MPAtlas, un atlas de la protection marine pour évaluer les aires marines réellement protégées


MPAtlas, lancé en 2012, est une initiative du Marine Conservation Institute qui souhaite fournir une évaluation indépendante et une vision plus nuancée de la protection marine en se concentrant sur le sous-ensemble d'aires marines réellement protégées pas des réglementations strictes sur l'extraction humaine (no-take). Cet atlas en ligne est tout-à-fait intéressant pour étudier la mise en œuvre réelle (de fait encore très incomplète) de la protection marine par les Etats.

L'Atlas de protection marine proposé par le Marine Conservation Institute (MPAtlas)


Seuls 6.2% des aires marines nationales sont dans des zones considérées comme "entièrement" ou "hautement protégées". Le MPAtlas distingue 8 niveaux de protection basés sur les réglementations : du vert (niveau élevé de protection) au jaune (niveau faible avec des extractions régulières). Voir le guide et l'arbre de décision qui permet de comprendre la méthode de classification en fonction des activités autorisées ou non dans ces aires marines protégées.


Il n'y a que 7 pays ou territoires qui ont protégé plus de 10 % de leurs aires marines à l'intérieur de zones entièrement ou hautement protégées. Pour la France, le taux de haute protection est seulement de 1,5% (avec des différences selon les aires marines). Voir le détail du classement par pays qui permet de faire des comparaisons intéressantes.


En ce qui concerne la pêche, seuls 2,4% des espaces océaniques sont entièrement ou hautement protégés contre les impacts de la pêche. Le Marine Conservation Institute milite pour atteindre 30% en 2030 (objectif dit 30x30). Voir la carte interactive consacrée à la protection mondiale de de la pêche maritime. Un site SIG en ligne permet d'activer ou désactiver les couches et de conduire des analyses plus détaillées. 


Le Marine Conservation Institute a créé l'initiative Blue Parks pour récompenser les aires marines protégées (AMP) qui protègent véritablement la biodiversité marine. Il s'agit également de définir des normes scientifiques pour l'évaluation et le suivi de ces aires.

La base de données de l'Atlas de la protection marine (MPAtlas) diffère de la base de données mondiale des aires protégées (WDPA) qui reste la référence. La WDPA est le catalogue officiel des aires marines et terrestres protégées ; il héberge le plus grand ensemble de données mondiales sur les aires protégées autodéclarées par 245 pays à travers le monde. Cet ensemble de données comprend des informations de base telles que l'emplacement, la zone, les limites spatiales, le type de gouvernance et l'autorité de gestion. La WDPA a été créée en 1981 grâce à un effort conjoint entre le Centre mondial de surveillance de la conservation du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE-WCMC) et la Commission mondiale des aires protégées (WCPA) de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Le but du MPAtlas est davantage de classer les zones en fonction de leurs résultats réels. Sans la mise en place de solides mesures de protection, une aire marine protégée n'a pas les bonnes caractéristiques pour contribuer de manière efficace et mesurable à la conservation de la biodiversité. La WDPA classe les AMP en fonction des objectifs de gestion de l'UICN, tandis que le MPAtlas classe les zones en fonction des déterminants de leurs résultats de conservation. Cette distinction est importante car les objectifs sur papier ne correspondent pas toujours aux réglementations et à la gestion mises en œuvre, et donc aux résultats de conservation. De plus, une AMP est étiquetée « protégée » selon la WDPA au moment de la désignation légale ; cependant, la biodiversité n'est pas sauvegardée tant que les protections ne sont pas légalement mises en œuvre et que l'AMP n'est pas entrée en phase de gestion active sur l'eau. À première vue, les différences dans les statistiques communiquées par ces deux bases de données peuvent sembler contradictoires, mais en réalité la WDPA et MPAtlas fournissent des informations complémentaires sur la protection marine mondiale. L'existence des deux bases de données permet à la WDPA de jouer le rôle de dépositaire des données déclarées au niveau national et à MPAtlas de jouer le rôle d'évaluateur tiers. Ensemble, ces systèmes devraient pouvoir conduire à des objectifs de progrès et de collaboration internationale en matière de conservation marine.


Lien ajouté le 4 octobre 2023

Vanessa M. Adams & al. (2023). « Multiple-use protected areas are critical to equitable and effective conservation » [Les aires protégées à usages multiples sont essentielles pour une conservation équitable et efficace], One Earth, volume 6, issue 9, 15 September 2023, p. 173-1189, https://doi.org/10.1016/j.oneear.2023.08.011

Les aires protégées sont largement utilisées pour endiguer la perte de biodiversité, les politiques mondiales de conservation imposant leur utilisation pour atteindre les objectifs de conservation par zone, tels que l'objectif récent de protéger 30 % de la surface terrestre d'ici 2030. Au cours des deux dernières décennies, le rôle des aires protégées en termes de réalisation des objectifs de conservation s'est accru, représentant désormais 55 % des aires protégées terrestres et 75 % des aires protégées marines à l'échelle mondiale. Compte tenu de leur contribution substantielle à l'atteinte des objectifs par zone, les auteurs examinent les preuves du rôle des aires protégées à usages multiples dans la réalisation des objectifs politiques mondiaux. Ils constatent que les aires protégées à usages multiples peuvent être efficaces pour la conservation de la biodiversité et sont plus susceptibles de bénéficier de modalités de gouvernance équitables que leurs homologues strictes. Les résultats montrent que les aires protégées à usages multiples et autres offrent d'importants avantages environnementaux et socio-économiques, nécessaires à l'atteinte de l'objectif 2030. Il est nécessaire de combler les lacunes dans les connaissances sur le moment et le lieu où elles sont les plus efficaces et équitables afin de garantir que la poursuite de la croissance du domaine protégé et conservé réponde aux objectifs politiques mondiaux. Avec une carte et un graphique utiles pour comparer les aires maritimes et terrestres ainsi que leur niveau de protection.

Lien ajouté le 1er juin 2025

« Cartes et données sur les aires marines protégées dans l'Union européenne » (Touteleurope.eu)
Avec 12,3 % d'aires marines protégées en 2022 (hors outre-mer), l'Union européenne progresse peu à peu vers son objectif de 30 % d'ici 2030. Les aires marines protégées recouvrent néanmoins des réalités très différentes selon les pays.

Liens ajoutés le 12 juin 2025

Dureuil, Manuel et al. (2018). « Elevated trawling inside protected areas undermines conservation outcomes in a global fishing hot spot [Le chalutage intensif à l'intérieur des zones protégées compromet les objectifs de conservation dans un point chaud mondial de la pêche]. Science (New York, N.Y.) vol. 362,6421 (2018), 1403-1407. https://www.science.org/doi/10.1126/science.aau0561
Les aires marines protégées (AMP) sont de plus en plus désignées à l'échelle mondiale, avec un pourcentage de superficie protégée annoncé. Cependant, des recherches récentes ont clairement montré que de nombreuses AMP ne protègent pas réellement la biodiversité marine. Dureuil et al. se sont concentrés sur les AMP européennes et ont constaté que le chalutage, l'une des pêches les plus dommageables, y est largement pratiqué. De plus, en utilisant les requins et les raies comme espèces indicatrices, ils ont constaté que de nombreuses AMP ne protègent pas les espèces vulnérables.

Perry, Allison L. et al. (2022). « Extensive Use of Habitat-Damaging Fishing Gears Inside Habitat-Protecting Marine Protected Areas » [Utilisation intensive d'engins de pêche nuisibles à l'habitat dans les aires marines protégées protégeant l'habitat], Frontiers in Marine Science 9 (2022), 811-926. 
https://www.frontiersin.org/journals/marine-science/articles/10.3389/fmars.2022.811926/
Les aires marines protégées (AMP) sont essentielles pour enrayer la perte de biodiversité marine et préserver les écosystèmes. Cependant, les efforts visant à désigner de nouvelles zones comme AMP ont généralement pris le pas sur la protection efficace des sites désignés. De sérieuses inquiétudes existent concernant les « parcs marins de papier » en Europe, notamment en ce qui concerne la menace que représente la pêche. Nous nous sommes concentrés sur 1 945 AMP situées dans les eaux de l'UE et du Royaume-Uni, désignées pour protéger des habitats, et avons évalué l'ampleur de la pêche pratiquée à l'intérieur de ces AMP avec des engins connus pour menacer directement ces mêmes habitats. Cette pêche « à haut risque » était répandue, se produisant dans 510 AMP, soit 86 % de la zone évaluée, et était plus fréquente dans les sites offshore plus vastes. Une pêche à haut risque plus intense dans les AMP de récifs et de bancs de sable était associée à un état de conservation plus dégradé de ces habitats dans les eaux nationales. Nos conclusions indiquent que sans restrictions systématiques sur les engins de pêche, les AMP ne contribueront probablement pas à inverser le déclin actuel des habitats marins européens.

Lien ajouté le 26 juin 2025

Joachim Claudet, Charles Loiseau, Antoine Pebayle (2021). « Critical gaps in the protection of the second largest exclusive economic zone in the world  » [Lacunes critiques dans la protection de la deuxième plus grande zone économique exclusive au monde]. Marine Policy, vol. 124, février 2021

Une équipe de scientifiques du CNRS a étudié les 524 AMP françaises. Premier constat : l’objectif de 30 % est atteint mais avec une répartition très inégale. Surtout, alors que la cible de protection forte est de 10 %, seul 1,6 % de l’espace maritime français bénéficie d’un statut de protection intégrale ou haute, qui sont les deux niveaux permettant de réduire au mieux les impacts humains sur la biodiversité et qui peuvent être assimilés à de la « protection forte ». Par ailleurs, 80 % de cette protection haute ou intégrale est concentrée dans un territoire, les TAAF ; cette concentration s’élève à plus de 97 % si l’on y inclut également la Nouvelle Calédonie. En métropole, les niveaux de protection sont extrêmement faibles. A titre d’exemples, 59 % des eaux françaises méditerranéennes sont dans des AMP, dont 0,1 % en protection haute ou intégrale ; presque 40 % de la façade Atlantique-Manche-Mer du Nord est sous un statut d’AMP tandis que 0,01 % reçoit une protection haute ou intégrale. Selon les auteurs, des niveaux appropriés de protection dans tous les bassins océaniques sont essentiels pour protéger l’océan, sa biodiversité et soutenir les moyens de subsistance de millions de personnes. Menée par des scientifiques du Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement (CNRS/UPVD/EPHE-PSL), cette étude a été publiée en février 2021 dans la revue Marine Policy. Voir la carte représentant la couverture des différents niveaux de protection en France métropolitaine et en outre-mer.

Lien ajouté le 12 octobre 2025

Lola Guyon, Laurence Le Dû, Louis Brigand, Ingrid Peuziat et Julie Bertrand (2025). « La médiation paysagère au service des aires marines protégées : scénographier les paysages sous-marins », Projets de paysage.

Les auteurs analysent la médiation paysagère dans les aires marines protégées. Leur étude porte sur le parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis. Si toutes les aires protégées interrogent le regard porté sur les paysages et les représentations que les acteurs s’en font, le cas des aires marines protégées (AMP) est très particulier. Ce parc, créé en 2015, couvre 6500 km² de milieux marins et estuariens. Sa mission est double : protéger la biodiversité et sensibiliser le public. Dans une mer marquée par une forte turbidité, les paysages sous-marins sont invisibles et donc largement méconnus. Le projet repose sur une idée centrale : le paysage est à la fois outil, sujet et langage de la médiation. Il lie perception sensorielle, connaissance scientifique et émotions, permettant au visiteur d’expérimenter la beauté et la fragilité du monde sous-marin. Cette approche rejoint la Convention européenne du paysage (2000), qui définit le paysage comme "une partie de territoire perçue par les populations". L’expérience sensorielle devient ainsi un levier d’éducation écologique et d’appropriation territoriale. Ce dispositif illustre le rôle du paysage comme médiation scientifique et culturelle. En déclenchant l’émerveillement, il favorise la compréhension des écosystèmes et l’empathie envers les milieux marins, ouvrant la voie à un engagement écologique concret. Les auteurs concluent que la médiation paysagère pourrait devenir un outil de gouvernance dans les aires marines protégées. Elle relie savoirs scientifiques, gestion territoriale et émotions, renouvelant la relation société-nature. 

Lien ajouté le 7 janvier 2026

Thébaud, O., Macher, C., Alban, F. et al. (2026). « Marine protected areas as living labs ? Lessons learned & future perspectives » [Les aires marines protégées comme laboratoires vivants ?  Leçons apprises et perspectives d’avenir]. npj Ocean Sustainability 5, 3 https://doi.org/10.1038/s44183-025-00175-w

Des chercheurs ont analysé le rôle des aires marines protégées comme "living labs". Leur étude montre comment ces espaces servent de laboratoires territoriaux pour tester une gouvernance océanique fondée sur la science et les acteurs. Une aire marine protégée est un espace délimité où interagissent écosystèmes, usages économiques et règles politiques. Les auteurs montrent que cette concentration d’enjeux fait des AMP des lieux privilégiés pour observer, comparer et ajuster les modes de gestion des socio-écosystèmes marins. L’analyse repose sur un atelier scientifique organisé à Brest en novembre 2023, réunissant 27 participants, dont 19 chercheurs et 8 gestionnaires d’AMP. Les retours portent sur des sites très divers, de la Côte Bleue à la Grande Barrière de corail. La recherche utile pour les AMP doit être transdisciplinaire. Elle combine écologie, sciences sociales et savoirs locaux, et s’inscrit dans le tps long. Les dynamiques marines, les usages humains et les effets des règles ne se comprennent qu’en suivant leurs évolutions sur plusieurs décennies. Un apport majeur concerne la co-construction des savoirs. Les AMP efficaces favorisent des données ouvertes, comparables et fiables, mais aussi l’intégration de connaissances autochtones et professionnelles. Cette hybridation renforce la légitimité scientifique et sociale des décisions. La collaboration science-gestion peut prendre plusieurs formes, du simple appui technique à une coresponsabilité dans la décision. La confiance repose sur des échanges réguliers, mais les auteurs insistent sur l’importance d’un cadre institu clair pour garantir la continuité des partenariats. Cependant, les effets réels de ces collaborations sont rarement évalués. Les auteurs proposent de suivre non seulement les résultats écologiques, mais aussi la qualité des coopérations, la résolution des conflits d’usages et la capacité d’adaptation des politiques marines. Ainsi, les aires marines protégées fonctionnent déjà comme des laboratoires vivants. En les pensant explicitement ainsi, elles peuvent devenir des outils majeurs pour tester, comparer et diffuser des modèles de gouvernance durable à l’échelle des océans.

Lien ajouté le 2 avril 2026

Katie R. Thompson, Fernando Bretos, Puri Canals, Charles Besancon, « Marine protected area networks as tools for Ocean Science Diplomacy : Global lessons from the Gulf of Mexico » [Les réseaux d'aires marines protégées comme outils de diplomatie scientifique océanique : leçons mondiales tirées du golfe du Mexique]. Marine Policy, volume 178, 2025, https://doi.org/10.1016/j.marpol.2025.106709

Les réseaux d'aires marines protégées (AMP) sont essentiels à la protection transfrontalière des espèces et des habitats marins. À l'échelle internationale, ils rassemblent des pays pour préserver les ressources marines partagées, parfois dans des régions marquées par des tensions politiques. Cette coopération, visant à concevoir des solutions aux menaces communes qui pèsent sur l'océan entre pays aux relations politiques conflictuelles, est appelée « diplomatie scientifique océanique » (DSO). Cette brève communication a pour but de décrire comment le réseau d'AMP du golfe du Mexique (RedGolfo) incarne la DSO et de montrer comment les réseaux d'AMP ont été utilisés à l'échelle mondiale comme outils de DSO. RedGolfo est un réseau de 11 AMP situées au Mexique, à Cuba et aux États-Unis. Il a été créé en 2017 malgré des décennies de tensions politiques. Lors de la définition des priorités et des objectifs du réseau, les membres de RedGolfo ont tiré de précieux enseignements des expériences d'autres réseaux d'AMP. La mise en réseau des réseaux d'AMP à l'échelle mondiale accélérera la mise en œuvre de meilleures pratiques et permettra d'atteindre les objectifs mondiaux de conservation (par exemple, l'objectif 3 du Cadre mondial pour la biodiversité).

Lien ajouté le 2 avril 2026

« L’Antarctique est pillé et le Krill sacrifié pour les pilules anti-âge » (La Relève et la Peste).
Pour produire des capsules d’oméga-3 censées ralentir le vieillissement, l’industrie des compléments alimentaires s’attaque à l’une des pierres angulaires de l’écosystème antarctique : le krill. Ce minuscule crustacé, « pilier de toute la chaîne alimentaire de l'océan Austral et l'une des plus grandes biomasses de la planète », est aujourd’hui pêché à grande échelle. La Norvège, responsable de 64% des prises ainsi que la Chine et la Russie s'opposent à la création d'une aire marine protégée.

Lien ajouté le 30 avril 2026

« Pourquoi évaluer l’efficacité des aires protégées est plus difficile qu’il n’y paraît » (The Conversation).

Paul Rouveyrol, écologue au Muséum national d’histoire naturelle, rappelle qu’une aire protégée ne vaut pas seulement par sa surface. En France, 33,5% du territoire terrestre et maritime est classé en 2025, mais il faut mesurer ses effets réels. Comparer le dedans et le dehors semble évident, mais la carte trompe souvent. Les aires protégées sont placées dans des milieux déjà riches, rares ou peu dégradés, comme les montagnes et les espaces reculés, où les pressions humaines sont plus faibles. Une biodiversité plus forte dans une aire protégée ne prouve donc pas son efficacité. Elle peut venir d’un avantage initial. L’évaluation doit distinguer ce que la protection produit vraiment de ce que le territoire possédait déjà avant son classement. La méthode BACI affine l’analyse. Elle suit un site protégé et un site témoin comparable, avant et après la protection. Ce raisonnement permet d’approcher l’effet propre de la gestion, au lieu de confondre classement, relief, faible densité et héritage écologique. Natura 2000 illustre cette nuance. Les oiseaux communs des milieux agricoles évoluent plus favorablement dans le réseau qu’au dehors. Cela ne signifie pas toujours qu’ils augmentent, mais que leur chute est moins brutale que sur le reste du territoire. La difficulté vient du manque de mémoire écologique. Beaucoup d’aires protégées françaises existent depuis des décennies, parfois depuis un siècle. Les données anciennes manquent, l’état initial reste flou, et les sites témoins ne sont jamais parfaitement semblables. Les chiffres doivent être complétés par d’autres enquêtes. Dans Natura 2000, les sites les plus exposés aux pressions humaines ne reçoivent pas toujours les moyens les plus forts. Ce décalage aide à comprendre pourquoi certains effets restent modestes. Évaluer une aire protégée revient à croiser surfaces, espèces, trajectoires, pressions, moyens et acteurs locaux. Une limite tracée sur une carte ne suffit pas. La conservation devient efficace quand elle s’inscrit dans une gestion suivie et située.

Lien ajouté le 9 mai 2026

« Au parc naturel marin d'Iroise, la démocratie environnementale est aussi fragile que la biodiversité » (Splann).

Kristen Falc’hon montre que le parc naturel marin d’Iroise (PNMI) est à la fois un haut lieu de biodiversité et un espace de conflits. Créé pour protéger 350.000 ha de mer, de la pointe du Raz à Porspoder, il révèle une démocratie environnementale très fragile. Le PNMI dispose de 950.000 € par an et emploie 21 personnes, mais ses décisions dépendent d’un conseil de gestion très disputé. On y trouve élus, État, scientifiques, pêche, agriculture et loisirs, contre seulement 2 représentants associatifs pour l’environnement.Frédéric Jean, directeur de l’Institut universitaire européen de la mer, rappelle que l’Iroise est un refuge local face aux grands changements régionaux. Mais il déplore une parole scientifique diluée dans une masse d’intérêts économiques, politiques et professionnels. Christophe Le Visage, pour Eau et rivières de Bretagne, dénonce la validation de projets jugés nuisibles au milieu marin. Les tensions portent sur des extensions de porcheries et sur une quinzaine de dérogations d’épandage près des zones conchylicoles en deux ans. Jean Hascoët rappelle qu’une dérogation doit rester exceptionnelle. Dans la baie de Douarnenez, les lisiers alimentent nitrates, algues vertes et pollutions. Le 23 avril 2026, la récolte des coquillages y a encore été interdite pour toxines amnésiantes. Les représentants agricoles défendent un risque ponctuel et accusent aussi les réseaux d’assainissement. La direction du parc répond que les surfaces épandues dans les 500 m des zones conchylicoles sont passées de plus de 300 ha à 111 ha, signe d’un recul réel. Eric Thiebault, professeur d’océanologie biologique, regrette le manque de vision globale sur les flux entrants et sortants. Faute de données solides, les scientifiques hésitent à trancher, car leurs avis peuvent vite être lus comme un ralliement militant. La pêche cristallise aussi les critiques. Des professionnels évaluent leurs propres impacts sur les habitats Natura 2000. L’Iroise rappelle que protéger la mer suppose données fiables, précaution et vrais contre-pouvoirs. 

Lien ajouté le 14 mai 2026

Jago, S., Gizaw, G., Genanaw, B. et al. « Trade-offs between nature and people in Ethiopia’s protected areas demonstrate challenges in translating global conservation targets into national realities » [Les compromis entre la nature et les populations dans les zones protégées d'Éthiopie témoignent des difficultés rencontrées pour traduire les objectifs mondiaux de conservation en réalités nationales]. Nature Ecology & Evolution (2026). https://doi.org/10.1038/s41559-026-03047-9

Dans Nature Ecology & Evolution, des chercheurs publient une étude qui évalue les aires protégées d’Éthiopie. L'idée qu'ils développent est que protéger les milieux peut aussi fragiliser les ménages ruraux. L’objectif mondial 30x30, adopté en 2022, veut conserver 30% de la planète d’ici 2030. En Éthiopie, les aires protégées couvrent seulement 9,4% du territoire. Traduire l’ambition globale en politique nationale supposerait donc de tripler le réseau actuel. Cette extension ne viserait pas de simples marges vides. En 2020, environ 18 millions de personnes vivaient à moins de 10km d’une aire protégée. La conservation touche donc des espaces habités, cultivés, pâturés et déjà traversés par de fortes tensions foncières. Le réseau protège déjà une biodiversité importante, mais de manière inégale. Dix des onze écorégions terrestres du pays sont représentées, mais seules quatre dépassent 17% de protection et une seule atteint 30%, ce qui révèle de forts déséquilibres spatiaux. Les plantes menacées restent les grandes oubliées. Sur 2.067 espèces étudiées, les aires protégées couvrent mieux les espèces menacées que les autres, mais 25 des 31 plantes en danger critique, presque toutes endémiques, ne sont présentes dans aucune aire protégée. Les effets environnementaux sont pourtant nets. Les aires strictes réduisent la perte forestière de 25% et l’expansion agricole de 44%. Les aires moins strictes ne freinent pas la déforestation, mais elles évitent 73% de l’expansion des cultures par rapport aux espaces comparables. Ce gain écologique a un coût social bien mesurable. Les ménages proches des aires protégées perdent en moyenne plus d’un mois de nourriture suffisante, soit 3,9 millions de mois-ménages en moins. Parmi 25 sites étudiés, 68% opposent protection et bien-être. Les acteurs éthiopiens interrogés privilégient donc l’efficacité du réseau existant plutôt qu’une extension rapide. La conservation devient soutenable lorsqu’elle associe biodiversité, sécurité alimentaire, financement et justice locale.

Lien ajouté le 31 août 2026

« Les États-Unis prennent des mesures pour autoriser la pêche commerciale dans les aires marines protégées du Pacifique » (Mongabay News).

Bobby Bascomb analyse la décision américaine d’ouvrir davantage la pêche commerciale dans des aires marines protégées du Pacifique. Mais qui contrôle ces espaces lointains, riches en thon, en biodiversité et en mémoires autochtones ? Le 11 juin 2026, Donald Trump signe une proclamation visant à restaurer la pêche commerciale dans le Pacifique. Le texte promet des opportunités économiques, mais les groupes locaux y voient un risque de surpêche dans des habitats rares et fragiles. La décision prolonge celle d’avril 2025, qui avait déjà rouvert la pêche dans le Pacific Islands Heritage Marine National Monument. Cet immense espace océanique couvre près de 1,3 million de km², soit environ 500.000 miles carrés de haute valeur écologique. La nouvelle proclamation touche aussi Rose Atoll, Mariana Trench et Papahānaumokuākea. Ensemble, ces monuments marins couvrent près de 1,8 million de km² d’atolls coralliens, de fosses profondes et d’îles isolées, au cœur du Pacifique. Environ 1,3 million de km² de protections seraient ainsi réduits pour permettre la pêche industrielle. Les palangres peuvent aligner des kilomètres d’hameçons, tandis que les sennes tournantes dépassent 2.000 mètres. Ces outils ciblent le thon, mais capturent bien plus. Les défenseurs de l’environnement alertent sur les prises accidentelles. Tortues marines menacées, baleines, dauphins, oiseaux marins, requins et poissons endémiques fréquentent ces eaux. Dans un archipel isolé, perdre une espèce signifie parfois perdre l’unique foyer du vivant. Le conflit devient aussi juridique et culturel. Earthjustice rappelle que l’Antiquities Act de 1906 autorise les présidents à créer des monuments, non à les affaiblir. À Papahānaumokuākea, site UNESCO, les Hawaïens autochtones défendent un lieu sacré. Ces réserves ne sont pas des vides bleus sur une carte. Ce sont des territoires marins où s’affrontent pêche industrielle, droit fédéral, science écologique et souveraineté culturelle. Le Pacifique devient un espace disputé.

Articles connexes












Le rapport du GIEC sur l'océan et la cryosphère (septembre 2019)



Un comparateur interactif pour étudier les données du recensement de 2021 en Angleterre et au Pays de Galles


Source : How the population changed where you live : Census 2021 (Office for National Statistics)

Le site officiel de statistiques du Royaume-Uni propose une application interactive pour comparer les données du recensement de 2021 et mettre en évidence les évolutions depuis le recensement de 2011. 

La population de l'Angleterre et du Pays de Galles a augmenté de plus de 3,5 millions sur la période 2011-2021. En utilisant les premiers résultats du recensement 2021, le site permet d'examiner quelles sont les zones où la population a connu les plus fortes augmentations ou diminutions, en fonction des groupes d'âge, et comment on peut comparer ces zones entre elles. Voici un tutoriel en 7 étapes pour faciliter la prise en main et comprendre l'intérêt du site.

Comment la population a changé en Angleterre et Pays de Galles entre 2011 et 2021
(source : Office for National Statistics)



Étape 1 : choisir sa commune d'étude

Après avoir choisi une commune dans la liste (exemple Harlow), l'application la localise et la compare aux localités adjacentes à l'intérieur d'un même comté (ici l'Est de l'Angleterre).


Étape 2 : comparer avec d'autres communes du même comté (ou d'un autre)

La plus-value de l'application en ligne est de pouvoir comparer précisément les données sous forme d'histogrammes de répartition.





Étape 3 : relativiser par rapport au poids démographique des autres communes

Ces évolutions par catégories sont rapportées au poids de la population de chaque commune pour permettre de relativiser en fonction de la taille démographique.


Étape 4 : mesurer des évolutions sur la période 2011-2021

Un tableau de classement permet de mesurer les changements entre 2011 et 2021. C'est très efficace pour étudier les dynamiques démographiques (la pente plus ou moins inclinée donne un bon aperçu) même si on souhaiterait pouvoir mesurer des évolutions sur un temps plus long.


Étape 5 : avoir une idée de la répartition spatiale en abordant la densité

La notion de densité n'est pas oubliée. Elle est abordée à travers une comparaison en terrains de football. On n'est pas en Angleterre pour rien ! Pas sûr toutefois que ce type de datavisualisation soit si efficace. Si on doit se mettre à compter un par un le nombre de footballeurs ou mesurer l'espace entre eux, l'oeil risque de ne pas y suffire...


Evidemment si on prend les cas extrêmes, c'est "visuellement parlant" comme on dit (trop) souvent pour commenter des images sur Internet. Comparer deux images, l'une avec beaucoup de footballeurs sur un seul terrain, et l'autre au contraire montrant plusieurs terrains pour un seul footballeur, c'est assez spectaculaire mais un peu limite, non ? Bienvenue dans le monde de l'infographie !




Étape 6 : tenir compte aussi de la répartition par classes d'âges

La comparaison porte sur la répartition par classes d'âge à travers la comparaison de deux pyramides (du comté / du reste de l'Angleterre). Il est rare de trouver des applications faisant des typologies de communes à partir du profil par âges.





Étape 7 : comparer avec d'autres communes ayant le même profil par classes d'âges

Après les graphiques, le site propose un retour aux cartes pour voir la traduction spatiale de ces différences en fonction de la croissance / diminution de la population par classes d'âges.






Pour conclure, le site interactif proposé par l'Office for National Statistics s'avère très utile pour étudier les dynamiques démographiques en Angleterre et au Pays de Galles. On notera les aller-retours très efficaces entre cartes et graphiques qui permettent de croiser l'approche spatiale et temporelle. Ce n'est pas le meilleur site pour étudier les densités et on aurait pu souhaiter plus d'interactivité dans les cartes et graphiques qui ne sont pas sensibles au passage de la souris. Mais on appréciera le fait de pouvoir faire des comparaisons et établir des typologies de communes en fonction de leur dynamisme démographique. Une très bonne application pour étudier les liens entre population et territoire en géographie et dans d'autres disciplines.

Les données du recensement 2021 et du recensement 2011 sont téléchargeables pour des analyses plus poussées sur les dynamiques démographiques et territoriales au Royaume Uni (Angleterre et Pays de Galles).

Lien ajoutés le 4 novembre 2022

Lien ajouté le 11 décembre 2022
Liens ajoutés le 8 janvier 2023

Lien ajouté le 18 janvier 2023
Lien ajouté le 4 mars 2023
Lien ajouté le 25 janvier 2026

Identifier la « précarité énergétique » en Grande-Bretagne grâce aux données de géolocalisation (Geospatial World).

Sachin Awana analyse la précarité énergétique au Royaume-Uni à partir des données spatiales. Elle mobilise les travaux d’Ordnance Survey pour montrer comment revenus, coûts de l’énergie et caractéristiques du bâti se combinent selon les territoires. 23,6 millions de logements sont analysés. Les espaces urbains limitent les pertes de chaleur. La densité bâtie, les murs partagés et des normes récentes réduisent les besoins énergétiques. À Londres, Tower Hamlets est plus facile à chauffer. Seulement 37% de logements antérieurs à 1960 favorisent la rétention thermique. Les logements construits avant 1960, souvent en pierre ou bois, sont plus difficiles à chauffer. Les normes d’isolation introduites dans les années 1960 améliorent fortement la rétention thermique. Milton Keynes, avec 85% de logements postérieurs à 1960, affiche un faible risque thermique. Les contrastes régionaux sont marqués. Highlands écossais, Peak District et Pays de Galles concentrent des logements anciens exposés à des climats plus rudes. Le Pays de Galles possède le parc le plus ancien du RU, héritage industriel du XIXe siècle, renforçant la vulnérabilité énergétique. Ordnance Survey identifie les toitures favorables au solaire. En South Cambridgeshire, 14% des logements sont déjà équipés. Les cartes montrent aussi l’intérêt du renouvellement urbain et de l’isolation ciblée pour réduire durablement les besoins énergétiques. L’indice thermique combine connectivité, âge et matériaux du bâti. Plus le score est faible, plus le logement est facile à chauffer. Cette approche territoriale permet de cibler les aides publiques, dont le plan Warm Homes de 15 milliards £, vers les espaces les plus exposés.
 
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La cartographie des inégalités à travers l'Indice de privation multiple au Royaume-Uni (rapport 2019)




Cartographie du choléra à Londres et en Angleterre à l’époque victorienne





La carte, objet éminemment politique. L'Argentine et sa carte officielle bi-continentale

 

1) Des usages politiques des cartes officielles

Pour chaque pays, la délimitation officielle des frontières constitue une affaire sérieuse et relève de dimensions tout à la fois juridiques et politiques. L'Argentine est un cas intéressant dans la mesure où elle se revendique comme un État bi-continental. Sa carte officielle fait apparaître un territoire qui s'étend de l'Amérique du Sud jusqu'au Pôle sud sur le continent antarctique. Bien que l'Antarctique ne puisse en principe appartenir à aucun Etat, l'Argentine joue sur le fait qu'elle possède une très grande ZEE qu'elle a encore agrandie en 2016 avec la reconnaissance de son extension à partir du plateau continental.

Carte officielle bi-continentale de l'Argentine (source : © Instituto Geográfico Nacional)



Depuis 2010, avec la promulgation de la loi 26 651, l'utilisation de cette carte bicontinentale est rendue obligatoire « à tous les niveaux du système éducatif ainsi que son affichage public dans toutes les agences nationales et provinciales ». Voici comment la mesure est justifiée sur le site de l'Instituto Geographico Nacional (qui dépend directement du Ministère argentin de la Défense) :

« L'initiative est née parce que les cartes d'usage courant minimisaient l'extension de notre pays, attaquant notre identité et nos droits légitimes sur les territoires antarctiques. Le projet de loi approuvé montre l'Antarctique argentin jusqu'à la Grande île de la Terre de Feu, avec ses limites réelles. Nous formons ainsi les générations futures en leur montrant l'immensité et la richesse du territoire que nous possédons ».

Si on compare cette carte officielle avec d'autres cartes que l'on trouve habituellement sur l'Argentine, la principale différence est que toutes les parties des continents américain et antarctique sont représentées sur la même carte, en continuité, avec la même projection et à la même échelle. Sur d'autres cartes, la partie principale est en général la partie américaine et l'Antarctique apparaît dans un encadré à part ou n'apparaît pas du tout. Les deux parties peuvent alors avoir des projections ou des échelles différentes. 

Il faut dire que le Chili revendique aussi une part de l'Antarctique, même si la plupart des pays au monde ne reconnaissent pas non plus ces revendications. Les territoires revendiqués en Antarctique par l'Argentine, le Royaume-Uni et le Chili se chevauchent et sont sources de tensions diplomatiques, voire d'escarmouches. La guerre des Malouines (îles Falklands) qui s'est déroulée en 1982 s'est inscrite dans ce contexte de rivalités politiques et militaires dans l'Atlantique sud.

Carte tricontinentale du Chili avec ses revendications territoriales en Antarctique (source : Wikipedia)



Comme le montrent Jorge Negrete Sepulveda et Sébastien Velut dans leur article Chili, Argentine : si près, si loin, « bien que le traité de 1952 ait mis sous le boisseau les revendications territoriales sur le continent antarctique, les deux pays conservent une attitude déterminée, jusque dans leurs délimitations territoriales : la province chilienne de l’Antarctique est une entité administrative de plein droit qui inclut également l’île de Navarino, au sud du canal de Beagle ; symétriquement, le nom complet de la province argentine de Terre de Feu est "province de Terre de Feu, îles de l’Atlantique sud et Antarctique". Chacun entretient la fiction d’un espace national se prolongeant jusqu’au pôle Sud ». 

Au Chili, on dit par plaisanterie qu'il n'y a pas « plus dangereux qu'un Argentin dessinant une carte ». Le pays qui a connu des rivalités frontalières avec l'Argentine ne va cependant pas jusqu'à imposer une carte officielle. En Argentine en revanche, « une carte qui conteste la version officielle est considérée comme illégale car elle peut être "préjudiciable à la souveraineté nationale et en violation flagrante de la loi n° 22 963". Voir l'exemple de cet d'atlas déclaré non conforme par l'IGN argentin du fait qu'il donnait une représentation du pays sans la partie du continent antarctique.

Pour certaines communautés engagées dans la cartographie critique, ces cartes jouent le rôle d'artefact politique. Elles participent de l'affirmation d'un pouvoir politique et territorial et contribuent à diffuser la vision d'un pavage politique, y compris dans les océans. 

Pour Marc Fourches, « la carte, en cherchant à définir les confins territoriaux de la nation, se met donc au service de l’imaginaire du nationalisme [...]. En septembre 2018, un timbre a été émis en Argentine pour célébrer le plateau continental argentin. Ce timbre reprend la carte qui avait été incluse dans le dossier soumis par l’Argentine en 2009. Elle intègre également la revendication sur une partie de l’Antarctique, en conformité avec les principes qui ont présidé à la confection de la carte dite bicontinentale, rendue obligatoire dans le système éducatif depuis 2010. Instrument privilégié de déploiement du nationalisme territorial, la carte, avec les limites qu'elle représente et les distances qu'elle indique, façonne les représentations. Cette nouvelle carte bicontinentale apporte un changement considérable dans la perception que le lecteur peut avoir de la place de l’archipel. Il se situe pratiquement au milieu de la carte. La centralité physique des îles Malouines reflète la centralité de la question dans le nationalisme territorial argentin » (source : Les îles Malouines entre le Royaume-Uni et l’Argentine : construction et déconstruction d’une frontière, 2020).

Pour Ana Guerrero et Loreana Espasa, il convient de replacer la carte bi-continentale de l'Argentine dans une perspective décoloniale. Il s'agit de proposer une vision critique qui confronte le discours hégémonique du Nord global aux arguments contre-hégémoniques du Sud global avec une perspective latino-américaine. Les deux auteurs invitent à considérer l’Antarctique en tant que territoire politique en prenant en compte ses dimensions à la fois symbolique, fonctionnelle et matérielle à travers l’analyse de la cartographie, qui permet de reconnaître l’existence d’une « cartographie du pouvoir » qui brouille la présence continentale de l’Antarctique (source : Ana Guerrero y Loreana Espasa. Antártida como territorio político. Cartografía del poder y disputas geopolíticas en la valorización del espacio [L'Antarctique comme territoire politique. Cartographier le pouvoir et les conflits géopolitiques dans la valorisation de l'espace], Revista Estudios Hemisféricos y Polares, vol. 13 nº 1, 2022, p. 100-112).


2) Cartes et données à télécharger

Fonds de cartes scolaires 

Cartes scolaires dont l'usage est prôné par le Ministère argentin de l'Éducation :
Cartes scolaires à télécharger sur le site de l'IGN argentin (Ministère de la Défense)

Fonds de cartes SIG 

Les couches SIG sur le Chili sont disponibles en téléchargement sur le site de la Biblioteca del Congreso Nacional del Chile. Les couches cartographiques se limitent à la représentation classique du Chili (sans l'Antarctique).

Les couches SIG sur l'Argentine sont disponibles sur le site de l'Instituto Geographico Nacional

Le jeu de données, directement téléchargeable dans Arcgis ou Qgis, fait apparaître la carte officielle de l'Argentine dans l'idée de contribuer à sa diffusion au sein du pays et à l'échelle internationale. La partie en bleu correspond à la ZEE et à son extension à partir du plateau continental ; elle permet de faire apparaître un territoire continu jusqu'au pôle Sud (à comparer à la précédente carte officielle qui n'intégrait pas l'extension du plateau continental). 


Depuis 2007, l'IGN argentin a adopté la projection POSGAR 07 (Positions géodésiques argentines 2007) « dans le but de tendre vers un géoréférencement univoque sur l'ensemble de la République argentine ». Cette projection nationale est présentée très habilement comme « conforme aux recommandations internationales en vigueur et aux objectifs proposés par la Résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies Référentiel Géodésique Global pour le Développement Durable (A/RES/69/266) du 26 février 2015, établissant un cadre de référence géocentrique unique pour l'ensemble du territoire national qui permet de réaliser des activités telles que la cartographie ; l'exécution des travaux de génie civil ; la détermination des cadastres ; la prospection d'hydrocarbures; la navigation terrestre, maritime et aérienne ; l'utilisation des ressources naturelles et l'étude des phénomènes naturels associés au changement climatique et d'autres domaines d'intérêt pour les sciences de la Terre. POSGAR 07 constitue la matérialisation sur le territoire national du référentiel géodésique international IGS05 et de sa densification régionale SIRGAS, adoptant l'ellipsoïde de référence WGS84 ». En d'autres termes, il s'agit d'une projection proprement nationale, mais facilement transformable en coordonnées standards au niveau international, ce qui permet de ménager les susceptibilités de part et d'autre. 

En complément, voici une très belle carte de l'Argentine représentée comme au centre du monde avec une projection zénithale équidistante centrée sur Buenos Aires :

Carte de l'Argentine en projection zénithale par le Service d'hydrographie navale de l'Argentine, 1975
(source : r/argentina)



3) Accès aux cartes par des visualisateurs en ligne

Le site de l'Instituto Geográphico Nacional propose plusieurs outils de visualisation en ligne (webmapping) permettant de consulter directement les cartes : 
En complément : 

Lien ajouté le 9 septembre 2022

Lien ajouté le 2 juin 2024

L'Argentine telle que représentée au dos du passeport argentin (source : r/MapPorn)


Lien ajouté le 24 juin 2024
Lien ajouté le 12 octobre 2024

La carte (et la géographie) comme outil de promotion du territoire national.
Exemple : le Chili et sa carte officielle tri-continentale proposée sur le site de l'Institut géographique militaire du Chili (Instituto Geográfico Militar). La tricontinentalité (tricontinentalidad en espagnol) est un concept géopolitique mis en avant par le Chili, qui revendique une souveraineté sur trois continents : l'Amérique du Sud (par son territoire principal), l'Océanie (par l'île de Pâques et l'île Sala y Gómez) et l'Antarctique (par ses revendications territoriales sur ce continent) (Wikipedia).

Le Chili tri-continental (crédit : Instituto Geográfico Militar)


La carte utilise trois couleurs pour représenter les trois continents où le Chili revendique une présence :
  • Orange : territoire continental d'Amérique du Sud et archipels proches des côtes, avec reconnaissance internationale.
  • Violet : territoire continental en Antarctique, sans reconnaissance internationale (par exemple, aucun territoire revendiqué en Antarctique).
  • Rouge : l'île de Pâques en Polynésie, faisant partie de l'Océanie, avec une reconnaissance internationale. Par l’intermédiaire de l’île de Pâques, le Chili a rejoint le Groupe des dirigeants polynésiens en 2018, renforçant ainsi ses relations avec les autres nations de l’océan Pacifique.
La carte a été reprise comme ressource éducative sur le Portail national des programmes d'études du Chili. Les questions qui accompagnent la carte (avec les compétences travaillées) sont assez significatives :

« Visualiser la carte de la situation du Chili dans le monde et répondre aux questions :
  1. Identifier les éléments constitutifs du territoire national, compte tenu de la situation du Chili dans le monde et de son caractère tricontinental (HI06 OA 10).
  2. Travailler avec rigueur et persévérance, avec un esprit entrepreneurial et une disposition positive à la critique et à l'autocritique (HI06 OAA A).
  3. Obtenir des informations sur le passé et le présent à partir de diverses sources primaires et secondaires, en identifiant le contexte historique et en déduisant l'intention ou la fonction originale de ces sources (HI06 OAHe). »
Mises bout à bout, ces trois questions ne manquent pas de saveur et se contredisent en partie l'une l'autre, quant aux finalités poursuivies. La compétence "Travailler dans un esprit entreprenarial en faisant preuve d'esprit critique et autocritique" est de nature à constituer un défi insurmontable pour l'apprenant. 

D'un point de vue formel, il faudrait commencer par inviter les élèves à discuter du caractère "tri-continental" du Chili. L’Antarctique a été déclarée en principe terra nullius selon le traité de 1959. Outre l'Amérique du sud, le 3e "continent" à trouver semble ici l'Océanie (en rouge dans la légende, mais quasi invisible sur la carte). Une question qui serait à poser aux élèves : à quelle distance du Chili se situent les îles de Salas y Gomez et Hanga Roa dans le Pacifique (rattachées à l'île de Paques) ? Réponse : à plus de 3 000 km des côtes chiliennes.

Lien ajouté le 19 janvier 2025

Encore aujourd'hui une partie des Chiliens ont du mal à accepter la manière dont l'Argentine à constitué son territoire au détriment de celui du Chili. Le différend sur la Patagonie orientale, la Terre de Feu et le détroit de Magellan ou question de la Patagonie est une controverse frontalière qui a duré une partie du  XIXe siècle. Il concerne la possession des territoires les plus méridionaux de l'Amérique du Sud suite aux désaccords sur les limites correspondant à l'uti possidetis iuris hérité de l' Empire espagnol. Le vaste territoire correspond à environ 1,2 millions de km², ce qui représente 45% de la superficie actuelle de l'Argentine, tout le centre et le sud du pays, et ce qui, selon l'historiographie chilienne, aurait impliqué pour le Chili une perte des deux tiers de son territoire nominal (source : Wikipedia en espagnol).

Voir l'ouvrage Historia Cartografica resumida de los limitos de Chile de Benjamín González Carrera (2000) consultable sur Internet Archive, qui comporte une série de cartes et d'explications à ce sujet.

Lien ajouté le 23 mars 2025

« L’Antarctique : un défi politique pour le Chili et l’Argentine » (Revue Conflits)

L’Antarctique sud est un lieu de défi pour le Chili et l’Argentine. Développement de l’extraction minière, du tourisme, de la navigation mais aussi concurrence de puissances étrangères, ce territoire connait de grandes rivalités géopolitiques

Lien ajouté le 10 avril 2025

« Deux pour danser le tango. 200 ans de relations diplomatiques avec l'Argentine » (Datawrapper). Entre 1811 et 2023, l’Argentine a signé un total de 8 260 traités bilatéraux avec d’autres pays, soit une moyenne d’environ 39 traités par an. Plus de 50 % des traités sont conclus avec d'autres pays des Amériques, ce qui témoigne des liens étroits de l'Argentine avec la région, notamment avec le Chili, qui représente 17 % de ces accords, principalement liés aux frontières et à la coopération. Après les Amériques, vient l'Europe avec 2 354 traités. Le nombre de traités avec des pays d'Asie et d'Océanie (696) ou d'Afrique et du Moyen-Orient (591) est moins élevé, ce qui reflète l'engagement diplomatique historiquement moins intense de l'Argentine avec ces régions. La carte interactive montre le nombre de traités par pays. Les données sont disponibles en téléchargement.

Lien ajouté le 31 mai 2025

Anne Choquet, L’extension du plateau continental au large de l’Antarctique : entre volonté de ménager les susceptibilités et de défendre ses intérêts, VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Hors-série 33 (mars 2021), http://journals.openedition.org/vertigo/29658

"Les caractéristiques physiques du continent et le statut juridique sui generis de l’Antarctique soulèvent non seulement des difficultés de délimitation du plateau continental (définition des lignes de base à partir desquelles il est mesuré et preuves à apporter pour son extension) mais surtout la question de la possibilité même d’étendre un plateau continental au large du continent austral. En effet, alors que sept États dits «  possessionnés  » (Argentine, Australie, Chili, France, Nouvelle-Zélande, Norvège et Royaume-Uni) avaient émis des revendications territoriales, le Traité sur l’Antarctique (Washington, 1959) établit ce qui est appelé communément un «  gel  » des prétentions territoriales... 

En raison de chevauchements de leurs prétentions territoriales sur la péninsule Antarctique, il n’est pas surprenant de voir répondre les États concernés (Argentine, Chili et Royaume-Uni). Le Royaume-Uni a, par exemple, affirmé qu’il «  n’admet pas la revendication territoriale  » de l’Argentine en Antarctique, le Royaume-Uni a expliqué qu’il «  ne reconnaît donc à l’Argentine aucun droit sur les fonds marins et le sous-sol des zones sous-marines de l’Antarctique  » (Note n° 84/09 du Royaume-Uni du 6 août 2009). L’Argentine a rappelé le différend territorial sur les «  Malvinas, South Georgia and South Sandwich Islands  » et que les espaces marins au large de ces îles appartenaient au territoire national argentin (Note NU n° 290/09/600 de l’Argentine du 20 août 2009). Concernant le Chili, les démarches entamées n’ont pas conduit à de telles réactions. Cela s’explique par le fait que le Chili n’a, pour le moment, présenté que des informations préliminaires indicatives sur les limites extérieures du plateau continental. Des réactions de même nature sont donc prévisibles à l’égard d’un futur dossier qui serait présenté à la CLPC".

Lien ajouté le 9 juillet 2025

« Instituto Geográfico Nacional - Cartografía de la Soberanía » (L'IGN argentin et son attachement à défendre la souveraineté de l'Argentine depuis ses origines)

Le documentaire revient sur l'origine de l'Institut géographique national argentin qui remonte à la création du Bureau topographique militaire, le 5 décembre 1879. Le Bureau topographique naquit pour répondre au besoin de reconnaissance du territoire national engendré par l'avancée des frontières. Début 1901, après une nécessaire réorganisation conforme aux missions qui lui étaient assignées, il adopta le nom d'Institut géographique militaire. Ses réalisations confirmèrent l'importance de cette spécialité et, en 1919, le gouvernement national lui confia la responsabilité d'élaborer la cartographie officielle du territoire national et de réaliser des levés géodésiques à l'appui des activités civiles et militaires. Avec la promulgation de la loi n° 12.696 du 3 octobre 1941, des travaux géodésiques et des levés topographiques de base ont commencé à être réalisés de manière systématique et régulière. En mai 2009, l'institut a été transféré au secteur civil sous le nom d'Institut géographique national (IGN). Ce transfert a pris effet par le décret n° 554/2009, dont l'objectif était d'améliorer le système de défense. L'Institut géographique national a été définitivement intégré à la politique de développement du Secrétariat à la planification du ministère de la Défense. L'Institut géographique national assume la représentation nationale auprès de l'Institut panaméricain de géographie et d'histoire, de l'Association cartographique internationale, de l'Union géographique internationale et de l'Union géodésique et géophysique internationale.


Lien ajouté le 24 novembre 2025

Dans ses Huit visions du monde publiées en 1944 pour le magazine Fortune, Richard Edes Harrison représentait "l'Argentine comme un poignard pointé au cœur de l'Antarctique". En faisant pivoter et en inversant la représentation du globe, souvent avec le pôle Sud en haut, Harrison incitait ses lecteurs à réfléchir au rôle singulier que jouent différents lieux sur la scène planétaire. L'expression a été reprise par Henry Kissinger à propos de l'Argentine ou du Chili, jugés comme des pays à l'écart dans le contexte de la Guerre froide. L’Amérique latine s’est en réalité révélée indispensable à l’évolution de la diplomatie américaine. 

Lien ajouté le 15 décembre 2025

Ce schéma montre les revendications territoriales des différents pays. L'Australie prend également sa revendication assez au sérieux. Certaines revendications se recoupent (cf la part revendiquée conjointement par l'Argentine, le Chili et le Royaume-Uni), mais aucune n'est universellement reconnue par la communauté internationale.

Parts respectives de l'Antarctique revendiquées par différents pays (source : MapPorn)


Lien ajouté le 23 janvier 2026

À l’Assemblée nationale, l’ambassadeur argentin  a failli écourter son audition en janvier 2026 après avoir aperçu derrière lui une carte présentant les îles Malouines comme territoire britannique, dénonçant un « problème » susceptible de provoquer un incident diplomatique. L'Ambassadeur argentin fait le parallèle avec les territoires ukrainiens occupés par la Russie afin d’esquisser une explication.
Lien ajouté le 29 janvier 2026

« Après le Groenland, la Patagonie ? Des Argentins s'interrogent suite à la visite d'une délégation américaine » (RFI).
À l’extrême sud de l’Argentine, Ushuaïa ravive les rivalités géopolitiques. La visite discrète d’une délégation du Congrès américain en janvier 2026 interroge sur les ambitions des USA dans l’Atlantique Sud, quelques jours après des tensions autour du Groenland. Située en Terre de Feu, Ushuaïa occupe une position stratégique. Porte d’accès vers l’Antarctique, elle contrôle les routes maritimes australes. Cette fonction explique l’intérêt croissant pour ses ports, ses minerais critiques et ses capacités logistiques polaires. En 2024, Buenos Aires a annoncé une base navale et un pôle logistique à Ushuaïa pour renforcer sa présence australe. Dans un contexte de militarisation progressive des pôles, la région devient un espace stratégique entre ressources et projection de puissance. 

Lien ajouté le 11 février 2026

André Reyes Novaes, Mariana Lamego (2025). « Oceanopolítica : Therezinha de Castro and the use of maps in the geopolitics of the sea » [Oceanopolítica : Therezinha de Castro et l'utilisation des cartes dans la géopolitique de la mer]. Journal of Historical Geography, Vol. 87, April 2025, Pages 22-34 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305748824001488

Cet article explore l'utilisation de la cartographie dans la diffusion des idées géopolitiques relatives aux mers. Il se concentre sur les textes et les cartes produits par Therezinha de Castro (1930-2000), une analyste géopolitique brésilienne qui a influencé le raisonnement géopolitique, tant pratique que populaire, concernant l'Antarctique et l'Atlantique Sud des années 1950 jusqu'à sa mort en 2000. À travers ses articles, ses livres, son atlas et ses conférences, Castro envisageait les océans non comme des frontières restrictives délimitant des espaces de souveraineté, mais comme une zone frontalière, une zone de transition et un territoire d'expansion. L'article explore d'abord le parcours académique et les collaborations de Castro, en s'appuyant sur des perspectives historico-géographiques qui soulignent le rôle des contingences, des positionnements et des biographies dans la production du savoir. Il analyse ensuite la force de persuasion visuelle des arguments de Castro sur les mers, en mobilisant des perspectives méthodologiques qui articulent cartes, significations et géopolitique. Enfin, l'article examine comment les affirmations de Castro sur la géopolitique océanique pourraient contribuer aux débats contemporains en géographie humaine sur les assemblages terre/mer.

Carte montrant les territoires de confrontation en Antarctique en 1956 (source : IBGE)



Articles connexes