno Latour a relancé l'hypothèse, disant que la Terre n'a pas seulement un mouvement, mais aussi un comportement propre, susceptible de réagir au comportement des humains. Dans un article publié en 2018 dans l’Anthropocene Review, Bruno Latour (sociologue et philosophe des sciences), en collaboration avec Alexandra Arenes (architecte et chercheuse en architecture) et Jérôme Gaillardet (chercheur et professeur à l’Institut de Physique du Globe de Paris), explorent de nouvelles manières de cartographier la Terre non plus comme planète sphérique, mais à partir de sa zone critique, cette couche mince entre la roche dure et la limite de l’atmosphère où se situe l’ensemble du vivant. « Aux enjeux de la navigation de surface terrestre (la géo-graphie : écrire la Terre) qui préoccupaient les explorateurs il y a quatre ou cinq siècles, succède aujourd’hui le besoin de représenter cette zone critique comme un système fermé sujet à des cycles géo-physico-chimiques plus ou moins longs et impactants. C’est la gaia-graphie : soit l’exercice d’écrire Gaia » (source : "Cartographier la zone critique, réinventer la cartographie", Dwelling-on-earth).

La cartographie semble prédestinée à montrer l'impact des activités humaines sous une forme visuelle. C'est l'un des objectifs du projet Globaïa (contraction de "Global" et "Gaïa", soit une Terre globale). Ce projet éducatif est un exemple intéressant qui a produit des images étonnantes de l'activité humaine. Il mobilise des représentations cartographiques conventionnelles dans son approche, ce qui peut aider à comprendre les problèmes sous-jacents, mais il n'est pas particulièrement nouveau.

 Connected Cities (source : Globaïa Projects)


Benjamin Hennig, qui a travaillé dans le cadre de son doctorat sur la visualisation des dimensions sociales de notre planète (notamment à travers l'application Worldmapper), a cherché comment renouveler nos représentations classiques en sortant de la projection Mercator traditionnelle. En lien avec le projet Globaïa, il a proposé en 2012 une carte par anamorphose assez originale, qui figure l'impact de l'humanité sur nos espaces de vie. Il est parti d'un cartogramme quadrillé de la population mondiale qu'il a appelé la Planète bleue, puis il y a ajouté les activités humaines. Pour Benjamin Hennig, les anamorphoses sont une alternative à nos projections classiques (lire son article paru en 2019 : Remapping geography : using cartograms to change our view of the world).

Le cartogramme Mapping the Anthropocene accorde un espace égal à chaque personne vivant sur la planète, tout en montrant le fort impact des activités représentées ici par les lumières urbaines, les routes terrestres et maritimes, les voies ferrées, les lignes électriques, les oléoducs, les câbles sous-marins et les flux aériens. Il n'est pas si courant de voir une image de la Terre superposée sur une carte par anamorphose. La carte vaut à la fois par son esthétique et par le message qu'elle délivre à l'humanité : une Terre habitée, un Monde global et interconnecté, une seule Planète confrontée aux mêmes défis à surmonter.

 Mapping the Anthropocene (source : Benjamin Hennig, Mercator revisited, Views of the World)


En France, les travaux de Paul Crutzen et de ses successeurs ont rencontré un fort écho et se poursuivent à travers les initiatives proposées par l’École urbaine de Lyon dirigée par Michel Lussault. 

L'École urbaine de Lyon propose le rendez-vous À l’École de l’Anthropocène pour « comprendre, débattre, expérimenter avec des scientifiques, artistes, activistes, politiques et associations sur les mondes urbains et le changement global ». Les images et les représentations des mondes urbains y occupent une bonne place. Les vidéos des conférences et ateliers sont à découvrir ainsi que le Manifeste mondial de l'Anthropocène qui se veut une lettre ouverte, « un dialogue d'un pays à l'autre, entre des chercheurs de toutes disciplines, des acteurs pluriels des territoires et des représentants infinis de la société civile en lien avec les enjeux des changements que l'on traverse tous ».

On en parle de plus en plus. Voici la fréquence hebdomadaire du terme "anthropocene" sur Twitter depuis 2016 (source : SMAT)

« Penser notre extinction » sur le blog Géographies en mouvement (11 janv 2021)
Le musée d’Orsay affiche une exposition invisible pour cause de Covid, « Les origines du monde. L’invention de la nature au XIXe siècle ». Comment la crise actuelle déroge au temps cyclique et nous plonge dans le temps de la nature ? Si nous sommes entrés dans l’anthropocène, comment transposer les leçons de la géologie à la biologie ? Et penser un cataclysme lent ?

« L'humanité face aux limites de la planète terre. 11 infographies Limites planétaires » (Millénaire 3 - Grand Lyon).

« Une action humaine collective est nécessaire pour éloigner le système terrestre d'un seuil potentiel et le stabiliser dans un état interglaciaire habitable ». Extrait des actes de l'Académie nationale des sciences.
Trajectories of the Earth System in the Anthropocene :
http://www.pnas.org/content/115/33/8252

Lien ajouté le 13 mai 2026

« Ce que le rejet de l'Anthropocène révèle sur les cultures scientifiques » (Mappingignorance.org).

Le philosophe José Luis Granados Mateo (Univ du Pays basque) revient le rejet de l’Anthropocène par l’UI Sciences géologiques (IUGS) en 2024. Nommer une époque de la Terre dépend des preuves, mais aussi des institutions et des cultures savantes. Depuis mars 2024, l’Anthropocène n’est pas reconnu comme époque géologique. Après 15 ans de travail international, la sous-commission du Quaternaire a refusé la proposition. L’Holocène reste la référence officielle, même si le mot structure déjà les débats publics. Deux cultures scientifiques s’affrontent ici. Les sciences du système Terre lisent une rupture planétaire dans le CO₂, les plastiques océaniques et l’érosion du vivant. La stratigraphie réclame un signal rocheux stable, mondial, accessible et synchrone, visible partout. Le groupe de travail proposait un début au milieu du XXe siècle, marqué par les radionucléides des essais nucléaires. Crawford Lake, au Canada, devait servir de repère matériel. Pour les stratigraphes, cette preuve restait trop fragile pour ouvrir une époque nouvelle. L’intérêt géographique du débat tient au changement d’échelle. Les uns raisonnent par modèles, bases de données et limites planétaires. Les autres cherchent une coupe précise, locale, datable, inscrite dans les roches. La preuve change avec l’espace observé et choisi. Antonio Stoppani rappelle qu’une autre lecture était possible dès 1873. Son "ère anthropozoïque" reposait sur des traces habitées, os, outils, bâtiments, villages, grottes, lacs et deltas. L’impact humain se lisait dans l’épaisseur concrète et ancienne des lieux. Hasok Chang aide à voir ce contraste comme un révélateur. Pourquoi privilégier une fine couche radioactive plutôt que les villes, mines, champs, routes, ports et décharges ? Le choix des traces oriente notre manière de penser la crise terrestre, ses causes et ses lieux. Le refus officiel n’efface pas l’Anthropocène. Il circule dans les sciences sociales, avec Capitalocene et Plantationocene, qui nomment capitalisme, colonisation et plantations. La catégorie reste utile pour penser pouvoir, Terre et sociétés. 

Lien ajouté le 25 septembre 2026

Jörg Noller  (2026). « Enlightening the Anthropocene: reconsidering anthropocentrism for environmental » [Éclairer l'Anthropocène : repenser l'anthropocentrisme dans l'éducation à l'environnement]. Humanities and social sciences communications, vol. 13, n°1542 (2026), https://www.nature.com/articles/s41599-026-08865-7

Jörg Noller (LMU Munich) propose de penser l’Anthropocène moins comme une époque géologique que comme une condition humaine. Nos actions transforment la planète, mais leurs effets se mêlent aux processus naturels et techniques jusqu’à devenir difficiles à percevoir. L’enjeu central est un paradoxe. Les sociétés humaines modifient climat, océans, biodiversité et cycles biogéochimiques, mais peinent à reconnaître leur propre action dans ces changements. Pour Noller, cette "méconnaissance" empêche de comprendre les responsabilités et donc d’agir. Jörg Noller nomme "troisième nature" ce monde hybride où nature et société ne peuvent plus être nettement séparées. Des microplastiques aux dérèglements climatiques, les traces de l’activité humaine atteignent même les glaces polaires, les grands fonds océaniques et les hautes montagnes. Les effets de nos actions changent d’échelle. Une tonne de CO₂ émise dans une région peut contribuer à des sécheresses ou inondations ailleurs. Des déchets issus de la consommation circulent à des milliers de kilomètres. Les causalités deviennent mondiales, différées et difficiles à saisir. Cette responsabilité n’est pourtant pas également partagée. Jörg Noller reprend les critiques de Malm et Hornborg. Une faible part de la population porte une gde part des émissions historiques, tandis que les populations les moins responsables peuvent subir les conséquences les plus lourdes. La méconnaissance n’est pas toujours involontaire. Oreskes et Conway montrent que le doute sur les sciences environnementales a parfois été organisé et financé. Comprendre l’Anthropocène suppose donc d’identifier les pouvoirs et intérêts qui rendent certaines responsabilités invisibles. Jörg Noller propose ainsi un "anthropocentrisme responsable". L’humain n’est ni maître d’une nature extérieure, ni simple victime de forces naturelles. Il participe à un système terrestre hybride qu’il transforme et dont les réactions modifient en retour ses propres conditions de vie. L’éducation devient alors essentielle. Il ne suffit pas de transmettre davantage de données. Il faut apprendre à relier les échelles, suivre les chaînes de causalité et replacer une action locale dans des réseaux mondiaux. Comprendre précède ici le jugement moral et l’action collective. Jörg Noller traduit cette idée en exercice. Les élèves étudient un cours d’eau et un service numérique, retracent leurs chaînes écologiques, économiques et techniques, puis construisent une "carte des responsabilités" distinguant décisions individuelles, institutionnelles et politiques. En définitive, dans l’Anthropocène, les actions locales produisent des effets lointains, différés et inégalement subis. Apprendre à lire ces interdépendances doit renouveler nos rapports à la Terre, aux autres sociétés et aux générations futures. 

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